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W.H.A.T.T. (I.F.): Silence, je révise!

Et voilà. À chaque fois, c’est la même chose. La programmation finale du festival vient de tomber, vous êtes devant votre ordinateur et contemplez d’un air gourmand la grille horaire complète des festivités à venir. Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: sur les 50+ artistes bookés, vous ne devez en aimer que 10%, être plus ou moins familier avec un autre 20%, et avoir lu une ou deux fois le nom de 30% du reste. Ce qui vous laisse avec 40% de parfaits inconnus (admirez au passage la magnifique progression 10/20/30/40)..
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Face à cette situation, deux types de réaction:
1) « Bah, c’est pas grave: je fais mes concerts (sous-entendus, je vais voir les 10% pour lesquels j’ai acheté mon billet) et avec un peu de chance, je tomberai bien sur des groupes sympas pendant les heures creuses. »
2) « Raaah, mais ils font chier les orgas à donner les infos au dernier moment! Je vais encore être obligé d’enquiller les nuits blanches pour me faire une idée sur tout le monde avant de venir. »
Ces temps-ci, je dois admettre que je me reconnais plus dans la seconde que dans la première catégorie, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Mes premiers festivals ont ainsi été marqués des sceaux de l’innocence et de la baguenaude, ce qui ne m’a pas empêché de faire de très belles découvertes de temps en temps.
Boum, un petit The Temper Trap à Rock en Seine en 2010, crac, un joli Concrete Knives aux Francofolies de 2011. Et en 2012… Rien en 2012. Enfin, si, plein de choses en 2012. Mais 99% mes coups de cœur avaient été soigneusement repérés bien avant le concert en question, si bien qu’on ne peut que difficilement les classer dans la première rubrique*..
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*: Ah, il y a tout de même eu le sympathique Rich Aucoin aux Vieilles Charrues.
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Dans mon cas, le déclencheur a été le festival de Steinkjer. Le raisonnement a été le suivant: « quitte à claquer 600 euros pour un week-end en Norvège, autant ne pas faire le voyage pour rien ». Avouez qu’il aurait été bête d’y aller les mains dans les poches et de se rendre compte une fois de retour dans l’Hexagone qu’on a raté le concert de the-groupe-de-la-mort-qui-tue parce qu’on cassait la croûte à ce moment là. J’ai donc fait ce que je n’avais fait auparavant pour un festival (un tableau Excel) et je me suis attelé à la tâche d’écouter la musique proposée par la grosse trentaine d’artistes programmés.
Heureusement pour moi, novice en la matière, les organisateurs avaient eu la riche idée de créer une playlist spéciale sur Spotify, ce qui m’a épargné la tâche fastidieuse de la réaliser moi-même. Ne restait plus qu’à l’écouter, encore et encore et encore, en relevant les noms des artistes les plus intéressants, jusqu’à avoir une idée précise du déroulé du festival. Je ne suis pas sûr que j’aurais découvert des groupes aussi intéressants que Bendik, Baskery, The Cute Crash Combo ou Hedvig Mollestad Trio sans cette préparation « rigoriste », et croyez bien que je m’en serais mordu les doigts après coup..
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Tout ça nous amène à la conclusion suivante: un bon festival, ça se prépare soigneusement en amont. J’ai essayé de couvrir précédemment toute la partie logistique des opérations, mais en ce qui me concerne, l’essentiel du travail s’effectue avec un casque sur les oreilles. Et, oui, je considère cette « révision » comme un travail, car cette besogne est longue, parfois fastidieuse (quand les orgas n’ont pas trouvé utile de créer une playlist, et que 75% des liens qu’ils ont mis sur leur site ne marchent pas…) et nécessite une concentration minimum pour être menée à bien. Pas toujours une partie de plaisir donc, mais comme ils le disent de l’autre côté de l’Atlantique: no pain, no gain..
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Vendredi prochain,
ce sera Rock en Seine. Je ne sais pas pour vous, mais ce festival a toujours un arrière-goût de fin de vacances pour moi. Alors, histoire de terminer la saison des concerts de masse et de plein air en beauté, faisons les choses dans les règles et révisons en profondeur pour arriver au parc de Saint Cloud totalement maîtres de notre sujet..
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I) Trouver la grille horaire complète du festival
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3 jours et 61 concerts… Pas sérieux, s’abstenir.

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II) Sélectionner les concerts que vous voulez faire à tout prix

Généralement, ils ne sont pas très nombreux. Je parle bien des artistes que vous suivez avec attention, et que vous iriez revoir en concert le jour d’après avec joie..
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Dans mon cas, on a Sigur Ros, Placebo, The Temper Trap et The Waterboys (oui je sais, j’ai très bon goût)

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III) Compléter avec les concerts que vous aimeriez faire « en curieux »

Pour coller à notre cas de figure, j’ai sélectionné un bon paquet d’artistes, pour des raisons diverses:

– J’ai un CD d’eux que je trouve sympa, mais pas transcendant non plus: Yeti Lane, Deus, The Bewitched Hands, Noel Gallagher, The Black Keys, Mark Lanegan, Green Day

– Ils ont une très bonne presse dans les médias musicaux que je consulte régulièrement (magazines, webzines, blogs, radio, télé…): The Shins, Of Monsters And Men, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, Caravan Palace, Deus, Ed Sheeran, The Black Keys, Mark Lanegan, Stuck In The Sound, Foster The People

– Ce sont des « grands noms » qui ne passent pas souvent en France et/ou dont les places de concert coûtent assez chers: Bloc Party, Noel Gallagher, The Black Keys, Green Day

– Je les ai déjà vus sur scène, et c’était pas (trop) mal: Bloc Party, Caravan Palace, The Bewitched Hands, Stuck In The Sound

– J’aime bien un de leurs morceaux (sans connaître le reste): The Shins, Bloc Party, Of Monsters And Men, Foster The People

– …

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, certains artistes se retrouvent dans plusieurs catégories, ce qui les place évidemment en tête de ma shortlist. Et comme vous pouvez le voir ci-dessous, certains concerts ont lieu sur le même créneau horaire, ce qui va poser problème….
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IV) Isolez les tranches horaires où « vous n’y connaissez rien » et rencardez vous sur les artistes programmés

La plupart du temps, ce sont les débuts d’après-midi qui nécessitent ce type d’enquêtes plus poussées, puisque les têtes d’affiche trustent les soirées. Pour progresser efficacement, soyons organisés: le premier contact se noue généralement sur la page dédiée par le festival au groupe/artiste inconnu dont il est question. Même si les bios qui illustrent ce genre de publications sont la plupart du temps bien trop laudatives pour qu’on puisse en tirer grand chose, elles vous apprendront au moins le style pratiqué par l'(es) invité(s) mystère(s). Plus constructif, un morceau « représentatif » accompagne souvent l’article, et pour peu que le lien fonctionne, vous pourrez faire une première idée sur la question.

Pour aller plus loin, I-tunes est bien pratique, puisqu’il permet d’écouter entre 30 » et 1’30 » de chaque chanson du groupe/artiste. Prenez l’album le plus récent de ce dernier (puisqu’il s’agira certainement de celui dans lequel il tirera le plus de morceaux pour le set), lancez une lecture de tous les extraits disponibles et jugez sur pièce. YouTube, Spotify et Deezer sont également pratiques pour approfondir les titres les plus prometteurs*.

*: Certains artistes qui viennent juste de commencer leur carrière ne sont répertoriés nul part sur le web. Avec un peu de chance, ils auront pensé à proposer leur musique à l’écoute sur leur site personnel, mais ce n’est pas le cas de tous. Et bien, tant pis pour eux..
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V) Sélectionnez les artistes que vous voulez voir dans les plages définies à l’étape précédente

Si vous arrivez à remplir tous les vides, bravo! Mais comme on a parfois le choix de l’embarras plus que l’embarras du choix, ne rien sélectionner peut s’avérer être la meilleure alternative possible. L’occasion de faire un tour aux stands, d’arriver plus tôt pour avoir une bonne place pour le concert suivant, ou encore de rentrer se reposer pour attaquer le jour suivant en pleine forme..
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Vendredi entre 18h30 et 19h: le rock aviaire de Dionysos ou le hip hop bangesque de The Knux? Ni l’un ni l’autre…

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VI) Vérifier que les choix de l’étape II) valent vraiment le coup en les comparant aux inconnus programmés sur les mêmes tranches horaires

L’étape la plus longue, la plus fastidieuse, mais également celle qui vous permettra de faire un paquet de belles découvertes. Courage!.
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VII) Arbitrer les incompatibilités horaires restantes avec les oreilles… Vous avez votre roadmap! .
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Ah… ces concerts qui se chevauchent de quelques minutes. Un grand classique des festivals. Ajoutez à l’équation l’éloignement entre les scènes, et vous vous rendrez compte qu’à moins de maîtriser l’art délicat de la téléportation, vous allez forcément rater des petits bouts de sets de ci de là. Ce qui vous dire que vous allez devoir choisir si vous préférez sacrifier la fin d’un show pour ne pas rater le début du suivant sur votre liste, ou le contraire. Ce n’est jamais évident, mais ça fait partie du jeu*.

*: Et pour ceux qui ne veulent pas rater la chanson pour laquelle ils ont choisi de voir un concert, le site setlist.fm est un must. Il y a encore des artistes qui changent de setlist tous les soirs, mais (faut-il en rire ou en pleurer?), ces empêcheurs de planifier en rond sont assez rares..
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Le bras de fer entre The Bewitched Hands et Deus a vu la victoire des Belges. Faut dire qu’ils y sont allés à 4 mains (huhu)…

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VIII) Se faire une playlist récapitulative du programme et se la passer en boucle pour être au top le jour J

La « révision » proprement dite. Vous allez me dire qu’une fois que l’on sait que l’artiste est bon, ça ne sert pas à grand chose d’apprendre tous les morceaux qu’il joue par cœur. Vous avez parfaitement raison. Ça doit être mon côté FBDM….
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Bref, après bien des efforts, vous voilà avec une magnifique roadmap personnalisée du festival. Félicitations, vous pouvez être fiers de vous! Vous voilà prêt à enquiller les concerts avec l’assurance et l’optimisation d’un vieux briscard. Vous avez toutes les cartes dans les mains pour passer un super week-end musical, reste à espérer que la météo soit de votre côté….
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The long and winding road…

W.H.A.T.T. (I.F.): You will cry if you forget this (Part 2)

Have you learned your lesson?* Car les choses sérieuse commencent maintenant. Aller à un festival est en effet une chose assez intuitive pour toute personne ayant l’habitude de faire des concerts dans l’année. Certes, ça dure plus longtemps, il faut sans cesse marcher et, parfois, il pleut. Mais dans l’ensemble, la similitude entre ces deux types d’évènements est assez grande pour que les rats de salles se muent en rats des champs sans trop de problèmes.
À ce titre, le précédent article a sans doute été perçu par une partie du pointilleux et affuté lectorat que j’ai la chance d’avoir (j’ai tous les noms sur mon cahier) comme une session effrénée d’enfonçage  de portes ouvertes (et surtout, n’oubliez pas de prendre de l’eau et de quoi manger… « C’est moi où il me prend pour un abruti, le père Schattra? »).Allez, ne mentez pas, vous l’avez pensé très fort derrière votre écran. Je ne vous en veux pas, j’aurais réagi exactement de la même façon.
Mais voici le moment où l’exposé pontifiant s’élève légèrement au dessus du niveau des pâquerettes, puisque nous allons poursuivre notre exercice avec la checklist de tous les objets que le festivalier devrait avoir avec lui quand il choisit de vivre son expérience à fond, c’est à dire de planter sa tente au camping pour la durée du week-end. Aha. J’en vois déjà qui écoutent/lisent plus attentivement. Ils font bien, car à force de pratiquer cette forme si particulière d’hébergement, j’en suis venu à la conclusion suivante: c’est ce qui passe en camping qui décide du succès ou de l’échec du festival pour le participant.
Car on a beau venir plein de bonne volonté, et tout prêt à passer un super moment, si les pépins se succèdent dans l’éphémère ville de toile dans laquelle on a élu domicile, il y a fort à parier que le souvenir global que l’on retirera de l’expérience sera plus négatif que positif, et ce même si l’on assiste à de très bons concerts.
Alors bien sûr, je ne prétends pas que les quelques lignes qui vont suivre suffiront à elles seules à vous garantir un séjour absolument merveilleux parmi vos semblables festivaliers. Il y a bien trop de facteurs à considérer, bien trop de sources potentielles d’ennuis et de complications, pour être certain que tout va bien se passer de A à Z. Et puis, un aléa de temps en temps, ça permet de rester aiguisé, et ça fait de chouettes souvenirs en perspective à raconter aux générations futures quand elles seront en âge de partir en festival à leur tour (aaaah, la fois où j’ai fait tombé mon portable dans le trou de la toilette sèche… Depuis, j’ai fait posé une dragonne sur mon GSM, on n’est jamais trop prudent).

Mais comme un peu de planification et d’organisation a priori ne font jamais de mal, et que je crois fermement que nous sommes capables de tirer profit des expériences des autres, sans avoir à répéter les erreurs de nos aînés pour retenir les leçons qu’ils ont du apprendre de la manière forte (heureusement d’ailleurs… sinon on aurait droit à une guerre mondiale tous les 25 ans, juste pour le fun), allons-y gaiement pour une nouvelle checklist, spéciale camping de festival.

*: Comme je n’étais pas certain du caractère cristallin de la référence du titre de ce diptyque d’articles, je me permets de rajouter une couche en ouverture..
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JE PARS EN CAMPING DE FESTIVAL : CHECKLIST

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Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je vois ça, je pense au matos des Ghostbusters…

Qui dit camping dit tente, à moins que vous n’ayez la chance de faire partie de l’infime minorité des festivaliers qu campent en mobile-home (mais peut-on encore parler de camping?). Il vous faudra donc une tente pour commencer.
Si vous en avez déjà une chez vous qui pourrait faire l’affaire (évitez juste de partir en vadrouille avec la robuste et spacieuse – mais hyper lourde à porter et méga longue à monter – canadienne familiale… c’est fini les camps de beatniks dans le Lubéron), pas de problème particulier à ce niveau des opérations.
Mais comme la plupart des impétrants festivaliers campeurs sont des jeunes pas encore super équipés, il est plus que probable que vous échouiez au Décathlon quelques semaines/jours/heures/minutes avant le départ pour acquérir une fameuse Quechua 2 secondes. Il y a de fortes chances qu’elle soit verte. Si vous comptiez vous démarquez des tentes du voisinage, c’est raté.
Mais à côté de ça, ce modèle présente des avantages tels qu’on fait généralement fi du manque d’originalité. La Quechua 2 secondes est en effet très facile à (dé)monter, peu chère, plus robuste qu’il n’y paraît (même si on est jamais à l’abri d’un lot défectueux avec arceaux cassants… je vous conseille de faire quelques montages/démontages chez vous avant de partir, afin de vérifier que tout est ok de ce côté) et légère. Ses principaux défauts sont une absence de système de portage digne de ce nom, manquement particulièrement handicapant sur les plus grands modèles, et une ergonomie assez imposante en position repliée. Vous voilà prévenus*.

*: Il va de soi qu’il vaut mieux savoir comment replier la tente avant de partir en camping. Les premières tentatives ne sont en général pas très concluantes, mais une fois le coup de main pris, l’affaire se plie (huhu) en 15 secondes 2 minutes montre en main. N’ayez pas peur de tordre franchement les arceaux au moment délicat du « huit »: ils sont fait pour ça.

□ Tente

À gauche, le modèle 1 place. À droite, le modèle… 3 places. Oui, ça fait pas large.

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Vous avez maintenant une tente. C’est un bon début. À moins d’être un fakir avec des lombaires en acier trempé, il y a de fortes chances que vous souhaitiez aussi disposer d’un matelas, d’un duvet et d’un oreiller pour (essayer) de dormir. Profitez donc de votre balade chez Décathlon pour regarder les modèles proposés en magasin.

Le principal écueil ici est de sélectionner du matos avec un encombrement minimum, surtout si vous prévoyez de ne pas venir en voiture (et donc, aurez à porter vos affaires avec vous). Pris séparément, le matelas gonflable et le duvet de base sont en effet assez volumineux pour remplir les ¾ de n’importe quel sac, ou de monopoliser un bras chacun pour le portage. Pas glop. Même les espèces de cubes tout compris proposés par Décathlon représentent un volume assez importants, en plus d’être impossible à caser dans un sac à dos standard.
Pour ma part, j’ai opté pour un Sleepin’ Bed (on passera sur le nom particulièrement peu inspiré de l’objet), qui inclut à la fois un matelas (certes très fin), un coussin gonflable pour la tête et un duvet (très fin aussi) pour un prix, et surtout un encombrement très modéré. Comme l’ensemble se range en se roulant sur lui-même, il est très facile de le coincer en haut du sac, ce qui en fait un must absolu pour les baroudeurs aimant voyager léger et compact. Évidemment, une telle ergonomie se paie au niveau du confort, un matelas pneumatique de 3 cm d’épaisseur ne pouvant rivaliser avec des modèles quatre fois plus profonds. Mais pour un séjour d’un week-end, ça passe tout à fait.

□ Matelas, oreiller et duvet

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Terminons cette première partie consacré au « logement » par un petit accessoire souvent oublié, et qui, je l’espère, ne vous sera jamais utile: un cadenas. Pour fermer votre tente, oui oui.
Au risque de passer pour un misanthrope paranoïaque fini, j’affirme haut et fort que je ne campe jamais sans cette petite précaution, au pouvoir de protection tout relatif il est vrai (car ne nous voilons pas la face: un coup de couteau dans la toile de la tente, et la forteresse inexpugnable devient une ruine ouverte aux quatre vents), mais qui, on ne sait jamais, pourrait un jour décourager un visiteur non désiré (que ce dernier ait des intentions chapardeuses ou pas: l’alcool aidant, certaines personnes développent soudainement des comportements extrêmement… extravertis) de rentrer chez vous. Et puis, avec toutes ces tentes identiques, un cadenas vous donne un moyen d’identifier la vôtre à coup sûr, même à 4h du matin par une nuit sans lune.

*: Je pars du principe que si vous n’arrivez pas à ouvrir le cadenas, ce n’est pas votre tente (ou alors vous êtes complètement torché).
□ Cadenas

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Maintenant que vous avez réglé la question de l’hébergement, il est temps de passer à celle, à peine moins importante, de la toilette. La plupart des campings de festival proposant des douches à leurs utilisateurs (et même des douches chaudes pour certains d’entre eux!), plus d’excuse pour se vautrer dans sa propre crasse pendant tout un week-end. La crasse des autres est bien suffisante, croyez-moi sur parole.
Ce chapitre hygiéniste commence bien sûr par le paragraphe des vêtements de rechange. Sans vouloir paraître trop optimiste, l’été, saison des festivals, est généralement une période chaude de l’année, ce qui signifie, entre autres choses, qu’à moins de vous être préalablement roulé dans le talc jusqu’à ressembler à une sole meunière, vous risquez fort de transpirer. Mariner dans son propre jus pendant trois jours de suite n’étant pas une expérience des plus plaisantes, je préconise fortement d’emporter avec soi au moins autant de t-shirts, chaussettes et sous-vêtements que de journées de camping prévues. Si la météo est à la canicule, vous pouvez même prévoir plus large. Comme toute cette lingerie prend de la place dans le sac, on peut mettre la pédale douce sur le reste de la vêture, moins directement exposée aux conséquences corporelles des grosses chaleurs. Un seul jean et sweat-shirt (ou équivalents… vous pouvez favoriser le kilt et le poncho, à votre guise) devraient suffire le temps d’un week-end. Si vous êtes de nature confiante et peu frileuse, vous pouvez remplacez le premier par un short.

□ Vêtements de rechange

Hop, c’est parti pour un petit week-end (vendredi/samedi/dimanche/lundi).

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On continue avec l’indispensable trousse de toilette, qui vous permettra de tirer le meilleur des magnifiques infrastructures mises à votre disposition par les organisateurs. Dans la mienne, on peut trouver: du savon (en pain: rustique mais compact et durable), une serviette, une brosse à dents, du dentifrice, une brosse à cheveux et du déodorant. Basique, mais assez complet. Je suppose qu’on peut toujours trouver un peu de place dans le sac pour ajouter fond de teint, rouge à lèvre et mascara…
J’emporte aussi un sac poubelle, qui me sert de sac à linge sale et m’évite de transporter ce dernier à même le sac à dos une fois le festival fini.

□ Savon Serviette Brosse à dents Dentifrice Brosse à cheveux Déo Sac poubelle

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Avec tout ça, vous avez de quoi parer à la plupart des situations, mais vous pouvez faire encore mieux. La suite de la checklist sera donc consacré à tous les objets dont vous n’aurez pas forcément l’usage (ou ne pourrez pas toujours utiliser), mais qui, le cas échéant, vous rendront de fiers services. Comme je ne les considère pas comme absolument essentiels au bon déroulement du week-end, ce sont eux que je « sacrifie » en premier en cas de manque de place dans le sac à dos.
En vrac, on trouve donc dans cette catégorie fourre-tout: un masque de sommeil, de l’anti-moustique, mon(es) lecteur(s) MP3, le(s) câble(s) d’alimentation de ce(s) dernier(s), ainsi que l’adaptateur prise idoine (de plus en plus de trains sont équipés de prises de courant, ce qui permet de recharger les batteries sur le chemin… pour peu que les prises en question fonctionnent), le câble d’alimentation de mon portable, un livre… Impossible de faire le tour du sujet de manière exhaustive!

Dernier conseil: n’hésitez pas à laisser un peu de place dans votre sac, car 1) on est généralement beaucoup plus soigneux et ordonné dans la préparation de ce dernier à l’aller qu’au retour, ce qui se traduit par des volumes plus importants dans le deuxième cas 2) il n’est pas rare qu’on revienne d’un festival avec des souvenirs (éco-cup, t-shirt, CD, cochon empaillé…), alors autant prévoir un peu de place pour ces goodies.

□ Masque de sommeil Anti-moustique Lecteur MP3 Câble d’alimentation MP3 Livre       Adaptateur prise Câble d’alimentation portable 

J’ai perdu mon masque aux Vieilles Charrues et le spray anti-moustique a été saisi par la sécurité de l’aéroport de Trondheim… I miss you guys.

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Voilà qui conclut notre propos.Comme pour le précédent article, on se quitte avec un gabarit PDF qui récapitule toute la checklist et que vous pouvez utiliser librement si vous en avez l’usage. N’oubliez pas de m’envoyer une carte postale.

Checklist Camping Festival

W.H.A.T.T. (I.F.): You will cry if you forget this (Part 1)

La préparation au départ pour un festival est toujours un moment délicat. On est généralement super content et excité que le jour soit enfin arrivé, mais cette euphorie peut très vite se transformer en bon vieux stress des familles quand, au moment de prendre la route, un pernicieux sentiment vous envahit. Aaaah, cette diffuse et horrible sensation d’avoir oublié quelque chose de très important à la maison, sans réussir à identifier l’item omis, bien sûr (ce ne serait pas drôle sinon)… Ça vous le fait à vous aussi? Bienvenue au club.

La plupart du temps, bien heureusement, on se rend compte après tout que l’on s’est fait du souci pour rien (et l’ulcère à l’estomac se résorbe un peu). Encore ce crétin de subconscient qui a fait du zèle et continué à envoyer le message « T’es sûr que tu n’as rien oublié? Sûr? Sûrsûrsûr? » alors qu’il aurait du changer de disque et embrayer sur quelque chose de plus relax (« I’ve gotta feeling that tonight’s gonna be a good good night » « Tonight’s the night »* par exemple). Mais parfois, on réalise bien plus tard que Cassandre a tapé dans le mille, et qu’on aurait mieux fait de l’écouter au lieu de balayer ses mises en gardes lancinantes d’un revers de main (ce qui demande déjà un bon entraînement… c’est pas mal intangible, le subconscient**).

Généralement, la première chose qui vient à l’esprit du festivalier après avoir traversé le grand moment de solitude qui le submerge quand il réalise qu’il a oublié d’imprimer son pass 3 jours/de prendre du liquide pour payer son sandwich/d’emporter son appareil photo/insérez votre plus beau failstival/est la chose suivante: la prochaine fois, je me fais une checklist pour suppléer aux défaillances de mon cerveau prématurément usé par des années de débauche débridée… Putain, c’est moche de vieillir.

Seulement, on sait tous que s’il était facile de tenir ses bonnes résolutions, le monde ne serait peuplé que de personnes minces, non fumeuses, en couple, ayant leur permis et parlant au minimum huit langues étrangères (l’enfer quoi). Bref, notre festivalier distrait se débrouillera comme il pourra pour se passer de ce qu’il a laissé dans ses pénates, finira par trouver sa mésaventure cocasse, rentrera chez lui et oubliera totalement de faire ce qu’il avait promis sous le coup de l’émotion. Quitte à se traiter de misérable demeuré quand il se retrouvera confronté à la même situation quelques festivals plus tard.

Heureusement pour tous les têtes en l’air mélomanes, il y a des exceptions à la règle, des gens sérieux qui mettent en pratique les engagements qu’ils se sont eux-mêmes fixés (c’est le moment où vous pouvez applaudir derrière votre écran). Voici donc une checklist de tous les objets incontournables que tout festivalier(e) digne de ce nom devrait avoir avec lui/elle dans ses péripéties estivales. Plus d’excuses.

*: Mon Dieu, j’ai failli faire de la pub pour The Black Eyed Peas – qui ça ? –  sur mon propre blog… Heureusement, Ol’ Neil était là.
**: Ne pas essayer de prendre la formule au pied de la lettre: vous vous mettriez des claques.
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JE PARS EN FESTIVAL : CHECKLIST

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Commençons par l’essentiel et l’indispensable. Puisque vous avez payé (cher) le droit de dégrader votre audition pendant une ou plusieurs journées, autant ne pas oublier le billet qui vous permettra de ne pas être refoulé à l’entrée. Sans lui, tout s’arrête avant même de commencer, plaçons le donc tout en haut de la liste.
Et comme il est toujours dommage de se présenter devant le scanman avec un bout de papier déchiré, tâché ou détrempé, on n’oublie pas de prendre aussi une pochette plastique pour parer aux mauvaises surprises.

□ Billet(s) d’entrée du festival (dans une pochette plastique).
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On continue avec une autre feuille qui vous sera très utile d’un point de vue organisationnel: le déroulé du festival, avec les horaires de passage de tous les artistes sur toutes les scènes.
La plupart du temps, on peut trouver ce document en format A4 à un endroit ou à un autre du site officiel. Au pire, vous êtes assez grand pour collecter toutes les infos nécessaires à la réalisation de votre propre idiot sheet, comme dirait Johnny Cash.
On complète avec un plan du festival, pour éviter d’errer comme une âme en peine à la recherche de la scène indie/la buvette/des toilettes/du stand merchandising pendant trois heures, on glisse le tout dans la pochette plastique et on s’autorise à s’auto-congratuler de son esprit pratique très supérieur à la normale*.

*: Beaucoup de festival distribuent (gratuitement ou pas) un livret rassemblant toutes les informations pratiques dont les visiteurs pourraient avoir besoin à l’entrée du site. Vous pouvez donc faire l’impasse sur les deux items cités ci-dessus avec une bonne chance de ne pas payer le prix de votre folie imprudence audace. C’est vous qui voyez. Je préfère assurer le coup.

Heures de passage des artistes/scènes et plan du festival

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Avec ça, vous avez la base. Il est temps de penser aux petits extras qui permettent de bonifier l’expérience festivalière.
Comme par exemple, une paire de bouchons d’oreilles, afin que ces dernières ne gardent que des bons souvenirs de l’évènement. Il s’agit typiquement du genre d’objet qu’on oublie dans le feu des préparations, donc j’espère que cette checklist permettra de sauver quelques tympans d’une dégradation précoce.
Ajoutons un appareil photo numérique (avec des piles suffisamment chargées, ainsi que des piles de rechange – on ne sait jamais), assez compact pour pouvoir être camouflé si besoin est, un carnet de notes, un stylo (toujours avoir de quoi écrire avec soi, velléités de chroniques musicales ou pas! C’est fou le nombre de choses dont on était sûr de se souvenir sur le coup que l’on oublie), un peu de liquide et une lampe torche (de poche: très utile pour s’ouvrir le chemin jusqu’à la tente ou jusqu’au parking après le dernier concert de la journée). Et votre portable aussi, évidemment (vous ne rêvez pas, je l’ai mis sur ma liste parce que je suis capable d’oublier mon GSM).
Si vous vous débrouillez bien, tout cet attirail tient dans une sacoche standard*, ergonomie appréciable quand on sait l’amour immodéré qu’ont les vigiles envers les sacs à dos.

*: S’il reste un peu de place, j’essaie de caser un paquet de chewing gum. Ça permet de se caler (un peu) quand on passe toute la journée, et donc les heures de repas, à tenir la barrière devant la grande scène. Et puis, ne pas avoir une haleine de poney mort peut avoir des conséquences positives dans les clubs de rencontre géants que deviennent les festivals une fois la nuit tombée. Bonus.

Bouchons d’oreilles  Appareil photo numérique avec piles de rechange Argent liquide

Carnet de notes et stylo  Mini lampe torche Portable Paquet de chewing gum

Si vous êtes malins, vous aurez remarqué qu’un objet manque à l’appel, et si vous êtes très malins, vous aurez compris pourquoi.

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Tiens, puisqu’on parle de sac à dos: il faut savoir que choisir le bon peut vous faire gagner du temps et du confort une fois sur place. Le truc est de privilégier les sacs « plats » par rapport aux sacs « rebondis », qui sont absolument galère à vider lors de la traditionnelle fouille à l’entrée. À l’inverse, les premiers permettent d’expédier cette formalité en deux coups d’œil (sous réserve que leur contenu ait été préalablement agencé de façon « lisible »).
Plus importants, les sacs plats évitent généralement de se faire chahuter dans tous les sens pendant les concerts où la fosse est taquine. Au contraire, les sacs rebondis sont un calvaire pour leurs porteurs lorsque l’heure du pogo a sonné (voir le très bon article de Solyluna sur les techniques de survie en fosse pour apprendre tous les trucs de vétéran qui vont bien), sans compter que leur forme particulière ne permet guère de se les caler facilement entre les jambes pour réduire la casse, à l’inverse des sacs plats.
Bref, vous l’aurez compris, quand je vais en festival, je déteste être accompagné par des gros sacs (aucun second degré dans cette phrase, vraiment).

Sac à dos (plat de préférence)

Travaux pratiques: quel sac choisiriez-vous pour aller en festival, sachant que la masse du soleil est égale à l’âge du capitaine?


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Évidemment, le corollaire de cette inclinaison pour la finesse est que vous ne pourrez pas emporter des tonnes des choses avec vous. Si vous aviez prévu de partir faire du trek sur les contreforts de l’Annapurna ou de mettre fin à la famine en Éthiopie sur le chemin du retour, c’est embêtant.
Sinon, rassurez vous, on peut tout de même faire tenir quelques incontournables dans ce type de sac: un K-Way (bien plié), des lunettes de soleil (avec étui ou sac, une vilaine rayure est si vite arrivée), une casquette/bob/couvre-chef qui permettra de limiter les risques en cas d’insolation en cas de canicule (et de garder la tête au sec s’il pleut modérément), une petite bouteille d’eau (jusqu’à 50 cl, plus gros ça aura tendance à coincer – n’oubliez pas vos bouchons de rechange! -), un petit encas (sandwich s’il le faut, viennoiseries, fruit) et même de quoi tuer le temps si besoin est (un livre de poche, des sudokus/mots fléchés)… et ça devrait suffire à votre bonheur, non? Ah, et un paquet de mouchoirs aussi. Très important. Ça sert toujours.
Et c’est parti comme en 40. Avouez qu’il aurait été dommage de sortir le 70L familial de l’armoire pour si peu.

K-Way  Lunettes de soleil (avec étui/sac de transport)  Casquette/Bob/Chapeau funky    
Bouteille d’eau (avec bouchons de rechange) Encas De quoi tuer le temps Mouchoirs

Et hop, done. Évidemment, les bouchons en rab’ ne vont pas dans le sac.

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Voilà, je crois que nous avons fait le tour de tout ce dont un festivalier pourrait avoir besoin une fois rendu sur place. N’hésitez pas à remplir un formulaire de réclamation si vous estimez qu’un objet absolument indispensable a été oublié dans la checklist (c’est à ça que sert la section commentaires).
Comme je suis gentil, on se quitte avec un gabarit PDF qui récapitule tout de façon claire, nette et précise. Il y a même des petites cases à cocher pour être sûr de ne rien avoir oublié. Ch’est ti pas meugnon.
 

Checklist Festival

W.H.A.T.T. (I.F.): Les 10 Commandements du Festivalier

Comme il faut bien s’occuper avant Rock en Seine, voici une très courte introduction à la survie en ce milieu hostile que peut être le festival, particulièrement pour les personnes qui y viennent pour la première fois. Et en plus on est le 15 août… J’te jure, je l’ai pas fait exprès.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire une distinction entre deux grands types de festivaliers. À ma gauche, ceux qui viennent d’abord pour assister à des concerts, qu’il s’agisse de retrouver leurs artistes favoris ou de faire de plaisantes découvertes. À ma droite, ceux qui viennent principalement pour vivre un week-end de fête, oublier le traintrain quotidien pendant quelques jours et s’éclater à fond dans le cadre ultra permissif de ce genre de grand-messe musicale.

Même si on a souvent tendance à considérer les festivaliers comme une seule grande tribu, on aurait tort de ne pas tenir compte de cette dichotomie entre musicaux (première catégorie) et festifs (deuxième catégorie). Car tels l’huile et le vinaigre, ces deux castes finiront toujours par se séparer nettement au fur et à mesure que le festival suit son cours. Des mélanges (ou émulsions, pour filer notre superbe métaphore culinaire) peuvent bien sûr avoir lieu entre ces grandes familles, mais comme il n’est pas humainement possible de concilier les agendas des Capulet et Montaigu de festival, il y aura forcément un moment où la vieille division se fera jour à nouveau (par exemple, les musicaux en camping ont tendance à décliner la cinquième tournée de vodka orange pour aller se coucher et récupérer à l’heure où les festifs commencent juste à s’amuser)*.

*: et à l’image de la SNCF, qui ne mélange pas les ZEN et les ZAP, certains festivals proposent également des services différenciés à leurs utilisateurs. Le camping du festival de Nyon par exemple, est divisé en deux: une zone « normale » et une autre « familiale ». Il va sans dire qu’il est beaucoup plus facile de dormir dans la seconde.

Étant moi-même un musical pur et dur (à la limite de la misanthropie aigüe certains jours), je me contenterai de traiter de cette catégorie dans la suite de l’article. Les 10 Commandements qui suivent s’adressent donc uniquement à ceux d’entre vous qui se considèrent davantage comme des musicaux que comme des festifs (qui de toute façon, n’ont qu’une seule règle: carpe diem – et noctem – à donf).
Dernier mot introductif: si vous prévoyez de faire un festival en groupe, évitez-vous de cruelles déconvenues et des prises de bec potentielles en déterminant qui appartient à quelle caste avant le coup d’envoi. J’ai vu une demoiselle pleurer à chaudes larmes pendant les Vieilles Charrues parce que ses acolytes avaient passé la journée à butiner de concert en concert (attitude assez communément associée aux festifs), alors qu’elle avait, elle, envie de se poser et de profiter des concerts (une musicale affirmée, donc), et je ne souhaite ça à personne. Si vos amis vous en veulent parce que vous avez un programme différent du leur, changez en.

LES 10 COMMANDEMENTS DU FESTIVALIER (musical)

I) La foule tu précèderas.

Car la foule n’est rien de plus qu’un pot de colle géant, qui fait perdre un temps fou au festivalier pressé (et quand on vient pour la musique, on est toujours pressé). Fort heureusement, la foule est un animal prévisible et lent, qui s’esquive facilement avec un peu d’habitude. Point négatif: la foule est un animal glouton, assoiffé et incontinent, qui squattera toujours les stands de nourriture et de boissons, ainsi que les toilettes. Vous voilà prévenus (voir 2ème commandement).

Voilà l’ennemi. Heureusement, il n’est pas très futé.

II) Les conséquences de tes actions dans le temps tu considèreras.

Ou comment traduire élégamment une réalité  bassement terre à terre. Pour faire court et cru: tout ce qui rentre devra sortir à un moment. Et oui. On a vu dans le premier point que le ravitaillement et les sanitaires étaient en général encombrés pendant un festival, donc faîtes votre possible pour ne pas avoir à les utiliser. Sachant qu’un festivalier passe en général entre 6 et 12h par jour sur site, et qu’un être humain normal « digère » ce qu’il boit en 15-20 minutes, à vous de vous organiser pour ne pas avoir à rusher vers les toilettes en plein milieu du concert de vos rêves… Hommes et femmes ne sont de plus pas égaux devant ce phénomène (il faut bien que la possession d’une prostate présente quelques avantages avant d’être synonyme de cancer), donc prudence redoublée pour vous mesdemoiselles. Il ne s’agit pas cependant de sacrifier son hydratation sur l’autel de la musique en plein air: les conséquences pourraient être dévastatrices. Nous sommes fait d’eau après tout.
En ce qui concerne les aliments solides… Personnellement, j’ai tendance à ne rien manger sur place, quitte à se rattraper une fois de retour à la tente. Comment ça, je suis malade? Juste une histoire d’entraînement et de volonté, c’est tout*.

*: contrairement à votre vessie, votre estomac est un organe bien élevé: si vous avez décidé de jeûner, il laissera tomber le morceau au bout de quelques minutes et cessera de vous importuner.

III) Des sacrifices tu feras.

Prenez Abraham par exemple: quand le Seigneur lui a commandé d’immoler son fils, il a du quitter précipitamment le concert que les Motherfuckers donnaient lors du festival de Gomorrhe pour grimper sur le mont Moriah. Pas cool.
Sans devoir en arriver à de telles extrémités, les festivaliers doivent accepter le fait suivant: ils ne pourront pas tout voir. Les musicaux doivent de plus intégrer une autre pénible vérité: le quantitatif est l’ennemi du qualitatif. Ce qui veut dire? Tout simplement que pour pouvoir profiter d’un concert dans des conditions optimales, il faudra souvent se résoudre à quitter les shows programmés ailleurs bien plus tôt qu’il serait souhaitable, voire à rester devant la même scène toute la journée. Le « butinage » n’est envisageable que lors de petits festivals (10.000 personnes ou moins par jour), et encore.

IV) Avec soin tu t’habilleras.

Il a tout compris José. Faisez tous comme lui.

Les festivals ont souvent lieu l’été, et l’été il fait souvent chaud. Tout le monde me suit jusque là? Bref, la tentation est grande de se ramener sur le site en tongs, short et débardeur, histoire de supporter les températures élevées qui sévissent en début d’après midi sur le pré. Erreur, grave erreur.
Quitte à avoir l’air d’un illuminé à l’ouverture des portes, il vaut mieux au contraire favoriser les baskets, jeans et sweats à capuches (José Reis Fontao style), même en cas de canicule.
Première raison, évidente: la nuit arrive vite (à ceux qui ont peur d’elle) et la nuit est synonyme de fraîcheur. Il n’y a pas grand chose de pire que d’avoir froid lorsqu’on assiste à un concert, vous le savez et je le sais.
Deuxième raison, à peine moins simpliste: on court plus vite en baskets qu’en tongs. Et les musicaux qui veulent être bien placés courent souvent lorsque les portes s’ouvrent. Si si.
Troisième raison, franchement contre-intuitive: on résiste mieux à la canicule couvert qu’exposé. Sans rire, mon sweat m’a permis d’endurer la chaleur de four qui régnait à Carhaix pendant le dimanche des Vieilles Charrues avec détachement, tandis que les porteurs de T-Shirt autour de moi se liquéfiaient progressivement. Toujours pas convaincus? Demandez à votre pote Touareg pourquoi il ne se balade pas torse nu dans le Sahara la prochaine fois que vous le croiserez, lui saura vous convaincre.

V) Léger tu voyageras.

Là par exemple, nous étions (beaucoup) trop chargés. Faute.

Beaucoup de festivaliers emportent un sac avec eux. Bonne idée. Mais attention à ne pas développer un syndrome de « aucasoùïte » aigu, c’est à dire d’emporter avec soi une tonne de trucs dont l’usage sera conditionné à la survenue d’évènements très particuliers, pour ne pas dire improbables. Exemple personnel: ma mère insiste toujours pour que je prenne une trousse à pharmacie complète avec moi (sans aucun succès jusqu’ici, je dois dire) lorsque je pars en festival. Ce n’est pas que je ris au nez du danger, mais j’évalue mes chances d’avoir besoin de faire un usage actif du kit aspivenin contenu dans ladite trousse comme très limitées dans le pire des cas.
Le deuxième corollaire de ce commandement est qu’il faut privilégier le miniature et le polyvalent quand c’est possible. Peur de s’ennuyer? Prenez votre Ipod nano avec vous plutôt que votre exemplaire relié cuir du Capital. Et comme les officines « Objets Perdus » des festivals ne sont là que pour faire joli la plupart du temps (ou alors considérez sérieusement la possibilité de jouer pour moi au prochain super tirage de l’Euromillions), souvenez-vous qu’on ne peut perdre que ce qu’on emporte avec soit.

VI) L’esprit clair tu garderas.

Si vous avez une vie sociale, ou au pire, accès à la télévision, vous savez probablement reconnaître un individu en état d’hébétude éthylique quand vous en voyez un. Répondez honnêtement: est-ce que vous pensez qu’on peut apprécier (ou simplement s’en souvenir) un concert dans ce stade pré-comateux? En ce qui me concerne, la réponse est un non franc, ferme, massif et définitif. J’évite donc de tenter le diable en prohibant la prise de toute substance dont les effets secondaires entraîneraient un faussement de la perception, un ralentissement des réflexes et/ou une diminution des facultés cognitives.
Souvenez-vous que les autres festivaliers ne sont pas vos potes, et qu’ils n’ont pas à veiller sur vous si vous mettez une mine. Plus probablement, vous finirez au poste d’infirmerie pour la nuit (malgré vos protestations outrées), et en ressortirez avec un petit sermon si vous avez de la chance, ou une interdiction de revenir si vous n’en avez pas. Et quand bien même vous auriez une bande d’amis très dévoués, tout prêts à vous border dans votre duvet en cas de cuite, un tel comportement de votre part relèverait de l’égoïsme le plus crasse: est-ce que vous aimeriez rater la tête d’affiche de la soirée parce que Jean-Kevin se sent mal et doit être raccompagné jusqu’à la Quechua après une biture carabinée? Bref, l’homme sage connaît ses limites.

VII) Zen tu resteras.

Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais il ne sert à rien de s’énerver du comportement des autres. Pourquoi? Parce que le festival, c’est la jungle, baby. Quand des milliers de personnes (et en majorité des jeunes) se retrouvent dans un endroit où l’alcool coule à flot, il est inévitable que des accrochages se produisent. Pas de chance, c’est sur votre magnifique nouveau T-shirt de Justin Bridou que cet abruti a renversé son pichet de bière… Il a beau être désolé, vous avez bien envie de lui en coller une pour lui apprendre à faire attention. N’en faîtes rien.
Respirez un grand coup, souriez, dîtes que ce n’est pas grave, et éloignez vous. Le dernier point est particulièrement important, car les personnes déchirées ont du mal à faire la part des choses, et votre nouveau meilleur ami va sans doute passer le reste du concert à vous répéter qu’il est désolé (puis il vous racontera sa vie et vous raccompagnera jusqu’à la sortie du festival) ce qui, je gage, ne fera que précipiter le moment où vos réserves de patience seront épuisées. En revanche, les poivrots oublient très vite les choses dès lors qu’ils ne les voient plus, et il y a fort à parier que l’importun ne vous courra pas après pour vous abreuver de ses platitudes si vous tournez les talons.
Vous me direz qu’il y a toujours la possibilité d’alerter le service de sécurité à vos éventuels déboires, mais regardons la situation en face: les malabars employés par le festival ont pour première mission d’empêcher les artistes de se faire molester, et les bisbilles interfestivalières ne les émeuvent pas le moins du monde dans la majorité des cas. Let’s face it: vous devrez faire face seul, et à moins que vous soyez en mesure d’allonger votre gaillard d’un seul coup de poing, la violence (physique ou verbale) causera plus problèmes qu’elle en résoudra. Mon truc personnel: à partir de 22h, considérez que tous les autres festivaliers sont bourrés, et traitez les comme tels. Vous pouvez aussi emmener une poupée vaudou pour vous passer les nerfs, mais ça rentrerait en contradiction avec le 5ème commandement.

VIII) Ton repos tu optimiseras. 

Le festif est un animal nocturne, qui marque son territoire en y éparpillant de la nourriture et des déchets.

Un commandement qui s’adresse surtout à ceux qui prévoient de camper au pied du mont Sinaï en attendant que Moïse vienne fracasser les tables. La plupart des festivals proposent en effet à leur participants de planter leur tente à proximité du lieu des festivités pour une somme assez faible (voire gratuitement), ce qui est évidemment appréciable quand on vient de loin et qu’on ne connaît personne sur place. Pour les novices qui me liraient, je préfère toutefois mettre les choses au clair tout de suite: dans un camping de festival, on ne dort pas la nuit. La faute aux cousins festifs, à qui l’obscurité donne toujours des idées brillantes et bruyantes, parfaites pour tenir en éveil, de gré ou de force, le reste des campeurs jusqu’à l’arrivée du soleil (à l’aube, ils seront complètement crevés et ne vous embêterons plus).
Le problème est que les musicaux ont en général un emploi du temps chargé en journée, et donc pas le temps ni l’envie de dormir à ce moment là. Alors que faire? Pas de solutions miracles à ce problème, mais une vue de l’esprit qui pourra vous aider à relativiser: dîtes vous que même si vous n’arriverez pas pas à fermer l’œil de la nuit (ce qui est généralement une pensée phobique: il y a fort à parier que votre cerveau arrivera à faire abstraction du bruit ambiant à un moment… même si le somme ne dure que quelques minutes, c’est toujours ça de gagné), le simple fait de rester allonger sur un matelas permet de recharger les batteries, et que si vous n’arrivez pas à dormir, c’est que vous n’êtes pas vraiment fatigué. Ça vous fera une belle jambe, et ça n’améliora pas votre mine au matin, mais au moins vous ne sortirez pas de votre tente avec une hache et des intentions homicides à 4h du matin. N’enfreignez pas le commandement précédent, surtout que agonir vos voisins festifs d’injures pour les faire baisser de volume ne fera que les inciter à crier plus fort. Courage, votre calvaire prendra fin avec le festival, et vous pourrez bientôt refaire vos nuits .

IX) Matois au besoin tu seras.

Et hop, it’s a kind of magic

Je ne parle évidemment pas d’enfreindre systématiquement toutes les règles édictées par les organisateurs, dont la plupart tiennent du bon sens pur et simple, mais de contourner celles qui n’auraient pas lieu d’être si tout le monde était aussi raisonnable que vous. Prenez par exemple l’innocent bouchon de bouteille en plastique: pour une raison indéterminée, il est considéré comme persona non grata dans la plupart des festivals, et impitoyablement prélevé à l’entrée. Or, nous savons tous que se balader avec une bouteille d’un litre et demi ouverte, c’est à la fois fatiguant et restrictif en terme de mouvement. Bref, l’heure de la désobéissance civile à sonné, brothers and sisters. Je ne vous ferai pas l’affront de vous décrire en long en large et en travers la parade bête comme chou qui vous permettra de profiter de vos concerts avec des bouteilles fermées (pour les petits nouveaux sans imagination, l’astuce nécessite un bouchon en rab planqué dans une poche…*), l’essentiel ici étant de bien comprendre qu’aux règles stupides, nul n’est tenu.
Deuxième exemple: les appareils photos, que certains festivals interdisent de prendre avec soi. On me répondra que cette restriction ne concerne que les boîtiers professionnels, et que les petits numériques familiaux ne sont en aucun cas frappés d’ostracisme. Soit. Mais imaginez que le préposé à la fouille ait décidé de faire du zèle, ou n’ait pas été informé de cette subtile mais essentielle distinction: dans le meilleur des cas, vous devrez déposer votre kodak à la consigne et dans le pire, vous ne pourrez pas rentrer du tout. Les boules. Ne prenez pas de risques inconsidérés, et recourez donc à la technique dite de la sacoche à double fond, mise au point par votre serviteur, et qui vous permettra de simplifier ce moment toujours un peu délicat.

*: Erreur de débutant à ne pas commettre: se présenter à la fouille avec une bouteille déjà privée de bouchon. Comme personne de sensé ne fait ça dans la vraie vie, vous serez grillés au 30ème degré.

X) Ton audition tu protègeras.

D’accord, le look n’est pas terrible, mais on en reparlera dans quelques années. N’ayez crainte, je parlerai fort pour que vous puissiez entendre.

Robert McIndoe, 52 ans, s’est suicidé en novembre dernier après trois mois d’acouphènes continuels. Concert incriminé: Them Crooked Vultures.

Sans doute le commandement le plus important du lot, et c’est pourquoi je finis par lui. Je devine que certains lecteurs rigolent doucement en lisant ce passage, persuadés de la résistance à toute épreuve de leurs oreilles, mais ce genre de comportement à risque est, permettez-moi de le dire franchement, totalement stupide. Sortir d’un concert avec les oreilles qui sifflent n’a rien d’exceptionnel pour la plupart des festivaliers, qui ne réalisent pas que les dommages infligés à leur oreille interne sont permanents et irréversibles. L’acouphène a beau disparaître de lui-même après quelques heures dans la plupart des cas, le mal est fait: vous entendrez moins bien pour le reste de votre vie, même si évidemment, vous ne vous en rendrez pas compte. Et à trop jouer au con, un jour on se rend compte que l’acouphène ne s’en va pas. Ou revient n’importe quand, concert ou pas concert. Et là, c’est le drame.
Car l’hyperacousie est un fléau qui se vit seul et ne se soigne pas. On apprend à vivre avec, à ne plus « écouter » les sifflements, mais la solution miracle et définitive n’existe pas. You played and you lost, end of the story. Beaucoup des personnes affligées par ce mal souffrent de dépressions chroniques, car ce dernier n’est pas reconnu comme vraiment sévère par le grand public, et condamne à la réclusion et à l’isolement dans nos sociétés hyper-bruyantes. Personnellement, ce n’est pas une vie qui m’attire particulièrement.

Donc, la prochaine fois qu’un bénévole vous proposera une paire d’horribles bouchons d’oreilles en mousse rose fluo, ne lui riez pas au nez et faîtes fi de vos considérations esthétiques. Une solution plus durable est d’acheter des earplugs en plastique, plus facile à utiliser de manière optimale et efficace que les infâmes trucs mous qui sont distribués gratuitement dans les festivals. Bref, sortez couverts.

Voilà qui termine notre petite liste de commandements. Respectez les et vous mettrez toutes les chances de votre côté pour passer un très bon festival, plein de concerts fabuleux et de découvertes intéressantes. Ignorez les et soyez maudits jusqu’à la septième génération. Héhé, nan, c’est une blague.

FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 2 (DIMANCHE)

Si vous vous demandiez si les dindons de Ronquières glougloutaient dès l’aube pour saluer la venue du jour nouveau, la réponse est non. Sad but true. Reste que dans un camping déjà un peu moins propret que la veille au soir, il faut tout de même songer à se mettre en marche suffisamment tôt pour être fin prêt pour l’ouverture des portes, programmée à midi ce dimanche. Chance, confort et volupté, toute l’infrastructure nécessaire à ces préparatifs (toilettes, douches, supérette) se trouvent dans le périmètre immédiat des tentes. Pas d’excuses donc pour ne pas partir placés à l’heure dite, même si nous prîmes soin de nous lester de l’incontournable K-Way pour cette fin de festival, eu égard à un ciel franchement gris dès la matinée. Précaution qui n’aura pas été vaine, comme le lecteur impatient ne tardera pas à le découvrir.

À l’entrée, l’inexpérience se fait clairement sentir lorsque deux personnes plus impatientes que les autres décident simplement d’escalader les barrières et de pénétrer sur le site sans que personne ne s’en émeuve particulièrement (exception faite des fans de M POKORA, tous remontés comme des coucous suisses et prêts à se ruer vers la scène Tribord au moindre signe de faiblesse des organisateurs). Par manque de bénévoles, les quatre check-points indiqués sur le portique sont réduits à deux, et forcément, on râle un peu quand c’est sa file qui est sacrifiée sur l’autel de la sécurité. Heureusement, le destin se décide à filer un coup de pouce aux porteurs de pass deux jours, qui disposeront d’un accès réservé. Ça en devient même trop facile lorsque aucun des trois préposés au contrôle des festivaliers ne se décide à fouiller notre sac à dos, qui s’était montré diablement difficile à vider, puis à remplir de nouveau, la veille. 12h02, nous voilà déjà installés aux premières loges de la scène Bâbord, prêts à une demi-journée de standing musical. Assemble the musicians!

Avant que le premier groupe ne fasse son apparition, un drôle de type sappé comme un mac’ de GTA se présente sur scène, et annonce au public dans un français hésitant que le groupe ACTA va maintenant jouer (texto). Je comprendrais plus tard que ce gugusse fera office d’annonceur/chauffeur de salle pour tous les shows de Bâbord. Soyons juste avec lui: autant il n’a pas cassé pas des barreaux de chaise niveau relation avec la foule et présentation de ses « poulains », autant il a toujours soigné son look, enchaînant les tenues les plus excentriques et foulant le bon goût des deux pieds à chaque apparition. La blague (belge? impossible d’identifier son accent) du week-end.

Sur la dernière photo, il a osé le cross over ultime entre Freddy Mercury et la reine d’Angleterre. C’est plus chocking, c’est chocqueen!

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Il est enfin temps pour les ACTA de fouler les planches pour le premier concert de la journée. Il n’est jamais facile d’ouvrir le dimanche pour un groupe lors d’un festival, tâche encore rendue plus ardue par le relatif anonymat de la formation de La Louvière et la jeunesse de la manifestation, qui ont concourus pour accoucher d’un public des plus clairsemés. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le chanteur-guitariste du quatuor (vague lookalike du Tristan Nihouarn de Matmatah, bien que le grain de voix fasse plutôt penser à du Charlélie Couture en moins éraillé) a réussi à force d’efforts à faire battre des mains et chanter les spectateurs, ce qui ne constituait pas un mince exploit en pleine heure du déjeuner. Comme ils le disent eux-mêmes: On S’Habitue À Tout.
Seul groupe du week-end à chanter en français (et sans tomber dans le double écueil de la niaiserie sentimentale ou de l’enfilage de jeu de mots typés « Grosses Têtes », chapeau), les Acta ont fait ce qu’ils ont pu avec application et philosophie. Si Kaolin a réussi à percer (peu de temps, il faut bien le dire) en France, je ne vois pas pourquoi ces derniers n’arriveraient pas non plus à se faire une place au soleil, surtout que le combo comporte dans ses rangs deux frangins très bons guitaristes, tout à fait capable de sortir un solo aussi inattendu vis à vis de la direction « pop electro-acoustique à textes » suivie par le groupe que bienvenu pour regagner l’attention d’un public forcément volage à ce moment de la journée. Continuez comme ça les gars.

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That’s the place, babe

Comme nous nous étions piqué de sédentarité ce dimanche, NOA MOON restera à 300.000 millimètres de notre bord. Dommage, mais il s’agissait de ne pas offenser les ROMANO NERVOSO, autre formation issue du décidément très riche vivier de La Louvière (panneau indicateur – collecté comment, mystère… – faisant foi ). Mais là où leurs prédécesseurs cherchaient le consensus et les bons sentiments, les Romano se démarquent par une attitude résolument sans compromis. On ne plaisante pas plus avec l’esprit rock qu’avec les spaghettis de la Mama, motherfuckers! Pour nous deux petits Frenchies en visite à Ronquières pour le week-end, et encore légèrement traumatisés par le show incandescent livré à la Caserne Fonck en première partie de TRIGGERFINGER (si la Belgique n’est pas grande, le monde est décidément tout petit), il s’agissait de retrouvailles, à célébrer pieusement en ce jour du Seigneur par une communion avec le saint esprit rauque.

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Dès les balances, le ton est donné, l’impayable Giacomo Panarisi, frontman de son état, testant son micro sanglé dans un T-Shirt au message brutalement direct: « I hate Bono and I hate his fucking face ». On rappellera au lecteur distrait du troisième rang que l’individu susnommé s’était également commis lors du concert du samedi des BIKINIANS, où il a tenu les fûts avec, je suppose, une énergie indiscutable.

On a retrouvé Romano Ramone

Une fois entré dans le vif du sujet, les Romano proposent un curieux mélange de préciosité glam-rock (en témoigne l’entrée flamboyante du sieur Panarisi, rutilant dans son manteau de fausse fourrure blanche rehaussé d’une bonne couche de bleu à paupière chastement dissimulée derrière une paire de verres fumées jusqu’à la moitié du show) et de rugosité punk, éructée à fond les amplis à base de riffs salaces et saturés, de batterie frénétique et de paroles délivrées sur le fil séparant le chant du hurlement. Même si l’héritage des Ramones est clairement revendiqué et approprié, et se retrouve aussi bien dans le quasi monosyllabique, mais tellement jubilatoire refrain de Mangia Spaghetti, à rapprocher d’un Blitzkrieg Bop, que dans le look du guitariste, le quatuor infernal de La Louvière est bien trop mal élevé pour suivre sagement la route tracée par leurs (grands) parents New-Yorkais (un autre exemple? Cette annonce d’une reprise de M Pokora, la méconnue Fous toi ma bière dans le cul).

Les Italian Stallions Belges (nom de leur premier opus et référence au « porno » soft au casting duquel figure un autre fils d’immigrés italiens, l’obscur Sylvester Stallone) lorgnent également sans gène aucune du côté de rythmes un peu plus dansant que le sacro-saint pogo, initié au besoin par le très remuant Giacomo jamais trop timide dès qu’il s’agit de balancer des trucs dans le public, lui inclus (la remontée sera par contre plus laborieuse). Cette veine presque pop – oulala, l’insulte – se retrouve dans le plus léger Party Time, qui a au moins le mérite de proposer une autre vision du party-rocking que celle matraquée par LMFAO depuis des mois. Quarante minutes plus tard, le message est passé, et bien passé: le rock n’est pas mort, merci pour lui, et basta.

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Après la salutaire claque assénée par Romano Nervoso, les organisateurs ont prudemment décidés de faire retomber la pression en programmant la nettement plus calme HOLLIE COOK, engagée comme tant de jeunes artistes anglais avant elle dans un tour d’Europe (f)estival (elle était également présente aux Vieilles Charrues). Si l’enthousiasme n’était pas délirant au moment de prendre la scène, Hollie et ses musiciens se sont toutefois attelés à la tâche avec professionnalisme. N’empêche que trois quarts d’heure de reggae soul sous le soleil de 15h, ça a tendance à vous assommer votre spectateur plus sûrement qu’un pétard de ganja aux épices.
Pour sûr, miss Cook est un joli brin de fille avec un joli brin de voix, et la regarder onduler sur scène, les yeux perdus dans le vague a un effet hypnotique indéniable. Mais tel Ulysse confronté aux sirènes, dès la chanson terminée, le charme se rompt brutalement. En cause, la voix « parlée » de Hollie, qui allie la gouaille vulgaire d’une marchande de poissons de Barbès et la stridence pénible d’une collégienne à un concert de Justin Bieber. Mah bon, ça m’a empêché de m’endormir pendant le set, ce qui n’aurait pas été très polie envers la fille du batteur des Sex Pistols et son backing band.
Parmi eux, l’immense bassiste rasta jusqu’au bout des dreads occupait visiblement un statut à part dans le groupe, puisqu’il fut le seul à être nommément présenté au public par sa chanteuse, et assura des parties vocales en solo sur la moitié des titres. En embuscade entre la batterie, où officiait un cousin de Mel Gaynor (Simple Minds), et la section cuivre, l’Ike Turner rasta a mené son petit monde à la baguette le temps d’une croisière expresse sur le canal de Ronquières. Emballé, c’est pesé (et vite oublié).

Une heure après avoir quitté les îles Cook, la léthargie menace de submerger l’équipage. Il fait (encore) beau, il fait (toujours) chaud, et comme le reggae n’est pas le style le plus énergisant qui soit, l’étreinte chloroforme de Morphée menace de faire sombrer corps et biens le navire de la conscience. Garçon, vite, mettez-nous quelque chose de plus fort.

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Dans ces conditions, je n’ai rien contre les femmes voilées, vraiment.

Et ce fut chose faite avec l’arrivée sur scène de la bouillonnante IZIA, guère encline à laisser le public comater derrière les barrières pendant qu’elle fait son show. Tout le monde à l’abordage, comme a pu le chanter son paternel. Même pas fatiguée par une tournée dont Ronquières constituait la dernière étape avant un mois de vacances bien méritées, la petite dernière de la tribu Higelin, pourvoyeuse de baladins et de saltimbanques de la langue française depuis quarante ans  s’est montrée à la hauteur de ce que j’avais pu lire sur elle auparavant: boule de nerfs sexy et déterminée, Izia est une nymphe tout droit échappée des Métamorphoses (rock)d’Ovide. Comme il est loin le 24-9-90 où la petite gonzesse a vu le jour dans la nuit! « Iziou » a bien poussé depuis les héroïques 90’s, c’est un fait (c’était écrit).
Si elle a suivi le même chemin que ses père et (demi) frère, Izia a toutefois pris le soin de s’écarter des sentiers musicaux foulés par ses aînés, aussi bien dans le fond (rock brut de décoffrage en lieu et place de la chanson française élégante de Jacques et d’Arthur) que dans la forme (anglais de rigueur). La radicalité de l’approche a bien entendu les défauts de ses qualités: à force de se la jouer provoc’ et effrontée, les interventions de la demoiselle accusent parfois une certaine lourdeur (« on va enchaîner avec cette bonne vieille pute de Lola* », « tout le monde a des nibards! » – certes- ), mais il n’y a que les femmelettes qui ne cassent pas d’œufs, pas vrai?
Ceci dit, il faut tout de même noter que la carapace de la grande méchante rockeuse dominante à la Joan Jet s’est fendue vers la fin du set, lorsqu’Izia s’est saisi d’une guitare pour un morceau en solo. Exit le bruit et la fureur, et bonjour aux arpèges tricotés avec l’application d’une élève de première année à l’école de musique sur le manche de la gratte. Un titre qui ne restera pas dans les annales, mais il faut savoir varier les plaisirs (et donner quelques de minutes de répit à un public qui commençait à montrer des signes de fatigue). Mais au final, c’est bien en passionaria déchaînée et échevelée que l’on préfère Izia, avec les deux mains libres de soulever la foule à bout de bras (d’autant que ses musiciens sont tous excellents et suffisent amplement au bonheur des oreilles des spectateurs).

À la fin des cinquante minutes de son set, Izia, visiblement émue par l’accueil enthousiaste reçue en terre wallone, fond en larmes devant la foule. Bon, ok, l’émotion a certainement été davantage causée par le départ programmé de sa manageur-tourneuse, dont c’était la dernière date avec le reste de l’équipe, mais ça ne fait pas de mal de s’attribuer quelques responsabilités dans cette fin de prestation lacrymale. C’est la légende du festival de Ronquières qui commence à s’écrire, petit à petit. Plus important, Iziou a promis qu’elle ferait son possible pour revenir jouer en Belgique lors de sa tournée d’automne (décidément, elle ne s’arrête jamais). Avis aux amateurs.

*: au moins, ça change de la « salope » des Solidays, pas vrai dumdum girl?

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Bien réveillés et d’attaque pour la suite des réjouissances, c’est avec une excitation non dissimulée que nous nous sommes armés de patience dans l’attente de la venue de Triggerfinger. Un groupe que j’aurais vu, revu et re-revu pendant l’été, mais que voulez vous que je vous dise, sinon que ces gars là en valent la peine? Motivation supplémentaire, ils joueront ce dimanche (presque) à domicile, ce qui constitue toujours un puissant incitatif à mettre les tripes sur la table pour tout groupe de scène digne de ce nom. Résolus à défendre la réputation d’excellence qu’ils se sont forgés dans leur pays d’origine, le power-trio d’Anvers a en effet décidé de mettre les petits plats dans les grands, et a sorti la vaisselle des grands jours pour l’occasion.
Si la vue de ce verre et de cette tasse laissés pour compte dans un coin de la scène ne vous évoque rien d’autre que le désir de reprendre un café, il est grand temps de faire un tour par les studios de la radio Giel, où une des pages de l’histoire du groupe s’est écrite en janvier dernier. Autre signe avant coureur du caractère spécial de la prestation à venir, plus visible celui-là, les six « grilles » de projecteurs disposés à l’arrière de la scène. En plus d’en avoir plein les oreilles, on en allait en sus en avoir plein les yeux (même si l’effet aurait été plus marqué en salle qu’en plein air, surtout pendant la journée).

Mais bon, est-ce très judicieux de risquer de blesser cet homme?

Pendant que Ruben, Mario, Mr Paul et leur crew mettent la dernière main à la balance, une petite armée de journalistes et de caméramen enregistrent les moindres faits et gestes du trio. Aucun des autres artistes n’ayant eu droit à tant d’attention médiatique, peut-être les fans des Trigg’ seraient-ils bien inspirés de guetter la sortie d’un documentaire en partie ou totalement consacrés à leurs idoles dans un futur pas trop lointain. Enfin, je dis ça, je dis rien hein…
Quand 18h30 arrive enfin, c’est devant un public déjà conquis que les trois pisoleros font leur entrée, après que l’inénarrable présentateur ait fait son office avec la maladresse abrupte et pataude qui a caractérisé toutes ses interventions dominicales (petit regret: il s’était déguisé pour l’occasion en Homer Simpson, alors qu’il aurait pu faire un Mr Paul assez convaincant).

Malheureusement, la performance exceptionnelle qu’on était en droit d’espérer n’a pas eu lieu au pied du plan incliné de Ronquières. En cause, un réglage son défaillant, à cause duquel la voix de Ruben ne s’est guère détachée des parties instrumentales, manquement particulièrement patent sur des titres tels que First Taste ou Is It, dont l’alchimie repose en grande partie sur des refrains accrocheurs que le public peut s’approprier. Marginalement, on peut aussi souligner que Mr Block n’a pas été verni avec ses grattes pendant le show: corde cassée sur My Baby’s Got A Gun, désaccordée au début de First Taste. Les aléas de la scène.

Dernier reproche (à la limite de la mauvaise foi, mais quand les artistes sont bons, il ne reste plus que ça aux chroniqueurs), l’inclusion un peu poussive de l’incontournable (sept semaines en tête des charts belges, excusez du peu) I Follow Rivers à la fin du set. J’avais trouvé la formule testée au 114  – setliste habituelle, avec la reprise de Lykke Li en rappel, quand la pression a naturellement un peu retombée – beaucoup plus convaincante que le rapiéçage effectué à Ronquières. Voir Mario passer de son solo de batterie proprement bonhamesque (à ce propos, j’invite toute personne n’en ayant pas encore par dessus la tête de Triggerfinger à jeter une oreille sur leur version du Mandown de Rihanna: l’intro vous confirmera au besoin les liens de filiation évidentes entre le jeu du batteur de Led Zep et celui d’Antwerp) à son bidouillage vaisselier tearsforfearsien (toi aussi, créé des adjectifs qui n’entreront pas dans le Petit Robert avant trois siècles) en l’espace de cinq minutes est une expérience assez contre-intuitive.

Mario Goossens, batteur tout terrain

Mais bon, je suis quand même content qu’ils aient joué ce morceau, plutôt rare en festival si je me base sur mon expérience personnelle (absent de la setliste de Solidays comme celle des Vieilles Charrues) et leur dit à bientôt pour le concert du 24 octobre au Nouveau Casino, qui devrait méchamment envoyer, faîtes moi confiance.

Long Live Rock, ça se dit comment en néerlandais?

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Le soir venu, le ciel se couvre salement au dessus de Ronquières. On a eu beau espérer que lourd couvercle baudelairien tienne bon encore quelques heures avant de lâcher la sauce, ce fut sous la pluie que JULIEN DORÉ a sorti son Bichon, et sous la drache que les BRIGITTE ont fait leur tour en Benz Benz Benz. Stoïques, les fans d’IAMX des premiers rangs (dont l’intégrité leur interdisaient même de sortir un parapluie, sans parler du K-Way – qu’est-ce que Chris aurait pensé de cette atteinte au bon goût goth, hein? – ) ont enduré les ondées successives avec résignation. Après tout, y avait-il un meilleur présage pour annoncer la venue du leader des Sneaker Pimps (lui même fervent adepte du singing in the rain) que le temps volatil de cette soirée?

Ils ne s’attendaient par contre sans doute pas aux piques que leur a expédié un MILOW très taquin, et tout à fait conscient que les pâles cohortes aux yeux cernés de rimmel qui fixaient la scène d’un air absent n’étaient pas venus pour l’entendre chanter You & Me. Pas sûr que l’approche humoristique lui ait gagné beaucoup de nouveaux fans dans l’IArMyX, mais ça fait toujours du bien de voir des artistes qui ne se prennent pas pour le nombril du monde (même si le crew du petit gars de Bogerhout a été le seul affublé de T-shirts à sa gloire durant tout le week-end).

Et puis, quand Milow fait des blagues, c’est toujours très gentil, un peu à l’image de sa musique. Comme quoi, on peut être grand, chauve, jouer de la guitare et vivre de sa musique sans être aussi méchant (ni aussi bon d’ailleurs) que Billy Corgan. Difficile, à moins d’être un intégriste d’IAMX, de rejeter en bloc les jolies ritournelles aux paroles un peu simplettes (voire carrément neuneu) qui constituent l’essentiel des compos de Mimi, surtout que le gaillard a su s’entourer de très bon musiciens, comme l’impressionnant guitariste qui a littéralement scotché le public lors d’un judicieux interlude flamenco.
Comme il parlait dans une de ses chansons de partir en Amérique pour booster sa carrière, jouons le jeu jusque dans les comparaisons, et rapprochons sa pop à guitare de groupes comme les Crash Test Dummies ou Counting Crows, même si tout cela est décidément trop lisse et propret pour marquer durablement les esprits.
Même la reprise qu’il fait du sulfureux Ayo Technology de 50 Cent sonne plus sous sa patte comme le coup de gueule du gendre idéal qui préfèrerait avoir sa chère et tendre en face de lui plutôt que de lui parler via skype, que comme les invites graveleuses de l’amateur de porno envers son hôtesse webcam favorite, c’est dire.
Donc, quand il nous a annoncé qu’il avait taillé la bavette avec Chris Corner avant d’entrer en piste (introduction à nouvelle blague de sa part qui n’a pas décrispé les IAMX, je peux vous le dire), on n’y a pas cru une seconde. Est-ce que vous voyez Captain America (ou Capitaine Belgique, dans le cas présent) discuter avec le Joker entre deux comics, vous? Alors.

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Car l’histoire d’IAMX, autrefois connu sous le nom de Chris Corner, est des plus singulières, jugez plutôt. Ayant très tôt démontré d’évidentes qualités musicales (le bonhomme est leader des Sneaker Pimps depuis ses 15 ans), Chris aurait pu devenir le super héros ultime du rock, une fusion parfaite entre le lyrisme de Matthew Bellamy et le charisme trouble de Brian Molko. Mais par une soirée pluvieuse de 2004, l’éclat de l’étoile montante fut irrémédiablement terni. Traumatisé par sa rencontre avec le super vilain Marylin Manson, Chris bascula du côté obscur de la musique et renaquit sous les traits blafards d’IAMX, personnage à la psyché torturé et aux centres d’intérêts douteux (je cite wikipédia: «les différentes pratiques du sexe, la mort, l’intoxication de stupéfiants, la bisexualité, la décadence, l’obsession, l’aliénation et quelques vagues allusions à la politique »).

Vous excuserez le côté grandiloquent de cette introduction, mais Mister Corner joue tellement à fond de son image de dandy macabre et ténébreux que ça aurait été lui manquer de respect que de le traiter comme tout un chacun. Le spectacle a en effet commencé bien avant l’arrivée sur scène des musiciens, avec l’installation de panneaux blanc utilisés comme support de projection vidéo au cours du set. Quelques images furent affichées pendant la balance, toutes respirant la joie de vivre et l’amour de son prochain, comme on pouvait s’y attendre. Dans la fosse, les mutiques membres de l’IArMYx se transforment progressivement en groupies hystériques, et la clameur qui a accueilli l’arrivée de Chris et de sa bande aurait fait la fierté des tous les Beliebers, Directionners et autres fanbases fanatiques du moment. Ambiance.

Hommage à toutes les présentations PowerPoint interrompues par ce fameux écran…

Inutile de dire qu’il s’agit de ma meilleure photo de Chris

Ombre élégante et longiligne se découpant à contrejour sur la scène, IAMX empoigne un mégaphone pour le morceau d’ouverture, tandis que derrière lui, les images de mort, désolation, aliénation, désespoir et autres choses très gaies défilent… quand elles ont le temps. Car qui dit super vilain dit super pouvoir, et Mr Corner ne fait pas exception à la règle. Le sien est très particulier: pourrir la vie de son équipe backstage. Car entre le Mac qui relance la synchronisation avec le vidéo projecteur toutes les cinq secondes, les fils micro qui s’emmêlent dans les pieds et les câbles jack qui entravent les mouvements des musiciens, les avanies techniques se sont succédées avec une effrayante régularité. Ces menus problèmes n’émousseront cependant en rien l’énergie folle déployée par la bande d’énergumènes qui a pris d’assaut le côté Bâbord du plan incliné. Si les machines se sont montrées rétives, les humains étaient par contre au top (avec une Janine survoltée, parfaite en Harley Quinn gothique):

Ne connaissant pas encore à fond le répertoire du groupe, je serai bien incapable de détailler longuement la setliste du concert. Je suis certain d’avoir entendu Ghosts of Utopia et Cold Red Light, mais pour le reste… Volatile Times et My Secret Friend, malgré leur statut de « tubes », ne seront pas joués, même pendant un rappel chaotique qui se terminera par un lancer de fût et de cymbale dans la travée de la presse, fort heureusement évacuée depuis fort longtemps. Une heure de spectacle total, magnifique et décadent, hypnotique et dérangeant, et sans conteste le point d’orgue de cette première édition, de notre point de vue en tout cas. Bravo aux organisateurs d’avoir fait venir ces drôles d’oiseaux à Ronquières, qui se font rares sur les scènes européennes ces derniers temps (seulement quatre concerts de prévus pour le reste de l’année so far). J’espère de tout coeur que Chris et ses séides passeront par la France pour défendre leur prochain album, actuellement en cours de réalisation dans un squat-studio délabré de Gotham Berlin.

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Ouais, je préfère encore mettre une photo floue de IAMX. C’est mieux.

23h30. C’est au tour de M Pokora de s’élancer pour clôturer le festival, mais par respect pour ce dernier, on se gardera bien d’assister à cette ultime représentation. Mieux vaut quitter le plan incliné la tête pleine d’IAMX que de R’n’B dévoyé (parce qu’à la base, le R’n’B’, c’est tout autre chose que la soupe actuelle). Allez, pour rigoler – et parce qu’il fallait bien passer devant Tribord pour regagner le camping – on s’arrête Juste Un Instant pour constater l’étendue des dégâts. Sur l’écran géant qui occupe le fond de la scène, Matt apparaît, torse nu et les yeux dans le vague. Zoom sur sa poitrine sur laquelle s’incruste un cœur pixelisé à la Tron (et à la truelle aussi, accessoirement). Et les projecteurs de se braquer sur une silhouette solitaire, perchée en haut de l’escalier rajoutée à la scène. Et les fans de crier, car oui, c’est bien lui, ecce poko. Fuyez, pauvres gnous.

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En conclusion de ce week-end festif passé à Ronquières, beaucoup plus de choses positives que négatives. Pour commencer par les points qui fâchent, on peut citer les quelques cafouillages organisationnels, tels que le camping étriqué, avec des commodités situées un chouilla trop près des tentes, ou encore le système de navettes à perfectionner. Erreurs et approximations de jeunesse, qui seront corrigées dans les années qui viennent à n’en pas douter. Du côté des plus, j’ai été agréablement surpris par la qualité générale et l’éclectisme de la programmation, qui a en outre largement mis à l’honneur l’excellente scène belge actuelle, à la fois francophone et néerlandophone. Les stands de nourriture étaient variés et pratiquaient des tarifs raisonnables, ce qui a permis de ne pas se cantonner uniquement aux produits de la mini-supérette locale. Pour finir, le prix du pass était plutôt abordable (65 euros pour les deux jours et le camping), ce qui, combiné à la facilité d’accès du lieu, devrait inciter pas mal de Français du Nord et de l’Ile de France à faire le déplacement l’année prochaine. Adieu donc Ronquières, ses dindons et son plan incliné pour cette année, en espérant revenir faire un tour de bac en 2013.

FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 1 (SAMEDI)

Si on vous demande un jour quelle est la spécialité de Ronquières, paisible communauté rurale sise en plein cœur de la province du Hainaut, deux réponses s’offrent à vous. En fin connaisseur de l’histoire de l’élevage des gallinacées et autres oiseaux de basse-cour en Europe de l’Ouest, vous pouvez opter pour les iconiques races de dindons qui font la fierté du bourg depuis le 17ème siècle (j’avoue avoir une tendresse particulière pour le Ronquières à épaules jaunes, même si le Ronquières fauve n’est pas mal non plus). Soit.
Mais vous pouvez également choisir de discourir du fameux plan incliné de Ronquières, ouvrage monumental et plutôt laid, dont la fonction principale est de servir d’ascenseur pour les péniches navigant sur l’axe Bruxelles-Charleroi. De là, il n’y a qu’une écluse à franchir pour embrayer sur le tout nouveau festival musical qui est venu égayer le gris béton du lieu le temps d’un week end, les 28 et 29 Juillet derniers. Suivez le guide.

Welcome to the barnyard

Sans vouloir manquer de respect à nos amis Belges et mettre en cause l’indépendance de leur beau pays, la Wallonie peut vraiment être incluse dans la grande banlieue parisienne, grâce/à cause de la qualité de l’infrastructure ferroviaire développée dans la région depuis ces dernières décennies. Pensez: même pas une heure pour rallier Lille depuis la capitale, puis à peine le double de temps pour se rendre sur place, en empruntant les nombreux TER « capillaires » qui irriguent généreusement l’intérieur du plat pays. Rallier Mantes la Jolie depuis Provins prend parfois plus de temps les jours de grève SNCF.

Tu vois pas bien? Clique clique sur l’image, bande de crevettes! (car j’ai des références underground, moâ)

Question transport donc, l’unique couac du périple sera de se faire déposer par la navette, spécialement affrétée par les organisateurs entre Braine le Comte et Ronquières, à un bon kilomètre du site du festival à proprement, alors que rien n’empêchait notre fringuant véhicule de nous laisser au pied de l’accueil du camping. Pas de quoi fouetter le Chat de Gelluck, mais je peux témoigner qu’après une dernière longueur interminable, on n’a qu’une hâte, c’est de déposer la tente Quechua (pratique en tous points sauf au chapitre du transport).

Agrandissement sauvage de la surface colonisable

Fort heureusement pour nos épaules endolories, l’effervescence régnant dans le camping (dont le succès a manifestement pris de court les organisateurs, qui avaient dédié à cette commodité un espace bien insuffisant pour faire face à la demande, d’où une extension réalisée en catastrophe au moment de notre arrivée) nous a permis de glisser, bien inconsciemment, entre les mailles du filet des contrôles de billets, et de nous installer sur le pré sans passer précédemment par la case « pose de bracelet ». Ce n’a été que partie remise, bien évidemment, mais cette légère entorse de procédure a été la très bienvenue pour souffler un peu après dune demi-journée de portage soutenu.
À notre départ pour le village du festival, la Quechua trônait fièrement au bord dans l’unique allée du nouveau camping de Ronquières, bien encadrée des deux côtés par des voisins que l’organisation avait fortement incité à l’agglutination (la place risquant de manquer malgré l’agrandissement de la surface disponible décrété en haut lieu*), et derrière par la route, non fermée à la circulation durant le week end comme on s’en apercevrait plus tard (c’est là qu’on est content d’avoir posé quelques sardines, car le passage des véhicules à quelques centimètres de la tente – il y avait une barrière volante entre la route et le camping tout de même, on n’est pas dans une légende urbaine belge – n’a pas manqué de soulever l’abri de toile). Dans le lointain, HIPPOCAMPE FOU, son set terminé, rendossait sa camisole avant de repartir vers les grands fonds.

*: impossible de me sortir de la tête l’idée – stupide – que les organisateurs avaient pris leurs quartiers tout en haut de la tour du plan incliné, et veillaient au bon déroulement de leur festival du haut de leur inexpugnable bastion.

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Premiers à s’élancer sur l’une des deux scènes du lieu (judicieusement nommées Bâbord et Tribord), les anglais de METRONOMY, que j’avais pourtant pris soin d’éviter à Solidays et aux Vieilles Charrues. La grille horaire de Ronquières ne mettant aucun artiste en compétition, pas d’excuse cette fois pour ne pas assister à la prestation des quatre de Totnes. L’introduction à la Riviera britannique se fera toutefois en douceur, la bande de Joseph ne devant jouer que quarante minutes, un autre festival requérant leur présence en Angleterre plus tard dans la soirée (si on peut en croire le présentateur venu nous annoncer quelle bande de petits chanceux nous étions de pouvoir voir un show de Metronomy à 15h20).

Certains pourront demander la cause d’une telle antipathie manifeste envers le quatuor british que l’Europe s’arrache depuis un an. À ceux là, je n’avais jusque là aucun argument valable à présenter, mis à part ma profonde méfiance vis à vis des artistes portés aux nues par les apparatchiks du microcosme journalistique en charge de la musique, qui nous ont, il faut bien le reconnaître, souvent pris pour des truffes (remember l’épiphénomène Lana del Rey?). I hate hype, un point c’est tout. Mah bon, un tel acharnement négatif sur un groupe dont je n’avais pour tout dire jamais entendu la musique – mis à part un bout de clip à l’esthétique tellement arty-modernisante qu’il vieillira sans doute horriblement mal – n’étant pas une attitude des plus constructives, et n’ayant nulle part où errer de toute façon, il ne me coûtait pas grand chose d’assister à la performance du combo briton.

Ponctuels, les quatre lads prennent possession des lieux dès le retrait du présentateur, d’abord Joseph, suivi de Gbenga, Oscar et enfin Anna (dont Mr Loyal avait vanté l’habileté baguettes en main). S’en suivront 40 minutes pendant lesquelles j’ai vainement attendu qu’ils commencent enfin à jouer la musique excitante pour laquelle ils ont été bombardés tête d’affiche par tous les festivals les ayant booké cet été. Mais rien, absolument rien ne méritant ne serait-ce qu’une écoute distraite dans un ascenseur de supermarché n’est sorti des amplis de la scène Tribord pendant l’entière durée du set, mis à part un ultime morceau vaguement dansant, et qui se voulait sans doute le point d’orgue d’une prestation « enlevée » et « tubesque ». Une des rares phrases du leader barbu des nouveaux gourous de l’electro pop donnera un début d’explication à la réception assez mitigée du public de Ronquières: Jo avait compté sur une foule un peu plus imbibée, cliché sur la fameuse descente belge oblige. Manque de pot, à part les deux soûlons et les trois fans finis (qui se scieront les cordes vocales à hurler le nom des performers entre les morceaux, pour de biens maigres résultats), le reste de la fosse restera assez tiède, à l’image de la bière servie dans les pubs de sa Gracieuse Majesté.

Y a pas de quoi rire, gars

Seul bon point, Anna me rappelle furieusement une autre artiste que j’espère voir bientôt en concert…

On pourrait développer longtemps les raisons de ce presque camouflet infligé à ce que la tendance actuelle voudrait nous faire considérer comme zeveribest, comme par exemple le fait que les Metronomy: 1) sont un groupe à claviers dans l’acceptation Django Djangesque du terme, 2) avaient pour les ¾ d’entre eux un style vestimentaire BCBG moche, 3) sont des instrumentistes très quelconques (mis à part Gbenga, qui surnage à peu près), 4) sont des chanteurs très quelconques aussi; mais tout le monde n’est pas Bob Dylan. Contentons nous de laisser le mot de la fin à Mr Paul de Triggerfinger, qui, interrogé sur le caractère du public belge lors de son passage aux Vieilles Charrues, s’est contenté de souligner son exigence: « si ça passe en Belgique, ça passera partout ailleurs en Europe. » Messieurs les Anglais, tirez (les conclusions qui s’imposent) les premiers.

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À 16h, changement de quart. Direction la scène Bâbord, où les STEREO GRAND n’ont pas attendu longtemps après le départ de Metronomy pour assurer une relève nettement plus rock. Ah, ça fait plaisir de voir un groupe où la guitare n’est pas seulement un ornement scénique que l’on grattouille au passage à l’heure d’hiver pour en tirer un triste fond sonore!

Entourés de leurs amplis et enceintes blancs, les représentants de l’école de Bruxelles ressemblent à des vendeurs de chez Darty profitant de la pause syndicale pour jammer en douce entre les rangées de frigidaires, mais l’essentiel est ailleurs. À peine dérangés par une rotation de bacs sur le plan incliné (une des vraies valeurs ajoutées du festival de Ronquières par rapport à la concurrence: ce n’est pas tous les jours que l’on voit des spectacles de ce genre), les Stereo Grand enchaînent tranquillement les morceaux et en profitent pour se faire un peu d’auto-promotion de bonne guerre au passage (l’album sort en Septembre).

Dommage que les caractéristiques les plus notables du groupe soient pour le moment la vague ressemblance que leur frontman entretient avec Elton John (Elton Jeune, je précise, ça doit venir de l’immense paire de lunettes noires qui lui mangeaient la moitié du visage) et leur clavier avec David Guetta, car, musicalement parlant, tout est en place. Il ne faudra plus attendre longtemps pour qu’ils accouchent d’un tube pop-rock digne de ce nom (leur compo la plus efficace pour le moment étant le très – trop – gentillet Yeah Yeah, qui, à l’image de leur musique, est plein de promesses encore non réalisées… One step beyond, guys!), qui leur permettra de se faire un nom sur la scène européenne. Bref, même si on ne s’attardera pas longtemps sur le premier album à venir, on serait bien inspiré de garder les Stereo Grand dans un coin de sa mémoire et de se réveiller quand l’heure du deuxième opus aura sonné.

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Retour sur la scène Tribord pour une virée en Uruguay avec le groupe MONTEVIDEO. Tel les Pokémons de mon enfance (et de la votre aussi, soyez honnêtes), on a l’impression de se retrouver avec la version évoluée de la bestiole précédente, plus méchante, plus inventive et plus mature. Certes, tous les morceaux joués par la quintette de Bruxelles (encore) à Ronquières n’entreront pas dans la postérité, mais un bon tiers du set était constitué de matériel vraiment solide, qui m’ont donné envie de retenter l’expérience live quand ils passeront au Café de la Danse le 5 Octobre prochain.

Bien servi par un chanteur à l’aise avec son statut de frontman, un guitariste au look Krieger, capable de se fendre de soli incisifs et de s’aventurer en terres funk le temps d’un morceau, histoire de varier les plaisirs, d’une section rythmique carrée (malgré un batteur en béquilles, on salue la performance) et d’un clavier plus typé piano bar que nappes de synthé, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent, je classe définitivement Montevideo dans la catégorie des petits  groupes presque arrivés à maturation. Dépêchez-vous de vous accrocher au wagon, et vous pourrez dire que vous les souteniez quand ils étaient encore jeunes et méconnus.

Prêts à tous les sacrifices pour être sûr d’avoir une bonne place lors de la venue d’OZARK HENRY, tête d’affiche personnelle de notre binôme pour ce samedi, nous décidons d’un commun accord de faire une croix sur les BIKINIANS et sur 1995. Une brève escapade à la buvette permettra toutefois de confirmer une folle rumeur: oui, Giacomo Panarasi tient bien les fûts pour le premier des groupes susnommés. Cet homme (déjà frontman des Romano Nervoso, programmés le lendemain) aurait-il tous les talents?

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Heureusement pour nous, la longue attente du show du Joe Dassin de Courtrai (son Indian Summer, loin d’être aussi rococo que l’Été Indien du Français, faisant foi) sera entrecoupée par le concert des invités de dernière minute du festival, le couple de SOLD OUT, qui remplacent sur le pouce les Lillois de SKIP THE USE, excusés pour raisons personnelles.

Un nom aussi bravache combiné à une absence d’instruments autres que le terrible combo claviers+boîte à rythmes n’avait a priori rien pour inciter votre serviteur à la clémence envers le tandem electro convoqué par les organisateurs, et pourtant… Et pourtant, il m’a bien fallu reconnaître l’élégance minimaliste et le savoir-faire évident des hymnes dance, certes pas très originaux, mais rigoureusement efficaces, servis par le duo. Il aurait fallu être de très mauvaise foi, ou sanglé dans une minerve, pour ne pas ne serait-ce que secouer la tête en cadence sur les cascades de beats savamment déversés par la moitié masculine de l’ensemble, responsable de tout ou partie de l’habillage sonore des morceaux, tandis que sa partenaire, mi-Amy Winehouse, mi-Simone de Beauvoir, s’évertuait à sortir de sa torpeur. L’organe de la demoiselle avait beau ne pas être sensationnel (ce qui n’a d’ailleurs rien de bien handicapant dans ce style de musique, où la diction et l’énergie pèsent beaucoup plus lourds que la tessiture et la sensibilité d’une voix), la conviction avec laquelle elle en a fait usage a achevé de me convaincre du potentiel des Sold Out, qui pourraient bientôt rejoindre les rangs des autres groupes/couples (peut on parler de « grouples »?) ayant réussi à se faire une place au soleil ces dernières années, tels The Dø, The Tings Tings ou The Kills. On peut d’ores et déjà leur prédire un grand succès parmi le segment pro-abstinence du grand public, grâce aux titres I Don’t Want To Have Sex With You et You’re Too Drunk To Fuck.

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Looking at the sailor, not the sea

20h. Le jour décline sur le plan incliné, et le présentateur revient affronter la foule pour annoncer l’arrivée imminente d’Ozark Henry, dont il nous prie expressément de respecter l’élégance. Comme si on avait fait le voyage depuis les Yvelines pour lui balancer des chicons, man. Un coup d’oeil au premier rang du public lui aurait en outre permis de distinguer le fan ultime du magicien Oz’, le genre de type qu’on devine prêt à assurer le service d’ordre avec zèle en cas de velléités hooliganesques trop prononcées de la part de spectateurs indifférents à l’élégance du grand Henry.

Car grand, il l’est le bougre. Sapé comme un Man In Black en week-end, l’agent O promène sa carcasse filiforme entre son clavier et le devant de la scène, reléguant son backing band à l’arrière plan, de manière littérale et figurée. Sans être vraiment un showman extraordinaire, Ozark dégage en effet un magnétisme qui rend difficile de le quitter des yeux. Et puis, bien sûr, il y a cette voix particulière, ni très puissante ni très facile dans les aigus (impression encore renforcée par le live, où j’ai eu plusieurs fois l’impression qu’il allait se péter un tendon du cou dès qu’il montait chercher une note un peu haute), mais qui a le truc qui permet de l’identifier à coup sûr dès les premières secondes d’un morceau (d’ailleurs, vous connaissez peut-être Ozark Henry sans le savoir: il a participé à l’un des morceaux les plus connus de Novastar, Never Back Down et son clip ambiance classe piscine).

Petite déception, le géant de Courtrai ne semblait pas au mieux de sa forme vocale ce soir là, faiblesse qu’une performance en plein air ne fait évidemment que renforcer. Au chapitre de la communication avec le public en revanche, sans se montrer très expansif, barrière de la langue oblige, on a senti Ozark visiblement content de se produire à Ronquières, confirmant du même coup « l’attachement de l’artiste à la Wallonie » que le présentateur nous avait fait miroiter avant de lâcher les fauves. Il faut dire que, même très majoritairement francophone, le public présent connaissait ses classiques, comme l’a prouvé sa participation lors du diptyque At Sea et This One’s For You qui ont clôturé le show. On nous avait promis de l’élégance, nous avons été servi. À revoir absolument dans une (petite) salle parisienne dès que possible, pour une balade plus immersive encore dans les montagnes de l’Arkansas.

Quand je vous disais qu’il était immense…

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Revenu de sa cure de désintoxication thaïlandaise (ou viré de cette dernière, comme certains spectateurs n’ont pas hésité à l’insinuer) à temps pour honorer ses engagements belges, après quelques jours de flottements pendant lesquels les organisateurs ne savaient pas trop s’il viendrait ou pas, PETER DOHERTY est déjà à pied d’œuvre sur la scène Bâbord quand nous arrivons enfin à décoller de la barrière Tribord.
Autant l’avouer tout de suite, j’ai longtemps détesté le c0-leader des Libertines, trop admiré et érigé en nouvelle incarnation du songwriter décadent ultime pour être honnête. Il y avait eu ce concert des Babyshambles à la fête de l’Humanité en 2008, subi avec résignation dans l’attente de l’arrivée de Roger Hodgson, où j’avais eu tout le temps de me demander ce qui pouvait pousser autant de personnes à un tel niveau de vénération, pogos frénétiques et évacuations manu militari par le service d’ordre faisant foi de leur foi. Il y avait aussi l’écoute dubitative de Grace/Wastelands, premier opus solo immédiatement catalogué culte par la critique, la même qui devait quatre ans plus tard faire une fixette sur Metronomy (j’en suis sûr). Merde, on se met une pelletée de glaçons dans le slip tout le monde, il n’y a qu’un seul Dylan.

Mais ça, c’était avant de voir Bob aux Vieilles Charrues. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de l’anti-performance de l’icône, c’est qu’il ne sert à rien de vivre dans le passé. Plutôt que de se braquer sur les gloires d’antan, dont certaines auraient mieux fait de mourir jeunes et au top, plutôt que de s’étioler dans les affres de la sénescence et du souvenir de ce qu’elles furent quelques décennies plus tôt, mieux vaut essayer de garder contact avec la scène actuelle, afin d’identifier les mythes de demain avant qu’il ne faille vendre un rein de son premier né pour assister à un de leurs concerts.
Bref, Dylan n’est pas encore mort – certes -, mais cela ne doit pas nous empêcher de lui chercher un successeur valable. Cette hypothèse posée, le cas Doherty méritait d’être sérieusement réexaminé.

Car à y regarder de plus près, le toxico de Hexham et le poète de Duluth ont beaucoup en commun.
Premièrement, une intelligence et une inventivité scénique ayant vite fait de surprendre et de dérouter le spectateur lambda. Dylan réarrange ses chansons sur scène jusqu’à les rendre méconnaissables, Doherty convoque lui une paire de danseuse en déshabillé faire des entrechats en brandissant l‘Union Jack pendant qu’il continue à jouer ses morceaux comme si de rien n’était.
Deuxièmement, nos deux sujets partagent un indubitable sens mélodique, les rendant aptes à trousser des chansons mémorables, ou au moins très au dessus de ce que peut proposer la concurrence, sur une simple guitare sèche. Si j’osais, je dirais même que Pete surclasse largement Zim sur ce point (dont la chance a été d’écrire ses chansons à trois accords ouverts à une époque où c’était encore possible de le faire sans se faire aussitôt poursuivre en plagiat).
Troisièmement, on peut rapprocher les textes, volontiers vagabonds et sujets à interprétation pour nos deux gaillards, que ces derniers brodent à longueur de morceaux. J’entends déjà les pierres des puristes de Dylan me siffler aux oreilles, mais entendons-nous bien: il s’agit là plus d’une similarité dans la démarche que d’une confrontation d’égal à égal, Bob restant à des années-lumières de ses rivaux et de ses padawans.
Quatrièmement, et pour finir, l’attitude franchement désinvolte des deux hommes sur scène, jamais trop regardant quant à la réaction de leur public (même s’il y a plus de jemenfoutisme dans un seul sourire en coin de Dylan que dans toutes les pitreries de Doherty).
Bref, ce parallèle vaut ce qu’il vaut, et on verra si Peter passera lui aussi en tête d’affiche aux Vieilles Charrues le soir du dimanche du 21 Juillet 2052 (vous pouvez vérifier).

En attendant l’expiration du délai, toxic Pete s’est contenté de faire son boulot à Ronquières, tenant l’auditoire en haleine durant l’intégralité d’un set livré seul à la guitare acoustique et à l’harmonica (encore un point  commun des plus évidents), généreusement arrosé de bière (belge, on espère) et terminé sur un Arcady aux contours incertains, à l’image du reste des morceaux, fondus les uns aux autres dans une progression foutraque mais plaisante à suivre, même pour le néophyte. Note personnelle: penser à garder un œil sur le bonhomme dans le futur.

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Le temps d’acheter quelques menues collations pour tenir jusqu’au bout de la nuit, et il a fallu se résoudre à regarder les CARAVAN PALACE de loin. Dommage, mais d’un autre côté, pas sûr que l’assiette de couscous royal poulet aurait résisté aux mouvements de foule déclenchés à loisir par Sonia et ses six acolytes. Je n’aime (toujours) pas le jazz, mais ça, ça décoiffe. En salle, ça doit permettre d’éliminer plus de kilo calories qu’une séance de Gym Tonic avec Véronique et Davina.

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Au petit jeu de quel côté gueulera le plus fort, JOEY STARR apporte la victoire à Bâbord sans discussion possible. On se rend sur place en curieux plutôt qu’en adepte, juste pour voir comment le félin de St Denis arrivera à se dépatouiller du public d’un festival où la tête d’affiche est l’antithèse du 92ème rugissant, M POKORA himself. Matois comme pas deux, Joey évitera le clash direct avec le chouchou de ces dames pour se contenter de taper sur son punching ball habituel, le toujours pratique Doc Gynéco, qui n’a pas fini de payer ses prises de position droitière.

Côté show, on a assisté à une redite du set des Solidays, en moins riche (pas de Mamy Blue ni d’Oxmo Puccino cette fois) et en moins débridé (pas de jeté de masques dans la foule). Pour le reste, c’est tout le monde la main en l’heure pendant l’heure réglementaire, et malheur à ceux qui ne jouent pas le jeu dans la ligne de mire du Jaguarr. Malgré son énergie habituelle, il aura pourtant bien du mal à garder sa troupe à bloc dans la dernière longueur, les légions d’Outre-Meuse n’hésitant pas longtemps avant de déserter en direction du dernier show de la soirée. Tout finira par un Carnival à la chorégraphie bien facilitée par les gros trous dans le public dans ces ultimes moments. Pressentant la fin, l’ex NTM s’éclipse avant que son crew ne surpasse en nombre les derniers fidèles accrochés aux barrières. Pour la postérité, on retiendra que la punition du jour, un sample de la Compagnie Créole, a suscité l’adhésion plutôt que le rejet dans la foule, au grand désarroi de Joey, qui a du se résoudre à utiliser l’arme fatale (le générique de Chapi Chapo, effet garanti) pour obtenir la réaction désirée. Le jaguar ne fait pas la loi dans la basse-cour de Ronquières, qu’on se le dise.

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Allez, on essaie de s’achever avec le flow d’un minot de Marseille rejeté par les flots (moi aussi, je peux rapper) bien loin de la Canebière: SOPRANO, venu avec un pote DJ et une platine dans le Hainault. T’as raison coco, les musiciens, ça coûte cher pour ce que ça sert. Bon déjà, il aurait fallu lui dire que c’était « Ronquières » et non pas « La Ronquière », mais comme il faisait le ramadan et qu’il était fatigué, on lui pardonne. Moi, je ne faisais pas le ramadan, mais j’étais fatigué aussi, alors on a du m’excuser aussi.  Vu de loin (et par un type qui n’a écouté qu’un seul disque de hip hop dans sa vie*), il m’a semblé que le duel Intercités Nord-Sud tournait en faveur du pastaga à l’applaudimètre, mais il faudrait vérifier auprès de quelqu’un ayant eu le courage de rester jusqu’au bout.

*: et c’était du hip hop breton en plus, le Panique Celtique de Manau… La Tribu de Dana, toute mon année de CM2…

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Retour à la tente après une première journée plus placée sous le signe de la (re)découverte que de l’emballement pur et simple. Disons qu’on commence en douceur avant un dimanche à l’affiche beaucoup plus lourde, jugez plutôt: ROMANO NERVOSO (il faut les avoir vu pour comprendre), TRIGGERFINGER et IAMX, rien que ça. Pour l’heure, nous découvrons avec émerveillement le potentiel de la Belgique au « 200 mètres (à) poil » (qui compense heureusement la nullité des athlètes du roi Albert II  au camping ballon – dont le but est, on le rappelle, de ne pas envoyer la balle sur les tentes). Ah, quel beau pays.

PS: Cette chronique est dédiée à un festivalier campeur répondant au nom de Martin. Martin, si tu me lis, j’espère que tu me pardonneras de t’appeler par ton prénom, toi qui a failli fracasser une bouteille sur le crâne du malheureux béjaune qui avait osé faire la même chose cette nuit là. Bref, Martin, arrête de boire si tu as l’alcool aussi violent.

W.H.A.T.T. (I.F.): Le Lundi au soleil…

On conclut la saga des Vieilles Charrues 2012 avec un petit article écrit en attendant le train pour Guingamp. Le calme après la tempête. Putain, ça fait du bien.

Assis sur un banc du petit parc ouvert aux quatre vents jouxtant la gare de Carhaix, je savoure les bonheurs simples de la vie. Car si le festival est l’occasion de contenter quelques uns des besoins que des millénaires d’évolution nous ont permis de développer (pas sûr que nos ancêtres aient considéré que la musique et la fête constituaient des raisons suffisantes pour faire converger quelques 60.000 personnes en un lieu donné – et étriqué – pour quatre jours d’affilée), cette satiété se paie au prix du sacrifice d’autres impératifs, grièvement bafoués le temps d’un long week-end.

Mais les Vieilles Charrues ont tracé leur sillon pour cette année, d’où commence déjà à éclore une brassée sauvage de souvenirs. Croissance explosive, mais durée de vie limitée, cette espèce doit être cueillie le plus tôt possible, et ses fleurs impitoyablement écrasées sous le poids des mots, couchées sur le papier, pour  espérer garder leurs couleurs vibrantes le plus longtemps possible. Les teintes pâlissent au fil des jours, c’est inévitable, mais faisons ce que nous pouvons pour conserver la fraîcheur de l’instant présent, ou du moins l’idée que l’on s’en fait. Le temps est un kleptomane dont on s’efforce de suspendre les vols…

Par petits groupes calmes et silencieux, mes confrères et sœurs ex-festivaliers en attente de leur bus ou de leur train viennent coloniser l’espace disponible. Adossés au mur de la gare et aux barrières volantes, assis sur le goudron qui infuse à petit feu ou sur des bancs, allongés sur l’herbe ou sur les marches du parvis de la place, chacun s’efforce de régler l’objectif de son mind’s eye pour que les clichés pris durant le festival soient les plus nets possibles dans l’album de la mémoire. Une immense séance de Photoshop en plein air, en quelque sorte.

Je reviens tout juste d’une virée au Leclerc local, casse-croûte en poche. C’est fou comme déambuler dans les allées immaculées et ordonnées d’un temple de la consommation peut s’avérer reposant et ressourçant après une centaine d’heures de joyeux et crasseux chaos. Retour en douceur à la civilisation, je regarde en curieux les titres de la presse locale, consacrés comme de juste à l’évènement dont j’ai été l’un des nombreux témoins directs la veille. Pas envie de se reconnecter avec le reste du monde tout de suite, le petit monde du Poher suffisant encore à mon bonheur pour le moment.

Cède 50cm², bruyant mais très bien situé, contre n’importe quoi de plus grand et plus calme…

Bonheurs simples, tous: bonheur d’attendre assis sur un banc avec assez de place pour étendre ses jambes, après des journées passées debout sur une plateforme imaginaire de 50×50 cm.
Bonheur de se nourrir de choses abominablement grasses et sucrées (sandwich américain poulet et Schweppes), et à des horaires normales qui plus est, après 3 jours de quasi ramadan, interrompu seulement par de la fougasse insipide et des pommes.
Bonheur d’avoir trois bons mètres entre moi et mon congénère le plus proche, après des journées de proximité entêtante, de jour comme de nuit.
Bonheur d’être libre de ne penser à rien de particulier, après une demi-semaine de plannings chargés et d’organisation stricte.
Bonheur du presque silence après les clameurs des concerts, le brouhaha du village et les beuglements du camping.
Bonheur enfin de se redécouvrir des penchants humanistes, après avoir inconsciemment considéré le reste du monde comme des rivaux prêts au pires bassesses pour vous piquer la place que vous avez eu tant de mal à dégotter.

12h20 à Carhaix, ce lundi 23 Juillet ne figurera nulle part dans le futur musée dédié aux Vieilles Charrues, mais il se pourrait bien qu’il s’agisse du meilleur moment du festival. Selon le sens du vent, on peut même sentir la mer.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 4 (DIMANCHE)

Quatrième jour. À cette époque, Dieu avait déjà créé la lumière, le ciel, les continents, les mers, le soleil et la lune (et considérait la possibilité de déposer un RTT dans un futur proche). Le festivalier aurait quant à lui bien du mal à inventer le fil à couper l’eau chaude à ce stade des réjouissances, les trop rares et trop mauvaises heures de sommeil glanées depuis jeudi ne cachant plus guère la misère. Heureusement que les organisateurs, dans leur infinie mansuétude, ont pensé à bloquer la température des douches du camping à 19°C : coup de fouet garanti pour tous les zombies titubant hors de leurs tentes dès potron-minet (ou équivalent) pour un brin de toilette.

Les idées à peu près claires, on se souvient enfin pourquoi la journée du dimanche a été soulignée en rouge dans l’agenda des concerts de la saison (petit outil fort pratique que j’invite chacun de vous à avoir – ça peut éviter d’acheter des places pour deux shows programmés le même jour dans des salles différentes… – ): BOB DYLAN devrait venir say hello à Carhaix pour une représentation que l’on peut d’ores et déjà qualifier d’historique. Et même si l’ex juif errant le plus célèbre de la galaxie et de l’au delà n’est pas attendu avant 20h50 (avançant du même coup le show de la bande de Shirley Manson à 18h), mieux vaut ne pas trop traîner sur le chemin des grilles d’entrée. Trois générations de fans bretons seront en effet au départ pour approcher le mythe rongé aux mites au plus près. On a beau être le jour du Seigneur, ce Dieu jaloux qui interdit l’adoration des idoles, le Zim est attendu comme le messie pour la grand-messe folk rock espérée par tout un peuple d’aficionados. Amen(ez Dylan)!

Après un nouveau 400 mètres qui me qualifie directement pour la finale Carhaisienne (je crois bien que j’ai amélioré mon temps par rapport au samedi), je retrouve avec délectation mon renfoncement gauche. Côté retrouvailles, je renoue aussi avec mes voisins d’hier du côté droit, revenu comme la veille avec un Gwenn ha Du qui sera reconverti en pare-soleil quelques heures plus tard. Car ce dimanche s’annonce insupportablement radieux, ce qui n’est pas forcément une super nouvelle quand on est coincé en pleine lumière, sans échappatoire possible aux assauts de Phoebus.
Côté gauche, en revanche, c’est le renouvellement total. Exit les addicts de Thiéfaine et de Sting, et bonjour aux fans de Dylan. Un jeune de 20 ans avec T-shirt assorti et foi ardente en bandoulière, et un vieux de 60 balais venu voir l’interprète de Blowin’ In The Windjouer de l’harmonica. Comme ce dernier le dit lui-même, Bob est un Nikkon (ou peut-être une icône…), alors que son jeune voisin préfère parler de légende. Intéressante divergence lexicale, mais forte attente partagée.

Derrière, Kerouac accueille les JESUS CHRIST FASHION BARBE, que l’heure précoce a condamnée  à prêcher dans le désert. Ayant remporté le tremplin des Jeunes Charrues l’année dernière, les trois apôtres reviennent convertir les hordes païennes du Finistère à leur « lo-folk ‘n roll », comme Saint Maclou (non non, je n’ai pas fumé la moquette, la preuve) avant eux, avec un succès assez modéré, il faut bien le dire. Il manque encore à ce power trio l’inspiration divine pour écrire le riff, le solo, la chanson qui leur permettra de rallier à eux les brebis vagabondes par leurs milliers, car pour l’instant, c’est plus barbant que miraculeux.
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En Bretagne, quoi qu’il arrive, il pleut au moins une fois par jour

Cette première homélie expédiée, il est temps d’entrer dans le vif du sujet à Glenmor. En hors d’œuvre aujourd’hui, une spécialité bretonne relevée d’un zeste de Scandinavie, en la présence de l’ENSEMBLE MATHEUS, renforcé pour l’occasion de la cantatrice Suédoise MALENA ERMAN. Vieux fan gauche bougonne que ce n’est pas l’endroit pour du classique et prévient d’un air fataliste que « ça va siffler ». Jeune fan gauche ne répond rien, à demi assommé par le cagnard breton qui tape dur en ce début d’après-midi, malgré son chapeau (noir il faut dire). Pour résister un peu mieux que son jeune comparse, vieux fan est cependant contraint de mouiller sa casquette toutes les dix minutes pour éviter l’insolation. Parade personnelle à cette fournaise, un triple rempart capuche/casquette/lunettes de soleil, qui si elle donne des résultats esthétiques assez discutables, permet de garder la tête relativement froide en attendant le retour de températures plus supportables.

L’ensemble Matheus entre en scène sur les coups de 15h30, emmené par le jeune chef et premier violon Jean-Christophe Spinosi dont le look, à mi-chemin entre Keith Richards et Daniel Herrero, détonne radicalement avec l’uniforme habituel des formations classiques. Le dress-code du reste de la troupe est à l’avenant, les T-shirts délavés répondant aux vestes en jean, minijupes et paires de vieilles baskets. Il n’y a guère que Malena pour venir défendre l’idée de l’élégance figée que le grand public attache généralement l’opéra, la mezzo-soprano d’Uppsala choisissant de se produire en robes de soirée (une blanche puis une noire, le minimum pour une diva).

Contrairement aux prévisions pessimistes de vieux fan, le courant passe tout de suite avec le public, visiblement heureux d’échapper à la cérémonie de haute culture codifiée et exigeante, délivrée en costard trois pièces par une cohorte de musiciens mutiques, qu’il redoutait de devoir se coltiner. Les clichés sur l’opéra ont la peau dure. Pour avoir assisté au concert d’Archive à Rock en Seine l’année passée, pendant lequel le combo de Londinium avait été rejoint par un orchestre symphonique, je peux assurer à tous les râleurs que les musiciens classiques sont au contraire extrêmement démonstratifs lorsqu’ils se produisent sur une scène de festival, et que leur plaisir de jouer dans un cadre très différent de l’ambiance feutrée des auditoriums est tellement visible qu’il en devient communicatif.

Les morceaux proposés sont à l’avenant de cette volonté très prononcée de briser la glace avec un public pas forcément connaisseur du répertoire baroque (habituel terrain de chasse de l’ensemble Matheus).
Au menu, Vivaldi, Puccini et Haydn certes, mais aussi Van Halen et Jimmy Cliff, allégrement « samplés » par Spinosi et ses comparses, ce dernier n’hésitant pas à s’aventurer sur l’avancée de la scène pour délivrer ses soli, en véritable violin hero.
De son côté, Malena roucoule avec délectation, mais ne dédaigne pas non plus s’aventurer sur les terres du jazz et de la pop le temps de quelques morceaux tranchant agréablement avec d’autres œuvres plus académiques. On n’attendait pas moins d’éclectisme de la part de la candidate Suédoise à l’Eurovision 2009, où elle interpréta La Voix, morceau de pop-symphonique à la confluence entre l’efficacité disco d’ABBA (la Suède, toujours la Suède…) et les envolées lyriques de Nightwish. Comme le titre le suggère, les paroles de la chanson sont (en partie seulement, pas fous les Suédois) en français, et Malena est d’ailleurs parfaitement bilingue, comme elle le prouva au public de Glenmor en déclarant que « la Suède, c’est froid, c’est terrible ».
Bon, ce serait mentir de dire que j’ai réagi au quart de tour lorsque la belle a commencé à chanter son « tube » (la Suède a fini 21ème sur 25 en 2009), mais après vérification, elle a bien offert ce morceau aux Vieilles Charrues, et plutôt deux fois qu’une, le rappel étant l’occasion pour elle de resservir la même rengaine. Pour l’originalité, on repassera.

Car si on peut reprocher une seule chose aux Matheus, c’est le caractère franchement brouillon de leur prestation. Pas au niveau de l’interprétation, bien sûr (au contraire, on comprend vite pourquoi ces gars là sont considérés comme des cadors dans ce qu’ils font), mais plutôt au niveau du déroulé du show en lui-même: dissensions sur l’ordre des morceaux de la setliste, moments de flottement entre les titres, micros oubliés, rappel plus ou moins improvisé… On se serait cru au concert de fin de l’année de l’école de musique de Carhaix, et pas à une représentation sur la grande scène du plus gros festival français. Même si cette candeur spontanée et un tantinet bordélique tend plus à émouvoir qu’à irriter le chaland, comme ce final où l’un des enfants de Spinosi s’est carrément faufilé sur scène pour faire un câlin à son pôpa, on ne peut souhaiter au Matheus que de se rôder un peu sur tous ces détails qui permettent de « faire pro ». Comme ils ont promis de revenir, ça pourrait leur être utile pour la suite de leurs aventures carhaisiennes.
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17h, ou pas loin de. Le toujours impitoyable soleil finistérien darde ses rayons sur la foule massée sur le Kamperhuil. En contrebas, AMADOU & MARIAM entrent en piste, resplendissants dans leurs boubous orange et or. De ce que j’ai pu lire après coup, ils ne hasardent leurs précieux atours que lorsque la météo est au beau fixe, la délicate étoffe ne supportant pas la pluie. On comprend mieux pourquoi le show des Solidays était si terne. L’heure de concert que le tandem Malien donne à Kerouac permet de confirmer mon hypothèse, selon laquelle les noceurs de Bamako seraient des animaux à sang froid: revigorés par la canicule bretonne, les deux tourtereaux envoient nettement plus le bois que lors du dimanche pluvieux de Longchamp. Même Mariam a eu l’air contente d’être là, ça change des shows passés à tirer une tête de six pieds de long. On ne s’attardera toujours pas sur la musique servie, je n’ai pas changé d’avis en la matière (voir le report du dimanche de Solidays pour ceux que ça intéresse), mais en bande-son d’une fin d’après-midi ensoleillée, ça passe tout seul.

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Une certaine idée de la classe (2)…

Le deuxième acte de Glenmor de la journée se joue avec les GARBAGE, victimes de la volonté du bon Dylan de passer plus tard dans la soirée. Qu’à cela ne tienne, la soirée de clôture résolument rock programmée par l’organisation commencera donc à 18h au lieu de 21h.
Ayant du quitter le quatuor de Madison bien avant de leur set boueux des Solidays, c’est avec plaisir que je retrouve Shirley, Butch, Duke et Steve pour une séance de rattrapage nettement moins humide. La setliste n’a pas beaucoup évolué depuis Longchamp, la première partie s’articulant toujours autour de la sainte trilogie I Think I’m Paranoid, Queer et Stupid Girl, Mme Manson étant toujours accoutrée de la même inqualifiable culotte rouge et noire, et ses acolytes jouant toujours aussi fort que dans mes souvenirs. Mais à la différence du show parisien, la volcanique chanteuse n’a cette fois pas hésité à descendre de son piédestal pour passer les troupes en revue avec un professionnalisme et une maîtrise consommés. De quoi offrir un souvenir impérissable à Marc-Antoine, 13 ans, qui n’oubliera pas de si tôt son premier concert de Garbage.
Pour le reste, hormis un bref mais sincère remerciement à tous leurs fans pour leur soutien sans faille en dépit de la période d’hibernation connu par le groupe entre Bleed Like Me (2005) et Not Your Kind Of People (2012), les quatre ordures déroulent leur show avec un imperturbable et, oserons nous le terme, mécanique, savoir-faire. Sur un ultime Only Happy When It Rains, assez cocasse étant donné les conditions météorologiques de la journée, Garbage termine le 50ème concert de sa tournée 2012 (si on peut faire confiance au français approximatif de Shirley, j’avoue que j’ai un doute) avec le sentiment du devoir accompli. Pas sûr que Dylan soit sorti gagnant de l’échange, lui qui héritera d’un public bien échauffé par la performance énergique des rockeurs du Wisconsin.


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Sur la scène Kerouac, une pluie de pétales d’or déversés par deux accortes demoiselles en mini shorts et grosses lunettes noires ouvre le chemin à Santi White, alias SANTIGOLD (ex Santogold). Pendant que ses musiciens, une phalange d’éphèbes surmontés de drôles de perruques blondes en plastique, dans le plus pur style des postiches cheap équipant les ersatzs du King dans les Wal Mart du fin fond de l’Arkansas, s’affairent derrière leurs outils de travail, l’amazone des studios de la côte Est crucifie le bon goût en déclinant ses compositions affublées d’une tunique à sa propre gloire. Toujours classe.

Trop occupé à observer l’installation des instruments du backing band de Dylan, dont certains roadies ont l’air de dater de l’époque Highway 61 Revisited, voire plus loin dans le temps, je rate la plus grande partie du show de la grande prêtresse du hipe outre Atlantique, qui n’a cependant reculée devant aucun procédé pour intéresser le public à ses morceaux. Chorégraphies réglées comme du papier à musique, cheval dansant sur scène (ok, pas un vrai cheval, mais il était bien là, je vous le jure) et invitation de certains fans à monter sur les planches, tous les ingrédients étaient réunis pour une heure de show total à l’américaine. Mouais, bon. Next.

Never too old to rock’n’roll

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Si si, c’est bien le fond de scène de Bob Dylan. Ça doit être son « I Am The Walrus » à lui.

Dès la fin du concert de Santigold, un climat de tension palpable s’abat d’un coup sur les Vieilles Charrues. Car on a eu beau se répéter pendant toute la journée qu’il allait venir jouer ici, dans le Finistère profond, à 10 minutes du coup d’envoi du show, on a encore du mal à croire que Dylan, possiblement l’artiste le plus important et le plus respecté de l’histoire de la musique contemporaine, va se produire sur la scène de Glenmor.
Dans la catégorie des gros poissons du rock, Bob occupe en effet une catégorie à part, surclassant même les monuments Springsteen et Lou Reed précédemment ferrés par les intrépides pêcheurs au gros du Poher. Cauteleux et insaisissable comme nul autre, le Zim est un serpent de mer qui glisse sans répit d’un endroit à l’autre depuis 24 ans*. Impossible de le prendre au filet, comme de juste pour l’inventeur du NET (Never Ending Tour): glissant comme une aiguille des grands fonds, il faut se résoudre à sortir la nasse pour espérer mettre la main sur cet unique spécimen.
Au fond du casier, on murmure qu’un appât de 400.000 euros aurait été déposé par les organisateurs du festival. Une coquette somme, mais n’oublions pas que Carhaix est une ville de terre et non de mer, et que le pêcheur du dimanche compense souvent l’inexpérience par la profusion. Reste à voir si l’animal, capricieux et fantasque, se laissera remonter sur le pont. Il faudra le rejeter à l’océan après, bien entendu.

*: « Qui dira la chanson du feu de brousse de Bob Dylan?…Il est ici et là…Il ne tient pas en place. Il dévore les solitudes, en un instant. » (René Maran – Pages Africaines)

21h55. Dylan a déjà 5 minutes de retard, et la foule l’appelle avec insistance. Par un détournement de slogan prévisible et savoureux, le public ne réclame plus la libération de Bob l’Éponge mais celle de son homonyme de Duluth. Même les lads  de KASABIAN sont venus faire un tour en backstage en attendant leur passage sur Kerouac.  En vain, car il faudra attendre 5 autres minutes pour qu’enfin, le canotier blanc crème de la légende fasse son apparition, précédé de ses musiciens. Ovation terrible de Kamperhuil, pour qui la moitié du travail est déjà fait. 60.000 personnes pourront raconter à leur descendance qu’ils ont été à un concert de Bob Dylan, et ça, c’est déjà quelque chose. Ne reste plus qu’à constater si papy Zimmy, 71 ans cette année, est encore capable de livrer un show correct malgré son grand âge.

Ah… Sergio et son style capillaire si particulier…

Et la réponse de tomber, sans appel, au bout de trois chansons. Malheureusement pour les fans non transis de Dylan, qui eux arriveront encore à lui trouver des excuses quand il reprendra Big Bisous au kazoo, vidé de son mythe et pris de manière objective, le concert joué par Bob et ses acolytes ce soir du 22 juillet 2012 était indigent. Plusieurs facteurs ont concouru pour aboutir à cette bérézina, le premier et non le moindre étant le peu de voix qui reste au barde des 60’s en ce début de XXIème siècle. Jamais richement doté de ce point de ,même à ses débuts, l’homme « with a voice like sand and glue » auquel Bowie avait dédié un des titres de Hunky Dory avait pourtant réussi à se forger une identité vocale, certes rude et nasillarde, mais loin d’être désagréable.
Guère améliorée par le passage des ans, la voix de Dylan restait pourtant capable d’émouvoir l’auditeur, comme sur des morceaux tel que le bouleversant Blind Willie Mctell. Impossible cependant de ressentir une quelconque émotion à l’écoute des croassements rauques de Dylan aux Vieilles Charrues. Sans déconner, si on balance des tomates à Renaud parce qu’il chante maintenant comme une casserole ébréchée, il faudrait penser à acheter un cageot en rab’ pour Bob.

Ah oui, il faut que je joue de ce truc aussi…

Le deuxième facteur, prévisible celui-là, fut l’application avec laquelle Dylan déconstruisit ses magnifiques chansons pendant toute la durée du concert, revisitant les arrangements jusqu’à aboutir à des hybrides que sa voix ravagée achevèrent de transformer en monstres. Le terme est fort, mais il faut avoir été témoin du massacre de Tangled Up In Blue, un de ses chefs d’œuvre absolus, joué sur un tempo totalement incompatible avec la longueur des vers, pour se rendre vraiment compte de l’étendue des dégâts.
Pour qui lit un peu la presse musicale, ce genre de bidouillage n’a pas été une grosse surprise, mais le passage de la théorie à la pratique a néanmoins constitué une grosse claque. Je confirme qu’à moins de connaître les paroles, on ne peut pas reconnaître 90% des chansons jouées par Dylan sur scène aujourd’hui, ce qui est embêtant pour un artiste dont la majeure partie des fans viennent pour entendre les titres qui ont accompagnés leur enfance et leur adolescence.

Troisième facteur, beaucoup moins excusable, les nombreux problèmes techniques qui ont émaillés le show du début à la fin. Entre le micro de Bob qui tombe en panne en plein milieu de Like A Rolling Stone, un des ceux de la batterie qui se met à crachoter quelques minutes plus tard et enfin des bruits parasites qui se sont invités sur la fin, l’ingénieur du son a eu de quoi se tenir occupé pendant le concert. On ne m’ôtera pas de l’esprit que ce genre d’incidents aurait pu être évité, surtout de la part d’une équipe qui taille la route depuis aussi longtemps. Dernier détail horripilant, un son phagocyté par la basse, et dans lequel les deux guitares avaient bien du mal à se faire entendre. Vraiment pas pro.

Quatrième et dernier facteur, et sans conteste le plus détestable, la suffisance affichée par Bob d’un bout à l’autre de sa prestation.
Faire décaler l’heure de son passage deux jours avant, tout ça pour arriver avec 10 minutes de retard sur scène, c’est déjà limite, interdire aux journalistes de prendre des photos, passe encore, n’autoriser qu’un seul plan de coupe lointain pour les caméras, c’est franchement salaud pour les spectateurs au delà des 5 premiers rangs. Mais ne pas dire un seul mot au public, qui s’est pourtant très bien comporté (de mon point de vue de spectateur du premier rang, car il paraît que derrière, ça a sifflé) en dépit de la piètre qualité du show délivré, ça tient du foutage de gueule pur et simple.
Mais le pire pour moi furent les petits sourires/rictus entendus dont Bob a abreuvé la foule, d’un air de dire: « C’est nul? Un peu que c’est nul, vous le savez et je le sais. Mais, oh, je suis Bob Dylan, on ne peut rien me dire ». Bien abrité derrière l’armure de sa légende, Dylan sait pertinemment qu’il ne risque rien. La dernière fois qu’un public a osé lui faire part de son mécontentement, c’était en 1966, lorsque le poète folk a choisi d’électrifier sa guitare. Depuis, son imprévisibilité a été assimilée par le public, et au nom de cette dernière, toutes ses frasques lui sont pardonnées. On a même écrit que son album de chant de Noël, Christmas In The Heart, était génial, alors que le pauvre Billy Idol s’est retrouvé cloué au pilori et bombardé de figues molles lorsqu’il eu l’outrecuidance de sortir son Happy Holidays. Stop.

Détail révélateur de ce jeu de dupes, l’air catastrophé des musiciens du backing band, qui ont passé la totalité du set à se demander s’ils allaient sortir de ce traquenard en un seul morceau. Mention spéciale au lead guitariste, que la belle gueule et le placement sur scène auraient du ériger en frontman naturel, Dylan n’ayant ni l’énergie ni l’envie d’endosser la défroque du leader qu’on était pourtant en droit de lui affubler d’office. Les yeux fuyants et visiblement stressé, notre gratteux a passé un très mauvais moment, et n’a semblé se détendre un peu que lorsque Bob a consenti empoigner sa guitare pour un Simple Twist Of Fate, à la limite du potable (le reste du concert étant joué au piano… chocking). D’ailleurs, aucun de ses comparses n’a eu l’air très à l’aise sur scène, chacun se protégeant de l’ire grondante des spectateurs comme il a pu, le plus souvent en fixant Dylan, d’un air de dire « c’est lui le responsable de la boucherie, je ne fais que suivre les instructions ».

Attention, moment rare: Bob à la guitare. Vous êtes chanceux d’avoir l’image et pas le son.

Après une heure et demie de concert, Zim sort de scène sur un Blowin’ In The Wind vite et mal torché, comme le reste du show. On devine qu’aucun rappel ne sera accordé, ce qui tombe bien car aucun rappel n’a été demandé. On peut légitimement parler de hold up, et d’ailleurs la presse locale ne se gênera pas pour dénoncer l’escroquerie dont ont été victimes les Vieilles Charrues. Mais bon, de quoi se plaint-on, nous qui avons eu la chance de voir l’icône en concert? À l’avenir, il faudra simplement se souvenir que si Bob semble si grand, il n’est en fait qu’un nain assis sur les épaules du géant Dylan, rien de plus qu’un petit homme projetant une ombre immense. Telle est la force du mythe.
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Heureusement, on peut toujours compter sur la jeune génération pour se remettre des désillusions que nous apportent leurs pas si glorieux aînés. Sur la scène Kerouac, les Kasabian brûlent les planches avec un set court (1h10) mais bourré d’énergie et de tubes. Malheureusement pour moi qui ne connaît que Shoot The Runner et qui ai décidé de rester sur place pour GOSSIP, cette déferlante de bon gros rock qui tâche sera constatée plus que vécue. Qu’importe les critiques grognons qui ont écharpé Velociraptor! avec délectation, il faut définitivement que je me rancarde sur la musique des petits gars de Leicester. Après tout, on ne peut pas se contenter de pleurer sur le passé glorieux, il faut savoir vivre avec son époque (pas vrai Bob?)..
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Minuit approche à grand pas lorsque le tout dernier tableau de cette 21ème édition des Vieilles Charrues débute enfin. Telle une citrouille devenue princesse, Beth Ditto arrive sur scène d’un pas sautillant, moulée dans une petite robe noire que n’aurait pas reniée Coco Chanel (même si elle aurait bien flotté dedans), et qui finira jetée dans la foule à la fin du traditionnel rituel d’effeuillage que l’égérie pop trash accomplit à la fin de chaque performance.
Un peu anxieux au début du set par le virage mainstream pris par le trio de Portland depuis deux albums (surtout le dernier A Joyful Noise, descendu en flammes par la presse musicale dans son ensemble pour son approche résolument commerciale), je suis vite rassuré par la forte teneur en punk rock énervé de la prestation du combo, qui jouera pour l’occasion de nombreux titres de son excellent Standing In The Way Of Controle (le titre éponyme bien sûr, mais aussi les explosifs Yr Mangled Heart et Listen Up!) et les meilleurs morceaux de Music For Men (l’inévitable Heavy Cross, en rappel, ainsi que For Keepset Love Long Distance en coup d’envoi).
Et puis, quand bien même ils auraient choisi de se cantonner à leurs nouveaux morceaux, il faudrait avoir une âme bien sèche pour tenir rigueur de quoi que ce soit à Beth Ditto, tellement cette fille est épatante. Débordant de fougue, d’humour et de gentillesse, l’ex freak de Searcy réussit même l’exploit de réconcilier le public avec Dylan (« respect for Bob Dylan! The next song is for him »), entre une blague tellement pas drôle que l’on ne peut s’empêcher d’en rire et une revendication de son homosexualité (« Je suis un lesbien! » – c’est presque ça Beth -).
Et puis surtout, Ditto est une chanteuse comme on en fait peu, capable d’enflammer 60.000 personnes sur le refrain de Heavy Cross comme de les faire pleurer quand elle reprend Smells Like Teen Spirit a capella. Au rayon des reprises justement, les amateurs en auront eu pour leur argent, les Gossip convoquant en masse Garbage (Only Happy When It Rains), Queen (Another One Bites The Dust), Tina Turner (What’s Love Has To Do With It) ou encore Fleetwood Mac (The Chain) pour le plus grand plaisir des mélomanes connaissant leurs classiques.
Visiblement émue par l’accueil unanime que lui a réservé Kamperhuil, Beth fait durer le plaisir pendant de longues minutes après l’expiration du délai imparti, invitant Hannah la batteuse et Chris le bassiste à la rejoindre pour un rappel improvisé (Nathan le guitariste ne reviendra en revanche pas, refus qui ajoute de l’eau au moulin à ceux prédisant une explosion prochaine possible du groupe), quittant enfin la scène sans cesser de chanter dans son micro, revenant avec sa fiancée, re-quittant la scène une nouvelle fois, et continuant de chanter en coulisse jusqu’à ce que la régie lui coupe le son à la demande des organisateurs, qui aimeraient qu’on les laisse avoir le mot de la fin.


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C’est donc à Jean-Luc Martin et Jean-Philippe Quignon qu’est revenu l’honneur de clôturer ces 21èmes Vieilles Charrues, qui, si elle n’ont pas connu la même affluence que l’édition de 2011, resteront tout de même un très bon cru: météo idéale, programmation bétonnée et éclectique, organisation rodée et efficace*… Difficile de trouver à redire à ce festival plus que jamais ancré dans le paysage estival et musical français (mon seul reproche concernant la difficulté à circuler sur le site en soirée: la sur-capacité n’est pas loin, et tout mouvement de foule malheureux pourrait avoir des conséquences dramatiques). Je reviendrai avec plaisir user mes semelles et ma Quechua sur le Kamperhuil l’année prochaine si j’en ai l’occasion! En plus de ça, il paraîtrait que les chasseurs de têtes Carhaisiens ont d’ores et déjà NEIL YOUNG dans leur viseur. Hey hey, my my…

*: Jean-Luc Martin a tenu a remercier les festivaliers de la part des bénévoles. Sans doute la fatigue, mais j’ai ri. S’il avait été faire un tour du côté de l’immense déchetterie à ciel ouvert qu’était devenu le camping à ce moment, il aurait sans doute été moins emphatique. Ce sont les festivaliers qui doivent remercier les bénévoles pour leur extraordinaire travail d’encadrement, toujours effectué avec le sourire malgré le caractère peu gratifiant et parfois franchement pénible de certaines tâches nécessaires à la tenue d’un évènement de cette taille. À toutes et tous les 5.500 grandes âmes qui nous ont permis de vivre ces 4 jours de folie, je dis un immense MERCI.
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Merci à toutes les personnes passionnées de musique avec lesquelles j’ai eu la chance de discuter et/ou d’interagir d’une manière ou d’une autre durant le festival. Keep on rocking, all of you.
Un merci tout particulier au magazine Rock First, grâce auquel j’ai pu participer au deux premiers jours du festival pour pas un rond. J’ai essayé dans cette chronique de faire vivre un peu de la formidable passion qu’ils réussissent toujours à insuffler dans leurs papiers. Règle #1: la musique, c’est un truc sentimental. Ne jamais l’oublier et ne jamais perdre « that loving feeling ».

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