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MODDI @ LA FLECHE D’OR (23.04.2014)

On ne chôme pas à la Flèche d’Or. Moins de 24 heures après avoir hébergé le concert d’une de ses plus belles prises de 2014 à date, les fameux Kaiser Chiefs, la salle accueillait une nouvelle fournée d’artistes, selon la formule du 3 en 1 ayant fait sa réputation. Pas de gueule de bois rue de Bagnolet, où les lendemains de fête peuvent également être des lendemains qui chantent, la preuve.

Sivu 1La soirée commença de la même manière qu’un open-mic dans un pub anglais, avec un court set de SIVU. Venu d’Albion avec sa guitare et quelques posters, le protégé de Charlie Andrew (le producteur du premier album d’Alt-J) prit la scène avec humilité, remerciant les spectateurs de la Flèche d’Or avant et après chacun de ses morceaux. Au programme, de la pop-folk consensuelle et assez peu remarquable sur le plan musical, bien servie en revanche par la voix haut-perchée et l’interprétation à fleur de peau de son créateur. Je conseille fortement de se pencher sur les vidéos officielles disponibles sur YouTube (Better Man Than He – rien à voir avec le You’re A Better Man Than I des Yardbirds* – ou Can’t Stop Now) pour se faire une idée des talents de notre homme, le dépouillement de sa prestation parisienne n’ayany pas vraiment joué en sa faveur. Et tant il est vrai qu’on ne travaille pas avec le producteur d’Alt-J sans porter une certaine attention (et je dirai même plus, une attention certaine) aux arrangements, il faudra sans doute attendre la sortie du premier album pour prononcer un jugement éclairé sur le cas Sivu. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier sait s’entourer pour réaliser ses clips, et que le nombre important de visionnage de Better Man Than Me (579.000 tout de même) laisse présager de l’explosion prochaine du phénomène.

Ceci étant dit, les six chansons jouées par le brave lad à la Flèche d’Or n’avaient pas de quoi retenir particulièrement l’oreille du curieux. Sleep avait le malheur de reposer en grande partie sur un jeu de mots (volontaire ou pas) qui aurait valu à son auteur, eut-il été français, d’être cloué au pilori des chansonniers aux tournures horripilantes. Miracle et (le gimmick de) Dimmer Down auraient pu figurer sur l’album** de The La’s sans le moindre problème (ce qui est un compliment), tout comme Family Tree n’aurait pas dépareillé sur les derniers Oasis, dans la catégorie des balades acoustiques que le-gars-qui-a-trouvé-une-guitare-dans-un-coin trouve toujours opportun de jouer à la toute fin d’une soirée bien arrosée (ce qui n’est pas un compliment). Can’t Stop Now et Better Man Than He constituent toutes deux des tremplins solides sur lesquels lancer une carrière, et doivent être d’ores et déjà en train de remonter la supply chain musicale, prêtes à ouvrir les portes des radios grand public et studios de télévision à leur géniteur à la première occasion. Il ne reste qu’à espérer que ce dernier fasse le choix de venir faire sa promotion avec un ou deux musiciens en support, car son public risque fort sinon de se cantonner aux bloggeurs indépendants et à leurs rares lecteurs. Ce qui n’est pas un plan de carrière très pertinent, à moins de s’appeler Rodriguez ou Lee Mavers.

*: On peut pousser l’apologie du non parellelisme un cran plus loin: Sivu est en effet le terme finnois pour « page », en référence au véritable nom de l’artiste, James Page. Aucun lien connu avec Jimmy Page, guitariste des Yardbirds. Coïncidence? Je crois bien.

**: Si vous référez à ce renvoi pour savoir duquel je parle, honte à vous.

Setlist Sivu:

1)Sleep 2)Miracle 3)Dimmer Down 4)Family Tree 5)Can’t Stop Now 6)Better Man Than He

Moddi 3MODDI créa ensuite la surprise en investissant la scène quelques minutes après le départ de Sivu, alors que son statut de tête d’affiche le faisait davantage pressentir en dernière partie de soirée. Heureux coup du sort de mon point de vue, puisque ce décalage m’assurait d’assister à la totalité de la prestation de l’artiste dont la présence avait en premier lieu motivé ma venue à la Flèche d’Or, sans craindre de devoir m’éclipser avant l’heure pour attraper le dernier train.

Accompagné d’une charmante acolyte et de quelques instruments (violoncelle pour la demoiselle, guitare et accordéon pour lui-même), Moddi commença son set en cafouillant sur le premier vers de Magpie Eggs, mésaventure qui le fit plus rire qu’autre chose et lui donna l’occasion rêvée de se mettre le public dans la poche en se lançant dans une première incartade explicative (de nombreuses autres suivirent). On apprit donc qu’il était à la fois très nerveux et très content de jouer de nouveau à Paris, avant que son Train Tour ne l’entraîne vers l’Europe de l’Est dans les jours à venir. Avec son look de gentil Joker (version Heath Ledger) hippie, ses grands sourires récurrents et son débit aussi rapide que saccadé, impossible de résister à l’aura de sympathie exsudée par le Norvégien errant. Quant aux morceaux joués, ils permirent de constater (si besoin était) que la sensibilité nordique était décidément capable de miracles acoustiques répétés, parfois mis au service de textes résolument engagés, comme pour The Architect (faisons sans Dieu), Rubbles (faisons sans le pétrole norvégien*) ou encore Eli Geva (faisons sans la guerre au Proche Orient), introduit par une longue anecdote sur la tournée avortée de Moddi en Israël; et parfois consacrés à des sujets plus légers, comme sur Poetry (ah, l’amour!), Train Song (ah, le voyage!) ou le désormais presque célèbre House By The Sea (ah, la mer!).

Moddi 5Alternant entre guitare et accordéon, anglais et norvégien (Krokstav-Emne, adaptation d’un poème de Helge Stangnes), musique et narration, Moddi tint son auditoire parisien en haleine pendant près d’une heure sans jamais donner l’impression de se prendre réellement au sérieux, comme pouvait en témoigner la setlist improvisée sur une serviette en papier (collector!) deux minutes avant de monter sur scène par le sémillant scandinave, ainsi que le fait que les deux comparses n’avaient amené que des cartes postales pour garnir le stand merchandising. Cartes postales qui n’étaient même pas à vendre d’ailleurs, et furent laissés à la disposition du public après la fin du show. L’industrie musicale est peut-être (sans doute) un univers peuplé de requins, mais il est rassurant de constater les eaux de certains fjords nordiques sont encore interdites à ces squales aux dents longues. Béni soit Moddi pour sa sincérité désarmante et son optimisme triomphant, et puisse-t-il encore écumer nos routes pour un bon moment pour apporter de la beauté et du bonheur à chacune de ses escales.

*: L’introduction de cette chanson fut l’occasion pour Moddi de se livrer à son jeu scénique favori, à savoir demander aux spectateurs ce que leur inspirait la Norvège. Après avoir recueilli quelques réponses, tantôt classiques (fjord, neige…), tantôt surprenantes (bière?), un bon samaritain ayant potassé le dessous des cartes proféra la réponse attendu par l’artiste: pétrole! Et Moddi de révéler, sans feindre la surprise mais en ne cachant pas son désarroi, que le terme était revenu devant tous les publics qu’il avait fait participé à ce petit jeu durant la tournée. Quel dommage que mon accent anglais incertain et mon esprit d’escalier ne m’eussent pas permis de participer à cette séance de brainstorming, car me sont venus après coup quelques suggestions savoureuses…

Moddi 1

Why so serious?

Setlist Moddi:

1)Magpie Eggs 2)Poetry 3)Run To The Water 4)Train Song (Vashti Bunyan Cover) 5)Krokstav-Emne 6)Eli Geva 7)The Architect 8)Rubbles 9)House By The Sea

Ce fut enfin au tour de THE MISPERS de faire montre de leurs talents de musiciens, devant un public d’une bienveillante curiosité envers la quintette londonienne, guère connue dans l’Hexagone au moment de ce premier concert parisien. Le nom du groupe fait référence au terme employé pour désigner les personnes disparues (missing persons) dans le jargon des policiers britanniques, tandis que sa biographie évoque plutôt une version mondialisée de L’Auberge Espagnole (Australie, Brésil, Angleterre… et même la bonne ville de Tours apparemment, où le guitariste rythmique de l’ensemble, Joey Arnold, a semble-t-il parfait son français jusqu’à un niveau tout bonnement impressionnant). La musique de cette joyeuse troupe, quant à elle, emprunte autant aux Waterboys qu’à Arcade Fire et aux autres groupes-orchestres de ces dernières années où chacun semble libre de faire ce qu’il veut et de jouer comme il le sent. Ajoutez au cocktail une bonne mesure de ce rock aussi tubesque que sans concessions dont l’Angleterre s’est fait une spécialité depuis 20 ans, et vous obtiendrez une représentation assez fidèle de l’univers de The Mispers.

The Mispers 4

Entre les envolées de violon, la voix chevrotante de leur chanteur et les nombreux gimmicks égrenés par le lead guitarist au long de la dizaine de morceaux qui constituèrent leur set, les Mispers avaient largement de quoi marquer durablement leurs spectateurs, et peuvent déjà se targuer d’avoir développé un son propre (bel accomplissement pour un groupe qui fêtera ses deux ans à la fin de l’année). Le tout dégageait une énergie échevelée de fort bon aloi, même si cette dernière avait la fâcheuse tendance à retomber aussi sec à chaque fin de chanson. Le profil singulier des Mispers risque de provoquer aussi bien des coups de foudre absolus que des réjections épidermiques auprès du grand public, mais il y a de fortes chances pour que les premiers surclassent les seconds de beaucoup, surtout avec l’appui des médias britanniques, dont l’amour pour les extravagances soniques n’a jamais été démenti au cours des cinquante dernières années, pourvu que lesdites extravagances restent affiliées à l’esprit rock qui secoue ses chaînes au-dessus de la livide Albion depuis (au moins) aussi longtemps. Autant dire que The Mispers ont largement la tête de l’emploi, et devraient se faire « trouver » par une major ou un producteur aguerri sous peu. En attendant le premier album, on peut déjà savourer un EP 4 titres (éponyme) tout ce qu’il y a de plus pimpant et racé, à l’image du Brother que vous pouvez découvrir ci-dessous.

Setlist The Mispers:

1)Emilie 2)Stone Roses 3)Dark Bits 4)The Fear And The Calm 5)You Hold 6)Postman 7)Brother 8)Gold Dust 9)Reach 10)Trading Cards

The Mispers 6Rappel:

11)« Just Another Day »

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas à la Flèche d’Or, et c’est tant mieux. On ne saura peut-être jamais si les visiteurs du 23 Avril 2014 étaient conscients de fouler la même scène que les Kaiser Chiefs, à une journée d’intervalle, mais il restait en tout cas suffisamment de bonnes ondes de la veille pour que les nouveaux venus fassent honneur à leurs glorieux aînés et prodiguent aux spectateurs la dose de béatitude qu’ils étaient venus chercher. Qu’importent le flacon et le sommelier, pourvu qu’on ait l’ivresse…

SATELLITE STORIES @ LA FLECHE D’OR (17.02.2014)

Malgré sa reconversion en salle de concerts, l’ancienne gare qu’est la Flèche d’Or n’en a  pas fini avec les grands voyageurs, particulièrement ceux venus du Nord de l’Europe. La saison 2013/2014 semble faire la part belle à la Finlande, pourvoyeuse des deux tiers du contingent musical de cette soirée du 17 Février, quelques semaines à peine après la tenue de la deuxième édition de Helsinki Mon Amour, où étaient venus en visite Black Lizard, Phantom et Siinai. Ce discret pays nordique ayant jusqu’ici exporté ses artistes avec une parcimonie tatillonne, on ne pouvait que se réjouir de l’aubaine de découvrir sur scène ces nouveaux représentants de l’école finnoise.

À 20h tapantes, le longiligne JAAKKO EINO KELAVI surgit des coulisses, accompagné d’un comparse affublé d’une magnifique paire de lunettes de soleil. Pendant que son acolyte prenait place derrière les pads de sa batterie électronique (pour pratique que soit ce genre d’engin, je trouve tout de même qu’il manque de superbe par rapport à son homologue classique), le grand Jaakko, présenté sur le site de la Flèche d’Or comme une sorte de Ty Segall finlandais – comprendre, une figure mythique de la scène indie de Helsinki – mit en marche son Moog et tourna quelques boutons sur l’imposante console reliée à ce dernier, sans doute afin de réveiller en douceur l’esprit de la machine. D’un élégant minimalisme (batterie + synthétiseur), le set de l’imposant chauffeur de tram, dont la stature et la coiffure de viking contrastaient fortement avec la retenue rêveuse dont il ne se départit pas un instant d’un bout à l’autre de sa prestation, panacha groove, new wave et alternative pour un résultat ma foi fort plaisant. Avec ses lignes de basse que l’on eut dit toutes droites sorties des sessions studio de Thriller, sa filiation évidente et assumée avec la proto-electro des années 80 (Flexible Heart sonne terriblement comme de l’Orchestral Manœuvres In The Dark sous LSD) et ses récurrentes fulgurances au clavier, parfois entachées d’un fugace sentiment de ratage rattrapé in extremis – mais difficile de se prononcer de manière catégorique quand votre sujet d’étude joue d’un instrument aussi baroque que le Moog consolé -, l’univers de Jaakko Eino Kelavi a des contours bien indistincts, ce qui devrait permettre à tout un chacun de venir y trouver son bonheur. Et quand bien même on peinerait à se satisfaire de la musique produite par l’individu, son faux air de Jake Gillenhal/Matthew Lewis et sa prestance toute Jeff Buckley-enne suffisent amplement à rattraper ce manque, n’est-ce pas mesdames*?

*: Dédicace spéciale à la spectatrice qui décocha un magnifique « Jaakko, à poil! » au milieu du set, assez fort pour que l’intéressé gratifie le public parisien d’un sourire timide et se fende d’un « Thank You », dont on ne saura jamais s’il était approprié ou pas. La légende est en marche.

Jaakko 1

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Divine Paiste 3Vint ensuite le tour de l’interlude français de la soirée, délivré de grand cœur par les quatre de DIVINE PAISTE, fiers et dignes représentants de l’école hexagonale en matière de rock pêchu, catchy et ambitieux. Et s’il fallait décrire le travail du quatuor (le terme de musique semblant par trop réducteur*) d’un seul mot, ambitieux serait sans doute celui que je retiendrais. L’ambition de remporter l’adhésion générale à chaque morceau proposé. L’ambition de tout donner à son public d’un bout à l’autre du set, voire de continuer en heures supplémentaires après la conclusion de ce dernier (c’est à quoi servent les bars, non?). L’ambition de s’imposer comme l’un des tous meilleurs groupes du moment, sûrement en France, sans doute au delà. Ambitions élevées il est vrai, mais tout à fait légitimes en fin de compte, les Divine Paiste étant le genre de gaillards à prouver tout ce qu’ils avancent et à entraîner dans leur sillage aussi bien le fan averti que le curieux se trouvant, une fois n’est pas coutume, au bon endroit au mon moment. Alignés sur l’étroite bande de scène leur ayant été dévolue par l’organisation (le backstage étant occupé par le matériel de leurs successeurs finlandais), les quatre Paistes s’offrirent le luxe de faire oublier ces derniers pendant trois quarts d’heure, même s’ils prirent soin de leur adresser un salut confraternel à la fin de leur performance. En récompense de ces bons et loyaux services, le public parisien, réputé si timoré de l’avis général, s’échauffa si bien le sang qu’il permit au chanteur Pierre Yves d’aller claquer une bise à l’ingé son sans poser le pied par terre. Oui oui, vous avez bien compris: un slam aller-retour à la Dionysos, d’autant plus remarquable qu’il ne s’appuya (au propre comme au figuré) que sur les trois cents personnes présentes à la Flèche d’Or, quand le bon Mr Malzieux put compter sur le support de vingt mille fans pour effectuer semblable trajet. Si je devais décrire le concert donné par les Divine Paiste ce soir du 17 Février 2014 d’un seul mot, triomphe est sans doute celui que je retiendrais.

*: Nous parlons ici d’un groupe qui s’est arrangé pour tourner un clip pour tous les 12 morceaux de son premier album, Crystal Waves On A Frozen Lake, chacun se révélant un épisode de la mini série formée par l’ensemble. Qui dit mieux?

Divine Paiste 1

Setlist Divine Paiste:

1)Native Echoes 2)Strobe Love 3)Carnival 4)Boreal 5)Cold City 6)Dust In The Wild 7)Savage Moon Venom 8)Vandal 9)Nasty Hornets

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Têtes d’affiche au succès encore confidentiel dans notre beau pays, les SATELLITE STORIES montèrent sur scène animés d’une volonté farouche, celle de démontrer à leurs 300 spectateurs (dont à peu près 12.000 Finlandais, à en juger par le flot continu d’apostrophes incompréhensibles à votre serviteur que le – fraîchement – moustachu Esa Mankinen essuya sans broncher pendant l’heure qu’il passa avec ses camarades sous les spots de la Flèche d’Or) que la flatteuse réputation leur ayant été faite par la blogosphère musicale n’était en rien usurpée. Poulains de la major BMG (les Stones, Bruno Mars ou encore les Kings Of Leon, tout de même!) depuis quelques mois, habitués des festivals européens et venus défendre un second album, Pine Trails, qui, n’eut été le statut d’outsiders de ses auteurs (la mondialisation a eu beau transformer la planète en village, la Finlande reste malgré tout à bonne distance de la grand place de ce bourg global), se serait sans doute frayé un chemin dans les charts pop-rock les plus influents, nos quatre têtes blondes débarquèrent avec des moyens sans commune mesure avec leur niveau de reconnaissance dans l’Hexagone. Bannière de fond de scène, merchandising développé, racks de guitares bien garnis et trio de roadies à leur solde*: les gamins d’Oulu disposaient de moyens conséquents pour cette tournée européenne, dont l’unique date française constitua sans doute l’un des creux. Pensez: jouer devant 2000 fans déchaînés à Madrid, faire salle comble à Berlin… et ne pas remplir la Flèche d’Or! On ne fait décidément rien comme les autres.

*: Heureusement qu’Esa Mankinen eut la gentillesse de péter sa sangle de guitare au début du set, sans quoi le préposé scène aurait vraiment eu l’impression d’être la cinquième roue du carrosse.

Satellite Stories 1

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Malgré l’affluence modérée, les Satellite Stories n’épargnèrent aucun effort pour contenter leur comité de réception parisien. Appuyé par la prestation sobre et sans défaut de ses trois partenaires, le flamboyant Mankinen se fendit de quelques mots en français dès l’entame du set (rien de plus logique pour le frontman d’un groupe dont le premier effort s’intitulait Phrase To Break The Ice) et prit bien soin de conserver l’élan insufflé en début de set (Blame The Fireworks + Mexico + Lights Go Low, excusez du peu) tout au long de l’heure que les Satellite Stories passèrent sur scène. Le répertoire explosif dont le quatuor finlandais peut s’enorgueillir, collection de morceaux d’obédience pop rock tous plus entraînants et attachants les uns que les autres, permit à ce dernier de quitter la Flèche d’Or sous des ovations sincères et prolongées, à défaut d’être assourdissantes. Charge aux 300 présents ce soir de faire passer le mot, afin que la prochaine date parisienne des kids d’Oulu se déroule devant une assistance plus fournie. Ce ne serait que justice, Satellite Stories faisant indubitablement partie des tous meilleurs groupes européens du genre. Fine Finn Music.

Setlist Satellite Stories:

1)Blame The Fireworks 2)Mexico 3)Lights Go Low 4)Australia (Don’t Ever Let Her Go) 5)Pinewood Parktrails 6)Campfire 7)The Tune Of Letting Go 8)Sirens 9)Kids Aren’t Safe In The Metro 10)Season Of B-Sides 11)Family

Rappel:

12)New Song 13)Helsinki Art Scene

Satellite Stories 2

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Si vous n’étiez pas convaincus au début de la lecture de ce billet de l’énorme potentiel de la scène musicale finlandaise, j’espère que c’est à présent chose faite. Après une soirée un peu décevante en Octobre 2013, la piqure de rappel du 17 Février 2014 dissipa définitivement les quelques doutes que j’avais pu nourrir quand à la qualité des artistes du plus méconnu des pays nordiques. En attendant que les sirènes parisiennes attirent de nouveaux noms de ma to attend liste dans une des salles de la ville lumière, je tâcherai de tromper mon attente en creusant le sujet par blogs interposés. Et quand on sait que même le groupe qui représentera le pays à l’Eurovision en Mai prochain semble tout à fait digne d’intérêt (en témoigne ce Something Better que le quintet Softengine jouera sûrement sur la scène du B&W Hallerne de Copenhague dans deux mois), on ne peut décemment plus douter de la richesse du filon finlandais…

THE HIDDEN CAMERAS + LANTERNS ON THE LAKE @ LA FLECHE D’OR (28.01.2014)

Cette nouvelle année part sur de très bonnes bases, au moins sur le plan musical. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur les dernières sorties d’albums (conseil personnel: The Urge Drums de Bow To Each Other, une merveille electro pop qui accompagnera superbement votre hiver), les nominations et palmarès des diverses cérémonies de remise de prix (triomphe des Daft Punk  outre-Atlantique – c’est Arnaud Montebourg qui doit être content -, rafle prévisible et méritée de Stromae aux prochaines Victoires de la Musique – ça va faire plaisir à Elio Di Rupo -), ou encore l’agenda des concerts et les premières affiches des festivals français: tout ça a définitivement de la gueule. En ces temps de morosité économique, politique et météorologique, la musique reste une valeur refuge, un sas de décompression où évacuer tous les tracas du quotidien. Et comme le remède est encore plus efficace administré pur, c’est à dire live, c’est à la Flèche d’Or qu’il fallait être en cette soirée du 28 Janvier, pour une séance de thérapie sonique en trois actes, administrée par trois groupes maîtres en la matière. Détendez-vous…

Vedett 2Venu tout droit d’Angers, le quatuor VEDETT ouvrit les festivités avec un set léché et une maîtrise remarquable (mention spéciale au chanteur/bassiste Nerlov Mékouyenski, que ses lunettes noires et son sourire perpétuel qualifient d’office pour la finale du concours des sosies de Ray Charles). Trois ans après la sortie de leur premier EP, les sujets du bon roi René sont définitivement prêts à passer à l’étape suivante de leur carrière, le premier album (prévu dans le courant de l’année), et peut-être mériter leur nom en s’imposant comme une des nouvelles références de la scène française, décidément plus active et foisonnante que jamais. Tout au long de leur prestation, déclinée en une dizaine de morceaux d’obédience pop planante, les Vedett démontrèrent leur parfaite compréhension des codes du genre, gimmicks addictifs de guitare et de synthétiseur, basse veloutée, batterie précise et chant rêveur à l’appui. Si le Swell de The Popopopops vous a conquis, il y a de bonnes chances que les deux EP de Vedett vous emballent également, en attendant la commercialisation du premier long format que l’on espère être d’aussi bonne facture que celui des cousins Rennais. La barre est certes placée haute, mais Vedett a assurément le potentiel nécessaire pour faire aussi bien que les Pops.

Setlist Vedett:

1)République 2)Combo 3)Friday Morning 4)Marry Me 5)Learn And Love 6)Violence 7)The Band 8)L’Etang 9)Comme Je Suis 10)Nothing Else 11)Black Emperor

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Lanterns On The Lake 3Voir LANTERNS ON THE LAKE succéder directement à Vedett sur la scène de la Flèche d’Or pouvait à première vue surprendre, compte tenu du statut de tête d’affiche du groupe anglais. Comme on le verra plus tard, ce choix se révéla être des plus judicieux, et permit à la soirée de se dérouler avec une cohérence qui n’aurait pas été garantie si la quintette de Newcastle-upon-Tyne avait clôt les débats. Venus défendre leur deuxième album, Until The Colours Run, les Lanterns installèrent leur matériel avec la diligence et la rapidité d’un groupe encore peu habitué à son statut de révélation indie, cocarde pouvant s’avérer diablement lourde à porter de l’autre côté de la Manche, mais ne pesant pas encore grand chose au niveau international (comprendre que la salle n’était pas totalement remplie pour ce deuxième passage à Paris). Emmené par une Hazel Wilde à la fois discrète et impliquée dans son rôle de maîtresse de cérémonie (je lui mets une note de 3 sur l’échelle des frontwomen, 1 correspondant à Beth Gibbons susurrant du Portishead dos au public sur la grande scène des Vieilles Charrues et 10 à Beth Ditto continuant le concert de Gossip depuis les coulisses de la grande scène des Vieilles Charrues), le combo britannique déploya avec maestria son univers néo-romantique, tantôt épique (ElodieA Kingdom, The Buffalo Days), tantôt intimiste (Ships In The Rain, Green And Gold), mais toujours superbement mélancolique. Le groupe se permit même de convoquer les manes du Cocteau Twins* de la grande époque (Heaven Or Las Vegas) durant l’interprétation de Another Tale From Another English Town, confirmant ainsi sa filiation évidente avec les acteurs du mouvement dream pop dans les années 80.

*: Le patron du label (Bella Union) distribuant Lanterns On The Lake n’étant autre que Simon Raymonde, bassiste de Cocteau Twins, on se dit que la vie est bien faite.

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Lanterns On The Lake 1Mélangeant nouveautés et pépites tirées de travaux plus anciens (Ships In The Rain, Sapsorrow, Tricks, I Love You Sleepyhead), le set d’une heure livré par Lanterns On The Lake se conclut de manière aussi modeste qu’il avait débuté, Hazel annonçant à la fin de Not Going Back To The Harbour que le groupe enchaînerait directement sur les trois morceaux du « rappel », et donc sans quitter la scène pour mieux revenir sous les vivats du public, comme c’est souvent l’usage. Jacques Brel trouvait la pratique démagogique (il ne fit qu’un seul rappel au cours de sa carrière, pour éviter de froisser l’intelligentsia soviétique qui était venue l’applaudir à Moscou en 1965 – pas folle la guêpe – ), les Lanterns On The Lake la qualifièrent pudiquement de silly, avant d’enchaîner sur le lacrymal Green And Gold*, piano-voix cristallisant toute la beauté douce-amère de l’univers des anglais avec une sobriété exquise. Penchée sur son clavier, Hazel Wilde égrenait les accords avec la sérénité du ressac de la mer du Nord sur les plages de Sunderland tandis que le reste du groupe, assis sur la scène, contemplait le spectacle avec la même attention recueillie que le public parisien. Le calme avant la « tempête » de Until The Colours Run, morceau de bravoure à la générosité toute Arcade Fire-ienne s’achevant par un long fade out atmosphérique sur le disque, ici écourté et remplacé par un I Love You, Sleepyhead final. Je crois que nous avons gagné au change.

*: Morceau téléchargeable gratuitement grâce au Music Alliance Pact.

Setlist Lanterns On The Lake:

1)Picture Show 2)Elodie 3)A Kingdom 4)Ships In The Rain 5)Another Tale From Another English Town 6)The Ghost That Sleeps In Me 7)The Buffalo Days 8)Sapsorrow 9)Tricks 10)Not Going Back To The Harbour 11)Green And Gold 12)Until The Colours Run 13)I Love You, Sleepyhead

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The Hidden Cameras 1Cela faisait longtemps qu’on attendait des nouvelles de la part de THE HIDDEN CAMERAS, depuis 2009 précisément, année de la sortie de l’album Origin:Orphan, auquel les fans du groupe de Joel Gibb (aucun lien de parenté connu avec les Bee Gees) attendaient patiemment un successeur. C’est désormais chose faite, un nouveau jalon dans la discographie du « gay church folk band » répondant au nom de AGE étant sur le point d’être commercialisé au moment où la joyeuse troupe débutait sa tournée européenne. N’ayant découvert le groupe que quelques jours la tenue du concert à la Flèche d’Or, et compte tenu de sa confidentialité au niveau hexagonal, je m’attendais à ce qu’il passe en deuxième partie, laissant aux Lanterns le soin et l’honneur de terminer la soirée. Messieurs les Anglais, jouez en dernier. Comme dit plus haut, il n’en fut rien, et tant mieux. Deux raisons à cela (l’une débile et l’autre pas, je vous laisse seuls juges pour décider du degré d’intelligence des deux propositions suivantes): la première, le droit d’aînesse, The Hidden Cameras existant depuis 2001, contre 2007 pour Lanterns; la seconde, l’énergie déployée au cours du set, bien supérieure chez les Canadiens. Etant un partisan convaincu de la théorie de la montée en puissance (qui stipule qu’il faut toujours commencer par le plus calme et finir par le plus énervé, afin d’obtenir un climax digne de ce nom), je ne peux que me féliciter de la décision du staff de s’être rangé à l’un ou l’autre des arguments listés ci-dessus, et d’avoir laissé aux Caméras Cachées la dernière tranche horaire. J’aurais également apprécié que la soirée se termine plus tôt, ce qui m’aurait permis de rester jusqu’au bout de la prestation de The Hidden Cameras, au lieu de devoir m’éclipser à la moitié du set pour pouvoir attraper le dernier train. En ce sens, la Flèche d’Or reste la plus parisienne des salles parisiennes, puisqu’il faut être Parisien pour pouvoir profiter pleinement des évènements qu’elle organise (ou être prêt à randonner dans les champs à 1H30 du matin, mais c’est une autre histoire…).

Journée de la jupe et jeu du foulard, façon The Hidden Cameras

Journée de la jupe et jeu du foulard, façon The Hidden Cameras

Ce départ précipité était d’autant plus regrettable que The Hidden Cameras est un groupe de scène comme on en fait peu: énergique, communicatif et très, très rigolo (voir trois solides gaillards interpréter un morceau entier en jupe et avec un bandeau rouge sur les yeux restera un de mes moments forts de l’année 2014). L’intensité avec laquelle Joel Gibb interprète ses chansons est également notable, notre ami allant chercher chaque note avec une telle ardeur que son visage s’en trouve déformé (la seule comparaison qui me vienne à l’esprit est l’interprétation de Man Of Constant Sorrow par John Turturro et Tim Blake Nelson dans O Brother). Enfin et surtout, les morceaux du sextuor marient avec réussite l’esprit garage rock à une exubérance pop, mélange détonnant à l’origine de délires joyeusement graves (In The NA, Smells Like Happiness, AWOO) ou d’hymnes engagés et imparables (Gay Goth Scene et son motif de violon…). Certains des morceaux de AGE lorgnent même du côté de l’electro et de la cold wave, et ce de manière très convaincante, comme le Carpe Jugular qui marqua la fin de ma soirée à la Flèche d’Or. Un éclectisme maîtrisé donc, qui mérite amplement que l’on se penche sur le cas de The Hidden Cameras et qu’on aille les découvrir sur scène si l’occasion se présente. Soyez bien sûr que je ne laisserai pas passer ma chance si Joe Gibbs et sa bande décident de faire une nouvelle escale parisienne dans le futur: après tout nous n’en sommes techniquement qu’au milieu du premier set…

Setlist The Hidden Cameras:

1)Skin & Leather 2)Bread For Brat 3)Doom 4)In The NA 5)AWOO 6)Smells Like Happiness 7)Gay Goth Scene 8)Carpe Jugular 9)

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Cette première sortie de 2014 se termina donc par une déception, mais une déception positive: celle d’avoir du partir trop tôt pour des raisons bassement terre à terre. Pour le reste, ce fut une soirée parfaite, sans doute la meilleure de l’année de mon point de vue. J’espère cependant que les onze mois à venir feront de l’exceptionnel d’aujourd’hui l’ordinaire de demain, vœu pieux dont il me tarde de constater la réalisation, inch’allah. Rendez-vous le premier Février au Point Ephémère pour la seconde étape de cette année musicale, en compagnie d’une belle troupe d’artistes scandinaves. C’est de saison.

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LA FLECHE D’OR (14.10.2013)

Ceci est l’histoire d’une revanche. Le 26 Avril dernier, Efterklang repassait par la capitale dans le cadre de la tournée marathon de Pyramida, dernier album en date du groupe danois. Après un ciné-concert concluant au Café de la Danse en Décembre 2012, la joyeuse bande de Casper Clausen avait posé ses valises au Trabendo, avec dans ces dernières une prometteuse artiste suédoise en guise de première partie. C’était pour découvrir en live cette dernière, pour la première « vraie » date parisienne de sa carrière, que j’avais pris un billet pour cette soirée scandinave, bien plus que pour revisiter les rues désertes de Pyramiden (ville fantôme du Svalbard) avec Efterklang dans l’audio-guide. Mais à une semaine de l’échéance, patatras: une raison bassement matérialiste vint faire capoter le programme. Déception. Attente. Espérance. Et, finalement, annonce de la bonne nouvelle: le concert de la deuxième (et probablement dernière avant un petit bout de temps) chance se tiendrait à la Flèche d’Or le lundi 14 Octobre. Hors de question de ne pas en être. 

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Démineurs II (c'est toujours le fil noir, toujours)

Démineurs II (c’est toujours le fil noir, toujours)

Pour la troisième fois en onze jours, me voilà de retour au 102 bis de la rue de Bagnolet sur les coups de 19h30, prêt à passer une soirée en trois actes placée cette fois sous le signe de la cécité (nom de codes : Les Yeux Fermés #6). Et comme les deux fois précédentes, ce fut devant une poignée de spectateurs que le préposé à la première partie, ici le revenant BLACKTHREAD, remplit son office. Revenant à double titre, car 1) déjà passé par la Flèche d’Or en des temps immémoriaux (comprendre: en 2007*, en tant que membre de feu One Second Riot), et 2) de retour sur scène après un hiatus d’un an sans concerts. Et malheureusement pour notre poltergeist, cela se ressentit nettement au cours de sa prestation, perfectible sur bien des points. Seul sur scène en compagnie de sa basse, d’un synthétiseur plus câblé que l’armoire ethernet moyenne et d’une pédale loop, BlackThread ne donna jamais l’impression de savourer franchement son retour aux affaires, que cet inconfort apparent et persistant ait été causé par la réaction mesurée du public à sa musique (une déclamation de poèmes en anglais sobrement rehaussée d’arrangements minimalistes, comme si The XX mettaient en musique les textes de Frank O’Hara), ou par sa nervosité au moment de reproduire en live des morceaux que l’on devinait plutôt conçus pour le studio. Au bout de quarante minutes tendues, BlackThread mit terme à son set avec un soulagement à peine dissimulé, et quitta la scène après avoir fait un brin de promotion pour son dernier album, Separating Day And Night. C’est le métier qui (re)rentre.

*: Pour vous donner une idée des bouleversements ayant secoués le monde de la musique dans l’intervalle, dîtes vous qu’en 2007, Michael Jackson était toujours vivant et que Justin Bieber avait environ douze fans hors de son Ontario natal.

Blackthread 2

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La deuxième partie de la soirée peut être résumée en trois questions. Premièrement: pourquoi les trois-quarts des personnes présentes à la Flèche d’Or dégainèrent-ils qui une caméra, qui un appareil photo, qui une paire de GoPros, et vinrent installer tout ce matos devant (ou même sur) la scène pendant les balances? Réponse: le concert était un évènement Evergig, initiative proposant à tout un chacun de réaliser son propre petit Shine A Light en lieu et place de Martin Scorcese. Le résultat de la session du soir devrait bientôt être rendu public sur le site officiel d’Evergig, alors restez vigilants. Deuxièmement: comment fait on tenir cinq musiciens et leurs très nombreux instruments sur la scène assez exigüe de la Flèche d’Or? Réponse: en serrant bien, si si, ça rentre tu vas voir. C’est un joyeux bordel pour les retours, mais ça rentre. Troisièmement: quelle est la bonne prononciation du nom du groupe? Réponse: VS se prononce Véhesse, dixit Drix Cé, frontman à dreads du combo, et non pas versus comme on aurait pu légitimement le supposer. C’est un truc à savoir pour ne pas se griller en soirée (les fans aguerris de BRNS, MGMT et de Louis de Broglie comprendront). 

VS 1Après la release-party du 11 Octobre à l’Ouvre-Boîte, cette date à la Flèche d’Or constituait le deuxième concert de l’ère Cities R Real, premier LP du groupe de Cergy après une décennie d’expérimentations musicales et de collaborations avec le cinéma (dont la BO d’un court métrage, Bouche de Métro, projeté à Cannes en 2009). Venus en nombre, les fans de la quintette francilienne donnèrent de la voix dès les premières notes du set, encouragés dans leurs efforts par un VS joueur et demandeur de participation énergique. C’est sûr que filmer un concert sans ambiance, c’est plutôt moyen niveau promo. Initiée par l’instrumental Above The Unlimited Sky, que le profane que je suis affilia inconsciemment à l’école Fersenienne (sans doute à cause de l’accordéon), la prestation du groupe se panacha entre extraits de Cities (One – gros clin d’œil en direction du Tomorrow Never Knows des Beatles – Welcome, Identity, Hard Ways) et Just A Sigh… (Industrial, Exp), EP commercialisé en 2012. Réfléchie, conceptualisée, intégrée à un processus de réflexion global dépassant la simple sphère musicale*, l’œuvre de VS a le bon goût de rester accessible au tout venant, et de s’imposer d’abord par ses qualités mélodiques plutôt que par la force de son message ou de sa démarche (sans préjuger de ces derniers bien sûr). En bref, il est tout à fait possible d’apprécier la musique du groupe avec ses oreilles et seulement ses oreilles, même s’il est également possible de cogiter des heures sur cette dernière, pour ceux que ça intéresse. Ceci dit, le rendu live s’avéra un peu décevant, la batterie se taillant la part du lion au détriment des voix et de la basse, répercussion logique de la disposition resserrée du groupe. Ceci n’empêcha cependant pas VS de triompher devant son public, dont la demande de rappel, bruyante et spontanée, fut rejetée pour permettre à la soirée de se poursuivre sans trop de retard.

*: La biographie du groupe, détaillant notamment la genèse de ses deux galettes, ne laisse aucun doute à ce sujet, mais la simple association d’un jeu de guitare à l’archet et d’une projection d’images sur le mur derrière la scène pendant le concert était des indices déjà très révélateurs. 

Setlist VS:

1)Above The Unlimited Sky 2)One 3)Industrial 4)Welcome 5)Exp 6)Identity 7)Hard Ways

VS 2

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AVH 2Quand on évoque le nom de Von Hausswolff, il est courant de présenter le père (Carl Michael) avant de se pencher sur le cas de la fille. Enfin, ça, c’était avant qu’ANNA VON HAUSSWOLFF ne sorte son deuxième album, Ceremony, en 2012, disque à la beauté aussi étrange que rigoureuse, à la fois onirique et structuré, et qui devrait lui permettre de devenir le prénom dominant de la famille dans un futur très proche. Bâti tout entier autour du son si particulier d’un grand orgue d’église (celui d’Annedal en l’occurrence), Ceremony est de ces disques qui portent merveilleusement leur nom, tant son écoute relève davantage du cheminement spirituel que de la banale expérience auditive. Embarqués sur les routes d’Europe depuis un mois dans le cadre de leur première tournée en tête d’affiche, Anna et son groupe parviendraient-ils à recréer la majesté et le grandiose transpirant des versions studio de Ceremony? Pas facile en effet de faire sonner un clavier comme un grand orgue, ni de transformer la Flèche d’Or en cathédrale pour une meilleure acoustique. De tels défis ne pouvaient être relevés que par un expert es sonorisation, et Anna von Hausswolff en avait heureusement un à ses côtés en la personne de Justin Grealy, 25 ans d’expérience dans l’art délicat du live et des collaborations prestigieuses à la pelle (Biffy Clyro, Editors, Franz Ferdinand, The White Stripes, Oasis, Blur, Tears For Fears…). Seul à la manœuvre durant les balances, puis en charge de la console pendant le show, il réussit à tirer le meilleur de la configuration des lieux afin d’offrir au public une expérience mémorable.

Lorsque les cinq acteurs de la dernière partie de la soirée montèrent sur scène, un silence religieux tomba sur la Flèche d’Or. Organisés en hémicycle concave laissant le centre de l’estrade vide, comme pour procéder à l’invocation d’un esprit, les musiciens débutèrent le set par un morceau inédit, mais indubitablement « Ceremoniesque » tant sur la forme que sur le fond. Ce mouvement introductif fut suivi de la première piste de l’album proprement dit, l’instrumental Epitaph Of Theodor à la régularité digne d’un contrepoint de Bach, la batterie et les guitares en plus, évidemment. Plus expérimental, Deathbed permit à Anna von Hausswolff de prolonger la parenthèse sans paroles au delà des dix minutes, avant que finalement ne retentisse le couplet/imprécation du deuxième single du disque. Chanter peu, mais y mettre toute son âme, telle pourrait être la devise de l’artiste suédoise, qui a poussé sur Ceremony l’art de la litote musicale jusqu’à des sommets insoupçonnés. Fin du troisième morceau: déjà vingt-cinq minutes au compteur. Patience et longueur de temps… À peine le temps de corriger les dernières imperfections techniques avec le secours de Justin Grealy que déjà Anna von Hausswolff embrayait sur l’imparable Mountains Crave et son inoubliable motif de batterie*.

*: Pow tchk… tchk… pow tchk… tchk tchk tchk… pow tchk pow tchk pow tchk… tchk tchk tchk.

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AVH 5Il y a des artistes qu’il vaut mieux voir en début de tournée, avant que la lassitude ne s’installe et qu’ils ne donnent l’impression de ne jouer que parce qu’ils se sont engagés par contrat à le faire. Même si Anna von Hausswolff nous avoua entre deux chansons qu’elle était contente d’arriver à la conclusion de son périple européen (la Flèche d’Or constituant l’antépénultième date de la tournée), elle fait à mes yeux partie de la catégorie inverse, celle des performers qui perfectionnent leur show à chaque nouveau concert en essayant sans cesse de nouvelles idées, rejetant les mauvaises et peaufinant les bonnes. Dans le cas de Mountains Crave (la chanson que je connais le mieux d’Anna von Hausswolff, l’ayant découverte par l’intermédiaire de ce titre), cet état de fait fut magnifiquement illustré par un simple changement d’intonation dans la dernière strophe, innovation aussi inattendue que géniale, pour un résultat (n’ayons pas peur de le dire) supérieur à la pourtant excellente version originale. À quoi tiennent les miracles, finalement…

Nous voilà arrivés à mi-parcours. Ayant jusque là scrupuleusement respecté la tracklist de Ceremony, Anna décida d’une ellipse de trois morceaux, pour reprendre son exposé avec le quasi bruitiste No Body. Délaissant son clavier pour une guitare, elle fondit adroitement la fin de cet interlude drone avec le début de l’aérien Liturgy Of Light, et la lumière (re)fut après quelques minutes bien ténébreuses. Après la présentation de ses quatre très bons musiciens, dont le keyboard master, Filip Leyman, n’était autre que le producteur de Ceremony, miss von Hausswolff nous refit le coup de l’avance rapide (tant pis pour Harmonica et Ocean) et poursuivit avec la berceuse pour adultes* Sova et ses vocalises spectrales. S’en suivit un nouvel inédit, Come Wander With Me, librement inspiré du titre éponyme de Jeff Alexander, même si la version live @ la Flèche d’Or du morceau dépassa allégrement les trois minutes de l’original pour se terminer en jam session intense d’un peu moins d’un quart d’heure. Epique.

*: Comprendre qu’il n’est pas donné au premier marmot venu de déceler les, pourtant immenses, vertus apaisantes de cette chanson, au titre pourtant explicite si tant est que l’on parle suédois (Sova signifie « dormir » dans la langue de Zlatan Ibrahimovic), et pas que cette dernière recèle de sous entendus grivois.

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Le concert s’acheva avec le frère jumeau de Mountains Crave en matière de mantra rythmique mémorable, Funeral For My Future Children, interprété avec une telle intensité par Anna von Hausswolff que le morbide du thème développé (oui, il s’agit bien d’une chanson traitant de l’enterrement de ses propres enfants) finit par confiner au sublime. Enfin, s’acheva… Funeral… étant l’avant dernière chanson de Ceremony, il ne fallait pas être grand prêtre, eut égard à la setlist proposée jusqu’ici, pour deviner de quelle manière allait réellement se terminer cette prestation parisienne. Anna revint donc après un court moment en coulisses, et dédia l’ultime Sunrise au public, clôturant de la plus belle et de la plus symbolique des manières la soirée. Il était alors minuit moins vingt, je n’avais plus aucune chance d’arriver à temps à la gare Montparnasse pour attraper le dernier train de banlieue, mais que voulez-vous: il y a des artistes qui valent largement la peine de marcher six kilomètres à deux heures du matin pour pouvoir rester jusqu’au bout de leur concert. Anna von Hausswolff en fait définitivement partie.

Setlist Anna Von Hausswolff:

1)New Song 2)Epitaph Of Theodor 3)Deathbed 4)Mountains Crave 5)No Body 6)Liturgy Of Light 7)Sova 8)Come Wander With Me 9)Funeral For My Future Children 

Rappel:

10)Sunrise

AVH 10

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Ceci est l’histoire d’une revanche, mais attention, pas n’importe quel type de revanche. Il y en a dont l’accomplissement emplit d’un sentiment d’inachevé, or c’est tout l’inverse qui s’est produit dans mon cas. J’ai vu Anna von Hausswolff en live, et ça en valait vraiment la peine. À la limite, je suis presque heureux d’avoir du rater le coche la première fois, car il paraît que plus on attend, plus c’est bon. À l’heure actuelle, je manque d’éléments de comparaison pour pouvoir me prononcer sur la vérité de cette maxime populaire, mais vous pouvez compter sur moi pour vous en entretenir longuement dès que j’en aurais la possibilité. Anna, si tu me lis…

THE BOXER REBELLION @ LA FLECHE D’OR (05.10.2013)

Samedi 5 Octobre, Paris. 12ème édition de la Nuit Blanche. Que faire? Où aller? Qui voir? Sur les berges de Seine, l’esprit de Karlheinz Stockhausen sera convoqué par hélicoptères interposés, tandis que Cai Guo-Qiang mettra le feu au fleuve depuis un bateau mouche. Sur le canal St Martin, instants de vie moyen-orientaux sur grand écran, aire de jeux géante et concerto sous-marin. Ménilmontant se transformera en moteur de recherche aléatoire alors que Belleville sera hantée pour une nuit par un épouvantail en chapeau melon. Dans le Marais, blindtest ornithique et forêt fantasmée occuperont les riverains jusqu’aux premières lueurs. Réaction philistine: les itinéraires fléchés, c’est bien, les flèches en elles-mêmes, c’est mieux. Surtout si les flèches en question sont dorées. Conclusion logique et imparable: Nuit Blanche à la Flèche d’Or. Ca sonne plutôt pas mal cette affaire. 

Si on avait laissé aux petites mains de la mairie de Paris le soin de rédiger le descriptif de la soirée organisée au 102 bis rue de Bagnolet, nul doute que la notion bassement terre à terre de « concert rock » aurait été remplacé par quelque chose de plus flamboyant, comme par exemple « performance sonique en trois actes et trente-deux tableaux de l’école contemporaine britannique ». On l’a donc échappé belle. Loin de la fièvre et du tumulte artistico-hype agitant la capitale en cette nuit si particulière, la Flèche d’Or proposait donc ce qu’elle sait faire de mieux, c’est à dire une affiche savoureuse et thématique, regroupant à la fois stars sous-cotées et icônes en devenir, dans un cadre décontracté et chaleureux.

Christof 1Premier à s’élancer, le duo CHRISTOF (rien à voir avec l’auteur des Marionnettes) ouvrit les festivités avec un set folk bien rôdé à défaut d’être follement original. Picking omniprésent, harmonica, contrebasse et mélancolie à fleur de peau: un tenace sentiment de déjà vu (ou plutôt, déjà entendu) comme disent nos cousins d’outre Manche enveloppa la prestation du tandem de la première à la dernière note. Avec trois EP à son actif, dont le dernier en date, Love’s Glory, était sur le point d’être commercialisé au moment de cette virée parisienne, Christof mérite toutefois d’être jugé, comme la plupart des artistes folk, sur ses efforts studio plutôt que sur ses prestations live, à plus forte raison lorsque ces dernières sont effectuées en sous effectif (le lineup « officiel » du groupe incluant, outre Christof van der Ven à la guitare et Andrew D. Smith à la contrebasse, Edwin Ireland au violoncelle). Une petite reprise prise tout à fait au hasard pour vous en convaincre:

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Venus eux aussi avec un EP (To Be Alive) à promouvoir et en formation resserrée (deux membres sur les cinq que compte le groupe), les BROTHERS & BONES – une référence au roman de James Hankins? – s’installèrent à leur tour sur scène pour un tour de chant 100% acoustique, expérience d’autant plus intéressante que la bande du christique Richard Thomas aime en temps normal faire un maximum de bruit (comme tous les groupes qui ont un batteur et un percussionniste, je pense). Le premier morceau du set, Gold And Silver, interprété par Rich en solo, aurait pu déboucher sur un affreux malentendu entre B&B et votre serviteur, tant le sieur Thomas se complut à jouer la carte du « lover à guitare » durant les quelques quatre minutes que dura cette ballade introductive: voix très travaillée, paroles à la poésie franchement surannée, yeux mi-clos, pose affectée… Roch Voisine, sort de ce corps.

Brothers & Bones 1'

Fort heureusement, l’arrivée de James Willard (et de sa guitare) vint rapidement corriger cette mauvaise impression initiale. Si (Just Another) Man In Need présentait elle aussi quelques traces d’émotion surjouée, le To Be Alive, morceau titre de l’EP que le duo aurait aimé pouvoir proposer à la vente si seulement les PTT anglais n’étaient pas aussi pourris, interprété juste après démontra enfin l’énorme potentiel de Brothers & Bones en matière d’hymnes rock, avec un Rich Thomas revendiquant très clairement sa filiation (vocale) avec Eddie Vedder himselfLong Way To Go, également tiré de ce dernier EP, avait lui aussi une touche de Pearl Jam franchement assumée, pour le meilleur. On The Run déplaça le curseur de la référence correctement digérée du côté du blues, et plus précisément du It’s Probably Me de Sting et Eric Clapton. Pas mal du tout. Back To Shore et son avalanche de guitares, puis I See Red et ses chœurs catchy à souhait donnèrent enfin deux bonnes raisons supplémentaires d’attendre le retour du groupe, au complet cette fois, à Paris en Février 2014. À vos agendas.

Setlist Brothers & Bones:

1)Gold And Silver 2)(Just Another) Man In Need 3)To Be Alive 4)Long Way To Go 5)On The Run 6)Back To Shore 7)I See Red 

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The Boxer Rebellion 4Le dernier concert donné par THE BOXER REBELLION dans une salle parisienne remontait, au moment où le quatuor prit possession de la scène de la Flèche d’Or, au 17 Décembre 2011 (encore un samedi). Presque deux ans d’abstinence pour les fans français donc, laps de temps durant lequel le groupe a sorti un nouvel album studio, son quatrième, sobrement intitulé Promises; successeur très attendu de l’excellent The Cold Still dont les nombreux tubes avaient propulsés Nathan Nicholson, Todd Howe, Piers Hewitt et Adam Harrison sous les feux de la rampe. Ce fut d’ailleurs le plus populaire de ces classiques, Step Out Of The Car, qui ouvrit le set, comme lors du concert de la Maroquinerie vingt deux mois plus tôt. Pourquoi changer une intro qui claque? En revanche, les énormes spots installés au fond de la scène constituaient une nouveauté, et pas des plus bienvenues, le déluge lumineux engendré par ces monstres s’apparentant plus à un test de dépistage de l’épilepsie grandeur nature qu’à un accompagnement harmonieux du morceau. Fort heureusement, ce genre d’intervention lumineuse à défaut de brillante ne fut que ponctuellement utilisée au cours de l’heure et quart que dura le concert, sans quoi la Fédération des Aveugles de France aurait sans doute constaté un pic de souscriptions le lundi suivant.

Flashing red lights mean argh

Flashing red lights mean argh

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The Boxer Rebellion 5La Flèche d’Or constituant la 19ème date européenne de The Boxer Rebellion en à peine vingt-quatre jours, tournée elle-même précédée d’un périple nord américain assez conséquent, le groupe proposa un show rôdé à la setlist impeccable, alternant entre nouveaux titres extraits de Promises (Take Me Back, Diamonds ou encore New York, détourné en Paris par Nathan Nicholson sur le dernier refrain) et pépites plus anciennes issues de The Cold Still (The RunnerNo Harm), Union (Semi Automatic, Spitting Fire et l’incontournable Evacuate) et Exits (We Have This Place Surrounded et Watermelon en guise de conclusion du set). Sur les planches de l’estrade, Nathan alterna entre guitare, claviers et petits mots pour le public, sautillant au cours des morceaux comme un boxeur à l’entraînement, tandis que ses acolytes déroulaient leur partition avec une précision née de la pratique (même si Tedd Howe fit atterrir Spitting Fire légèrement hors des clous). Dans cette situation, il fallut attendre l’intervention d’un héroïque anonyme du public pour injecter un peu de folie à une prestation impeccable mais un peu trop contrôlée. À deux reprises, l’innocent trublion hurla à plein poumons quelque chose comme « You have the best drummer in the world! », donnant l’occasion à Nathan de broder un peu sur la perche ainsi tendue (oui on peut broder sur une perche, la preuve), et plaçant le discret Piers Hewitt au premier plan pour quelques instants.

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Un peu moins porté sur les guitares que le concert de la Maroquinerie, en grande partie à cause de la prédominance de Promises (sept morceaux) et de ses claviers omniprésents, le set de la Flèche d’Or se termina dans une douceur confortable (You Belong To Me/Keep Moving/Fragile, ça vous calme son homme), à peine troublée par un conclusif Watermelon, rappelant à l’audience les premières amours de The Boxer Rebellion pour le rock alternatif. Il était cependant hors de question que le groupe quitte la France sans un rappel digne de ce nom, qui fut demandé et obtenu avec ferveur par un public dont certains membres étaient venus de loin pour applaudir le quatuor. Les trois dernières chansons du groupe, chacune tirée d’un album différent, firent office d’anthologie condensée de l’œuvre de TBR, débutée par le tout récent Always, poursuivie par le mature Both Sides Are Even (dédiée à Francis Zegut par le groupe, sans doute en remerciement de ses bons et loyaux services dans la promotion de ce dernier dans l’Hexagone*) et terminée par le classique et vénérable The Gospel Of Goro Adachi (l’auteur de la théorie des « rivières temporelles » ou le sauteur à ski? le mystère reste entier). Ite, missa est.

*: Pop Rock Station by Zegut, l’émission des sculpteurs de menhirs, des cages à miel et de Love Like Blood de Killing Joke, vous connaissez?

Setlist The Boxer Rebellion:

1)Step Out Of The Car 2)Semi-Automatic 3)Take Me Back 4)The Runner 5)New York 6)Evacuate 7)Spitting Fire 8)We Have This Place Surrounded 9)Diamonds 10)No Harm 11)You Belong To Me 12)Keep Moving 13)Fragile 14)Watermelon

Rappel:

15)Always 16)Both Sides Are Even 17)The Gospel Of Goro Adachi

The Boxer Rebellion 2'

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Paris, 5 Octobre 2013, 23h30 environ. La Nuit Blanche se termine doucement à la Flèche d’Or, tandis qu’elle se poursuit ailleurs dans la capitale. Rien n’interdit d’enchaîner sur de nouvelles performances culturelles, si le cœur vous en dit. Mais ce serait courir le risque de diluer le souvenir tout frais d’une soirée en compagnie d’un groupe majeur, essentiel même, de la scène rock actuelle et, partant, il est loin d’être sûr que le jeu en vaille la chandelle. Après tout, il faudra peut-être attendre encore deux ans pour que The Boxer Rebellion revienne jouer à Paris… Bref, autant jouer la carte de la prudence et ne pas risquer l’écrasement mémoriel que pourrait entraîner une éventuelle boulimie artistique. À chaque jour suffit sa peine, et à chaque nuit suffit son rêve, fut-il éveillé.

SIINAI @ LA FLECHE D’OR (03.10.2013)

Si vous avez pris le métro parisien ces dernières semaines, il y a fort à parier pour que vous les ayez vues sur les quais en attendant votre rame. Grandes, blanches, zens et natures: elles ne passent pas inaperçues. Elles, ce sont les affiches visitfinland.com, vantant les vertus de ce petit bout d’Europe assez mal connu par chez nous, coincé qu’il est entre la péninsule scandinave à l’Ouest et la Russie à l’Est. Et à creuser le sujet, il faut bien reconnaître que la Finlande n’est pas rattachée à grand chose dans l’inconscient collectif français, mis à part le fait qu’on y trouve un paquet de rennes et une des résidences secondaires du Père Noël. Musicalement parlant, les artistes finlandais n’ont que rarement fait parler d’eux à l’international, quelques coups d’éclats ponctuels exceptés (Nightwish, Children of Bodom,The Rasmus, Lordi…). Alors, fallait-il voir dans la concordance temporelle entre cette campagne publicitaire et la tenue de la deuxième soirée Helsinki, Mon Amour à la Flèche d’Or une simple mais heureuse coïncidence, ou quelque chose de plus? Je vous laisse seuls juges.

Black Lizard 4Conséquence logique mais malheureuse de la grande confidentialité entourant la nouvelle scène helsinkienne, au moins dans l’Hexagone, il n’y avait pas grand monde pour assister au lancement de la soirée par le quatuor BLACK LIZARD. Emmené par un imposant chanteur-guitariste évoquant autant Gaz Coombes dans le look que Iggy Pop dans la voix, le sombre saurien a eu le mérite de faire abstraction de cet accueil famélique pour offrir à la vingtaine de spectateurs présents une prestation tout à fait respectable. Héritiers sans doute un peu trop dogmatiques des glorieux ancêtres psyché et post punk des années 80 et 90 (The Jesus And Mary Chain est un nom qui revient souvent quand on évoque le premier album -éponyme- du groupe, produit par Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre), les Black Lizard ont toutefois démontré qu’ils avaient l’ouverture d’esprit et la science du riff nécessaires pour tracer leur propre route, respectivement par une reprise inattendue (Well… All Right de Buddy Holly) et une composition originale plus marquante que les autres, Love Is A Lie.

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Phantom 4Ce fut ensuite au duo PHANTOM de monter sur les planches, après avoir installé quelques instruments forts ésotériques sur scène, dont une sorte de soucoupe volante blanche parsemée de boutons lumineux. Il s’avérera que l’OVNI en question était un instrument de musique, nommé à juste titre « The UFO Controller* » par son créateur et moitié masculine du groupe, Tommi Koskinen. Comment en joue-t-on, vous entend-je murmurer derrière votre écran? Simplement en approchant ou écartant un objet (ou plus prosaïquement, une main) des capteurs disséminés sur la coque de l’appareil, entraînant en conséquence une variation de la fréquence émise par la bête. En conséquence, Tommi passa le plus clair du set à mouliner théâtralement l’air au dessus de son bébé comme un maître sith atteint de la danse de St Guy, pour le plus grand plaisir des photographes présents. Dans la catégorie des instruments bizarroïdes, je crois que même le Misintrumenti de Mugison doit le céder, au moins en terme de coolitude, au UFO Controller.

Basé sur la symbiose naturelle existant entre une jolie voix féminine (celle de Hanna Toivonen en l’occurrence) d’une part et des loops electro d’autre part, Phantom livra une démonstration fort convaincante de ce qu’il est possible de réaliser à partir de cette combinaison éprouvée. Visiblement très à l’aise pour son premier concert parisien, Hanna mit un point d’honneur à s’adresser le public entre chaque morceau, et alla même jusqu’à descendre de scène pour une séance de free hugs (« because it’s a hugging song ») lors du dernier morceau du set. La scénographie soignée, magnifiée par une intéressante projection « désintégrée » des contours du duo au fond de la scène contribua également beaucoup au franc succès remporté par ce dernier, salué à la fin de sa prestation par des applaudissements nourris. Il est clair que Phantom a toutes les cartes en main pour s’imposer comme une référence psychélectro dans un futur proche, même si l’uniformité des compositions proposée par les deux acolytes spectraux pourrait se révéler handicapante à terme.

*: Cette formidable machine possède même sa propre page Facebook, pour ceux qui voudraient voir à quoi elle ressemble dans des conditions d’éclairage normales.

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Lorsque les quatre de SIINAI prirent possession de la scène après une rapide balance, j’étais avant tout curieux de découvrir la setlist choisie par le groupe pour cette première date française en solo (le quatuor ayant en effet servi de backing band à Spencer Krug, alias Moonface, le temps d’un album, Heartbreaking Bravery, et de la tournée internationale qui s’en est suivi en 2012). Même si leur ancien partenaire de jeu n’avait pas pu se libérer pour prendre le micro, tournée américaine simultanée oblige, aurait-on tout de même droit à quelques extraits de ce projet commun de fort belle facture, où le groupe déciderait-il de se concentrer sur ses propres morceaux, et donc sur son seul album à ce jour, le (presque) totalement instrumental Olympic Games? Ayant découvert Siinai via cet opus, sélectionné dans la shortlist du Nordic Music Prize en 2011 (une performance remarquable pour une première galette), cette dernière possibilité me convenait tout à fait. Partant du principe que si le quatuor choisissait de faire l’impasse sur Heartbreaking Bravery, il suivrait certainement la tracklist d’Olympic Games (un concept album en bonne et due forme), et ayant décidé d’immortaliser mon passage préféré de ce dernier, Anthem 1&2 (surtout le 2 en fait), j’avais donc dégainé la GoPro dès l’arrivée des musiciens sur scène. Cinq minutes plus tard et un début de crampe dans le bras droit, je me rendis compte que je m’étais fourvoyé dans mes savantes supputations, et que le groupe avait opté pour un grand mix plutôt que pour une reproduction scrupuleuse de leur disque. Autant pour moi.

Siinai 3

Et la Finlande remporte la médaille d’or de headbanging en équipe.

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Rassurez-vous, j’ai bien pu obtenir ce que je voulais (la vidéo est juste en dessous), mais je ne m’explique toujours pas pourquoi les Siinai n’ont pas simplement choisi de jouer Olympic Games dans le « bon » ordre, démarche aussi naturelle à mes yeux de profanes que celle consistant à écouter The Wall sans enclencher le mode lecture aléatoire. L’album en version studio durant un peu plus de trois quarts d’heure, et le groupe ayant joué cinquante minutes en tout, je persiste à penser que cette solution aurait permis d’obtenir un résultat final plus cohérent et appréciable que celui dont la Flèche d’Or a hérité au final. Car le set de Siinai se trouva en fait être un mélange d’anciens (Anthem 1&2, Marathon) et de nouveaux morceaux, ces derniers s’intégrant assez mal (à mon goût) dans la trame globale d’Olympic Games (je n’aurais peut-être pas du écouter l’album en boucle durant la journée qui a précédé le concert aussi). Pour ne rien arranger, aucun des membres du quatuor ne se montra particulièrement expansif envers un public pourtant acquis. Mis à part les chœurs sur Marathon, le seul usage qui fut fait des micros disposés sur scène tint en deux phrases et six mots: « We’re Siinai » et « One More Song ». Ce mutisme apparent, combiné à l’intensité impressionnante avec laquelle les Siinai interprétèrent leurs morceaux (mention spéciale au bassiste, pour qui le terme shoegaze aurait du être inventé si ça n’avait pas déjà été le cas), dressa petit à petit une barrière entre un groupe en semi-transe et un public qui à force de se sentir exclu des débats, se montra de plus en bavard et dissipé, au point de laisser partir ses hôtes finlandais sans trop de regret. Dommage.

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Au final, cette soirée découverte de la nouvelle scène finlandaise se révéla être plutôt décevante, avec un seul groupe vraiment convaincant sur les trois à l’affiche. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le peu de fréquentation constaté à la Flèche d’Or pour cette seconde édition de cette soirée à thème risque peut-être de mettre un coup d’arrêt à cette excellente initiative. Il est pourtant absolument impératif que l’histoire continue et que le vieux proverbe voulant que jamais deux sans trois se vérifie une fois de plus. La raison? Il s’agit sans doute de ma meilleure chance de voir se produire Magenta Skycode, Antero Lindgren,Rubik, Mirel Wagner, Indian Trails, Greymouth, Skip Zone ou encore Satellite Stories à Paris dans un délai raisonnable. Kiitos d’avance.

BJØRN BERGE @ LA FLÈCHE D’OR (08.04.2013)

Au siècle dernier, la Flèche d’Or était une gare. Une gare dont les trains se dirigeaient vers le Nord, vers Calais, vers Londres, avant de revenir à leur point de départ. Charonne (le nom de la gare en question) a ainsi constitué le point de départ du chemin du Nord pour les Parisiens pendant des années, jusqu’à ce qu’elle ferme ses portes en 1934. Ce lundi 8 Avril, ce même chemin fut à nouveau ouvert, le temps d’un concert, puisque la Flèche d’Or accueillait un artiste de Haugesund, Norvège (littéralement « le chemin du Nord »). Moi, j’aurais tendance à y voir un présage, et un bon.

The Red Rum Orchestra IIL‘ouverture de la soirée revint au groupe franco-belge (et non pas norvégien, comme le laissait entendre le site de la Flèche d’Or, sans doute trop heureux de pouvoir ainsi accoler à l’évènement une étiquette thématique) THE RED RUM ORCHESTRA.         Contrairement à ce que ce nom Shining-ien pouvait laisser croire, la quintette qui monta sur scène ne le fit pas en brandissant des haches d’incendie et en hurlant « Here’s Johnny! » (dommage, très dommage), mais se contenta de brancher ses instruments pendant que son frontman introduisait l’ensemble auprès d’un public encore assez peu nombreux. Presque au complet (seul Baltazar, le violoniste du groupe manquait à l’appel, absence supplée par le recrutement temporaire d’Anouk, qui pour son premier concert avec le groupe, s’en sortit magnifiquement), les Red Rum livrèrent une bonne demi-heure de pop folk léchée et sympathique, à l’instar du Cold Reading que je vous invite à découvrir un peu plus bas.

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The Red Rum Orchestra I

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Sympathique, mais pas vraiment mémorable, sauf lors des quelques soli de guitare de Dieter Claus, d’une élégante sobriété. Sans parler d’erreur de casting de la part des programmateurs, on était en droit de questionner leur choix de faire jouer The Red Rum Orchestra en première partie de Bjørn Berge, tant les styles défendus par les premiers et le second différaient. Imaginez Absynthe Minded ouvrir pour Rodrigo y Gabriela, et vous aurez une petite idée de l’ambiance dans la Flèche d’Or pendant les trente-cinq minutes que durèrent le set des Red Rum. Poli comme à son habitude (on a les qualités de ses défauts), le public parisien permit au combo franco-belge de dérouler l’intégralité de sa setlist sans le bombarder de bouteilles de bière (Blues Brothers spirit), et acheta même quelques EP après la fin concert. Restait qu’après cette entrée en matière un peu gentillette, il était grand temps de passer au plat principal, aussi roots qu’une plâtrée de lutefisk servie sur un tranchoir taillé à la tronçonneuse. À table.

Setlist The Red Rum Orchestra:

1)Tender 2)They Don’t Know It Yet 3)Für Nina 4)Book Of Mirrors 5)German Reunification Methods 6)Beg To Differ 7)Cold Reading 8)I’m Deranged

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Guitare 12 Cordes IBJØRN BERGE est un de ces artistes qui peuvent provoquer une vocation ou l’éteindre à tout jamais. Dans son cas, on parle évidemment de guitare, et alors le monde se divise en deux: ceux qui, à la sortie du concert, se rueront sur leur instrument pour essayer (ha ha) de sonner comme lui, et ceux qui n’oseront plus toucher un manche avant que le souvenir du masterclass délivré par le maître ne se soit pas un peu estompé*.  Venu en France présenter son  nouvel album, Mad Fingers Ball (qui veut bien dire ce que ça veut dire, dixit l’artiste), avec rien d’autre qu’une chaise, un pédalier et deux grattes, Bjørn Berge est l’un des derniers guitar heroes de notre époque, perpétuant la mémoire et l’héritage des grands techniciens de jadis sans autre accompagnement que le claquement du talon sur la planche de son foot stomp. Un parti pris audacieux, téméraire même, à l’âge du dupstep et de Gangnam Style, et qui a de facto condamné « l’Antipop » à ne tourner que dans des petites salles jamais totalement remplies (et ce fut encore le cas ce soir là à la Flèche d’Or) surtout hors de sa Norvège natale, malgré un talent hors du commun. Si l’industrie musicale était une méritocratie, Bjørn Berge ne jouerait que dans des stades, et comme je n’aurais alors pas les moyens de venir à ses concerts, je ne peux que très égoïstement remercier la majorité de mes contemporains pour leur désintérêt prononcé pour le blues**.

Après s’être décrassé les doigts sur un instrumental en guise d’introduction, Berge entreprit de défendre sa dernière galette en interprétant la moitié de la tracklist de l’album. Alternant entre douze et six cordes selon les morceaux, l’Illustrated Man (en référence à ses nombreux tatouages) régala ainsi son public avec ses nouveaux morceaux, qu’il s’agisse d’originaux (Guts, Meanest Blues In Town) ou de reprises, ou plutôt d’adaptations, tant les versions proposées par Berge dénotent une appropriation pleine et entière des titres « empruntés » par ce dernier. Il faut une certaine audace pour se frotter à Ritchie Blackmore (Hush) et à Jimmy Page (I Can’t Quit You Baby), sans backing band ni électrification. Il faut une bonne dose de talent pour que le résultat tienne sans rougir la comparaison avec les versions originales. Il faut être Bjørn Berge pour dépasser ces dernières, et avec le sourire s’il vous plaît. Pas convaincu? Jugez-en par vous-même:

*: Ah, ce sentiment de nullité qui te submerge quand tu n’arrives pas à enchaîner proprement The House Of The Rising Sun en arpèges quand Bjørn Berge déroule Trains en baillant à moitié…

**: Vous pouvez remettre Fun Radio les gars, j’en ai fini avec vous pour cet article.

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Bjørn Berge ILa présentation de Mad Fingers Ball se doubla d’une petite rétrospective de la conséquente discographie de Berge (13 albums en 19 ans), mélangeant là encore compositions originales et reprises inspirées. Pour les premières, nous eûmes droit à Once Again, Trains et l’incontournable Stringmachine, écrite selon la légende par Bjørn à l’âge de sept ans (right in the childhood, sucker!). Les secondes s’étalèrent du Whipping Boy de Ben Harper au Give It Away des Red Hot Chili Peppers, en passant par le Death Letter de Son House, réintroduit dans le répertoire live de Berge (il l’avait un temps abandonné, trouvant que c’était trop facile à jouer…) après que les White Stripes aient popularisé une version scandaleusement dépouillée de ce classique. Et avec tout le respect que je dois aux mannes de Son House et au talent de Jack White, je dois reconnaître que Berge ne s’est pas vanté quand il a déclaré en introduction qu’il allait jouer la meilleure version au monde de ce morceau, il n’a fait qu’exposer une vérité. Cold fact.

Rappelé des coulisses pour un rappel expéditif (il y avait un autre groupe programmé après lui), Berge conclut son concert par un dantesque Black Jesus, titre du rappeur Everlast parfaitement et totalement bluesillé par notre hôte***. Une guitare dans chaque main, un franc sourire sur les lèvres, l’homme de Haugesund a salué une dernière fois un public conquis avant de quitter pour de bon la scène de la Flèche d’Or. Vivement qu’il revienne.

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Et c’est ainsi que se termina la soirée, pour nous autres banlieusards en tout cas (Montparnasse-La Flèche d’Or, c’est un peu le Moscou-Vladivostok de Paris, le confort du transsibérien en moins) car les Hi Cowboys étaient en plein préparatifs lorsque nous avons quitté l’ancienne gare de Charonne. Ce n’est que partie remise les gars. Un jour peut-être, je reprendrai ma vieille guitare Lidl (et oui, ils ont fait des guitares chez Lidl) pour voir si je suis encore capable de jouer une version vaguement reconnaissable de A Horse With No Name. En théorie, c’est un des morceaux les plus simples du monde, au moins la rythmique (deux accords de deux cases alternés, et c’est tout). Un jour peut-être, mais pas tout de suite. Vous aurez compris pourquoi...

***: D’ailleurs, je n’ai découvert qu’il s’agissait à l’origine d’un morceau de rap qu’en écrivant ce compte rendu.

Bjørn Berge II

Setlist Bjørn Berge:

1)Intro 2)Guts 3)Once Again 4)Honey White (Morphine Cover) 5)Meanest Blues In Town 6)Trains 7)Hush (Deep Purple Cover) 8)Whipping Boy (Ben Harper Cover) 9)Death Letter (Son House Cover) 10)I Can’t Quit You Baby (Led Zeppelin Cover) 11)Stringmachine/Give It Away (The Red Hot Chili Peppers Cover)
Rappel:
12)Black Jesus (Everlast Cover)

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