W.H.A.T.T. (I.F.): Le Lundi au soleil…

On conclut la saga des Vieilles Charrues 2012 avec un petit article écrit en attendant le train pour Guingamp. Le calme après la tempête. Putain, ça fait du bien.

Assis sur un banc du petit parc ouvert aux quatre vents jouxtant la gare de Carhaix, je savoure les bonheurs simples de la vie. Car si le festival est l’occasion de contenter quelques uns des besoins que des millénaires d’évolution nous ont permis de développer (pas sûr que nos ancêtres aient considéré que la musique et la fête constituaient des raisons suffisantes pour faire converger quelques 60.000 personnes en un lieu donné – et étriqué – pour quatre jours d’affilée), cette satiété se paie au prix du sacrifice d’autres impératifs, grièvement bafoués le temps d’un long week-end.

Mais les Vieilles Charrues ont tracé leur sillon pour cette année, d’où commence déjà à éclore une brassée sauvage de souvenirs. Croissance explosive, mais durée de vie limitée, cette espèce doit être cueillie le plus tôt possible, et ses fleurs impitoyablement écrasées sous le poids des mots, couchées sur le papier, pour  espérer garder leurs couleurs vibrantes le plus longtemps possible. Les teintes pâlissent au fil des jours, c’est inévitable, mais faisons ce que nous pouvons pour conserver la fraîcheur de l’instant présent, ou du moins l’idée que l’on s’en fait. Le temps est un kleptomane dont on s’efforce de suspendre les vols…

Par petits groupes calmes et silencieux, mes confrères et sœurs ex-festivaliers en attente de leur bus ou de leur train viennent coloniser l’espace disponible. Adossés au mur de la gare et aux barrières volantes, assis sur le goudron qui infuse à petit feu ou sur des bancs, allongés sur l’herbe ou sur les marches du parvis de la place, chacun s’efforce de régler l’objectif de son mind’s eye pour que les clichés pris durant le festival soient les plus nets possibles dans l’album de la mémoire. Une immense séance de Photoshop en plein air, en quelque sorte.

Je reviens tout juste d’une virée au Leclerc local, casse-croûte en poche. C’est fou comme déambuler dans les allées immaculées et ordonnées d’un temple de la consommation peut s’avérer reposant et ressourçant après une centaine d’heures de joyeux et crasseux chaos. Retour en douceur à la civilisation, je regarde en curieux les titres de la presse locale, consacrés comme de juste à l’évènement dont j’ai été l’un des nombreux témoins directs la veille. Pas envie de se reconnecter avec le reste du monde tout de suite, le petit monde du Poher suffisant encore à mon bonheur pour le moment.

Cède 50cm², bruyant mais très bien situé, contre n’importe quoi de plus grand et plus calme…

Bonheurs simples, tous: bonheur d’attendre assis sur un banc avec assez de place pour étendre ses jambes, après des journées passées debout sur une plateforme imaginaire de 50×50 cm.
Bonheur de se nourrir de choses abominablement grasses et sucrées (sandwich américain poulet et Schweppes), et à des horaires normales qui plus est, après 3 jours de quasi ramadan, interrompu seulement par de la fougasse insipide et des pommes.
Bonheur d’avoir trois bons mètres entre moi et mon congénère le plus proche, après des journées de proximité entêtante, de jour comme de nuit.
Bonheur d’être libre de ne penser à rien de particulier, après une demi-semaine de plannings chargés et d’organisation stricte.
Bonheur du presque silence après les clameurs des concerts, le brouhaha du village et les beuglements du camping.
Bonheur enfin de se redécouvrir des penchants humanistes, après avoir inconsciemment considéré le reste du monde comme des rivaux prêts au pires bassesses pour vous piquer la place que vous avez eu tant de mal à dégotter.

12h20 à Carhaix, ce lundi 23 Juillet ne figurera nulle part dans le futur musée dédié aux Vieilles Charrues, mais il se pourrait bien qu’il s’agisse du meilleur moment du festival. Selon le sens du vent, on peut même sentir la mer.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le août 2, 2012, dans Revue Festival, W.H.A.T.T. (I.F.), et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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