Esprit, es-tu là?

Exposition au Musée Maillol consacrée aux peintres spiritistes français, surtout actifs dans la première moitié du XXème siècle. L’occulte a été un véritable phénomène de société à partir de la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis et en Europe. De nombreuses personnalités firent tourner les tables et claquer les guéridons dans les cercles spiritistes (Hugo, Conan Doyle, Edison, les époux Curie, André Breton…).

L’exposition s’attache particulièrement à trois peintres du Nord de la France (Augustin Lesage, Victor Simon et Fleury-Joseph Crépin), que des voix mystérieuses menèrent aux arts plastiques sur le tard. Ils étaient avant cela mineurs ou commerçants, et n’avaient jamais approché un pinceau. Le résultat: des toiles allant du naïf au psychédélique, avec une tendance forte pour les constructions abstraites et symétriques, les couleurs vives et les gouttes de peinture.

Le bon

Les explorations monumentales de Victor Simon, de loin le plus doué des trois compères d’un point de vue artistique. L’inclusion de figures humaines (non hideuses), la maîtrise de la perspective et les couleurs attrayantes font de ses grands formats les incontournables de l’exposition.
Extrait du triptyque bleu de Victor, trop large pour être pris en une fois. L’artiste exprimait d’ailleurs son oeuvre en mètres carrés plutôt qu’en toiles, et ne s’est pas séparé de ses tableaux monumentaux (il produisait aussi des petits portraits de Bouddha et de Jésus destinés à la vente).

L’intéressant

L’exposition commence par une remise en contexte de l’occultisme aux USA et en Europe, et une galerie de portraits de personnalité s’étant intéressées au phénomène. Mme Winchester remporte la palme avec son philanthropisme post-mortem.
Notez le calme absolu avec lequel les participants à cette séance accueille le décollage d’un de leur fauteuil. On savait vivre à l’époque.
On savait rire aussi, notez. Extrait d’une pièce avec Sarah Bernhardt (dans le rôle de la frite).
Victor n’a pas signé que des chefs d’oeuvre. Le croirez vous: ce ne sont pas des oreillons d’abricot qui sont brandis par les esprits encadrant l’ange, mais des flammes solaires.
Il reste toutefois bien plus « propre » que ses compères (je n’ai pas pris de photos de Lesage, qui s’est assez vite répété et utilisait des couleurs assez fades). Ceci est une oeuvre de Crépin, qui a vu Hitler dans un fauteuil avec une bombe nucléaire en forme de cigare, a envoyé des tableaux aux vainqueurs de la deuxième guerre mondiale (malheureusement, ils ont disparu sans laisser de trace, croire que Churchill et De Gaulle n’aimaient pas l’art naïf), et aurait pu établir la paix dans le monde s’il avait fini sa série de 45 « tableaux magnifiques » avant de mourir. Il ne parvint qu’à 43.

Le meme-orable

Photo bomb et/ou spirit bomb ?
Le Dr Maboul est une très vieille invention indienne… MIND.BLOWN.
Lorsque tu te fais piétiner par un démon enflammé mangeur de cerveaux mais que tu le prends bien car c’est vendredi après-midi.

L’âge d’or de la peinture danoise

Une exposition temporaire au Petit Palais met en avant les artistes et les oeuvres de l’âge d’or de la peinture danoise, qui prit place entre le début du XIXème siècle et 1864 (année où le royaume subit la loi de l’Autriche – un peu – et de la Prusse – surtout -). L’occasion de se familiariser avec un style et des noms (voire des lettres) peu connus du public français.

Plutôt que de prétendre livrer ici une critique complète de cette exposition, je m’attarderai sur les trois catégories d’appréciation personnelle que je distingue, et qui m’intéresse en premier lieu lorsque je fais un musée artistique (ce qui n’arrive pas assez souvent).

Le bon

Les pays scandinaves sont reconnus comme étant parmi les plus paritaires au monde mais le Danemark du XIXème siècle avait encore du chemin à faire. L’académie nationale de peinture était ainsi fermée aux femmes. Cela n’a pas empêché Elisabeth Jerichau-Baumann de s’affirmer comme (à mes yeux) l’artiste la plus douée de l’âge d’or danois.
Constantin Hansen n’a pas réussi tous ses portraits mais celui ci a véritablement une « âme ». À voir en toile et en cadre.
Christoffer Eckersberg, la figure tutélaire de l’âge d’or, a légué quelques toiles proprement rafraîchissantes. On reconnaît le côté terre à terre scandinave.
Le style très moderne des esquisses de Martinus Rørbye, proche de la BD contemporaine.
Perspective travaillée et intrigante dans ce tableau de Julius Exner, où le spectateur se retrouve assis à l’intérieur d’une gondole.

L’intéressant

Le Diogène danois se promène avec sa lanterne en plein jour, pas pour chercher un homme, mais « parce qu’il est tellement misanthrope qu’il ne fait même plus confiance au soleil pour l’éclairer »
Un pauvre berger du Jutland fixant le peintre d’un œil inquiet tout en tricotant la laine de ses moutons. Un sujet typiquement danois.
Eckersberg a inventé le concept de photo ratée que l’on garde quand même parce qu’elle est un peu artistique (habile mise en abyme effectuée par votre serviteur). Ici c’est un groupe de badauds qui courent sur un pont la nuit. Et ça lui a pris des heures à finir.
L’inspiration de cette toile est évidemment ‘Le Cauchemar’ de Füssli. MAIS POURQUOI UN LAPIN??? Le résultat est plus hygge que gothique.
Dans la même veine « nudité WTF », ce David à l’œil vitreux vaut le détour. Même le chien semble inquiet pour son maître.
Les peintres danois se passionnent pour d’autres arts et sciences. Certains peignent des natures mortes et des palais, d’autres des fossés et des murs. On comprend la perplexité de leurs contemporains.
Un genou avec une tumeur. Et c’est tout (non ce n’est pas un détail d’une toile monumentale). Contrairement au tableau ci-dessus, le peintre a dû convaincre le modèle de rester immobile pendant des heures pour lui permettre de terminer ce « chef d’oeuvre ».
L’âge d’or danois peut aussi s’appeler « mettons des chiens amorphes dans nos tableaux ». Une sélection.

Le meme-orable

‘They see me cameling, they hating’
Les difficiles débuts de Loki comme comique de stand-up à Asgard.
sigh
‘If I don’t acknowledge him (while looking fabulous) maybe he and his stupid clay golem will go away
Sometimes you just want to be the fat flower seller with her back to the painter
Comment devenir célèbre pour de mauvaises raisons (c’était probablement un des gardes de la citadelle qu’Eckersberg a convaincu de devenir modèle de nu)

NORDIC MUSIC PRIZE 2015

Comme tous les ans depuis 2010, le Phonofile Nordic Music Prize récompensera le, ou en tout cas l’un des, meilleur(s) album(s) proposé(s) par un artiste ou un groupe nordique (Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Islande) au cours de l’année écoulée. En attendant la cérémonie de remise du prix, qui se tiendra le 3 Mars 2016 à Oslo dans le cadre du by : Larm Festival, voici d’ores et déjà la shortlist des 12 candidats au sacre:

Björk

La 2ème nomination sera-t-elle la bonne pour Björk?

Band of Gold: Band of Gold (NO)
Björk: Vulnicura (IS)
Frisk Frugt: Den Europæiske Spejlbue (DK)
Anna von Hausswolff: The Miraculous (SE)
Jenny Hval: Apocalypse, girl (NO)
Jaakko Eino Kalevi: Jaakko Eino Kalevi (FI)
Pekko Käppi & KHHL: Sanguis meus, mama!  (FI)
Teeter Magnússon: 27 (IS)
Myrkur: M (DK)
Ost & Kjex: Freedom Wig (NO)
Seinabo Sey: Pretend (SE)
Danni Toma: Grå (DK)

Si certains noms me sont bien connus, je dois avouer qu’une majorité ne m’évoque rien (pour le moment), ce qui augure de belles découvertes dans les jours à venir. Je compte bien, en effet, me familiariser avec ces 12 albums, et pourquoi pas y aller de mon petit pronostic sur l’identité du ou des gagnants.

Palmarès du Nordic Music Prize:

2010 – Jónsi (IS) : Go

2011 – Goran Kajfes (SE) : X/Y

2012 – First Aid Kit (SE) :  The Lion’s Roar

2013 – The Knife (SE) : Shaking The Habitual

2014 – Mirel Wagner (FI) : When The Cellar Children See The Light Of Day

BEST OF MAP 2015

Bien que n’ayant pas eu le faste de 2014 (le nombre de blogs participants étant passé de 27 à 17 en l’espace de 24 mois), l’année 2015 du Music Alliance Pact s’est révélée être riche en découvertes et coups de cœur en tout genre. En cette saison rétrospective (voire introspective pour ceux prenant les résolutions du Nouvel An plus sérieusement que la moyenne), je vous livre donc mon compte-rendu final sur le sujet, après avoir consacré quelques – belles – heures de cette année à écouter, disséquer et apprécier les 12 derniers « numéros » (soit 216 morceaux) de cette très noble et très essentielle initiative.

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1. El Gallo Lester – La Comparsa (feat. La Montra & Yuriseibi) [République Dominicaine – MAP 81]

La ComparsaCe coquin de sort a voulu qu’il s’agisse de l’ultime (à date) contribution de la République Dominicaine au MAP, ce qui fait de La Comparsa une sorte de chant du cygne… à mettre au crédit d’un coq. El Gallo Lester est un drôle de volatile, mais on doit lui reconnaitre un talent certain pour ambiancer en soirée, que l’on comprenne l’espagnol ou non. Faisant partie de cette deuxième catégorie, je n’ai retenu de ce titre célébrant l’exubérant carnaval dominicain que « Fiesta » et « Cervesa », ce qui résume assez bien l’esprit du morceau.

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2. Few Fingers – From Pale To Red [Portugal – MAP 84]

From Pale To RedRencontre nonchalante et élégante d’une guitare sèche et d’une steel guitar, le tout relevé par la voix Ashcroft-ienne Nuno Rancho (la moitié « sèche » de Few Fingers), From Pale To Red, incipit du premier album du duo de Leiria (Burning Hands), est un titre plaisant, tout simplement.

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3. Flash Flood Darlings  – In The City [Corée du Sud – MAP 78]

In The CityJae Song, alias Flash Flood Darlings, livre avec In The City (Vorab & Tesoro) un morceau à mi-chemin entre l’intimité de l’acoustique et l’onirisme de l’electro. Et si les paroles évoquent plus l’ultra moderne solitude chère à Alain Souchon (In the city/No one knows me/I feel safe here/From my broken pulse) que la terre promise des Guns N’ Roses, le résultat diffuse une nostalgie rêveuse et justement dosée sonnant comme une invitation au voyage. Tous en ville.

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4. Hip Hatchet – Coward’s Luck [USA – MAP 78]

Coward's LuckLe nu-folk chaleureux mâtiné de country de Hip Hatchet fleure bon les grands espaces du Midwest, les heures passées à rouler à travers l’immensité de la plaine et les cieux constellés d’étoiles. Si vous aviez besoin d’une entrée dans le monde (merveilleux) de l’americana, style musical DI² (difficilement définissable – instantanément identifiable) s’il en est, Coward’s Luck est ce qu’il vous faut. Hip hip hip… Hatchet.

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5. Kingdom Of Crows – Elizabeth [Irlande – MAP 87]

ElizabethElizabeth dissimule derrière son apparente simplicité (aaah, ce riff de guitare que tout le monde sort après deux semaines de pratique…) une construction ambitieuse, faite de breaks successifs, d’une théâtralité assumée (Wake the guards!) et d’une montée en puissance finale assez savoureuse. Au vu des critiques élogieuses ayant accueilli la sortie du premier LP du groupe (The Truth Is The Trip), 2016 pourrait bien être l’année du corbeau en Irlande.

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6. Matilde Davoli – Tell Me What You See [Italie – MAP 82]

Tell Me What You SeeSi cette chanson était un vêtement, ce serait un chaud et moelleux pyjama en pilou, parfait pour tomber sans coup férir dans les bras de Morphée. Cette analogie grandiose me vaudra sans doute sous peu une élection à l’Académie Française, mais c’est là un sacrifice bien inconséquent si cette comparaison des plus racées (l’auteur de ces lignes est, quant à lui, harassé) vous a permis de comprendre où je voulais en venir, et, plus important, vous a donné envie de découvrir le Tell Me What You See de Mlle Davoli. Qualité italienne.

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7. Mieke – Sleeping Alone [Canada – MAP 84]

Sleeping AloneParmi mon top 3 des soumissions canadiennes au MAP en 2015, Mieke (a.k.a. Elissa Mielke) a émergé en pôle position grâce à la qualité toute sundførienne de son Sleeping Alone. Et de préciser (just because I can) que je situe cet extrait dans la période proto-brothelique (outch) de l’artiste norvégienne, c’est à dire pas la plus aboutie musicalement parlant, mais déjà capable de toucher un vaste public par sa qualité intrinsèque. En clair, c’est déjà très bien (et c’est pour cela que le morceau se retrouve ici), mais ça a de bonnes chances d’être encore meilleur d’ici quelques temps, si Mieke réussit à s’inscrire dans la courbe de progression logarithmique suivie par son ainée. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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8. Monogram – Anno(mute) [Ecosse – MAP 77]

Anno(mute)Année après année, l’Écosse continue de donner au monde des artistes gagnants vraiment à être connus, et 2015 ne fit certes pas exception à la règle. Avec là encore trois candidats à l’exposition (modérée) offerte par S.A.U.S.O.R.O., le choix fut difficile, mais comme dirait Connor McLeod, il ne peut en rester qu’un. L’heureux élu de ce millésime est Anno(mute) de Monogram, pépite indie (aaah, cette rime prisonner/perpendicular… c’est beau comme un titre de morceau des Smiths) pop comme seuls les artistes d’Outre-Manche sont capables de les façonner.

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9. ONBC – White Trash [Danemark – MAP 83]

White TrashAttention, instant hooking mantra incoming. Si vous êtes du genre à vous énerver quand une chanson vous tourne en boucle dans la tête, et ce même si la qualité est au rendez-vous (je vous assure, pour l’avoir vécu, que passer un après-midi à bugger sur du René la Taupe est une expérience doublement pénible), ce qui est le cas ici, sautez cette entrée du classement et ne commettez pas l’erreur de lancer la lecture de ce White Trash (You’re a little bit of everything…). Tenez, ça recommence. Trop forts ces Danois.

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10. Planes (Estudios Universales) – Fue Siempre Lo Mismo [Colombie – MAP 80]

Fue Siempre Lo MismoÇa commence avec un sifflement plein d’entrain, suivi par de la guitare et du marimba (maybe). Vient ensuite cette drôle de voix, un peu incertaine, un peu éraillée, qui vient raconter qu’il était toujours le même (merci Google Trad) pendant les quelques quatre minutes trente de garage pop empreinte d’une grâce naïve que dure le morceau. Ça aurait été dommage de passer à côté de ce sympathique quatuor colombien, avouez-le. On est toujours content de connaitre un groupe de rock colombien pour pouvoir réduire au silence cette personne qui bloque la conversation sur Shakira en soirée (ça arrive plus souvent que l’on croit). Vous me remercierez plus tard.

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11. Sajama Cut – Fatamorgana [Indonésie – MAP 83]

FatamorganaSajama Cut, mais si, vous connaissez! Le groupe de Marcel Thee (le Morten Harket de Jakarta), déjà repéré dans le MAP 46 (Juillet 2012) grâce à son entêtant Endless Heart! Non, vraiment, ça ne vous dit rien? Eh bien, vous êtes bons pour une petite séance de mise à niveau, et c’est Fatamorgana qui sera votre point d’entrée dans l’univers indie rock des Sajama Cut. C’est lent, c’est beau, c’est bon.

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12. Spookyland – Bulimic [Australie – MAP 86]

BulimicUn cœur boulimique, voilà une métaphore frappante. On peut remercier Spookyland pour cette mise en perspective efficace d’une relation amoureuse pas vraiment saine, qui a eu tout de même comme conséquence heureuse l’écriture de ce classique en puissance. Entre la voix biscornue (Billy Corgan/Asaf Avidan like) et habitée de Marcus Gordon, les arrangements de cordes artistement entrelacés dans la trame de cette ballade rock, et la conclusion épique qui vient couronner cette sublime catharsis, on tient là un morceau majeur.

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13. Zebra Tracks – Waves [Grèce – MAP 78]

WavesQuatre ans après Isabelle Creeps (que je vous recommande chaudement), les Zebra Tracks nous reviennent avec un nouveau single post punk de haute volée. Le riff initial vaut à lui seul son pesant de tsatsiki, et le reste du morceau est à l’avenant: enlevé, léché et élégant. Un régal, assurément (avec mon talent inné pour 1. réaliser des placements produits et 2. dégoter des slogans imparables, je devrais peut-être tenter  ma chance dans la publicité).

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Mentions honorables:

Australia – Who R U? [Australie – MAP 82]

BWANI – Make My Day [Écosse – MAP 79]

JR Green – Nigerian Princess [Écosse – MAP 85]

Men I Trust – Again (feat. Ghostly Kisses) [Canada – MAP 82]

Morning Show – I’m Listening [Canada – MAP 76]

Overhead, The Albatross – Big River Man [Irlande – MAP 84]

Palace Winter – Menton [Danemark – MAP 84]

Sapphira Singgih – Lost Soul [Indonésie – MAP 81]

Slaughter Beach – ClearInsight [Danemark – MAP 85]

The Ball And The Wall – Standing On My Own (feat. Ida Wenøe) [Danemark – MAP 79]

The Van T’s – Growler [Écosse – MAP 81]

These Guy – Coming Around [Australie – MAP 83]

TM Hunter – Gold [Danemark – MAP 87]

Virgin Suicide – Virgin Suicide [Danemark – MAP 78]

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LE PETIT BAIN (13.12.15)

Même si ce n’a pas été fait à dessein, assister à un concert à Paris le 13 Décembre 2015, un mois jour pour jour après les attentats ayant endeuillé la capitale et frappé au cœur l’industrie du spectacle parisienne, ne pouvait pas être un acte anodin. La venue d’Anna von Hausswolff au Petit Bain apparaissait à ce titre comme l’occasion de clore l’année musicale, et de refermer du même coup la drôle de parenthèse ouverte trente jours plus tôt. Plus qu’un évènement musical, cette soirée était également la manifestation d’un retour à la normalité, certes plus sombre qu’auparavant, mais à la normalité tout de même.

Lancé en première position, VENDÈGE, projet solo de Thibault Marchal, se révélait être une jolie trouvaille, le charpentier de l’Arche de Nora, accompagné pour l’occasion d’une violoncelliste (mais pas que), d’un trognon de pomme et de la console la moins stable du monde, surprenant son monde avec son electronica upcyclée et intimiste.

Vendege 2.

L‘heure de show proposée ensuite par l’aptement nommé THE GROUP (on me signale dans l’oreillette que « The Band » était déjà pris) se révéla bien plus déroutante. Agrégation d’artistes berlinois partageant une passion commune pour l’expérimentation musicale, cet ensemble à la composition fluctuante prend en effet chaque concert comme une feuille blanche, sur laquelle ils improvisent à loisir et sans filet. Pour cette soirée au Petit Bain, Casper Clausen (Efterklang) lança ainsi les hostilités en position de chef d’orchestre, intimant par deux fois à ses comparses (Greg Haines, Francesco Donadello, Tatu Rönkkö et Massimo Pupillo) « d’envoyer la sauce »  – comme on dit dans les milieux autorisés -, ce qui, compte tenu du line-up déployé par la troupe (2 batteries, une basse et ce que nous appellerons pudiquement des machines), se révéla être une expérience aussi physique qu’acoustique. Il faut dire que votre serviteur avait eu l’heureuse idée de se positionner devant une enceinte retour public…

The Group 2.

Difficile de donner au lecteur un aperçu fidèle de cette prestation protéiforme et hypnotique, construite seconde après seconde par une quintette complice et volage, pour qui l’échange d’instruments en cours de show est une pratique normale. L’expérience en vaut définitivement la peine, même si la philosophie radicale de The Group est susceptible de provoquer des adhésions totales aussi bien que des rejets absolus, sans guère de compromis entre ces deux extrêmes. Tel est le lot de ceux qui se plaisent à redéfinir les contours de ce que l’on appelle, peut-être un peu trop simplement, musique.

The Group 3.

Venue présenter son nouvel album, The Miraculous au cours d’une tournée européenne dont Paris était la dernière étape, ANNA VON HAUSSWOLFF se présenta enfin sur scène, accompagnée de son cénacle de musiciens. Pour ceux n’ayant pas l’heur de connaître la demoiselle, Mlle Von Hausswolff n’est autre que la papesse du funeral pop, un genre musical oscillant entre le drone et l’alternative, certes pointu mais jamais pesant, et d’une approche somme toute assez facile (ce qui explique sans doute pourquoi le Petit Bain était comble en cette soirée du 13 Décembre). Autre caractéristique notable du style de notre Valkyrie de poche, la grande part laissée aux passages instrumentaux, même dans les morceaux avec paroles. Ajoutez à cela un souci du détail confinant à la recherche de la perfection et une interaction avec le public entre deux chansons nulle et non avenue la majeure partie du temps, et vous obtiendrez une image assez fidèle de ce à quoi ressemble un concert d’Anna von Hausswolff, soit une succession de moments de grâce entrecoupés de silences dégrisants et de demandes de corrections des retours adressées au fidèle Justin, artisan ingénieur son. Une véritable Ceremony, en quelque sorte.

Anna von Hausswolff 1.

Faisant logiquement la part belle aux compositions issues du dernier album en date de la demoiselle, le concert du Petit Bain se révéla être une performance empreinte de passion contrôlée et de fougue savamment dosée, Anna offrant une visite guidée en Hauswolffie à son public pendant une heure et demie, impeccablement servie par la partition sans faute de ses quatre scaldes. Le point d’orgue de cette prestation, logiquement miraculeuse, fut sans aucun doute l’interprétation de Stranger, qui vit le Little Black Riding Hood délaisser le clavier de son orgue électronique pour venir se planter sur le devant de la scène. Jeu de contraste entre l’elfe sautillante à la voix de stentor, chantant derrière une cascade de cheveux blonds dans un micro trop grand pour sa main, et son immense et placide guitariste, oscillant d’un temps fort à l’autre comme un bouleau pris dans la tourmente. Image marquante s’il en est.

Anna von Hausswolff 3.

Au sortir de l’ultime concert de 2015, année à jamais marquée d’une pierre noire pour les mélomanes Français, deux phrases tournaient en boucle dans l’ordinateur neurophile qui me sert de cerveau, pour reprendre l’expression de Ferré. La première, de Lampedusa: « Il faut que tout change pour que rien ne change », décrivait à mes yeux assez bien l’état d’esprit général de l’amateur de musique live Parisien, qui ne passera désormais plus la porte d’une salle de concert sans repenser à la tragédie du 13 Novembre. Derrière l’apparente normalité de cette plaisante soirée du 13 Décembre, de puissants mouvements étaient à l’œuvre, qu’ils soient manifestes, comme la fouille systématique des sacs à l’entrée du site (mesure déjà instaurée avant les attentats, mais sans doute conduite avec un peu plus de zèle depuis ces derniers), ou intériorisés. La deuxième de Farrokh Bulsara, philosophe Indien du 20ème siècle : « The show must go on ». And it will, Freddie.

Pour aller plus loin:

L’Internet ne croule pas sous les vidéos de Vendège, ce qui fait de son Bandcamp le meilleur endroit pour se familiariser avec l’univers musical de Thibault Marchal. Pour les impatients, voici néanmoins un extrait assez représentatif de l’œuvre de notre homme, soit un morceau parlant de licornes et de petites grenouilles.

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La tâche est encore plus ardue pour The Group, puisque le leitmotiv de ces Berlinois est de tout improviser au fur et à mesure de leur performance. Partant, je pense que cette vidéo de Casper Clausen expliquant en deux minutes la démarche créative de l’ensemble tout en prenant sa douche est une introduction tout à fait adéquate à cet OVNI musical.

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En toute honnêteté, je connais beaucoup mieux Ceremony que The Miraculous, et aurais en conséquence beaucoup plus de facilité à vous « vendre » Anna von Hausswolff avec un morceau issu de ce premier album (Mountains Crave, Funeral For My Future Children, Sova, Liturgy of Light, Sun Rise…), mais pourquoi vivre dans le passé? Le dernier opus en date de la Suédoise ne manquant pas non plus de pépites sonores, je vous laisse avec Stranger, joli guitare(s)-voix n’en finissant plus de monter en puissance.

W.H.A.T.T. (N.O.W.): APRÈS D’ÂPRES ACTUALITÉS

On a déjà beaucoup dit, écrit et fait au sujet des terribles évènements qui ont ensanglanté Paris et sa proche banlieue en cette triste nuit du 13 Novembre 2015, et ce n’est sans doute que le début d’un long et douloureux processus cathartique, qui permettra à toutes les personnes affectées par ce drame absurde, et elles sont nombreuses, de mettre des mots sur cette tragédie.

Je prends la plume aujourd’hui alors que cette affaire continue de hanter les esprits de 66 millions de Français et d’innombrables autres habitants de cette planète, et tourne en boucle sur tous les médias à la disposition du quidam que je suis en cette ère digitale. Des réponses seront sans doute apportées aux myriades de questions que tous se posent dans les heures, les jours et les mois à venir, et justice sera peut-être rendue aux perpétrateurs de ces lâches attentats à plus ou moins long terme. Espérons.

En tant qu’être humain doué de raison, Français, Francilien, blogueur et amateur de musique ayant fréquenté plus qu’à mon tour les salles de concert parisiennes, dont le Bataclan à plusieurs occasions, et la dernière fois pas plus tard que le 17 Octobre dernier, je me sens particulièrement touché par cette nuit d’horreur, au cours de laquelle l’homme a pu démontrer ce qu’il avait de plus méprisable, mais également de meilleur, en lui.

J‘aurais pu être au 50 boulevard Voltaire hier soir, pour assister au concert d’un des nombreux artistes qui me font vibrer, sans me douter que cet évènement festif, solidaire et pacifique, tournerait au bain de sang. J’étais au show d’IAMX (chanteur autrement plus « gentil » que les Eagles of Death Metal) dimanche dernier au Cabaret Sauvage, et aurais du assister à la prestation d’Émilie Nicolas ce soir à la Boule Noire. J’aurais pu être ciblé, agressé, meurtri dans ma chair et exécuté par un illuminé armé jusqu’aux dents pour le simple motif « d’idôlatrerie »,  pour reprendre le terme du communiqué de l’État Islamique. On aurait pu me condamner à mort pour crime de mélomanie. D’autres l’ont été, et c’est avec cette idée absurde, grotesque, insensée mais néanmoins irréfutable que je vais devoir vivre à partir de maintenant.

Mes pensées vont à toutes les victimes des attaques terroristes du 13 Novembre 2015, ainsi qu’à tous leurs proches. Je m’associe à la douleur des seconds et m’engage à faire vivre le souvenir des premières, en montrant à tous les fous furieux prêts à toutes les ignominies pour imposer leur vision du monde à ce dernier, qu’il s’agit d’un combat qu’ils ne peuvent et ne pourront jamais gagner. Simplement par ce que je, parce que nous l’avons décidé.

PiP

MAMA FESTIVAL JOUR 3 (16.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Three.

Retour aux Trois Baudets pour cette dernière soirée de Mama, pour un enchainement cosy et allégé par rapport au programme des deux journées précédentes (eh, c’est le week-end pour tout le monde). Tout commence par un set de HANNAH LOU CLARK, seule en scène avec sa guitare et sa fidèle rythmique électrique. L’ex Foe, qui de son propre aveu, a passé la journée à errer dans Paris avec son matériel à la main, livre une prestation assez convaincante, même si les morceaux ont tendance à se suivre et à se ressembler. À retenter avec un backing band.

Hannah Lou Clark 3

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Noiserv 2C‘est ensuite au tour de David Santos, alias NOISERV, de prendre d’assaut la scène du 64 boulevard de Clichy. Dans la droite lignée des serial loopers (KT Tunstall, Bernhoft, Loney, Dear…) sévissant dans le paysage musical de ce début de siècle, Noiserv construit sa musique par entrelacs successifs, chaque couche rajoutant une texture, une ambiance ou une sonorité supplémentaire à l’ensemble, avant que le maestro ne vienne poser sa voix sur le tout ainsi formé. Avec son inclinaison pour les compositions joliment mélancoliques, les titres artistiquement allongés (vous êtes plutôt Life Is Like A Fried Egg, Once Perfect Everyone Wants To Destroy It ou It’s Useless To Think About Something Bad Without Something Good To Compare ?), les samples jinglesques (What a life! Wha-wha-wha-what a life!) et sa louable volonté d’expliquer à son public la substantifique moelle se cachant dans chacune de ses chansons (ce qui vaut toujours la peine, mais dans son cas prend facilement 3 minutes entre chaque titre), Noiserv est un sympathique OVNI de la scène indie européenne, dont l’A.V.O. (Almost Visible Orchestra) – nom du premier album du fantasque lisboète – est désormais disponible dans toutes les bonnes crèmeries. Le número dois ne devrait plus tarder à pointer le bout de son nez, surtout avec l’attention médiatique générée par le duo avec Cascadeur sur Don’t say hi if you don’t have time for a nice goodbye. Franchement, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Noiserv 3

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Pour aller plus loin:

Mlle Clark a l’air de baguenauder du côté obscur du rock DIY ces temps-ci, et laisse tant son plectre que son stylo filer au but par le plus court chemin possible. Le résultat est assez brut de décoffrage, mais les amateurs pourraient y trouver leur bonheur. Un exemple: Kids In Heat

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Noiserv n’a pas besoin de très longtemps pour implanter une des ses petites mélodies dans le cerveau de tous ceux ayant le bonheur de l’écouter. Avec ses 2:47, Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today (ou TITSAY BYINT, si vous voulez la réclamer en concert sans y passer deux heures) est dans la moyenne des travaux de notre homme, et je peux déjà vous dire que ce ne seront pas trois minutes de perdues. On parie? Un exemple: Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today

MAMA FESTIVAL JOUR 2 (15.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Two.

Le line up des Trois Baudets en cette soirée du 15 Octobre ayant été placée sous de bien nordiques auspices (Spot On Denmark Night), j’optai pour un brin de sédentarité pour ce deuxième de jour de festival, et arrivai donc sur les coups de 20h pour assister au set de DAD ROCKS!, populeux combo (6 personnes tout de même) de l’Islandais Snævar Njáll Albertsson. Sorte de Gaz Coombes scandinave – ce qui fait de Dad Rocks! une version viking de Supergrass, pas mal – Mr Albertsson se révéla être un hôte enjoué, énergique et aux multiples talents, ses improbables riffs de guitare s’interrompant le temps d’un morceau Neil-Young-Live-At-Massey-Hall-esque, pendant lequel il déroula l’élégie d’un de ses amis chômeur en fin de droits (ou quelque chose comme ça), seul au piano et à l’harmonica.

Dad Rocks! 1

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Au delà de cette très bonne performance, je retiendrai surtout l’incroyable générosité de Snævar Njáll et de sa bande, s’étant enquillés 14 heures de minivan depuis le Danemark pour jouer un set de 35 minutes devant 40 personnes, mais avaient tout de même l’air d’être contents de jouer à Paris. Chapeau messieurs. Le rappel effectué par le groupe (une reprise de This God Damn House de The Low Anthem), fut la parfaite expression de ce merveilleux état d’esprit, toute la petite troupe descendant de la scène pour jouer cet ultime morceau en unplugged à 20 centimètres des spectateurs du premier rang. Que dire sinon que Dad Rocks! rocks?

Dad Rocks! 3

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Le deuxième acte de la soirée revint à PALACE WINTER, quatuor mené par la guitare de Carl Coleman et les claviers de Caspar Hesselager. Malgré la relative jeunesse du groupe, l’ensemble possède d’ores et déjà une forte identité et un véritable son, et emprunte avec bonheur autant au rock indie qu’à l’electro. Menant sa barque avec décontraction et professionnalisme, Coleman (ex Sink Ships) déroula un set de grande qualité, même un peu trop formel à mon goût.

Winter Palace 2

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Cette session danoise fut clôturée par un duo très haut en couleur, en les personnes de LYDMOR & BON HOMME, alias Chapeau Melon et Gros Délire. Madame est une auteur-compositrice-interprète ayant jusque là plutôt donné dans le piano/voix intimiste (Lamppost Light). Monsieur est le chanteur et bassiste du trio WhoMadeWho. Leur collaboration est une catharsis electro festive et débridée, qui surprendra autant les fans de l’une que de l’autre. Bien aidé par une brochette de spectateurs survoltés, le duo transforma les 3 Baudets en boîte de nuit pendant trois quarts d’heure, elle menant d’audacieux raids à travers les rangées de sièges de l’auguste maison (audacieux car son micro était filaire), lui s’improvisant batteur pour les besoins du set, sa bonne humeur communicative compensant amplement les occasionnelles erreurs de tempo. Bref, un engagement total et sans filet de la part de nos deux compères, qui ont très dignement conclus cette soirée 100% scandinave.  

Lydmor & Bon Homme 1.

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Pour aller plus loin:

Year of the Flesh, le dernier album de Dad Rocks!, est une vraie pépite indie rock, où s’exprime toute l’inventivité et la science de l’arrangement du groupe. De l’Admiral Fallow immédiatement accessible en quelque sorte. C’est un compliment. Un exemple: Peers

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Palace Winter n’a pour l’instant sorti qu’un seul E.P., Medication, qui trace son chemin entre le rock mélancolico-ciselé de The Boxers Rebellion et les chevauchées instrumentales de Toy. C’est également un compliment. Un exemple: Menton

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Le premier album de Lydmor & Bon Homme, Seven Dreams of Fire, n’était pas encore sorti au moment où le duo s’est produit aux 3 Baudets. Et si la pochette évoque fortement les White Stripes, le contenu se rapprocherait plutôt d’une version 2.0 d’Eurythmics, le cold wave en moins, la glam touch en plus. Compliment toujours. Un exemple: Things We Do For Love

AURORA @ LES ETOILES + MAMA FESTIVAL JOUR 1 (14.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day One.

Rendez-vous au théâtre Les Étoiles pour une piqûre de rappel du talent d’AURORA, dernier phénomène en date de la nouvelle scène norvégienne, décidément impressionnante de qualité et d’éclectisme. Après un premier passage à la Boule Noire en Juin 2015, Mlle Aksnes revenait à Paris en terre quasiment conquise, enchanter à nouveau ses fans hexagonaux et engloutir des quantités phénoménales de crêpes au Nutella. C’est ce qu’on appelle joindre l’utile à l’agréable.

Aurora

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Auparavant, DAVID ZINCKE, soit le petit frère caché de Jimmy Fallon (la guitare en plus et la cravate en moins), avait régalé l’assistance avec son one man show mêlant folk, pop et blues. Secondé par Bill Withers (jolie reprise de Grandma’s Hands) et Medi (producteur du premier EP du natif de Doncaster, et choriste de luxe sur le dernier titre – Oh My – du set), David a fort bien rempli son rôle de chauffeur de salle, malgré son sens de l’auto-flagellation so very brittish. C’était très bien, Mr Zincke.

David Zincke

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Pour la deuxième partie de la soirée, changement de décor. Exit les Étoiles, et bonjour la salle du bas du bar La Foule, à Pigalle. Un point de chute inhabituel pendant la majeure partie de l’année, mais pas au cours du Mama Festival, dont une bonne partie des concerts se déroule dans des établissements « séculiers ». Après Highasakite dans la cave du Petit Moulin, un autre groupe scandinave faisait ses premières armes françaises dans un sous-sol aménagé pour l’occasion, en l’occurrence les trois fantastiques de HEY ELBOW.

Le line up du Mama étant particulièrement chargé, et la notoriété du trio encore balbutiante dans l’Hexagone, le concert commença devant un public plus que clairsemé, ce qui n’empêcha pas Julia Ringdahl, Ellen Petersson et Liam Amner de faire honneur à leur premier album, Every Other, effort jazz rock psychédélique sensationnel et dépaysant. Fort heureusement, l’assistance se renforça au fil des morceaux, permettant ainsi à Hey Elbow de faire salle comble pour leur première date parisienne! On ne peut qu’espérer que l’intrigant combo revienne nous présenter sa smala (chaque titre de l’album ayant été baptisé d’un prénom) dans un futur proche et des conditions un peu plus optimales, la furia débridée de Mr Amner ayant plus d’une fois noyé les parties (guitare, trompette et voix) de ses comparses. Prenez date, braves gens.

Setlist Hey Elbow:

1)Ruth 2)Rael 3)Saga 4)Blanca 5)People 6)Matilde 7)Finn 8)Martin 9)Wildbirds 10)Alice 11)Fire

Hey Elbow

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Pour aller plus loin:

Digne représentante de la scène « pop » (à défaut d’un meilleur qualificatif) scandinave, Aurora a la sale habitude de ne sortir que des morceaux merveilleusement équilibrés, imparables mais toujours sobres, tubesques sans être creux (ce qui pour un tube, est tout de même assez compliqué). Un exemple: Runaway

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David Zincke est le genre d’artiste qui font que les sessions scènes ouvertes des pubs britanniques sont et restent une institution nationale. Une voix, une guitare, une stomp box et roulez jeunesse. Jamais de facilité dans ses compositions, tout a été fait, travaillé et peaufiné pour surprendre l’auditeur, toujours en bien of course. Un exemple: Settle Down

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Avec son most scandinavian line up ever (guitare électrique, trompette/claviers, batterie), Hey Elbow est un creuset de styles, de sons et d’ambiances. Au petit jeu des comparaisons, on peut les rapprocher de Bendik, Anna von Hausswolff ou encore Anna Calvi. Et si vous vous demandez ce que ces trois artistes ont en commun, la réponse est bien sûr Hey Elbow. Un exemple: Blanca

W.H.A.T.T. (N.O.W.): LES PREMIÈRES PARTIES

Un concert est un évènement obéissant à des codes et des règles bien définis. Intégrer ce corpus implicite, souvent de manière empirique (car ce sujet n’a malheureusement guère été exploré par la littérature – à quand la sortie de J’assiste à un concert pour les nuls? – ), fait partie intégrante du parcours du gig goer, et permet généralement de profiter de l’expérience bien plus efficacement que le tout venant. Le sujet étant vaste, complexe, et laissant une grande part au ressenti de chacun (personnellement, je goûte assez peu me retrouver au milieu d’un poggo, avis qui n’est pas partagé par l’être humain – généralement fortement imbibé, passablement instable mais merveilleusement enthousiaste – m’identifiant comme une surface de rebond sur la simple longueur de mes cheveux), je ne traiterai dans ce billet qu’une portion congrue de cette vaste thématique, à savoir la fameuse « première partie ».

À titre personnel, je considère les premières parties comme des opportunités offertes au public de découvrir de nouveaux artistes, et ce dans des conditions (souvent, mais pas toujours) privilégiées. D’ailleurs, il m’est arrivé plus d’une fois d’aller applaudir une « ancienne » première partie dont la prestation m’avait convaincu lorsqu’il ou elle repassait sur Paris en tant que tête d’affiche. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour ces apéritifs artistiques, laissés en pâture d’un public généralement indifférent, bruyant et irrespectueux, et à qui il est demandé de se mettre totalement à nu (car il n’y a pas grand chose de plus intime que de jouer ses propres morceaux à des étrangers) en échange de quelques maigres applaudissements. Je pense que c’est dans ces moments là que s’examinent en toute objectivité la robustesse et la pertinence d’une vocation artistique, et que l’on peut décider si ce choix de carrière en vaut la peine ou non. Ayant vécu plus d’un moment d’affreuse solitude lors d’interventions en public désastreusement négociées au cours de ma prime et folle jeunesse, j’éprouve une empathie profonde pour ces artistes, et m’efforce de leur témoigner le respect qu’ils méritent, même si leur musique me laisse indifférent.

D‘autre part, étant souvent dans les premiers rangs des spectateurs, je considère qu’il est de mon devoir de m’intéresser un tant soit peu à ce qui se passe sur scène, autant par considération pour l’artiste qui s’y produit, et qui remarquera certainement plus le loustic occupé à pianoter sur son portable d’un bout à l’autre de son set si le malotru se trouve à 50 centimètres de son pied de micro que derrière la table de mixage, que par égard pour le ou les potentiels fans dudit artiste (car il y en a toujours dans la salle), qui aimerai(en)t sans doute prendre ma place afin de supporter au mieux leur idole. Bref, je considère comme normal de m’intéresser à ce que propose les premières parties, et ne descend jamais en deçà d’une démonstration d’indifférence polie (sauf en cas de DJ set, comme nous le verrons plus tard).

J‘aime préparer au maximum les concerts auxquels j’assiste. Cela inclue autant des considérations techniques (à quelle heure arriver pour être sûr d’avoir une bonne place?), logistiques (vais-je être en mesure de prendre le dernier train à temps ou faut-il que je fasse une partie du trajet en voiture?) ou encore sécuritaires (ne pas oublier les bouchons d’oreilles!) que des recherches sur le déroulé de l’évènement, comme par exemple la setlist probable du show ou la présence d’un stand merch’ dans la salle. Dans le cas des premières parties, j’essaie d’écouter quelques morceaux afin de me familiariser avec leur univers. Malheureusement, il arrive fréquemment que leur identité ne soit pas renseignée par les organisateurs du concert, ce qui joue systématiquement en la défaveur des artistes.

J‘ai ainsi le souvenir du concert d’un Alain Bashung déjà très malade à l’Olympia (en 2008 si je ne dis pas de bêtises). À l’époque novice (haha) en la matière, j’avais été surpris de voir surgir des coulisses, non pas le grand Alain et son cénacle de musiciens, mais une petite femme blonde et replète, seulement accompagnée de sa guitare acoustique. S’en suivit une prestation assez extrême, que le public endura pendant un quart d’heure, avant de signifier élégamment son désintérêt en applaudissant sans relâche pendant cinq minutes, empêchant ainsi la farouche amazone de poursuivre. Las, elle passa outre cet avertissement, et continua vaille que vaille à s’époumoner dans son micro… et finit par sortir sous les huées nourries de la foule, non sans avoir taxé ses détracteurs de sarkozystes (une insulte grave en 2008). Quelles ne furent pas la surprise et le malaise du public, lorsque, une heure et demie après ce fâcheux incident, Alain Bashung rappela « Chloé » sur scène pour un duo (To Bill)! C’est ainsi que l’Olympia réalisa qu’il avait chassé des planches la femme (Chloé Mons) de celui à qui il était venu rendre un dernier hommage. Boulette. Une simple introduction de Mme Mons au début de son set aurait, je pense, suffi à lui gagner l’inconditionnelle sympathie du public, qui aurait supporté sans faiblir ses vocalises baroques aussi longtemps que nécessaire.

Un autre sujet intéressant est la relation qu’entretient la première partie avec la tête d’affiche. Dans le meilleur cas de figure, la seconde a invité la première à se produire à ses côtés, et a communiqué ce choix au grand public. Ainsi, non seulement les spectateurs savent que l’artiste chargé de l’ouverture du concert est apprécié par la star du show (ce qui les motive généralement à faire un bon accueil à la première partie, d’une part parce qu’il est toujours délicat de conspuer quelqu’un qui a été personnellement choisi par votre idole, et d’autre part parce qu’il y a de grandes chances que les styles musicaux entre les deux actes soient relativement similaires ou complémentaires, ce qui aide à faire passer la pilule), mais il y a de bonnes chances que l’un participe au set de l’autre, expérience très sympathique s’il en est.

Toutefois, il arrive assez souvent que la première partie soit choisie par opportunisme plutôt qu’à dessein, notamment lorsque la tête d’affiche est étrangère et n’a pas les moyens de voyager avec son propre support act. Dans ce cas, c’est à l’organisateur du concert qu’il échoit de recruter un artiste afin de compléter le line-up, sans garantie de résultats. Les grandes villes ayant un stock inépuisable de chanteurs en devenir, il n’est guère difficile d’en convier un pour l’occasion. On n’est pas à l’abri de belles surprises, comme Thema Hjelmeland ouvrant pour Susanne Sundfør au Point Ephémère, pour une soirée 100% norvégienne, ou The Blackfoot Revolution chauffant le Nouveau Casino pour les Rival Sons. On n’est pas non plus à l’abri d’erreurs de casting manifestes, tel Beny le Brownies et son MC livrés en pâture aux fans de Christine & the Queens à la Cigale, ou Herr Styler rebondissant sur les amateurs de Rover (un peu) et Ben Howard (beaucoup) lors du festival Soirs d’Eté. Ce sont des choses qui arrivent, et auquel il faut faire face avec dignité et patience.

Il existe cependant une catégorie de premières parties pour laquelle votre serviteur n’arrive à éprouver qu’une répulsion froide et épidermique: les DJ sets. Fuyant ce genre de concert comme la peste, les seules occasions au cours desquelles j’ai du composer avec un désagrément de ce type furent engendrées par des premières parties « mystère », et l’expérience fut à chaque fois une longue et douloureuse traversée du désert. Le DJ set représente (à mes yeux) l’antithèse parfaite de ce que doit être une performance live: c’est à dire un moment de partage, de spontanéité et d’échange entre un artiste et son public, rendu précieux par la réalisation qu’il/elle joue sa musique en direct et qu’aucune autre prestation ne sera similaire à celle-là. Si on reprend tous les points de cette définition personnelle (et donc très subjective), on se rend compte que le DJ set ne coche absolument aucune case, ce qui est évidemment problématique.

  • Moment de partage: le DJ a le nez dans sa platine et les yeux dans le vague pendant toute la durée du set.
  • Moment de spontanéité: L’enchaînement des titres, je n’ai jamais eu l’impression qu’il pouvait être modifié d’aucune manière une fois déterminé par l’intéressé.
  • Moment d’échange: Le DJ ne décroche en général pas un mot, mis à part un « bonsoir/merci » au début et à la fin de sa prestation. Et s’il a un micro sur scène, ce qui n’est pas toujours le cas.
  • Musique jouée en direct: Au risque d’être considéré comme vieux jeu par certains lecteurs, je ne considère pas le fait de tourner des molettes et d’appuyer sur des boutons pour tirer le meilleur d’une playlist de morceaux et de samples comme une performance live.
  • Prestation unique: On pourra me rétorquer que le blend de deux morceaux sera toujours légèrement décalé d’un set à l’autre, ou que les effets divers pourront varier selon les jours, mais à partir de là, on peut également avancer que chaque Big Mac est unique car le nombre de feuilles lamelles de salade incorporé dans le sandwich n’est jamais le même… Ce n’est pas un débat que j’ai envie de lancer.

Bref, le DJ set constitue l’unique type de première partie pour laquelle je n’ai ni patience, ni bienveillance. Cependant, la suite de la soirée me semble généralement tellement supérieure en comparaison que j’y verrais presque un moyen pour un tourneur cauteleux d’assurer sans coup férir le triomphe d’un artiste. Le vieux principe du repoussoir mis en musique, en quelque sorte.

J‘aimerais enfin terminer ce billet par l’évocation d’un type de première partie assez spécifique, et au goût très particulier. Il s’agit des concerts où l’on se rend plus (voire uniquement) pour la première partie que pour l’artiste principal. Ce n’est pas très fréquent, à moins d’être un hipster militant, mais il s’agit à chaque fois d’une expérience mémorable du fait de sa brièveté et de sa densité, l’artiste concerné choisissant en général de présenter ses meilleurs titres au public dans les quelques minutes lui étant allouées. Et puis, il n’y a pas grand chose de plus délectable pour un fan que de surprendre un artiste pensant qu’il évolue en terre inconnue en lui réclamant un morceau particulier au milieu de sa performance. Essayez, vous verrez.

Lors du dernier passage d’Of Monsters and Men à Paris, dans le cadre de la tournée du deuxième album (Beneath the Skin) du groupe islandais, les excellents Highasakite furent ainsi chargés de préparer le Trianon pour Nanna, Raggi et les autres. Ne pouvant décemment pas rater leur venue dans la capitale, j’ai donc pris ma place pour ce concert, alors même qu’OMAM est le genre de groupe pour lequel j’estime avoir atteint mon quota d’expériences live (cf l’article No More Words). Ah, the irony. Au final, j’ai payé 30 euros pour 5 titres* des prodiges norvégiens (qui ont reçu un très bon accueil de la part du public parisien, à ma grande satisfaction), et suis parti à la moitié du set d’Of Monsters and Men (pile au moment où ils commençaient Little Talks, quel symbole). Ce n’est certes pas le meilleur rapport qualité/prix dont j’ai bénéficié depuis que je fais des concerts, mais je ne regrette rien et serai prêt à recommencer sans aucun état d’âme.

*: Et quels titres: Lover, Where Do You Live?, The Man On The Ferry, Hiroshima, Leaving No Trace et Since Last Wednesday.

Au final, il est toujours intéressant de laisser leur chance aux premières parties, ne serait-ce que parce que 100% des artistes que vous adorez ont commencé leur carrière en ouvrant pour quelqu’un d’autre. Même si le coup de foudre n’est pas garanti à chaque fois, il s’agit en outre à mes yeux d’une marque de savoir vivre fondamentale, qui fait partie de l’étiquette à respecter lors des évènements de ce genre. La consigne est simple: soyez le spectateur que vous aimeriez avoir en face de vous si vous deviez vous produire en première partie d’un spectacle musical, et tout se passera bien pour tout le monde. It’s easy if you try.

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