K.W.A.S.S.A.: TEN LOVE SONGS

TLSEt donc, le voici. Il était écrit dans les étoiles que le 6ème album de Susanne Sundfør, Ten Love Songs, serait celui du virage (ou du retour, selon les points de vue) pop. 3 ans après la sortie de The Silicone Veil, ce nouveau disque s’annonce d’ores et déjà comme un jalon important dans le parcours de la chanteuse de Haugesund, qui fête en 2015 ses dix ans de carrière. À quelques jours du lancement de la tournée promotionnelle européenne de Ten Love Songs (tournée qui ne passera pas, a priori par l’Hexagone, ou en tout cas pas tout de suite), premier retour sur cet album tant attendu.

Lundi 16 Février 2015. Le D-Day (ou SS-Dag, dans mon cas). J’ai reçu un mail le vendredi d’avant me prévenant que ma copie physique de Ten Love Songs avait bien été envoyée. D’après les interviews que j’ai pu lire au cours des derniers mois, l’album, enregistré et finalisé durant la première moitié de 2014, attendait dans les tiroirs de Sony depuis un petit bout de temps. Raison de plus pour ne pas rater le lancement du disque, dont la sortie nous semblait, pauvres fans que nous sommes, imminente depuis un an. Quelques photos d’une session d’enregistrement avec les Solistes de Trondheim, un extrait des paroles de nouveaux morceaux, l’annonce d’une mini-tournée norvégienne. Ectopic beatings. Et puis, enfin, la confirmation espérée depuis des lustres: ce sera donc en Février prochain que l’ère du silicone prendra fin. I love you.

Lundi 16 Février donc. Un fin colis m’accueille chez moi au retour du travail. Le pauvre ne survivra pas longtemps à mon arrivée, et de son flanc déchiré est rapidement extrait une pochette ivoire, à la couverture frappée d’une composition de Grady McFerrin. Tout est prêt pour la « découverte » (le concert de Bergen, évidemment enregistré, m’ayant permis de me familiariser avec la majorité des titres de Ten Love Songs avec un peu d’avance) de ce sixième opus. Gleder meg, comme le dit la formule consacrée.

Samedi 21 Février. J’en suis à ma sixième écoute au moment où je commence la rédaction de ce billet. Mon emploi du temps ne m’a pas permis de faire mieux, d’autant plus que je n’ai pu me résoudre à me familiariser avec ces nouveaux morceaux lors de mes trajets domicile-travail. Ce serait comme boire du champagne dans un gobelet en plastique: une faute de goût impardonnable. Avant d’exposer Ten Love Songs à la rudesse et à l’ingratitude de mon environnement sonore quotidien, et de lui demander de me servir de rempart face au monde extérieur (mission à laquelle ses prédécesseurs s’emploient depuis plusieurs années maintenant, au point que je soupçonne The Brothel d’avoir apposé une empreinte physique sur les circuits de mon MP3), je veux en avoir une connaissance, non pas totale (objectif illusoire), mais profonde et intime. Il n’en faut pas moins pour entendre until there’s nothing else to see au moment où un métro entre en station, ou identifier l’introduction de Diamonds malgré les gémissements du bus sur le chemin de la gare. Nul doute que dans les prochaines semaines, Ten Love Songs commencera à livrer ses premiers secrets. L’une des raisons pour lesquelles je tiens Sunfdør en si haute estime est la profondeur abyssale de ses compositions, et il me semble que ce nouvel album ne fait pas exception. Nothing’s ever easy.

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Sur ces six premières écoutes, je dois avouer m’être endormi quatre fois pendant le dyptique Accelerate/Fade Away (ce qui est très bien), m’être réveillé une fois à la fin de Slowly, et d’être resté conscient assez longtemps pour terminer l’album avant de rebasculer dans les bras de Morphée (ce qui est encore mieux). Rares sont en effet les disques sur lesquels je peux m’endormir, ma réaction habituelle étant en effet d’éteindre mon iPod et d’enlever mes écouteurs lorsque mon cerveau décide qu’il est temps de passer en veille. Piquer du nez en pleine écoute est donc pour moi le signe d’une qualité rare; se réveiller (qui plus est, par un morceau calme) avant la fin de la lecture de l’album en question marque ce dernier du sceau de l’excellence. Je ne saurais pas expliquer précisément pourquoi, mais j’y perçois confusément la preuve d’une affection insurpassable pour ce que j’ai écouté, comme si la musique avait atteint les strates les plus profondes de ma conscience, et en était revenue avec les félicitations du jury. Bref, deep down inside, j’aime déjà beaucoup Ten Love Songs. Reste à multiplier les écoutes « conscientes » afin de confirmer ce jugement viscéral.

Pour être honnête, j’avais peur d’être déçu par l’orientation choisie par Sundfør pour cet album. Mon attachement pour The Brothel et The Silicone Veil m’avait fait prendre les signes manifestes d’évolution de l’univers sundførien avec circonspection. On nous promettait plus de pop, plus d’accessibilité, et je n’en voyais pas vraiment l’intérêt. Le concert de Bergen avait révélé des incursions disco et dance, et il m’avait fallu un peu de temps pour digérer (et finalement apprécier) cette nouveauté. Cependant, je savais déjà que seul l’écoute de l’album dans son intégralité me permettrait de me positionner par rapport à la Susanne Sundfør de 2015. C’est donc avec une impatience matinée d’appréhension que j’ai lancé la lecture de Ten Love Songs lundi dernier.

Plutôt que de décortiquer chaque chanson dans le détail, exercice trouvant rapidement ses limites (à mes yeux), je préfère m’attarder sur les impressions suscitées par l’album dans son ensemble. Mon premier constat (que j’exprime avec soulagement) est que Ten Love Songs est au moins aussi complexe que ses deux prédécesseurs, et ce à tous les niveaux. Il dispose en effet d’un thème fort (l’amour donc, et plus précisément, la passion, influence de la première piste explorée par Susanne Sundfør au début de la conception de l’opus: la violence) et présent sur toutes les pistes du disque, sous une forme ou sous une autre. Les morceaux couvrent un spectre de styles et d’influences très vaste, apportant à l’album une diversité appréciable (et supérieure à celle des précédentes offrandes, camaïesques, de Sundfør), mais ils se répondent également les uns aux autres, que ce soit par le texte (« we have different heartbeats but all the same heartbreaks » présent à la fois sur Memorial et Slowly), l’instrumentation (l’harmonium de Darlings revient par exemple sur Trust Me) ou la production (enchainement entre Accelerate et Fade Away).

Mieux encore, j’ai trouvé qu’ils répondaient également à d’anciens morceaux, présents sur d’autres albums (Silencer – O Master, Delirious – Black WidowMemorial – Your Prelude). Certes, les textes sibyllins de Susanne Sundfør rendent possibles toutes les interprétations (et je dois reconnaitre que je ne manque pas d’imagination quand il s’agit de tirer d’échafauder des théories grandioses sur la sens caché de ses chansons), et peut-être que les indices plaidant pour un grand dessein que j’ai relevé jusqu’ici ne sont en faits que des coïncidences heureuses, mais je ne peux que remercier Susanne de m’avoir fourni un nouveau puzzle à déconstruire et à reconstruire dans tous les sens pendant les prochains mois.

Ten Love Songs fourmille en effet d’éléments dont l’auditeur ne peut qu’essayer deviner le sens, car tout est fait par ailleurs pour le convaincre que rien sur cet album n’est dû au hasard. Depuis le bruitage mystérieux précédant l’introduction de Darlings jusqu’à Insects (dans son intégralité: je n’ai pour l’heure pas trouvé le rôle joué par ce morceau dans l’album, mais je suis intimement persuadé qu’il en a un – après tout, quel titre est plus stratégique que celui qui clôt une tracklist ? -), en passant par la monumentale envolée de Memorial et l’emprunt à Bach sur Accelerate, ce nouveau disque ne manque pas de complexité.

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La richesse de cet album s’explique également par les nombreuses collaborations ayant émaillé sa réalisation. Bien que créditée comme productrice de Ten Love Songs, Susanne Sundfør s’est en effet appuyée sur les compétences de vieux (Lars Horntveth, Gard Nilssen, Morten Qvenild, Jørgen Træn et les solistes de Trondheim, tous présents depuis The Brothel) et de nouveaux (Anthony Gonzalez, Røyksopp, Jon Bates) comparses pour l’enregistrement et la finition de ses nouveaux morceaux. Malgré ces multiples influences, ce sixième opus s’affirme comme davantage qu’une simple collection de chansons, et dégage une cohérence indéniable. Je n’en attendais pas moins de Susanne Sundfør, dont les premiers pas en matière de production d’album (The Urge Drums du duo Bow To Each Other) m’avaient franchement convaincus. Et même si elle a déclaré à plusieurs reprises qu’elle passerait le relai à un tiers pour son prochain disque, je pense que l’on n’a pas fini de voir (et d’entendre) Sundfør produire de la musique, tant la sienne que celle d’autres artistes. Et c’est tant mieux.

Au final, Ten Love Songs est certes une petite révolution dans la discographie de son auteur, mais tout cela a été fait avec tant de soin, de passion et de talent qu’il serait idiot de bouder son plaisir. Il ne reste plus qu’au public français qu’à croiser les doigts pour avoir l’occasion de découvrir ces chansons d’amour sur scène, si possible dans un futur pas trop éloigné. Vivement l’automne donc.

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 Annexes: Susanne Sundfør sur S.A.U.S.O.R.O

K.W.A.S.S.A. : Susanne Sundfør

Steinkjerfestivalen 2012 (Part One)

Susanne Sundfør @ Le Point Ephémère (10/11/12)

Susanne Sundfør @ USF Verftet (15/11/14)

Ten Love Songs (Paroles et Traductions)

 

BEST OF MAP 2014

L‘année 2014 touchant à sa fin, il est temps pour moi de dresser un bilan de 12 mois écoulés en matière de musique, et plus précisément, des belles découvertes faites grâce au Music Alliance Pact (pour plus d’informations sur cette très belle initiative, rendez-vous ici et ).

Sur les 288 morceaux proposés cette année, une quarantaine a particulièrement retenu mon attention, à tel point que je suis à l’affût de la moindre chance de pouvoir les (re)découvrir sur scène, des fois que l’artiste ou le groupe les ayant partagés décide de passer sur Paris en 2015. Et même si je dois avouer que, pour certains, ce souhait restera de toute évidence un vœu pieux (cf l’article So Far Away From Me), vous seriez surpris de la proportion de MAP-ers étant passés par l’Hexagone au cours des dernières années (The Temper Trap, Evening Hymns, Kid Canaveral, Three Blind Wolves, Mikhael Paskalev, Mono Town, Thus OwlsLanterns On The Lake, My Heart Belongs To Cecilia Winter… et bientôt Low Roar et Simian Ghost). La notoriété limitée de ces nouveaux talents les conduisant souvent à jouer dans de petites salles, leurs concerts sont généralement l’occasion de passer de très bonnes soirées pour un coût raisonnable (voire sans bourse délier, l’International est très bien pour ça).

Même si j’encourage tous les lecteurs à partir à la découverte des nombreuses pépites qui parsèment les setlists mensuelles du MAP (et avec plus de 2300 morceaux sélectionnés à date, il y a vraiment de quoi faire), je me doute bien que tous n’auront pas le temps et/ou la motivation nécessaires pour mener à bien cette entreprise de prospection musicale. C’est à cette fin que la compilation ci-dessous a été mise sur pied: les vingt et un titres qui suivent ont pour but de servir d’introduction au MAP, en proposant aux curieux de découvrir (ce que je considère comme étant) les meilleurs morceaux de 2014. Bonne écoute!

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1. Alvvays – Archie, Marry Me [USA – MAP 71]

Tête d’affiche de cette compilation (pensez, ce sont les seuls à avoir une page Wikipédia et un article dans les Inrocks!), Alvvays distille une pop indie mais néanmoins tout à fait radio friendly, à l’image du gouleyant Archie, Marry Me et de son refrain sparadrap (Hey! Hey! Marry Me Aaaaaarchiiiiiie!). Du R.E.M. 2.0. (c’est un compliment).

 

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2. Annasaid – Collision [DANEMARK – MAP 68]

Un riff de guitare qui cueille l’auditeur dès la première seconde, une sensation de montée en puissance constante, une maîtrise complète des codes du pop-rock britannique: les danois Annasaid savent certainement comment écrire des tubes. Vous cherchiez une version lyrique de Kaiser Chiefs? Vous l’avez.

 

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3. As We Keep Searching – The Tattva [INDE – MAP 64]

As We Keep Searching est un jeune groupe de la province du Gujarat, qui a fait avec The Tattva des débuts remarqués dans le Music Alliance Pact. Amateurs des bandes originales bollywoodiennes, passez votre chemin: si The Tattva parle bien d’amour, il utilise pour cela les codes du post-rock plutôt que de la pop indienne. Tant mieux.

  

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4. Being Berber – Anthem [ESPAGNE – MAP 65]

Ces dernières semaines ont du être stressantes pour les membres du groupe espagnol Being Berber, dont le projet de crowdfunding de leur premier album a (finalement, car ce n’était pas gagné d’avance) atteint son but le 11 Décembre dernier. Les quelques 3.800 euros récoltés permettront au quatuor d’enregistrer le successeur de l’EP Anthem dans de bonnes conditions, ce qui, au vu de la qualité du morceau éponyme, promet de bien belles choses. La suite en Mars 2015!

  

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5. Bhumi Svara – Lokah Samastah Sukhino Bhavantu [INDONESIE – MAP 67]

Si je dois bien reconnaître que je n’avais été jusque là que peu sensible aux morceaux proposés par Deathrockstar (le blog représentant l’Indonésie au sein du Music Alliance Pact), Lokah Samastah Sukhino Bhavantu est l’exception venant confirmer la règle. Cabrini Asteriska et Puti Chitara, les deux moitiés de Bhumi Svara, arrivent en effet à sublimer ce mantra (dont la traduction semble être « que règne la paix et l’harmonie ») d’une manière remarquable, et qui ne manquera pas de rappeler la magnifique bande originale – Jeff van Dick – de Rome Total War aux amateurs. Et, oui, j’assume mes références.

 

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6. Bloum – Faith [FRANCE – MAP 64]

L’année 2014 n’a pas été faste en termes de contributions françaises (6 en tout et pour tout), mais fort heureusement, le Faith de Bloom vient porter haut les couleurs de l’Hexagone jusque dans les rangs très fermés de cette shortlist. Au menu, une pop electro savamment dosée, mi-dansante, mi-crépusculaire, qui viendra ravir les connoisseurs. Qualité française, messieurs dames!

  

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7. Bullet – 6830 Miles [PORTUGAL – MAP 69]

Pour ceux qui se le demandent, 6830 miles font à peu près 11.000 kilomètres. Je n’ai par contre pas la moindre idée à avancer pour expliquer outre mesure le titre de ce morceau, derrière lequel se cache Vladimir Orlov, alias Armando Teixeira, même si c’est une certaine Lili qui tient le micro sur 6830 Miles, ainsi que sur le reste de l’album dont ce dernier est tiré, Cosmic Noise Vol. 1. Tout cela est bien mystérieux, mais force est de constater que le résultat en vaut la peine.

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8. Douglas Dare – Swim [ANGLETERRE – MAP 67]

Douglas Dare est anglais, joue du piano, et a superbement digéré l’héritage de Radiohead et de Thom Yorke. Si en on juge par la copie impeccable qu’il a rendu pour Swim, single issu de son premier album (Whelm), il y a de fortes chances que la nouvelle recrue d’Erased Tapes provoque à son tour quelques vocations dans les années 2030. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

  

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9. Jun Bum Sun & The Yangbans – The Seven Year Itch [COREE DU SUD – MAP 71]

Le rock coréen est une école à part entière, qui a ses défenseurs et ses détracteurs. Impossible toutefois de le confondre avec ce qui se fait aux Etats-Unis et en Europe, tant les différences de style sont marquées. C’était toutefois sans compter sur la direction prise par Jun Bum Sun & The Yangbans, dont le The Seven Year Itch pourrait servir de passerelle entre ces deux univers parallèles. Si vous vous demandiez ce que donnerait Counting Crows adapté en coréen, c’est votre chance.

 

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10. Lists – Autumn [ECOSSE – MAP 66]

Parmi mes nombreux coups de cœur écossais de 2014, il a été bien difficile d’en choisir un pour cette compilation. C’est finalement Lists qui a décroché la timbale et représente donc la Calédonie dans ce best of. Le folk magistral d’Ali Milesi, dont la voix et le jeu de guitare évoquent immanquablement les plus belles heures de Simon & Garfunkel, sera à suivre de très près en 2015.

  

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11. MAW – Padre Nuestro [MEXIQUE – MAP 75]

Au fil des années, le MAP a accueilli un bon nombre de groupes de rock progressif, dont les titres s’étiiiiiraient en longueur et dépassaient allègrement les cinq minutes. Spécialité chinoise à l’origine (Rainbow Danger Club, Summer Fades Away, Baby Formula…), le Mexique s’avère être également un bon pourvoyeur de morceaux de bravoure psyché, j’en veux pour preuve l’imposant (7:49) Padre Nuestro de MAW. Attachez vos ceintures!

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12. Mind Blank – Cocaine [PEROU – MAP 74]

Derrière ce titre claptonien en diable se cache Mirella Bellido, Suzanne Vega péruvienne dont le talent est de créer le manque chez l’auditeur en même pas quatre minutes, grâce à une production soignée, un usage maîtrisé des cordes et une fugace envolée finale qui laisse dans la bouche un goût persistant de reviens-y. Attention, l’addiction guette.

  

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13. Munn – Aquí/Ahora [EQUATEUR – MAP 72]

Munn, retenez ce nom. C’est celui d’un groupe capable d’enregistrer une petite (5:30 tout de même) merveille de rock atmosphérique n’ayant rien à envier aux productions des cadors du genre. Voix, guitare, basse, batterie, claviers: tout sonne juste dans Aquí/Ahora, l’Untouchable Part 1/2 made in Ecuador. L’essayer, c’est l’adorer.

 

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14. Saints Of Winter – Lullaby March [FINLANDE – MAP 69]

En Finlande, on aime faire des paris osés, et les remporter. Prenez Lullaby March par exemple: difficile d’imaginer qu’un morceau ainsi nommé puisse concilier berceuse et marche martiale, comme le titre le laisse pourtant entendre. Eh bien, à l’écoute, c’est toutefois évident, la rythmique militaire formant un parfait contrepoint au carillon de boîte à musique, pour un résultat des plus réussis. Défi suivant!

  

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15. Samalot – Valle De Luz [PORTO RICO – MAP 73]

Pour ceux parmi vous qui seraient bien en peine de situer Porto Rico sur la carte (et je dois reconnaître que je faisais partie de cette catégorie jusqu’à peu, Octobre 2014 pour être précis), sachez tout de même que l’on fait des concept albums pas piqués des vers sur cette île. Valle de Luz est ainsi extrait de Luz, œuvre lumineuse (ok, c’était facile) de Fernando Samalot, ex membre de Tachdé (dont le morceau Lotus Eaters avait été présenté lors du numéro de Juin 2012 du MAP). En ces temps de grisaille permanente, un peu de luminothérapie ne peut pas faire de mal.

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16. SPIES – Moosehead [IRLANDE – MAP 74]

Moosehead cover artL’Irlande est très contente de son année musicale 2014, c’est The Irish Times qui le dit. Parmi tous les noms (et nom des moindres) cités dans cet article par le journaliste pour étayer ses dires, on ne retrouve cependant pas les SPIES, et c’est bien dommage. Moosehead est pourtant une pépite indie rock, à la fois nerveuse et léchée, qui laisse présager un premier album dantesque de la part de la quintette de Dublin.

    

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17. There Is A Fox – Sleep Well Sea Moon [JAPON – MAP 75]

Sleep Well Sea Moon est la preuve irréfutable que la J-Pop (un genre pour lequel je n’ai hélas pas la moindre affinité) ne résume pas la production musicale du pays du soleil levant à elle seule. Avec ses arpèges de guitare acoustique, ses chorus nu-folk et sa rassénérante simplicité, le morceau du collectif de Hiro Makino a la fraîcheur et la poésie d’un film du studio Ghibli perdu au milieu d’un océan de sentaï. Have a break.

  

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18. Three Stops To China – The Beach [MALTE – MAP 72]

Au cours de ses six années d’existence, le Music Alliance Pact a proposé son lot de morceaux estampillés dream pop. Pour une majorité d’entre eux, malheureusement, le minimalisme inhérent à cette école constituait plus une excuse pour présenter des compositions inabouties qu’une véritable démarche artistique. The Beach, parce qu’il appartient indubitablement à cette seconde catégorie, est donc un titre précieux, venant rejoindre Endless Hearts (Marcel Thee – MAP 46) et Gone Are The Days (Melentini – MAP 54) au panthéon onirique du MAP.

  

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19. TMPL – Voyij [CANADA – MAP 70]

Si vous aimez les groupes n’ayant pas peur de viser le grandiose et l’emphatique, TMPL (à ne pas confondre avec l’émission de Hanouna) devrait vous plaire. Le tout premier morceau de ce jeune duo canadien s’apparente en effet à l’univers musical de M83 (et particulièrement à la BO composée par le groupe et Joseph Trapanese pour le film Oblivion), ce qui augure du meilleur pour l’avenir du groupe.

 

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20. Winter Dies In June – Big Sale Saturday [ITALIE – MAP 66]

La scène pop-rock indépendante italienne se porte bien, merci pour elle. J’en veux pour preuve la classe folle de Big Sale Saturday, titre impeccable que l’auditeur distrait aurait pu attribuer à The National sans y penser à mal, c’est vous dire le niveau.

  

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21. Yon Yonson – Culver City  [AUSTRALIE – MAP 66

Le duo Yon Yonson a mis dans le mille avec Culver City, morceau aussi expérimental qu’imparable, dans la veine de l’inqualifiable génie pop d’Alt J. Le riff central du titre est ainsi aussi inoubliable qu’improbable, et sert de point de départ à un road movie halluciné dans les rues ensoleillées de Culver City. Un Magical Mystery Tour au pays des kangourous en quelque sorte.

  

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SUSANNE SUNDFØR @ USF VERFTET (15.11.2014)

N'ayez crainte braves gens, Haakon VII veille sur le fjord

N’ayez crainte braves gens, Haakon VII veille sur le fjord

Bergen. Certains diront que cela fait un peu loin pour un concert, surtout quand on habite en région parisienne. Mais quand on aime, on ne compte pas les kilomètres et les heures d’avion. 22 heures en Norvège, juste le temps nécessaire pour forger quelques souvenirs impérissables, avant de replonger dans le traintrain quotidien. Une parenthèse enchantée  venant conclure une attente de deux ans, et permettre de patienter jusqu’à la date fatidique du 16 Février 2015. Chronique d’un aller et retour.

La mini-tournée norvégienne de Susanne Sundfør, signe du retour aux affaires de la native de Haugesund après quelques mois de hiatus, constituait un évènement intéressant à plus d’un titre pour les fans de la reine des renards blancs. D’abord parce qu’il s’agissait d’une bonne opportunité de la voir interpréter sur scène ses propres morceaux, après deux années principalement consacrées à diverses collaborations (M83, Röyksopp, Bow To Each Other, Kleerup). Ensuite, car c’était l’occasion de découvrir une partie de Ten Love Songs, le très attendu sixième album de l’artiste scandinave, dans des conditions privilégiées. Enfin parce qu’à quelques mois du probable virage pop annoncé par le premier extrait de ce prochain disque (Fade Away), il était intéressant de voir comment Sundfør allait conjuguer anciens et nouveaux titres afin d’obtenir un tout cohérent.

Deuxième étape de la tournée, Bergen accueillait le concert du 15 Novembre dans l’USF Verftet, complexe culturel situé en bord de fjord, en plein cœur d’un quartier résidentiel de la ville. L’évènement avait beau afficher complet, la grande salle lambrissée de 1200 places se remplit lentement, beaucoup des participants s’attardant au bar pour un siroter un verre de vin au comptoir. Sur scène, les nombreux claviers et synthétiseurs devant être utilisés au cours de la soirée attendaient patiemment l’arrivée des musiciens. Une sorte de rambarde constituée de tubes de plastique transparent séparait l’estrade en deux dans le sens de la longueur, avant-goût prometteur du nouveau dispositif son et lumière devant accompagner le show, moins imposant que l’appareillage mis au point par Kyrre Heldal Karlsen pour la tournée de The Silicone Veil, mais toutefois assez fourni pour rehausser dignement la future représentation.

Comme annoncé par Susanne elle-même quelques jours avant le début de son road trip norvégien, la première partie fut assurée par le trio APOTHEK, emmené par le fébrile Morten Myklebust. On se souviendra que Sundfør avait posé sa voix sur un titre (Away) du premier album de ce dernier pour justifier, si besoin est, la présence du groupe sur ce créneau. À l’écoute des quelques morceaux proposés par Myklebust et ses comparses, il ne fut en outre guère difficile de rapprocher l’univers musical de la tête d’affiche de celui de ses ouvreurs néophytes (deuxième concert pour Apothek, le premier ayant eu lieu la veille à Trondheim, première date de la mini-tournée): même amour pour l’electro-pop léchée, et même mise en valeur de la voix par rapport aux instruments. Au petit jeu des ressemblances, on aurait même pu sans mal tirer un parallèle entre la nervosité palpable de Morten Myklebust et l’attitude réservée de sa “marraine” sur scène (et pousser jusqu’à une certaine ressemblance capillaire entre les deux – du temps où Susanne n’était pas encore blonde, du moins – , pour les plus caustiques). Sans vouloir rabaisser la performance d’Apothek, qui s’avéra très correcte eut égard à la jeunesse du groupe et de son répertoire encore limité, j’aurais toutefois préféré commencer la soirée en compagnie de Bow To Each Other, autre groupe intimement lié à Susanne Sudfør (qui a produit le premier album du duo et l’a accompagné sur de nombreuses dates au cours de l’année passée) et dont les deux membres se révélèrent faire partie du live band de cette dernière. L’embarras du choix, en quelque sorte.

Le départ d’Apothek fut rapidement suivi par la tombée des rideaux, permettant au staff de la salle de préparer la scène pour la suite de la soirée dans un secret propice à l’élaboration des théories les plus folles quant aux surprises que ne manqueraient pas de nous réserver le concert à venir. Cette entracte placée sous le sceau du mystère me permit de découvrir que je n’étais pas le seul à avoir fait le déplacement depuis une distance respectable pour assister au retour de l’ex-membre de Hypertext, mon voisin de gauche confessant avoir fait le déplacement d’Angleterre pour l’occasion. Sundføriens de tous pays, (ré)unissez-vous! Peu après cette annonce, des volutes de fumée grise se mirent à s’élever depuis l’arrière des rideaux toujours tirés, qui ne tardèrent pas à s’ouvrir après que la clameur tonitruante du public de Bergen soit venue confirmer que l’USF Verftet était fin prêt à accueillir comme il se devait sa pasionaria. And so it began…

Apothek 1

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Accompagnée de ses musiciens, dont beaucoup de têtes connues (Bow To Each Other donc, mais également Øystein Moen aux synthétiseurs), SUSANNE SUNDFØR, toute de noir vêtue et coiffée d’un fedora à l’avenant (Stevie Nicks-like, blame it on her wild heart), vint s’installer derrière le clavier de son fidèle Fender Rhodes, et débuta les hostilité avec Darlings, premier morceau du futur album. Au classique piano-voix des premières mesures vinrent se greffer progressivement quelques effets de synthétiseurs, montée en puissance subreptice couronnée par un chorus final à quatre voix. L’effet crescendo ne fut cependant pas utilisé à plein, le groupe enchaînant après quelques notes erratiques de glockenspiel et trente secondes de quasi-silence (autant dire que la pression avait tout à fait retombé) sur le bien connu Lilith, choix bruyamment plébiscité par le public dès les premières notes. Guitare électrique et batterie entrèrent ainsi dans la danse, leurs déferlantes de décibels venant mourir sur une plage d’auto-harpe hantée par la berceuse de nos quatre sirènes.

Le morceau suivant, simplement présenté par une Susanne Sundfør souriante comme un inédit, se révéla être Kamikaze (prononcer “Kamikatza”), hymne electro-pop à la cadence martiale, et, reconnaissons-le, tout bonnement entraînante. Pourra-t-on danser sur du Susanne Sundfør dans les nightclubs de Norvège et d’ailleurs à partir du printemps prochain? C’est ma foi fort possible. L’influence 80’ perceptible tant sur Let Me In que sur Fade Away ressort en tout cas de manière éclatante sur le titre central de Ten Love Songs, qui pourrait être décrit comme une tentative plutôt réussie de faire entrer la dance musique dans l’univers sundførien. C’est toutefois la formidable expressivité de la voix de Susanne, capable de passer du susurrement transi à l’imprécation impérieuse en l’espace d’une seconde, qui fait de Kamikaze un morceau attachant, dans lequel nouveaux et anciens fans peuvent et pourront se retrouver.

Susanne 15

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Suivit une petite pièce de facture classique, exécutée sur the coolest piano ever (dixit Sundfør elle-même) par une Mégane Kovacs ayant désertée pour l’occasion sa console en fond de scène. La raison d’être de cet interlude n’ayant pas été expliquée, on supposera qu’il s’agissait de la transition prévue entre Kamikaze et Memorial (ces deux morceaux devant se succéder sur l’album), exécutée pour la forme et la beauté du geste à Bergen. Le fameux piano prodigue résonnait encore des accords de cette mystérieuse incartade que Sundfør enchaînait sur un superbe Can You Feel The Thunder, première visite du côté de la tracklist de The Silicone Veil.

Le titre suivant, Silencer, précédé par un passage de guitare assez peu académique (plonk), nous ramena six ans en arrière, à l’époque de Take One. Jamais en effet à ma connaissance Sundfør ne s’était accompagnée à la guitare depuis l’enregistrement de ce second disque en 2008. Cette ballade délicate, dentelle d’arpèges discrètement doublée de quelques nappes de synth bass, constitua pour ma part la plus belle surprise de la soirée, autant à cause de son interprétation parfaitement maîtrisée que pour la richesse qu’elle augure pour Ten Love Songs, qui s’annonce de fait comme l’album le plus éclectique de l’artiste à date. Un constat encore renforcé par la découverte de Slowly, qui, loin de ce que laissait envisager son titre laconique, s’avéra être une composition disco avec basse élastique et battements de mains sur le refrain, comme à la grande époque. Vous avez bien lu.

Susanne 8

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Cette séquence découverte de Ten (very different) Love Songs fut suspendue pendant cinq minutes, soit le temps nécessaire pour interpréter une version amoureusement iconoclaste de Diamonds, à l’image de l’introduction a cappella plus incantée que chantée, à mille lieues de la parfaite plénitude de la version studio. Reste qu’à la fin du morceau, le premier rang de l’USF Verftet était bien le paradis terrestre promis par Sundfør.

La dernière partie du set fut l’occasion de se familiariser avec un nouveau mouvement de Ten Love Songs, soit l’ensemble Accelerate + Fade Away, enchaîné pour l’occasion comme ce sera le cas sur l’album. Débuté par un motif oriental évoquant un peu le riff à l’oûd du C’est Déjà Ca d’Alain Souchon (ceci est un live report documenté), rapidement intégré dans un canevas new wave 2.0 (eh, il y avait des tambourins!), Accelerate poussa l’expérimentation jusqu’à incorporer un sample de la Fugue en Ré Mineur de Bach (ceci est un live report de plus en plus documenté) là où la plupart des morceaux se contentent d’un pont plus classique. S’il y a bien une chanson du futur album dont j’ai hâte de découvrir la version studio, c’est celle-ci. Comme expliqué plus haut, le final d’Accelerate laissa apparaître comme par magie le tempo de Fade Away une fois réduit à la simple association de la batterie et des synthétiseurs: si vous vous demandiez pourquoi le premier single de Ten Love Songs démarrait si rapidement, vous tenez votre réponse. Très au fait de la situation, le public de Bergen ne manqua pas de faire un triomphe à ce déjà quasi-classique dès que Susanne Sundfør eut confirmé que c’était bien the sound of your heart dont il était question (et pour ceux qui se le demande, et je sais qu’ils sont nombreux, ce fut une sonnette de table qui, en l’absence d’un véritable four à micro-ondes, vint marquer la fin du deuxième couplet).

On ne parle pas assez du calme après la tempête. En cette soirée du 15 Novembre, ce fut l’incontournable The Brothel qui se chargea de réduire au silence les fans les plus échauffés par la démonstration de force des minutes précédentes, les conversations mourant d’elles-mêmes au fur et à mesure que s’invoquaient les brumes sonores servant d’écrin à la monumentale maison close du repertoire sundførien. Pourra-t-on jamais se lasser de ce chef d’oeuvre absolu (un indice, la réponse est non)? Le mot de la fin revint au justement, si cruellement, nommé It’s All Gone Tomorrow, ou IAGT pour les intimes, qui vint rappeler à tous qu’à moins d’avoir pris des places pour les concerts de Stavanger et/ou d’Oslo, il faudrait bientôt passer à autre chose. Un sursis momentané était cependant possible en cas de bruyante manifestation d’enthousiasme après le départ de scène du groupe, et il faut croire que les 1200 de l’USF Verftet se montrèrent assez convaincants puisque, devinez quoi…

Susanne 1

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Le rappel concédé de bon coeur par les héros de la soirée débuta par le retour d’un serpent de mer dont les fans attendaient la réapparition depuis plus de trois ans et demi. Memorial, ce nom ne parlera sans doute pas à tout le monde, mais ne manquera de susciter un vif intérêt chez ceux ayant gardé quelque souvenir du Kontorkoncert donné par Sundfør en Avril 2011. À l’époque, nombreux furent ceux qui espéraient retrouver ce titre sur le successeur de The Brothel (The Silicone Veil donc, même si aucun nom ne circulait encore à ce moment). L’histoire devait finalement en décider autrement, et Memorial être écarté de la tracklist du cinquième album. La possibilité de précommander Ten Love Songs sur iTunes permit de statuer une fois pour toutes sur le sort réservé par l’artiste à sa création, le morceau figurant en sixième position parmi les dix titres annoncés. Un bonne surprise n’arrivant jamais seule, les plus observateurs ne manquèrent pas de remarquer que cette version studio ne durait pas moins de 10 minutes, un format épique laissant espérer de substantielles modifications par rapport à l’ébauche proposée en 2011 (suivant l’exemple d’Among Us, dont la version officielle diffère fortement de ce qu’on en avait pu entendre auparavant).

Susanne 16Le concert de Bergen n’a pas permis de répondre à toutes les questions entourant Memorial (tant mieux), l’interprétation live ne durant “que” 5 minutes 30, mais fut toutefois riche d’enseignements. Si la mélodie est restée assez similaire au fil des années, et qu’il est toujours question d’une robe enlevée et jamais remise (you took off my dress and never put it on again), le reste des paroles a subi un gros travail de réécriture (avec un rappel d’un passage de Slowly: c’est officiel, Ten Love Songs sera un concept album). La différence la plus notable est toutefois venue des arrangements, le morceau laissant désormais la part belle à la guitare (une nouvelle fois tenue par Susanne, comme pour Silencer) là où le clavier régnait autrefois sans partage. Que dire de plus sinon que l’attente va être longue, très longue jusqu’au 16 Février prochain?

Une cadence métronomique instantanément reconnaissable vint ensuite rappeler à l’audience que les rappels étaient aussi le moment idéal pour jouer des classiques bien établis, catégorie à laquelle White Foxes appartient désormais totalement. La toute dernière cartouche de la soirée, le sybillin Your Prelude fut quant à lui l’occasion pour Sundfør de fouler totalement aux pieds son image d’interprète introvertie, en partant en slam sur la foule en délire* incitant le public à battre la cadence sur le final de la chanson. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup (et, oui, elle joue du piano debout). Peut-on en conclure qu’elle a autant apprécié sa soirée à l’USF Verftet que nous autres qui étions de l’autre côté du miroir? J’espère de tout cœur que ce fut le cas, et que les autres dates de la tournée se révélèrent être aussi gratifiantes pour toutes les parties en présence. En tout cas, le petit Frenchie du premier rang te dit tusen takk Susanne.

*: restons sérieux deux minutes

Setlist Susanne Sundfør:

1)Darlings 2)Lilith 3)Kamikaze 4)Can You Feel The Thunder 5)Silencer 6)Slowly 7)Diamonds 8)Accelerate 9)Fade Away 10)The Brothel 11)It’s All Gone Tomorrow

Rappel:

12)Memorial 13)White Foxes 14)Your Prelude

Susanne 13

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Au final, je suis sorti tout à fait rassuré et très satisfait de l’USF Verftet après cette soirée mémorable. Pour autant que je puisse en juger, Ten Love Songs présente tous les gages de qualité que l’on peut attendre de la part d’un disque de Susanne Sundfør, tout en s’annonçant comme plus accessible que ses trois prédécesseurs immédiats (comme Susanne Sundfør a pu l’être en 2007). Ce parti pris représente certes un pari assez audacieux, certains fans de The Brothel et de The Silicone Veil pouvant juger d’un oeil critique cette réorientation mainstream (le mot est lâché), mais je reste persuadé, sur la foi de mon expérience de spectateur et sur mon (lourd) passif d’aficionado de l’univers de la demoiselle, que ce choix s’avéra payant et que l’immense majorité trouvera son bonheur dans la décalogie amoureuse à venir. Il se pourrait même que Ten Love Songs soit l’album de la reconnaissance internationale pour Susanne Sundfør, méga star norvégienne et micro phénomène à peu près partout ailleurs (le monde est mal fait). Rendez-vous dans trois mois pour une éventuelle confirmation de ce pronostic enthousiaste mais non extravagant, ainsi que pour un retour détaillé sur ce sixième album. D’ici là, restez à l’affût: c’est un hiver à renards qui s’en vient. À renards blancs, bien entendu.

W.H.A.T.T. (N.O.W.): NO MORE WORDS – REFLEXIONS SUR LE DROIT DE RETRAIT DU BLOGGUEUR MUSICAL

Mardi dernier, je suis allé voir Triggerfinger à la Batterie, petite salle très sympathique de la banlieue ouest parisienne. Comme à mon habitude, j’avais rassemblé mon matériel de live-chroniqueur (Gopro, enregistreur, carnet de notes), afin de pouvoir préparer dans les meilleures conditions l’article que j’avais prévu de rédiger à propos de cet évènement. Cependant, au moment de partir pour la Batterie (la salle de concert en question), j’ai – volontairement – laissé tout mon attirail de reporter au bercail, me contentant d’attraper mes fidèles earplugs (on ne rigole pas avec ça, surtout quand c’est Triggerfinger, alias le plus grand groupe stoner belge de tous les temps, qui régale) avant de partir.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour justifier ce choix, pour le moins inhabituel. Premièrement, j’étais assez fatigué ce soir là, et ne voulais pas me charger plus que nécessaire. Même si les « outils » que j’utilise pour alimenter ce blog ont été spécifiquement choisis pour leur légèreté et leur faible encombrement*, je ne me voyais pas les (sup)porter pendant les quelques deux heures que durerait la soirée.  Deuxièmement, je n’étais pas convaincu de pouvoir retirer de ce concert des enregistrements (tant vidéo qu’audio) probants: n’ayant pas pu ni voulu mettre toutes les chances de mon côté en arrivant tôt à la salle pour pouvoir me coller le plus possible à la scène (seule façon d’obtenir des images à peu près nettes avec une Gopro), et me doutant que l’overdose de décibels risquait fort de saturer les micros de mon Zoom, je me suis facilement laissé convaincre par mon organisme amoindri (voir argument n°1) de ne prendre qu’avec moi que le strict nécessaire. Troisièmement, j’imaginais (stupidement) que ma bonne connaissance – toute relative, n’ayant pas exemple pas jeté une oreille sur le dernier disque du trio belge, By Absence Of The Sun – du groupe et le fait de les avoir déjà vu en live à six reprises me permettraient de pondre un article convenable en me basant uniquement sur mes souvenirs de la soirée.

*: Faisant partie des gens considérant d’un œil mi goguenard, mi agacé les caméra(wo)men amateurs passant la moitié du concert à filmer la scène avec leur smartphone, j’ai pris bien soin de ne pas pouvoir être identifié à cette catégorie de personnes (merci Gopro).

Toutes ces raisons, développées a priori du concert, m’ont amené à assister à ce dernier « les mains dans les poches » (sauf au moment d’applaudir, évidemment). Pour recevables qu’elles étaient, j’avais cependant le sentiment désagréable de n’avoir pas été au fond du problème, et de ne pas avoir identifié la véritable cause de ce comportement réfractaire. Cette question m’a travaillé pendant toute la semaine, et après d’intenses ruminations, je pense avoir finalement touché le cœur du problème: si je n’ai pas pris mon équipement ce soir là, c’est que je n’avais pas vraiment envie d’écrire un article sur ce concert. Tu parles d’une auto-analyse! Freud aurait été fier de moi (même si je suis à peu près sûr que ce manque d’envie n’avait absolument rien à voir avec quelque guéguerre intime entre le ça, le moi et le surmoi – du moins je pense – ).

Une fois cette première étape atteinte, il fallait essayer d’aller plus loin. Pourquoi diable n’avais-je pas eu envie d’écrire un billet sur ce concert? Triggerfinger est un groupe que j’aime énormément et dont les performances scéniques sont toujours mémorables: le trio apparaissait donc de prime abord comme un candidat idéal pour ce genre d’exercice. Et pourtant, cette fois, ça n’avait pas suffi à me convaincre que le jeu en valait la chandelle. Certes, mon emploi du temps est beaucoup plus chargé qu’il ne l’était au moment de la création de ce blog**, ce qui peut expliquer en partie ma réticence à prendre la plume pour relater cette n-ième rencontre avec les pistoleros d’Anvers, d’autant plus que je devais terminer l’article consacré à la deuxième Cigale de Christine And The Queens. J’ai de plus quelques honteux précédents de concerts non-chroniqués pour cause de fainéantise crasse et de procrastination éhontée (Junip au Trabendo, Neil Young à Bercy, The Jezabels à la Maroquinerie, sans compter cette série d’articles sur l’Eurovision qui n’a jamais dépassée le stade de l’ébauche…): il n’est pas impossible que ces malheureux exemples (que je regrette mais avec lesquels j’arrive très bien à vivre) aient joué un rôle dans ma décision de passer sous silence cette soirée à la Batterie. Tous ces éléments de conjoncture apportent des justifications recevables, mais ne suffisent pas à expliquer à eux seuls cette surprenante regimbade, qui condamne de fait ce concert à un oubli plus ou moins rapide***.

**: Souvenir ému de l’été-automne 2012, où j’ai pu assister à 6 festivals et 17 concerts et faire un live-report pour chacun d’entre eux… L’inactivité professionnelle n’a pas que des mauvais côtés.

***: Ce blog a été en grande partie créé pour faire office d’aide-mémoire détaillé et illustré, votre serviteur ayant constaté avec effroi que ses souvenirs des concerts auxquels il avait assisté auparavant s’étaient changés en magma informe d’images et de sensations à plus ou moins brève échéance. 

La vérité est que je n’ai pas écrit ce live-report parce que je ne savais pas quoi raconter de nouveau par rapport aux quatre précédentes chroniques consacrées à Triggerfinger (Solidays, Vieilles Charrues, Ronquières, Nouveau Casino). J’avais l’impression d’avoir déjà abondement exprimé toutes les raisons pour lesquelles je pensais qu’il s’agissait d’un groupe exceptionnel, possédant un répertoire capable de séduire au delà des fanatiques du stoner rock, composé d’individualités fortes, incroyablement charismatiques et absolument complémentaires, et dotées d’une présence scénique hors du commun, due autant à leur talent de musiciens qu’à leur générosité et à leur tendance à la déconnade (qui n’a jamais vu Mario se coincer le nez dans son charley ou Mr Paul poser en caleçon pour une contreplongée audacieuse devrait suivre de plus près les Triggerfinger). Tout ceci, je l’avais déjà raconté à quatre reprises, en développant plus ou moins certaines parties au gré des performances, de mes souvenirs de ces dernières et de mon état d’esprit au moment de l’écriture. Et même si mon dernier live-report consacré aux Trig’ remonte à presque deux ans maintenant, je ne pensais pas avoir assez renouvelé mon approche du sujet pour pouvoir me fendre d’un article répondant aux critères d’originalité que je me suis fixé pour ce blog.

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À y réfléchir, le cas Triggerfinger n’est pas la première fois où ce problème s’est posé. Je me souviens que l’écriture du live-report du concert des Of Monsters And Men à l’Olympia en Juillet 2013 m’était apparue comme une corvée sans nom, quand bien même je n’éprouvais, et n’éprouve encore aujourd’hui, que de l’affection pour cette sympathique kyrielle d’Islandais. Résultat: un article où j’avais lourdement suggéré que le groupe tournait maintenant avec le pilote automatique, symptôme révélateur d’une trop longue tournée, sans cesse rallongée de nouvelles dates pour capitaliser sur l’engouement populaire suscité par OMAM. Avec le recul, je pense que je n’aurais pas du écrire ce billet, pour lequel j’ai du recourir à la critique à peine voilée pour me démarquer un tant soit peu du live-report rédigé à l’occasion du Trianon de Mars 2013. Le fait que le groupe ait choisi de conserver pratiquement la même setlist d’un concert à l’autre n’a évidemment pas joué en ma faveur, mais ne justifiait pas mon parti pris agressif: ce deuxième concert était d’un très bon niveau, et je n’avais pas le droit de le critiquer pour la simple raison que j’avais eu la chance de voir Of Monsters Of Men à deux reprises auparavant. S’il y a une quatrième fois, je prendrai bien soin de peser le pour et le contre avant de décider de coucher – ou non – mon expérience par écrit.

Il ne s’agit pas là de s’assurer de ne poster que des articles élogieux, ce qui réduirait l’intérêt de ce blog à néant, ou peu s’en faut. Je me réserve le droit de faire part de ma déception quand j’estime que celle-ci à des raisons valables et qu’il pourrait être intéressant de la partager avec autrui. L’objectif est de savoir quand un article de ma part n’apporterait rien de nouveau, pour cause de redite plus ou moins franche de précédents billets. Dans ces cas là, j’estime plus pertinent de faire jouer mon droit (devoir?) de retrait.

Pour la plupart des artistes auxquels j’assiste aux concerts, cela signifiera deux, voire trois couvertures maximum sur une période donnée (disons un an, soit la durée moyenne d’une tournée internationale). Le premier article traite de la découverte (sur scène ou tout court, on n’est jamais à l’abri d’une bonne première partie) d’un nouveau talent, et joue sur le registre de l’émotion et du ressenti plutôt que sur celui de « l’érudition ». Le deuxième article, celui de la confirmation, se base généralement sur une connaissance plus conséquente, et permet donc d’entrer davantage dans le détail de la performance. C’est également l’occasion de documenter sérieusement le concert, en filmant et en enregistrant le set. Le troisième article enfin, est celui de la comparaison: je reprends la logique du second billet et essaie de voir s’il y a eu des évolutions par rapport au concert précédent.

Pour Triggerfinger, la limite à ne pas dépasser était donc quatre. Pour Of Monsters And Men, elle était de deux (et a malheureusement été franchie). Pour Susanne Sundfør… j’espère honnêtement ne jamais le savoir, et encore moins l’excéder. Je pense avoir encore de la marge ceci dit…

Il n’y aura donc pas d’article sur la soirée du 7 Octobre 2014 à la Batterie sur S.A.U.S.O.R.O., et je pense que c’est beaucoup mieux ainsi. Ce concert fut malgré tout très agréable (excepté les petits problèmes de sonorisation du micro de Ruben), avec des nouveautés par rapport au Nouveau Casino mais suffisamment de classiques pour: 1) permettre au fan obsolète que je suis de ne pas être complètement paumé, mais aussi pour 2) convaincre le rédacteur que je suis également de consacrer ses soirées à autre chose qu’à l’écriture d’un compte-rendu détaillé, imagé et drolatique (on y croit) de cette sixième représentation des Triggerfinger. Je suis, que voulez-vous, sous mes abords décontractés et un brin rustiques, un être complexe. Mon seul regret dans toute cette histoire: n’avoir du coup pas la possibilité de dire tout le bien que j’ai pensé d’Astonvilla, première partie de luxe que les amateurs pourront retrouver au Trianon le 21 Octobre prochain, afin de fêter dignement les 20 ans de ce discret monument du rock français. Ah bah tiens, j’ai réussi en à parler quand même. L’honneur est sauf. 

CHRISTINE AND THE QUEENS @ LA CIGALE (01.10.2014)

La Cigale: c’était donc là que tout se passait. Il flottait un parfum d’été sur Pigalle en cette fin d’après-midi, la première du mois d’Octobre 2014. Deux ans plus tôt, presque jour pour jour, l’occupante du 122, boulevard Rochechouart ouvrait pour les Naive New Beaters dans une petite salle d’Aulnay sous Bois. Seule en scène avec son mac, elle avait réussi à embarquer dans son univers so freaky la trentaine de personnes s’étant déplacée pour  la pop electro festive et débraillée du trio de L.A. Une performance remarquable, révélatrice d’un potentiel immense et encore sous-exploité. Six mois plus tard, un Nouveau Casino plein comme un œuf accueillait le premier concert en tant que tête d’affiche de CATQ. Puis vint le 3ème EP, la nomination aux Victoires de la Musique, le premier album, les Olympias et les festivals. Une montée en puissance régulière et irrésistible, dont les deux soirées à la Cigale constituent une étape logique et attendue par les nombreux fans franciliens des Queens. Narcissus is back in town, darlings.

Resté sur la capitale après sa participation à la finale Inrocks Lab 2014, l’annecien BENY LE BROWNIES, pépite délaissée de l’ETG dans son jeune temps, eut la lourde tâche de chauffer une salle assez indifférente, seulement armé de son micro et de sa demi-casquette blanche. Difficile en effet de s’attirer les faveurs du public de la reine Christine quand tu donnes dans le rap naturaliste français, et à plus forte raison quand une sonorisation imparfaite rend inintelligible la moitié de ton flow. D’une humeur magnanime, le parterre de la Cigale se prêta toutefois au jeu des gimmicks avec juste assez d’énergie pour éviter le flop complet à Beny (merci pour lui). Une flopée de Mollares* fut donc mollement échangée en conclusion de la demi-heure de concert du Brownies, qui revisita également et le J’ai Mal Au Mic d’Oxmo Puccino (référence évidente et assumée, à défaut d’être égalée), et le style chorégraphique de Christine sur Don’t Stop ‘Til You Get Enough avant de repartir en coulisse sous les applaudissements du public. C’est ce qu’on appelle réussir sa sortie.

*: N’a pas l’élégance de Kiss My Crass qui veut.

Beny le Brownies 1

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Débarrassée des platines du DJ de Beny le Brownies, la scène de la Cigale apparaissait curieusement vide pendant l’entracte, seules deux petites estrades placées en retrait de la cour et du jardin indiquant la prochaine arrivée de CHRISTINE AND THE QUEENS (ou plutôt de ses musiciens). Seuls indices laissés par l’équipe technique pendant l’entracte: une poignée de paillettes dorées et une lampe dotée d’une ampoule évoquant plus la boule de cristal de Madame Soleil que la composante de ton plafonnier Ikea GÅSGRUND de base, ami lecteur; toutes deux abandonnées sous le nez du premier rang d’une fosse entrant tranquillement en ébullition à mesure que se rapprochait l’heure fatidique.

Pourquoi tant d’espace me demanderez-vous? Eh bien, mais pour danser pardi! La démonstration en fut faite dès le premier morceau du set, un Starshipper à mi-chemin entre performance « à l’américaine » et danse contemporaine. Encadrée par ses deux danseurs, Christine plaça ce début de concert sous le signe de l’intensité scénique (magnifique Half Ladies à la chorégraphie synchronisée avec la projection sur le fond de la scène). En choisissant de commencer son tour de chant par trois de ses morceaux les plus forts (Starshipper, Half Ladies et IT traitent tous trois du rapport à son corps et à son sexe), elle donna également à cette introduction des allures de manifeste, en rappelant l’importance et l’influence des Queens dans et sur son projet.

CATQ 3

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Passé ce triptyque inaugural, qui ne fut en rien aussi pesant que ce que le dernier paragraphe peut laisser à penser – je n’ai pas le talent de Christine pour concilier profondeur du message et excellence de la présentation -, débuta la partie « reprises » du show. On commença donc par les Paradis Perdus de Christophe*, premier morceau « statique » du concert, mais dont le plébiscite n’en fut en rien amoindri. Puis vint la séquence R’N’B, comprendre les Photos Souvenirs de William Sheller, pendant l’interprétation desquelles on put vérifier que le public était toujours totalement largué à partir de Passy (laisse-nous encore un peu de temps Christine…). Christine (que j’inclus dans cette séquence reprise, car je la considère être celle de Cripple) nous permit de faire la connaissance Léonii-iii-ii-iie, Xavie-e-er et Johaa-aaan. Enfin, un Amazoniac (Yves Simon) un peu bâclé vint clore ces vingt minutes d’hommages aux glorieux aînés.

La vitesse de croisière atteinte et la glace brisée depuis longtemps (note: Christine chante bien, danse bien et sait faire rire son public), la setlist se mit à alterner les tempos et les époques, en commençant par l’incontournable Narcissus Is Back de l’EP Mac Abbey. Suivit Ugly-Pretty, où le balcon se leva effectivement, puis l’inédit Intranquillité/Dessassossego (futur grand classique). Saint Claude fit retomber la pression pour quelques minutes de quasi-recueillement quasi-lacrymal, avant que The Loving Cup ne fasse remonter en flèche l’attitudomètre de la Cigale. Enfin, Here – et son superbe clip vidéo – vint, comme sur l’album, conclure une prestation impressionnante de maîtrise, de générosité et d’émotion. Enfin, quand je dis conclure…

CATQ 6Car vous vous doutez bien que le public ne laissa pas partir CATQ aussi facilement. Nous eûmes ainsi droit à deux rappels: le premier constitué d’une version piano voix de Safe & Holy où Christine, sain(t)e et sauve dans son halo de lumière, démontra avec brio que la reine des arrangements électroniques maîtrisait également les arcanes de la performance acoustique. Nuit 17 À 52, dans un second temps, permit (enfin) à la Cigale d’accompagner son idole de manière audible, tout en dégainant pour l’occasion qui son iPhone X (pour les plus riches), qui son briquet (pour les fumeurs), qui son gadget lumineux (pour tout le reste). Et n’en déplaise à la principale intéressée, il y avait plus que quelques étoiles.

Le deuxième rappel ne tint qu’en un seul morceau, dont le titre résumait à lui seul la soirée presque écoulée. Assise sur le piano, son fameux bouquet de fleurs à la main, Christine nous initia tous à la Chaleur Humaine. Le tonnerre d’applaudissements qui accueillit cette ultime chanson permit de prolonger le plaisir de quelques mesures a cappella de The Way You Make Me Feel. Un concert de Christine And The Queens sans Michael Jackson? Impensable voyons.

*: En lequel Christine s’était déguisé lors du morceau précédent, Science Fiction, à l’aide d’une paire de lunettes rondes. En tout cas, c’est comme ça que je le vois. 

CATQ 7Setlist Christine And The Queens:

1)Starshipper 2)Half Ladies 3)IT 4)Science Fiction 5)Paradis Perdu (Christophe Cover) 6)Photos Souvenirs (William Sheller Cover) 7)Christine 8)Amazoniac (Yves Simon Cover) 9)Narcissus Is Back 10)Ugly-Pretty 11)Intranquillité/Dessassossego 12)Saint Claude 13)The Loving Cup 14)Here

Rappel 1:

15)Safe And Holy 16)Nuit 17 À 52

Rappel 2:

17)Chaleur Humaine

Que retenir de cette soirée à la Cigale? D’abord que CATQ n’en finit plus de confirmer son potentiel, et qu’elle est désormais une des jeunes chanteuses les plus accomplies et les plus enthousiasmantes de la scène française. Ensuite que sa « très longue première partie se passant extrêmement bien » (sic) risque fort de se poursuivre longtemps, juste et logique reconnaissance venant couronner un parcours sans faute. Enfin qu’il faut aller voir (et revoir) Christine, ses danseurs et ses musiciens sur scène, qui constitue leur milieu naturel et dans lequel ils font véritablement vivre les magnifiques morceaux de la première. Profitez-en, la tournée se poursuit. 2014 restera freaky jusqu’au bout, baby.

STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 2 (26/27/28.06.2014)

Après une nouvelle « nuit » passée à essayer de dormir, suivie d’une nouvelle matinée passée à essayer de se réveiller, il était temps d’aborder le grand final de cette neuvième édition du Steinkjerfestival. Sur le papier, la conclusion de ce samedi paraissait bien plus attrayant que le programme des premières heures, mais, et c’est la magie de ce type d’évènement, il s’avéra que la qualité resta aussi homogène que haute de 15h à 01h du matin. Que demande le peuple?

Samedi midi au camping du Steinkjerfestival: même plus besoin de sortir de la tente!

Samedi midi au camping du Steinkjerfestival: même plus besoin de sortir de la tente!

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Le samedi est un jour un peu spécial au Steinkjerfestival, en ceci que les organisateurs transforment le site en gigantesque aire de jeux pour têtes (forcément) blondes en début d’après-midi, avant de rebasculer en mode musique pour le reste de la journée. Entre les ateliers de maquillage, les stands de jeux, les spectacles de rue, l’école de cirque et les tours de poney, il y en avait vraiment pour tous les goûts. Pour ma part, j’ai simplement regretté que le tremplin musical dont j’avais été témoin au cours de ma dernière visite ait été annulé, même si un grand nom de la scène norvégienne avait été invité en guise de remplacement.

En effet, MARTIN HAGFORS faisait office de clou du spectacle pour cette première partie de journée, et monta sur la NTE Scenen à 16h pour le plus grand plaisir des 3 – 10 ans. Si vous ne connaissez pas le personnage, sachez qu’il s’agit d’un chanteur américano-norvégien que l’on pourrait qualifier d’engagé (Company Oil, Blood For Oil, Freedom For The Hounds), et dont le dernier album (I Like You) était vraiment excellent – et je ne dis pas ça parce qu’il a été produit par Lars Horntveth et que Susanne Sundfør (1ère) a fait les chœurs sur deux morceaux – . Avec sa voix plaintive, son éternelle casquette militaire et ses participations à des rallyes politiques, Hagfors s’inscrit dans la droite lignée des chanteurs de folk américains, de Woody Guthrie à Peter Seeger. Mais ça, c’était avant.

Car Martin Hagfors a plus d’une corde à son arc, et n’était certes pas venu, comme vous vous en doutez bien, titiller le sens civique des bambins de Steinkjer. Ayant multiplié collaborations et projets musicaux au fil des années, le Hagfors version 2014 (spécialisé dans la chanson enfantine) était venu présenter son spectacle à succès MEG OG KAMMERATEN MIN (traduction: moi et mon copain) en compagnie de son complice Håkon Gebhardt – ex Motorpsycho – . Il n’y a qu’en Norvège que ce grand écart artistique est possible*, la chanson pour enfants étant perçue comme un sous-genre dans de nombreux pays (la France y compris), et ses interprètes passant toute leur carrière à creuser ce sillon.

*: La littérature est également concernée: le grand Jo Nesbø lui-même a ainsi débuté une série pour enfants, dont le premier tome porte le nom évocateur de « Doktor Proktors prompepulver », soit « La Poudre à prout du professeur Séraphin » en VF. Ca te fait rire couille de loup? L’équivalent français de cette digression juvénile pourrait être Serge Brussolo, avec ses séries Peggy Sue et Sigrid, encore que ces dernières s’adressent plus à un public adolescent qu’enfantin.

Martin Hagfors

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Quoi qu’il en soit, il fallait parler couramment le norvégien et avoir au choix moins de 99 mois ou plus de 99 ans pour apprécier pleinement la mini comédie musicale donnée par Hagfors et Gebhardt, apparemment articulée autour du personnage du « Roi des rats » (figurines en mousse à l’appui), d’après le peu que j’en ai compris. Ne répondant à aucun de ces deux critères, j’ai rendu ma carte d’adhérent après une petite demi-heure, découvrant sur le chemin du retour à la tente une effroyable nouvelle placardée sur les portes de l’Eglise: INGRID, souffrante, annule son concert solo dans le dit lieu consacré. Helvete!

Consolation importante, le concert de Highasakite (le groupe dont Ingrid est la chanteuse) était lui maintenu. Attendant beaucoup de l’une et l’autre prestation, je fus très déçu de ce coup du sort, même si avec le recul (et la découverte du premier et unique album de Mlle I.) je me demande bien ce à quoi le récital de la grande prêtresse lucanophile – ce terme existe – aurait donné. Non pas que Babylove soit mauvais, bien au contraire, mais ce n’est pas le genre d’album qui passe très bien en live à mon avis (à moi de faire une fixation sur l’huile de moteur et/ou la bière istanbuliote). À toute chose malheur est bon cependant, puisque ce désistement me permit de découvrir un groupe que j’avais déjà zappé lors de l’édition 2012 (et croyez bien que je le regrette maintenant, car il est beaucoup plus sympa que D.D.E.).

Mais remontons d’abord un peu le temps, pour revenir au premier concert de la journée. La suppression du tremplin musical du samedi matin n’ayant pas été si sèche que ça, le créneau de 15h avait été réservé aux vainqueurs d’une sorte de concours local, qui se trouvèrent être les SUGARFOOT. C’est ainsi que, en plein milieu du centre aéré géant qu’était devenu le Steinkjerfestival à ce moment précis de la journée, et avant que Meg Og Kammeraten Min n’investisse les lieux, la NTE Scenen accueillit un authentique groupe d’ americana-country (j’en veux pour preuves le fait que 1) l’un des musiciens jouait de la steelpedal et 2) ce même musicien aurait pu remporter le concours de sosies de David Crosby – période CSNY – même s’il s’était (presque) coupé les cheveux). Malgré une audience famélique – bizarrement, les enfants n’aiment pas ce genre musical -, la performance du sextuor fut tout à fait honorable, avec quelques envolées instrumentales savoureuses.

Et non, cette photo n'a pas été prise pendant les balances...

Et non, cette photo n’a pas été prise pendant les balances…

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Il y a des musiciens qui semblent prendre un malin plaisir à braver crânement les règles les plus élémentaires du marketing et de la communication promotionnelle. Même s’ils prouvent ce faisant leur détachement (admirable) par rapport aux trivialités que sont la course à la médiatisation et à la reconnaissance du grand public, réservant leur art à la poignée de happy few ayant eu le bonheur de les découvrir aux hasards des courants et des rencontres, je ne peux m’empêcher de penser que cette attitude est plus dommageable qu’autre chose, et que les ayatollahs de l’obscurantisme seraient toujours mieux inspirés de ravaler leur pureté nihiliste pour, ne serait-ce qu’une fois dans leur parcours, se plier aux règles du jeu de l’industrie musicale.

Par exemple, en se dotant d’un nom de scène un minimum « Google-friendly », ce qui constitue un atout considérable dans notre monde méga-connecté et hautement concurrentiel. Je m’étais fait cette réflexion il y a quelques temps déjà – après avoir passé quarante-cinq minutes à chercher, sans grand succès, le site de Indians à la suite de son concert au Café de la Danse en première partie de Perfume Genius – et ma position sur le sujet n’a pas bougé d’un iota depuis. Le fait que je vienne de perdre une demi-heure à localiser la page Facebook* de THE SOUTH n’est sans doute pas étranger à ce conservatisme militant. Mais laissez moi vous dire que ça en valait la peine.

Pourquoi? Parce que les gars de The South font du rock comme plus personne (ou presque) en fait de nos jours, en tout cas pas en Europe et pas à un tel niveau de maestria. Le côté sudiste du groupe s’exprime en effet par son amour immodéré pour le jeu à deux ou trois guitares électriques, les improvisations géniales et prolongées, et les prestations live faisant primer la qualité sur la quantité des morceaux joués (quatre en tout et pour tout en cinquante minutes).

Vous l’aurez compris, le Sud dont on parle ici est celui des Etats-Unis, de la fin des années 60 au milieu des années 70, à l’époque où le Grateful Dead chassait l’alligator en chantant des hymnes solaires, où Lynyrd Skynyrd prenait la défense de l’Alabama et ouvrait la cage aux oiseaux, et où la bande des frangins Allman faisait les trois huit au Fillmore East. Pour autant, il serait aussi mal avisé que réducteur de cantonner The South à cette ascendance illustre, nos compères étant tout à fait capables de s’illustrer dans d’autres styles, comme ils le prouvèrent avec l’introductif No Escape/Don’t Let Go, crossover réussi entre Echoes de Pink Floyd et Daylight Again de Crosby, Stills and Nash. Mais oui.

Mené par le virtuose barbu Alexander Pettersen et par la charmante Ida Jenshus, qui, en bonne copine, fit office de choriste/tambouriniste de luxe le temps d’un concert (et plus important, m’a permis de retrouver la trace du groupe sur le net par simple effet d’association, merci Ida), le sextuor imposa son approche vintage avec brio et passion et fut récompensé de son investissement par une foule nombreuse et enthousiaste. Je recommande vivement l’écoute de leur dernier album, …The Further Out You Get, qui ne vaut évidemment pas une performance live mais vous donnera sans doute l’envie pressante de découvrir The South sur scène. Si l’occasion se présente, ne la laissez pas passer.

*: Et comme si ça n’était pas assez dur comme ça, le groupe a eu la magnifique idée de publier un deuxième album éponyme. La Norvège n’est pas les pays des trolls pour rien.

The South 2

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Les trois heures qui suivirent se révélèrent moins passionnantes. Sur Rismelen et sous un beau soleil, MARIA MENA remplit de bonne grâce le quota de pop gentillette de cette édition 2014 (deux ans plus tôt, c’était Gabrielle). Même avec la meilleure volonté du monde, difficile de se satisfaire de ce genre de soupe quand on a fait 1700 bornes pour venir. Avec le recul, je pense que ça aurait beaucoup mieux donné en acoustique sur la scène de Klubben, mais les têtes d’affiche ont un rang à tenir, après tout.

Plus tard, le combo américano-danois REVEREND SHINE SNAKE OIL CO., sans doute abandonné dans la baie de Steinkjer par le Gulf Stream, essaya sans grand succès de convertir les habitants du cru à leur mélange de jazz/gospel/funk expérimental, sans doute un peu trop pour un dimanche après-midi et un festival familial. Claudius – Angeryman – Pratt eut beau mouiller la chemise avec application (sur les vingt minutes auxquelles j’ai assisté, le bougre a bien du perdre 8 litres de sueur), occuper la scène avec l’énergie de James Brown et beugler dans son mégaphone avec la hargne de Tom Waits, la sauce ne prit pas vraiment, et nous nous retrouvâmes donc nombreux à faire la queue pour assister au concert de MONICA HELDAL, brindille folk qui eut bien du mal à se faire entendre au dessus du brouhaha causé par les allers et venues ininterrompues entre l’intérieur de Klubben et les autres points chauds du Steinkjerfestival (la buvette, les stands nourriture, la consigne, le vendeur de goodies, les toilettes et la prestation du Reverend Shine, par ordre de popularité décroissant).

En raison de cette affluence record, je garde un souvenir assez flou de la performance de Miss Heldal et de ses musiciens, dont un guitariste lead assez impressionnant. J’en ai toutefois assez vu et entendu pour savoir que cela m’aurait sans doute beaucoup plus dans des conditions plus favorables. Les mystères du cerveau humain… J’eus également le privilège de voir passer l’organisateur de l’évènement, Svein Bjørge en personne, toujours impressionnant dans ses cuirs noirs. C’est par où le Mur, ser?

Hé, vous êtes passés où les gars?

Hé, vous êtes passés où les gars?

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À 21h15, retour à la NTE-Scenen pour réserver une place de choix pour LE concert de la journée, voire du festival en ce qui me concernait, celui de HIGHASAKITE. Malgré mon arrivée précoce (le coup d’envoi étant prévu pour 22h), je m’étais attendu à côtoyer plus de monde pendant ma veille au pied de l’estrade, mais la venue de la quintette magique à Steinkjer n’était  visiblement pas aussi attendue par les locaux que je l’avais supposée, puisqu’il fallut attendre le dernier quart d’heure pour qu’enfin l’auvent se bonde (p*tain c’est beau, on dirait du Bashung). Etonnant, au vu de la qualité soutenue (et croissante qui plus est) de la production du groupe, de son passage remarqué au Spellemannprisen 2013, et des racines Trondheimoises (mais oui ça passe) du combo.

Dès les premières note, je compris que l’on allait évoluer à un tout autre niveau que celui du mini showcase parisien d’Octobre 2013, réalisation attendue et espérée de ma part, mais dont l’immédiate confirmation ne fit qu’empirer mon écœurante satisfaction d’avoir une nouvelle fois cédé à l’appel des sirènes du Nord-Trøndelag. Et dire que j’avais bien failli ne pas faire le déplacement cette année pour une bête histoire de partiels. Sainte Ingrid, pardonne ce manque de foi passager, on ne m’y reprendra plus.

Nimbée de lumière trouble et d’un informe kimono-sweater, Håvik livra une prestation aussi intense que réservée, s’autorisant un sourire fugace entre chaque morceau en réponse des rugissements approbateurs de la foule. Prophétesse du steel-drum et de l’autoharpe au charisme magnétique, ses grands yeux bruns rêveurs perdus dans la contemplation d’horizons plus proches de la côte est américaine que de la table de mixage, Ingrid démontra pleinement qu’elle était l’âme et le cœur de Highasakite, et sans doute beaucoup plus que ça. On en reparlera dans 10 ans.

Highasakite 2

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À ses côtés, répartis par paires de part et d’autre de leur égérie, ses comparses se contentèrent de livrer une partition parfaite, leur professionnalisme discret mettant magnifiquement en valeur la richesse des arrangements de Silent Treatment, dont l’essentiel (Lover…, Leaving No Traces, Hiroshima, I, The Hand Grenade, Darth Vader, The Man on the Ferry, sans oublier les incontournables Since Last Wednesday et Iran) fut présenté en cette donc merveilleuse soirée du 28 Juin, ainsi que l’impressionnante présence scénique de leur meneuse.

Seul Kristoffer Lo, excentré sur l’aile droite de la scène, se permit quelques excentricités de bon aloi, comme souffler dans son flugabone comme s’il s’agissait de la trompette du jugement dernier, pour le plus grand plaisir des photographes présents en nombre dans la fosse des videurs. Cerise sur le gâteau, le groupe répara une bonne partie des dégâts émotionnels causés par l’annulation du concert d’Ingrid plus tôt dans la journée en interprétant une version superlative du meilleur morceau de Babylove, Marianna*.

Mission remplie donc avec brio pour les Highasakite, qui repartirent de Steinkjer sous les ovations méritées d’un public enthousiaste et conquis. Il ne reste plus qu’à espérer que le vent les pousse une nouvelle fois jusqu’à la France pour un petit concert, si possible dans de meilleures conditions que le premier en date. Un vœu pieux? Nous verrons bien…

*: Etrange comme les artistes norvégiennes sont capables de sublimer les sujets les plus glauques. Marianna raconte en effet pratiquement la même histoire que O Master (Susanne Sundfør, 2ème), celle du meurtre sordide d’une femme, possiblement par un amant/souteneur jaloux. 

Highasakite 1

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La nuit commençait à tomber doucement à mon retour devant Rismelen, pour le concert de la dernière tête d’affiche du festival. Et à propos de tête, celle de TIMBUKTU (car c’était lui), s’étalait de profil par 5 mètres sur 10 en fond de scène, comme le logo d’une bouteille de shampoing Schwartzkopf passé au microscope. Grosse poilade à l’arrivée, le bonhomme en question devant culminer à 1 mètre 65, casquette comprise*. Cherchait-il à surcompenser quelque chose? Le débat reste ouvert. Le mérite de l’artiste n’en est, lui, que plus grand, car il ne doit pas être facile de s’imposer comme une des références du hip-hop (genre musical dont les représentants masculins ont tendance à être taillés comme des armoires à glace) scandinave (région du monde où le rachitisme débute en dessous de 1 mètre 80) quand on a la carrure de Chantal Goya. Respect.

Accompagné du groupe Damn, formation instrumentale incorporant une section de cuivres, ce qui est toujours une bonne idée, le petit Prince de Suède vint confirmer son statut de méga star régionale, conquérant la foule de Steinkjer en deux temps, trois mouvements. Pour le grand néophyte que j’étais en la matière, je dois reconnaître que la prestation fut tout à fait appréciable, même si j’avoue n’avoir pas compris un seul mot en une heure et quart de show. Il va vraiment falloir que je me mette au suédois. L’énergie déployée par le farfadet à moustache, sa générosité dans l’effort et son flow énergique furent autant de raisons qui me poussèrent à rester jusqu’à la fin de sa performance, et même à attendre le rappel du rappeur. Ca, et le secret espoir – hélas non réalisé – qu’il récompense ses fans Norvégiens en interprétant Kapitulera, tube de 2011 sur lequel il avait convié – je vous le donne en mille – Susanne Sundfør (3ème). On ne peut pas gagner à tous les coups.

*: 163,9 centimètres, pour être tout à fait exact. Selon cet article, ce manque d’envergure aurait même constitué un motif de rupture avec une de ses anciennes petites amies.

 Timbuktu

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En conclusion de cette édition 2014, le quatuor rock BLACK DEBBATH (toute ressemblance avec un nom de groupe dont le chanteur décapite les chauves-souris à coup de dents serait purement fortuite) se chargea d’enfumer la NTE-Scenen, bien aidé par son attirail délirant comprenant, entre autres, des pieds de micro customs munis de guidons de moto et de fumigènes intégrés. Black Debbath, c’est la rencontre entre SAMCRO (le chanteur du groupe, Lars Lønning, ressemble d’ailleurs étrangement à Ron Perlman) et les Monty Python sur fond de hard rock (che)velu, ou encore la déclinaison norvégienne de notre Philippe Katerine national : c’est très drôle si on comprend les paroles, un peu moins dans le cas contraire, mais il y a toujours moyen de passer un bon moment.

Black DebbathArmé de son maillet de président et secondé par l’impayable Egil Hegerberg (déjà présent à l’affiche du festival en 2012 en tant que Bare Egil Band), Lars tenta tant bien que mal de créer une antenne Black Debbath à Steinkjer. Je pense qu’il dut finalement y arriver, puisque nous avons tous voté (et oui) pour quelque chose à un moment du concert, probablement pour notre rattachement à la grande tribu BD, dont les membres fondateurs œuvrent chacun dans une demi-douzaine de projet séparés (je vous conseille de jeter un œil sur Hurra Torpedo, pour apprendre à jouer Total Eclipse Of The Heart dans/à la cuisine) et se réunissent de temps en temps pour évangéliser une nouvelle paroisse. Quoi qu’il en soit, ce fut une conclusion tout à fait à la hauteur de l’évènement, qui se termina dans la bonne humeur et l’émotion avec une standing ovation pour Svein Bjørge. Pouvait-on rêver plus beau dénouement?

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Et c’est ainsi que s’acheva (pour moi en tout cas) l’édition 2014 du Steinkjerfestival. De retour sur les routes et les rails de Norvège le lendemain matin, j’ai quitté avec un pincement au cœur le Nord Trøndelag, direction Paris via Trondheim et Oslo. En conclusion de ce compte rendu, je ne peux que recommander à nouveau à tous ceux ayant l’occasion de faire le déplacement jusqu’à Steinkjer de réserver leur dernier week-end de Juin pour une virée chez les Vikings. Dépaysement garanti, environnement détendu, convivial et sécurisé, coups de cœur musicaux assurés et concerts d’exception : voilà une formule qui ne passera jamais de mode. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne rentrée à tous, et à vous donner rendez-vous pour une nouvelle année sonique sur le blog. Et je ne sais pas pour vous, mais le millésime 2014-2015 me plaît déjà énormément (et oui… 4ème). Vi ses!

STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 1 (26/27/28.06.2014)

Retour au pays. Deux ans après avoir découvert le Nord-Trøndelag à la faveur d’une excursion dans la petite ville de Steinkjer, je repris le chemin du Nord de l’Europe (et donc de la Norvège, étymologiquement parlant) pour un nouveau week-end d’immersion dans la musique et la culture scandinave. Une fois parvenu sur place, après cinq heures d’avion, une heure et demie de train et quatre heures de retard sur l’horaire programmé, il était plus que temps de monter la tente et de se diriger, d’un pas un peu las mais léger, vers le centre-ville de cette paisible bourgade de 20.000 âmes, afin d’inaugurer la neuvième édition du (désormais culte) Steinkjerfestival.

Comme il y a deux ans, la soirée du jeudi vit se dérouler le « kick-off » du festival sur la plus petite des trois scènes (Klubben). Devant un public encore peu fourni, et constitué en bonne partie des volontaires en charge de la majorité de l’organisation de l’évènement (bravo et merci à eux au passage), la scène locale put donner pleine mesure de son talent. Les aléas de la météo m’ayant conduit à rater quelques transferts entre Roissy et Trondheim, je ne fus en mesure d’assister qu’à la fin de la prestation du dernier groupe programmé, CLARION CALL.

Clarion Call 1Avec 19 ans d’existence au compteur, les Clarion figuraient parmi les vétérans de cette édition déjà riche en « vieilles » gloires (voir la suite du report). Emmené par la paire Aarlott (Gisle, fondateur et guitariste, et Andreas, chanteur*), le groupe  déroula sa progpop avec maestria. Evoluant dans le sillage du Pink Floyd gilmourien (The Division Bell) et du Marillion post-Fish, Clarion Call distilla ses compositions aux atmosphères planantes et chaleureuses sans la moindre fausse note, Andreas Aarlott (d’abord connu comme frontman de Creaminal et manager au centre multimédia de l’université de Trondheim à la ville) se révélant parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle et suppléant sans mal son homonyme au micro – jusqu’à cette année, Gisle Aarlott avait en effet la double casquette de chanteur-guitariste – . Venus avec deux choristes et quelques effets lumineux pour rehausser l’arrière de la scène, le groupe assuma sans frémir son statut de tête d’affiche de la soirée, et conclut ce premier jour de manière fort convaincante.

*: Aucun lien de parenté entre les deux compères apparemment.

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Le lendemain, après une matinée passée à tenter de récupérer du voyage (plus facile à dire qu’à faire au pays du soleil* de minuit quand on bivouaque dans une tente vert clair sur le territoire d’une bande de mouettes très démonstratives), et un début d’après-midi à flâner dans les faubourgs de Steinkjer (compter une demi-heure de marche pour épuiser le sujet) et à calculer le meilleur ratio apport calorifique/coût au Spar local, il fut enfin temps de se diriger vers l’église pour le premier concert de la journée. Première constatation une fois sur place: MODDI (car c’était lui) est une véritable star dans son pays natal, capable de remplir les 600 places du saint lieu en quelques minutes. Il faut dire qu’il s’agissait du premier concert de la chère tête blonde dans le Nord-Trøndelag, ce qui a forcément motivé les gens du cru à faire le déplacement. Pour ma part, relégué dans une contre-allée d’où l’on distinguait un peu la scène, jusqu’à ce qu’un couple de Norvégiens de taille standard (un petit mètre 85 de moyenne) encore plus en retard que moi ne décide d’investir le rang de devant, je ne pus que me jurer de m’y prendre plus tôt la prochaine fois, et remballer mes espoirs de prendre quelques images correctes en même temps que ma GoPro. Tant pis.

Thomas Jergel ©

Thomas Jergel ©

Beaucoup plus calme que lors de sa venue à la Flèche d’Or au printemps dernier, Moddi n’avait cependant rien perdu de sa bonne humeur communicative, et se fit un devoir d’abreuver les spectateurs de blagues tout au long de sa prestation (malheureusement, ma maîtrise imparfaite de la langue et le débit rapide du personnage se combinèrent pour me priver de la quasi-totalité de ce one man show drolatique, mais la gaieté est communicative, surtout avec un public aussi fourni). Venu avec sa fidèle choroncelliste (une choriste jouant du violoncelle, en abrégé), mais également un batteur, un bassiste et un pianiste, notre sympathique joker livra un set divisé pour moitié entre titres norvégiens et anglais. Parmi ces derniers, on put par exemple retrouver Poetry, Eli Geva et un conclusif – et incontournable – House by the Sea, tous déjà interprétés à Paris en Avril dernier. Cependant, nul besoin de préciser que le rendu à Steinkjer fut incomparablement supérieur, les instruments supplémentaires, l’acoustique du lieu et l’attention totale de l’audience se conjuguant pour accoucher d’une expérience proprement enchanteresse, même sans l’image. À la guitare ou à l’accordéon, seul ou accompagné, Moddi embarqua tout son monde dans son univers poétique, coloré et naïf avec une maîtrise consommée. À l’arrivée, les minutes filèrent une fois de plus trop vite (comme à chaque concert dans la Steinkjerkirke, une habitude définitivement douce-amère), et tout fut terminé beaucoup trop rapidement à mon goût. Ite, missa est.

*: Pour être exact, il faudrait plutôt parler d’une aube crépusculaire commençant tous les soirs à 23H et ne s’achevant qu’avec l’arrivée du soleil à 5H le lendemain.

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Arrivé à temps pour assister à la fin du set de FRIDA NATLAND, venue avec son groupe combler le vide entre Beth Hart et Ane Brun (entreprise louable, mais au final ni nécessaire, ni vraiment intéressante), je partis ensuite pour la grande scène (Rismelen), afin de découvrir les premières têtes d’affiche de l’édition, à savoir VIOLET ROAD. À 100 mètres, on aurait presque cru à une manifestation des Waterboys à leur grande époque, à condition toutefois de couper le son, car si l’exubérance vestimentaire de cette sympathique quintette quasi familiale évoquait fortement celle de Mike Scott et de ses ondins au début des années 80, les compositions du groupe n’approchaient en revanche pas, et loin s’en fallait, l’intensité et l’allant de la Big Music prêchée par leurs glorieux aînés. Amusante coïncidence, le dernier single des premiers, Face Of The Moon, n’allait pas sans évoquer le nom d’un des tubes des seconds, The Whole Of The Moon. Simple question d’échelle. Comme quoi, il ne suffit pas toujours d’un saxophoniste pour entrer dans la légende (même si ça peut aider).

De retour en avance sous le chapiteau de la NTE Scenen, je pus assister à l’installation du groupe au nom le plus long de cette édition, j’ai nommé CONOR PATRICK & THE SHOOTING TSAR ORCHESTRA. Le hasard faisant bien les choses, il s’agissait également de l’ensemble le plus populeux de ce cru 2014, laissant la concurrence loin derrière avec ses neuf membres réguliers, dont sept avaient fait le déplacement jusqu’à Steinkjer (et comme dans les films d’horreur, c’est toujours le joueur de bongo – noir – qui meurt le premier, mais je m’égare*). Dans une indifférence à peu près totale – comprendre que j’étais le seul péquenot sur place avec l’équipe technique – la troupe s’installa sur scène et procéda aux balances. Cette arrivée précoce fut apparemment remarquée et appréciée par le groupe, comme tu l’apprendras bientôt, ami lecteur, mais ne précipitons pas les choses.

*: Autre absent notable, le violoncelliste classique de l’ensemble.

CP&STO 1

Où sont les fans?

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À 20h30 précises, la joyeuse cohorte débuta son concert devant un parterre bien plus fourni qu’à mon arrivée, votre serviteur se trouvant logiquement au premier rang (à quoi bon arriver en avance si on ne peut pas choisir sa place?). La pop symphonique des Tsars Filants ne manquait certes pas d’allure ni de majesté, les huit comparses ne ménageant pas leur peine pour porter leurs morceaux jusqu’au point de fusion émotionnelle. Mention spéciale au joueur de glockenspiel (et oui, il y en avait un), qui réussit à rester à concentré et concerné d’un bout à l’autre du set. Oui je chambre, mais je ne suis pas méchant. Au centre de l’estrade, Conor Patrick, sa tignasse artistiquement négligée et son timbre de voix angélique laissèrent parler leur classe naturelle pour se poser en dignes successeurs des incontournables A-ha. Certes, parmi la petite dizaine de morceaux présentés en cette soirée du 27 Juin, aucun ne pouvait rivaliser avec les éternels Take On Me ou The Sun Always Shine On TV, mais tous se situaient bien au-dessus de tout ce que le trio Harket/Waaktaar-Savoy/Furuholmen a pu sortir au cours de leur dernière décennie d’activité en temps que groupe.

Arriva alors le moment de grâce. Rassuré par l’accueil favorable réservé par les festivaliers à ses créations, Patrick Conor descendit de la scène pour venir chanter au plus près du public, parqué comme de juste derrière les barrières de sécurité délimitant le no man’s land hanté par les vigiles et les photographes accrédités. Si, au regard du style du groupe, je ne fus pas surpris de voir son chanteur chercher à plonger son regard bleu pâle dans celui d’un(e) fan transi(e), je le fus en revanche bien davantage quand il s’avéra que j’avais été choisi pour être l’heureux élu de ce moment de communion. Oui, oui, vous lisez bien, Conor Patrick passa trente secondes de Calendar à me fixer droit dans les yeux, à cinquante centimètres de distance, et, ce qui est encore plus fort, ne regarda absolument personne d’autre jusqu’à son retour sur scène. Merci Steinkjerfestivalen pour cette parenthèse totalement improbable et absolument mémorable, qui restera comme un de mes moments forts de cette seconde excursion dans le Nord-Trøndelag.

CP&STO 3

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Retour ensuite à Rismelen, pour assister au show des CC COWBOYS, groupe apparemment culte à en juger par la récurrence des passages scandés par le public en même temps ou à la place du chanteur, sorte de sosie de Tom Barman avec des lunettes de soleil. En 2012, c’était D.D.E. qui occupait le créneau des anciennes gloires toujours chéries, comme si nos Téléphone nationaux se réunissaient pour une dernière tournée des festivals. Sans cette valeur ajoutée nostalgique, et faute de pouvoir comprendre les textes (tout était en norvégien), il me fallut bien reconnaître que le rendu n’avait rien d’exceptionnel. Je laissais donc les vieux vachers poursuivre sans moi, et me redirigeai vers la NTE Scenen, où je savais que m’attendais un trio plus à mon goût.

CC Cowboys 1

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À mon retour, les « three bitches from Sweden » (Greta, Stella et Sunniva Bondesson, les trois sœurs punkabilly de BASKERY) étaient déjà en train de s’installer sur scène. Présentes en 2012 à ce même festival et sur cette même estrade, le show qu’elles s’apprêtaient à donner avait donc une fort saveur de revenez-y. Sur place, je fis la connaissance d’un grand fan Norvégien, qui les suivait à la trace au hasard de ses déplacements en Scandinavie. Notre conversation, assez hachée, nous permit de passer le temps jusqu’au début du concert à proprement parlé, et je tiens à le remercier ici pour ces quelques minutes d’échanges conviviaux (ça m’étonnerait qu’il lise le français, mais on ne sait jamais).

Venues avec un nouvel album (Little Wild Life), les trois Grâces suédoises régalèrent le public avec une prestation maîtrisée de bout en bout. Contrairement à leur dernière visite, pendant laquelle Sunniva s’était exprimée uniquement en anglais, la triplette fit cette fois l’effort de communiquer avec son public dans sa langue, ce qui ne fit qu’accroître la sympathie de ce dernier envers les premières. Jouissant d’un statut à part à Steinkjer (il s’agit à ma connaissance du seul groupe rappelé par demande populaire d’une année sur l’autre), Baskery forgea un peu plus sa légende en effectuant un rappel – luxe rare en festival* – commencé par une chanson à boire suédoise a cappella (Bort allt vad oro gor) et terminé par une version dantesque de Out-Of-Towner. Signalons également la jolie reprise du Old Man de Neil Young, insérée dans la setlist, parmi les classique du calibre de The No No, Throw Me A Bone ou Here To Pay My Dues. En conclusion, un sacré bon moment, exactement comme espéré. À la prochaine les filles.

*: Et permis par l’absence de Blue Pills après elles sur la NTE Scenen.

Baskery 2

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Tout festival doit réserver des surprises à ses participants, et Steinkjer 2014 ne fit pas exception. Le petit livret détaillant le programme de l’année indiquait ainsi « ?? » à partir de 23h30 sur la scène Rismelen, et en l’absence d’alternative sur ce créneau, il eut été malpoli de ne pas aller voir ce qu’il en retournait. Imagine alors, lecteur, un concert des Bérurier Noir en norvégien, avec cosplays de catcheur mexicain et de faucheuse noire, combinaison lycra verte intégrale et cascadeurs déguisés en grands-mères, et tu auras une petite idée de ce à quoi ressemble un concert de HAT, groupe aussi culte que local. Comme pour les polonais de Behemot il y a deux ans, l’intensité du show pâtit quelque peu de l’étalement du public, dont une bonne partie se contenta de regarder à bonne distance les pogos éclater dans la « fosse ». L’affaire aurait été bien plus bouillante dans le Klubben, mais se serait certainement terminée en jus de boudin, étant donné le goût prononcé du groupe pour les effets pyrotechniques. Bref, une curiosité locale, mémorable à défaut d’être compréhensible.

Hat 2

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Dernière étape de ce vendredi, la scène NTE accueillait les récurrents (trois participations au cours des trois dernières années) OSLO ESS (prononcer Ouchlou S). Pour avoir suivi de loin l’activité du groupe depuis deux ans, et être resté plus d’une fois ébahi par la capacité d’abattage d’Åsmund Lande et de ses potes – 200 concerts par an tout de même -, je me demandais dans quel état serait trouver le combo punk le plus populaire de Norvège à l’occasion de ces retrouvailles. Au final, le charismatique Lande m’a semblé plus gaillard que jamais, insufflant un rythme d’enfer au show et assumant sans sourciller son statut de frontman avec une énergique bonhommie qui a sans doute quelque chose à voir dans le succès persistant rencontré par Oslo Ess auprès du grand public. Le batteur de la soirée, dont je n’ai pas retenu le nom, était également en grande forme, constat assez logique eut égard à son statut de touring member (le groupe n’a pas de percussionniste attitré). À la basse, Knut-Oscar Nymo et son éternel bonnet semblaient se contenter de la routine heureuse que représentait ce nouveau concert. Peter Larsson (guitare), avait lui une tronche de déterré et avait fait sien le détachement mi-halluciné, mi-goguenard que Keith Richards affiche depuis une décennie quand il joue avec les Stones/pour Mick Jagger, ce qu’il ne l’a pas empêché de livrer une partition tout à fait satisfaisante. Enfin, Einar Stenseng (clavier/harmonica) était juste parfait de désinvolture et de dandysme rock, promenant sa silhouette filiforme d’un bout à l’autre de la scène avec un détachement si artistement compassé qu’il en devenait presque éthéré (et ça aussi, je pense que ça contribue fortement au succès du groupe).

Oslo Ess 1

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Au niveau musical, on put retrouver le son punk-garage rock avec lequel les Oslo Ess se firent un nom en 2011 (Caroline évidemment), mais également quelques incursions intéressantes vers le ska, témoignage d’une curiosité manifeste envers d’autres univers que celui dans lequel nos quatre garçons évoluent à présent. Et ce ne fut pas la participation du rappeur OnklP (avec lequel Lande et Nymo ont formé le super groupe OnklP & De Fjerne Slektningene, et qui était sur les planches du Klubben avec ses comparses quelques heures plus tôt), qui contredira ce ressenti personnel. Qu’on se le dise, ce groupe en a sous la semelle, et ne peut qu’agréablement surprendre ceux qui chercheraient à le cantonner dans la niche punk (j’en veux pour preuve leur disque de live acoustique publié l’année dernière). Au risque de surprendre et même de choquer certains, je pense qu’Oslo Ess a largement le potentiel pour devenir le The Clash norvégien : ne manque plus que des textes plus engagés pour sauter le pas.

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À 1h et des poussières, et après une soirée entière de concerts et d’aller retour entre la grande scène de Rismelen et le chapiteau de NTE (le Klubben, ce sera pour demain), il était grand temps de regagner la tente pour recharger les batteries. Les plus convaincus purent se diriger vers le DJ set pour quelques heures de bonus, ou même accompagner le duo de buskers qui s’était judicieusement positionné juste à la sortie du festival (il en faut du courage/de la bière pour faire l’homme-orchestre à cette heure là, mes respects les gars), mais pour ma part, j’ai préféré jouer la carte de la sécurité: il aurait été dommage d’arriver lessivé le samedi (håhåhå). C’est sur calembour franco-norvégien que je te laisse lecteur : à bientôt pour la suite et fin de ce live-report. Vi ses!

SOIREE LONGUEUR D’ONDES @ LE PAN PIPER (16.05.2014)

Ces derniers temps, on s’est beaucoup posé la question de l’utilité de l’Europe, élections obligent. Et si le résultat de ces dernières, au moins en France, ne laisse pas vraiment matière à espérer des lendemains qui chantent du côté de Strasbourg, j’en suis le premier désolé car, voyez-vous, je suis un authentique europhile, encore que mon affection pour cette grande construction un peu bancale se réduise, il est vrai, à quelques secteurs bien précis. Je suis ainsi particulièrement attaché à la libre circulation des hommes et des marchandises à travers l’espace Schengen, ne serait-ce que parce que ces principes ont un impact certain sur le prix et la vitesse d’acheminement des CDs que je commande au Danemark ou en Finlande. Pour la question humaine, les enjeux sont encore plus importants, car je n’ose imaginer le nombre d’artistes qui se contenteraient de tourner seulement dans leur pays d’origine au lieu de se lancer dans des tours d’Europe (plus ou moins complets)  s’ils devaient, comme au siècle dernier, présenter patte blanche à la douane à chaque franchissement de frontière*. Dernier exemple en date (pour ma part): la soirée Longueur d’Ondes du 16 Mai dernier, dont le line-up aurait sûrement été très différent si l’Europe avait été l’entité embryonnaire que les partis nationalistes appellent de leurs vœux: avec un groupe d’Outre-Meuse et un autre ultralémanesque (je crée les gentilés que je veux) au programme, l’évènement avait en effet une allure indéniable de manifeste pro-européen. On en redemande.

*: À ce propos, il faudrait que quelqu’un se dévoue pour expliquer à Jonas Alaska que la Norvège fait partie de l’espace Schengen, et qu’il peut tout à fait envisager de venir jouer dans le reste de l’Europe, au lieu de réaliser la boucle Oslo-Stavanger-Bergen-Trondheim pour la 58ème fois de sa carrière.

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Piano Club 1Le premier acte de la soirée fut liégeois, le quatuor PIANO CLUB étant venu présenter son nouvel album, Colore, au public parisien. Annoncés par Serge Beyer (rédacteur en chef de Longueur d’Ondes et animateur mercuriel de l’évènement) comme la nouvelle sensation wallonne en matière de pop-rock, les Belges, pour n’être encore que peu connus par chez nous (sans doute une conséquence du maelström Stromae, qui risque de résumer toute la production musicale du plat pays pour le français moyen pour quelques mois encore), nous firent l’amitié de se déplacer avec armes et bagages afin d’assurer le spectacle. Leur set fut ainsi rehaussé par deux tapisseries de DEL placées de part et d’autres de la batterie, s’animant durant certains morceaux et transformant de fait la performance du Club en véritable spectacle de sons et lumières. L’ensemble aurait sans doute mieux rendu sur une scène plus imposante, comme celle des Francofolies de Spa, que le groupe investira bientôt, mais ne dépareilla en rien le Pan Piper non plus.

J‘ai tendance à ne retenir des artistes que je découvre sur scène que la valeur ajoutée qu’ils apportent par rapport à la concurrence, ou encore les éléments originaux les distinguant (en bien, évidemment) de ce que font leurs confrères et sœurs. C’est particulièrement vrai pour les groupes pop-rock composés d’individus masculins dont les chansons sont écrites en anglais, car ça n’est rien de dire que ce segment est particulièrement fourni. Devant une offre aussi dense, il est normal que les exigences du public s’élèvent, ce qui condamne de fait les impétrants à un niveau d’excellence permanent, sous peine de ne jamais percer ou de retomber rapidement dans l’anonymat.

Piano Club 3Dans le cas des Piano Club, l’atout principal du groupe réside à mes yeux dans la présence de trois vocalistes compétents et complémentaires, capables d’harmoniser de façon très convaincante sur le moindre bout de chorus. Ajoutez à cela un penchant assumé pour les compositions grandioses (M83 like), et vous obtenez une combinaison potentiellement tubesque. Autre point positif: le sens du groove du bassiste à dreads du combo, qui constitue pour moi le vrai point fort instrumental de ce dernier et compense quelque peu la rythmique plate de la batterie. Verdict final: un potentiel certain, des chansons réussies mais pas (encore) de hit incontournable, une présence scénique à développer et un objectif prioritaire, celui de capitaliser sur les points forts exposés plus hauts afin de se démarquer une fois pour toute du reste du peloton. Car si la curiosité tue les chats, la fongibilité enterre les artistes. Piano Club est prévenu (par moi en tout cas, ce qui ne pèse pas lourd c’est vrai, mais c’est mon avis et je le partage).

Setlist Piano Club:

1)Today 2)Girl On TV 3)Ain’t Mountain High 4)Splash 5)Not Too Old 6)On The Wagon 7)Olivia 8)Take 9)A Long Time Ago 10)Me And Myself 11)Love Hurts 12)Your Sadness

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Le deuxième groupe de la soirée n’avait, lui, plus grand chose à prouver sur le chapitre de l’originalité. Quand on s’appelle MY HEART BELONGS TO CECILIA WINTER, que l’on vient de Suisse et que l’on a un faible pour les pulls boules en laine écrue et les épaulettes en plumes de faisan (à vérifier), on ne peut que laisser une impression durable sur son public, et ce sans même jouer un seul morceau. Heureusement pour nous, le trio zurichois ne s’arrêta pas à ses considérations et se fit un devoir de présenter son deuxième album, Midnight Midnight, micro-diffusé depuis quelques mois en France. Une question restait en suspens: comment diable Cecilia allait-elle s’y prendre pour transposer la fougue de ses nouveaux morceaux (Departure And Arrival, Battle Scar, Battle Cry, Objects…) avec ses seuls trois instrumentistes réguliers?

MHBTCW 2

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La réponse, assez évidente, s’imposa dès le deuxième morceau du set, un Battle Scar purgé de sa dimension hymnique par l’absence des claquements de mains et de la guitare présents sur la version studio, remplacés par les accords rêveurs de l’autoharpe de Thom Luz, tandis que la batterie de Kusi Gerber se chargeait de rappeler à tous l’effarant potentiel de cette composition. Le reste du concert de nos trois petits Suisses fut à l’avenant de cette ouverture réarrangée, la plupart des titres les plus énergiques du groupe se voyant adoucis, apaisés par les arrangements choisis par leurs interprètes. Cela n’empêcha cependant nullement les multiples pépites du répertoire du trio de faire mouche à chaque fois: même réduit à son instrumentation congrue, le final d’Objects In The Mirror Are Closer Than They Appear (si ce titre ne vous donne pas envie de découvrir MHBTCW, vous êtes un Dalek) conserva toute son urgente saveur, tout comme la conclusion, échevelée et smithienne en diable, de When The Devil Speaks My Name donna à plein après sa lente ouverture, parfaitement négociée par Betty Fischer.

En parlant de pépites, la plus brillante du lot fut sans aucun doute possible l’interprétation de l’incontournable Eighteen, moment de grâce de trois minutes, encore magnifié par le fait que le groupe interpréta son tube en français. Le résultat, d’une poésie naïve mais indéniable, constitua le moment le plus fort du set de My Heart Belongs To Cecilia Winter, et gagna assurément de nouveaux fans à la cause du trio, qui tira sa révérence après trois quarts d’heure sur scène, sacrifiant sur l’autel des contraintes horaires les deux derniers morceaux de sa setlist (You You You You You et le mystérieux Lions + Tigers, qui figurera peut-être sur le futur album des Suisses). Un vrai beau moment de musique et de complicité, d’autant plus délectable du fait de sa rareté, car si Longueur d’Ondes est un partisan déclaré de Cecilia Winter (dont ce fut la deuxième participation à une soirée organisée par le magazine), le groupe aurait bien besoin d’autres champions hexagonaux, prêts à le faire venir jouer en France sur une base plus régulière. D’ici là, il faudra sûrement se rendre en pays helvète pour retrouver le trio sur scène, ce qui n’est pas loin de justifier le coût d’une incursion de l’autre côté du Lac Léman…

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Setlist My Heart Belongs To Cecilia Winter:

1)My Heart My Heart 2)Battle Scar 3)The Wind That Moves The Clouds 4)Kingdom Oh Kingdom 5)Lover 6)Never Ever Mountain 7)Eighteen  8)When The Devil Speaks My Name 9)Battle Cry 10)Objects In The Mirror Are Closer Than They Appear

L‘apothéose et la conclusion de la soirée revint aux bretons de THE POPOPOPOPS, que je ne pus malheureusement pas revoir sur scène à cause d’incompatibilités horaires, la longueur des sets précédents et le quart d’heure de retard pris en ouverture se conjuguant pour un dépassement du planning prévisionnel (selon lequel la messe aurait due être dite à 23h) en bonne et due forme. Victor Solf brasse-t-il toujours autant l’air qu’avant la sortie de Swell? Le départ de Vincent Bessy et l’arrivée de Thomas Clairice ont-ils affecté le son du groupe? Seine St-Denis Style s’est-il glissé dans la setlist? Autant de questions dont je n’ai pas la réponse… pour le moment.

MHBTCW 1

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Malgré cette conclusion tronquée, cette soirée Longueur d’Ondes se révéla être une très chouette expérience, que je renouvèlerais avec joie si l’occasion se présente. Merci et bravo aux organisateurs, techniciens et artistes ayant donné de leur personne pour assurer le succès de cette manifestation pan-européenne (de fait). À propos d’Europe, et pour boucler la boucle, les prochains billets de S.A.U.S.O.R.O. seront – sauf cataclysme  – consacrés à la couverture d’un festival qui m’est particulièrement cher, celui de Steinkjer, Norvège, qui propose cette année encore d’une programmation tout à fait alléchante… Vi sees! 

MODDI @ LA FLECHE D’OR (23.04.2014)

On ne chôme pas à la Flèche d’Or. Moins de 24 heures après avoir hébergé le concert d’une de ses plus belles prises de 2014 à date, les fameux Kaiser Chiefs, la salle accueillait une nouvelle fournée d’artistes, selon la formule du 3 en 1 ayant fait sa réputation. Pas de gueule de bois rue de Bagnolet, où les lendemains de fête peuvent également être des lendemains qui chantent, la preuve.

Sivu 1La soirée commença de la même manière qu’un open-mic dans un pub anglais, avec un court set de SIVU. Venu d’Albion avec sa guitare et quelques posters, le protégé de Charlie Andrew (le producteur du premier album d’Alt-J) prit la scène avec humilité, remerciant les spectateurs de la Flèche d’Or avant et après chacun de ses morceaux. Au programme, de la pop-folk consensuelle et assez peu remarquable sur le plan musical, bien servie en revanche par la voix haut-perchée et l’interprétation à fleur de peau de son créateur. Je conseille fortement de se pencher sur les vidéos officielles disponibles sur YouTube (Better Man Than He – rien à voir avec le You’re A Better Man Than I des Yardbirds* – ou Can’t Stop Now) pour se faire une idée des talents de notre homme, le dépouillement de sa prestation parisienne n’ayany pas vraiment joué en sa faveur. Et tant il est vrai qu’on ne travaille pas avec le producteur d’Alt-J sans porter une certaine attention (et je dirai même plus, une attention certaine) aux arrangements, il faudra sans doute attendre la sortie du premier album pour prononcer un jugement éclairé sur le cas Sivu. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier sait s’entourer pour réaliser ses clips, et que le nombre important de visionnage de Better Man Than Me (579.000 tout de même) laisse présager de l’explosion prochaine du phénomène.

Ceci étant dit, les six chansons jouées par le brave lad à la Flèche d’Or n’avaient pas de quoi retenir particulièrement l’oreille du curieux. Sleep avait le malheur de reposer en grande partie sur un jeu de mots (volontaire ou pas) qui aurait valu à son auteur, eut-il été français, d’être cloué au pilori des chansonniers aux tournures horripilantes. Miracle et (le gimmick de) Dimmer Down auraient pu figurer sur l’album** de The La’s sans le moindre problème (ce qui est un compliment), tout comme Family Tree n’aurait pas dépareillé sur les derniers Oasis, dans la catégorie des balades acoustiques que le-gars-qui-a-trouvé-une-guitare-dans-un-coin trouve toujours opportun de jouer à la toute fin d’une soirée bien arrosée (ce qui n’est pas un compliment). Can’t Stop Now et Better Man Than He constituent toutes deux des tremplins solides sur lesquels lancer une carrière, et doivent être d’ores et déjà en train de remonter la supply chain musicale, prêtes à ouvrir les portes des radios grand public et studios de télévision à leur géniteur à la première occasion. Il ne reste qu’à espérer que ce dernier fasse le choix de venir faire sa promotion avec un ou deux musiciens en support, car son public risque fort sinon de se cantonner aux bloggeurs indépendants et à leurs rares lecteurs. Ce qui n’est pas un plan de carrière très pertinent, à moins de s’appeler Rodriguez ou Lee Mavers.

*: On peut pousser l’apologie du non parellelisme un cran plus loin: Sivu est en effet le terme finnois pour « page », en référence au véritable nom de l’artiste, James Page. Aucun lien connu avec Jimmy Page, guitariste des Yardbirds. Coïncidence? Je crois bien.

**: Si vous référez à ce renvoi pour savoir duquel je parle, honte à vous.

Setlist Sivu:

1)Sleep 2)Miracle 3)Dimmer Down 4)Family Tree 5)Can’t Stop Now 6)Better Man Than He

Moddi 3MODDI créa ensuite la surprise en investissant la scène quelques minutes après le départ de Sivu, alors que son statut de tête d’affiche le faisait davantage pressentir en dernière partie de soirée. Heureux coup du sort de mon point de vue, puisque ce décalage m’assurait d’assister à la totalité de la prestation de l’artiste dont la présence avait en premier lieu motivé ma venue à la Flèche d’Or, sans craindre de devoir m’éclipser avant l’heure pour attraper le dernier train.

Accompagné d’une charmante acolyte et de quelques instruments (violoncelle pour la demoiselle, guitare et accordéon pour lui-même), Moddi commença son set en cafouillant sur le premier vers de Magpie Eggs, mésaventure qui le fit plus rire qu’autre chose et lui donna l’occasion rêvée de se mettre le public dans la poche en se lançant dans une première incartade explicative (de nombreuses autres suivirent). On apprit donc qu’il était à la fois très nerveux et très content de jouer de nouveau à Paris, avant que son Train Tour ne l’entraîne vers l’Europe de l’Est dans les jours à venir. Avec son look de gentil Joker (version Heath Ledger) hippie, ses grands sourires récurrents et son débit aussi rapide que saccadé, impossible de résister à l’aura de sympathie exsudée par le Norvégien errant. Quant aux morceaux joués, ils permirent de constater (si besoin était) que la sensibilité nordique était décidément capable de miracles acoustiques répétés, parfois mis au service de textes résolument engagés, comme pour The Architect (faisons sans Dieu), Rubbles (faisons sans le pétrole norvégien*) ou encore Eli Geva (faisons sans la guerre au Proche Orient), introduit par une longue anecdote sur la tournée avortée de Moddi en Israël; et parfois consacrés à des sujets plus légers, comme sur Poetry (ah, l’amour!), Train Song (ah, le voyage!) ou le désormais presque célèbre House By The Sea (ah, la mer!).

Moddi 5Alternant entre guitare et accordéon, anglais et norvégien (Krokstav-Emne, adaptation d’un poème de Helge Stangnes), musique et narration, Moddi tint son auditoire parisien en haleine pendant près d’une heure sans jamais donner l’impression de se prendre réellement au sérieux, comme pouvait en témoigner la setlist improvisée sur une serviette en papier (collector!) deux minutes avant de monter sur scène par le sémillant scandinave, ainsi que le fait que les deux comparses n’avaient amené que des cartes postales pour garnir le stand merchandising. Cartes postales qui n’étaient même pas à vendre d’ailleurs, et furent laissés à la disposition du public après la fin du show. L’industrie musicale est peut-être (sans doute) un univers peuplé de requins, mais il est rassurant de constater les eaux de certains fjords nordiques sont encore interdites à ces squales aux dents longues. Béni soit Moddi pour sa sincérité désarmante et son optimisme triomphant, et puisse-t-il encore écumer nos routes pour un bon moment pour apporter de la beauté et du bonheur à chacune de ses escales.

*: L’introduction de cette chanson fut l’occasion pour Moddi de se livrer à son jeu scénique favori, à savoir demander aux spectateurs ce que leur inspirait la Norvège. Après avoir recueilli quelques réponses, tantôt classiques (fjord, neige…), tantôt surprenantes (bière?), un bon samaritain ayant potassé le dessous des cartes proféra la réponse attendu par l’artiste: pétrole! Et Moddi de révéler, sans feindre la surprise mais en ne cachant pas son désarroi, que le terme était revenu devant tous les publics qu’il avait fait participé à ce petit jeu durant la tournée. Quel dommage que mon accent anglais incertain et mon esprit d’escalier ne m’eussent pas permis de participer à cette séance de brainstorming, car me sont venus après coup quelques suggestions savoureuses…

Moddi 1

Why so serious?

Setlist Moddi:

1)Magpie Eggs 2)Poetry 3)Run To The Water 4)Train Song (Vashti Bunyan Cover) 5)Krokstav-Emne 6)Eli Geva 7)The Architect 8)Rubbles 9)House By The Sea

Ce fut enfin au tour de THE MISPERS de faire montre de leurs talents de musiciens, devant un public d’une bienveillante curiosité envers la quintette londonienne, guère connue dans l’Hexagone au moment de ce premier concert parisien. Le nom du groupe fait référence au terme employé pour désigner les personnes disparues (missing persons) dans le jargon des policiers britanniques, tandis que sa biographie évoque plutôt une version mondialisée de L’Auberge Espagnole (Australie, Brésil, Angleterre… et même la bonne ville de Tours apparemment, où le guitariste rythmique de l’ensemble, Joey Arnold, a semble-t-il parfait son français jusqu’à un niveau tout bonnement impressionnant). La musique de cette joyeuse troupe, quant à elle, emprunte autant aux Waterboys qu’à Arcade Fire et aux autres groupes-orchestres de ces dernières années où chacun semble libre de faire ce qu’il veut et de jouer comme il le sent. Ajoutez au cocktail une bonne mesure de ce rock aussi tubesque que sans concessions dont l’Angleterre s’est fait une spécialité depuis 20 ans, et vous obtiendrez une représentation assez fidèle de l’univers de The Mispers.

The Mispers 4

Entre les envolées de violon, la voix chevrotante de leur chanteur et les nombreux gimmicks égrenés par le lead guitarist au long de la dizaine de morceaux qui constituèrent leur set, les Mispers avaient largement de quoi marquer durablement leurs spectateurs, et peuvent déjà se targuer d’avoir développé un son propre (bel accomplissement pour un groupe qui fêtera ses deux ans à la fin de l’année). Le tout dégageait une énergie échevelée de fort bon aloi, même si cette dernière avait la fâcheuse tendance à retomber aussi sec à chaque fin de chanson. Le profil singulier des Mispers risque de provoquer aussi bien des coups de foudre absolus que des réjections épidermiques auprès du grand public, mais il y a de fortes chances pour que les premiers surclassent les seconds de beaucoup, surtout avec l’appui des médias britanniques, dont l’amour pour les extravagances soniques n’a jamais été démenti au cours des cinquante dernières années, pourvu que lesdites extravagances restent affiliées à l’esprit rock qui secoue ses chaînes au-dessus de la livide Albion depuis (au moins) aussi longtemps. Autant dire que The Mispers ont largement la tête de l’emploi, et devraient se faire « trouver » par une major ou un producteur aguerri sous peu. En attendant le premier album, on peut déjà savourer un EP 4 titres (éponyme) tout ce qu’il y a de plus pimpant et racé, à l’image du Brother que vous pouvez découvrir ci-dessous.

Setlist The Mispers:

1)Emilie 2)Stone Roses 3)Dark Bits 4)The Fear And The Calm 5)You Hold 6)Postman 7)Brother 8)Gold Dust 9)Reach 10)Trading Cards

The Mispers 6Rappel:

11)« Just Another Day »

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas à la Flèche d’Or, et c’est tant mieux. On ne saura peut-être jamais si les visiteurs du 23 Avril 2014 étaient conscients de fouler la même scène que les Kaiser Chiefs, à une journée d’intervalle, mais il restait en tout cas suffisamment de bonnes ondes de la veille pour que les nouveaux venus fassent honneur à leurs glorieux aînés et prodiguent aux spectateurs la dose de béatitude qu’ils étaient venus chercher. Qu’importent le flacon et le sommelier, pourvu qu’on ait l’ivresse…

THUS OWLS @ LA LOGE (08.03.2014)

En matière de cadre intimiste, la Loge constitue l’un des fleurons de la capitale. Nichée au fond d’une cour de la rue de Charonne, cette salle de concerts et de théâtre a clairement fait le choix du qualitatif sur le quantitatif. Mini (mais vraiment mini) bar dans un coin de l’entrée/billetterie, bancs d’écoliers sur les gradins, abondance de coussins pour éviter les courbatures après un début de soirée assis sur ces derniers: si le moelleux des fauteuils de l’Olympia et les cocktails du Trianon constituent votre ordinaire de spectateur, il y a de fortes chances que vous ne trouviez un tantinet roots le mobilier et la carte de la Loge. Vous auriez pourtant tort de bouder l’endroit à cause de ce genre de détails, car ce dernier peut se flatter d’accueillir, de recueillir même, des artistes qu’aucune autre scène parisienne ne propose. Démonstration en fut faite ce soir du 8 Mars 2013, avec la venue d’un parlement d’oiseaux rares en nos contrées: THUS OWLS.

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Rencontre des marches nordiques orientales (Suède) et occidentales (Canada), Thus Owls poursuit son impeccable, si discrète, carrière depuis cinq ans maintenant. Mené par les époux Angell, ce projet littéralement international brasse de multiples influences, tant rock que pop, classique ou jazz, déclinées en trois albums dont le dernier, Turning Rocks, n’était pas encore sorti lorsque nos cinq hiboux atterrirent sur les planches de la Loge, en conclusion d’un mini tour d’Europe (une date à Londres le 4 Mars, et une à Amsterdam le jour suivant). Fortement influencé par l’enfance d’Erika dans la maison familiale située sur l’île d’Orust, sur la côte Ouest de la Suède, ce troisième opus s’annonce d’une profondeur narrative et artistique comparable à ses prédécesseurs, tous deux habités d’un sincère et constant souci de cohérence.

2Engagé par la chanson titre de l’album à venir, le set d’une bonne heure offert par Thus Owls à ses fidèles Parisiens se déroula dans une ambiance amicale et détendue* qui permit à tous les participants de profiter pleinement de leur soirée. Entre les morceaux, Simon se fit un plaisir de traduire les interventions de sa moitié, les assortissant souvent d’une petite saillie drolatique dans le plus pur style du one man show, que l’on aurait pu pour l’occasion qualifier de one couple show. Cette atmosphère bon enfant ne vint cependant pas polluer l’exécution des morceaux de la quintette, dont chaque membre joua sa partition avec une justesse impeccable et un appréciable sens du groove.

Parfois proche de l’univers d’Anna Calvi (How In My Bones, I Weed The Garden), parfois totalement incomparable, la musique de Thus Owls est une invitation au voyage permanente, aussi bien au niveau des compositions que des paroles posées par Erika sur ces dernières, et jusqu’aux amples atours orientaux arborés avec une grâce naturelle par l’aède scandinave pour ce tour de chant parisien. Ce fut avec une reluctance non feinte que les occupants de la Loge laissèrent finalement partir leurs hôtes, non sans avoir obtenus d’eux une paire de morceaux supplémentaires en guise de rappel, dont le délicat Could I But Dream That Dream Once More, inspiré par les vers écrits par une princesse japonaise de l’époque Heian, quelques mille ans plus tôt, et interprété par les seuls époux Angell. À la croisée des mondes et des époques, se pouvait-il conclusion plus appropriée pour un concert de Thus Owls?

*: Familiale même, puisque l’ingénieur son n’était autre que le frère du clavier de Thus Owls, Parker Shper.

Setlist Thus Owls:

1)Turning Rocks 2)How, In My Bones 3)A Windful Of Screams 4)White Flags Down 5)I Weed The Garden 6)Smoke Like Birds 7)Bloody War 8)Ropes 9)As Long As We Try A Little

Rappel:

10)Could I But Dream That Dream Once More 11)The Tree

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