NORDIC MUSIC PRIZE 2015

Comme tous les ans depuis 2010, le Phonofile Nordic Music Prize récompensera le, ou en tout cas l’un des, meilleur(s) album(s) proposé(s) par un artiste ou un groupe nordique (Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Islande) au cours de l’année écoulée. En attendant la cérémonie de remise du prix, qui se tiendra le 3 Mars 2016 à Oslo dans le cadre du by : Larm Festival, voici d’ores et déjà la shortlist des 12 candidats au sacre:

Björk

La 2ème nomination sera-t-elle la bonne pour Björk?

Band of Gold: Band of Gold (NO)
Björk: Vulnicura (IS)
Frisk Frugt: Den Europæiske Spejlbue (DK)
Anna von Hausswolff: The Miraculous (SE)
Jenny Hval: Apocalypse, girl (NO)
Jaakko Eino Kalevi: Jaakko Eino Kalevi (FI)
Pekko Käppi & KHHL: Sanguis meus, mama!  (FI)
Teeter Magnússon: 27 (IS)
Myrkur: M (DK)
Ost & Kjex: Freedom Wig (NO)
Seinabo Sey: Pretend (SE)
Danni Toma: Grå (DK)

Si certains noms me sont bien connus, je dois avouer qu’une majorité ne m’évoque rien (pour le moment), ce qui augure de belles découvertes dans les jours à venir. Je compte bien, en effet, me familiariser avec ces 12 albums, et pourquoi pas y aller de mon petit pronostic sur l’identité du ou des gagnants.

Palmarès du Nordic Music Prize:

2010 – Jónsi (IS) : Go

2011 – Goran Kajfes (SE) : X/Y

2012 – First Aid Kit (SE) :  The Lion’s Roar

2013 – The Knife (SE) : Shaking The Habitual

2014 – Mirel Wagner (FI) : When The Cellar Children See The Light Of Day

BEST OF MAP 2015

Bien que n’ayant pas eu le faste de 2014 (le nombre de blogs participants étant passé de 27 à 17 en l’espace de 24 mois), l’année 2015 du Music Alliance Pact s’est révélée être riche en découvertes et coups de cœur en tout genre. En cette saison rétrospective (voire introspective pour ceux prenant les résolutions du Nouvel An plus sérieusement que la moyenne), je vous livre donc mon compte-rendu final sur le sujet, après avoir consacré quelques – belles – heures de cette année à écouter, disséquer et apprécier les 12 derniers « numéros » (soit 216 morceaux) de cette très noble et très essentielle initiative.

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1. El Gallo Lester – La Comparsa (feat. La Montra & Yuriseibi) [République Dominicaine – MAP 81]

La ComparsaCe coquin de sort a voulu qu’il s’agisse de l’ultime (à date) contribution de la République Dominicaine au MAP, ce qui fait de La Comparsa une sorte de chant du cygne… à mettre au crédit d’un coq. El Gallo Lester est un drôle de volatile, mais on doit lui reconnaitre un talent certain pour ambiancer en soirée, que l’on comprenne l’espagnol ou non. Faisant partie de cette deuxième catégorie, je n’ai retenu de ce titre célébrant l’exubérant carnaval dominicain que « Fiesta » et « Cervesa », ce qui résume assez bien l’esprit du morceau.

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2. Few Fingers – From Pale To Red [Portugal – MAP 84]

From Pale To RedRencontre nonchalante et élégante d’une guitare sèche et d’une steel guitar, le tout relevé par la voix Ashcroft-ienne Nuno Rancho (la moitié « sèche » de Few Fingers), From Pale To Red, incipit du premier album du duo de Leiria (Burning Hands), est un titre plaisant, tout simplement.

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3. Flash Flood Darlings  – In The City [Corée du Sud – MAP 78]

In The CityJae Song, alias Flash Flood Darlings, livre avec In The City (Vorab & Tesoro) un morceau à mi-chemin entre l’intimité de l’acoustique et l’onirisme de l’electro. Et si les paroles évoquent plus l’ultra moderne solitude chère à Alain Souchon (In the city/No one knows me/I feel safe here/From my broken pulse) que la terre promise des Guns N’ Roses, le résultat diffuse une nostalgie rêveuse et justement dosée sonnant comme une invitation au voyage. Tous en ville.

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4. Hip Hatchet – Coward’s Luck [USA – MAP 78]

Coward's LuckLe nu-folk chaleureux mâtiné de country de Hip Hatchet fleure bon les grands espaces du Midwest, les heures passées à rouler à travers l’immensité de la plaine et les cieux constellés d’étoiles. Si vous aviez besoin d’une entrée dans le monde (merveilleux) de l’americana, style musical DI² (difficilement définissable – instantanément identifiable) s’il en est, Coward’s Luck est ce qu’il vous faut. Hip hip hip… Hatchet.

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5. Kingdom Of Crows – Elizabeth [Irlande – MAP 87]

ElizabethElizabeth dissimule derrière son apparente simplicité (aaah, ce riff de guitare que tout le monde sort après deux semaines de pratique…) une construction ambitieuse, faite de breaks successifs, d’une théâtralité assumée (Wake the guards!) et d’une montée en puissance finale assez savoureuse. Au vu des critiques élogieuses ayant accueilli la sortie du premier LP du groupe (The Truth Is The Trip), 2016 pourrait bien être l’année du corbeau en Irlande.

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6. Matilde Davoli – Tell Me What You See [Italie – MAP 82]

Tell Me What You SeeSi cette chanson était un vêtement, ce serait un chaud et moelleux pyjama en pilou, parfait pour tomber sans coup férir dans les bras de Morphée. Cette analogie grandiose me vaudra sans doute sous peu une élection à l’Académie Française, mais c’est là un sacrifice bien inconséquent si cette comparaison des plus racées (l’auteur de ces lignes est, quant à lui, harassé) vous a permis de comprendre où je voulais en venir, et, plus important, vous a donné envie de découvrir le Tell Me What You See de Mlle Davoli. Qualité italienne.

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7. Mieke – Sleeping Alone [Canada – MAP 84]

Sleeping AloneParmi mon top 3 des soumissions canadiennes au MAP en 2015, Mieke (a.k.a. Elissa Mielke) a émergé en pôle position grâce à la qualité toute sundførienne de son Sleeping Alone. Et de préciser (just because I can) que je situe cet extrait dans la période proto-brothelique (outch) de l’artiste norvégienne, c’est à dire pas la plus aboutie musicalement parlant, mais déjà capable de toucher un vaste public par sa qualité intrinsèque. En clair, c’est déjà très bien (et c’est pour cela que le morceau se retrouve ici), mais ça a de bonnes chances d’être encore meilleur d’ici quelques temps, si Mieke réussit à s’inscrire dans la courbe de progression logarithmique suivie par son ainée. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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8. Monogram – Anno(mute) [Ecosse – MAP 77]

Anno(mute)Année après année, l’Écosse continue de donner au monde des artistes gagnants vraiment à être connus, et 2015 ne fit certes pas exception à la règle. Avec là encore trois candidats à l’exposition (modérée) offerte par S.A.U.S.O.R.O., le choix fut difficile, mais comme dirait Connor McLeod, il ne peut en rester qu’un. L’heureux élu de ce millésime est Anno(mute) de Monogram, pépite indie (aaah, cette rime prisonner/perpendicular… c’est beau comme un titre de morceau des Smiths) pop comme seuls les artistes d’Outre-Manche sont capables de les façonner.

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9. ONBC – White Trash [Danemark – MAP 83]

White TrashAttention, instant hooking mantra incoming. Si vous êtes du genre à vous énerver quand une chanson vous tourne en boucle dans la tête, et ce même si la qualité est au rendez-vous (je vous assure, pour l’avoir vécu, que passer un après-midi à bugger sur du René la Taupe est une expérience doublement pénible), ce qui est le cas ici, sautez cette entrée du classement et ne commettez pas l’erreur de lancer la lecture de ce White Trash (You’re a little bit of everything…). Tenez, ça recommence. Trop forts ces Danois.

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10. Planes (Estudios Universales) – Fue Siempre Lo Mismo [Colombie – MAP 80]

Fue Siempre Lo MismoÇa commence avec un sifflement plein d’entrain, suivi par de la guitare et du marimba (maybe). Vient ensuite cette drôle de voix, un peu incertaine, un peu éraillée, qui vient raconter qu’il était toujours le même (merci Google Trad) pendant les quelques quatre minutes trente de garage pop empreinte d’une grâce naïve que dure le morceau. Ça aurait été dommage de passer à côté de ce sympathique quatuor colombien, avouez-le. On est toujours content de connaitre un groupe de rock colombien pour pouvoir réduire au silence cette personne qui bloque la conversation sur Shakira en soirée (ça arrive plus souvent que l’on croit). Vous me remercierez plus tard.

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11. Sajama Cut – Fatamorgana [Indonésie – MAP 83]

FatamorganaSajama Cut, mais si, vous connaissez! Le groupe de Marcel Thee (le Morten Harket de Jakarta), déjà repéré dans le MAP 46 (Juillet 2012) grâce à son entêtant Endless Heart! Non, vraiment, ça ne vous dit rien? Eh bien, vous êtes bons pour une petite séance de mise à niveau, et c’est Fatamorgana qui sera votre point d’entrée dans l’univers indie rock des Sajama Cut. C’est lent, c’est beau, c’est bon.

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12. Spookyland – Bulimic [Australie – MAP 86]

BulimicUn cœur boulimique, voilà une métaphore frappante. On peut remercier Spookyland pour cette mise en perspective efficace d’une relation amoureuse pas vraiment saine, qui a eu tout de même comme conséquence heureuse l’écriture de ce classique en puissance. Entre la voix biscornue (Billy Corgan/Asaf Avidan like) et habitée de Marcus Gordon, les arrangements de cordes artistement entrelacés dans la trame de cette ballade rock, et la conclusion épique qui vient couronner cette sublime catharsis, on tient là un morceau majeur.

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13. Zebra Tracks – Waves [Grèce – MAP 78]

WavesQuatre ans après Isabelle Creeps (que je vous recommande chaudement), les Zebra Tracks nous reviennent avec un nouveau single post punk de haute volée. Le riff initial vaut à lui seul son pesant de tsatsiki, et le reste du morceau est à l’avenant: enlevé, léché et élégant. Un régal, assurément (avec mon talent inné pour 1. réaliser des placements produits et 2. dégoter des slogans imparables, je devrais peut-être tenter  ma chance dans la publicité).

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Mentions honorables:

Australia – Who R U? [Australie – MAP 82]

BWANI – Make My Day [Écosse – MAP 79]

JR Green – Nigerian Princess [Écosse – MAP 85]

Men I Trust – Again (feat. Ghostly Kisses) [Canada – MAP 82]

Morning Show – I’m Listening [Canada – MAP 76]

Overhead, The Albatross – Big River Man [Irlande – MAP 84]

Palace Winter – Menton [Danemark – MAP 84]

Sapphira Singgih – Lost Soul [Indonésie – MAP 81]

Slaughter Beach – ClearInsight [Danemark – MAP 85]

The Ball And The Wall – Standing On My Own (feat. Ida Wenøe) [Danemark – MAP 79]

The Van T’s – Growler [Écosse – MAP 81]

These Guy – Coming Around [Australie – MAP 83]

TM Hunter – Gold [Danemark – MAP 87]

Virgin Suicide – Virgin Suicide [Danemark – MAP 78]

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LE PETIT BAIN (13.12.15)

Même si ce n’a pas été fait à dessein, assister à un concert à Paris le 13 Décembre 2015, un mois jour pour jour après les attentats ayant endeuillé la capitale et frappé au cœur l’industrie du spectacle parisienne, ne pouvait pas être un acte anodin. La venue d’Anna von Hausswolff au Petit Bain apparaissait à ce titre comme l’occasion de clore l’année musicale, et de refermer du même coup la drôle de parenthèse ouverte trente jours plus tôt. Plus qu’un évènement musical, cette soirée était également la manifestation d’un retour à la normalité, certes plus sombre qu’auparavant, mais à la normalité tout de même.

Lancé en première position, VENDÈGE, projet solo de Thibault Marchal, se révélait être une jolie trouvaille, le charpentier de l’Arche de Nora, accompagné pour l’occasion d’une violoncelliste (mais pas que), d’un trognon de pomme et de la console la moins stable du monde, surprenant son monde avec son electronica upcyclée et intimiste.

Vendege 2.

L‘heure de show proposée ensuite par l’aptement nommé THE GROUP (on me signale dans l’oreillette que « The Band » était déjà pris) se révéla bien plus déroutante. Agrégation d’artistes berlinois partageant une passion commune pour l’expérimentation musicale, cet ensemble à la composition fluctuante prend en effet chaque concert comme une feuille blanche, sur laquelle ils improvisent à loisir et sans filet. Pour cette soirée au Petit Bain, Casper Clausen (Efterklang) lança ainsi les hostilités en position de chef d’orchestre, intimant par deux fois à ses comparses (Greg Haines, Francesco Donadello, Tatu Rönkkö et Massimo Pupillo) « d’envoyer la sauce »  – comme on dit dans les milieux autorisés -, ce qui, compte tenu du line-up déployé par la troupe (2 batteries, une basse et ce que nous appellerons pudiquement des machines), se révéla être une expérience aussi physique qu’acoustique. Il faut dire que votre serviteur avait eu l’heureuse idée de se positionner devant une enceinte retour public…

The Group 2.

Difficile de donner au lecteur un aperçu fidèle de cette prestation protéiforme et hypnotique, construite seconde après seconde par une quintette complice et volage, pour qui l’échange d’instruments en cours de show est une pratique normale. L’expérience en vaut définitivement la peine, même si la philosophie radicale de The Group est susceptible de provoquer des adhésions totales aussi bien que des rejets absolus, sans guère de compromis entre ces deux extrêmes. Tel est le lot de ceux qui se plaisent à redéfinir les contours de ce que l’on appelle, peut-être un peu trop simplement, musique.

The Group 3.

Venue présenter son nouvel album, The Miraculous au cours d’une tournée européenne dont Paris était la dernière étape, ANNA VON HAUSSWOLFF se présenta enfin sur scène, accompagnée de son cénacle de musiciens. Pour ceux n’ayant pas l’heur de connaître la demoiselle, Mlle Von Hausswolff n’est autre que la papesse du funeral pop, un genre musical oscillant entre le drone et l’alternative, certes pointu mais jamais pesant, et d’une approche somme toute assez facile (ce qui explique sans doute pourquoi le Petit Bain était comble en cette soirée du 13 Décembre). Autre caractéristique notable du style de notre Valkyrie de poche, la grande part laissée aux passages instrumentaux, même dans les morceaux avec paroles. Ajoutez à cela un souci du détail confinant à la recherche de la perfection et une interaction avec le public entre deux chansons nulle et non avenue la majeure partie du temps, et vous obtiendrez une image assez fidèle de ce à quoi ressemble un concert d’Anna von Hausswolff, soit une succession de moments de grâce entrecoupés de silences dégrisants et de demandes de corrections des retours adressées au fidèle Justin, artisan ingénieur son. Une véritable Ceremony, en quelque sorte.

Anna von Hausswolff 1.

Faisant logiquement la part belle aux compositions issues du dernier album en date de la demoiselle, le concert du Petit Bain se révéla être une performance empreinte de passion contrôlée et de fougue savamment dosée, Anna offrant une visite guidée en Hauswolffie à son public pendant une heure et demie, impeccablement servie par la partition sans faute de ses quatre scaldes. Le point d’orgue de cette prestation, logiquement miraculeuse, fut sans aucun doute l’interprétation de Stranger, qui vit le Little Black Riding Hood délaisser le clavier de son orgue électronique pour venir se planter sur le devant de la scène. Jeu de contraste entre l’elfe sautillante à la voix de stentor, chantant derrière une cascade de cheveux blonds dans un micro trop grand pour sa main, et son immense et placide guitariste, oscillant d’un temps fort à l’autre comme un bouleau pris dans la tourmente. Image marquante s’il en est.

Anna von Hausswolff 3.

Au sortir de l’ultime concert de 2015, année à jamais marquée d’une pierre noire pour les mélomanes Français, deux phrases tournaient en boucle dans l’ordinateur neurophile qui me sert de cerveau, pour reprendre l’expression de Ferré. La première, de Lampedusa: « Il faut que tout change pour que rien ne change », décrivait à mes yeux assez bien l’état d’esprit général de l’amateur de musique live Parisien, qui ne passera désormais plus la porte d’une salle de concert sans repenser à la tragédie du 13 Novembre. Derrière l’apparente normalité de cette plaisante soirée du 13 Décembre, de puissants mouvements étaient à l’œuvre, qu’ils soient manifestes, comme la fouille systématique des sacs à l’entrée du site (mesure déjà instaurée avant les attentats, mais sans doute conduite avec un peu plus de zèle depuis ces derniers), ou intériorisés. La deuxième de Farrokh Bulsara, philosophe Indien du 20ème siècle : « The show must go on ». And it will, Freddie.

Pour aller plus loin:

L’Internet ne croule pas sous les vidéos de Vendège, ce qui fait de son Bandcamp le meilleur endroit pour se familiariser avec l’univers musical de Thibault Marchal. Pour les impatients, voici néanmoins un extrait assez représentatif de l’œuvre de notre homme, soit un morceau parlant de licornes et de petites grenouilles.

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La tâche est encore plus ardue pour The Group, puisque le leitmotiv de ces Berlinois est de tout improviser au fur et à mesure de leur performance. Partant, je pense que cette vidéo de Casper Clausen expliquant en deux minutes la démarche créative de l’ensemble tout en prenant sa douche est une introduction tout à fait adéquate à cet OVNI musical.

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En toute honnêteté, je connais beaucoup mieux Ceremony que The Miraculous, et aurais en conséquence beaucoup plus de facilité à vous « vendre » Anna von Hausswolff avec un morceau issu de ce premier album (Mountains Crave, Funeral For My Future Children, Sova, Liturgy of Light, Sun Rise…), mais pourquoi vivre dans le passé? Le dernier opus en date de la Suédoise ne manquant pas non plus de pépites sonores, je vous laisse avec Stranger, joli guitare(s)-voix n’en finissant plus de monter en puissance.

W.H.A.T.T. (N.O.W.): APRÈS D’ÂPRES ACTUALITÉS

On a déjà beaucoup dit, écrit et fait au sujet des terribles évènements qui ont ensanglanté Paris et sa proche banlieue en cette triste nuit du 13 Novembre 2015, et ce n’est sans doute que le début d’un long et douloureux processus cathartique, qui permettra à toutes les personnes affectées par ce drame absurde, et elles sont nombreuses, de mettre des mots sur cette tragédie.

Je prends la plume aujourd’hui alors que cette affaire continue de hanter les esprits de 66 millions de Français et d’innombrables autres habitants de cette planète, et tourne en boucle sur tous les médias à la disposition du quidam que je suis en cette ère digitale. Des réponses seront sans doute apportées aux myriades de questions que tous se posent dans les heures, les jours et les mois à venir, et justice sera peut-être rendue aux perpétrateurs de ces lâches attentats à plus ou moins long terme. Espérons.

En tant qu’être humain doué de raison, Français, Francilien, blogueur et amateur de musique ayant fréquenté plus qu’à mon tour les salles de concert parisiennes, dont le Bataclan à plusieurs occasions, et la dernière fois pas plus tard que le 17 Octobre dernier, je me sens particulièrement touché par cette nuit d’horreur, au cours de laquelle l’homme a pu démontrer ce qu’il avait de plus méprisable, mais également de meilleur, en lui.

J‘aurais pu être au 50 boulevard Voltaire hier soir, pour assister au concert d’un des nombreux artistes qui me font vibrer, sans me douter que cet évènement festif, solidaire et pacifique, tournerait au bain de sang. J’étais au show d’IAMX (chanteur autrement plus « gentil » que les Eagles of Death Metal) dimanche dernier au Cabaret Sauvage, et aurais du assister à la prestation d’Émilie Nicolas ce soir à la Boule Noire. J’aurais pu être ciblé, agressé, meurtri dans ma chair et exécuté par un illuminé armé jusqu’aux dents pour le simple motif « d’idôlatrerie »,  pour reprendre le terme du communiqué de l’État Islamique. On aurait pu me condamner à mort pour crime de mélomanie. D’autres l’ont été, et c’est avec cette idée absurde, grotesque, insensée mais néanmoins irréfutable que je vais devoir vivre à partir de maintenant.

Mes pensées vont à toutes les victimes des attaques terroristes du 13 Novembre 2015, ainsi qu’à tous leurs proches. Je m’associe à la douleur des seconds et m’engage à faire vivre le souvenir des premières, en montrant à tous les fous furieux prêts à toutes les ignominies pour imposer leur vision du monde à ce dernier, qu’il s’agit d’un combat qu’ils ne peuvent et ne pourront jamais gagner. Simplement par ce que je, parce que nous l’avons décidé.

PiP

MAMA FESTIVAL JOUR 3 (16.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Three.

Retour aux Trois Baudets pour cette dernière soirée de Mama, pour un enchainement cosy et allégé par rapport au programme des deux journées précédentes (eh, c’est le week-end pour tout le monde). Tout commence par un set de HANNAH LOU CLARK, seule en scène avec sa guitare et sa fidèle rythmique électrique. L’ex Foe, qui de son propre aveu, a passé la journée à errer dans Paris avec son matériel à la main, livre une prestation assez convaincante, même si les morceaux ont tendance à se suivre et à se ressembler. À retenter avec un backing band.

Hannah Lou Clark 3

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Noiserv 2C‘est ensuite au tour de David Santos, alias NOISERV, de prendre d’assaut la scène du 64 boulevard de Clichy. Dans la droite lignée des serial loopers (KT Tunstall, Bernhoft, Loney, Dear…) sévissant dans le paysage musical de ce début de siècle, Noiserv construit sa musique par entrelacs successifs, chaque couche rajoutant une texture, une ambiance ou une sonorité supplémentaire à l’ensemble, avant que le maestro ne vienne poser sa voix sur le tout ainsi formé. Avec son inclinaison pour les compositions joliment mélancoliques, les titres artistiquement allongés (vous êtes plutôt Life Is Like A Fried Egg, Once Perfect Everyone Wants To Destroy It ou It’s Useless To Think About Something Bad Without Something Good To Compare ?), les samples jinglesques (What a life! Wha-wha-wha-what a life!) et sa louable volonté d’expliquer à son public la substantifique moelle se cachant dans chacune de ses chansons (ce qui vaut toujours la peine, mais dans son cas prend facilement 3 minutes entre chaque titre), Noiserv est un sympathique OVNI de la scène indie européenne, dont l’A.V.O. (Almost Visible Orchestra) – nom du premier album du fantasque lisboète – est désormais disponible dans toutes les bonnes crèmeries. Le número dois ne devrait plus tarder à pointer le bout de son nez, surtout avec l’attention médiatique générée par le duo avec Cascadeur sur Don’t say hi if you don’t have time for a nice goodbye. Franchement, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Noiserv 3

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Pour aller plus loin:

Mlle Clark a l’air de baguenauder du côté obscur du rock DIY ces temps-ci, et laisse tant son plectre que son stylo filer au but par le plus court chemin possible. Le résultat est assez brut de décoffrage, mais les amateurs pourraient y trouver leur bonheur. Un exemple: Kids In Heat

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Noiserv n’a pas besoin de très longtemps pour implanter une des ses petites mélodies dans le cerveau de tous ceux ayant le bonheur de l’écouter. Avec ses 2:47, Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today (ou TITSAY BYINT, si vous voulez la réclamer en concert sans y passer deux heures) est dans la moyenne des travaux de notre homme, et je peux déjà vous dire que ce ne seront pas trois minutes de perdues. On parie? Un exemple: Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today

MAMA FESTIVAL JOUR 2 (15.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Two.

Le line up des Trois Baudets en cette soirée du 15 Octobre ayant été placée sous de bien nordiques auspices (Spot On Denmark Night), j’optai pour un brin de sédentarité pour ce deuxième de jour de festival, et arrivai donc sur les coups de 20h pour assister au set de DAD ROCKS!, populeux combo (6 personnes tout de même) de l’Islandais Snævar Njáll Albertsson. Sorte de Gaz Coombes scandinave – ce qui fait de Dad Rocks! une version viking de Supergrass, pas mal – Mr Albertsson se révéla être un hôte enjoué, énergique et aux multiples talents, ses improbables riffs de guitare s’interrompant le temps d’un morceau Neil-Young-Live-At-Massey-Hall-esque, pendant lequel il déroula l’élégie d’un de ses amis chômeur en fin de droits (ou quelque chose comme ça), seul au piano et à l’harmonica.

Dad Rocks! 1

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Au delà de cette très bonne performance, je retiendrai surtout l’incroyable générosité de Snævar Njáll et de sa bande, s’étant enquillés 14 heures de minivan depuis le Danemark pour jouer un set de 35 minutes devant 40 personnes, mais avaient tout de même l’air d’être contents de jouer à Paris. Chapeau messieurs. Le rappel effectué par le groupe (une reprise de This God Damn House de The Low Anthem), fut la parfaite expression de ce merveilleux état d’esprit, toute la petite troupe descendant de la scène pour jouer cet ultime morceau en unplugged à 20 centimètres des spectateurs du premier rang. Que dire sinon que Dad Rocks! rocks?

Dad Rocks! 3

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Le deuxième acte de la soirée revint à PALACE WINTER, quatuor mené par la guitare de Carl Coleman et les claviers de Caspar Hesselager. Malgré la relative jeunesse du groupe, l’ensemble possède d’ores et déjà une forte identité et un véritable son, et emprunte avec bonheur autant au rock indie qu’à l’electro. Menant sa barque avec décontraction et professionnalisme, Coleman (ex Sink Ships) déroula un set de grande qualité, même un peu trop formel à mon goût.

Winter Palace 2

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Cette session danoise fut clôturée par un duo très haut en couleur, en les personnes de LYDMOR & BON HOMME, alias Chapeau Melon et Gros Délire. Madame est une auteur-compositrice-interprète ayant jusque là plutôt donné dans le piano/voix intimiste (Lamppost Light). Monsieur est le chanteur et bassiste du trio WhoMadeWho. Leur collaboration est une catharsis electro festive et débridée, qui surprendra autant les fans de l’une que de l’autre. Bien aidé par une brochette de spectateurs survoltés, le duo transforma les 3 Baudets en boîte de nuit pendant trois quarts d’heure, elle menant d’audacieux raids à travers les rangées de sièges de l’auguste maison (audacieux car son micro était filaire), lui s’improvisant batteur pour les besoins du set, sa bonne humeur communicative compensant amplement les occasionnelles erreurs de tempo. Bref, un engagement total et sans filet de la part de nos deux compères, qui ont très dignement conclus cette soirée 100% scandinave.  

Lydmor & Bon Homme 1.

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Pour aller plus loin:

Year of the Flesh, le dernier album de Dad Rocks!, est une vraie pépite indie rock, où s’exprime toute l’inventivité et la science de l’arrangement du groupe. De l’Admiral Fallow immédiatement accessible en quelque sorte. C’est un compliment. Un exemple: Peers

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Palace Winter n’a pour l’instant sorti qu’un seul E.P., Medication, qui trace son chemin entre le rock mélancolico-ciselé de The Boxers Rebellion et les chevauchées instrumentales de Toy. C’est également un compliment. Un exemple: Menton

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Le premier album de Lydmor & Bon Homme, Seven Dreams of Fire, n’était pas encore sorti au moment où le duo s’est produit aux 3 Baudets. Et si la pochette évoque fortement les White Stripes, le contenu se rapprocherait plutôt d’une version 2.0 d’Eurythmics, le cold wave en moins, la glam touch en plus. Compliment toujours. Un exemple: Things We Do For Love

AURORA @ LES ETOILES + MAMA FESTIVAL JOUR 1 (14.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day One.

Rendez-vous au théâtre Les Étoiles pour une piqûre de rappel du talent d’AURORA, dernier phénomène en date de la nouvelle scène norvégienne, décidément impressionnante de qualité et d’éclectisme. Après un premier passage à la Boule Noire en Juin 2015, Mlle Aksnes revenait à Paris en terre quasiment conquise, enchanter à nouveau ses fans hexagonaux et engloutir des quantités phénoménales de crêpes au Nutella. C’est ce qu’on appelle joindre l’utile à l’agréable.

Aurora

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Auparavant, DAVID ZINCKE, soit le petit frère caché de Jimmy Fallon (la guitare en plus et la cravate en moins), avait régalé l’assistance avec son one man show mêlant folk, pop et blues. Secondé par Bill Withers (jolie reprise de Grandma’s Hands) et Medi (producteur du premier EP du natif de Doncaster, et choriste de luxe sur le dernier titre – Oh My – du set), David a fort bien rempli son rôle de chauffeur de salle, malgré son sens de l’auto-flagellation so very brittish. C’était très bien, Mr Zincke.

David Zincke

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Pour la deuxième partie de la soirée, changement de décor. Exit les Étoiles, et bonjour la salle du bas du bar La Foule, à Pigalle. Un point de chute inhabituel pendant la majeure partie de l’année, mais pas au cours du Mama Festival, dont une bonne partie des concerts se déroule dans des établissements « séculiers ». Après Highasakite dans la cave du Petit Moulin, un autre groupe scandinave faisait ses premières armes françaises dans un sous-sol aménagé pour l’occasion, en l’occurrence les trois fantastiques de HEY ELBOW.

Le line up du Mama étant particulièrement chargé, et la notoriété du trio encore balbutiante dans l’Hexagone, le concert commença devant un public plus que clairsemé, ce qui n’empêcha pas Julia Ringdahl, Ellen Petersson et Liam Amner de faire honneur à leur premier album, Every Other, effort jazz rock psychédélique sensationnel et dépaysant. Fort heureusement, l’assistance se renforça au fil des morceaux, permettant ainsi à Hey Elbow de faire salle comble pour leur première date parisienne! On ne peut qu’espérer que l’intrigant combo revienne nous présenter sa smala (chaque titre de l’album ayant été baptisé d’un prénom) dans un futur proche et des conditions un peu plus optimales, la furia débridée de Mr Amner ayant plus d’une fois noyé les parties (guitare, trompette et voix) de ses comparses. Prenez date, braves gens.

Setlist Hey Elbow:

1)Ruth 2)Rael 3)Saga 4)Blanca 5)People 6)Matilde 7)Finn 8)Martin 9)Wildbirds 10)Alice 11)Fire

Hey Elbow

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Pour aller plus loin:

Digne représentante de la scène « pop » (à défaut d’un meilleur qualificatif) scandinave, Aurora a la sale habitude de ne sortir que des morceaux merveilleusement équilibrés, imparables mais toujours sobres, tubesques sans être creux (ce qui pour un tube, est tout de même assez compliqué). Un exemple: Runaway

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David Zincke est le genre d’artiste qui font que les sessions scènes ouvertes des pubs britanniques sont et restent une institution nationale. Une voix, une guitare, une stomp box et roulez jeunesse. Jamais de facilité dans ses compositions, tout a été fait, travaillé et peaufiné pour surprendre l’auditeur, toujours en bien of course. Un exemple: Settle Down

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Avec son most scandinavian line up ever (guitare électrique, trompette/claviers, batterie), Hey Elbow est un creuset de styles, de sons et d’ambiances. Au petit jeu des comparaisons, on peut les rapprocher de Bendik, Anna von Hausswolff ou encore Anna Calvi. Et si vous vous demandez ce que ces trois artistes ont en commun, la réponse est bien sûr Hey Elbow. Un exemple: Blanca

W.H.A.T.T. (N.O.W.): LES PREMIÈRES PARTIES

Un concert est un évènement obéissant à des codes et des règles bien définis. Intégrer ce corpus implicite, souvent de manière empirique (car ce sujet n’a malheureusement guère été exploré par la littérature – à quand la sortie de J’assiste à un concert pour les nuls? – ), fait partie intégrante du parcours du gig goer, et permet généralement de profiter de l’expérience bien plus efficacement que le tout venant. Le sujet étant vaste, complexe, et laissant une grande part au ressenti de chacun (personnellement, je goûte assez peu me retrouver au milieu d’un poggo, avis qui n’est pas partagé par l’être humain – généralement fortement imbibé, passablement instable mais merveilleusement enthousiaste – m’identifiant comme une surface de rebond sur la simple longueur de mes cheveux), je ne traiterai dans ce billet qu’une portion congrue de cette vaste thématique, à savoir la fameuse « première partie ».

À titre personnel, je considère les premières parties comme des opportunités offertes au public de découvrir de nouveaux artistes, et ce dans des conditions (souvent, mais pas toujours) privilégiées. D’ailleurs, il m’est arrivé plus d’une fois d’aller applaudir une « ancienne » première partie dont la prestation m’avait convaincu lorsqu’il ou elle repassait sur Paris en tant que tête d’affiche. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour ces apéritifs artistiques, laissés en pâture d’un public généralement indifférent, bruyant et irrespectueux, et à qui il est demandé de se mettre totalement à nu (car il n’y a pas grand chose de plus intime que de jouer ses propres morceaux à des étrangers) en échange de quelques maigres applaudissements. Je pense que c’est dans ces moments là que s’examinent en toute objectivité la robustesse et la pertinence d’une vocation artistique, et que l’on peut décider si ce choix de carrière en vaut la peine ou non. Ayant vécu plus d’un moment d’affreuse solitude lors d’interventions en public désastreusement négociées au cours de ma prime et folle jeunesse, j’éprouve une empathie profonde pour ces artistes, et m’efforce de leur témoigner le respect qu’ils méritent, même si leur musique me laisse indifférent.

D‘autre part, étant souvent dans les premiers rangs des spectateurs, je considère qu’il est de mon devoir de m’intéresser un tant soit peu à ce qui se passe sur scène, autant par considération pour l’artiste qui s’y produit, et qui remarquera certainement plus le loustic occupé à pianoter sur son portable d’un bout à l’autre de son set si le malotru se trouve à 50 centimètres de son pied de micro que derrière la table de mixage, que par égard pour le ou les potentiels fans dudit artiste (car il y en a toujours dans la salle), qui aimerai(en)t sans doute prendre ma place afin de supporter au mieux leur idole. Bref, je considère comme normal de m’intéresser à ce que propose les premières parties, et ne descend jamais en deçà d’une démonstration d’indifférence polie (sauf en cas de DJ set, comme nous le verrons plus tard).

J‘aime préparer au maximum les concerts auxquels j’assiste. Cela inclue autant des considérations techniques (à quelle heure arriver pour être sûr d’avoir une bonne place?), logistiques (vais-je être en mesure de prendre le dernier train à temps ou faut-il que je fasse une partie du trajet en voiture?) ou encore sécuritaires (ne pas oublier les bouchons d’oreilles!) que des recherches sur le déroulé de l’évènement, comme par exemple la setlist probable du show ou la présence d’un stand merch’ dans la salle. Dans le cas des premières parties, j’essaie d’écouter quelques morceaux afin de me familiariser avec leur univers. Malheureusement, il arrive fréquemment que leur identité ne soit pas renseignée par les organisateurs du concert, ce qui joue systématiquement en la défaveur des artistes.

J‘ai ainsi le souvenir du concert d’un Alain Bashung déjà très malade à l’Olympia (en 2008 si je ne dis pas de bêtises). À l’époque novice (haha) en la matière, j’avais été surpris de voir surgir des coulisses, non pas le grand Alain et son cénacle de musiciens, mais une petite femme blonde et replète, seulement accompagnée de sa guitare acoustique. S’en suivit une prestation assez extrême, que le public endura pendant un quart d’heure, avant de signifier élégamment son désintérêt en applaudissant sans relâche pendant cinq minutes, empêchant ainsi la farouche amazone de poursuivre. Las, elle passa outre cet avertissement, et continua vaille que vaille à s’époumoner dans son micro… et finit par sortir sous les huées nourries de la foule, non sans avoir taxé ses détracteurs de sarkozystes (une insulte grave en 2008). Quelles ne furent pas la surprise et le malaise du public, lorsque, une heure et demie après ce fâcheux incident, Alain Bashung rappela « Chloé » sur scène pour un duo (To Bill)! C’est ainsi que l’Olympia réalisa qu’il avait chassé des planches la femme (Chloé Mons) de celui à qui il était venu rendre un dernier hommage. Boulette. Une simple introduction de Mme Mons au début de son set aurait, je pense, suffi à lui gagner l’inconditionnelle sympathie du public, qui aurait supporté sans faiblir ses vocalises baroques aussi longtemps que nécessaire.

Un autre sujet intéressant est la relation qu’entretient la première partie avec la tête d’affiche. Dans le meilleur cas de figure, la seconde a invité la première à se produire à ses côtés, et a communiqué ce choix au grand public. Ainsi, non seulement les spectateurs savent que l’artiste chargé de l’ouverture du concert est apprécié par la star du show (ce qui les motive généralement à faire un bon accueil à la première partie, d’une part parce qu’il est toujours délicat de conspuer quelqu’un qui a été personnellement choisi par votre idole, et d’autre part parce qu’il y a de grandes chances que les styles musicaux entre les deux actes soient relativement similaires ou complémentaires, ce qui aide à faire passer la pilule), mais il y a de bonnes chances que l’un participe au set de l’autre, expérience très sympathique s’il en est.

Toutefois, il arrive assez souvent que la première partie soit choisie par opportunisme plutôt qu’à dessein, notamment lorsque la tête d’affiche est étrangère et n’a pas les moyens de voyager avec son propre support act. Dans ce cas, c’est à l’organisateur du concert qu’il échoit de recruter un artiste afin de compléter le line-up, sans garantie de résultats. Les grandes villes ayant un stock inépuisable de chanteurs en devenir, il n’est guère difficile d’en convier un pour l’occasion. On n’est pas à l’abri de belles surprises, comme Thema Hjelmeland ouvrant pour Susanne Sundfør au Point Ephémère, pour une soirée 100% norvégienne, ou The Blackfoot Revolution chauffant le Nouveau Casino pour les Rival Sons. On n’est pas non plus à l’abri d’erreurs de casting manifestes, tel Beny le Brownies et son MC livrés en pâture aux fans de Christine & the Queens à la Cigale, ou Herr Styler rebondissant sur les amateurs de Rover (un peu) et Ben Howard (beaucoup) lors du festival Soirs d’Eté. Ce sont des choses qui arrivent, et auquel il faut faire face avec dignité et patience.

Il existe cependant une catégorie de premières parties pour laquelle votre serviteur n’arrive à éprouver qu’une répulsion froide et épidermique: les DJ sets. Fuyant ce genre de concert comme la peste, les seules occasions au cours desquelles j’ai du composer avec un désagrément de ce type furent engendrées par des premières parties « mystère », et l’expérience fut à chaque fois une longue et douloureuse traversée du désert. Le DJ set représente (à mes yeux) l’antithèse parfaite de ce que doit être une performance live: c’est à dire un moment de partage, de spontanéité et d’échange entre un artiste et son public, rendu précieux par la réalisation qu’il/elle joue sa musique en direct et qu’aucune autre prestation ne sera similaire à celle-là. Si on reprend tous les points de cette définition personnelle (et donc très subjective), on se rend compte que le DJ set ne coche absolument aucune case, ce qui est évidemment problématique.

  • Moment de partage: le DJ a le nez dans sa platine et les yeux dans le vague pendant toute la durée du set.
  • Moment de spontanéité: L’enchaînement des titres, je n’ai jamais eu l’impression qu’il pouvait être modifié d’aucune manière une fois déterminé par l’intéressé.
  • Moment d’échange: Le DJ ne décroche en général pas un mot, mis à part un « bonsoir/merci » au début et à la fin de sa prestation. Et s’il a un micro sur scène, ce qui n’est pas toujours le cas.
  • Musique jouée en direct: Au risque d’être considéré comme vieux jeu par certains lecteurs, je ne considère pas le fait de tourner des molettes et d’appuyer sur des boutons pour tirer le meilleur d’une playlist de morceaux et de samples comme une performance live.
  • Prestation unique: On pourra me rétorquer que le blend de deux morceaux sera toujours légèrement décalé d’un set à l’autre, ou que les effets divers pourront varier selon les jours, mais à partir de là, on peut également avancer que chaque Big Mac est unique car le nombre de feuilles lamelles de salade incorporé dans le sandwich n’est jamais le même… Ce n’est pas un débat que j’ai envie de lancer.

Bref, le DJ set constitue l’unique type de première partie pour laquelle je n’ai ni patience, ni bienveillance. Cependant, la suite de la soirée me semble généralement tellement supérieure en comparaison que j’y verrais presque un moyen pour un tourneur cauteleux d’assurer sans coup férir le triomphe d’un artiste. Le vieux principe du repoussoir mis en musique, en quelque sorte.

J‘aimerais enfin terminer ce billet par l’évocation d’un type de première partie assez spécifique, et au goût très particulier. Il s’agit des concerts où l’on se rend plus (voire uniquement) pour la première partie que pour l’artiste principal. Ce n’est pas très fréquent, à moins d’être un hipster militant, mais il s’agit à chaque fois d’une expérience mémorable du fait de sa brièveté et de sa densité, l’artiste concerné choisissant en général de présenter ses meilleurs titres au public dans les quelques minutes lui étant allouées. Et puis, il n’y a pas grand chose de plus délectable pour un fan que de surprendre un artiste pensant qu’il évolue en terre inconnue en lui réclamant un morceau particulier au milieu de sa performance. Essayez, vous verrez.

Lors du dernier passage d’Of Monsters and Men à Paris, dans le cadre de la tournée du deuxième album (Beneath the Skin) du groupe islandais, les excellents Highasakite furent ainsi chargés de préparer le Trianon pour Nanna, Raggi et les autres. Ne pouvant décemment pas rater leur venue dans la capitale, j’ai donc pris ma place pour ce concert, alors même qu’OMAM est le genre de groupe pour lequel j’estime avoir atteint mon quota d’expériences live (cf l’article No More Words). Ah, the irony. Au final, j’ai payé 30 euros pour 5 titres* des prodiges norvégiens (qui ont reçu un très bon accueil de la part du public parisien, à ma grande satisfaction), et suis parti à la moitié du set d’Of Monsters and Men (pile au moment où ils commençaient Little Talks, quel symbole). Ce n’est certes pas le meilleur rapport qualité/prix dont j’ai bénéficié depuis que je fais des concerts, mais je ne regrette rien et serai prêt à recommencer sans aucun état d’âme.

*: Et quels titres: Lover, Where Do You Live?, The Man On The Ferry, Hiroshima, Leaving No Trace et Since Last Wednesday.

Au final, il est toujours intéressant de laisser leur chance aux premières parties, ne serait-ce que parce que 100% des artistes que vous adorez ont commencé leur carrière en ouvrant pour quelqu’un d’autre. Même si le coup de foudre n’est pas garanti à chaque fois, il s’agit en outre à mes yeux d’une marque de savoir vivre fondamentale, qui fait partie de l’étiquette à respecter lors des évènements de ce genre. La consigne est simple: soyez le spectateur que vous aimeriez avoir en face de vous si vous deviez vous produire en première partie d’un spectacle musical, et tout se passera bien pour tout le monde. It’s easy if you try.

K.W.A.S.S.A.: TEN LOVE SONGS

TLSEt donc, le voici. Il était écrit dans les étoiles que le 6ème album de Susanne Sundfør, Ten Love Songs, serait celui du virage (ou du retour, selon les points de vue) pop. 3 ans après la sortie de The Silicone Veil, ce nouveau disque s’annonce d’ores et déjà comme un jalon important dans le parcours de la chanteuse de Haugesund, qui fête en 2015 ses dix ans de carrière. À quelques jours du lancement de la tournée promotionnelle européenne de Ten Love Songs (tournée qui ne passera pas, a priori par l’Hexagone, ou en tout cas pas tout de suite), premier retour sur cet album tant attendu.

Lundi 16 Février 2015. Le D-Day (ou SS-Dag, dans mon cas). J’ai reçu un mail le vendredi d’avant me prévenant que ma copie physique de Ten Love Songs avait bien été envoyée. D’après les interviews que j’ai pu lire au cours des derniers mois, l’album, enregistré et finalisé durant la première moitié de 2014, attendait dans les tiroirs de Sony depuis un petit bout de temps. Raison de plus pour ne pas rater le lancement du disque, dont la sortie nous semblait, pauvres fans que nous sommes, imminente depuis un an. Quelques photos d’une session d’enregistrement avec les Solistes de Trondheim, un extrait des paroles de nouveaux morceaux, l’annonce d’une mini-tournée norvégienne. Ectopic beatings. Et puis, enfin, la confirmation espérée depuis des lustres: ce sera donc en Février prochain que l’ère du silicone prendra fin. I love you.

Lundi 16 Février donc. Un fin colis m’accueille chez moi au retour du travail. Le pauvre ne survivra pas longtemps à mon arrivée, et de son flanc déchiré est rapidement extrait une pochette ivoire, à la couverture frappée d’une composition de Grady McFerrin. Tout est prêt pour la « découverte » (le concert de Bergen, évidemment enregistré, m’ayant permis de me familiariser avec la majorité des titres de Ten Love Songs avec un peu d’avance) de ce sixième opus. Gleder meg, comme le dit la formule consacrée.

Samedi 21 Février. J’en suis à ma sixième écoute au moment où je commence la rédaction de ce billet. Mon emploi du temps ne m’a pas permis de faire mieux, d’autant plus que je n’ai pu me résoudre à me familiariser avec ces nouveaux morceaux lors de mes trajets domicile-travail. Ce serait comme boire du champagne dans un gobelet en plastique: une faute de goût impardonnable. Avant d’exposer Ten Love Songs à la rudesse et à l’ingratitude de mon environnement sonore quotidien, et de lui demander de me servir de rempart face au monde extérieur (mission à laquelle ses prédécesseurs s’emploient depuis plusieurs années maintenant, au point que je soupçonne The Brothel d’avoir apposé une empreinte physique sur les circuits de mon MP3), je veux en avoir une connaissance, non pas totale (objectif illusoire), mais profonde et intime. Il n’en faut pas moins pour entendre until there’s nothing else to see au moment où un métro entre en station, ou identifier l’introduction de Diamonds malgré les gémissements du bus sur le chemin de la gare. Nul doute que dans les prochaines semaines, Ten Love Songs commencera à livrer ses premiers secrets. L’une des raisons pour lesquelles je tiens Sunfdør en si haute estime est la profondeur abyssale de ses compositions, et il me semble que ce nouvel album ne fait pas exception. Nothing’s ever easy.

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Sur ces six premières écoutes, je dois avouer m’être endormi quatre fois pendant le dyptique Accelerate/Fade Away (ce qui est très bien), m’être réveillé une fois à la fin de Slowly, et d’être resté conscient assez longtemps pour terminer l’album avant de rebasculer dans les bras de Morphée (ce qui est encore mieux). Rares sont en effet les disques sur lesquels je peux m’endormir, ma réaction habituelle étant en effet d’éteindre mon iPod et d’enlever mes écouteurs lorsque mon cerveau décide qu’il est temps de passer en veille. Piquer du nez en pleine écoute est donc pour moi le signe d’une qualité rare; se réveiller (qui plus est, par un morceau calme) avant la fin de la lecture de l’album en question marque ce dernier du sceau de l’excellence. Je ne saurais pas expliquer précisément pourquoi, mais j’y perçois confusément la preuve d’une affection insurpassable pour ce que j’ai écouté, comme si la musique avait atteint les strates les plus profondes de ma conscience, et en était revenue avec les félicitations du jury. Bref, deep down inside, j’aime déjà beaucoup Ten Love Songs. Reste à multiplier les écoutes « conscientes » afin de confirmer ce jugement viscéral.

Pour être honnête, j’avais peur d’être déçu par l’orientation choisie par Sundfør pour cet album. Mon attachement pour The Brothel et The Silicone Veil m’avait fait prendre les signes manifestes d’évolution de l’univers sundførien avec circonspection. On nous promettait plus de pop, plus d’accessibilité, et je n’en voyais pas vraiment l’intérêt. Le concert de Bergen avait révélé des incursions disco et dance, et il m’avait fallu un peu de temps pour digérer (et finalement apprécier) cette nouveauté. Cependant, je savais déjà que seul l’écoute de l’album dans son intégralité me permettrait de me positionner par rapport à la Susanne Sundfør de 2015. C’est donc avec une impatience matinée d’appréhension que j’ai lancé la lecture de Ten Love Songs lundi dernier.

Plutôt que de décortiquer chaque chanson dans le détail, exercice trouvant rapidement ses limites (à mes yeux), je préfère m’attarder sur les impressions suscitées par l’album dans son ensemble. Mon premier constat (que j’exprime avec soulagement) est que Ten Love Songs est au moins aussi complexe que ses deux prédécesseurs, et ce à tous les niveaux. Il dispose en effet d’un thème fort (l’amour donc, et plus précisément, la passion, influence de la première piste explorée par Susanne Sundfør au début de la conception de l’opus: la violence) et présent sur toutes les pistes du disque, sous une forme ou sous une autre. Les morceaux couvrent un spectre de styles et d’influences très vaste, apportant à l’album une diversité appréciable (et supérieure à celle des précédentes offrandes, camaïesques, de Sundfør), mais ils se répondent également les uns aux autres, que ce soit par le texte (« we have different heartbeats but all the same heartbreaks » présent à la fois sur Memorial et Slowly), l’instrumentation (l’harmonium de Darlings revient par exemple sur Trust Me) ou la production (enchainement entre Accelerate et Fade Away).

Mieux encore, j’ai trouvé qu’ils répondaient également à d’anciens morceaux, présents sur d’autres albums (Silencer – O Master, Delirious – Black WidowMemorial – Your Prelude). Certes, les textes sibyllins de Susanne Sundfør rendent possibles toutes les interprétations (et je dois reconnaitre que je ne manque pas d’imagination quand il s’agit de tirer d’échafauder des théories grandioses sur la sens caché de ses chansons), et peut-être que les indices plaidant pour un grand dessein que j’ai relevé jusqu’ici ne sont en faits que des coïncidences heureuses, mais je ne peux que remercier Susanne de m’avoir fourni un nouveau puzzle à déconstruire et à reconstruire dans tous les sens pendant les prochains mois.

Ten Love Songs fourmille en effet d’éléments dont l’auditeur ne peut qu’essayer deviner le sens, car tout est fait par ailleurs pour le convaincre que rien sur cet album n’est dû au hasard. Depuis le bruitage mystérieux précédant l’introduction de Darlings jusqu’à Insects (dans son intégralité: je n’ai pour l’heure pas trouvé le rôle joué par ce morceau dans l’album, mais je suis intimement persuadé qu’il en a un – après tout, quel titre est plus stratégique que celui qui clôt une tracklist ? -), en passant par la monumentale envolée de Memorial et l’emprunt à Bach sur Accelerate, ce nouveau disque ne manque pas de complexité.

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La richesse de cet album s’explique également par les nombreuses collaborations ayant émaillé sa réalisation. Bien que créditée comme productrice de Ten Love Songs, Susanne Sundfør s’est en effet appuyée sur les compétences de vieux (Lars Horntveth, Gard Nilssen, Morten Qvenild, Jørgen Træn et les solistes de Trondheim, tous présents depuis The Brothel) et de nouveaux (Anthony Gonzalez, Røyksopp, Jon Bates) comparses pour l’enregistrement et la finition de ses nouveaux morceaux. Malgré ces multiples influences, ce sixième opus s’affirme comme davantage qu’une simple collection de chansons, et dégage une cohérence indéniable. Je n’en attendais pas moins de Susanne Sundfør, dont les premiers pas en matière de production d’album (The Urge Drums du duo Bow To Each Other) m’avaient franchement convaincus. Et même si elle a déclaré à plusieurs reprises qu’elle passerait le relai à un tiers pour son prochain disque, je pense que l’on n’a pas fini de voir (et d’entendre) Sundfør produire de la musique, tant la sienne que celle d’autres artistes. Et c’est tant mieux.

Au final, Ten Love Songs est certes une petite révolution dans la discographie de son auteur, mais tout cela a été fait avec tant de soin, de passion et de talent qu’il serait idiot de bouder son plaisir. Il ne reste plus qu’au public français qu’à croiser les doigts pour avoir l’occasion de découvrir ces chansons d’amour sur scène, si possible dans un futur pas trop éloigné. Vivement l’automne donc.

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 Annexes: Susanne Sundfør sur S.A.U.S.O.R.O

K.W.A.S.S.A. : Susanne Sundfør

Steinkjerfestivalen 2012 (Part One)

Susanne Sundfør @ Le Point Ephémère (10/11/12)

Susanne Sundfør @ USF Verftet (15/11/14)

Ten Love Songs (Paroles et Traductions)

 

BEST OF MAP 2014

L‘année 2014 touchant à sa fin, il est temps pour moi de dresser un bilan de 12 mois écoulés en matière de musique, et plus précisément, des belles découvertes faites grâce au Music Alliance Pact (pour plus d’informations sur cette très belle initiative, rendez-vous ici et ).

Sur les 288 morceaux proposés cette année, une quarantaine a particulièrement retenu mon attention, à tel point que je suis à l’affût de la moindre chance de pouvoir les (re)découvrir sur scène, des fois que l’artiste ou le groupe les ayant partagés décide de passer sur Paris en 2015. Et même si je dois avouer que, pour certains, ce souhait restera de toute évidence un vœu pieux (cf l’article So Far Away From Me), vous seriez surpris de la proportion de MAP-ers étant passés par l’Hexagone au cours des dernières années (The Temper Trap, Evening Hymns, Kid Canaveral, Three Blind Wolves, Mikhael Paskalev, Mono Town, Thus OwlsLanterns On The Lake, My Heart Belongs To Cecilia Winter… et bientôt Low Roar et Simian Ghost). La notoriété limitée de ces nouveaux talents les conduisant souvent à jouer dans de petites salles, leurs concerts sont généralement l’occasion de passer de très bonnes soirées pour un coût raisonnable (voire sans bourse délier, l’International est très bien pour ça).

Même si j’encourage tous les lecteurs à partir à la découverte des nombreuses pépites qui parsèment les setlists mensuelles du MAP (et avec plus de 2300 morceaux sélectionnés à date, il y a vraiment de quoi faire), je me doute bien que tous n’auront pas le temps et/ou la motivation nécessaires pour mener à bien cette entreprise de prospection musicale. C’est à cette fin que la compilation ci-dessous a été mise sur pied: les vingt et un titres qui suivent ont pour but de servir d’introduction au MAP, en proposant aux curieux de découvrir (ce que je considère comme étant) les meilleurs morceaux de 2014. Bonne écoute!

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1. Alvvays – Archie, Marry Me [USA – MAP 71]

Tête d’affiche de cette compilation (pensez, ce sont les seuls à avoir une page Wikipédia et un article dans les Inrocks!), Alvvays distille une pop indie mais néanmoins tout à fait radio friendly, à l’image du gouleyant Archie, Marry Me et de son refrain sparadrap (Hey! Hey! Marry Me Aaaaaarchiiiiiie!). Du R.E.M. 2.0. (c’est un compliment).

 

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2. Annasaid – Collision [DANEMARK – MAP 68]

CollisionUn riff de guitare qui cueille l’auditeur dès la première seconde, une sensation de montée en puissance constante, une maîtrise complète des codes du pop-rock britannique: les danois Annasaid savent certainement comment écrire des tubes. Vous cherchiez une version lyrique de Kaiser Chiefs? Vous l’avez.

 

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3. As We Keep Searching – The Tattva [INDE – MAP 64]

As We Keep Searching est un jeune groupe de la province du Gujarat, qui a fait avec The Tattva des débuts remarqués dans le Music Alliance Pact. Amateurs des bandes originales bollywoodiennes, passez votre chemin: si The Tattva parle bien d’amour, il utilise pour cela les codes du post-rock plutôt que de la pop indienne. Tant mieux.

  

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4. Being Berber – Anthem [ESPAGNE – MAP 65]

Ces dernières semaines ont du être stressantes pour les membres du groupe espagnol Being Berber, dont le projet de crowdfunding de leur premier album a (finalement, car ce n’était pas gagné d’avance) atteint son but le 11 Décembre dernier. Les quelques 3.800 euros récoltés permettront au quatuor d’enregistrer le successeur de l’EP Anthem dans de bonnes conditions, ce qui, au vu de la qualité du morceau éponyme, promet de bien belles choses. La suite en Mars 2015!

  

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5. Bhumi Svara – Lokah Samastah Sukhino Bhavantu [INDONESIE – MAP 67]

Si je dois bien reconnaître que je n’avais été jusque là que peu sensible aux morceaux proposés par Deathrockstar (le blog représentant l’Indonésie au sein du Music Alliance Pact), Lokah Samastah Sukhino Bhavantu est l’exception venant confirmer la règle. Cabrini Asteriska et Puti Chitara, les deux moitiés de Bhumi Svara, arrivent en effet à sublimer ce mantra (dont la traduction semble être « que règne la paix et l’harmonie ») d’une manière remarquable, et qui ne manquera pas de rappeler la magnifique bande originale – Jeff van Dick – de Rome Total War aux amateurs. Et, oui, j’assume mes références.

 

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6. Bloum – Faith [FRANCE – MAP 64]

L’année 2014 n’a pas été faste en termes de contributions françaises (6 en tout et pour tout), mais fort heureusement, le Faith de Bloom vient porter haut les couleurs de l’Hexagone jusque dans les rangs très fermés de cette shortlist. Au menu, une pop electro savamment dosée, mi-dansante, mi-crépusculaire, qui viendra ravir les connoisseurs. Qualité française, messieurs dames!

  

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7. Bullet – 6830 Miles [PORTUGAL – MAP 69]

Pour ceux qui se le demandent, 6830 miles font à peu près 11.000 kilomètres. Je n’ai par contre pas la moindre idée à avancer pour expliquer outre mesure le titre de ce morceau, derrière lequel se cache Vladimir Orlov, alias Armando Teixeira, même si c’est une certaine Lili qui tient le micro sur 6830 Miles, ainsi que sur le reste de l’album dont ce dernier est tiré, Cosmic Noise Vol. 1. Tout cela est bien mystérieux, mais force est de constater que le résultat en vaut la peine.

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8. Douglas Dare – Swim [ANGLETERRE – MAP 67]

Douglas Dare est anglais, joue du piano, et a superbement digéré l’héritage de Radiohead et de Thom Yorke. Si en on juge par la copie impeccable qu’il a rendu pour Swim, single issu de son premier album (Whelm), il y a de fortes chances que la nouvelle recrue d’Erased Tapes provoque à son tour quelques vocations dans les années 2030. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

  

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9. Jun Bum Sun & The Yangbans – The Seven Year Itch [COREE DU SUD – MAP 71]

Le rock coréen est une école à part entière, qui a ses défenseurs et ses détracteurs. Impossible toutefois de le confondre avec ce qui se fait aux Etats-Unis et en Europe, tant les différences de style sont marquées. C’était toutefois sans compter sur la direction prise par Jun Bum Sun & The Yangbans, dont le The Seven Year Itch pourrait servir de passerelle entre ces deux univers parallèles. Si vous vous demandiez ce que donnerait Counting Crows adapté en coréen, c’est votre chance.

 

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10. Lists – Autumn [ECOSSE – MAP 66]

Parmi mes nombreux coups de cœur écossais de 2014, il a été bien difficile d’en choisir un pour cette compilation. C’est finalement Lists qui a décroché la timbale et représente donc la Calédonie dans ce best of. Le folk magistral d’Ali Milesi, dont la voix et le jeu de guitare évoquent immanquablement les plus belles heures de Simon & Garfunkel, sera à suivre de très près en 2015.

  

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11. MAW – Padre Nuestro [MEXIQUE – MAP 75]

Au fil des années, le MAP a accueilli un bon nombre de groupes de rock progressif, dont les titres s’étiiiiiraient en longueur et dépassaient allègrement les cinq minutes. Spécialité chinoise à l’origine (Rainbow Danger Club, Summer Fades Away, Baby Formula…), le Mexique s’avère être également un bon pourvoyeur de morceaux de bravoure psyché, j’en veux pour preuve l’imposant (7:49) Padre Nuestro de MAW. Attachez vos ceintures!

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12. Mind Blank – Cocaine [PEROU – MAP 74]

Derrière ce titre claptonien en diable se cache Mirella Bellido, Suzanne Vega péruvienne dont le talent est de créer le manque chez l’auditeur en même pas quatre minutes, grâce à une production soignée, un usage maîtrisé des cordes et une fugace envolée finale qui laisse dans la bouche un goût persistant de reviens-y. Attention, l’addiction guette.

  

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13. Munn – Aquí/Ahora [EQUATEUR – MAP 72]

Munn, retenez ce nom. C’est celui d’un groupe capable d’enregistrer une petite (5:30 tout de même) merveille de rock atmosphérique n’ayant rien à envier aux productions des cadors du genre. Voix, guitare, basse, batterie, claviers: tout sonne juste dans Aquí/Ahora, l’Untouchable Part 1/2 made in Ecuador. L’essayer, c’est l’adorer.

 

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14. Saints Of Winter – Lullaby March [FINLANDE – MAP 69]

En Finlande, on aime faire des paris osés, et les remporter. Prenez Lullaby March par exemple: difficile d’imaginer qu’un morceau ainsi nommé puisse concilier berceuse et marche martiale, comme le titre le laisse pourtant entendre. Eh bien, à l’écoute, c’est toutefois évident, la rythmique militaire formant un parfait contrepoint au carillon de boîte à musique, pour un résultat des plus réussis. Défi suivant!

  

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15. Samalot – Valle De Luz [PORTO RICO – MAP 73]

Pour ceux parmi vous qui seraient bien en peine de situer Porto Rico sur la carte (et je dois reconnaître que je faisais partie de cette catégorie jusqu’à peu, Octobre 2014 pour être précis), sachez tout de même que l’on fait des concept albums pas piqués des vers sur cette île. Valle de Luz est ainsi extrait de Luz, œuvre lumineuse (ok, c’était facile) de Fernando Samalot, ex membre de Tachdé (dont le morceau Lotus Eaters avait été présenté lors du numéro de Juin 2012 du MAP). En ces temps de grisaille permanente, un peu de luminothérapie ne peut pas faire de mal.

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16. SPIES – Moosehead [IRLANDE – MAP 74]

Moosehead cover artL’Irlande est très contente de son année musicale 2014, c’est The Irish Times qui le dit. Parmi tous les noms (et nom des moindres) cités dans cet article par le journaliste pour étayer ses dires, on ne retrouve cependant pas les SPIES, et c’est bien dommage. Moosehead est pourtant une pépite indie rock, à la fois nerveuse et léchée, qui laisse présager un premier album dantesque de la part de la quintette de Dublin.

    

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17. There Is A Fox – Sleep Well Sea Moon [JAPON – MAP 75]

Sleep Well Sea Moon est la preuve irréfutable que la J-Pop (un genre pour lequel je n’ai hélas pas la moindre affinité) ne résume pas la production musicale du pays du soleil levant à elle seule. Avec ses arpèges de guitare acoustique, ses chorus nu-folk et sa rassénérante simplicité, le morceau du collectif de Hiro Makino a la fraîcheur et la poésie d’un film du studio Ghibli perdu au milieu d’un océan de sentaï. Have a break.

  

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18. Three Stops To China – The Beach [MALTE – MAP 72]

Au cours de ses six années d’existence, le Music Alliance Pact a proposé son lot de morceaux estampillés dream pop. Pour une majorité d’entre eux, malheureusement, le minimalisme inhérent à cette école constituait plus une excuse pour présenter des compositions inabouties qu’une véritable démarche artistique. The Beach, parce qu’il appartient indubitablement à cette seconde catégorie, est donc un titre précieux, venant rejoindre Endless Hearts (Marcel Thee – MAP 46) et Gone Are The Days (Melentini – MAP 54) au panthéon onirique du MAP.

  

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19. TMPL – Voyij [CANADA – MAP 70]

Si vous aimez les groupes n’ayant pas peur de viser le grandiose et l’emphatique, TMPL (à ne pas confondre avec l’émission de Hanouna) devrait vous plaire. Le tout premier morceau de ce jeune duo canadien s’apparente en effet à l’univers musical de M83 (et particulièrement à la BO composée par le groupe et Joseph Trapanese pour le film Oblivion), ce qui augure du meilleur pour l’avenir du groupe.

 

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20. Winter Dies In June – Big Sale Saturday [ITALIE – MAP 66]

La scène pop-rock indépendante italienne se porte bien, merci pour elle. J’en veux pour preuve la classe folle de Big Sale Saturday, titre impeccable que l’auditeur distrait aurait pu attribuer à The National sans y penser à mal, c’est vous dire le niveau.

  

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21. Yon Yonson – Culver City  [AUSTRALIE – MAP 66

Le duo Yon Yonson a mis dans le mille avec Culver City, morceau aussi expérimental qu’imparable, dans la veine de l’inqualifiable génie pop d’Alt J. Le riff central du titre est ainsi aussi inoubliable qu’improbable, et sert de point de départ à un road movie halluciné dans les rues ensoleillées de Culver City. Un Magical Mystery Tour au pays des kangourous en quelque sorte.

  

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