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VIEILLES CHARRUES – JOUR 3 (SAMEDI)

Changement de stratégie. Après deux jours passés à butiner de ci de là sur tel un bourdon breton (les seuls qui aient des rayures bleues et blanches au lieu de jaunes et noires), je décide de jouer la carte du sérieux en me cantonnant volontairement à une seule scène (la grande, tant qu’à faire) pour la durée de la journée de samedi. Pas forcément la solution la plus avantageuse sur le plan du nombre de concerts, mais optimale au niveau du placement, pour peu qu’on veuille bien se donner la peine de se lever suffisamment tôt (aka se donner les moyens de ses ambitions).

Tel ses lointains ancêtres riders de mammouths décidant de troquer leur existence chacha (chasseurs champêtres) bohème pour s’établir une fois pour toutes et cultiver des choux-fleurs (Bretagne oblige), le festivalier change d’ère et se sédentarise, non mais.

Après une ultime transhumance effectuée au grand galop sur la plaine carhaisienne (voir le W.H.A.T.T. (I.F.) idoine), il est donc temps de prendre ses quartiers d’été sur les bords de Glenmor, avec vue imprenable sur la faune bigarrée qui, dit-on, se plaît à pavoiser sur cette estrade. Hot spot. Corollaire inévitable de ce parti pris de l’immobilisme, je passe du même coup à l’heure des très, les concerts auquel j’ai assisté tombant invariablement soit dans la catégorie du très près (Glenmor) ou dans celle du très loin (Kerouac). Les organisateurs ayant toutefois eu la riche idée de retransmettre les seconds sur les écrans géants de la grande scène, les « campeurs » les plus motivés eurent la possibilité de meubler les périodes d’attente en assistant aux shows de la deuxième main stage des Vieilles Charrues dans des conditions ma foi pas pires que celles d’un fond de stade de Muse ou de Johnny (même si l’éloignement a permis de vérifier le bien-fondé des cours de physique du lycée: oui, la lumière va plus vite que le son – d’où un léger décalage – ). Si loin, si proche….
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L’honneur de la première salve revint à l’un des phénomènes actuels de la scène hexagonale, la pimpante IRMA et sa pop-folk intimisto-numérique (se dit de la musique enregistrée en solo dans sa chambre mais vue des trillions de fois sur le web… ah, la magie du buzz). Plébiscitée et soutenue par les zentils internautes de My Major Company qui lui ont permis d’enregistrer son premier album, Letter To The Lord, la mignonne Camerounaise tourne maintenant comme une bête pour défendre son bébé devant un public toujours avide de success stories dignes des dernières nunucheries waltdysneysques. Voix de velours et guitare en bandoulière, la nouvelle égérie du « yes I can » (et de la pub Google Chrome aussi, accessoirement) berce gentiment un public que le soleil radieux ne prédisposait de toute façon pas à faire montre de trésors d’énergie, surtout si tôt après le déjeuner (15h à peine ma bonne dame). Il acceptera pourtant de taper des mains sans rechigner à la demande de la belle, qui fit preuve d’une belle assurance en dépit de sa jeunesse et du cadre inhabituel. On regrettera juste l’absence de la mer et d’un transat pour parfaire ce début d’après-midi résolument caliente. Souhaitons à Irma de ne pas tomber dans les mêmes écueils que ceux rencontrés par son prédécesseur My Major Company, l’horripilant Grégoire (qui fait lui aussi des festivals, mais beaucoup, beaucoup, beaucoup plus petits que les Vieilles Charrues*).

*: Tête d’affiche des Clayescibels 2009, yeah! (j’y étais)

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Comme le Port Salut, c’est écrit dessus

Après cette balle d’engagement gentillette, c’est au tour de Glenmor de riposter, avec une des curiosités de la programmation 2012, en la personne de l’énigmatique KIRIL DJAIKOVSKI, que le programme présente comme le fer de lance de l’électro des Balkans (parce qu’ils sont nombreux que le marché à faire ce type de musique, peut-être?), mélangeant les gros beats de rigueur avec les cuivres d’Europe de l’Est chers à Emir Kusturica. Pour l’occasion, trois guests accompagnent notre homme sur scène: TK WONDER, MC WASP et même le vétéran GHETTO PRIEST, ancien d’ASIAN DUB FONDATION (ne te laisse pas abuser par cette formulation pleine d’assurance, lecteur, je n’en savais pas plus que toi sur ces trois loustics avant le début du set).
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À l’heure dite, Kiril et sa section rythmique se mettent en place, rapidement suivis par TK Wonder, qui investit la scène de sa démarche féline et commence à balancer son flow, imperméable aux regards pour le moins surpris que lui décoche les 30.000 festivaliers déjà présents sur le pré. Car, soyons honnêtes, même si la demoiselle (première précision importante, je suppose que ça n’allait pas de soi pour tout le monde) a un physique plutôt très avantageux (une Emma Watson version Caraïbes serait ma meilleure tentative de brosser un portrait rapide de la miss), rapper avec le futal de Johnny Clegg période acides et champignons et la coiffure de la grande mère barge (Barge Simpsons, vu la couleur) d’Amy Winehouse a de quoi surprendre même le spectateur breton, pourtant renommé pour son flegme à tout épreuve. Après quelques minutes, la 8ème merveille est rejointe par ses deux acolytes, d’abord MC Wasp (un Sébastien Tellier en version gangsta rap, si on poursuit notre petit jeu des comparaisons foireuses), puis Ghetto Priest himself, une sorte de vieux sage rasta à l’air franchement peu amène, un étrange accessoire mi-crucifix, mi-battoir à tapis à la main.
Pendant 1h15, cours de théologie reggae accéléré (la ligne entre le bien et le mal, je suis toi et tu es moi, la musique est universelle et nous venons juste de sortir de la tanière du lion avec des pierres noires dans les poches + Hakuna Matata, pour faire vite). On en oublie totalement Kiril, tapi derrière ses platines, bien que ce dernier connaisse apparemment par cœur le laïus de tous ses acolytes (intense séance de lipsinging de la part de notre Macédonien). On oublie aussi ses musiciens (section cuivre et violon), tellement douillettement incrustés dans le flow qu’ils ne s’en démarquent plus.
Au premier rang, c’est dur d’ignorer les invites des MC et autres TK à une participation plus active, et c’est facile d’oublier les dizaines de milliers de dubitatifs derrière, d’où une plongée tête la première dans la mer rasta rap. Plaisant je dois dire, car elle était très chaude (l’eau, bande de pervers)..
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De la Macédoine à la Belgique, il n’y a que quelques dizaines de mètres (grande magie bretonne, Merlin a bossé dur), on enchaîne donc avec la sémillante (je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais je pense que ça lui va bien) SELAH SUE. Toujours surmontée de son improbable choucroute capillaire, la brindille de Louvain a savouré avec gourmandise l’accueil de la foule compacte qui lui faisait face.

Selah loose pour bien voir, tout de même

J’écris souvent que certains artistes faisant la tournée des festivals enclenchent le mode pilote automatique, mais ce n’a pas été le cas de l’interprète de Raggamuffin, qui a joué son « tube » et une poignée d’autres morceaux avec conviction et spontanéité. Reste que que je n’accroche pas vraiment à sa musique et que je me suis trop facilement laissé distraire par les conversations de mes voisins pour faire une revue plus étoffée de son concert. Les voisins de festival, ces personnes avec lesquelles on finit par devenir vachement proches ,à poireauter ensemble pendant des heures, on en reparle juste au dessous.

Car j’ai eu la chance d’avoir à ma gauche la fan #2 de HUBERT-FÉLIX THIÉFAINE (seulement #2 parce que la #1, c’est toujours la maman), qui de son propre aveu « a déjà fait 150 concerts (dont une dizaine rien que pour l’Homo Plebis Ultimae Tour), connaît toutes les paroles par cœur et ne peut s’empêcher de les chanter à tue-tête. »
Bref, le genre de personnes qu’on aime avoir sous le coude pour connaître la set liste à l’avance (et oui) et noter le titre que l’on souhaiterait redécouvrir sur CD (surtout qu’avec HFT, les chansons ont rarement des intitulés intuitifs* – que les Psychopompes / Métempsychose & sportswear et autres Série de 7 rêves en crash position m’en soit témoins – ), ou encore connaître le nom des musiciens, leur plat préféré et leur pointure de chaussures (j’ai pas demandé, mais je suis sûre qu’elle aurait su).

*: Vu le patronyme de campeur (car le campeur couche dehors, huhuhu) que ses parents lui ont décerné, cet amour du tarabiscoté est peut-être génétique.

Comble du comble, elle nous annonce avec une fierté légitime que HFT lui fait toujours un signe quand il l’aperçoit dans le public. Vu le budget conséquent consacré à l’amour, à l’art et au cochon par cette brave dame, c’est la moindre des choses que peut faire l’immarcescible Jurassien pour sa fan (car il vient de Dole, comme l’a rappelé à plusieurs reprises un autre de mes voisins, Jurassien lui aussi).
Précision supplémentaire et définitive: c’est aujourd’hui son anniversaire (64 ans, âge pop depuis la bluette de Paul McCartney), comme l’ont également relayé les écrans géants de Glenmor avant que le concert ne commence.

Profitant du phénomène de concentration, Jean-Luc Martin (co-président du festival) débarque sur scène avec une équipe photographe et caméra, afin de collecter quelques images de foule en délire pour le future musée des Vieilles Charrues (qui s’appellera Le Sillon, if my memory serves me well). On saute, on crie, on fait la hola à 60.000 en espérant finir sur la photo et entrer dans la postérité. Qui vivra verra, et qui se verra se taggera sur Facebook (ouah, mon pixel de gloire!).

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Accompagné de quatre musiciens, dont un lead guitare au nom rock’n’roll (Alice Botté – c’est bien un guitariste -), Thiéfaine entre en scène avec la lente majesté de celui qui sait qu’il n’a plus rien à prouver. Il faut dire qu’il siège sans partage en haut de la chaîne alimentaire de la chanson française, Hubert: plus de 40 ans de carrière, la reconnaissance (tardive) de la profession, obtenue en même temps que ses deux Victoires de la Musique 2011, et surtout un public incroyablement fidèle et trans-générationnel (et international, la bande de joyeux Liégeois me servant de voisins sur le camping étant des fans finis, et ne s’exprimaient d’ailleurs plus qu’à base de « Bipède à station verticale » et « Soleil! Soleil! N’est-ce pas merveilleux… » à partir de 2h du mat’), transformant chaque concert en grand-messe évangélique, les paroles poétiquement absconses du Dole-man étant scandées en cœur par des milliers de voix. Écoutez n’importe quelle piste du Paris Zénith 1995 pour obtenir le mètre étalon d’une relation scénique fusionnelle entre un artiste et son public.

Le set commence en douceur avec quelques Mathématiques Souterrainesprolongées par Ad orgasmum æternum. Arrive le premier gros hit du concert, Loreleï Sebasto Cha… et là, HFT quitte l’estrade, se dirige droit vers nous et tend le micro juste mon nez à sa plus fidèle supportrice pour un cameo express. Pour un signe, c’est un signe (on peut même parler de chant du signe, mouahaha).

All the girls (and the boys) love Alice

Passés ces premiers émois, le concert est une succession de « tubes », avec en point d’orgue le diptyque Les Dingues et les Paumés, à la conclusion duquel Alice nous embarque aux pays des merveilles dans un solo final très inspiré, et Sweet Amanite Phalloïde Queen, qui ne prend son envol que lorsque tout le monde y met du sien. À entendre mes Liégeois, arrivés trop tard pour être bien placés (c’est ça de faire la fête jusqu’à plus d’heure, on se réveille tard et on se rendort sur le champ), les rangs de derrière sont restés plus ou moins de marbre au charme (vénéneux, forcément) de la reine champignon, mais je peux vous assurer que l’avant-garde a donné de la voix.

Après avoir discouru d’alcool, de drogue, de sexe, de Dieu et de la mort pendant beaucoup plus longtemps que les 4 minutes 22 qu’aurait pu durer son show s’il avait voulu la jouer clean, Thiéfaine tire sa révérence à dos d’Alligator 427. Mais du fond du backstage, il…nous…entend réclamer expressément un petit tour sur la charrette  de sa bonne amie La Fille du Coupeur de Joints, qui viendra nous dire « coucou les gins » en rappel. Woohoo… wohohoho… Le meilleur concert de la journée.

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À 21h, un regret: être obligé d’assister à la prestation de RODRIGO & GABRIELA, accompagnés sur scène par les musiciens de C.U.B.A. (comme quoi, je ne suis pas le seul à aimer faire des acronymes) de très, de trop loin.
Évidemment, il y a des écrans géants, mais la tendance des opérateurs caméras à cadrer les visages, ou pire, à nous abreuver de plans de coupe lointains pour faire voir comment tout le monde il est content de jouer ensemble (ce qui était semble-t-il le cas) est franchement horripilante. Bordel, ce sont les mains que l’on veut voir! Pour une fois que les deux guitar heroes de Mexico viennent donner un master class dans le pays Poher, on nous impose les traditionnelles plongées caméra dans la foule au lieu de rester collé à l’infernal doigté de Rodrigo Sánchez.
Autant filmer en gros plan les genoux d’un danseur de claquettes ou la manucure de Rihanna: certes, c’est joli, mais l’intérêt du show est ailleurs. En plus de cela, les images retransmises étaient en noir et blanc (première fois en trois jours de festival) ce qui, combiné au décalage son du à la distance, donnait l’impression d’assister à la retransmission d’un précédent concert du duo.
Bref, un bon spectacle vendangé par l’éloignement et la régie. À charge de revanche, compañeros!

Plan utile/Plan inutile

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Le crépuscule est bien avancé lorsque le show de l’alliance mexico-cubaine se termine, et la foule accourt en masse vers Glenmor pour assister à la venue de la tête d’affiche de la journée, le toujours flegmatique STING, rayé des cadres de la Police depuis bientôt trente ans, mais toujours aussi gaillard qu’à ses débuts.  En embuscade derrière la barrière, les fans du natif de l’ex instituteur punk, qui font le pied de grue depuis bientôt sept heures, se chauffent la voix et se décrassent les muscles avant l’arrivée de Gordon Sumner, 60 ans et toutes ses dents (on ne dira rien pour les cheveux par contre). Yeah baby, school is cool.Ça commence fort avec un Next To You en première cartouche, suivi pas loin derrière du classieux Englishman In New-York. Le rythme est donné.
Assisté d’une poignée de musiciens aux allures de session (wo)men débauchés pour l’occasion (mentions spéciales au guitariste « orzabalesque » qui tint le flanc gauche avec application, et au jeune prodige du violon qui se fendit de quelques soli magistraux en lieu et place de son comparse à la six cordes), le dard se marre et pioche dans son immense besace de tubes pour en livrer quelques uns, parfois légèrement retravaillés pour l’occasion (De Do Do Do De Da Da Da et l’immanquable Roxanne, lourdement remaquillée jazz-fusion, en tête de peloton), au public extatique de Carhaix.

Pruneau sur le far, il ne s’exprimera que dans un impeccable français entre les chansons, avec cette pointe d’humour pince sans rire so british qui achèvera d’emporter les suffrages. Pas moins de trois rappels lui seront nécessaires pour pouvoir prendre congé de Kamperhuil, noir de monde et de nuit, et qui aurait volontiers rempilé pour une autre heure et demie de show.
Dernières offrandes de Sting à ses fans, un Desert Rose synthétique et synthétisé (et sans Cheb Mami, donc forcément moins bien que l’original) et surtout un Fragile pour lequel il délaisse sa basse pour une guitare classique.
Sur un dernier « au revoir » tout en retenue britannique, le vieux beau blond le plus célèbre de la planète tire sa révérence et ne reviendra pas (et ne reviendra sans doute plus, il fallait être là ce soir du 21 Juillet pour assister un concert de Sting dans le Finistère).

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Après une journée passée à tenir la barrière debout sous le cagnard, la fatigue se fait sentir, surtout que l’entrevue au poste avec l’ex commissaire de police Sumner a achevé de mettre les batteries à plat. La JUSTICE attendra donc encore quelques mois ou années avant d’être rendue sous mes yeux (on est en France après tout, ces délais n’ont rien d’anormaux, sauf comparution immédiate).
Je laisse volontiers ma place aux hooligans des prétoires avides de se faire signifier leur droit de danser jusqu’au bout de la nuit par leurs excellences Gaspard Augé et Xavier de Rosnay. Moulu comme je l’étais, assister à cette ultime séance aurait pu être qualifié de non assistance à organisme surmené. Acquittement par contumace requis et déferrement  à la Quechua, if you please.

W.H.A.T.T. (I.F.): Waiting for Saturday night

2ème article de la série, rédigé sur un coin de parpaing en attendant l’ouverture des grilles pendant la matinée du samedi. Ceux qui n’ont pas saisi la (subtile) référence du titre sont invités à se présenter ici.

3ème parpaing en partant de la gauche…

11h06. Après une aube morne et frisquette, le soleil a réussi à balayer les traînées grises qui lui masquaient la vue, et chauffe à présent avec vigueur la prairie Carahaisienne. Pour l’heure, nous sommes trois à nous être déclarés officiellement candidats à la barrière, et je suis le seul à porter un bracelet (étrange comme une simple bande de tissu nouée autour du poignet  favorise le relâchement des mœurs. Better stay sharp guys). Rien que de logique à cette affluence tempérée, les grilles ne s’ouvriront que dans 3h30, le premier concert débutera à 15h et les têtes d’affiche ne sont attendues que plus tard encore.

Thiéfaine et Sting méritent pourtant qu’on les attende pendant quelques tours de cadran de plus que la rationalité pure ne l’imposerait, car les Charrues pâtissent de leur gigantisme: une fois engloutie ses 60.000+ festivaliers quotidiens, le transit d’une scène à l’autre deviendra une épreuve olympique, une épuisante session de steeple chase, où les les obstacles devront être négociés avec soin. Impossible de renverser un festivalier sur son passage comme on pourrait le faire avec une haie sur un 110 mètres, ça ne se fait pas, voilà tout.

J’ai bien pu rire d’eux hier alors que je me dirigeais en marchant du pas du juste vers les autres vies de Kerouac, mais les Cureurs de demi-fond ont eu en définitive bien raison de ne pas rater le départ du 400m de leur été. Cette fois-ci, je m’alignerai parmi les impatients et les anxieux, confiant en ma capacité d’en laisser suffisamment derrière moi pour pouvoir toucher au but avant épuisement des places.

Un coup d’œil à ma gauche achève de me rassurer: mes deux compagnons de (future) échappée sont:
– un couple* (handicap #1: ils devront passer par des files différentes pour être fouillées -> ralentissement),
– de quarantenaires (handicap #2: articulations plus aussi souples que pendant leur jeunesse + probable carcan psychologique quant à l’idée de courir vite en direction de la scène pour sécuriser des places – ils suivront la ruée mais ne l’initieront pas -> ralentissement),
– bedonnants (handicap #3: ça va être l’apoplexie aux 200 mètres, en supposant qu’ils tiennent le rythme jusque là -> ralentissement),
– avec un sac à dos ventru chacun (handicap #4: temps de fouille x2, d’autant plus que les gars de la sécurité sont toujours plus zélés durant leurs premiers contrôles – le boss regarde après tout -> ralentissement).

*: « Il savait que dans la vie il faut faire la part des frottements, et comme les frottements retardent, il ne se frottait à personne ». (Le Tour du Monde en 80 Jours, ch. 2) Ou pourquoi Phileas Fogg arrive toujours à être au premier rang quand il fait un festival.

L’homme a beau scruter tous les côtés d’un oeil que l’on devine inquiet derrière ses lunettes noires, à la recherche de potentiels rivaux à même de venir lui contester sa place (le fan est un être paranoïaque, c’est connu), il a commis une ultime erreur: celle de venir en sandales dans l’arène. Demande-t-on à Christophe Lemaître de courir ses meetings en tongs?
Regarde-moi autant que tu veux mon pote, il faudra me casser les deux jambes pour m’empêcher de me tailler la part du lion.

Quant à moi, assis sur mon bloc d’arrimage, le dos calé à la barrière tordue qui condamne l’entrée du site, je regarde le camping dégorger ses cohortes de fourmis qui deviendront cigales avec la tombée de la nuit. 11h32. La batterie d’un groupe inconnu tonne dans le lointain, et de trois, nous sommes passés à cinq, puis sept, puis neuf. Comment naissent les mouvements de foule?

Congratulations! You won.

ADDENDUM: Pour les âmes sensibles se demandant quel fut le destin de notre couple de quarantenaires, je confirme qu’ils ont réussi à s’en sortir. L’homme est arrivé à Glenmor deux bonnes minutes après moi, soufflant comme un bœuf et rouge comme une vache qui rit, mais indemne à part ça. Ça lui a fait du bien de courir un peu je pense. Sa tendre de moitié a suivi peu après et les tourtereaux (à rapprocher de la tourte plutôt que de la tourterelle if I may say, mais on va dire que je suis mauvais) ont pu assisté aux concerts accoudés à la barrière, les yeux dans les yeux avec (Flash) Gordon Sumner. Il y a une justice.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 2 (VENDREDI)

Aube grise sur Kamperhuil ce matin du vendredi 20 Juillet. Dans la clarté verte de la 2 secondes Quechua, le festivalier ragaillardi par quelques heures de sommeil à peine entrecoupées d’épisodes plus bruyants que la limite du supportable (agréable surprise s’il en fut) se prépare pour une journée riche en émotions. C’est que ce vendredi sont programmés pas mal de groupes dont la côte ne cesse de grimper, encore trop confidentiels pour se voir confier les clés de Glenmor, mais plus que capables de faire passer au spectateur averti un grand moment. Ready, steady, go!

Aujourd’hui, je prends l’option français

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Après quelques heures passées à rêvasser sur un parpaing fissuré, le dos accolé aux barrières volantes barrant l’accès du festival (période d’inactivité mise à utile contribution pour décrire et commenter deux trois bricoles marrantes sur ce qu’est la vie en festival: ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) et le premier de la série peut être consulté là), le coup d’envoi fictif de cette seconde journée est enfin donné, et c’est avec surprise que je suis témoin de la course effrénée des premiers arrivés en direction de la grande scène, sans doute à la recherche de la CURE de jouvence promise par le bon docteur Smith et ses assistants à 22h05 ce soir.
J’ai ri, et marché tranquillement jusqu’à Kerouac, où j’ai pu me positionner là où tout festivalier de bon goût se devait d’être en ce début d’après-midi, ensoleillé finalement: au pied de la scène où les doux rêveurs de OTHER LIVES étaient attendus à 16h pour une virée dans les plaines de l’Oklahoma, à la recherche de l’insaisissable Scissor Tailed Flycatcher (Tyran à Longue Queue en français et oiseau emblème de l’État dans toutes les langues – c’est fou comme on apprend des choses en allant aux concerts de SAMANTHA CRAIN).

Choose your seat…

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe distillant un folk aérien et délicat et souhaiteraient un cours de rattrapage accéléré, je ne peux que conseiller l’écoute des morceaux Tamer Animals et For 12, tous deux extraits de l’album Tamer Animals (disponible depuis Août 2011). Ce second opus étant excellent dans son ensemble, rien ne vous empêche de creuser plus profond le sillon en attendant que la quintette retourne en Europe (ils ont annoncé à la fin de leur concert qu’ils repartaient aux États-Unis après avoir écumé le vieux continent depuis le début de l’année).

À 16h tapantes, le commandant de bord Jesse Tabish largue le câble reliant son planeur à l’avion tracteur et nous voilà partis pour une heure de vol au dessus des magnifiques paysages des Grandes Plaines américaines. Je parle de planeur, car les sets soignés délivrés par les Other Lives ne montent pas en puissance pour vaincre l’inertie du public à la manière de ceux d’autres groupes. Non, pas besoin de faire d’efforts violents pour la bande de Stillwater pour tutoyer les sommets, mais simplement de se laisser porter par les courants chauds ascendants. Il y en qui peuvent trouver l’approche barbante, mais en ce qui me concerne, je suis devenu un adepte de ces moments de sereine quiétude, bien éloignés des tornades de décibels frappant un peu partout ailleurs dans le paysage pop rock. Comme un clin d’œil de la météo, le vent se lève juste à temps pour accompagner l’incommensurable Dust Bowl III, charriant un peu de la poussière soulevée par les semelles des festivaliers. Le septième ciel n’est plus très loin.

Mais le temps nous est compté et il faut déjà songer à redescendre. Cachée derrière ses lunettes noires à verres ronds, la charmante Jenny Hsu se charge de remercier les voyageurs au nom de tout l’équipage, et donne rendez-vous aux passagers intéressés par un nouveau vol au pied de la scène pour une séance de merchandising improvisée (m’en fout, je l’ai déjà l’album, et dédicacé par tout le monde qui plus est). Le commandant Jesse reprend alors le micro pour poursuivre les annonces: on finira la descente avec une superbe reprise de Leonard Cohen, The Partisan, amputée de toute sa partie française il est vrai, mais ça n’a guère d’importance. Il est d’usage d’applaudir le pilote après un atterrissage réussi, et c’est avec joie que nous nous sommes pliés à ce rituel, conquis par ce plane movie maîtrisé de bout en bout. Revenez-nous vite..
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Direction ensuite la scène Grall, qui avant de résonner des furieux assauts de mon groupe belge préféré de tous les temps, les indispensables TRIGGERFINGER, doit accueillir un certain RICH AUCOIN, dont les penchants électros ne m’inspirent qu’à moitié, mais que ne serais-je pas prêt à faire pour tenir la barrière lors d’un concert du power trio d’Anvers?
Assis contre le rempart de métal, je m’écoute tranquillement penser jusqu’à ce que la petite bande de fans absolus du natif de Halifax qui a investi les lieux en même temps que moi ne se mette à trépigner sur place en poussant des hauts cris. Juste le temps de me lever pour voir de quoi il en retourne que Rich en personne arrive à ma hauteur pour me serrer la main (bon, pas qu’à moi, il sert toutes les mains qu’on lui tend Rich, mais tout de même) et me remercier d’être venu le voir. C’est vrai qu’on n’était pas nombreux au lancement du set, et je n’ai pas eu le courage ni l’envie de lui avouer les vraies raisons de ma présence devant la scène, aussi me suis-je contenté de sourire bêtement et de lui laisser sa chance. Grand bien m’en a pris.

Car le gars Aucoin a le don fabuleux d’enjamber toutes les barrières sur son chemin. Barrière de la langue en premier lieu, habilement négociée à l’aide d’un franglais bien suffisant pour se faire comprendre par un public intrigué, puis enthousiaste. Barrière le séparant dudit public en second lieu, qu’il franchira à tous ses morceaux (les gars de la sécurité ont passé une heure riche en émotion) pour venir prêcher sa pop electro festive au plus près, parmi, les spectateurs qui d’enthousiasmés sont devenus complètement fou lorsqu’il s’est mis à les arroser de confettis et de cotillons à l’aide des « mortiers » disposés devant la scène. Autant dire que la valeur ajoutée d’être au premier rang lors de ce genre de prestation se trouve décuplée par rapport au concert moyen. Final particulièrement barré pour un personnage haut en couleur, Rich déploie sur la foule une toile de parachute qui servira d’écrin à une séance de (base) jumping particulièrement jubilatoire, même si la température est vite devenue insupportable en dessous.

Après un crowd surfing bien mérité et vite expédié, le Canadien frappadingue quitte la scène, en promettant à tous ceux qui lui enverront un texto de leur expédier toute sa musique gratuitement… Et de balancer son numéro de portable sur l’écran géant derrière lui (c’est bien la seule chose qui a marché correctement côté régie, les échec systématiques et répétés de Rich et de Sam, son ingénieur backstage, de synchroniser la lumière et le son du show ajoutant encore à la folie du set… C’est pas à PORTISHEAD que ce genre de mésaventure arriverait, mais si ça pouvait décrisper Beth Gibbons, c’est tout ce que je leur souhaite). Enfin, quand je dis quitter la scène… Il est resté une bonne demi-heure après la fin de son concert à parler et à se faire prendre en photo avec qui voulait (dont votre serviteur, mais le résultat est classé secret défense), pendant que derrière lui, imperturbables, Ruben, Mario et Mr. Paul investissaient les lieux pour la balance. Sans doute la « première partie » la plus généreuse et enthousiasmante à laquelle j’ai eu la chance d’assister, et un petit gars que je suivrai avec attention dans le futur (petit avant-goût de très bon goût, son morceau It).


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L’entrée ayant été débarrassée, il était temps de passer aux choses sérieuses. Et sérieux, les trois de Triggerfinger le sont toujours dès lors que le rideau se soulève, même si pendant les réglages, l’ambiance était à la franche rigolade, Mario testant son micro en roucoulant des sonates pendant l’impayable Mr. Paul hésitait semble-t-il entre parler dedans ou l’avaler tout rond. Hé, c’est les vacances pour tout le monde mon pote.

À la faveur d’un set scandaleusement court (50 minutes! Que fait la police?) mais contenant tous les diamants stoners  habituels (First Taste, Is It, All This Dancin’ Around, le solo de batterie de Mario…), parfaitement taillés et soigneusement polis après des semaines passées sur les routes à défendre le dernier album, les Trigg’ ont encore un peu plus élargi leur fan base française, et confirmé au besoin leur statut de très grand groupe live. À voir Ruben se mettre le public dans la poche en un aller retour de médiator sur sa Gretsch, on est tenté de croire que ce type là est né sur une scène, avec un message pour le monde: the louder, the better. Pas grand chose de plus à rajouter sur ces quelques minutes passées en compagnie d’une des valeurs sûres du rock, le vrai, européen, à part qu’ils étaient bien partants pour remettre le couvert à Carhaix as soon as possible. À bon entendeur, afscheid.

Don’t give me that creepy look, Paul

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Les heures suivantes ne furent malheureusement pas aussi passionnantes. Pris au piège d’une programmation un peu piquée des vers (THOMAS DUTRONC, ça va cinq minutes, littéralement), j’erre de scène en scène, grappillant des petits bouts de concert de ci de là (le fils de cité plus haut, qui s’embarque dans un plaidoyer pro-frite à la logique absconse aux deux tiers de son show, mais également la fin du set des petits jeunes PURPLE MOUNTAIN, duo guitare batterie n’ayant rien de très neuf à proposer – par contre le frontman est un crack du Rubik’s cube – et la performance en demi teinte des éternels revenants BLOC PARTY, toujours incapable de retrouver la recette de leur miraculeux Banquet). Victime de son succès, et malgré les 4.000 m² d’espace supplémentaire par rapport à l’année dernière, les Vieilles Charrues s’engorgent lentement mais sûrement, au point que je préfère me poser devant Glenmor pour attendre la venue des Cure.

Purple Mountain: « On est bons hein? » « Ouais, on est bons. »

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Rester assis le plus longtemps possible pour ménager ses jambes, c’est dangereux pour les mains, mais ça permet de prendre des photos chelou. Il n’est cependant pas question de passer l’intégralité des 2h30 de concert (record annuel) de l’empereur des gothiques et de sa bande de joyeux drilles à contempler les godasses des autres festivaliers. À 22h05, tout le monde sur le pont pour voir débarquer Robert Smith et friends, prêts à offrir au public la dose de millésimes eighties pour laquelle ce dernier s’est déplacé en masse (60.000 fans tout de même). Le thème de l’édition 2012 étant les super héros, on a plaisir à constater que le petit Robert a joué le jeu et s’est déguisé en Joker pour l’occasion. Ah, pardon, on me signale dans l’oreillette que cette tignasse arachnéenne et cette tartine de rouge à lèvres sont en fait son look habituel, autant pour moi.

Plus tout à fait aussi svelte qu’à l’époque où les Inconnus reprenaient la Zoubida en son honneur, Smith a toutefois conservé le même grain de voix qu’à ses débuts, ainsi que son assurance tranquille de guitar hero minimaliste mais toujours inspiré. Il n’y a qu’à fermer les yeux pour se retrouver trois décennies plus tôt, debout sur la falaise de Just Like Heaven, courant comme un dératé entre les arbres de A Forest ou piégé dans la toile du Spiderman de Lullaby. Priceless.

À ses côtés, les musiciens, vieux et jeunes, déroulent les morceaux de la setliste avec une perfection de studio d’enregistrement. Mention spéciale à Jason Cooper, qui prouve avec brio qu’un bon batteur n’est pas forcément un batteur bruyant: sa vitesse et sa capacité à tenir, orner et développer les rythmiques exigeantes des compositions de Robert Smith sans pour autant voler la vedette aux délicats entrelacs de guitare, basse et claviers caractéristiques du son de The Cure m’ont vraiment impressionnées.

Je serais bien resté juste au bout du set (qui paraît-il à déborder d’une demi-heure par rapport à l’horaire convenue, c’est MARTIN SOLVEIG qui a du être content), mais dans une galaxie très lointaine nommée M83, Anthony Gonzalez et ses potes se préparaient à se téléporter sur la scène Grall, et je ne pouvais pas décemment rater une rencontre de ce (3ème?) type.

Mais d’abord, il a fallu se frayer un chemin jusqu’au point de chute de l’Antibois que les States nous envient et s’arrachent. Hurry up, they’re coming. Plus facile à dire qu’à faire cependant, aucune allée d’évacuation n’ayant été dégagée à cette fin et les gens étant en général peu enclins à s’écarter pour laisser passer les déserteurs (ce qui est tout à fait compréhensible, mais à moins de se faire hélitreuiller, impossible d’y couper). Pour être parti au tout début de Pictures of You depuis une distance relativement éloignée de la scène (voir photos), je sais qu’il m’a fallu les sept minutes et des poussières que dure la chanson en live pour me dégager de la foule, ce qui n’a pas vraiment été une partie de plaisir. Sans hésiter, le plus gros point noir de tout le festival..
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À l’arrivée, il s’avère que je ne suis pas le seul à être parti en quête du Grall, et je trouve la place déjà copieusement garnie de spectateurs impatients de goûter au calice. Problème principal, l’immense majorité des impétrants au tour de soucoupe proposé par Anthony a déjà beaucoup bu avant de se présenter sur le paddock, et la disposition particulière de la scène par rapport au reste du site incite les plus motivés à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusque dans les premiers rangs. Où qu’on se place, impossible de profiter de l’electro rock épique servi par les M83 sans être bousculé toutes les 30 secondes par une nouvelle colonne infernale de festivaliers plus très concernés par les règles du vivre ensemble. Tu parles d’une joyeuse Reunion. Comble de l’impolitesse, la moitié du public part en masse après avoir entendu Midnight City, laissant Anthony finir son concert devant une foule bien moins nombreuse qu’au coup d’envoi du set. Ok, le papillonnage de scène en scène fait partie de la logique festival, mais ce genre d’attitude consumériste à deux balles « je reste juste pour ta chanson buzz, après tu peux te brosser » m’a foutu et me fout encore en rogne. Je n’ose même pas imaginer ce qui ce serait passé si Anthony avait choisi d’ouvrir avec ce titre.

Toujours est-il que j’ai découvert M83 et que malgré les conditions assez extrêmes des 40 premières minutes, j’ai bien accroché. Beaucoup de titres lorgnent certes très ouvertement vers le dancefloor, mais l’emphase développée dans les compos et les arrangements implacables de ces dernières (aaah, ce saxophone jubilatoire dans le final de Midnight City… C’est beau comme du Tears For Fears période The Working Hour), couplées à l’énergie incroyable du groupe sur scène (il fallait rester jusqu’au bout pour voir le bassiste se jeter dans la fosse comme on se jette dans les vagues à 13°C des plages du Finistère – si tu réfléchis trop, tu meurs -) me font penser que le succès grandissant de cette bande d’allumés plutôt très doués dans ce qu’ils font est très loin d’être immérité, et c’est avec plaisir que j’irai les revoir sur scène (mais pas en festival si je peux l’éviter) si l’occasion se présente..
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1h du matin et une décision à prendre: aller voir la fin de METRONOMY à Kerouac ou rentrer à la tente? Pas cornélien le dilemme dis donc. Bonne nuit tout le monde.

W.H.A.T.T. (I.F.): Le camping des Vieilles Charrues

Les smartphones sont vraiment la plaie du XXIème siècle. Sous couvert de permettre à leur possesseur de rester connecter en permanence avec le reste du monde (ce qui pourrait apparaître à première vue comme le rêve de tout individu des générations Y et suivantes), j’ai la sinistre impression que le privilège de réactivité qu’ils procurent aliène plus qu’il ne libère l’utilisateur. Tenez, je viens juste d’apprendre qu’un spectateur s’était fait lourder du concert du hip hop auquel il assistait parce qu’il avait eu le malheur de critiquer l’artiste de la première partie sur Twitter. Il aurait eu un portable basique le gars, il aurait du attendre d’être de retour chez lui pour déverser son fiel, et pu assister au reste du show peinard. Et je ne parle même pas de tous ces jeunes cadres dynamiques qui ne peuvent s’empêcher de sacrifier (inconsciemment de surcroît) leur vie sociale et affective sur le minuscule autel de leur Blackberry symbiote.

Bref, le rattachement perpétuel à la Matrix peut bien faire hurler toutes ses sirènes, très peu pour moi. Je compte profiter du luxe de pouvoir être injoignable à volonté le plus longtemps possible. Mais parce qu’il faut bien s’occuper même quand on se coupe volontairement du monde, et que la vie de festivalier « interne » (comprendre: en camping) comporte son lot de moments à meubler en attendant le début du concert, j’ai profité de ces sessions d’inactivisme militant pour coucher sur le papier (oui! et avec un crayon!) quelques petites réflexions et observations sur ce qu’est la vie dans ce drôle d’univers que constitue un festival. Ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) ou What Happened At The Time (Instantané Festivalier) en version longue (oui, j’aime aussi les acronymes débiles, ça commence à faire beaucoup pour un seul homme), et ça n’a pas vocation à changer la face du monde, mais j’espère que toutes les personnes ayant déjà fait l’expérience d’un festival de musique se reconnaîtront d’une manière ou d’une autre dans ces élucubrations pseudos socio-psychologico-métaphysiques of mine.
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W.H.A.T.T. (I.F): Le camping des Vieilles Charrues.
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Le camping du festival est une ville de toile qui s’autodétruit un peu plus chaque jour. Vivre ici, c’est faire l’expérience de la nature décadente de l’homme, surtout quand il est jeune et que l’alcool est peu cher. Chaque jour, ce sont des hectolitres de bière qui sont transportés à dos d’homme, par trolleys brinquebalants, brouettes défoncées, ou tout autre moyen de locomotion sorti de l’imagination fébrile et du sens pratique à toute épreuve des festivaliers, depuis le Leclerc local (c’est ce qui s’appelle bénéficier d’une externalité positive en langage économique – je n’ai pas tout oublié finalement -) jusqu’aux plaines noircissantes de Carhaix. Les breuvages plus forts doivent être transvasés dans des bouteilles plastiques avant le check point d’entrée, aucun récipient de verre n’étant autorisé sur le site (même les pots à cornichons, au grand dam d’un de mes voisins).

Les travées impeccables, autrefois délimitées par une ligne blanche tracée à même l’herbe fleurissent de déchets plastiques et organiques avec une profusion toute anthropique que les malheureux Sysiphes et Danaïdes de l’équipe bénévole chargés de la propreté du camp seront bien incapables d’endiguer de manière durable avant que la horde des nouveaux vandales se soit dispersée aux quatre vents. Là où nous passons, l’herbe met un an à repousser.

Le sol lui-même se fait spongieux et élastique là où les organisateurs ont choisi de faire converger des centaines milliers de pas en l’espace d’une centaine d’heure. Les quelques caillebotis de plastique jetés au dessus du carrefour pour limiter son affaissement n’y feront rien: à la moindre goutte d’eau, le praticable se transformera en marais, au grand dam des campeurs venus sans leur bottes (la majorité). Raison de plus pour sacrifier de généreuses libations au dieu responsable du fameux micro-climat breton pour qu’il retienne ses ondées le temps du week end. Encouragé par cette forme festive de prière païenne, le sentiment religieux atteint des sommets inégalés dans le pays Poher. Ivresse sacrée…

Vu comme ça, le camping en festival, c’est sympa non?

C’est samedi matin, il est 7h34. Parmi les tentes alourdies de la rosée probablement issue des suées de la veille, quelques uns des habitants les plus tardifs ou les plus précoces de la nouvelle Carhaix se croisent d’un air hagard. Les uns errent à la recherche de l’abri qui leur permettra de s’écrouler pendant quelques heures, les autres se dirigent vers les douches, guère sollicitées à cette heure monacale.  L’eau n’en sera pas plus chaude pour autant, mais pas de quoi effrayer un Breton motivé, pour qui les 19°C annoncés apparaissent tièdes en comparaison de la caresse des eaux atlantiques même en plein cœur de l’été.

Le temps de revenir à la tente, et l’animation est déjà de retour dans le plus vaste camp de déplacés de l’Europe de l’Ouest. À défaut de ne pouvoir se vider la tête sous les décibels vrombissants d’une chaîne (pas d’alimentation électrique proposée, Dieu merci), on en est réduit à émerger en parlant (fort) de sa nuit passée. Pour certains, les souvenirs mettront plus de temps à remonter, s’ils remontent tout court. Les soirées les plus mémorables sont celles qui laissent le moins de traces mnésiques, intéressant paradoxe.

Déjà, les revendeurs de places sont à leur poste, leur petit panneau de carton à la main. À les entendre demander d’un ton confidentiel aux passants s’ils ont des entrées à leur céder, on pourrait croire que le deal porte sur une toute autre marchandise, qui circule pourtant au grand jour dans le camp sans que personne ne s’en émeuve (on peut en même en trouver à la sortie de sa tente, oublié sur place par un errant aux poches crevées et au paletot idéal – vécu -). Bonne chance à eux, la journée affichant complet depuis plusieurs semaines, à la différence des autres.

Le jour se lève sur les Vieilles Charrues.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 1 (JEUDI)

Les Vieilles Charrues, c’est l’histoire d’une vengeance, du rat des champs qui snobbe son cousin des villes, du pot de terre qui fracasse la tronche du pot de fer. À la genèse du plus grand festival français en terme d’affluence (244.000 personnes cette année sur 4 jours) et en têtes d’affiche programmées, on retrouve en effet l’ennui d’une poignée de potes du pays Poher, désespérés par le manque d’animations de leur bled à une saison où même le reste de la Bretagne trouve de quoi s’occuper (organiser un fest noz pour que les touristes puissent s’estropier les petits doigts dans une orgie d’an dro exécutés sans finesse mais avec une évidente bonne volonté, ça occupe sa bigouden).

Car la bonne ville de Carhaix, enclavée sans espoir dans les marches intérieures du Finistère (la plage est loin, laissez moi vous le dire), à un jeté de menhir des Côtes d’Armor et du Morbihan, constitue le cauchemar de toute personne souhaitant occuper son temps libre autrement qu’en célébrant la mémoire de La Tour d’Auvergne (« premier grenadier de France » sous Napoléon et Carhaisien illustre, mais qui préféra malgré tout se prétendre auvergnat, ça en dit long).
21 ans après ses débuts folkloriques, les Vieilles Charrues ont cependant creusé leur sillon, au point de faire l’envie du reste de la France mélomane, Paris en tête, pendant les quatre jours que dure le festival. Car qu’importe la manière dont ils s’y prennent pour vendre leur affaire, les organisateurs des Charrues savent y faire pour attirer les plus énormes stars de la galaxie pop rock, dont le passage sur le pré de Kerampuilh constitue souvent l’unique date métropolitaine de l’été, voire de l’année.

M’étant décidé trop tard pour participer à l’édition 2011, qui accueillait pourtant un de mes groupes fétiches, les inoxydables SUPERTRAMP, j’ai profité d’un heureux concours de circonstances m’ayant attiré en terres morbihanaises en début de semaine pour prolonger mon séjour au royaume du chouchen par une petite virée à Carhaix. Alors ce report des 21èmes Vieilles Charrues, on s’y attelle ou bien?

Do you speak Breton?

Le Palais – Quiberon, Quiberon – Auray, Auray – Rosporden, Rosporden – Carhaix. Pfiou, elle se mérite la visite à la grange.
Effectué sous un soleil radieux, le pèlerinage jusqu’à la capitale du Poher se passe toutefois dans la joie et la bonne humeur, en particulier la dernière partie effectuée en autocar, où je sympathise avec un futur bénévole très sympa même si encore bien fatigué de sa nuit précédente.
Profitant d’un arrêt du bus, un mystérieux moustachu harangue les voyageurs sur les mérites du spectacle proposé par les FIVE FOOT FINGERS, dont il fait lui même partie, et qui se produiront au festival trois jours de suite. Évidemment, quitte à voyager avec un des artistes programmés, on aurait préféré tomber avec STING ou SHIRLEY MANSON, mais on arrive sur site déjà dans l’ambiance, c’est appréciable.

Les impondérables de la route ayant toutefois ralentis notre fringant véhicule, la gare routière étant située à un bon kilomètre du camping et les candidats à ce dernier devant être dûment fouillés avant de pouvoir y pénétré, je me retrouve en retard pour le coup d’envoi du festival, malgré un planning prudent de ma part.
Tant pis donc pour ROVER, premier à s’élancer sur la pré pour cette édition, et dont les cinq premiers morceaux (dont mes deux préférés, Late Night Love et Aqualast, hélas) me serviront de bande son pendant l’installation ma tente dans une parcelle assez éloignée de l’entrée du camp (zone 10 pour ceux qui voient), puis pendant l’acheminement jusqu’à la scène Kerouac où notre arpenteur des planches a fait escale avec ses musiciens. Vu toute la route qu’il s’est déjà enfilé cette année et s’enfilera encore jusqu’à la fin de sa tournée marathon, on se dit que les organisateurs ont bien fait de le programmer sur l’estrade nommée d’après l’auteur de On The Road.

7ème concert de Rover pour votre serviteur en l’espace d’un an, avec un dernier mois particulièrement chargé (Solidays, Soirs d’Été et Vieilles Charrues donc), je commence donc à connaître son show. Et c’est bien ça que je lui reproche: aucune différence de setliste entre Domino et Kerouac, d’où un certain ennui au bout de seulement quelques minutes de concert. Une vieille impression d’assister un show réchauffé et déjà servi une cinquantaine de fois, le sentiment que le mode pilote automatique a été enclenché comme à Solidays, malgré le déni catégorique de l’intéressé, qui jure être très content de revenir en Bretagne, « là où le projet (et sa mère aussi, accessoirement) est né ». Pour autant, je ne l’ai pas senti particulièrement ému le père Rover, à moins qu’il ne cache très bien son jeu.
Preuve en est l’ultime morceau du set, le fameux Full of Grace extended (voir report Soirs d’Été) qui démarre bien, s’élève dans le ciel de Kerampuilh… et retombe comme un soufflé au bout de quelques minutes. Et pourtant, Flipotar n’était pas là cette fois. Cerise sur le gâteau, le grand homme quitte la scène en balançant un « Merci aux musiciens » qui m’a beaucoup surpris: à l’entendre, on aurait pu croire qu’il venait de jouer avec des requins de studio qu’il n’avait jamais croisé auparavant, et pas avec trois types qui le suivent sur la route depuis le début de l’aventure (dont un est carrément le producteur de son album).

Bref, mon avis est peut-être un peu biaisé du fait de l’expérience (ah, je me sens chenu tout d’un coup), et sans doute que les spectateurs ayant découvert Rover aux Vieilles Charrues ont été enchantés par sa prestation (j’ai bien discuté un gars à Soirs d’Été qui était devenu fan après le très moyen – à mes yeux – concert des Solidays, c’est dire si l’animal peut fasciner), mais pour ma part, je suis resté sur ma faim.
Autant je sais pourquoi il faut aller voir Rover en concert, autant je ne vois pas de raison objective à aller le revoir sur scène… pour le moment. Pas de prime à l’ancienneté, c’est vraiment dommage. Espérons que les concerts de la tournée d’automne ne seront pas des copies conformes des performances estivales, et que le wanderer tourmenté de la chanson française remaniera un peu sa setliste avant la fin de l’année. Comme il n’a que des bonnes chansons pour le moment (l’introspectif Wedding Bells mis à part), ça ne devrait pas être trop compliqué.


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On enchaîne pour le premier concert sur la (vraiment très) grande scène du festival, qui accueille pour l’occasion le quatuor britannique DJANGO DJANGO, que tout le monde semble connaître et adorer, sauf moi.
Un regard au programme annonce: « un véritable puits sans fond d’influences musicales (comprendre que le rédacteur ne sait pas à quoi les rattacher) entre harmonies vocales (ok, il y aura des chœurs…) et électro-pop cosmique (ça sent les bidouillages sur synthé…). Ces Beach Boys du XXIème siècle (quand tu lis les critiques de That’s Why God Made The Radio, tu espères que ce n’est pas vrai), fervents adeptes de la chanson dérangée et des mélodies échevelées (blablabla…), sont à découvrir sans hésiter! »
Bref, un premier album encensé par la critique, et déjà la main stage pour nos quatre rosbeefs, j’appelle ça griller les étapes, mais on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Reste que cet emballement médiatico-hype typiquement « Metronomien » a plus tendance à me braquer d’entrée contre l’artiste en bénéficiant qu’à m’inciter à la clémence. Ça allait saigner.

Arrivés sur scène en T-shirts (moches) assortis, les Django se mettent à pied d’oeuvre et déroulent leur set avec une bonne humeur un peu crispée. J’apprends après coup qu’il s’agissait de leur plus grande scène à ce jour, et que même si le festival était loin d’avoir fait le plein pour cette première journée, affronter quelques 30.000 personnes encore à peu près sobres (et donc dotées d’un sens critique non faussé par l’effet euphorisant de l’alcool) donne des raisons de nervosité. Impossible de décrire de manière constructive la musique jouée par le combo, vu que je n’en garde absolument aucun souvenir. On comprend mieux pourquoi le rédacteur du programme a classé les quatre Londoniens dans la catégorie fourre-tout de l’electro pop, car effectivement, il est très difficile de mettre des mots sur les morceaux délivrés par la quartette, peu aidée il faut le reconnaître par la qualité proprement dégueulasse du son craché par les tours d’amplis de Glenmor. Encore un concert où la balance se fait en live, franchement pas top.

Django Django, splendeur et déchéance d’un groupe pop

Les timides tentatives du chanteur-guitariste Vincent Neff de communiquer avec un public pas vraiment emballé dans son ensemble (le spectateur breton est méfiant, c’est connu) ne s’avérant pas franchement concluantes (la foule préférant largement consacrer son énergie à faire libérer tous les Bob l’Éponge injustement emprisonnés de Kerampuilh – clin d’oeil à ceux qui savent – 😉 ), les quatre sujets de sa Gracieuse Majesté finiront par révéler leur véritable nature: un p….n de groupe claviers-batterie*.

Autant pour les instruments rigolos exhibés plus tôt dans le set, vous voilà percés à jour mes gaillards! Adieu perfide Albion, je taille ma route vers Kerouac, où les Parisiens énervés de STUCK IN THE SOUND se préparent à dégoupiller..
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*: Théorie personnelle sur la musique pop actuelle: si tu as plus de talent que d’amis, achète toi un Jam Man et essaie d’égaler KT Tunstall, Bernhoft et Loney, Dear; si tu as plus d’amis que de talent, dégotte-toi un clavier et une batterie et marche dans les traces de tous ces nouveaux groupes pour qui trois notes de Bontempi couchées sur un groove binaire constituent une chanson (ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de la bonne musique avec cette combinaison d’instruments, hein).
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Bon, avant de passer à la revue du concert à proprement parler, une petite confidence honteuse: je confonds tout le temps Stuck in the Sound et Skip the Use. Pas la musique (je suis totalement novice pour les deux), mais les noms. Avouez que ça se ressemble quand même un peu.
Arrivé sur place, j’ai la joie de découvrir une barrière encore pas totalement garnie, ce qui, étant donné la forte tendance de José Reis Fontao à encourager la formation de pogos toutes les 3 minutes environ, est forcément une bonne nouvelle. La place étant sécurisée, je meuble l’attente avant le coup d’envoi en me demandant pourquoi diable la moitié de la production annuelle de St Alix a été disposée au pied de la rambarde. Du mauvais côté, qui plus est (la réponse à cette question un peu plus loin).

À 18h50, les quatre titis s’avancent sur la piste, José et son fameux sweat noir à capuche en tête (so 2000’s!). Ils envoient la sauce pendant l’heure réglementaire, et l’expérience est plaisante pour le néophyte que je suis. Rien qui ne m’accroche spécialement l’oreille, mais l’attitude énervée et sans compromis des parisiens, jouant devant un public bien plus enthousiaste que celui des Django Django, offre l’occasion d’une première chevauchée infernale dans les grands espaces du rock.
À la longue, les fanfaronnades de José (« Carhaix, dès que le micro du batteur sera réparé, on va tout faire péteeeeeeeer! » aux deux tiers du set, pas franchement pertinent sachant que tout le monde était à fond dès la troisième seconde du show) se révèlent être un peu usantes, mais pas autant que la houle humaine qui pousse dans le dos et vous écrase sur la barrière avec une régularité effrayante. Heureusement qu’il y avait la rambarde pour se tenir debout, je n’ose même pas imaginer ce que ça a du être pour les gens de derrière.
Une demoiselle en détresse quelque part sur ma gauche a bien essayé d’intéresser les gars de la sécurité à son cas avant de finir stuck in the fence, mais peine perdue, les gros bras ne pouvant manifestement pas passer des bouteilles d’eau aux festivaliers assoiffés et essayer de calmer les individus les plus démonstratifs avant qu’ils n’aient piétinés plus fluets qu’eux. Bref, à consommer avec modération, d’autant plus que la journée est encore longue.


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Merci les écrans géants!

20h, retour vers Glenmor pour le concert d’un autre parisien (enfin, ex-parisien), le sympathique KEZIAH JONES, dont le plus grand drame reste de n’avoir rien sorti de comparable à son excellent Rhythm Is Love depuis bientôt 20 ans.
C’est triste de déjà être obligé de vivre sur sa légende à même pas 45 ans, mais force est de reconnaître que Keziah est un one hit poney aux yeux du grand public, malgré d’indéniables talents de guitariste et de showman, et une plastique toujours rutilante, qu’il se fera un plaisir d’exploiter en jouant l’intégralité du set torse nu.

Secondé par un bassiste au sourire plus ravagé que ravageur, le jumeau caché de Christian Rauth (mais si, le maire de la série « Père et Maire ») à la batterie et un joueur de djembé en boubou plus présent pour l’image que pour son talent de musicien (saleté de balance pourrie, snif), Mr Jones enchaîne les morceaux de blufunk, « style musical qu’il a créé, [et] dont il est le numéro un mondial (c’est aussi le seul à le pratiquer) »* avec professionnalisme, sans vraiment réussir à chauffer le public, mis à part les ménagères de moins de 50 ans des 10 premiers rangs qui accueilleront avec enthousiasme la chorégraphie merveilleusement gigolesque exotique que l’enfant de Lagos exécutera juste avant de s’éclipser en coulisses.
Mais de mon point de vue, le meilleur moment du concert restera la version enlevée de All Along The Watchtower qui fut jouée en rappel, plus proche dans l’esprit de Jimy que de Zimy. Savait-il que Dylan investirait cette même scène le dimanche soir, ou s’agissait-il d’un morceau habituellement joué en clôture, je ne pourrai dire, mais Keziah et moi nous sommes quittés bons amis grâce à cet hommage magnifiquement exécuté.

*: Wikipédia, je t’aime.

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21h, la fatigue et la faim commencent à se faire sentir. Ça tombe bien, c’est au tour de ZEBDA de prendre le relai sur la scène Kerouac, et, comment dire…
Bref, profitons-en pour se dégourdir les jambes et faire le tour des stands de bouffe à la recherche d’un encas consistant, en attendant de pouvoir passer au supermarché demain matin. Contrairement aux tarifs exorbitants pratiqués à Solidays, la nourriture proposée sur le site l’est à un prix tout à fait correct (4,5 euros le sandwich frites, et je peux te dire que tu es calé après), même si on ne trouvera point de salut en dehors de la patate rissolée et de la saucisse bien grasse. Roots roots roots. Même Zebda se met au diapason et invite les spectateurs à faire la couscoussière avec ses bras (à moins qu’il ne s’agisse d’une parabole).
Ambiance bon enfant sur les Vieilles Charrues, les jeunes quadras avec enfants se remémorant avec nostalgie leur décennie 90 au son des succès du groupe toulousain, le sympathique Tomber la Chemise et l’insupportable Motivés venant terminer la playliste avec le crépuscule tombant. Timing parfait pour accueillir les énigmatiques PORTISHEAD sur la grande scène, pour ze concert of the day, ou quelque chose comme ça..
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Pour moi, la bande à Gibbons c’est un Glory Box lancinant, la bande son parfaite pour un suicide au Prozac par une soirée de Novembre pluvieuse à Bristol. Un groupe qui respire la joie de vivre et l’humour grivois, à mi-chemin entre Patrick Sébastien et les Musclés. Autant dire que passer juste derrière les dépressifs de Zebda allait être une partie de plaisir pour le trio de Dummy.

Beth Gibbons est heureuse de jouer aux Vieilles Charrues (si si)

Franchement excentré sur le côté droit, je vois le groupe se mettre en place sur scène sans un mot ni un signe pour le public qui lui réserve pourtant une franche ovation. Bon, ça doit faire partie de leur image de marque (difficile de les imaginer sautant partout, c’est vrai).
Le premier morceau commence, rengaine trip hop atmosphérique aux loops menaçants, Beth empoigne son micro et chante sa partie pendant que sur les écrans géants passent des plans pseudo artistiques du groupe en train de jouer (comprendre que c’est aussi facile à décrypter que les passages de REC filmés en infrarouge). Ceci fait, la chanteuse se retourne carrément vers ses acolytes (et donc tourne le dos au public…) le temps que ces derniers achèvent le morceau. Suivent 30 secondes de battements pendant laquelle Miss Gibbons descend un quart de la bouteille d’eau mise à disposition par la régie, toujours dos à la foule, réfugiée près de la batterie de Clive Deamer, avant d’enchaîner sur le titre suivant.
Le rituel « j’ai fini, je me retourne, je me gorge d’eau » étant répété à la fin de chaque chanson, et aucun des membres du groupe ne semblant être très concerné par le public lui faisant face (pas un signe et pas un mot, à part un « good evening » chevrotant à la fin du deuxième morceau), la bienveillance laisse place à l’incompréhension, puis à la déception.
Très honnêtement, c’est la première fois que j’ai l’impression qu’un groupe se fout totalement de jouer devant 40.000 personnes ou le mur du studio de répétition, et ça fait bizarre. Franchement dépité par la prestation globale des « papes du trip hop » (ils détestent être appelés comme ça, donc je ne vais pas me gêner tiens!), je pars noyer mon chagrin dans le Breizh Cola après un Glory Box où Kerampuilh s’incruste dans le chorus plus qu’il n’est invité à participer par une Beth Gibbons toujours aussi hiératique. Seul point positif, le très beau « dessin animé », onirique et angoissé, qui illustre The Rip, dans la droite ligne du The Trial de Pink Floyd. Pour le reste, autant écouter le best of au calme chez soi avant de s’ouvrir les veines, on économisera de l’argent.


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Une certaine idée de la classe…

À 23h, je fais l’expérience concrète de ce que participer à un festival de la taille des Vieilles Charrues veut dire pour le badaud. Du monde, du monde partout. Du monde passablement bourré qui plus est, ce qui suffit à me convaincre de regarder le show des LMFAO depuis l’écran géant le plus éloigné de la scène Kerouac.
Au programme, de l’entertainment à l’américaine, avec DJ aux platines, breakdancers et bombasses de rigueur, chorégraphies réglées au poil et sens du spectacle affuté.
Je ne sais pas s’il faut être admiratif devant l’efficacité implacable du « party rock » craché par les enceintes ou atterré par le caractère totalement artificiel des tubes scandés par le crew de Sky Blu (pas de traces de l’oncle Redfoo en revanche, peut-être trop vieux pour ces conneries). Dans la gigantesque fosse de Kerampuilh, on est bien loin de se poser la question: les (très) jeunes présents kiffent violemment leur race, et c’est bien l’essentiel. Malheur aux vieillards qui n’arrivent pas à tenir le rythme effréné imposé par les californiens: dans le pogo général comme dans l’espace intersidéral, personne ne vous entend crier..
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Passée la traditionnelle champagne shower (ou peut-être était-ce du cidre? Pas vu, trop loin), je lève le camp en direction de ma fidèle Quechua 2 secondes, que je retrouve sans trop de mal malgré le manque d’originalité du modèle. S’endormir avec DON RIMINI et son « DJ set terriblement efficace » en guise de berceuse, n’est-ce pas ça être rock en 2012?

FESTIVAL SOIRS D’ÉTÉ – MERCREDI (11.07.2012)

Le 3ème arrondissement, sa mairie, son square du Temple (tu vois lecteur, je fais des recherches poussées pour mes articles) et son festival annuel qui squatte la rue Eugène Spuller entre les deux. Soirs d’Été ça s’appelle, et pour peu que la météo joue le jeu, on pourrait presque croire que c’est vrai.

Pas de chance pour nous, festivaliers précoces, le nuage surplombant la scène décide de lâcher du lest avant de partir vers la province, et c’est donc sous une bonne averse des familles que l’attente pour le premier concert de la soirée, assuré par THE AERIAL, se déroule.
On méditera aussi sur les flyers originaux distribués aux passants: autant la pub pour le passage d’Imany à la Cigale le 20 Septembre prochain ne m’a pas surpris plus que ça, autant celui incitant à prendre des cours par correspondance pour percer les mystères de la Bible n’a pas manqué de me plonger dans des abîmes de réflexion. Mécréants, mécréants tous!

L’indélicate ondée ayant toutefois le bon goût de se terminer avant l’entrée en piste des artistes (pas que regarder un concert sous la pluie me gêne particulièrement du moment que j’ai mon fidèle K-Way avec moi, mais la rangée de parapluies déployés par les groupies du premier rang m’aurait légèrement empêché de voir la scène).

Comme deux jours auparavant, l’indéboulonnable Dom Kiris se mue en Mr Loyal pour réveiller le public, qui apprend par la même occasion que The Aerial est un collectif d’étudiants de Nancy ayant débauché leur professeur d’anglais pour leur servir de frontman. Ceci étant dit et bien dit, il est temps de laisser place à notre fine équipe, dont l’affiche de tournée et les instruments débâchés laissent à penser que nous sommes bons pour quelques minutes de pop indie  (on ne peut pas faire du rock avec ce type de batterie, restons sérieux).

Cette prédiction se révèle assez vite exacte, le quatuor lorrain enchaînant les morceaux acidulés avec application. De prime abord un peu nerveux, le chanteur d’outre Manche, aussi roux que le Leprechaun (of the dead, mouahaha) de compagnie d’Ed Sheeran, prend peu à peu confiance, sa voix s’en ressentant fortement. Arrivé à la moitié du set, moment de flottement dans le groupe.  La cause de cet émoi est rapidement éclaircie par le bassiste à casquette (gush, le seul autre musicien qui s’habille comme ça est aussi un bassiste français, ça doit venir de l’instrument): « Bon, d’habitude on descend dans le public jouer des morceaux acoustiques, mais là il y a beaucoup de monde… Tant pis, on y va quand même. » Donc acte.

Accompagné de son chanteur écarlate, qui empoigne une gratte au passage, notre homme descend de son piédestal et se positionne à peu près au milieu d’un public positivement surpris par l’initiative. Bon, ce serait mentir de prétendre que le rendu de cette expérience ait été absolument mémorable (et pourtant, j’étais relativement près du duo), mais dans l’esprit, c’était tout à fait sympathique.

Ragaillardi par ce bain de foule, le chanteur profite même d’un problème technique pour pousser un petit God Save The Queen en sole et a capella le temps que l’aléa soit solutionné (si si, ça existe comme verbe). Le set s’achève avec ce que j’ai trouvé être la composition la plus aboutie du groupe (et dont je n’ai malheureusement pas le nom, comme quoi je ne fait pas tant de recherches que ça, finalement), lorgnant avec insistance sur les régions limitrophes du son de The Fray et The Temper Trap. Dommage que les morceaux précédents n’aient pas tous été de calibre, mais je pense qu’il faut donner leur chance aux Aerial en conditions studio (donc via Spotify ou CD) pour vraiment réaliser leur potentiel. Affaire à suivre donc.


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Après que nos quatre cigognes aient pris leur envol, la scène prend peu à peu les couleurs de Mr. PAUL PERSONNE (à ne pas confondre avec le Mr Paul de Triggerfinger) et de son backing band sobrement nommé À l’Ouest. Après Nancy, direction le soleil couchant donc, en compagnie d’un des meilleurs et plus méconnus guitar hero de l’Hexagone. Car un simple coup d’oeil au public, nombreux et ça fait plaisir, réuni devant la scène suffit à se rendre compte que pour la nouvelle génération, Personne n’est personne (je préviens tout de suite que ce filon de calembours plus ou moins aboutis risque d’être exploité jusqu’au trognon d’ici à la fin du report). Les charmantes demoiselles dont les pébroques auraient pu me faire rater le show des Aerial sont en effet parties en même temps que leurs idoles, laissant la barrière aux mains tavelées des vétérans du blues rock, dont tous auraient pu être leurs parents et quelques uns leurs grands parents. À côté de moi, ça devise allègrement du dernier concert de BB King au Grand Rex et de celui à venir de Johnny Winter et Alvin Lee à l’Olympia. Ambiance retour vers le passé, nom de Zeus.

Enfin, après que le sieur Kiris ait encore une fois fait son office avec diligence, la bande à Paulot prend possession des lieux sous l’ovation d’une foule déjà acquise. Avec ses fringues casual relax et sa coupe de cheveux mi-longs, Paul a tout l’air du prêtre ouvrier venant célébrer la messe à la sortie du turbin. Pas d’orgues ni de cantiques cependant, rien que de la guitare, de la basse et de la batterie, déversées à gros bouillons par les trois sacristains de service, cheveux longs et chemises à carreaux au vent. Sur le côté gauche de la scène, la guitare à Paul discourt sans trêve ni repos sur les mystères de la foi rock, contournant la barrière de la langue pour s’adresser directement aux oreilles de l’âme (si). On monte, on monte, on monte… et on retombe doucement avec chaque solo qui s’achève.

J’ai suivi la lumière, et il (n’)y avait personne au bout (je vous avais prévenu).

Dans son micro, St Paul récite les psaumes d’une vie ordinaire avec ses soucis et ses embellies, ses haut et ses bas, bref chante le blues avec la profondeur et la retenue de l’homme qui a du vivre ses chansons (ou l’inverse) plus d’une fois. Mais plus que sa voix, ce sont ses doigts qui me fascinent, surtout ceux de la main gauche: repliés avec une nonchalance millimétrée sur le manche de sa Gibson, ils semblent se mouvoir si doucement de frette en frette qu’on se persuaderait presque qu’il est facile de jouer de la guitare. Au risque de passer pour un blasphémateur, la (lente) main de God n’est plus très loin.

La communion (la première dans mon cas) se termine en rappel par ce qui pourrait passer pour le cantique des cantiques du répertoire de Personne, le classique Barjoland et son apostrophe mi-amusée mi-désabusée à l’amour, cette vieilles connaissance qui ne traîne plus dans le coin depuis un paquet de temps. Dernière envolée vers le septième ciel nocturne et parisien, l’archange achève le dragon d’une ultime estocade sonique, salue le public des deux pouces et part évangéliser d’autres contrées, suivis par ses trois apôtres.

On ressort de ce concert avec une béatitude mêlée d’un fort sentiment d’injustice. Dans le meilleur des mondes, Paul Nobody remplirait des stades entiers en tant que lead guitar des Rolling Stones tandis que Chris’ Richard ferait la tournée de petites salles de province pour gagner sa croûte (une existence infiniment moins dangereuse, les cocotiers étant encore assez rares sur le littoral français). Mais les voies du Seigneur sont décidément impénétrables, et le pauvre pêcheur que je suis ne peut que se montre reconnaissant pour l’apparition dont il fut témoin ce soir du 11 Juillet 2012. Ite, missa est.

FESTIVAL SOIRS D’ÉTÉ – LUNDI (09.07.2012)

Idée reçue: Il n’y a pas de festivals de musique « actuelle » sur Paris entre le début Juillet et la fin Août. Pour tous ceux qui considèrent Solidays et Rock en Seine comme l’alpha et l’oméga de la saison de la musique en plein air, avec pas grand chose à se mettre sous la dent entre Longchamp et St Cloud si on s’en tient à la capitale, mon devoir est de les mettre au parfum. Oui, il y a bien moyen de se faire plaisir intra-muros pendant les grandes vacances, et le mieux c’est que c’est totalement gratuit.Le mois de Juillet en particulier est spécialement bien achalandé en la matière, puisque OÜI FM et LA FNAC organisent chacun un évènement pour Parisiens mélomanes. Le festival proposé par l’enseigne au carré noir tombant en même temps que les Vieilles Charrues, il fallait bien que je fasse honneur à la grand messe organisée par la Radio Rock, histoire de voir si le spectacle proposé valait son pesant de tickets de Transilien. M’en fout, j’ai la carte Navigo 5 zones.Direction donc la mairie du 3ème arrondissement, où devait nous attendre avec veaux, vaches, cochons et pots de lait ROVER et BEN HOWARD, deux grognards de la scène pop rock, du moins si on se base sur « le baromètre Dionysos » (qui mesure le nombre de festivals auxquels participe un artiste donné pendant l’été – je vous laisse deviner pourquoi ce nom divin -). Tiens, vous n’auriez pas déjà fait Solidays il y a deux semaines mes gaillards? Heureusement pour moi, qui était aussi présent à l’hippodrome (3 Days At The Races, tout de même mon petit Freddie) le week end du 22 au 24 Juin (rapports détaillés faisant foi), j’avais deux excellentes raisons de venir m’acoquiner une nouvelle fois avec les deux individus susnommés.
Pour le premier de nos lascars, il s’agissait de vérifier, après un concert solidaire qui m’avait beaucoup déçu, que notre colosse, quitte à patauger plus qu’à son tour dans l’argile des tranchées de Verdun en rêvant qu’il touche lentement les nuages (soit, voir le clip d’Aqualast), ne les avait justement pas en argile, ses chevilles.
Rover, poilu d’intérieur ou voltigeur tout terrain? On allait être fixé une fois pour toutes.
Dans le cas de Ben, je comptais bien voir ce que l’enfant prodige du folk avait dans le coffre de près et avec une guitare valide entre les paluches, deux problèmes auxquels j’avais été confronté à Solidays.

Coup de pot, nous arrivons assez tôt sur le spot , coincé entre la mairie en question et un square (me demandez pas lequel, je suis nul en géographie parisienne), pour décrocher the best of the top of the cherry sur le cake: la barrière centrale. Jackpot.
Un bonheur n’arrivant jamais seul, je retrouve également deux têtes connues de Solidays sur place, dont sans doute la plus grande fan de notre ténébreux expulsé (du Liban, si vous vous posez la question et n’avez lu aucune des 10³² interviews qu’il a donné depuis un an), à l’agenda rempli de dates de concerts pour cette vie et la prochaine. That’s the spirit.
Le brin de causette sur nos addictions musicales respectives (certaines partagées) m’éamène à réaliser que PAUL PERSONNE sera à l’affiche du festival deux jours plus tard. OMG (Odélie Managée Grièvement), je l’avais même pas calculé. Va falloir revenir pour une projection en plein air de « My Name Is Nobody » du coup! Pas de problème, on sera là.
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Deuxième réalisation de la soirée, Rover ne sera pas la « première partie » du show, car avant lui s’élancera/ont le/s mystérieux HERR STYLER.
Qui est ce monsieur (ou bien s’agit-il d’un groupe?), est/sont-il/s allemand/s et sa/leur musique est elle vraiment stylée? Autant de questions qui resteront en suspens le temps que Dom Kiris ne monte sur scène chauffer le public encore clairsemé à cette heure précoce, nous annonçant qu’il s’agit d’une soirée « spéciale coup de coeur », et de citer Roro et Bennie dans son laïus introductif. Pas un mot sur Herr Styler par contre, ou plutôt si: « electronica ». Et pouf, il nous plante là, nous laissant méditer pendant les quelques secondes que mettent les deux Mrs Stylistes (première énigme résolue) à se mettre en place devant leur instrument (claviers pour le premier, batterie pour le second, Ray Ban pour les deux) le slogan de sa boîte: « OÜI FM, la radio rock ». C’est bizarre, j’aurais pas tendance à ranger l’electronica sur l’étagère rock, qui déborde pourtant de pleins de trucs plus ou moins appareillés…

Mais pas le temps de ressasser plus longtemps cette incongruité, le batteur a lancé son Mac (ah, indispensable Mac… bientôt on pourra faire des sessions unplugged avec, sous réserve que la batterie soit gonflée à bloc au début du set…) et trouvé la pédale de sa grosse caisse, et là, comment dire, c’est très, très fort. Pendant ce temps, son acolyte pianote une petite mélodie sur son synthé, et nous voilà embarqué pour l’unique morceau des frères pétards, qui durera une bonne vingtaine de minutes (impossible de vérifier l’heure au premier rang, ça va à l’encontre de mes principes).
Hum, voilà qui est surprenant. Ceci est un festival de musique « rock » et pas une rave party, personne ne vous a prévenu? Cette réflexion personnelle a du traverser plus d’un esprit à en juger la froideur avec laquelle le public, une fois les deux premiers chocs amortis (choc #1: ce n’est pas du rock, choc #2: ok, ils ne joueront qu’un seul – très long – morceau), a accueilli cette plongée en electronica. La première fois, c’est pas toujours une partie de plaisir, c’est vrai.

Peu convaincu lui non plus, mais considérant que c’est le rôle du premier rang de répondre avec

Tu vas sauter Paris, oui? Non? Ah, bon…

enthousiasme à la musique jouée, qu’importe sa qualité, votre serviteur essaya donc tant bien que mal de « feel the beat » de manière outrageusement explicite, histoire de ne pas envoyer le frontman Styler en dépression en plein milieu du concert.
Car malgré l’indéniable énergie qu’il y mit, notre gaillard n’arriva pas à embarquer la foule dans son délire, d’où une certaine et compréhensible déception de sa part (même avec des lunettes noires, le premier rang voit ces choses là). Il aurait peut-être fallu le prévenir que le micro mis à disposition par la régie ne servait pas uniquement à balancer des « PARIS! » à nous autres sceptiques, mais également à chanter dedans. Car oui. Herr Styler c’est de l’electronica purement instrumentale. Faut le savoir.

Quand à son pote derrière les fûts, il avait l’air plus absorbé par l’écran de son laptop que par la réaction du public, alors peut-être que cette dernière lui est passée au dessus de la tête. Outre le problème du son mentionné ci-dessus, notre brave homme m’a semblé techniquement limité, ce qui n’est pas en soi un problème (qui n’aime pas Meg White?), mais le devient quand on se cache derrière un Mac et des verres fumés: quitte à ne pouvoir que marquer la cadence, autant ne pas s’afficher en cador de la technique et tombeur de minettes, parce qu’il n’y a pas de quoi pavoiser mon gars. C’est vrai quoi, si ma propre boîte à rythmes jouait mieux que moi, j’aurais tendance à faire profil bas. Ceci dit, il faut reconnaître que notre mai a su hausser le niveau sur la fin et livrer un groove plus à même de se faire pogotter la foule. Même si pogo il n’y a pas eu.

Quand le morceau de bravoure des Herr Stylers se termine enfin, une fraîche ovation pousse gentiment mais fermement les deux italiens (si on peut croire ce qu’à dit Dom) vers le backstage. Paris à 8h du soir n’est pas la même chose qu’Ibiza à 3h du mat’ messieurs, désolé pour l’erreur de casting.


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L’electronica étant morte et enterrée, il est temps de passer au plat de résistance, du Rover sauce grand veneur.
Plutôt que de vous refaire une description complète de la set liste, copie conforme de celle servie à Solidays (si ça vous intéresse,  jetez un oeil sur le report du samedi), je passerai directement à mon impression de spectateur ayant quitté notre vagabond mélancolique sur une déception quelques jours plus tôt. Verdict: c’est beaucoup mieux.
Visiblement plus à l’aise que sous le Domino, Rover livre un set corrigé de tous les défauts relevés précédemment: plus loquace (« Je suis Rover… et je vais boire de l’eau. » – moi je trouve ça très drôle -), plus souriant, plus décontracté et moins accroc au « no more » qu’à Solidays, le géant mèchu et sa fine équipe enchaînent les morceaux avec une intensité et une conviction que je n’avais pas retrouvées à Longchamp.

Cerise sur le gâteau, il part même en roue libre sur la fin du dernier morceau, commencé comme un simple Full of Grace et terminé sur toute autre chose, suivi par par tout le peuple du 3ème arrondissement (et surtout par le premier rang, je vous prie de croire qu’on a fait le taf comme il faut). Malheureusement, c’est le moment que choisis Flipotar, le roadie qui ne veut pas finir en retard, pour lui signifier qu’il doit quitter la scène d’un très explicite tapotement du cadran de sa montre effectué au vu et su de tout le public. La grande classe mec.
Bien trop gentleman pour balancer un coup de boule à l’importun (ça, ça serait rock), Rover s’exécute et s’éclipse rapidement, laissant derrière lui un trip mort-né et une très bonne impression. I stand corrected, l’animal s’en sort très bien en plein air, quand il s’en donne la peine.


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À 21h25, et sous les cris hystériques d’une partie (féminine) du public, Ben Howard et son groupe rentrent en scène pour finir la soirée en beauté. Quand on le voit arriver, voûté derrière sa guitare comme si elle était en fonte, les yeux fuyants et la voix limite chevrotante, difficile de ne pas douter de la capacité du frêle Ben de marcher dans les gigantesques traces laissées par son prédécesseur.
À en juger par la réaction de la foule, il y est cependant arrivé, bien épaulé en cela par le charisme et le doux sourire de sa bassiste/violoncelliste, qui l’aidera à se mettre dans la poche la moitié masculine de l’auditoire.

D’un point de vue personnel, ceci dit, j’ai eu du mal à m’immerger dans l’univers de Mr Howard, auquel je reproche trois choses:

1) une voix assez banale, et, ce qui est pire, utilisée assez banalement (aka: « si tu ne peux pas chanter comme Ian Gillan, essaie au moins de chanter comme Mark Knopfler » -alias l’homme qui a vendu des millions d’albums malgré une tessiture d’un quart d’octave-);

2) une présence scénique effacée

3) des compositions qui se ressemblent toutes, au point que j’étais persuadé que Only Love et Keep Your Head Up étaient une seule et même chanson jusqu’à qu’on me prouve le contraire.

Par contre, il me faut reconnaître que Ben touche sa bille en matière de guitare, même si son refus de toute esbrouffe le dessert plus qu’autre chose à mon avis. Au final, c’est lui que je classerai dans la catégorie « stocker dans une salle de concert plutôt qu’à l’extérieur », bien plus que Rover.


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En conclusion, une soirée agréable commencée étrangement et finie doucettement, mais dont la seconde partie a été mémorable… Un peu comme toutes les soirées, non?

THE TEMPER TRAP @ LA MAROQUINERIE (12.07.2012)

On a tous une salle de concert préférée.Chacune a ses bons côtés et ses inconvénients, sa propre histoire et des caractéristiques techniques et acoustiques particulières. La légende de l’Olympia se mesure au prestige de la salle Pleyel ou à l’extraordinaire atmosphère qui règne à la Cigale, tandis que le Point Éphémère joue la carte de la proximité entre les artistes et le public et la Flèche d’Or invite au voyage par son décor hall de gare. Mieux vaut se positionner près de la sortie au moment du rappel et ne rien laisser au vestiaire du Bataclan en cas de timing post-concert serré (le dernier train pour la banlieue -00h05- dans mon cas), et s’armer de patience pour sortir du parking du Palais Omnisport de Paris Bercy au volant de son véhicule…

Yes, you can be THIS close…

Mais pour ma part, la reine des salles parisiennes (je peux aussi parler de la Batterie de Guyancourt, du Zénith de Strasbourg, de la Caserne Fonck de Liège ou de l’église de Steinkjer, mais restons à Lutèce pour le moment) est sans conteste la Maroquinerie. Il faut pourtant parcourir un bon bout de chemin pour se rendre sur place depuis la gare Montparnasse (mon point de chute habituel), et le confort une fois sur place est des plus rudimentaires (pas de sièges, pas de vestiaire), sans parler de la déco des plus dépouillées.

Mais qu’importe toutes ces menues tracasseries, car la Maroquinerie est  la salle où l’on peut littéralement toucher la musique du bout des doigts, pour peu que l’on s’y prenne assez tôt. Pour qui a déjà regretté de ne pas avoir pris ses jumelles pour distinguer les fourmis s’agitant sur une scène située à des dizaines, voire des centaines de mètres, se retrouver assez près de l’artiste qu’on est venu applaudir pour lui allumer sa clope ou lui décapsuler sa bière en tendant à peine les bras a quelque chose de grisant. De particule insignifiante formant avec des dizaines de milliers d’autres un organisme collectif avide et plus ou moins stupide appelé « public », le spectateur devient un démiurge tout puissant, puisqu’ayant le pouvoir de stopper le concert auquel il assiste d’un simple geste de la main (débrancher ce câble jack au sol, désaccorder la guitare du frontman ou lui arracher son micro -se pose évidemment la question du pourquoi agir de la sorte, mais force est de reconnaître que rien ne vous empêche de perpétrer un tel forfait si tel est votre intention). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes qui montent le son lorsque leur chanson préférée passe à la radio pour s’y plonger au plus profond, alors vous serez d’accord avec moi pour reconnaître qu’en matière de musique live, proximité rime avec félicité.

De plus, contrairement aux scènes de festival de plein air, où le premier rang se paie souvent cash par la perte de quelques points d’audition (souvenir douloureux du passage de SKUNK ANANSIE lors du Rock en Seine 2010, où il nous a carrément fallu battre en retraite pour ne pas risquer de se faire enfoncer la cage thoracique par la grosse caisse sur-sonorisée…), la régie son de la Maroquinerie n’est pas adepte du louder is better à un niveau disproportionné. Certes, ça joue fort, mais cela reste supportable même à deux mètres en face de l’ampli, avec ou sans bouchons d’oreilles (évidemment, avec c’est mieux, mais comme j’ai la fâcheuse tendance de les oublier…).

Cerise sur le gâteau, le 23 rue Boyer accueille la crème des groupes indie rock actuels, y compris des formations habituées à jouer devant un public bien plus nombreux que les quelques centaines de chanceux qui suffisent à remplir la Maroquinerie. Derniers exemples en date, les fantastiques Anglais de THE BOXER REBELLION, et bien sûr, les Australiens de THE TEMPER TRAP, dont l’unique autre date française sera au Rock en Seine de cette année. J’ai lu une autre revue du concert livré jeudi soir par la bande de Melbourne, regrettant le caractère exigu de la Maroquinerie, peu adaptée aux hymnes de stade offerts au public par Dougy Mandagi et ses camarades. Errr, allow me to disagree with this statement, m’am. Il n’y a rien de mieux qu’une petite salle pour un concert si on se place du côté du public, nuff said. Déjà que j’ai tendance à trouver l’Olympia un peu grand maintenant que je fréquente le Point Éphémère et la Flèche d’Or, ne comptez pas sur moi pour aller au Parc des Princes applaudir un groupe, aussi connu soit il.

Arrivé sur place sur les coups de 18h15 (ce qui est certes tôt, la première partie ne devant commencer qu’à 19h30, mais est une garantie de bon placement), je passe le temps en regardant Dougy se faire prendre en photo avec les quelques autres fans présents à cette heure précoce. Comme il avait oublié le code permettant d’ouvrir la porte menant à la salle, pas d’autres choix pour lui que de s’exécuter, avec le sourire.

La fameuse porte s’ouvre enfin pour les porteurs de billets une heure plus tard, et je fonce me positionner à l’endroit idéal (deux pas à droite du centre de la scène, histoire de ne pas avoir de micro dans le champ au moment de prendre des photos). Le matériel du quatuor devenu quintette avec l’arrivée de Joseph Greer en 2008 remplit déjà les deux tiers de l’espace disponible, et l’on se demande où diable l’artiste mystère (impossible de trouver son nom avant de venir) censé assuré la première partie va pouvoir s’installer pour chauffer la salle. Un quart d’heure plus tard, CHET FAKER (merci à La Discordance pour avoir mis un nom sur la tête barbue qui m’a fait face pendant 20 minutes sans que je puisse l’identifier, malgré une tenace impression de déjà vu*) et ses musiciens investissent les lieux et commencent à se mettre en place à la hâte. Les bruits de couloirs parlant de panne sur le périf étaient peut-être fondés.

*: J’étais tombé par hasard sur sa page d’artiste il y a quelques mois, où l’on peut entre autres trouver son remix du North de PHOENIX

Après une balance rapidement expédiée, Chet s’attelle à son clavier et commence son set seul en scène par un morceau piano voix de très bonne facture. Après quelques mesures, les derniers bavards se taisent enfin pour écouter ce lointain cousin de Bon Iver (c’est la barbe) distiller sa pop-jazz envoûtante. Rejoints pour la suite du concert par un guitariste au look Tahiti Bob hyper travaillé, un bassiste et un batteur, Faker ne triche pas (c’était facile) et livre une première partie doucement groovy et plutôt très agréable à l’oreille, même si elle réchauffe plus qu’elle ne chauffe la Maroquinerie. Le gang des Australiens devra donc partir de zéro pour faire monter l’ambiance, mais jouant dans une salle sold out depuis plusieurs semaines, on ne s’inquiète pas trop pour eux.

La mise en place et la balance sont l’occasion d’admirer les impressionnants jeux de pédale que chacun des guitaristes a à sa disposition (et dont les divers effets passeront assez largement inaperçus, il faut le reconnaître) et d’étudier en détail la set liste scotchée au sol par les roadies. Pas de surprises, toutes les chansons attendues sont bien là, mais on se sent tout de même privilégié de  savoir avant le reste de la salle que Need Your Love sera joué en deuxième alors qu’il faudra attendre la fin du rappel pour entendre Sweet Disposition. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #1.

21h, les lumières s’éteignent et le public démarre au quart de tour. C’est le London’s Burning composé par

Un zoom? Pour quoi faire?

Dougy pendant qu’il était coincé dans son appartement londonien au moment des émeutes de 2011 qui ouvre le bal, suivi donc par le premier single issu de l’album éponyme défendu ce soir (morceau que je trouve un peu too much, et dont le clip déborde tellement de bons sentiments qu’il en est carrément risible, mais tout passe mieux en live). Le lancement s’étant très bien passé, Dougy profite de la jonction entre ce morceau et l’excellent Love Lost pour parfaire un peu son français (« How do you say it’s hot in French? Yeah, c’est chaud! »). Et paf, il claque un high five à deux spectateurs chanceux… dont moi. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #2.

De chaude, l’ambiance passe à brûlante au fur et à mesure que le set se déroule, les titres de The Temper Trap (The Sea Is Calling, Rabbit Hole, This Isn’t Happiness, Trembling Hands et Miracle) s’enchaînant sans temps mort, avant un final griffé Conditions (Science of Fear, Resurrection et l’iconique Drum Song, pendant laquelle Dougy rafraichira les spectateurs les plus proches en vidant une bouteille d’eau sur la peau de son tambour avant de commencer à le marteler. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #3).

Les TTT saluent et sortent de scène, mais pas pour très longtemps. Impossible en effet pour eux de s’eclipser avant d’avoir joué leur plus gros tube, le déjà classique Sweet Disposition, repris en chœur par un public qui n’attendait que ça. Sur cette ultime offrande, le concert se termine sur une promesse, celle d’être là à 19h le 25 août prochain devant la scène Cascade pour une version revue et augmentée du passage de nos Australiens préférés à Rock en Seine en 2010.

Setliste:

– London’s Burning
– Need Your Love
– Love Lost
– The Sea Is Calling
– Rabbit Hole
– Fader
– This Isn’t Happiness
– Trembling Hands
– Miracle
– Science of Fear
– Resurrection
– Drum Song
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– Soldier On
I’m Gonna Wait (non joué)
– Sweet Disposition

SOLIDAYS 2012 – JOUR 3 (Dimanche)

DIMANCHE

À la différence des deux jours précédents, je reviens à Longchamp le dimanche accompagné. Si si, ça change des trucs, ne serait-ce que parce qu’il (Bon Dieu que c’est moche comme tournure de phrase) est plus difficile de trouver un compromis valable entre les goûts musicaux de 4 personnes que d’une seule (et même ça parfois, c’est dur).
Autre changement majeur, la météo, qui accuse franchement le coup après deux jours estivaux. C’est un ciel plombé et menaçant qui accueille donc notre petit groupe à la sortie de la navette, mais avec l’insurpassable K-Way au chaud au fond du sac à dos, pas de raison de s’inquiéter outre mesure. Qui sait, peut-être que le vent chassera tous ces nuages d’orage avant GARBAGE (assonance en « age », 18 points)?

Côté programmation, c’est pas l’emballement non plus. Je connais vaguement la plupart des artistes, mais aucun  ne me tente particulièrement, mis à part le singulier BERNHOFT, dont la coupe de cheveux brosse à dents et la maîtrise du Jam Man ont emballé le jury du Spellemann Prisen (l’équivalent Norvégien de nos Victoires de la Musique) au point que ce dernier a couronné le fringant Jarle Meilleur Artiste Masculin 2011. Contrairement à nos latitudes, la compétition entre les artistes de l’excellente scène norvégienne (voir la revue du Steinkjerfestival 2012) est féroce, et se voir décerner une telle récompense est forcément révélateur d’indéniables qualités. Le créneau de 19h étant donc booké, ne restait plus qu’à s’occuper avant et après notre balade programmée en terre viking.

L’appel de l’élastique se révélant trop fort pour la moitié du groupe (malgré une queue toujours aussi impressionnante en dépit de la fine bruine qui avait commencé à tomber dès nos premiers pas dans l’enceinte du festival), nous fîmes ce que tout groupe digne de ce nom fait dès lors que ses membres démontrent de trop fortes divergences artistiques : nous splitâmes (it’s passé simple time!).
Pas assez tôt pour arriver à l’heure au show des LOUD CLOUD, sympathique duo guitare-batterie en chemise à fleurs (on reste assez loin des Black Keys tout de même) sous le chapiteau Circus, mais à l’heure pour le lancement du concert des A FREAK IN SPACE à Domino.

Si j’étais mauvaise langue, je dirais que la foule considérable réunie sous la toile étoilée était plus là pour se mettre à l’abri de la pluie que par pure conviction musicale, mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je suis content que les quator orienté « alien pop et psychogroove » (merci au site du guitariste Eric Löhrer, j’aurais eu du mal à sortir ce descriptif moi-même) ait pu faire le plein grâce/à cause de la météo.
Je dis quator et non pas trio, car aux trois musiciens du groupe est venue se greffer par intermittence (une chanson sur deux) une danseuse-mascotte répondant au doux nom de Rosie, compensant largement par son énorme… charisme le peu de présence scénique de ses acolytes.
Serrés comme des sardines dans une étable (si si), on se sèche un peu à la chaleur humaine dégagée et on esquisse même quelques pas de danse, mais l’ambiance ne décollera pas vraiment avant notre départ pour Bagatelle où l’express Bamako-Paris de 16h demande la permission d’atterrir.

A son bord, le couple d’Africains le plus bankable du moment, AMADOU & MARIAM. Musicalement parlant, j’ai du mal à concevoir comment on peut mettre le monde à ses pieds avec une bluette comme Dimanche à Bamako, chanson certes sympathique, mais franchement quelconque. J’ai ma petite théorie sur la success-story de nos amis les Maliens, qui tiendrait plus (selon moi) de la politique de discrimination positive mise en place par les ayatollahs de la critique musicale que du caractère novateur des morceaux proposés par le tandem. Moi, cynique et désabusé? Mais tout à fait!
Mais il ne s’agissait pas pour autant de juger l’affaire avant d’avoir entendu  le plaidoyer de la défense. Et en embuscade au premier rang, on n’en a pas raté une miette.

Précédé de leurs musiciens et choristes, le couple star arrive sur scène à l’heure dite sous un fin crachin évoquant plus une fin d’automne à Plougastel qu’un début d’été à Gao, mais l’accueil du public de Bagatelle est tout de même chaleureux.
La première demi-heure du set s’écoule à un rythme tranquille, même si Amadou commence sérieusement à me taper sur les nerfs en demandant « est-ce que ça va? » à la fin de chaque morceau. Man, il pleut, il fait (assez) froid et le sol est en train de se transformer en champ de boue, mais à part ça, tout baigne.
Il paraît qu’Alice Cooper s’est renversé un seau d’eau sur la tête lors de son passage au Hellfest cette année pour se mettre sur un pied d’égalité avec son public. On n’attend pas la même chose de Mr et Mme Bagayoko que du Prince of Darkness, œuf corse, mais coupés du vent et de la pluie par la structure de la scène et réchauffés par les spots, on ne peut pas dire qu’Amadou et Mariam sont en osmose avec leur dévoué public.

Heureusement, le temps décide de s’en mêler, et les quelques gouttes du début du concert se transforment en hallebardes, et cette fois, tout le monde en profite.
Nos invités réalisent vite que le dimanche à Longchamp, c’est le jour de l’essorage, et sont prestement rapatriés par leur staff vers l’intérieur de la scène. Je crains pendant un moment que la saucée vienne mettre fin au concert avec un peu d’avance, mais le Doc Watson de Bamako nous laisse le choix : « vous voulez que l’on continue ou pas? ». Question rhétorique et réponse évidente, mais qui le fait remonter dans mon estime.
Les 20 dernières minutes sont également l’occasion pour lui de faire étalage de son talent de guitariste (même s’il faudrait que quelqu’un se dévoue pour lui dire que les grattes plaqués or, même Prince n’ose plus en sortir), et malgré les éléments, le show finit bien mieux qu’il n’a commencé, avec l’inévitable Dimanche à Bamako en clôture. Pas de quoi dynamiter un mausolée à Tombouctou non plus.

La grille de programmation étant curieusement vide à 17h (sans doute afin de faire converger le public vers la scène Paris pour la cérémonie du Patchwork) et la pluie ne faisant pas signe de faiblir, l’heure est propice à une pause casse-croûte à l’un des nombreux stands de nourriture du village du festival. Quoi de mieux qu’une collation éthiopienne, haïtienne ou vietnamienne pour oublier que cet été 2012 est vraiment pourri? Détrempé et piétiné par des dizaines de milliers de pieds, le sol est devenu une mare de boue digne des tranchées de la Somme à l’automne 1916, et bien peu nombreux sont les festivaliers assez altruistes pour aller écouter les témoignages de diverses associations invitées à s’exprimer sur leurs actions contre le VIH. Qu’on se le dise, la solidarité est un concept qui marche surtout quand il fait beau.

Mis à part les fans acharnés  de TIKEN JAH FAKOLI qui rêvent du soleil du soleil d’Odienné et des plages de la Jamaïque en attendant l’arrivée du rasta ivoirien à 18h, le reste du public essaie tant bien que mal de se trouver une place sous l’un des trois chapiteaux en attendant que le temps s’améliore, sans se montrer trop difficile sur les artistes devant s’y produire. Je peux me porter garant qu’ARTHUR H a fait tente comble lors de son passage, reléguant les retardataires, dont notre petit groupe, sous la toile du Dôme, où Bernhoft est attendu une heure et demie plus tard. Qu’importe la tente/l’attente, ici le sol est sec, et même s’il fait trop humide pour pouvoir espérer sécher convenablement, personne ne sentait prêt à braver l’averse pour aller voir si c’était mieux ailleurs.

Quand arrive enfin 19h, Jarle est accueilli par un public compact d’une neutralité bienveillante : il y avait fort à parier que seule une minorité était vraiment familière du répertoire du soulman d’Oslo, mais tout le monde était prêt à lui donner sa chance.
Seul en scène avec ses guitares, son clavier et son fidèle Jam Man, Bernhoft livre un concert époustouflant de maîtrise et gorgé de good vibes. C’est toujours fascinant de voir un morceau, une ambiance, se construire progressivement depuis un simple rythme frappé sur la caisse d’une guitare jusqu’à une symphonie étourdissante de boucles instrumentales et vocales. Il faut le voir pour le croire (et surtout pour réaliser que oui, il fait vraiment tout tout seul, ce qu’on a tendance à oublier quand on écoute l’album), filez donc jusqu’aux bureaux de MIC à Oslo, où Jarle vous attend pour un showcase privé.
Le show se termine avec une reprise du Shout de Tears for Fears scandée en chœur par le public (enfin, surtout le « Shout Shout » du refrain, le reste des paroles de Roland Orzabal étant réduit en pulpe – ça doit être pour ça que l’on dit « chanter en yaourt »-) à la sauce Bernhoft, c’est-à-dire bien plus groovy que la version originale de l’hymne new wave.
Visiblement content de lui et ravi de l’accueil que lui a réservé le Dôme, Bernhoft s’en va avec un grand sourire, laissant sa machine infernale finir le spectacle seule dans une dernière série de loops. La classe.

À la sortie, miracle, il ne pleut (presque) plus. Bon, pour la boue, on ne pourra pas faire grand-chose à part se rouler de dedans (et certains l’ont fait), mais au moins le concert de CHARLIE WINSTON peut se dérouler dans des conditions à peu près correctes. On est dimanche soir et c’est mon premier concert sur la grande scène, comme quoi, les têtes d’affiche, on peut très bien s’en passer. Grâce à l’écran géant qui flanque l’estrade surélevée, pas besoin de s’aventurer dans le marigot des premiers rangs pour éviter de jouer à Où est Charlie à Solidays, ce qui est toujours appréciable.
D’un point de vue personnel, j’ai suivi d’un œil et d’une oreille distraite le lancement du dernier album de Charlie, alors que j’ai exploré de fond en comble son Hobo. Résultat, je découvre les nouvelles compositions autant que je retrouve les « anciennes », avec une préférence marquée pour ces dernières. Honnêtement, on ne peut pas dire que Where Can I Buy Happiness ou Hello Alone  tiennent la comparaison face à des chansons du calibre de Like A Hobo, In Your Hands ou Generation Spent, qui servira de dernière cartouche (effet dum-dum) pour le bref rappel de Charlie et sa bande. Un bon concert, qui aurait été encore meilleur si la météo avait joué le jeu.

Pas le temps de souffler que déjà retentissent dans le lointain les rugissements courroucés du jaguarr de St Denis. Du calme Didier, on s’en vient. Adepte de la Bagatelle, l’ancien NTM est déjà à pied d’œuvre lorsque nous arrivons, haranguant ses nombreux fidèles dans son style bien particulier de sa voix bien particulière.
Guère amateur de rap en temps normal, je dois tout de même reconnaître que Joey a une énergie peu commune et que son show n’est pas réservé aux seuls initiés : il suffit de savoir osciller la tête de bas en haut, hurler et lever le poing quand  il le demande –souvent- pour être intégré dans la Starrmy. Impossible cependant de comprendre ce que lui et son acolyte racontent dans leurs morceaux, ce qui est un peu embêtant pour un chanteur à textes comme lui (oui, ça fait drôle de l’écrire mais JOEY STARR est bien un chanteur à textes, comme Bob Dylan), tant les beats balancés par Eaque, Minos et Rhadamante, les trois DJs infernaux tapis au fond de la scène, remplissent les tympans.
La seule accalmie viendra du featuring express d’Oxmo Puccino sur un titre dont j’ai oublié le nom. À côté de la hargne et des kilomètres avalés par Joey lors de ses allers-retours incessants d’un bout à l’autre de la scène, Oxmo fait figure de vieux sage posé débitant son flow avec une économie de mouvements plus proche du slam que du rap. On en aurait presque peur pour lui, Starr semblant capable de virer berserk à tout moment, mais le Black Jacques Brel repartira indemne de son cameo.

À 22h, retour à la grande scène pour le dernier acte de ce week end festif. Le temps s’est remis au beau et il est l’heure de sortir les ordures.
Emmené par sa passionaria rousse, très curieusement vêtue (doudoune sans manches, collants noirs et short-culotte rouge) pour l’occasion, le quator de Madison joue très fort ses chansons: même positionné au niveau de la régie, les bouchons d’oreilles sont les très bienvenus. N’étant pas un expert du groupe, je suis content qu’ils choisissent de jouer les deux seules chansons que je connais, I Think I’m Paranoid et Stupid Girl avant 22h45, heure à laquelle il nous a fallu quitter Longchamp, considérablement lestés de boue, à moitié trempés, fourbus mais ravis. Car comme les bénévoles nous l’ont chanté à la sortie, en guise d’ultime concert avant de retrouver la navette, ce n’est qu’un au revoir.

VERDICT

Ce weekend passé à l’hippodrome restera un très bon souvenir, malgré le déluge enduré dimanche. Même si je connaissais une bonne partie des artistes programmés cette année (et c’est ça qui m’a fait venir) et n’ai fait qu’une seule découverte vraiment emballante durant ces trois jours, je crois que je n’hésiterai pas à être un peu plus aventureux l’année prochaine et à retenter le coup même si je ne connais personne. Pour 39 euros les trois jours (je serai plus réactif la prochaine fois!), on peut se permettre d’y aller sans gros coup de cœur préalable.
Seuls petits bémols (en plus du programme à acheter sur place), la pseudo interdiction d’apporter des appareils photos, totalement ignorée par la moitié des festivaliers au bas mot, mais qui m’a quand même incité à ne pas prendre le mien (d’où la qualité médiocre des images, je m’en excuse), et les prix assez salés pratiqués sur les stands de nourriture (rien de bien consistant en dessous de 8 euros, ça fait cher).
Pour le reste, un grand bravo et merci à l’organisation, aux bénévoles et aux artistes qui ont offerts aux quelques 162.000 festivaliers + moi un festival d’excellente facture.

SOLIDAYS 2012 – JOUR 2 (Samedi)

SAMEDI
De retour sur place après une courte nuit et une mâtinée de récupération (les petits avantages de ne pas dormir dans un camping au confort tout relatif et à l’animation perpétuelle…). Miracle, le beau temps semble faire de la résistance, et ne nous fera pas défaut aujourd’hui. Tout ça se paiera chèrement lors de la journée de dimanche, mais sur le moment, on se contente de savourer ce petit bout d’été et se félicitant de ne pas avoir oublié ses lunettes de soleil.Côte programmation, c’est le feu d’artifices, à la fois en terme de qualité et de styles de musique représentés. Il va falloir faire des choix, impossible de tout voir à moins d’avoir son permis d’ubiquité (malheureusement pas mon cas). En théorie, il est possible d’assister à 6 concerts, même pour les gens qui ne peuvent pas rester jusqu’au bout de la nuit, mais l’éloignement des scènes les unes par rapport aux autres et la volonté de « sécuriser » une bonne place pour certains concerts stratégiques amèneront à revoir cette estimation à la baisse. D’autre part, malgré un premier show des PARIS JEUNES TALENTS débutant à 15h, la grille de programmation ne se remplissant vraiment qu’en deuxième partie d’après-midi n’incite pas vraiment à arriver très tôt à l’hippodrome.

La session du samedi commence donc à 18h sous le Domino, pour des retrouvailles avec un de mes coups de cœur français du moment, l’iconoclaste et globe-trotter ROVER, qui prouve avec brio que l’on peut conjuguer physique de rugbyman (deuxième ligne) et voix atmosphérique.
Encore une découverte des Francofolies de l’année dernière, au cours desquelles il avait joué deux morceaux seul avec sa guitare sur la grande scène pendant la balance entre Yodelice et The Dø, puis enflammé la petite salle de la Coursive en compagnie des June & Lula. Mais Rover en concert, c’est surtout la Maroquinerie qu’il avait entièrement rempli de fans convaincus lors du lancement de sa première tournée solo, et auxquels il avait livré un show d’exception à la confluence du rock et de la pop, servi par des arrangements léchés et une osmose totale avec ses musiciens. Ah, il y avait sa voix aussi (d’ailleurs au lieu de vous bassiner avec, je vous conseille d’aller écouter Aqualast).
Bref, malgré tout le battage médiatique (mérité je dois dire) qui a entouré l’ex New Government depuis le lancement de son album éponyme en février dernier (même 20 minutes lui a consacré un article, c’est dire), effervescence hype qui a tendance à provoquer des réactions épidermiques chez votre serviteur, assez complètement allergique à la philosophie du buzz, c’est en confiance que je me glisse sous le chapiteau étoilé du Domino, prêt pour des retrouvailles bienvenues avec « une bande de vieux potes » (5ème fois que je vois Rover –et ses excellents musiciens- en concert en l’espace d’un an).

J’ai eu beau m’y prendre bien à l’avance, le buzz se venge de mon dédain envers lui en ne me laissant qu’une place au second rang (qui reculera davantage lorsque, dans une magnifique illustration du caractère purement moutonnier de la psychologie d’une foule, les gens sagement assis en attendant le début du show s’agglutineront au plus près de la scène sans aucune raison 10 bonnes minutes avant l’heure dite). Pour ne rien arranger, je commets la grave erreur de me positionner pile dans l’axe de l’estrade, et donc droit sur le caillebotis de plastique qui protège les câbles courant de la scène à la régie. PLUS JAMAIS (le pourquoi du comment plus bas).

Comme à l’accoutumée, le set débute par mon morceau préféré, le lancinant  Late Night Love (ou pourquoi il ne faut jamais faire du voilier seul avec sa future-ex), que le groupe maîtrise à merveille : Rover commence seul à la guitare, et la rythmique le rejoint au fil des couplets pour un crescendo émotionnel garanti.
Pourtant, j’ai du mal à me laisser embarquer, un je ne sais trop quoi néfaste m’empêchant de m’immerger totalement dans la musique du dandy armoire à glace. Passent Queen of the Fools et Aqualast (setlist que j’ai trouvé assez surprenante, puisque « sacrifiant » tous les « tubes » dans le premier quart d’heure), et je mets enfin le doigt, ou plutôt la jambe, sur mon mal : décalé sur la gauche par la houle humaine, je me retrouve avec un pied sur le caillebotis et l’autre sur le sol, position des plus inconfortables au bout de quelques minutes. La différence de niveau n’a beau être que de quelques centimètres, impossible de répartir le poids du corps sur les deux jambes en même temps, et du coup, mouvements de balanciers de l’une à l’autre pendant près d’une heure. Éprouvant.

Pour ne rien arranger, Rover, d’habitude si communicatif avec le public (option humour pince sans rire avec mention très drôle) se contente d’enquiller chansons après chansons comme s’il était à l’usine, et décide à la moitié du set d’alterner nouveaux morceaux (glop glop) et versions longues de ses anciennes compositions (pas glop). J’ai beau bien aimer Tonight, étiré sur plus de 8 minutes, la lassitude gagne.
Cerise sur le gâteau, Rover enclenche le mode « no more » (une ligne de paroles, un « no more ») dans le dernier quart d’heure, ce qui achève de me soûler. Le mot est fort mais la Maroquinerie était tellement mieux que je ne peux que sortir déçu (et courbaturé) du Domino, avec une question en tête : Rover en a-t-il assez sous le capot pour rouler en extérieur, ou devrait-il se contenter de tourner en salle? Il faudra attendre le Festival des Soirs d’Été de OÜI FM en juillet pour avoir la réponse.

Un peu désappointé par cette prestation en demi-teinte, sur laquelle je comptais pour bien lancer la journée/soirée, j’échoue sous le chapiteau du Circus investi par les TWIN TWIN, à la recherche d’un euphorisant surpuissant (parce que Rover, même quand c’est bien, c’est assez mélancolique, ne nous voilons pas la face) pour remettre ce samedi sur les bons rails.
Connaissance très limitée de ma part sur ce collectif à géométrie variable (« ok, ils s’appellent comme ça parce que c’est un duo de jumeaux… sauf qu’ils ont aussi un guitariste/beatboxer et un DJ qui ne fait pas vraiment partie du groupe. Hum. ») dont seule la chanson By My Side m’est familière. On ne peut pas dire que j’ai vraiment accroché jusque-là, mais ayant été conquis par le show et l’énergie de leur lointain cousins les Naive New Beaters à Rock en Seine, et la concurrence n’étant pas trop dure à cette heure de la journée, je leur laisse assez volontiers leur chance.

À faire le pied de grue jusqu’à pas d’heure devant Rover, il ne faut pas s’étonner d’être relégué bien loin de la scène, ce qui, au vu des loustics survoltés qui tenaient les barrières et de mon humeur plutôt grincheuse à ce moment précis, ne fut pas une déception trop dure à surmonter.
Nos 4 gaillards envoient le bois comme on dit, leur enthousiasme débridé et leur générosité indéniable compensant le caractère très basique des compositions délivrées. C’est de la musique qui se saute mieux qu’elle ne s’écoute, et si on est dans le mood, je dis why not (il paraît que le franglais, c’est in).
Manque de pot pour moi, je n’y suis pas vraiment, et même si je ne regrette pas le moment passé en compagnie des Jumeaux ++, un coup de coude (involontaire) décoché par mon voisin de devant, déjà bien imbibé (on a tous déjà eu ce genre de mec, plus tellement maître de ses mouvements mais terriblement décidé à prouver au monde qu’il sent cette p….n de vibe à grands renforts de moulinets des bras, à côté de nous dans un concert, et vous serez d’accord avec moi pour dire que l’attente de l’inévitable choc suffit à elle seule à détourner totalement son attention de la scène), me pousse à quitter la party pour… Domino tiens. Encore.

« Expulsé » bien avant la fin du set des Twin Twin, j’ai tout le temps de me dégotter mon premier premier rang de la journée, pour le concert de FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS.
Encore un groupe que je connais plus ou moins (et plutôt moins que plus), mais jouissant d’une grosse réputation dans les milieux autorisés. Pour ma part, j’en suis resté à  Be Water et à 15 minutes grappillées d’une oreille distraite au Rock en Seine 2011.
Pendant que François (avec un accent chelou sur le « a » que j’ai la flemme d’aller chercher) déplace ses montagnes sur la scène du Domino, je tente de me remémorer mon impression sur la prestation du groupe en août dernier, mais peine perdue. Balles neuves et clean slate pour les petits Frenchies du coup. C’est moche de vieillir.

Après un début gentiment pop, avec un Be Water rapidement évacué pendant les hors d’œuvres, l’ambiance glisse graduellement vers les rivages colorées et vaporeux de la world-prog’ (oui, toi aussi tu peux créer des tags musicaux improbables quand tu ne sais pas à quoi rattacher la musique que tu écoutes), où les djembés, claves et autres percussions tribales dialoguent joyeusement avec les nappes de synthé et les envolées de violon. Putain, je ne savais pas que l’Atlas montait si haut. Cloué sur place par la surprise ou par le manque d’oxygène, on ne peut que regarder François sautiller comme un dahut du Bolshoï sur les contreforts escarpés de ses montagnes natales. Même les caches-câbles d’étoffes colorées finissent par ressembler furieusement à une cordée de drapeaux de prières népalais. Bref, un trip total, et une forte envie de partir faire du trek dans les régions fantasmagoriques survolées pendant une heure. La vraie belle découverte du weekend, la voilà.

C’est rouge, c’est bleu, c’est vert, C’EST BROADWAY!!!

Après un atterrissage en douceur (plus facile à dire qu’à faire, c’est pas bien large un domino), je décide de récupérer un peu du jet-lag en restant sagement adossé à la barrière de la scène. Mouais, bon, ça c’est l’explication fleur bleue, que je ne tarde pas à allègrement piétiner lorsque mon voisin, qui a eu la même idée que moi, me demande d’un air innocent si TRIGGERFINGER, c’est bien. Oh, un novice.
Deux minutes et un rapide topo explicatif de ce qu’il est endroit d’espérer du prochain show, il se dépêche de réajuster ses bouchons d’oreille, juste à temps pour éviter le pire pendant les balances que le triumvirat du plat pays effectue en personne. Il faut dire qu’ils n’ont pas encore percé en France, alors qu’outre Meuse, ce sont de véritables stars.

Donc, si je suis resté sur place au lieu de rendre visite à SKIP THE USE ou à YOUSSOUPHA, c’est d’abord et avant tout pour être aux premières loges à l’heure du waterzoei. Ne faîtes pas ça sans protection auditive les enfants, mais ça vaut franchement la peine.
Car Triggerfinger, c’est le groupe de rock qui console tous les fans de stoner trop jeunes pour avoir connus Led Zep autrement que sur le best of familial, et trop pauvres pour aller sacrifier leur audition sur l’autel de Queens Of The Stone Age ou de Them Crooked Vultures. À cette époque où les guitares tissent sagement des arpèges folk ou meublent les compos indies, il fallait qu’un guitar hero des temps jadis surgisse du fin fond des enfers (ou des faubourgs d’Anvers, c’est pareil) pour remettre les pendules du rock à l’heure. Avant de se faire reclasser en outil de labour musical, la gratte électrique a été une arme de guerre, à la croisée de la rapière espagnole, de la masse d’armes teutonne et des orgues de Staline, on a tendance à l’oublier. Pour qui souhaite un cours d’histoire musicale accéléré, Ruben Block est l’homme idéal. Excellent gratteux jonglant avec maestria entre riffs salaces, rythmiques bétonnées et soli ravageurs, chanteur plus qu’honorable capable de monter décrocher what next to the moon au besoin (First Taste et son AAAAHAAA stratosphérique en tête) et frontman sexy en diable, Mr Block fracasse tous les clichés sur la belgitude sur le manche de sa méphistophélique Gretsch écarlate. Un must.

Pour autant, ce serait faire une grave erreur que de résumer Triggerfinger à son porte-parole et principal compositeur, car la section rythmique de notre power trio flamand mérite largement le détour.
À ma gauche, Mr Paul et son quasi double-mètre de groove, chaînon manquant entre Oswald Chesterfield Cobblepot et l’agent 47, apporte la profondeur et les contrepoints mélodiques nécessaires aux hurlements de la 6 cordes de Ruben.
À ma droite, rien de moins que le meilleur musicien des Music Industry Awards 2011 (ok, c’est en Belgique, mais rigolez pas, il y a de la concurrence), Mario Goossens himself, costard à rayures et solo de batterie intégrés dans le package. À voir le sourire béat qui lui barre le visage d’un bout à l’autre du show, on jurerait que la régie a branché une pompe à endorphine sous la semelle de sa pédale de grosse caisse.

À 22h, les rangs des spectateurs du Domino sont encore clairsemés, mais ça n’empêche pas nos trois gladiateurs de débuter pied au plancher un set qui mélangera morceaux du dernier album All This Dancin’ Around et chansons plus anciennes tirées du séminal What Grabs Ya?
Plus convaincu par le second que par le premier (qui quitte les sentiers du stoner pour s’aventurer dans le blues dépouillé, sur des titres comme My Baby’s Got A Gun, et contient moins de hits immédiats du calibre de First Taste, Short Term Memory Love ou Is It), j’ai toutefois l’agréable surprise de découvrir que les nouvelles compos, pas évidentes sur le CD, passent l’épreuve du live avec brio.
Sûrs de leur force et de leur fait, les sujets de son altesse Albert II prennent un malin plaisir à chauffer le public parisien, de plus en plus nombreux et enthousiaste, jusqu’au point d’ébullition, ne faisant retomber la pression (sur My Baby’s Got A Gun, justement) que pour ré-attaquer encore plus fort derrière.
Plongé dans une séance prolongée et jubilatoire de headbanging, votre humble serviteur s’excuse platement pour ne pas avoir trouvé le temps de capturer une ou deux images correctes de ce live démentiel. Minuscule déception, ils repartiront de Paris sans jouer « leur » plus gros succès, le I Follow Rivers emprunté à Lykke Li (7 semaines en tête des charts belges et néerlandais tout de même).

Le samedi s’achève donc (pour moi) sur cette grosse claque rock après un début de journée en demi-teinte, et c’est en Européen convaincu (mais avec les oreilles qui sifflent un peu) que je retourne au camp de base, prêt pour un final grandiose.

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