Archives Mensuelles: décembre 2012

K.W.A.S.S.A. : THE MUSIC ALLIANCE PACT

La route du mélomane 2.0 est longue est semée d’embûches, et c’est pourquoi quand il tombe sur un bon plan (hahaha – vous allez comprendre) miraculeux, il ne fait pas son crevard et le partage avec les copains. Vive la mondialisation de la musique, surtout quand c’est gratuit!

Il y a des idées dont le génie semble tellement évident après coup qu’on en vient à se demander pourquoi personne n’a pensé à les mettre en application plus tôt. Celle de Jason, contributeur du blog Pop Cop, dédié à l’exposition des nouveaux talents de la scène écossaise, fut simplement de s’associer avec d’autres blogs musicaux des quatre coins du monde, afin de permettre aux artistes présentés par chaque site de gagner une reconnaissance internationale, et aux lecteurs de se familiariser avec des groupes qu’ils n’auraient très probablement jamais découverts par eux-mêmes. Imparable.

MAP 50Ainsi naquit le Music Alliance Pact, ou MAP, un jour d’automne de 2008. Et force est de constater que ce projet collaboratif, dont la totale gratuité constitue la caractéristique principale, est aujourd’hui devenue une petite institution sur le net. Les douze blogs qui débutèrent l’aventure le 15 Octobre 2008 sont aujourd’hui quarante, basés sur quatre continents différents, et ce nombre ne cesse de progresser grâce aux prospections des membres de ce petit club.
Novembre 2012 vit le MAP fêter comme il se doit son cinquantième mois d’existence, étrennant pour l’occasion un nouveau logo spécialement créé par l’antenne péruvienne du projet. Avec plus de 1.600 morceaux proposés au téléchargement depuis quatre ans, et à peu près autant de groupes ou d’artistes exposés à un public sans cesse grandissant, il y a fort à parier que le MAP sera un dénominateur commun de la plupart des stars musicales des années à venir. Certains alumni sont d’ailleurs déjà bien connus du grand public, comme The Temper Trap, Mumford & Sons (tous deux présentés lors de la 2ème édition du MAP, soit en Novembre 2008, un an avant que les deux groupes sortent leur premier album, avec le succès que l’on sait), Phoenix, James Vincent McMorrow, Anna Calvi, Ben Howard, Alabama Shakes, ou plus récemment, Alt-J.

C‘est ainsi que, tous les 15 du mois, une nouvelle playlist commune est postée par tous les blogs participants, chaque morceau étant librement téléchargeable. Si certaines livraisons, surtout les plus anciennes, ne sont plus accessibles aujourd’hui, une bonne moitié de ces dernières sont encore disponibles pour tous les Johnny-come-lately du web (dont votre serviteur). Alors, si vous vous êtes toujours demandés à quoi pouvait ressembler le post-rock colombien, le shoegaze chinois, la cold wave sud-africaine ou le punk de République Dominicaine (entre autres), vous savez désormais où aller pour obtenir des réponses à vos questions.

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ANNEXES

 

Liens utiles (en gras quand la playlist est encore disponible):

MAP 1MAP 2MAP 3MAP 4MAP 5MAP 6MAP 7MAP 8MAP 9MAP 10MAP 11MAP 12MAP 13MAP 14MAP 15MAP 16MAP 17MAP 18MAP 19 MAP 20MAP 21MAP 22MAP 23MAP 24MAP 25MAP 26MAP 27MAP 28MAP 29MAP 30 MAP 31MAP 32 MAP 33MAP 34MAP 35MAP 36MAP37MAP 38MAP 39MAP 40MAP 41MAP 42MAP 43MAP 44MAP 45MAP 46MAP 47MAP 48MAP 49MAP 50MAP 51 MAP 52MAP 53MAP 54MAP 55MAP 56 – MAP 57 – MAP 58 – MAP 59 – MAP 60 – MAP 61 – MAP 62 – MAP 63 – MAP 64 – MAP 65 – MAP 66 – MAP 67 – MAP 68 – MAP 69 – MAP 70 – MAP 71 – MAP 72 – MAP 73  MAP 74  MAP 75MAP 76MAP 77MAP 78MAP 79MAP 80 MAP 81 MAP 82 MAP 83 MAP 84 MAP 85 MAP 86 MAP 87MAP 88MAP 89

Blogs membres:

The Pop Cop (Écosse) – Zonaindie (Argentine) – Who The Bloody Hell Are They? (Australie) – Walzerkönig (Autriche) – Meio Desligado (Brésil) – Quick Before It Melts (Canada) – Super 45 (Chili) – Woozy (Chine) – El Parlante Amarillo (Colombie) – All Scandinavian (Danemark) – La Casetera (République Dominicaine) – Plan Arteria (Équateur) – Drowned In Sound (Angleterre) – Glue (Finlande) – Yet You’re Fired (France) – Coltran (Allemagne) – Mouxlaloulouda (Grèce) – Rjóminn (Islande) – Deathrockstar (Indonésie) – Nialler9 (Irlande) – Polaroid (Italie) – Make Believe Melodies (Japon) – Stagedive Malta (Malte) – Red Bull Panamérika (Mexique) – Subbacultcha! (Pays Bas) – Side of the Blog (Pérou) – Łukasz Kuśmierz Weblog (Pologne) – Posso Ouvir Um Disco? (Portugal) – Puerto Rico Indie (Porto Rico) – Babylon Noise (Roumanie) – Big Echo (Russie) – I’m Waking Up To… (Singapour) – Musical Mover & Shaker! (Afrique du Sud) – Korean Indie (Corée du Sud) – Musikorner (Espagne) – Ja Ja Ja (Suède) – 78s (Suisse) – WEARTBEAT (Turquie) – We Listen For You (États Unis) – Música y Más (Venezuela)

Alumni notables (par ordre d’apparition):

The Temper Trap (MAP n°2 – 11/08), Mumford & Sons (MAP n°2 – 11/08), Emmy The Great (MAP n°4 – 01/09), Here We Go Magic (Map n°5 – 02/09), Hjaltalin (MAP n°5 – 02/09), Sliimy (MAP n°6 – 03/09), Fanfarlo (MAP n°9 – 06/09), Phoenix (MAP n°9 – 06/09), The xx (MAP n°11 -08/09), Beth Jeans Houghton (MAP n°12 – 09/09), Caravan Palace (MAP n°12 – 09/09), Kråkesølv (MAP n°14 – 11/09), Ibrahim Maalouf (MAP n°16 – 01/10), Get Well Soon (MAP n°16 – 01/10), Bloodgroup (MAP n°16 – 01/10), Team Me (MAP n°17 – 02/10), Avi Buffalo (MAP n°19 – 04/10), Kimbra (MAP n°22 – 07/10), Sleep Party People (MAP n°27 – 12/10), James Vincent McMorrow (MAP n°27 – 12/10), Hooded Fang (MAP n°28 – 01/11), Anna Calvi (MAP n°28 – 01/11), Jonas Alaska (MAP n°29 – 02/11), Sandra Kolstad (MAP n°30 – 03/11), Cloud Nothings (MAP n°30 – 03/11), Chet Faker (MAP n°32 – 05/11), Ben Howard (MAP n°32 – 05/11), Mikhael Paskalev (MAP n°36 – 09/11), Pendentif (MAP n°36 – 09/11), BOY (MAP n°37 – 10/11), Bendik (MAP n°38 – 11/11), Ewert & the Two Dragons (MAP n°38 – 11/11), 1995 (MAP n°38 – 11/11), Citizens! (MAP n°39 – 12/11), Billie Van (MAP n°40 – 01/12), Greymouth (MAP n°40 – 01/12), Concrete Knives (MAP n°40 – 01/12), Alabama Shakes (MAP n°43 – 04/12), Alt-J (MAP n°45 – 06/12), The Aerial (MAP n°47 – 08/12), Lescop (MAP n°51 – 12/12), The New Spring, Hyphen Hyphen (MAP n°55 – 04/12), Pale Seas (MAP n°59 – 08/13), Lanterns On The Lake (MAP n°63 – 12/13)…

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Comment je suis devenu un mélomane 2.0

C‘était en début de semaine dernière. Le facteur venait d’apporter successivement les deux magasines musicaux auxquels je suis abonné (Rock First et Rock & Folk, pour ne pas les nommer). Et, comme chaque mois, malgré les évidentes qualités de ces deux revues, elles me sont toutes les deux tombées des mains bien avant que j’en vienne à bout. À force de patience et d’inaction, comme disait l’autre, j’ai finalement réussi à en extraire la substantifique moelle, en plusieurs jours et une multitude d’étapes. Au final, je n’étais pas loin d’éprouver une sorte de fierté, un peu ridicule, à l’idée que j’avais enfin terminé ces lectures. Les étudiants de droit constitutionnel doivent se farcir les arides digressions de Jean Bodin et de Carl Schmitt, moi je suis assigné à la prose, un peu plus fleurie certes, mais parfois à peine plus divertissante, de Phil Man et d’Ungemuth. D’où la réalisation par votre humble et dévoué serviteur que quelque chose était manifestement pourri dans le royaume de Danemark. Comment expliquer que cet instant de détente mensuel se soit transformé en sinécure? Pourquoi ne trouvais-je plus aucune joie à lire les plus grandes plumes rock de France? Quelles conclusions tirer de ce désamour pour l’heure inexpliqué? Après avoir retourné le sujet dans tous les sens, j’ai fini par déboucher sur la conclusion suivante: j’étais devenu, à mon insu, un mélomane 2.0.

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.PREMIERS SYMPTÔMES*

Or donc (c’est classe comme début je trouve), je ne trouvais plus guère de plaisir à feuilleter les revues auxquelles je m’étais abonné. Il me fallait essayer de trouver pourquoi. À bien y réfléchir, c’était plutôt contre Rock & Folk que j’en avais, le petit nouveau Rock First échappant à mon ire vindicative pour un tas de raisons, pas forcément objectives (et que je tairais donc). Qu’avait donc fait la bande à Manœuvre pour s’attirer mon désamour, après à peine un an et demi de relation régulière? Rassembler mes griefs à l’encontre de la rédaction du vénérable mag’ musical me pris un certain temps: malgré la froideur de nos relations, je voulais être certain de livrer un procès équitable à cette antique institution, qui avait permis à la culture rock de s’exporter hors de ses contrées natales pour conquérir progressivement l’hexagone. Et ça, ça se respecte. Après quelques minutes de réflexion, je mis enfin le doigt sur un premier reproche: Rock & Folk ne parlait pas de la musique qui m’intéressait. Dans un intense élan productif dont je reste le premier étonné, j’arrivais même à diviser cet argument en deux sous-arguments (héritage probable d’un quinquennat dans la rue St Guillaume – gosh, je suis formaté -).

Énoncé

Pas clair? J’explique.

La dissension chronologique m’était apparue clairement à l’occasion du numéro de Septembre dernier. Le magasine avait en effet accordé sa une à Jimi Hendrix, pour la simple raison qu’un photographe avait retrouvé et restauré une photo de ce dernier. Ouaaaah. Ça c’est du scoop, de la grosse info qui tâche. Merci Bernard/Philippe.

Jimi

Jimi Hendrix a les cheveux rouges… (voir *)

En tant qu’amateur de rock, je n’ai bien sûr rien contre les mânes de ce pauvre Jimi, figure tutélaire du panthéon païen vénéré par des millions d’aficionados de gros son autour du globe. Mais le bougre nous a tout de même quitté il y a plus de quarante ans, laps de temps bien suffisant pour que même les rock critiques les plus dévots n’aient plus rien à écrire de neuf sur le sujet. Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables, dont il convient évidemment de transmettre le souvenir aux générations suivantes. Mais à trop entretenir le culte de ces chers disparus (et pour moi, cette catégorie englobe également les vivants qui n’ont rien sorti de transcendant depuis au moins dix ans), ne risque-t-on pas de rater l’émergence de leurs successeurs?
Bref, j’avais (naïvement) pris le parti des Modernes dans la lutte les opposant aux Anciens, sans réaliser combien ce combat était perdu d’avance. Car on ne peut pas raisonnablement attendre d’un journal musical dont les grandes figures approchent la soixantaine de remiser au placard sa nostalgie des gloires révolues du rock. On ne peut pas à cet âge, c’est impossible, s’empêcher de comparer ce qui se fait à l’heure actuelle avec ce qui se faisait 30, 40 ans plus tôt. La curiosité est peut-être intacte, mais la fraîcheur est fanée, le disque dur trop rempli. Arrive le moment où le vieux cow-boy préfère somnoler dans sa salle des trophées plutôt que de repartir chasser le bison dans les grandes plaines. Et le mag’ qu’il dirige de refléter sa lassitude, en enchaînant les unes vintage**. Le rock se meurt! Le rock est mort! Non point messieurs les Bossuet, c’est vous qui vieillissez.

Mouais, bon. Retour vers le passé.

Mouais, bon. Retour vers le passé.

Ceci dit, il me faut être honnête et reconnaître que je n’ai pas toujours été un partisan acharné de la nouveauté. C’était même plutôt l’inverse jusqu’il y a trois ans. Comme la plupart des jeunes s’initiant à la culture rock, j’ai d’abord été submergé par le sentiment, désagréable et culpabilisant, d’être né trop tard. Pratiquement toute la musique que j’aimais avait été produite entre la fin des années 60 et le début des années 90, époque à laquelle les genres que j’exécrais (les jeunes sont passionnés, que voulez-vous) – rap, R’N’B, dance, electro, pop putassière… – avaient pris la relève dans les principaux médias de masse. Quel autre recours me restait-il que de me plonger à corps et oreilles dans l’exploration d’un passé mythique pour expier la médiocrité contemporaine?
Je n’ai pas honte d’avouer que, pendant environ cinq ans, j’ai été un abominable réac’ en ce qui concernait la musique, refusant obstinément de me « compromettre » dans mon époque. Attitude ridicule quand j’y repense, mais pour ma défense, je n’avais alors ni la maturité, ni les moyens (internet était déjà présent, mais personne n’avait encore réalisé qu’il allait révolutionner notre rapport à la musique), ni l’envie de remettre mon credo passéiste en question. Ces œillères volontaires mirent longtemps à voler en éclat, et n’eurent pas que des effets négatifs: cette spécialisation outrancière et exclusive me permit de me doter d’une solide culture classic rock, un socle de connaissances basiques tout à fait crucial pour y voir clair dans la jungle bigarrée que constitue le paysage musicale actuel. On ne pas savoir où on va sans savoir d’où on vient: le vieil adage fonctionne aussi en terre rock. C’est à cette époque que j’aurais du m’abonner à Rock & Folk. J’aurais été tout à fait heureux du ton nostalgique de ce papier, alors. Ça ne s’est pas fait, dommage.

A Rush Of Blood To The Head

Et pan, prends ça dans les dents (et les oreilles) le réac!

Car, fatalement, j’ai fini par m’intéresser au présent. Et s’il y avait encore énormément à jeter, j’ai du admettre que l’on ne pouvait pas jeter l’anathème sur l’ensemble des productions contemporaines. Il y avait bien des bébés aiguilles dans l’eau de la botte de foin, et même si leur collecte allait probablement s’avérer ardue et souvent stérile, il me fallait donner une chance à ces jeunes pousses. Après quelques belles découvertes, la prospection s’est faite plus régulière et plus active, jusqu’à ce j’arrive à la conclusion que le présent valait bien le passé, et que j’avais été stupide de me focaliser uniquement sur ce dernier.

Problème: mon nouveau terrain de jeu n’était en rien aussi bien ordonné que le précédent. Si la postérité s’était obligeamment chargée de séparer le bon grain de l’ivraie en ce qui concerne les artistes du passé, le présent devait en revanche être personnellement défriché. Rude tâche. Je fis alors l’erreur de considérer que j’avais besoin l’aide de sommités pour y voir plus clair: je m’abonnais à Rock & Folk, et plus tard à Rock First à cette fin. Comme dit plus haut, je finis toutefois par réaliser que ces journaux préféraient davantage discourir du passé que de se pencher sur le présent (Rock & Folk plus que Rock First), et ne m’étaient donc que peu d’utilité. Il est vrai que ces magasines ouvraient tout de même leurs pages à des artistes contemporains, mais à quelques rares exceptions près, leurs coups de cœur n’étaient pas les miens. La raison: une banale dissension géographique.

Car, allez savoir pourquoi, j’ai développé depuis quelques mois un fort penchant pour la musique nordique (Danemark, Islande, Norvège, Suède, Finlande, pays Baltes). Face à une offre aussi pléthorique, je suppose qu’il fallait bien que je me spécialise pour savoir où chercher mes nouveaux talents. On ne peut pas courir tous les lièvres à la fois. Bref, j’avais fixé un territoire de prospection, et je voulais (inconsciemment) que l’on m’aide à chercher dans ce périmètre, et pas ailleurs. Je souhaitais aussi (toujours inconsciemment) que l’on reconnaisse que j’avais bon goût en publiant des articles sur les artistes nordiques que j’avais d’ores et déjà identifié comme étant de qualité. Or, ces deux souhaits tacites ne se sont jamais réalisés. Grosse déception. Je suis même allé jusqu’à envoyer des courriels aux rédactions des deux magasines incriminés pour leur conseiller  de tourner leur regard vers le Nord, sans aucun effet évidemment. Avec le recul, j’ai sans doute été un peu présomptueux de croire que je pouvais apprendre à ces journalistes à faire leur boulot, même si mon intention était simplement d’attirer leur attention sur une région pas assez couverte à mon goût. Je ne le referai plus, promis.

Reste que j’avais tout de même l’impression que l’atlas des rock critiques était assez sélectif. Ne voulant pas accuser dans le vide, j’ai décidé de me livrer à une petite enquête en ce sens, en utilisant comme échantillon les numéros de Rock & Folk datés de Janvier 2012 à Janvier 2013.
Les résultats furent édifiants: sur les 171 articles publiés entre ces deux jalons, 93% d’entre eux avaient été consacré à des groupes ou des artistes américains, britanniques ou français. En ce qui concerne les critiques d’albums (albums du mois, albums pop rock et albums rock classic seulement), les States et la perfide Albion pesaient encore 83% du total. La rubrique Absolutely Live, consacrée au live-reports, se voyait elle aussi outrageusement trustée par le même triumvirat américo-britanico-français, à hauteur de 85%. La composition des Monster CDs trimestriels, enfin, ne venait jeter aucune ombre au tableau précédemment dressé. USA + UK + France = 77% des morceaux proposés.
À l’ombre de ces géants, le reste du monde tentait tant bien que mal d’exister. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada s’en tiraient avec quelques miettes, bien aidés il faut dire par la notoriété de leurs fleurons nationaux (AC/DC pour la première, Neil Young pour le dernier). Au delà, point de salut, ou si peu: pour reprendre l’exemple de mon addiction nordique, j’avais du me contenter pendant un an d’un seul article (0,58%), neuf chroniques d’album (3,8%), cinq live-reports (4,67%) et trois morceaux (3,41%). Beuh.

Diagrammes

Rock & Folk & Stats

On me répondra, à raison, qu’il est somme toute normale que le plus vieux magasine de rock en France consacre une grande partie de ses pages à couvrir l’actualité musicale des États-Unis et de la Grande Bretagne, berceaux historiques de cette musique, ainsi que la scène nationale. Soit. J’avais tout de même la désagréable opinion que ce parti-pris, tout à fait valable au moment de la création du journal en 1966, n’avait jamais été sérieusement remis en question au cours du quasi demi-siècle qui a suivi. Sauf qu’aujourd’hui, la scène rock est infiniment plus étendue qu’elle ne l’était à l’époque de la sortie Blonde On Blonde ou de Pet Sounds. La mondialisation a semé des riffs de gratte au quatre coins du globe, même là où y s’attendrait le moins. Il y a des hardeux à Téhéran, des keupons en Chișinău, des mods à Kuala Lumpur. Tout ce petit monde fait de la musique, sort des disques, monte sur scène, dans le désintérêt le plus complet de l’Occident, encore persuadé que le rock est la musique, la culture, l’héritage de quelques happy fews à l’échelle du monde. Et pendant ce temps, Gangnam Style passe la barre du milliard (!) de vues sur YouTube. On s’étonne à l’Ouest: d’où vient donc ce PSY, désormais plus connu que les Beatles (désolé John), avec son tube très cavalier? Comment, il a déjà dix ans de carrière derrière lui? Pourtant on n’en a jamais parlé de ce côté du globe. Et cette K-pop, elle ne peut pas avoir de lien avec ce qu’on fait par chez nous, si? Quoi, elle dérive des concerts de rock donnés sur les bases américaines en Corée du Sud dans les années 50? Vous m’en direz tant.

Un film génial au titre qui en dit long...

Un film génial au titre qui en dit long…

Il est certes impossible de couvrir toute la musique rock et assimilée du monde dans un magasine. Je ne reproche pas à Rock & Folk de se concentrer sur la partie émergée de l’iceberg, qui pour être plus visible, recèle déjà de plus trésors qu’il est possible d’exhumer au grand jour. En revanche, je lui reproche de ne pas reconnaître publiquement qu’il est en immense majorité consacré à la scène américaine, britannique et française. Le site officiel ne propose en effet qu’un lapidaire « Rock & Folk, au service du Rock’n Roll depuis 1966 » en guise de ligne éditoriale. Ce qui laisserait à supposer que le Rock’n Roll dans son ensemble, sans distinction d’origine, de race ou de religion, est défendu par le mag. On a bien vu que c’était faux (au moins en ce qui concerne l’origine).

Dissension chronologique et dissension géographique donc. Deux bonnes raisons de demander le divorce. Fallait-il pour autant franchir le pas? Après quelques minutes de réflexion, ce fut un oui ferme, franc et massif qui l’emporta.

*: Quitte à citer du Gainsbourg, allons-y franchement.

**: De Janvier 2012 à Janvier 2013, Rock & Folk n’a consacré que trois unes à des artistes ayant moins de quinze ans de carrière (The Black Keys, Pussy Riot et Shaka Ponk & Skip The Use).

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.CAUSES PROFONDES

Quelque chose de changé en moi... mais quoi?

Quelque chose de changé en moi… mais quoi?

J‘ai d’abord cru que ma volonté de me passer désormais de la presse musicale venait de la déception que je ressentais devant nos divergences d’intérêt.  J’infligeais de cette manière la seule sanction à ma portée aux rédactions « fautives »: le non-renouvellement de mon abonnement passerait sans doute inaperçu, mais quel autre moyen* avais-je de manifester mon mécontentement? Cependant, je réalisai rapidement que la fracture était plus profonde que ce « simple » désamour. En effet, si ce dernier avait été seul en cause, il aurait été normal que je me réabonne si les mags en question choisissaient (jamais) de consacrer une plus grande place à la scène nordique. Et pourtant, j’avais la conviction que même ce revirement ne suffirait pas à me convaincre de leur donner une seconde chance, sans trop savoir d’où me venait ce sentiment pour le moins définitif. En clair, les dissensions précédemment évoquées ne constituaient pas la cause de mon départ, mais seulement les éléments déclencheurs de la réflexion ayant mené à ce dernier,  les ultimes gouttes d’eau d’un vase qui s’était rempli sans que je m’en rende compte. J’avais complété ma transformation en mélomane 2.0 sans le réaliser.

Avant d’aller plus loin, je devrais sans doute expliquer ce que j’entends par l’expression de « mélomane 2.0 ». Pour moi, cette dernière désigne une personne capable de vivre sa passion pour la musique en ayant uniquement recours à internet et aux nouvelles technologies et possibilités attachées à ce nouveau support. Et je ne parle pas seulement de l’accès à la musique numérique, rendu possible par les échanges de fichiers entre utilisateurs (de manière légale ou illégale), mais également et surtout de tout ce qu’il y a autour de cette activité centrale: s’informer, découvrir, partager, commenter, critiquer, communiquer (avec les artistes et les fans), acheter des places de concerts, co-financer des projets artistiques… Pour qui s’en donne la peine aujourd’hui, les possibilités d’interaction sont incroyablement diverses, même pour les novices du web. Et c’est une très mauvaise nouvelle pour les acteurs qui servaient jusque là d’intermédiaires entre le grand public et la musique, et qui se  désormais implacablement court-circuités, dépassés et marginalisés par cette évolution, avec des conséquences funestes sur leur capacité à survivre sur le long terme. Manque de bol, la presse musicale papier fait partie de ces intermédiaires historiques, et se trouve donc embarquée dans ce combat plutôt mal engagé.

Ah si, un truc pas mal: on sait avant tout le monde quand sera disponible le nouvel agenda Phil Man.

Ah si, un truc pas mal: on sait avant tout le monde quand sera disponible le nouvel agenda Phil Man.

Car internet, de par son exhaustivité, sa réactivité et sa gratuité, constitue un adversaire redoutable pour les magasines musicaux. Soyons clairs, quitte à être durs, et reconnaissons que le seul avantage dont disposent ces derniers par rapport à leur rival numérique est la qualité de la plume de ses collaborateurs. En effet, pour quelle(s) autre(s) raison(s) objective(s) continuer à lire Rock & Folk, si ce n’est pour la prose inimitable de Phil Man, les gueulantes désabusées d’Eudeline ou l’emphase catégorique d’Ungemuth? Pour se tenir au courant de « nouveautés » qui auront déjà fait dix fois le tour du globe au moment de la sortie du magasine? Pour découvrir de nouveaux groupes dont la musique sera déjà disponible à l’écoute depuis des semaines sur leurs sites personnels? Pour lire des interviews qui se trouveront déjà aux quatre coins de la toile? Pour se farcir des « gros plans » dont le contenu aura de grandes chances de provenir d’une page wikipedia**? Pour s’enquiller des micro-chroniques d’albums et de concerts lorsqu’une demi-douzaine de blogs en proposent déjà, et de plus fournies en plus, depuis deux semaines? Désolé les gars, mais je crois que j’ai mieux à faire de mes sous*** que de vous les donner en échange de vos avis, certes agréables à lire, mais en fin de compte, totalement superflus. Car je venais de comprendre un truc essentiel: mon avis vaut largement les vôtres.

Tonton Z, je dois te dire... Je n'aime pas The Fray, désolé.

Tonton Z, je dois te dire… Je n’aime pas The Fray, désolé.

Le mélomane 2.0 se caractérise en effet par sa très grande autonomie en matière de prospection musicale. En ce sens, il s’est émancipé de l’influence ses figures tutélaires pour vivre sa vie comme il l’entend et écouter ce qu’il veut. Par figures tutélaires, je veux parler de ceux qui l’ont guidé au cours de son initiation rock, en le dirigeant vers les artistes incontournables, les albums mythiques et les pépites cachées. La gratitude éprouvée envers ces individus au rôle crucial ne doit cependant pas empêcher le padawan de voler de ses propres ailes dès lors qu’il se sent prêt à continuer ses pérégrinations en solitaire. Voilà pour la théorie. En réalité, cette prise de distance, bien que nécessaire, est bien plus difficile à mettre en pratique qu’on ne l’imagine. Il faut du temps pour apprendre à se faire confiance, à ne pas chercher systématiquement l’approbation de ses mentors avant d’appuyer sur le bouton play. Il faut de l’audace pour pour apprécier, sans se sentir coupable, un artiste renié publiquement par ses senseis, et il en faut encore davantage pour oser ne pas aimer un qu’ils portent aux nues. Cette émancipation progressive ne doit pas non plus déboucher sur un rejet automatique de tous les avis extérieurs: ce n’est pas parce que tout le monde dit qu’un groupe est génial que sa musique doit être cataloguée comme piège à hipsters par le baroudeur solitaire! À la fois autonome et ouvert aux suggestions, tel devrait être le mélomane idéal. Vaste programme.

Certes, choisir de se passer de la presse musicale suppose une plus grande implication personnelle dans la recherche de nouveaux coups de cœur. Internet est tellement gigantesque qu’il n’est pas étonnant que l’on ne sache même pas par où commencer à prospecter. À cœur vaillant, rien d’impossible cependant: une fois jeté dans le grand bain, on apprend vite à nager. La viralité du net 2.0 et son référencement de plus en plus complet permettent de  multiplier les découvertes en restant dans des eaux relativement connues: les amis des artistes que j’aime me plairont peut-être, et si ce n’est pas le cas, il suffira de pousser le « cabotage » un peu plus loin.
D’autres trucs existent pour se faciliter la tâche, comme suivre des blogs musicaux, s’abonner aux newsletters de salles de concerts, défricher les shortlists des prix nationaux (Victoires de la Musique, Grammies…) et internationaux (Mercury Prize, Nordic Music Prize…) en hiver, s’attaquer aux line-ups des festivals en été… Le point le plus important à retenir est que la motivation est le facteur le plus important à la réussite de cette recherche perpétuelle. Vous pouvez bien recevoir des dizaines de suggestions chaque jour, si vous ne prenez pas la peine et le temps d’écouter la musique proposée par vous réseaux d’informateurs, vous ne ferez aucune nouvelle découverte, bonne ou mauvaise. Pour avoir souvent tendance à me réfugier dans mes playlists de morceaux choisis (c’est tellement confortable d’écouter de la musique que l’on est sûr d’aimer!) plutôt que de donner sa chance à ce groupe alternatif islandais au nom imprononçable (indéchiffrable même) ou à cette chanteuse de folk finlandaise qui n’a posté que deux démos sur son Myspace, je sais que le plus dur est de rester curieux.

Et cette curiosité tellement primordiale, je pense que mon recours à la presse musicale l’avait émoussé plus que renforcée. Je fais en effet partie des gens qui n’ont pas la discipline nécessaire pour aller écouter les artistes dont les albums sont chroniqués dans les magasines. La critique la plus dithyrambique n’est pas suffisante pour éveiller mon intérêt au point que je me donne la peine de vérifier par moi-même si le journaliste a raison d’encenser à ce point cette nouvelle galette. J’ai l’impression que la simple lecture de son avis sur la question suffit à me dédouaner de tout effort supplémentaire, alors que cela ne devrait qu’attiser ma curiosité et m’inciter à franchir le pas. Et donc, dans 99% des cas, ma lecture ne débouchera sur rien d’autre qu’un vague sentiment de contentement à l’idée de savoir à peu près quoi penser de ce nouvel album. C’est triste, mais c’est comme ça. Trop d’étapes intermédiaires tuent la volonté.  Sur internet, tout est plus direct, et le risque de se « fatiguer » trop vite en est diminué d’autant. Quelques lignes de description, un lien vers le contenu en question, et l’affaire est réglée. Cette rapidité, cette facilité me plaisent, car, en bon partisan du moindre effort, je ne me donne du mal uniquement lorsque je sais que le résultat en vaut la peine, ce qui est loin d’être garanti lorsque je pars en chasse de nouveaux artistes. Je considère que je suis déjà bien brave de leur donner une chance (ma bonté me perdra), et qu’il est de leur devoir autant que de leur intérêt de me faciliter la vie, et l’écoute de leurs morceaux, autant que possible. Après tout, je suis un client en puissance, et le client est roi. Vive le roi.

Mumford

Je t’aimais bien, tu sais…

Preuve était donc faite que je n’avais plus besoin de recourir aux bons offices de la presse musicale pour élargir mes horizons soniques. Un peu comme les vinyles qui survivent en surfant sur la vague de la nostalgie, l’avenir de cette dernière me semble intimement lié à sa capacité à entretenir l’affect de ses consommateurs envers elle, petit jeu dans lequel les magasines les plus anciens partent forcément avec une longueur d’avance. Il n’y a qu’à lire le courrier des lecteurs de Rock & Folk pour voir que bon nombre de ces derniers entretiennent une relation très particulière avec ce canard, qui les accompagne depuis 10, 20, 30, 40 ans (voire plus), et qu’ils ne pourront probablement jamais laisser tomber, même s’ils ne le lisent plus avec le même intérêt que dans leur prime jeunesse. Ma relation avec le papier de Manœuvre ayant été bien moins affective, c’est sans regret que je tourne la page (mouahaha). Ils s’en tireront très bien sans moi. J’aurai un peu plus de mal à lâcher Rock First, dont je trouvais le contenu plus intéressant, et dont l’avenir est loin d’être aussi assuré que son illustre collègue, mais il faut savoir assumer ses choix. Adios amigos.

*: raisonnable j’entends. J’aurais aussi pu (essayer de) plastiquer le siège de Rock & Folk et revendiquer l’attentat, mais j’ai appris à me modérer avec le temps.

**: et j’ai le plus grand respect pour cette encyclopédie numérique, dont la majorité des articles sont des mines de connaissance.

***: J’ai la chance de faire partie de cette tranche de la population pour qui s’abonner à un magasine n’entraîne pas de se serrer la ceinture. Dans l’absolu, je pourrais tout à fait continuer à payer les 56 euros que coûte l’abonnement annuel à Rock & Folk, rien que pour l’occasionnel article qui me plaira vraiment. Mais je me dis que je pourrais (potentiellement) m’acheter 500 CDs sur Amazon avec cette même somme, et, forcément, ça fait réfléchir.

Lonesome Cowboy

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J‘ai sorti mes Rock & Folk de la poubelle dans laquelle je les avais placés pour les besoins de la photo illustrant cet article pour les replacer sous mon bureau (faut pas déconner non plus), en compagnie de mes Rock First et mon unique exemplaire de Rolling Stone. Mes abonnements pour les deux premiers mags ne se termineront que dans plusieurs mois. Je lirai les numéros que je recevrai par le courrier, bien sûr. Peut-être même qu’ils seront tellement géniaux qu’ils me feront regretter d’avoir écrit ce billet, mais j’en doute. Et même si c’était le cas, le « mal » est maintenant trop profond pour être guéri, surtout depuis qu’il a été diagnostiqué. Je suis devenu un 2.0, et ainsi soit-il. Je m’assume complétement (même s’il n’y a rien à assumer en fait, c’est pas comme si j’étais devenu nécrophage ou carpophobe) et je ne compte plus les nouvelles découvertes excitantes que j’ai faites depuis le moment où je suis passé au régime 100% virtuel. Rien qu’hier, en épluchant la newsletter hebdomadaire d’All Scandinavian, j’ai flashé sur deux nouveaux groupes, et téléchargé (légalement, hein) quarante-deux nouveaux morceaux, à écouter tranquillement d’ici la fin de l’année. Si on ajoute à ça la trentaine d’artistes révélés par leur nomination au Nordic Music Prize, j’ai largement de quoi me tenir occupé jusqu’à 2013. J’ai vraiment bien fait de demander un disque dur externe au Père Noël…

Cet article est dédié au plus grand punk que j’ai jamais connu, dont l’esprit rock n’était égalé que par son immense ouverture musicale (on parle d’un type qui trouve la version live de Proclamation de Gentle Giant intéressante et le Trout Mask Replica de Captain Beefheart mélodieux). Un exemple à suivre, un modèle à émuler. Chapeau l’artiste.

EFTERKLANG @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.12.2012)

Vaincre le mal par le mal. À la mi-Décembre, les charmes de Paris se comptent décidément sur les doigts d’une patte d’un de ses nombreux pigeons invalides. Froide, humide, grise et sale, la ville lumière (ou plutôt, la ville néon) ne fait, à cette époque de l’année, plus rêver grand monde. En cette misérable fin d’automne, qui s’accroche comme une vieille crève aux artères encrassées de la capitale, on prierait presque que l’hiver arrive plus vite, histoire de tout pouvoir mettre à plat et (tenter de) recommencer du bon pied. Et tant pis si les tablettes des Mayas (tactiles ou non) prédisent un solstice 2012 assez gratiné: rien de tel qu’une bonne petite apocalypse pour oublier la morosité ambiante. Coup de chance, en cette soirée du 13 Décembre, cette prière tacite fut exaucée par la venue intramuros d’une petite troupe d’émissaires de la longue nuit arctique, fraîchement (haha) retournée d’un périple sonore dans les rues désertes de Pyramiden, cité ziggourat perdue quelque part au Nord de tout, sous les latitudes terriblement lovecraftiennes de l’archipel du Spitzberg. Tout ça ne fera pas tomber la neige sur les Champs Elysées, mais c’est toujours ça de gagné en attendant. Winter is coming comme on dit. Aperçu.

Film 2²Il ne fallait pas arriver en retard ce soir là au Café de la Danse si on ne voulait rien rater. À 19h30 précise, les lumières de la salle s’éteignirent et la projection de An Island (« making-off » de Piramida) commença pour un parterre de spectateurs encore assez dégarni. Mélangeant extraits de la collecte de sons des EFTERKLANG dans la ville minière fantôme, évocations des débuts du groupe et performances live, la grosse demi-heure de film qui servit de mise en bouche à la soirée n’était pas d’un intérêt indiscutable pour qui connaissait la genèse du dernier album de la bande de Copenhague. Cette introduction eut toutefois le mérite de plonger précocement le public dans l’univers mélodico-expérimental propre au combo danois, préparant le terrain pour ce dernier de manière très efficace. On en regretterait presque l’interlude représenté par la première partie proprement dite, coincée entre l’arbre et l’écorce comme un cheveu dans la souche. Presque.

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

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Car NEESKENSsongwriter gueldrois (mais francophone) n’était pas venu au Café pour se faire voler la vedette par les échos numériques d’Efterklang. Tu rêves Herbert. Sitôt l’écran de projection évacué, laissant apparaître les moellons emblématiques de la salle, notre homme surgit des coulisses, guitare en main, prêt à donner le change à un public pas encore tout à fait remis de sa récente expérience cinématographique. On en aurait presque oublié qu’il ne faut pas forcément sampler le bruit de la pluie qui dégoutte d’une main tendue (véridique) ou avoir à sa disposition cinquante marmots secouant des feuilles de journaux (véridique bis) pour faire de la musique. Back to basics.
Folkeux assumé, Neeskens dépeint ses villes (Amersfoort, Apeldoorn, Groenlo) sur fond de finger-picking tranquille qui n’est pas sans rappeler le Cabrel du début des années 80, l’aqueux-cent d’Astrafort en moins. Et la moustache aussi.

Neeskens 8²

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Neeskens 1²Pour avoir déjà assisté à une prestation du gaillard plus tôt dans l’année (en première partie des Waterboys de Mike Scott), j’ai été agréablement surpris par l’adjonction de quelques fantaisies dans la prise voix, principalement un chouilla de delay de temps en temps, utilisé à bon escient pour étoffer (le folk c’est bon mais c’est souvent un peu sec à la longue) le propos en milieu et fin de set.
Pour le reste, j’ai retrouvé le Neeskens de mes souvenirs, c’est à dire un jeune type livrant ses compos au public avec un mélange d’intensité et de gêne. Un peu plus serein (ou détaché) qu’en Mai dernier au Bataclan, un peu plus loquace également, le Gueldrois n’a pas pour autant réussi à briser la glace avec la salle, pourtant loin d’être hostile, ni même à n’ébaucher l’ombre d’un sourire durant son tour de chant. Un peu comme l’enfant prodige que ses parents forcent à jouer devant tout le monde pendant les réunions de famille, et qui finit par s’exécuter de mauvaise grâce, Neeskens n’avait pas l’air franchement ravi d’ouvrir pour Efterklang. Il avouera même que son rêve serait (plutôt) de faire la première partie d’Elbow. Qu’on n’y voie surtout aucune critique adressée en sous-main au trio danois, mais plutôt une tentative, un peu maladroite, de faire la conversation entre deux morceaux. Même embarras à la fin du set, au moment de remercier les membres de l’équipe technique… dont il a oublié les prénoms. L’intention était belle, mais la réalisation brouillonne. À travailler.

Pour le reste, il ne vous reste plus que quelques jours pour écouter Groenlo, premier EP bien foutu du gars Neeskens. Il y a même une chanson, Falling Down, qui parle de la fin du monde, dixit son auteur (U+21D3.svget peut-être une autre du suicide, mais c’est à confirmerU+21D3.svg). Tout à fait à propos.

Pendant que les Efterklang investissaient la scène pour procéder aux ultimes réglages d’avant-show, la « fosse » du Café de la Danse se remplissait rapidement, provoquant un massif retour à la station debout des premiers rangs, jusque là bien gentiment assis. L’estrade n’avait plus l’air si proche tout d’un coup. Tant pis, on voyait quand même à peu près la tête de Casper Clausen… la plupart du temps. Ça aurait pu être pire.

À tout seigneur, tout honneur, le groupe débuta donc par le premier single du dernier album, Hollow Mountain et son entêtant mantra introductif. Bienvenue à, bienvenue en Piramida. Parfaitement restituée dans toute sa grâce évanescente, l’ambiance rêveuse et feutrée du concept album emplit rapidement la bâtisse, suscitant une chaleureuse première ovation de la part d’un public visiblement expert es Efterklang. J’en veux pour preuve sa réaction immédiate sur les premières mesures de I Was Playing Drums, morceau suivant du set, et sans doute plus gros « tube » des Danois à ce jour. Encore un peu timide mais diablement affûté, le public parisien s’affirmera progressivement, jusqu’à parvenir jusqu’à un niveau de frénésie festive qui poussera le groupe à se fendre d’un deuxième rappel. Pas mal du tout.

Efterklang en tête à tête...

Efterklang en tête à tête…

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Efterklang XIIMais ne sautons pas d’étapes. Après cette première incartade du côté de Magic Chairs, ce fut au tour de Tripper de fournir une munition au show, sous la forme de Step Aside. Puis retour au présent avec un Sedna de toute beauté. Piramida est décidément un bien bel album, peut-être le plus accessible de la discographie du groupe, dont le goût pour l’expérimentation avait précédemment engendré des galettes un chouilla trop complexes pour que leur succès critique se double d’un succès commercial. Porté par les nappes de claviers de Mads Brauer, la basse veloutée de Rasmus Stolberg et les entrelacs vocaux de Casper Clausen et de la Broderick Family (Thomas au violon et Heather aux claviers), les morceaux issus de la dernière livraison du trio (sept au total, soit la moitié de la setlist), impeccablement exécutés malgré l’absence de cuivres, permirent au concert de vraiment décoller. On espère qu’ils auront le même effet sur la popularité internationale du groupe, encore limitée.

Efterklang 3²Mais si Efterklang peut compter sur sa musique pour séduire, envoûter même, son public, le groupe a d’autres atouts dans sa manche pour emporter la décision. Et en premier lieu, l’irrésistible sentiment de bonne humeur et de complicité partagé par les compères, à commencer par un Casper Clausen rayonnant d’un bout à l’autre du show. Facteur bénévole, il alla jusqu’à lire au public le message d’anniversaire laissé par un fan de Strasbourg (le concert précédent s’étant tenu à la Laiterie) pour une de ses connaissances parisiennes, avant d’inviter l’assistance à lui remettre quelques souvenirs à faire passer aux spectateurs de Francfort, le lendemain. Si vous tombez sur un ticket de métro de la RATP en marchant sur la Bachmannstraße, vous saurez comment il est arrivé là.

Après une longue et belle incursion « Piramidienne » (Black Summer, Between The Walls, Dreams Today, Monument), la dernière ligne droite du set vit le groupe revenir vers Magic Chairs pour un final enlevé (Raincoats + Modern Drift). Martelés par des dizaines de semelles enthousiastes, les gradins du Café de la Danse se métamorphosèrent en caisse de résonance géante, dont les roulements eurent tôt fait de rappeler le groupe sur scène. Le rappel, en deux actes, vit s’enchaîner un The Ghost encore à peu près sérieux, un Cutting The Ice To Snow franchement rigolard (et tant pis pour son intro un peu grandiloquente) et pour finir un Alike quasiment aussi unplugged que celui filmé dans An Island. Une bien belle manière de terminer un concert mémorable pour tous ses participants, et de prendre congé d’un groupe attachant et généreux, qui reviendra à Paris le 26 Avril prochain pour une date au Trabendo.

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Au sortir du Café de la Danse, ni le temps ni la température ne se s’étaient améliorés, mais était-ce vraiment important? La tête pleine des persistantes et mélodieuses réverbérations d’Efterklang, nous voilà formidablement armés pour affronter la morosité parisienne pour un petit bout de temps.

Setlist Efterklang:

1)Hollow Mountain 2)I Was Playing Drum 3)Step Aside 4)Sedna 5)Frida Found A Friend 6)Black Summer 7)Between The Walls 8)Dreams Today 9)Monument 10)Raincoats 11)Modern Drift
Rappel:
12)The Ghost 13)Cutting The Ice To Snow
Rappel 2:
14)Alike

FIRST AID KIT @ LE TRABENDO (28.11.2012)

Trabendo 14Souvenez-vous, c’était il y a un gros mois. Le 25 octobre 2012, le Trabendo devenait (pour quelques heures) le centre du monde. En cause, la venue des quatre cailloux les plus révérés du panthéon rock (cailloux – rock… il est beau mon jeu de mots, il est beau) pour un petit tour de chauffe dans ce « club » parisien, en prévision de la micro tournée anglo-américaine organisée à l’occasion du cinquantenaire du groupe. La question était alors de savoir si l’on pouvait pardonner à ces vieilles crapules leurs divers dévoiements artistiques et financiers (paye ta place à 400£*!) sur la seule base de cette « bonne action », qui a permis à 350 fans émerveillés d’assister au showcase de leur vie pour un prix tout à fait correct. Certains ont dit oui, d’autres ont dit non, les Stones sont venus, ont joué, ont convaincu (ou pas) et sont repartis. L’affaire s’est dégonflée et le Trabendo est redevenu une salle de concert parisienne parmi d’autres. Fin de l’histoire? Pas du tout. Le 28 novembre, en effet, l’endroit redevenait le centre du monde pour les quelques cinq cents amateurs de folk nordique venus braver le froid et l’humidité pour assister au retour dans la capitale des sœurs Söderberg, neuf mois après leur passage au Point Éphémère. Suèdeheads, welcome in.

*: Et la mienne aussi, puisque tu as les moyens.

Après deux fois trente minutes d’attente à l’extérieur de la salle (il faut bien rentabiliser la buvette), les portes s’ouvrent enfin sur l’enceinte qui a accueilli le dernier concert abordable des Stones. Vu la configuration des lieux, et la proximité entre la scène et la fosse, ça a du être quelque chose. Mais assez avec le passé, on est venu pour vérifier si les frangines suédoises ont toujours la pêche après une année passée sur les routes d’Europe et d’Amérique pour défendre leur excellent dernier album, The Lion’s Roar. Sur l’estrade, rien ne semble avoir changé depuis février dernier. On retrouve du côté droit les guitares de Klara, tandis que le clavier et l’auto-harpe de Johanna occupent le gauche, le kit de leur batteur refermant le triangle à l’arrière plan. Au centre du dispositif, un piano électrique a été installé pour qu’Amanda Bergman, alias IDIOT WIND, puisse accomplir son travail de chauffeuse de salle. En attendant que la salle se remplisse, les hauts-parleurs diffusent une playliste multipliant les références (tiens, le Return Of The Grievous Angel de Gram Parson et Emmylou Harris… Oh, le Bye Bye Love des Everly Brothers – groupe préféré d’un certain Paul Simon…) et les clins d’œil (ça alors, un morceau de Samantha Crain!*). Les filles ont pensé aux revenants, ça fait toujours plaisir.

La soirée commence pour de bon lorsque Miss Bergman, chapeau mou posé sur une épaisse toison bouclée – Huckleberry Finn like – , sort comme une balle des coulisses pour s’installer devant son piano. À peine le temps d’envoyer un « Good evening » introductif à la salle, et Idiot Wind débute son set par Try To Bend A River, ballade douce amère convoquant autant la Tori Amos de Winter que la Sia de My Love, les instrumentations luxuriantes en moins. Suivront une poignée de morceaux dans la même veine mélancolique, avant qu’Amanda ne délaisse son clavier pour se saisir d’une guitare, dont elle usera pour jouer les deux seules compos qu’elle maîtrise (d’après elle) sur cet instrument. Au menu, une – moins une – reprise, mais pas de Bob Dylan (avec un nom de scène pareil, ça ne m’aurait pas surpris plus que ça): c’est le Boss qui prêtera son I’m On Fire le temps d’une interprétation tout à fait convaincante.

Idiot Wind 6

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Retour au piano pour la fin du set, sensiblement semblable au début de ce dernier, tant sur la forme que sur le fond. Pour impeccable qu’il soit, le répertoire d’Idiot Wind verse en effet dans le principal écueil du folk: une uniformité de ton qui peut finir par lasser l’auditeur (surtout s’il n’est pas familier avec l’artiste en face de lui, ce qui est le lot de la plupart des premières parties). Fort heureusement, Amanda quittera la scène avant que le public du Trabendo ne s’impatiente, et sera raccompagnée en coulisses par des applaudissements nourris et mérités. En attendant que le premier album sorte, peut-être l’année prochaine, allez jeter une oreille (et un oeil aussi, il y a des photos et des paroles) sur le site de la native de Dalarna, et laissez les mélodies d’Idiot Wind vous entourer like a circle around your skull. C’est tout à fait indolore.

*: La première partie du duo plus tôt dans l’année, et notamment lors de leur passage au Point Éphémère.

Idiot Wind 13²

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Lorsqu’elles ont investi le Point Éphémère le 22 février dernier, les FIRST AID KIT n’étaient alors que la tête d’affiche « par défaut » du Festival Fireworks!, un duo de frangines suédoises gravitant dans la nébuleuse Jack White, et dont les médias semblaient bien aimer le dernier album. Pas de quoi se ruer à leur concert en somme, surtout si peu de temps après la sortie de The Lion’s Roar (il est de notoriété publique que les Français ont généralement un train de retard sur le reste de l’Europe en matière de nouveautés musicales). Neuf mois (et deux passages à l’Olympia, en première partie dudit Jack) plus tard, le tableau n’est plus tout à fait le même pour la sororité Söderberg. Après trois saisons de touring intensif, avec tout ce que l’exercice peut apporter en terme de publicité (sessions privées, articles, billets, reports…), FAK s’affirme dorénavant comme un incontournable de la scène indie européenne, même en France (c’est dire).

Pourtant, si on fait abstraction du cadre, rien ne semblait avoir changé depuis l’hiver dernier. Comme le laissait présager la disposition des instruments, la scénographie est restée la même, tout comme « l’uniforme » hippie des filles, silhouettes longilignes entourées du halo vaporeux de leurs robes légères. Et à regarder la setlist avant que la lumière ne s’éteigne, ce ne sera pas non plus le grand chambardement à ce niveau là. Bon, le changement pour le changement n’est que rarement productif, c’est vrai, et la soirée s’annonçait tout de même sous de très bon auspices, à en juger par le menu aux allures de best of proposé par Klara et Johanna au Trabendo. Mais, tout de même, pour un groupe qui dénonce l’effet tue l’amour de la routine (This Old Routine*), conserver la même structure pour ses shows plus de neuf mois, c’est un peu contre-intuitif. Menfin, ce que j’en dis…

*: Jouée en ouverture du concert au Point Éphémère, mais absente des setlists depuis quelques mois… Un signe?

First Aid Kit 21²

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Tout débuta donc avec In The Morning, premier morceau du premier album, qui mit tout le monde d’accord en l’espace de dix secondes: la complémentarité entre les voix des filles Söderberg (ne pas oublier que papa était guitariste dans le groupe Lolita Pop durant les années 80) est tout simplement exceptionnelle et l’alchimie qui en résulte aussi magnifique que bluffante. Comme sur l’album? Mieux même, beaucoup mieux. La magie du live… Blue permet au batteur de se mettre au travail, à grand renfort de xylophone Leader Price (ou l’équivalent suédois: vous savez, c’est celui qui a des lames de toutes les couleurs).
Le set lancé et bien lancé, il est temps de faire les présentations. Tiens, j’avais oublié que Johanna parlait couramment le français: c’est toujours sympa d’entendre un « Bonsoir Paris » de la part d’un artiste étranger, quitte à ce que le reste des interventions se fasse en anglais (ce qui ne fut pas exclusivement le cas). On enchaîne avec un Hard Believer pour passer la seconde, autre pépite tirée de The Big Black And The Blue et preuve irréfutable que les First Aid Kit peuvent relever le tempo sans que leurs harmonies vocales en pâtissent. Et quitte à accélérer la cadence, autant faire ça bien: le Our Own Pretty Ways qui suivit fut dégoupillé en l’honneur de la liberté d’expression et des Pussy Riots. Punk!

First Aid Kit 3²

« Oh why do you look so bluuuuuue? »

S‘ensuivit un épisode étrange et assez drôle, sans qu’on sache bien si l’humour en question était au premier ou au second degré. Pour la faire courte, Johanna se mit à vendre l’édition collector de The Lion’s Roar à sa grande sœur (qui elle incarnait le fan lambda, et donc, près de ses sous et pas facilement convaincu de les dépenser sur cet item à l’utilité douteuse), détaillant avec un enthousiasme exagéré les nombreux bonus dont bénéficieraient les heureux acquéreurs de ce merveilleux artefact: un documentaire exclusif de la tournée! (whaaaa…) un poster! (oooooh!) un mediator aux armes du groupe! (naaaaaaan?) et, last but not least, trois nouveaux morceaux! (sauf que Wolf était déjà fourni avec la version numérique de l’album, mais bon, deux nouvelles chansons c’est toujours ça de pris). Même si le public a ri de bon cœur devant ce petit sketch, je n’ai pas vraiment compris l’intérêt de la manœuvre. S’agissait-il pour les frangines de faire de la pub pour un produit résolument commercial tout en prenant un peu de distance avec le côté bassement mercantile de la chose? Ou bien simplement d’introduire un des inédits en question, Marianne’s Son? Quoi qu’il en soit, voir des hippies jouer les VRP fut une expérience assez bizarre.

Puis vint le moment où le présent et le passé s’amalgamèrent en une seule et même setlist. Johanna saisit son auto-harpe pour accompagner Klara sur New Year’s Eve, avant que le duo n’annonce son intention de « renoncer (pour un temps) à la technologie moderne ». Comprendre que, comme il y a neuf mois, et comme à chaque concert depuis le début de l’année (festivals mis à part, à mon avis), les First Aid Kit jouèrent Ghost Town  sans amplification ni micros, invitant le public à chanter avec elles s’il le souhaitait. Pour avoir raté le coche une première fois en février et m’en être mordu les doigts, je m’étais cette fois préparé avec soin et ait donc pu accompagner (à mon petit niveau) les sœurs Söderberg durant leur morceau de bravoure unplugged, partagé entre joie (elles l’ont refait!) et déception (elles l’ont refait…). Voilà, s’il y a des spectateurs du Trabendo qui me lisent, sachez que ce moment de communion faisait partie du pack standard, désolé si je casse le mythe.

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Ce mini grief évacué, il m’a bien fallu reconnaître que cette deuxième partie de set était tout de même très bien pensée. Alternant habilement entre morceaux enlevés (Wolf, I Met Up With The King) et compositions plus calmes (To A Poet, When I Grow Up, Emmylou), Klara et Johanna surent mener leur barque avec une maîtrise consommée jusqu’à l’explosion finale que constitua The Lion’s Roar, où l’on headbanga sans retenue des deux côtés de la scène. Fin du deuxième acte, place à l’épilogue.

Et ce dernier s’ouvrit avec un hommage appuyé au « meilleur songwriter sur Terre » (dixit Klara, catégorique), aka Paul Simon, pour qui les frangines eurent l’honneur de reprendre America lors de la remise de son Polar Music Prize en mai 2012. Pour être tout à fait honnête, j’ai eu un peu de mal à reconnaître le morceau jusqu’au premier refrain, mais n’est-ce pas la marque des meilleures reprises que de transformer en profondeur des titres que l’on croyait bien connaître? Le Sailor Song qui suivit me convainquis définitivement de dépenser mes billes sur The Big Black And The Blue plutôt que sur la version deluxe de son successeur, quant à l’ultime King Of The World…
Et bien, je dois avouer que c’est la chanson qui m’a le plus ému de tout le concert. Pas parce qu’Idiot Wind est venue prêter renfort aux frangines pour cette dernière chanson (Conor Oberst étant coincé dans un état proche de l’Ohio au moment de son chorus), mais parce qu’il s’agit sans doute du titre le plus personnel des First Aid Kit, dans lequel elles décrivent leurs vies itinérantes avec un mélange de satisfaction et de mélancolie. À la fois queens of nothing et kings of the world, les sœurs Söderberg ne faisaient que passer à Paris, et malgré toutes les critiques que j’ai pu formuler à l’encontre de leur show, je suis bien content d’avoir pu y assister. Vi ses.

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Et voilà comment se termina ma première soirée au Trabendo, salle pourvoyeuse de concerts mémorables avec ou sans les Stones. Et pendant que les vieux cailloux amassent des masses de mousse à coup de concerts pour hommes d’affaires, je connais deux jolies pierres suédoises qui continuent à rouler d’un coin à l’autre du globe. Avec un peu de chance, elles (re)passeront près de chez vous dans un futur pas trop lointain…

First Aid Kit 27³

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Setlist First Aid Kit:

1)In The Morning  2)Blue 3)Hard Believer 4)Our Own Pretty Ways  5)Marianne’s Son 6)New Year’s Eve 7)Ghost Town  8)To A Poet 9)Wolf 10)When I Grow Up (Fever Ray’s Cover) 11)Emmylou 12)I Met Up With The King 13)The Lion’s Roar
Rappel:
14)America (Simon & Garfunkel’s Cover) 15)Sailor Song 16)King Of The World (avec Idiot Wind)

K.W.A.S.S.A. : LE NORDIC MUSIC PRIZE

NMPL’hiver n’est pas uniquement la saison des rhumes, de la neige et de la dinde aux marrons. En matière culturelle, et en particulier, musicale, l’hiver est également la saison durant laquelle les prix récompensant les meilleurs artistes et albums de l’année écoulée sont remis. En attendant que soient attribués Grammy et Brit Awards, Victoires de la Musique et autres Spellemanprisen, je vous propose de vous pencher sur un prix d’un genre particulier, puisque pensé à une échelle régionale plutôt que nationale: le Nordic Music Prize.

Décerné pour la première fois en février 2011, le Nordic Music Prize (NMP) récompense le meilleur album « nordique » de l’année, et est ouvert aux artistes des cinq pays suivants: Islande, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. La sélection des nominés se fait en plusieurs étapes, la première voyant cinq comités nationaux définir chacun une liste de 25 albums, d’où sont ensuite sélectionnés 10 noms par pays par un panel comprenant entre 50 et 150 professionnels du monde de la musique. Cette liste de 50 noms est alors réduite à 12 par le comité central du NMP, qui charge un jury international de choisir le nom du vainqueur. Ce dernier reçoit son prix, accompagné d’une dotation de 20.000 euros, lors du festival By: Larm organisé à Oslo à la mi-février.

Inspiré par l’exemple du Mercury Prize récompensant le meilleur album britannique ou irlandais de l’année, le NMP poursuit un triple objectif: consolider les liens unissant l’industrie musicale des pays nordiques, attirer l’attention du reste du monde sur les artistes de la scène « scandinave », et mettre en valeur l’album comme format de création artistique (en opposition avec le single et le clip).

De par son orientation clairement internationale, le NMP constitue un excellent moyen de se tenir au courant de l’actualité de la foisonnante scène musicale nordique pour les observateurs étrangers. Pas besoin en effet de décortiquer des blogs musicaux finlandais ou de s’abonner à des newsletters islandaises pour ne pas rater les dernières révélations nationales: cet épuisant travail de prospection a déjà été effectué par des équipes compétentes et averties, qui, fierté nationale aidant, auront pris soin de ne sélectionner que la crème de la crème (avec une prédilection pour les artistes anglophones, qui, étrangement, sont ceux ayant le plus de chance de faire des tournées internationales, et donc de passer par la France un jour ou l’autre). C’est presque trop facile.

En attendant que soit révélée la liste des 12 finalistes de l’édition 2012 (le 3 décembre, soit dans quelques heures au moment où j’écris cet article), je vous invite donc à faire un tour du côté du site officiel du NMP, afin de jeter une oreille sur ce que les 50 pré-sélectionnés ont à vous proposer. Tâche de longue haleine, c’est vrai, mais on n’est jamais à l’abri d’une erreur de casting de la part du comité central, qui condamnerait un artiste prometteur à rester dans l’anonymat et vous ferait passer à côté de la découverte musicale qui illuminera votre hiver.

Comment ça, vous n’avez vraiment pas le temps de tout passer en revue? Allez quoi, c’est le week-end! Mais si votre emploi du temps est aussi chargé que vous le dîtes (qu’il s’agisse de trouver un cadeau potable au caniche de votre grand-mère, de finir de construire le bunker souterrain dans lequel vous prévoyez de passer la journée du 21 décembre ou de vous reconstruire après l’énorme désillusion qu’a été la défaite de Taïg Chris en finale de Danse Avec Les Stars), je veux bien faire un geste pour vous aider à rester à la point de la tendance de la musique de nos cousins du Nord. Voici donc ma shortlist des 12 artistes que vous devriez suivre avec la plus grande attention à partir de maintenant.

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FIRST AID KIT (Suède) – The Lion’s Roar

Un choix pas vraiment audacieux, étant donné la popularité des frangines Söderberg (dont le précédent opus, The Big Black And The Blue, faisait partie des 12 sélectionnés de 2010) à l’heure actuelle. Reste que The Lion’s Roar est incontestablement un très bon album de folk, magnifiquement servi par les harmonies vocales époustouflantes de Klara et Johanna, ainsi que par des arrangements simples et de bon goût. Un des favoris incontestables de cette édition.

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ANNA VON HAUSSWOLFF (Suède) – Ceremony

Un second album majestueux et complexe, construit autour de la puissance onirique du grand orgue d’église dont les tuyaux figurent sur le cover-art du disque. Grandeur et mysticisme, juste ce qu’il faut pour passer l’hiver.

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THE TALLEST MAN ON EARTH (Suède) – There’s No Leaving Now

Vous reprendrez bien un peu de folk suédois? Jens Kristian Mattsson n’est peut-être pas vraiment l’homme le plus grand sur cette planète, mais guitare en main, il ne craint personne. Si le nom de Bob Dylan revient souvent dès qu’il s’agit de décrire sa musique (ce qui est le lot d’à peu près tous les jeunes chanteurs de folk, soyons honnêtes), je le rapprocherai pour ma part davantage d’Angus Stone, avec lequel il partage plus qu’un look de songwriter néo-hippie.

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CHOIR OF YOUNG BELIEVERS (Danemark) – Rhine Gold

Derrière ce nom prosélytique se cache Jannis Noya Makrigiannis et sa bande de (parfois) joyeux musiciens, experts es compositions planantes et envolées lyriques. Successeur très attendu de This Is For The White Of Your Eyes (et son merveilleux Hollow Talk), Rhine Gold fait mieux que confirmer le talent du groupe: il place ce dernier parmi les figures de proue de la scène indie européenne.

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EFTERKLANG (Danemark) – Piramida

Laissez une poignée de Danois mélomanes errer dans une ville fantôme  perdue quelque part dans les hautes latitudes norvégiennes, bien au dessus du cercle polaire, et avec un peu de chance, vous obtiendrez un album du calibre de ce Piramida dans les mois qui suivront. Quatrième opus de ce groupe jamais rebuté par l’expérimentation, Piramida transporte l’auditeur au pays des aurores boréales et de la longue nuit en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire que les Efterklang passeront au Café de la Danse le 13 décembre prochain.

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JACOB BELLENS (Danemark) – The Daisy Age

Si Guy Garvey (Elbow) était né à Copenhague plutôt qu’à Bury, il se serait sans doute appelé Jacob Bellens. On retrouve en effet la même puissance teintée de douceur dans le timbre de cet viking rêvant de l’âge des marguerites. En attendant que son album soit distribué à l’international, Jacob nous invite à faire une petite balade jusqu’au cœur de l’Afrique, histoire de se réchauffer un peu. Attention louable.

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THE NEW SPRING (Danemark) – Secret Armor

Une voix, une guitare acoustique, quelques overdubs de piano et de guitare électrique pour faire joli, et voilà Bastian Kallesøe prêt à conquérir le monde, sanglé dans sa Secret Armor. L’avenir nous dira si le printemps 2013 sera celui de son sacre…

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ANTERO LINDGREN (Finlande) – Mother

Antero Lindgren vaut le détour, ne serait-ce que parce qu’il est toujours bon de pouvoir citer un artiste finlandais (autre que Nightwish ou Lordi, bien sûr) dans les réceptions mondaines pour prouver que l’on possède une culture musicale digne de ce nom. Si en plus, l’artiste en question est à peu près aussi (mé)connu à Helsinki qu’il l’est à Paris (ce qui semble être le cas), le hipster frise l’orgasme. Mais si vous ne deviez avoir qu’une seule raison de retenir le nom d’Antero Lindgren, ce serait d’abord et avant tout parce que son premier album, Mother, est un joyau nu-folk. Raison bonus: il a la même voix qu’Eddie Vedder…

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TILBURY (Islande) – Exorcise

Un peu de pop-électro éthérée? Malgré son titre démoniaque et son cover-art dégoulinant, l’album de Tilbury n’est que calme et volupté, à mi-chemin entre Grandaddy et Wheezer. À moins qu’un volcan islandais ne décide de faire des siennes, ces gars-là devraient bientôt débarquer sur le continent pour convertir les foules européennes aux joies du relaxing, alors préparez-vous.

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SIGUR ROS (Islande) – Valtari

Valtari siginifie « rouleau compresseur » en islandais, et le nouvel album de la bande à Jónsi, premier lauréat du NMP pour son album Go en 2010, risque fort d’écraser la concurrence avec autant d’aisance que la machine dont il a emprunté le nom, à moins que son statut de grandissime favori ne vienne justement jouer en sa défaveur. Quoiqu’il en soit, Valtari devrait, sauf coup de théâtre, se retrouver dans les 12 finalistes de cette année, et ça ne serait que justice.

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PÉTUR BEN (Islande) – God’s Lonely Man

Pas encore distribué sous format physique et déjà nominé! C’est peu dire que le nouvel opus de Pétur Ben a séduit les journalistes musicaux islandais, à raison. Connu comme le loup blanc sur son île, Pétur a toutes les cartes en main pour se faire un nom à l’international: une gueule d’archange viking, une voix aussi sexy que celle de feu Michael Hutchence, un excellent album et les moyens financiers d’assurer sa sortie (une des nombreuses belles histoires du net 2.0). Préparez-vous (bis).

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SUSANNE SUNDFØR (Norvège) – The Silicone Veil

Pourrais-je écrire quelque chose de plus à propos de celle qui bénéficia du K.W.A.S.S.A. inaugural de ce blog? Bien sûr que oui (on est fan ou on ne l’est pas), mais pour sauver l’impartialité de façade de cet article, je me contenterai de renvoyer les curieux vers le billet en question. The Silicone Veil réussira-t-il là où The Brothel a échoué? Bank i bordet! Rendez-vous le 3 décembre pour savoir s’il fait au moins aussi bien que son illustre prédécesseur.

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Quelle que soit la composition de la liste des finalistes, le Nordic Music Prize s’impose donc comme un must follow (mais si ça existe, la preuve) pour tous les amateurs de musique, et pas seulement scandinave. Les talents d’Europe du Nord n’attendent plus qu’un clic de votre part pour venir enchanter votre hiver, alors cap sur le septentrion, sudistes mélomanes.

EDIT

La liste des 12 nominés vient d’être révélée. Avec seulement quatre coups au but, j’ai encore du chemin à parcourir avant d’être tout à fait en phase avec les membres du comité central… et je réalise que j’ai eu raison de défricher la liste des 50 premiers noms, faute de quoi les deux tiers des merveilleuses découvertes que j’ai fait ces derniers jours me seraient passés sous le nez. Grosse surprise: Sigur Rós n’a pas accédé au dernier carré. Et double confirmation pour Susanne Sundfør et First Aid Kit, qui deviennent les premières à placer deux albums dans la shortlist du NMP. Rendez-vous le 14 février pour la remise du prix au vainqueur!

Liste des finalistes de l’édition 2012:

• Selvhenter (Danemark) Frk. B. Fricka
• Choir Of Young Believers (Danemark) Rhine Gold
• Susanne Sundfør (Norvège) The Silicone Veil
• Tønes (Norvège) Sån av salve
• Lindstrøm (Norvège) Smalhans
• Pää Kii (Finlande) Pää Kii
• Kerkko Koskinen Kollektiivi (Finlande) Kerkko Koskinen Kollektiivi
• Neneh Cherry & The Thing (Suède) The Cherry Thing
• First Aid Kit (Suède) The Lion’s Roar
• Anna von Hausswolff (Suède) Ceremony
• Ásgeir Trausti (Islande) Dýrð í dauðaþögn
• Retro Stefson (Islande) Retro Stefson

Pour ceux qui voudraient peser de tout leur poids afin de maximiser les chances de leur album favori, il est possible de voter ici, en attribuant des points suivant le même principe que celui utilisé pendant l’Eurovision: 12 pour le premier, 11 pour le deuxième… et 1 pour le douzième. Je ne sais pas de quelle manière cette participation populaire pondère le résultat du jury international, mais il s’agit en tout cas d’une occasion en or pour soutenir concrètement vos artistes préférés dans la dernière ligne droite. Go go go!

EDIT 2

Le jury a  remis son verdict et décerné le Nordic Music Prize 2012 à First Aid Kit, pour l’album The Lion’s Roar. Je l’avais dit ou pas*? Bravo donc aux sœurs Söderberg, qui n’en finissent plus de remporter des prix, et qui sont d’ores et déjà de grandes dames du folk. Dans quarante ans, on leur dédiera des morceaux, c’est moi qui vous le dit. I’ll be your Johanna, I’ll be your Klara…

*: Pour le moment, 100% des groupes suédois sur lesquels j’ai misé une couronne sont repartis avec le trophée. Une statistique bidon qui prouve amplement à quel point mes goûts musicaux sont au dessus de tous soupçons.

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ANNEXES

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Composition du Comité central du NMP:

Ralf Christensen (Danemark)
Jan Gradvall (Suède)
Ilkka Mattila (Finlande)
Audun Vinger (Norvège)
Arnar Eggert Thoroddsen (Islande)

Composition du jury international:

Andres Lokko – Président  (Journaliste, Suède)
Laurence Bell (Domino Records

, Royaume-Uni)
Jeannette Lee (Rough Trade Records, Royaume-Uni)
Mike Pickering (Columbia Records, Royaume-Uni)
Jonathan Galkin (DFA Records, États-Unis)

Précédents lauréats du NMP:

– 2010: Jónsi (Islande) pour l’album Go Do

– 2011: Goran Kafjes (Suède) pour l’album X/Y

Liste des finalistes des éditions précédentes:

2010:

• Dungen (Suède) Skit I Allt
• Paleface (Finlande) Helsinki – Shangri-La
• Susanne Sundfør (Norvège) The Brothel
• Robyn (Suède) Body Talk
• Efterklang (Danemark) Magic Chairs
• Serena Maneesh (Norvège) S-M 2: Abyss In B Minor
• The Radio Dept. (Suède) Clinging To A Scheme
• Ólöf Arnalds (Islande) Innundir Skinni
• Kvelertak (Norvège) Kvelertak
• First Aid Kit (Suède) The Big Black & The Blue
• Frisk Frugt (Danemark) Dansktoppen Møder Burkina Faso I Det Himmelblå Rum Hvor Solen Bor, Suite.

2011:

• Ane Brun (Norvège) It All Starts With One

• Lykke Li (Suède) Wounded Rhymes

• Rubik (Finlande) Solar

• Gus Gus (Islande) Arabian Horse

• Malk De Koijn (Danemark) Toback To The Fromtime

• Siinai (Finlande) Olympic Games

• Björk (Islande) Biophilia

• Iceage (Danemark) New Brigade

• Montée (Norvège) Renditions Of You

• Anna Järvinen (Suède) Anna Själv Tredje

• The Field (Suède) Looping State Of Mind

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