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ROCK EN SEINE – JOUR 2 (SAMEDI)

Une des choses appréciables avec Rock en Seine, c’est que les banlieusards occidentaux (comprendre, qui viennent des Yvelines) n’ont pas de problème pour se garer une fois sur place. Pour un festival « parisien », ça mérite d’être souligné. C’est donc en voiture que nous sommes retournés sur place le samedi, prêts à affronter le très dense programme de la journée. Pensez, pas moins de onze noms étaient couchés sur la roadmap du jour au moment du départ, pour un résultat (espéré) des plus copieux. Il allait falloir s’économiser pendant l’après-midi pour ne pas s’effondrer comme une bûche dans la dernière ligne droite, et c’est avec cette consigne en tête que nous nous glissés dans le parc de St Cloud sur les coups de 15h30. L’homme sage connaît ses limites.

Comme la veille, un décollage un peu trop tardif nous force à faire une croix sur le trio Californiens des UME, dont la frontwoman valait pourtant le détour si j’en crois les élogieux retours qui n’ont pas manqué de pleuvoir après la prestation des Yankees sur la scène Pression live (quitte à nommer les scènes d’après les sponsors, ils auraient pu offrir des bières gratuites aux spectateurs faisant l’effort de se rendre jusqu’ici – car ça fait une bonne trotte depuis la grande scène – ). Tant pis.

Je crois que l’illustrateur n’a pas été très inspiré par son sujet (et pourtant, entre Steinbeck, les monstres, l’Islande et la musique du groupe, il y avait de quoi faire)

Pas question cependant de rater les autres Islandais de Rock en Seine, après avoir du renoncer au show de Sigur Ros quelques heures auparavant. La tribu des OF MONSTERS AND MEN posait en effet ses bagages et instruments à St Cloud pour présenter son album My Head Is An Animal, le jour même de sa sortie française. Le hasard fait tout de même bien les choses. Surfant sur le succès de leur single Little Talks et sur le buzz généré par la presse musicale, toujours prompte à adouber des successeurs aux artistes qui marchent fort (dans notre cas, les Montréalais d’Arcade Fire, dont l’indie rock imparable, luxuriant et volontiers épique  peut en effet être rapproché du style de la bande de Garður), les OMAM tournaient depuis des mois avant leur venue en France, d’où une certaine appréhension de ma part au moment de les découvrir en live. La session acoustique enregistrée en Angleterre quelques jours auparavant laissait en effet apparaître des musiciens visiblement peu enchantés de devoir toujours jouer les mêmes chansons.

Heureusement pour nous, le topo fut tout autre ce samedi, les Monsters ayant visiblement à cœur de réussir leur premier show au pays des fromages. L’occasion pour Nanna, Ragnar et le reste de la troupe de réaliser qu’ils jouissaient déjà d’une considérable notoriété auprès du public français, qui n’avait pourtant eu que Little Talks à se mettre sous la dent avant ce 25 Août. Espérons que ça leur donne envie de repasser par chez nous au printemps prochain, après leur tournée anglaise.

Car la musique d’Of Monsters And Men à ce petit truc spécial, ce zeste de je ne sais quoi qui gonfle à bloc les batteries d’optimisme de l’auditeur en l’espace d’un refrain. Les voir construire des hymnes à la joie d’une évidence absolue à partir de quatre accords ouverts sur une guitare sèche (voire moins: 3 seulement pour Lakehouse) est un spectacle aussi fascinant que délectable pour le spectateur, qui pourra méditer longtemps après coup sur la fabuleuse capacité du rock à générer sans cesse de nouvelles chansons géniales malgré un catalogue de notes et d’accords somme toute assez limité.
Bien sûr, l’équation ne serait pas complète si j’oubliais de mentionner les autres atouts que les OMAM ont en main: un duo de chanteurs-guitaristes très complémentaires en les personnes de Nanna (chant joliment heurté et look de folkeuse punk) et Ragnar (voix de velours et physique de hobbit plutôt que de viking), des arrangements léchés et le côté « bande de potes » apporté par le nombre de musiciens sur scène. Et puis, dans une époque dominée par les artistes américains et britanniques, il y a peut-être une préférence instinctive de la part du public français envers les groupes d’une origine plus « exotique ».  Quoiqu’il en soit, voilà une joyeuse troupe qu’il s’agira de ne pas perdre de vue dans le futur, et qui nous a offert un parfait démarrage pour notre samedi. Takk guys.

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S‘est ensuite ouverte une période assez frustrante, pendant laquelle je n’ai pu, pour diverses raisons, assister à un seul concert d’un bout à l’autre. Premiers à pâtir de cet épisode volage, les petits jeunes de TOY, dont le rock shoegaze et largement instrumental (tout du moins, le morceau sur lequel nous les avons rejoints – et quittés – après dix bonnes minutes de marche) était sans doute trop contemplatif pour un samedi après-midi ensoleillé.

Il faut dire qu’après la cure de bonne humeur gracieusement offerte par OMAM et le rapide passage obligé devant le folk rock rugissant d’ALBERTA CROSS sur le chemin de la scène Pression Live, le spectacle de 5 chevelus courbés qui sur sa gratte, qui sur ses claviers, qui sur ses fûts, l’ensemble tricotant patiemment de longues montées orchestrales entre chaque intervention chantée de Tom Dougall, nécessitait sans doute davantage de concentration que ce que l’immense majorité des festivaliers présents (nous y compris) aurait pu rassembler en y mettant du sien. Je reste toutefois persuadé que cette quintette de jeunes loups au look, à l’attitude et à la musique so totally british mérite qu’on se penche sur son cas avec la plus grande attention (vous êtes d’ailleurs cordialement invités à venir voir les TOY jouer – haha – le 16 Novembre prochain à la Maroquinerie).

Et ce fut donc la grande Alberta qui hérita de nous pour une fin de concert (3 morceaux) passée derrière la barrière d’osier qui interdisait l’accès au côté gauche de la scène. Une ruse de sioux qui nous permit de profiter des derniers morceaux du duo à une distance raisonnable, et même de faire quelques photos pas si pire par un des trous ménagés par les festivaliers nous ayant précédé sur le spot (je n’ai fait que l’agrandir légèrement, je le jure votre honneur). Difficile dans ces conditions de se plonger dans la musique proposée par les sieurs Stakee et Wolfers, d’autant plus que je n’avais aucun morceau connu auquel me raccrocher. Et pourtant, je connais cette voix haut perchée et sans artifice, que j’ai du écouter quelques fois sans prendre la peine de chercher à qui elle appartenait. Bref, un créneau 16/17 assez mal négocié de notre part, puisqu’écartelé entre deux bouts de concerts trop courts pour bien profiter et surtout, beaucoup de randonnée pédestre dans le parc de St Cloud.

Chapi Chapo... Bodobo

Chapi Chapo… Bodobo

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Les choses ne s’améliorèrent que de manière très superficielle pour le show d’HYPHEN HYPHEN (prononcer Aïfeun Aïfeun), qui fit les frais d’un aller et retour à travers le public pour reconstituer le groupe, éparpillé après un passage au stand merchandising. Je n’ai donc retenu de Santa et sa bande que leurs peintures de guerre et leur énergique jeu de scène, ce qui est déjà pas mal, mais loin d’être suffisant au vu de la montagne de commentaires élogieux que j’avais lu sur ce groupe de Niçois déchaînés, qui repasseront par la capitale dans point trop longtemps (le 12 Septembre au Café de la Danse).  La troisième fois sera peut-être la bonne…

Après « Santo et le Trésor de Dracula », « Santa et le Mystère de la Tête Géante »… Ça promet.

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Vint ensuite le temps des retrouvailles avec les joyeux allumés de CARAVAN PALACE, qui avaient considérablement secoué le public du festival de Ronquières lors de leur passage au plan incliné en juillet dernier. De nouveau relégués derrière la barrière/paravent (qui n’a pas du finir Rock en Seine en un seul morceau) du côté gauche de la scène, nous assistons à l’intégralité (enfin!) du concert, qui, s’il fut aussi enlevé que ce que l’on était en droit d’attendre de la part des apôtres de l’electro-swing, toujours menés à la baguette par la délurée Zoé Colotis, ne fut jamais proche de rivaliser avec la folie euphorique qui avait balayé le public belge quelques semaines plus tôt. Encore une fois, on peut expliquer en partie la relative tiédeur du public par la chaleur qui régnait au moment du show et à un horaire de passage (17h30 – 18h30) encore trop précoce pour un emballement populaire digne de ce nom, souvent très largement corrélé à la quantité de bière ingurgitée par le festivalier moyen. Sans alcool, la fête est plus molle.

Prestation… lumineuse de Caravan Palace


De retour devant la grande scène en prévision de la prestation lourde de sens de Noel Gallagher et de ses pioupious, nous assistons à quelques minutes du show donné par le dIEU belge du rock (et ses séraphins intermittents), le toujours fringant Tom Barman. Et puisqu’il s’agit de filer notre métaphore éthylique jusqu’à la lie, je me dois de préciser que les dEUS ont bien joué Girls Keep Drinkin à Rock en Seine (merci à Chacaloute pour la vidéo :-)). Dans un monde parfait, je n’aurais pas eu à quitter le pré après un Quatre Mains très attendu et plutôt décevant en live (difficile de retrouver la tension palpable de la version studio dans une enceinte aussi gigantesque) et aurais ainsi pu approfondir ma connaissance de ce groupe qui semble exceller dans toutes les facettes du rock, particularité rare et louable à une époque où la spécialisation forcenée et les reconversions/expérimentations musicales malheureuses (non, je ne parlerai pas du dernier Muse) sont la norme plutôt que l’exception. Mais, que voulez-vous, à quelques centaines de mètres de là, the sea (et la scène de la cascade par la même occasion) was calling, et il aurait été impoli de ne pas répondre à son appel.

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Les Australiens de THE TEMPER TRAP repassaient donc à Paris pour une deuxième et dernière date après le très bon concert donné à la Maroquinerie le 12 Juillet dernier. Ayant eu la chance d’assister à ce dernier, je doutais très fortement de la capacité de Dougy et ses potes de livrer une prestation d’aussi bonne tenue à Rock en Seine, et malheureusement, ce fut bien ce qui arriva. Premier et principal responsable de ce net coup de moins bien, un son proprement dégueulasse. Je veux bien être compréhensif vis à vis des techniciens en charge des balances, chargés de la mission quasiment impossible d’obtenir un rendu de qualité pour des milliers de spectateurs, aussi bien ceux situés à deux qu’à deux cent mètres de la scène, mais je crois honnêtement qu’on a battu tous les records précédemment établis à St Cloud en matière de basses sur-sonorisées, qui ont atteint sans trop forcer la limite basse de l’insupportable pour les malheureux des dix premiers rangs.

On dirait que le précipité bleu de la couv’ du dernier album en a inspiré certains…

C’est dans des situations comme celles-là que l’on est rudement content de ne pas avoir oublié ses earplugs à la maison, et de ne pas dépendre des douteux suppositoires en mousse distribués gratuitement par les organisateurs (et je ne parle même pas des inconscients qui ont enduré l’intégralité du set sans protections du tout). Car quand on sent le cartilage de son nez vibrer à chaque fois qu’un gonze effleure une corde de sa basse, une touche de son clavier ou la pédale de sa grosse caisse, situations assez fréquentes au cours d’un concert de rock, on ne peut qu’espérer que les quelques grammes de plastique faisant barrage dans le conduit auditif suffiront à préserver nos fragiles et précieux petits tympans du pire de l’agression sonique.

Difficile donc dans ces conditions d’apprécier à leur juste valeur les morceaux de la quintette de Melbourne, qui n’a fort logiquement pas atteint le même état de grâce que lors de leur passage en 2010 (c’était sur la grande scène, et le son avait été très correct), sans parler de la magie pure de leur halte à la Maroquinerie.
En grands professionnels, les Wallabies ont tout de même livré un set généreusement fourni en tubes, confirmés (Love Lost, Fader, Science of Fear et bien entendu, l’incontournable Sweet Disposition) ou en devenir (London’s Burning, Need Your Love ou encore Miracle), qui, s’il ne s’est pas révélé très surprenant (quasiment la même setlist que pour le concert de la Maroquinerie), a offert aux fans présents, dont une bonne quantité d’anglo-saxons, une heure d’exutoire pop-rock. Il y en a même eu pour pogotter durant le show, réaction que j’ai trouvé légèrement déplacée eu égard à la musique jouée, mais bon YOLO comme on dit maintenant. Reste que si je ne devais retenir qu’un seul concert des TTT, celui du 25 Août 2012 ne figurerait même pas sur la shortlist des lauréats potentiels. Il y a des jours avec et des jours sans.

Face à l'adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph... Oh, Joseph, ça va?

Face à l’adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph… Oh, Joseph, ça va?

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À 20h, NOEL GALLAGHER fait deux belles surprises au public de Rock en Seine. 1) Il monte sur scène (il aurait pu s’engueuler avec le batteur et annoncer la dissolution des High Flyin’ Birds, hein). 2) Il joue près de la moitié des chansons figurant sur son premier album solo, ce qui, au vu des setlists touaregs (comprendre, basées à 90% sur de l’Oasis) servies par le bonhomme durant pas mal de ses dernières prestations festivalières, n’avait rien d’une évidence. Personnellement, j’ai considéré ce parti pris comme une preuve de respect envers les spectateurs français, à qui Nono et ses zosieaux n’ont pas fait le coup de la nostalgie déplacée.

Évidemment, le final a tout de même été l’occasion de faire chanter la foule avec deux vieux millésimes (parce que, hein, Oasis is good), en l’occurence Whatever et un ultime Don’t Look Back In Anger qui pouvait être interprété de bien des manières dans l’enceinte de Rock en Seine, théâtre de la mort du groupe des frangins Gallagher trois ans plus tôt. Mais l’essentiel du set fut consacré à des compositions plus récentes, certes moins populaires auprès des fans bédouins, et Dieu sait qu’ils étaient nombreux parmi le public ce soir, mais toutes solides et agréables à l’oreille, comme Noel sait en ouvrager: AKA…What A Life!Stranded On The Wrong Beach, (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine, Everybody’s On The RunThe Death Of You And Me, If I Had A Gun

L’occasion pour beaucoup de se rendre compte que même sans le charisme hooliganesque de Liam et sa coupe de cheveux innommable, le cadet de la fratrie Gallagher est capable de voler de ses propres ailes. Évidemment, l’absence du frangin grande gueule se fait principalement sentir au niveau du rythme du concert, qui restera planplan d’un bout à l’autre, mais ce n’est pas comme si on ne savait pas à quoi s’attendre avec Noel, qui n’a jamais semblé très à l’aise sur une scène. C’est donc avec un flegme tout britannique que ce dernier met fin aux réjouissances et repart… sans avoir joué Wonderwall. Une preuve supplémentaire de bon goût, vous irez loin Mr. Gallagher.

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Belle affiche, mais absolument pas en rapport avec la musique du groupe (hommage à la Blacksploitation, vous croyez?)

Entre 22h et 23h au parc de St Cloud, le noir était la couleur reine: la nuit est tombée depuis longtemps, le festival est noir de monde et surtout, les artistes programmés sur ce créneau respectent le dress code imposé par les organisateurs: sur la grande scène, les BLACK KEYS et leur blues-rock crasseux et hautement addictif, et sur la scène de la cascade, les BLACK SEEDS et leur reggae festif et inspiré. Faîtes votre choix bonnes gens.

Et, assez curieusement, je me suis retrouvé devant le show des Néo-Zélandais, alors que mes prédispositions naturelles m’auraient plutôt conduit à assister à la démonstration de la paire Auerbach-Carney, sérieuse candidate au titre de meilleur duo rock du moment (surtout depuis la dissolution des White Stripes). Le concert des Kiwis présentait cependant deux énormes avantages par rapport à celui des natifs d’Akron: 1) il était tout à fait permis d’espérer le suivre à une distance raisonnable, voire accoudé à la barrière si on s’y prenait pas trop tard et 2) la scène Pression live sur laquelle Mark Lanegan devait jouer juste après la fin des deux « Black Sabbats » était bien plus proche de la scène de l’industrie que de la grande scène.

Et au final, le choix de la raison se révéla être un vrai coup de cœur, car les Black Seeds, comme les Fat Freddy’s Drop avant eux (un autre groupe néo-zed qui avait emballé le public de Rock en Seine en 2010) ont livré un set impeccable et généreux dans une ambiance bonne enfant incroyable que je ne m’attendais pas à retrouver dans un festival de cette taille. Visiblement très content d’avoir quand même du public malgré la concurrence des Black Keys, les gars ont déroulé un reggae lustré et profond avec un plaisir évident pour les quelques dizaines d’Happy Few qui avaient fait le déplacement. 45 minutes passées dans un univers parallèle, cosy et chaleureux (et pourtant, il a plu à la fin du show!), plus proche de l’intimité d’une Maroquinerie, d’un Point Éphémère ou d’une Flèche d’Or que du gigantisme parfois un peu pesant du parc de Saint Cloud. Ce n’est pas souvent que l’on voit les techniciens danser dans les travées backstage, et c’est précisément ce qui s’est passé pendant le concert, un spectacle qui n’a fait qu’ajouter un peu à la douce euphorie générale de l’ensemble. Le genre de prestation qui vous réconcilie avec la musique live, si besoin était. Very well done, Wellington.

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Décidément, c’est l’année des tumeurs cérébrales funky (my eye is my sanctuary)

La journée se termine avec un pèlerinage initiatique jusqu’à la scène Pression live, sur laquelle MARK LANEGAN, poète rock buriné à la voix calleuse, doit défendre son dernier disque, le formidable même si légèrement désespérant Blues Funeral (rien que le titre annonce la couleur). Programmé sur un créneau horaire (ooh30-01h30) où l’on s’attend plus à entendre des DJs que de la musique live jouée sur de vrais instruments, et où pas mal de festivaliers n’aspirent plus qu’à aller se coucher après des heures passées à crapahuter de scènes en scènes, les organisateurs ont eu un coup de génie pour attirer tout de même quelques (jeunes) curieux. Ça se passe sur la présentation de l’artiste du livret, je cite: « L’Américain pionnier de la culture grunge […] celui qui fut l’ami de Kurt Cobain… » Bref, de quoi appâter quelques cohortes de nostalgiques des 90’s poisseuses et white trash, à l’époque où porter des jeans troués, des sweats informes et des cheveux graisseux était considéré comme le summum du bon goût.

Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: si Mark Lanegan a bien été l’homme décrit dans le livret, la musique qu’il joue maintenant, et depuis un bon paquet d’années, n’a pas grand chose à voir avec les galettes de Nirvana ou de Pearl Jam. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin la cause des nombreuses défections de spectateurs pendant le concert, qui ont estimé, peut-être à raison, avoir été trompés sur la marchandise. D’autant plus que Mark n’a rien fait pour convaincre les indécis de lui donner une deuxième chance: planté devant son micro pendant tout le concert, une étrange casquette de gangsta rap vissé à l’envers sur la crinière, le seul mot qu’il a prononcé en dehors des textes de ses morceaux fut un « merci » enroué à mi-parcours. Il s’est donc montré plus loquace que Dylan aux Vieilles Charrues, mais de pas grand chose. Ajoutez à cela les moues renfrognée, digne d’un Rambo s’apprêtant à s’auto-cautériser avec la poudre d’une de ses cartouches, dont il n’a cessé de régaler le public pendant une heure, et vous comprendrez sans peine pourquoi seuls les fans convaincus étaient encore présents à sa sortie de scène.

Mais pour ceux-là, nul doute que la prestation de Mark et de son band, emmené par un guitariste lead à la croisée de Jamie Hince des Kills et (du fantôme) de Johnny Cash aura été convaincante. Car si le bonhomme n’est pas très causant, il a tout de même de sacrées bonnes chansons, délivrées avec ce mélange de finesse et de rugosité dans laquelle on peut retrouver aussi bien la gouaille d’un Tom Waits que l’élégance d’un Chris Rea. Grandiose. N’étant familier que de son répertoire le plus récent, j’ai particulièrement aimé le final du concert, pendant lequel se sont enchaînés comme dans un rêve le rock bluesy de Riot In My House, les beats mélancoliques de Ode To Sad Disco, et les guitares célestes et pensives du magnifique Harborview Hospital. À peine le temps de respirer (et d’applaudir) que Mark persistait et signait avec un Tiny Grain Of Truth lancinant et hypnotique à souhait. On a vraiment bien fait de rester jusqu’au bout.

La photo d’art c’est facile, il suffit d’un boîtier bas de gamme et d’une luminosité baroque.

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Ce samedi s’achève donc sur une note très positive, grâce à trois derniers concerts variant de la bonne surprise (Noel Gallagher High Flyin’ Birds) au pur moment de magie (Mark Lanegan Band), en passant par une belle découverte (The Black Seeds). Au chapitre des « + », on peut évidemment rajouter les prometteurs Of Monsters And Men en tout début d’après-midi, qui aura tout de même fortement pâti de notre incapacité à nous fixer une fois pour toutes (TOY, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, dEUS), de problèmes techniques (The Temper Trap) et, ironiquement, du franc et chaud soleil d’Août, qui favorise plus la torpeur que la communion musicale (Caravan Palace). Merci samedi, et vivement dimanche.

PS:Comme la dernière fois, les lecteurs de bons goûts feront un tour sur le compte-rendu de la journée publié sur mywonderwall.fr, qui prennent de belles photos, font de chouettes vidéos et rendent leurs papiers dans les temps, eux.

THE TEMPER TRAP @ LA MAROQUINERIE (12.07.2012)

On a tous une salle de concert préférée.Chacune a ses bons côtés et ses inconvénients, sa propre histoire et des caractéristiques techniques et acoustiques particulières. La légende de l’Olympia se mesure au prestige de la salle Pleyel ou à l’extraordinaire atmosphère qui règne à la Cigale, tandis que le Point Éphémère joue la carte de la proximité entre les artistes et le public et la Flèche d’Or invite au voyage par son décor hall de gare. Mieux vaut se positionner près de la sortie au moment du rappel et ne rien laisser au vestiaire du Bataclan en cas de timing post-concert serré (le dernier train pour la banlieue -00h05- dans mon cas), et s’armer de patience pour sortir du parking du Palais Omnisport de Paris Bercy au volant de son véhicule…

Yes, you can be THIS close…

Mais pour ma part, la reine des salles parisiennes (je peux aussi parler de la Batterie de Guyancourt, du Zénith de Strasbourg, de la Caserne Fonck de Liège ou de l’église de Steinkjer, mais restons à Lutèce pour le moment) est sans conteste la Maroquinerie. Il faut pourtant parcourir un bon bout de chemin pour se rendre sur place depuis la gare Montparnasse (mon point de chute habituel), et le confort une fois sur place est des plus rudimentaires (pas de sièges, pas de vestiaire), sans parler de la déco des plus dépouillées.

Mais qu’importe toutes ces menues tracasseries, car la Maroquinerie est  la salle où l’on peut littéralement toucher la musique du bout des doigts, pour peu que l’on s’y prenne assez tôt. Pour qui a déjà regretté de ne pas avoir pris ses jumelles pour distinguer les fourmis s’agitant sur une scène située à des dizaines, voire des centaines de mètres, se retrouver assez près de l’artiste qu’on est venu applaudir pour lui allumer sa clope ou lui décapsuler sa bière en tendant à peine les bras a quelque chose de grisant. De particule insignifiante formant avec des dizaines de milliers d’autres un organisme collectif avide et plus ou moins stupide appelé « public », le spectateur devient un démiurge tout puissant, puisqu’ayant le pouvoir de stopper le concert auquel il assiste d’un simple geste de la main (débrancher ce câble jack au sol, désaccorder la guitare du frontman ou lui arracher son micro -se pose évidemment la question du pourquoi agir de la sorte, mais force est de reconnaître que rien ne vous empêche de perpétrer un tel forfait si tel est votre intention). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes qui montent le son lorsque leur chanson préférée passe à la radio pour s’y plonger au plus profond, alors vous serez d’accord avec moi pour reconnaître qu’en matière de musique live, proximité rime avec félicité.

De plus, contrairement aux scènes de festival de plein air, où le premier rang se paie souvent cash par la perte de quelques points d’audition (souvenir douloureux du passage de SKUNK ANANSIE lors du Rock en Seine 2010, où il nous a carrément fallu battre en retraite pour ne pas risquer de se faire enfoncer la cage thoracique par la grosse caisse sur-sonorisée…), la régie son de la Maroquinerie n’est pas adepte du louder is better à un niveau disproportionné. Certes, ça joue fort, mais cela reste supportable même à deux mètres en face de l’ampli, avec ou sans bouchons d’oreilles (évidemment, avec c’est mieux, mais comme j’ai la fâcheuse tendance de les oublier…).

Cerise sur le gâteau, le 23 rue Boyer accueille la crème des groupes indie rock actuels, y compris des formations habituées à jouer devant un public bien plus nombreux que les quelques centaines de chanceux qui suffisent à remplir la Maroquinerie. Derniers exemples en date, les fantastiques Anglais de THE BOXER REBELLION, et bien sûr, les Australiens de THE TEMPER TRAP, dont l’unique autre date française sera au Rock en Seine de cette année. J’ai lu une autre revue du concert livré jeudi soir par la bande de Melbourne, regrettant le caractère exigu de la Maroquinerie, peu adaptée aux hymnes de stade offerts au public par Dougy Mandagi et ses camarades. Errr, allow me to disagree with this statement, m’am. Il n’y a rien de mieux qu’une petite salle pour un concert si on se place du côté du public, nuff said. Déjà que j’ai tendance à trouver l’Olympia un peu grand maintenant que je fréquente le Point Éphémère et la Flèche d’Or, ne comptez pas sur moi pour aller au Parc des Princes applaudir un groupe, aussi connu soit il.

Arrivé sur place sur les coups de 18h15 (ce qui est certes tôt, la première partie ne devant commencer qu’à 19h30, mais est une garantie de bon placement), je passe le temps en regardant Dougy se faire prendre en photo avec les quelques autres fans présents à cette heure précoce. Comme il avait oublié le code permettant d’ouvrir la porte menant à la salle, pas d’autres choix pour lui que de s’exécuter, avec le sourire.

La fameuse porte s’ouvre enfin pour les porteurs de billets une heure plus tard, et je fonce me positionner à l’endroit idéal (deux pas à droite du centre de la scène, histoire de ne pas avoir de micro dans le champ au moment de prendre des photos). Le matériel du quatuor devenu quintette avec l’arrivée de Joseph Greer en 2008 remplit déjà les deux tiers de l’espace disponible, et l’on se demande où diable l’artiste mystère (impossible de trouver son nom avant de venir) censé assuré la première partie va pouvoir s’installer pour chauffer la salle. Un quart d’heure plus tard, CHET FAKER (merci à La Discordance pour avoir mis un nom sur la tête barbue qui m’a fait face pendant 20 minutes sans que je puisse l’identifier, malgré une tenace impression de déjà vu*) et ses musiciens investissent les lieux et commencent à se mettre en place à la hâte. Les bruits de couloirs parlant de panne sur le périf étaient peut-être fondés.

*: J’étais tombé par hasard sur sa page d’artiste il y a quelques mois, où l’on peut entre autres trouver son remix du North de PHOENIX

Après une balance rapidement expédiée, Chet s’attelle à son clavier et commence son set seul en scène par un morceau piano voix de très bonne facture. Après quelques mesures, les derniers bavards se taisent enfin pour écouter ce lointain cousin de Bon Iver (c’est la barbe) distiller sa pop-jazz envoûtante. Rejoints pour la suite du concert par un guitariste au look Tahiti Bob hyper travaillé, un bassiste et un batteur, Faker ne triche pas (c’était facile) et livre une première partie doucement groovy et plutôt très agréable à l’oreille, même si elle réchauffe plus qu’elle ne chauffe la Maroquinerie. Le gang des Australiens devra donc partir de zéro pour faire monter l’ambiance, mais jouant dans une salle sold out depuis plusieurs semaines, on ne s’inquiète pas trop pour eux.

La mise en place et la balance sont l’occasion d’admirer les impressionnants jeux de pédale que chacun des guitaristes a à sa disposition (et dont les divers effets passeront assez largement inaperçus, il faut le reconnaître) et d’étudier en détail la set liste scotchée au sol par les roadies. Pas de surprises, toutes les chansons attendues sont bien là, mais on se sent tout de même privilégié de  savoir avant le reste de la salle que Need Your Love sera joué en deuxième alors qu’il faudra attendre la fin du rappel pour entendre Sweet Disposition. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #1.

21h, les lumières s’éteignent et le public démarre au quart de tour. C’est le London’s Burning composé par

Un zoom? Pour quoi faire?

Dougy pendant qu’il était coincé dans son appartement londonien au moment des émeutes de 2011 qui ouvre le bal, suivi donc par le premier single issu de l’album éponyme défendu ce soir (morceau que je trouve un peu too much, et dont le clip déborde tellement de bons sentiments qu’il en est carrément risible, mais tout passe mieux en live). Le lancement s’étant très bien passé, Dougy profite de la jonction entre ce morceau et l’excellent Love Lost pour parfaire un peu son français (« How do you say it’s hot in French? Yeah, c’est chaud! »). Et paf, il claque un high five à deux spectateurs chanceux… dont moi. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #2.

De chaude, l’ambiance passe à brûlante au fur et à mesure que le set se déroule, les titres de The Temper Trap (The Sea Is Calling, Rabbit Hole, This Isn’t Happiness, Trembling Hands et Miracle) s’enchaînant sans temps mort, avant un final griffé Conditions (Science of Fear, Resurrection et l’iconique Drum Song, pendant laquelle Dougy rafraichira les spectateurs les plus proches en vidant une bouteille d’eau sur la peau de son tambour avant de commencer à le marteler. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #3).

Les TTT saluent et sortent de scène, mais pas pour très longtemps. Impossible en effet pour eux de s’eclipser avant d’avoir joué leur plus gros tube, le déjà classique Sweet Disposition, repris en chœur par un public qui n’attendait que ça. Sur cette ultime offrande, le concert se termine sur une promesse, celle d’être là à 19h le 25 août prochain devant la scène Cascade pour une version revue et augmentée du passage de nos Australiens préférés à Rock en Seine en 2010.

Setliste:

– London’s Burning
– Need Your Love
– Love Lost
– The Sea Is Calling
– Rabbit Hole
– Fader
– This Isn’t Happiness
– Trembling Hands
– Miracle
– Science of Fear
– Resurrection
– Drum Song
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– Soldier On
I’m Gonna Wait (non joué)
– Sweet Disposition

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