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VOX POP PARTY @ LE CAFÉ DE LA DANSE (12.09.2012)

Il paraîtrait que le rock français est aussi bon que le vin anglais. N’ayant que très peu (voire pas du tout) pratiqué ce type de breuvage, je serais bien incapable de dire si la formule de Jaune Les Nonnes se voulait vaguement insultante envers nos cépages hexagonaux, ou si au contraire il en était particulièrement friand. Avec John, c’est dur de savoir. Toujours est-il qu’en cette soirée du 12 Septembre 2012, on fêtait l’ouverture des vendanges au Café de la Danse, avec dégustation de jeunes crus des terroirs parisiens, niçois et rennais gracieusement offert par le magasine Vox Pop. Cheers!

19h33. Oublier des choses fait rater des trains, et rater des trains fait arriver en retard. Heureusement, les FI/SHE/S sont des garçons polis, qui ont attendu que je m’installe dans les gradins du fameux Café pour baisser les lumières et commencer à jouer.
Ayant tout de même trouvé le temps de faire autre chose de ma journée qu’enchaîner les aller-retours en catastrophe entre chez moi et la gare, je me prépare donc à recevoir un shot d’Arcade Fire mâtiné de Grizzly Bear, comme le paragraphe introductif à la musique du groupe l’avait annoncé. Présenté comme ça, moi je veux bien assister à toutes les premières parties du monde. Bon, le fait que la personne responsable de ce petit laïus ait employé des termes aussi intraçables qu’incandescence et effervescence (personnellement, quand on me dit effervescent, tout ce que je vois c’est un aspirine se dissoudre dans un verre d’eau) pour décrire la musique du groupe aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais dans le feu de l’action, j’ai pas fait gaffe.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Remarque, je le comprends le gars (ou la fille) qui a pondu ces deux lignes et demie de présentation. Définir la musique jouée par ces petits poissons n’est pas chose aisée*. En fait, ils sonnent exactement comme un groupe français d’indie-pop: atmosphère rêveuse à la François & The Atlas Mountains, guitares légères (cette génération est tout bonnement distorsionphobique ma bonne dame) également présentes chez les Concrete Knives, envolées contrôlées de batteries/claviers à la sauce Yeti Lane… Je ne sais pas si ce style permettra à ses pratiquants de vendre des millions de disques, mais les musicologues du XXIIème siècle, s’il y en a, pourront se faire plaisir en dissertant des pages entières sur la naissance, l’apogée et le déclin de cette école française.

On n’aura donc pas beaucoup entendu Arcade Fire au Café de la Danse cette soirée, et à peine plus de Grizzly Bear. Dommage. Par contre, on a eu droit à une reprise sympathique du Nightcall de Stavinsky, à qui les quelques riffs de guitare et les harmonies vocales savamment greffés au thème principal par des FI/SHE/S très à l’aise dans cet exercice de relookage a offert une seconde jeunesse.
Un résultat somme toute assez concluant, qui aurait sans doute pu grimper quelques marches plus haut dans l’escalier de l’émotion si la salle n’avait pas été aussi bruyante (problème insoluble à cause de la disposition du bar) et si la suite du programme était resté en phase avec les velléités dream and soar de la quintette parisienne.
Manque de pot, le public était plus d’humeur festive que contemplative, et s’il a réservé aux valeureux FI/SHE/S un accueil digne de la bonne tenue générale de leur prestation, je pense que ces derniers n’auraient pas pu tenir la salle beaucoup plus longtemps que la petite demi-heure qu’a duré leur set. 10 minutes de plus et l’eau de l’aquarium se transformait court-bouillon, ce qui aurait été dommage. En attendant les conditions qui permettront de réaliser une plongée digne de ce nom dans l’univers du groupe, on peut toujours aller à la pêche sur leur page Facebook pour tâter la marchandise. Ils sont frais, ils sont frais mes poissons.

*: Le premier réflexe de notre malheureux scribe, rapidement refoulé pour cause d’incompatibilité musicale prononcée, aura sans doute été de faire un parallèle entre FI.SHE.S et Block Party. J’avoue que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit, mais c’était avant qu’ils ne commencent à jouer. Et puis, voir débarquer la HALD et SOS Racisme à ta soirée à cause d’une comparaison malheureuse, ça aurait tout de même refroidi l’ambiance.

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La suite s’annonçait beaucoup plus musclée, sans que l’on sache trop s’il fallait regarder vers l’Ouest ou vers le Sud pour voir arriver la déferlante rock. Suspens de courte durée, et qui prit fin lorsque les braves de la tribu HYPHEN HYPHEN, toutes peintures de guerre dehors, prirent d’assaut la scène pour une installation/balance rapidement pliée. Juste le temps d’échanger quelques checks secrets avec  l’ingénieur son que les quatre niçois débutaient leur pow-wow electro avec leur énergie habituelle.

Il y a des groupes dont on sait, à la première écoute, qu’ils doivent méchamment envoyer le bois en live. Hyphen Hyphen fait incontestablement partie de cette catégorie à part, bien aidé en celà par le chant totalement débridé de la blonde Santa, pas vraiment adepte des interprétations toute en retenue et de la demi-mesure. Le public du Café de la Danse, parmi lequel se pressaient de nombreux fans tout aussi peinturlurés que leurs modèles,  attendait une confirmation de ce potentiel scénique, plus qu’apparent sur les deux EP (Chewbacca I’m Your Mother et Wild Union) sortis par le quatuor, et entraperçu par certains lors des deux précédentes montées des sudistes sur la capitale, à l’occasion de Solidays et de Rock en Seine:  il eut droit à une démonstration.

Rock ‘n Roll!

Car si avoir dans son carquois toute une palanquée de morceaux taillés pour faire se déhancher les foules constitue un bon point départ pour qui espère secouer une foule jusque là placidement assise, encore faut-il disposer du détonateur adéquat pour faire voler en éclats la gène assez compréhensible que tout un chacun peut éprouver à se trémousser devant un parterre de parfaits inconnus.
Coup de bol, Hyphen Hyphen a la chance de compter parmi ses membres une individualité suffisamment charismatique pour forcer même le plus blasé des hipsters à hocher la tête au rythme des beats compulsifs des Wild Patterns, Mvt 2 et autres compositions redoutablement efficaces (pour un hipster, je vous assure que c’est énorme). Et cet oiseau rare, je vous le donne en mille, c’est encore Santa, qui a le plus naturellement du monde obtenu que la salle s’accroupisse avec elle avant de retrouver la station verticale par le biais d’un saut carpé général que n’auraient pas renié les FI.SHE.S en personne (qui s’étaient d’ailleurs positionnés aux premières loges pour l’occasion). Avec ses moustaches de maquillage noir qui lui traversaient le visage de part en part et ses immenses sourires, la frontwoman des Hyphen² avait tout l’air d’une Alice possédée par l’esprit du chat de Cheshire, le guide idéal pour une excursion réussie au pays des merveilles. Faisez tous comme elle.

Et alors le prince s'approcha du cercueil de Blanche Neige, et...

Et alors le prince s’approcha du cercueil de Blanche Neige, et…

Après avoir pas mal bourlingué de droite à gauche (un Paris – Los Angeles aller-retour en moins de dix minutes, un claquage de bises au Major Tom toujours en train de tournicoter autour de la Terre dans sa boîte de conserve, un trekk dans les montagnes de l’Atlas…), il est temps de ré-enterrer la hache de guerre, pas trop profondément on espère. Pause « calumet de la paix » salutaire pour tous les accros à la nicotine, le temps de laisser les derniers protagonistes de cette pièce en trois actes prendre leurs marques sur une scène où les clous récalcitrant venaient d’en prendre salement pour leur grade (surtout ceux situés dans un rayon d’un mètre autour du synthé de Santa). Qu’on apporte l’apothéose.

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Mais ce qu’on ne savait pas au moment où THE POPOPOPOPS ont commencé à jouer, c’est que cette apothéose avait déjà eu lieu, et que pour tous sympathiques, talentueux et plein de bonne volonté que soient nos quatre bretons, ils ne pouvaient tout simplement pas rivaliser en intensité avec le show précédent. Un enchaînement somme toute logique par rapport à l’ancienneté et à la notoriété plus importantes des rennais (ils ont leur article sur Wikipédia, eux), mais qui, au final,  leur a fait plus de mal que de bien. Pas facile de marcher sur les traces (encore fumantes) des Hyphen Hyphen pour qui n’a pas une énergie scénique au moins équivalente.

Sans être des radicaux du downtempo, les Popopopops proposaient en effet une musique beaucoup plus posée et atmosphérique que leurs turbulents prédécesseurs, basée sur une solide combinaison de synthé à tendance électro, batterie économe et précise (avec gros travail sur le charley – Hannah Blilie style -) et guitare pourvoyeuse de riffs catchy en diable. Un cocktail tout à fait intéressant et très anglo-saxon aussi bien dans la forme que dans le fond, mais qui après le triple pastis tonique des niçois a semblé bien fade à une grande partie du public,  qui s’est contenté de suivre mollement le concert malgré les efforts persistants et peu concluants du claviériste/chanteur Victor Solf de remotiver ses troupes. Mais n’est pas Santa qui veut.

Et pourtant, entre les élégants entrelacs des voix sur My Mind Is Old, les accents indie-rock de Color,  les incursions hip hop et la remise à jour très bien négociée du pas évident Break On Through (To The Other Side), et en dépit d’un nom très difficile à prononcer correctement jusqu’à ce que Victor nous permette de chopper le truc*, The Popopopops a de très nombreux atouts dans sa manche pour s’imposer comme le groupe français capable de rivaliser avec les rosbeefs sur leur propre terrain. Affaire à suivre de très près donc, en attendant la sortie du premier album (prévu pour la fin de l’année), et à ta santé Lennon.

*: Truc perso: prendre le générique de Star Wars (le plus connu, celui qui retentit à chaque fois que ces anarchistes de Rebelles dynamitent une Étoile de la Mort) et remplacer le premier « tatatata » par « popopopop ». Astuce approuvée par Dark Vador, Jar Jar Binks et Jean Paul II.

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Au final, je ne sais toujours pas quel goût à le vin anglais, mais en ce qui concerne le rock français, laissez-moi vous dire que si les britons préfèrent tourner sur leur réserve propre plutôt que de donner sa chance aux jeunes pousses hexagonales, tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, on aura pas à partager).

 

ROCK EN SEINE – JOUR 2 (SAMEDI)

Une des choses appréciables avec Rock en Seine, c’est que les banlieusards occidentaux (comprendre, qui viennent des Yvelines) n’ont pas de problème pour se garer une fois sur place. Pour un festival « parisien », ça mérite d’être souligné. C’est donc en voiture que nous sommes retournés sur place le samedi, prêts à affronter le très dense programme de la journée. Pensez, pas moins de onze noms étaient couchés sur la roadmap du jour au moment du départ, pour un résultat (espéré) des plus copieux. Il allait falloir s’économiser pendant l’après-midi pour ne pas s’effondrer comme une bûche dans la dernière ligne droite, et c’est avec cette consigne en tête que nous nous glissés dans le parc de St Cloud sur les coups de 15h30. L’homme sage connaît ses limites.

Comme la veille, un décollage un peu trop tardif nous force à faire une croix sur le trio Californiens des UME, dont la frontwoman valait pourtant le détour si j’en crois les élogieux retours qui n’ont pas manqué de pleuvoir après la prestation des Yankees sur la scène Pression live (quitte à nommer les scènes d’après les sponsors, ils auraient pu offrir des bières gratuites aux spectateurs faisant l’effort de se rendre jusqu’ici – car ça fait une bonne trotte depuis la grande scène – ). Tant pis.

Je crois que l’illustrateur n’a pas été très inspiré par son sujet (et pourtant, entre Steinbeck, les monstres, l’Islande et la musique du groupe, il y avait de quoi faire)

Pas question cependant de rater les autres Islandais de Rock en Seine, après avoir du renoncer au show de Sigur Ros quelques heures auparavant. La tribu des OF MONSTERS AND MEN posait en effet ses bagages et instruments à St Cloud pour présenter son album My Head Is An Animal, le jour même de sa sortie française. Le hasard fait tout de même bien les choses. Surfant sur le succès de leur single Little Talks et sur le buzz généré par la presse musicale, toujours prompte à adouber des successeurs aux artistes qui marchent fort (dans notre cas, les Montréalais d’Arcade Fire, dont l’indie rock imparable, luxuriant et volontiers épique  peut en effet être rapproché du style de la bande de Garður), les OMAM tournaient depuis des mois avant leur venue en France, d’où une certaine appréhension de ma part au moment de les découvrir en live. La session acoustique enregistrée en Angleterre quelques jours auparavant laissait en effet apparaître des musiciens visiblement peu enchantés de devoir toujours jouer les mêmes chansons.

Heureusement pour nous, le topo fut tout autre ce samedi, les Monsters ayant visiblement à cœur de réussir leur premier show au pays des fromages. L’occasion pour Nanna, Ragnar et le reste de la troupe de réaliser qu’ils jouissaient déjà d’une considérable notoriété auprès du public français, qui n’avait pourtant eu que Little Talks à se mettre sous la dent avant ce 25 Août. Espérons que ça leur donne envie de repasser par chez nous au printemps prochain, après leur tournée anglaise.

Car la musique d’Of Monsters And Men à ce petit truc spécial, ce zeste de je ne sais quoi qui gonfle à bloc les batteries d’optimisme de l’auditeur en l’espace d’un refrain. Les voir construire des hymnes à la joie d’une évidence absolue à partir de quatre accords ouverts sur une guitare sèche (voire moins: 3 seulement pour Lakehouse) est un spectacle aussi fascinant que délectable pour le spectateur, qui pourra méditer longtemps après coup sur la fabuleuse capacité du rock à générer sans cesse de nouvelles chansons géniales malgré un catalogue de notes et d’accords somme toute assez limité.
Bien sûr, l’équation ne serait pas complète si j’oubliais de mentionner les autres atouts que les OMAM ont en main: un duo de chanteurs-guitaristes très complémentaires en les personnes de Nanna (chant joliment heurté et look de folkeuse punk) et Ragnar (voix de velours et physique de hobbit plutôt que de viking), des arrangements léchés et le côté « bande de potes » apporté par le nombre de musiciens sur scène. Et puis, dans une époque dominée par les artistes américains et britanniques, il y a peut-être une préférence instinctive de la part du public français envers les groupes d’une origine plus « exotique ».  Quoiqu’il en soit, voilà une joyeuse troupe qu’il s’agira de ne pas perdre de vue dans le futur, et qui nous a offert un parfait démarrage pour notre samedi. Takk guys.

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S‘est ensuite ouverte une période assez frustrante, pendant laquelle je n’ai pu, pour diverses raisons, assister à un seul concert d’un bout à l’autre. Premiers à pâtir de cet épisode volage, les petits jeunes de TOY, dont le rock shoegaze et largement instrumental (tout du moins, le morceau sur lequel nous les avons rejoints – et quittés – après dix bonnes minutes de marche) était sans doute trop contemplatif pour un samedi après-midi ensoleillé.

Il faut dire qu’après la cure de bonne humeur gracieusement offerte par OMAM et le rapide passage obligé devant le folk rock rugissant d’ALBERTA CROSS sur le chemin de la scène Pression Live, le spectacle de 5 chevelus courbés qui sur sa gratte, qui sur ses claviers, qui sur ses fûts, l’ensemble tricotant patiemment de longues montées orchestrales entre chaque intervention chantée de Tom Dougall, nécessitait sans doute davantage de concentration que ce que l’immense majorité des festivaliers présents (nous y compris) aurait pu rassembler en y mettant du sien. Je reste toutefois persuadé que cette quintette de jeunes loups au look, à l’attitude et à la musique so totally british mérite qu’on se penche sur son cas avec la plus grande attention (vous êtes d’ailleurs cordialement invités à venir voir les TOY jouer – haha – le 16 Novembre prochain à la Maroquinerie).

Et ce fut donc la grande Alberta qui hérita de nous pour une fin de concert (3 morceaux) passée derrière la barrière d’osier qui interdisait l’accès au côté gauche de la scène. Une ruse de sioux qui nous permit de profiter des derniers morceaux du duo à une distance raisonnable, et même de faire quelques photos pas si pire par un des trous ménagés par les festivaliers nous ayant précédé sur le spot (je n’ai fait que l’agrandir légèrement, je le jure votre honneur). Difficile dans ces conditions de se plonger dans la musique proposée par les sieurs Stakee et Wolfers, d’autant plus que je n’avais aucun morceau connu auquel me raccrocher. Et pourtant, je connais cette voix haut perchée et sans artifice, que j’ai du écouter quelques fois sans prendre la peine de chercher à qui elle appartenait. Bref, un créneau 16/17 assez mal négocié de notre part, puisqu’écartelé entre deux bouts de concerts trop courts pour bien profiter et surtout, beaucoup de randonnée pédestre dans le parc de St Cloud.

Chapi Chapo... Bodobo

Chapi Chapo… Bodobo

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Les choses ne s’améliorèrent que de manière très superficielle pour le show d’HYPHEN HYPHEN (prononcer Aïfeun Aïfeun), qui fit les frais d’un aller et retour à travers le public pour reconstituer le groupe, éparpillé après un passage au stand merchandising. Je n’ai donc retenu de Santa et sa bande que leurs peintures de guerre et leur énergique jeu de scène, ce qui est déjà pas mal, mais loin d’être suffisant au vu de la montagne de commentaires élogieux que j’avais lu sur ce groupe de Niçois déchaînés, qui repasseront par la capitale dans point trop longtemps (le 12 Septembre au Café de la Danse).  La troisième fois sera peut-être la bonne…

Après « Santo et le Trésor de Dracula », « Santa et le Mystère de la Tête Géante »… Ça promet.

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Vint ensuite le temps des retrouvailles avec les joyeux allumés de CARAVAN PALACE, qui avaient considérablement secoué le public du festival de Ronquières lors de leur passage au plan incliné en juillet dernier. De nouveau relégués derrière la barrière/paravent (qui n’a pas du finir Rock en Seine en un seul morceau) du côté gauche de la scène, nous assistons à l’intégralité (enfin!) du concert, qui, s’il fut aussi enlevé que ce que l’on était en droit d’attendre de la part des apôtres de l’electro-swing, toujours menés à la baguette par la délurée Zoé Colotis, ne fut jamais proche de rivaliser avec la folie euphorique qui avait balayé le public belge quelques semaines plus tôt. Encore une fois, on peut expliquer en partie la relative tiédeur du public par la chaleur qui régnait au moment du show et à un horaire de passage (17h30 – 18h30) encore trop précoce pour un emballement populaire digne de ce nom, souvent très largement corrélé à la quantité de bière ingurgitée par le festivalier moyen. Sans alcool, la fête est plus molle.

Prestation… lumineuse de Caravan Palace


De retour devant la grande scène en prévision de la prestation lourde de sens de Noel Gallagher et de ses pioupious, nous assistons à quelques minutes du show donné par le dIEU belge du rock (et ses séraphins intermittents), le toujours fringant Tom Barman. Et puisqu’il s’agit de filer notre métaphore éthylique jusqu’à la lie, je me dois de préciser que les dEUS ont bien joué Girls Keep Drinkin à Rock en Seine (merci à Chacaloute pour la vidéo :-)). Dans un monde parfait, je n’aurais pas eu à quitter le pré après un Quatre Mains très attendu et plutôt décevant en live (difficile de retrouver la tension palpable de la version studio dans une enceinte aussi gigantesque) et aurais ainsi pu approfondir ma connaissance de ce groupe qui semble exceller dans toutes les facettes du rock, particularité rare et louable à une époque où la spécialisation forcenée et les reconversions/expérimentations musicales malheureuses (non, je ne parlerai pas du dernier Muse) sont la norme plutôt que l’exception. Mais, que voulez-vous, à quelques centaines de mètres de là, the sea (et la scène de la cascade par la même occasion) was calling, et il aurait été impoli de ne pas répondre à son appel.

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Les Australiens de THE TEMPER TRAP repassaient donc à Paris pour une deuxième et dernière date après le très bon concert donné à la Maroquinerie le 12 Juillet dernier. Ayant eu la chance d’assister à ce dernier, je doutais très fortement de la capacité de Dougy et ses potes de livrer une prestation d’aussi bonne tenue à Rock en Seine, et malheureusement, ce fut bien ce qui arriva. Premier et principal responsable de ce net coup de moins bien, un son proprement dégueulasse. Je veux bien être compréhensif vis à vis des techniciens en charge des balances, chargés de la mission quasiment impossible d’obtenir un rendu de qualité pour des milliers de spectateurs, aussi bien ceux situés à deux qu’à deux cent mètres de la scène, mais je crois honnêtement qu’on a battu tous les records précédemment établis à St Cloud en matière de basses sur-sonorisées, qui ont atteint sans trop forcer la limite basse de l’insupportable pour les malheureux des dix premiers rangs.

On dirait que le précipité bleu de la couv’ du dernier album en a inspiré certains…

C’est dans des situations comme celles-là que l’on est rudement content de ne pas avoir oublié ses earplugs à la maison, et de ne pas dépendre des douteux suppositoires en mousse distribués gratuitement par les organisateurs (et je ne parle même pas des inconscients qui ont enduré l’intégralité du set sans protections du tout). Car quand on sent le cartilage de son nez vibrer à chaque fois qu’un gonze effleure une corde de sa basse, une touche de son clavier ou la pédale de sa grosse caisse, situations assez fréquentes au cours d’un concert de rock, on ne peut qu’espérer que les quelques grammes de plastique faisant barrage dans le conduit auditif suffiront à préserver nos fragiles et précieux petits tympans du pire de l’agression sonique.

Difficile donc dans ces conditions d’apprécier à leur juste valeur les morceaux de la quintette de Melbourne, qui n’a fort logiquement pas atteint le même état de grâce que lors de leur passage en 2010 (c’était sur la grande scène, et le son avait été très correct), sans parler de la magie pure de leur halte à la Maroquinerie.
En grands professionnels, les Wallabies ont tout de même livré un set généreusement fourni en tubes, confirmés (Love Lost, Fader, Science of Fear et bien entendu, l’incontournable Sweet Disposition) ou en devenir (London’s Burning, Need Your Love ou encore Miracle), qui, s’il ne s’est pas révélé très surprenant (quasiment la même setlist que pour le concert de la Maroquinerie), a offert aux fans présents, dont une bonne quantité d’anglo-saxons, une heure d’exutoire pop-rock. Il y en a même eu pour pogotter durant le show, réaction que j’ai trouvé légèrement déplacée eu égard à la musique jouée, mais bon YOLO comme on dit maintenant. Reste que si je ne devais retenir qu’un seul concert des TTT, celui du 25 Août 2012 ne figurerait même pas sur la shortlist des lauréats potentiels. Il y a des jours avec et des jours sans.

Face à l'adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph... Oh, Joseph, ça va?

Face à l’adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph… Oh, Joseph, ça va?

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À 20h, NOEL GALLAGHER fait deux belles surprises au public de Rock en Seine. 1) Il monte sur scène (il aurait pu s’engueuler avec le batteur et annoncer la dissolution des High Flyin’ Birds, hein). 2) Il joue près de la moitié des chansons figurant sur son premier album solo, ce qui, au vu des setlists touaregs (comprendre, basées à 90% sur de l’Oasis) servies par le bonhomme durant pas mal de ses dernières prestations festivalières, n’avait rien d’une évidence. Personnellement, j’ai considéré ce parti pris comme une preuve de respect envers les spectateurs français, à qui Nono et ses zosieaux n’ont pas fait le coup de la nostalgie déplacée.

Évidemment, le final a tout de même été l’occasion de faire chanter la foule avec deux vieux millésimes (parce que, hein, Oasis is good), en l’occurence Whatever et un ultime Don’t Look Back In Anger qui pouvait être interprété de bien des manières dans l’enceinte de Rock en Seine, théâtre de la mort du groupe des frangins Gallagher trois ans plus tôt. Mais l’essentiel du set fut consacré à des compositions plus récentes, certes moins populaires auprès des fans bédouins, et Dieu sait qu’ils étaient nombreux parmi le public ce soir, mais toutes solides et agréables à l’oreille, comme Noel sait en ouvrager: AKA…What A Life!Stranded On The Wrong Beach, (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine, Everybody’s On The RunThe Death Of You And Me, If I Had A Gun

L’occasion pour beaucoup de se rendre compte que même sans le charisme hooliganesque de Liam et sa coupe de cheveux innommable, le cadet de la fratrie Gallagher est capable de voler de ses propres ailes. Évidemment, l’absence du frangin grande gueule se fait principalement sentir au niveau du rythme du concert, qui restera planplan d’un bout à l’autre, mais ce n’est pas comme si on ne savait pas à quoi s’attendre avec Noel, qui n’a jamais semblé très à l’aise sur une scène. C’est donc avec un flegme tout britannique que ce dernier met fin aux réjouissances et repart… sans avoir joué Wonderwall. Une preuve supplémentaire de bon goût, vous irez loin Mr. Gallagher.

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Belle affiche, mais absolument pas en rapport avec la musique du groupe (hommage à la Blacksploitation, vous croyez?)

Entre 22h et 23h au parc de St Cloud, le noir était la couleur reine: la nuit est tombée depuis longtemps, le festival est noir de monde et surtout, les artistes programmés sur ce créneau respectent le dress code imposé par les organisateurs: sur la grande scène, les BLACK KEYS et leur blues-rock crasseux et hautement addictif, et sur la scène de la cascade, les BLACK SEEDS et leur reggae festif et inspiré. Faîtes votre choix bonnes gens.

Et, assez curieusement, je me suis retrouvé devant le show des Néo-Zélandais, alors que mes prédispositions naturelles m’auraient plutôt conduit à assister à la démonstration de la paire Auerbach-Carney, sérieuse candidate au titre de meilleur duo rock du moment (surtout depuis la dissolution des White Stripes). Le concert des Kiwis présentait cependant deux énormes avantages par rapport à celui des natifs d’Akron: 1) il était tout à fait permis d’espérer le suivre à une distance raisonnable, voire accoudé à la barrière si on s’y prenait pas trop tard et 2) la scène Pression live sur laquelle Mark Lanegan devait jouer juste après la fin des deux « Black Sabbats » était bien plus proche de la scène de l’industrie que de la grande scène.

Et au final, le choix de la raison se révéla être un vrai coup de cœur, car les Black Seeds, comme les Fat Freddy’s Drop avant eux (un autre groupe néo-zed qui avait emballé le public de Rock en Seine en 2010) ont livré un set impeccable et généreux dans une ambiance bonne enfant incroyable que je ne m’attendais pas à retrouver dans un festival de cette taille. Visiblement très content d’avoir quand même du public malgré la concurrence des Black Keys, les gars ont déroulé un reggae lustré et profond avec un plaisir évident pour les quelques dizaines d’Happy Few qui avaient fait le déplacement. 45 minutes passées dans un univers parallèle, cosy et chaleureux (et pourtant, il a plu à la fin du show!), plus proche de l’intimité d’une Maroquinerie, d’un Point Éphémère ou d’une Flèche d’Or que du gigantisme parfois un peu pesant du parc de Saint Cloud. Ce n’est pas souvent que l’on voit les techniciens danser dans les travées backstage, et c’est précisément ce qui s’est passé pendant le concert, un spectacle qui n’a fait qu’ajouter un peu à la douce euphorie générale de l’ensemble. Le genre de prestation qui vous réconcilie avec la musique live, si besoin était. Very well done, Wellington.

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Décidément, c’est l’année des tumeurs cérébrales funky (my eye is my sanctuary)

La journée se termine avec un pèlerinage initiatique jusqu’à la scène Pression live, sur laquelle MARK LANEGAN, poète rock buriné à la voix calleuse, doit défendre son dernier disque, le formidable même si légèrement désespérant Blues Funeral (rien que le titre annonce la couleur). Programmé sur un créneau horaire (ooh30-01h30) où l’on s’attend plus à entendre des DJs que de la musique live jouée sur de vrais instruments, et où pas mal de festivaliers n’aspirent plus qu’à aller se coucher après des heures passées à crapahuter de scènes en scènes, les organisateurs ont eu un coup de génie pour attirer tout de même quelques (jeunes) curieux. Ça se passe sur la présentation de l’artiste du livret, je cite: « L’Américain pionnier de la culture grunge […] celui qui fut l’ami de Kurt Cobain… » Bref, de quoi appâter quelques cohortes de nostalgiques des 90’s poisseuses et white trash, à l’époque où porter des jeans troués, des sweats informes et des cheveux graisseux était considéré comme le summum du bon goût.

Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: si Mark Lanegan a bien été l’homme décrit dans le livret, la musique qu’il joue maintenant, et depuis un bon paquet d’années, n’a pas grand chose à voir avec les galettes de Nirvana ou de Pearl Jam. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin la cause des nombreuses défections de spectateurs pendant le concert, qui ont estimé, peut-être à raison, avoir été trompés sur la marchandise. D’autant plus que Mark n’a rien fait pour convaincre les indécis de lui donner une deuxième chance: planté devant son micro pendant tout le concert, une étrange casquette de gangsta rap vissé à l’envers sur la crinière, le seul mot qu’il a prononcé en dehors des textes de ses morceaux fut un « merci » enroué à mi-parcours. Il s’est donc montré plus loquace que Dylan aux Vieilles Charrues, mais de pas grand chose. Ajoutez à cela les moues renfrognée, digne d’un Rambo s’apprêtant à s’auto-cautériser avec la poudre d’une de ses cartouches, dont il n’a cessé de régaler le public pendant une heure, et vous comprendrez sans peine pourquoi seuls les fans convaincus étaient encore présents à sa sortie de scène.

Mais pour ceux-là, nul doute que la prestation de Mark et de son band, emmené par un guitariste lead à la croisée de Jamie Hince des Kills et (du fantôme) de Johnny Cash aura été convaincante. Car si le bonhomme n’est pas très causant, il a tout de même de sacrées bonnes chansons, délivrées avec ce mélange de finesse et de rugosité dans laquelle on peut retrouver aussi bien la gouaille d’un Tom Waits que l’élégance d’un Chris Rea. Grandiose. N’étant familier que de son répertoire le plus récent, j’ai particulièrement aimé le final du concert, pendant lequel se sont enchaînés comme dans un rêve le rock bluesy de Riot In My House, les beats mélancoliques de Ode To Sad Disco, et les guitares célestes et pensives du magnifique Harborview Hospital. À peine le temps de respirer (et d’applaudir) que Mark persistait et signait avec un Tiny Grain Of Truth lancinant et hypnotique à souhait. On a vraiment bien fait de rester jusqu’au bout.

La photo d’art c’est facile, il suffit d’un boîtier bas de gamme et d’une luminosité baroque.

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Ce samedi s’achève donc sur une note très positive, grâce à trois derniers concerts variant de la bonne surprise (Noel Gallagher High Flyin’ Birds) au pur moment de magie (Mark Lanegan Band), en passant par une belle découverte (The Black Seeds). Au chapitre des « + », on peut évidemment rajouter les prometteurs Of Monsters And Men en tout début d’après-midi, qui aura tout de même fortement pâti de notre incapacité à nous fixer une fois pour toutes (TOY, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, dEUS), de problèmes techniques (The Temper Trap) et, ironiquement, du franc et chaud soleil d’Août, qui favorise plus la torpeur que la communion musicale (Caravan Palace). Merci samedi, et vivement dimanche.

PS:Comme la dernière fois, les lecteurs de bons goûts feront un tour sur le compte-rendu de la journée publié sur mywonderwall.fr, qui prennent de belles photos, font de chouettes vidéos et rendent leurs papiers dans les temps, eux.

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