Archives Mensuelles: octobre 2013

HIGHASAKITE @ AU PETIT MOULIN (17.10.2013)

Cet article aurait pu s’intituler « application concrète du mouvement brownien dans le domaine de la musique ». Derrière ce titre barbare se cache une réalisation honteuse, celle de mon incapacité à prévoir les mouvements, non pas d’une particule dans un fluide (ce qui est tout bonnement impossible, comme tout professeur de physique titulaire pourra vous le confirmer) mais d’un groupe à la surface de la planète. Et pourtant, je pensais que mon ébauche de modèle prévisionnel était assez solide pour permettre d’avancer quelques prédictions défendables quant aux chances de voir un artiste donné se produire en France, selon une batterie de critères savants (géographique, logistique, linguistique, historique, culturel…). En vain, car le 17 Octobre 2013, au sous-sol du Petit Moulin, bar de Montmartre situé au 37 de la rue Pierre Fontaine, la théorie explosa en vol aux alentours de 19h10. Ce qui se passa dans cette cave n’était tout simplement pas logique, ce qui est très grave. Beau, oui, captivant, certes, addictif, sans doute, mais logique, absolument pas. Fuck logic, then.

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MaMADans la famille des festivals français se déroulant en indoor, le MaMA occupe une place à part. Là où la plupart des évènements de ce type se « contentent » de proposer une série de concerts, le MaMA festival organise en parallèle tout un panel de conférences, séminaires, tables rondes et autres ateliers dédiés aux professionnels du milieu ainsi qu’aux amateurs curieux de découvrir le fonctionnement de ce monde mystérieux et fascinant. Un modèle similaire à celui de SXSW ou By:larm, deux festivals s’étant imposés au fil des ans comme des rendez-vous incontournables pour les acteurs de l’industrie musicale.
L’intérêt de la manifestation repose également sur les nombreux show cases gratuits organisés dans les bars, galeries et théâtres de Pigalle, en complément des concerts prévus dans les multiples salles que compte le quartier (la Cigale, la Boule Noire, le Divan du Monde, les Trois Baudets, le Bus Palladium…): en calculant sa feuille de route avec soin et en évitant de se perdre dans l’arrière pays Montmartrois, il était tout à fait possible de se concocter un before substantiel avant de passer la soirée avec les têtes d’affiche du festival. Si beaucoup des artistes se produisant dans le cadre de ces side events provenaient de la foisonnante scène française, quelques étrangers s’étaient également laisser convaincre de jouer quarante minutes devant une poignée de Parisiens curieux. Et il faut croire que les organisateurs avaient des sacrés bons arguments, car le line up recelait quelques surprises de taille, à commencer par un contingent africain tout à fait respectable (Faada Freddy, Sibot & Toyota, Cape Town Effects, Jeremy Loops, Just A Band), à côté duquel les artistes de la Vieille Europe faisaient figure de voisins paliers.

Highasakite 2Ceci dit, voir les Norvégiens de HIGHASAKITE investir le sous-sol du bar Au Petit Moulin constituait également un évènement hautement improbable, au point qu’il aurait été malvenu de rater la première date hexagonale de la quintette. Après un premier album en 2012 (All That Floats Will Rain) bien accueilli par la critique, la participation du groupe à de nombreux festivals étrangers, agrémentée de mini-tournées anglaises, allemandes, danoises et américaines, place la bande d’Ingrid Helene Håvik en position idéale de devenir une révélation indie pop internationale, et ce à quelques semaines de la sortie de son deuxième disque.
Fidèle à sa réputation d’inexpugnable bastion de la « French chanson » (il y avait même une conférence de prévue durant le festival pour expliquer au reste du monde ce genre si particulier), la France n’avait jusque là reçu aucune visite de la part des Highasakite, qui n’auraient pas du, selon toute logique, s’aventurer de longtemps au pays des fromages*. Il était donc tentant de considérer le concert au Petit Moulin comme un coup de semonce destiné d’abord à tous les tourneurs français s’étant donné la peine d’assister à ce show case plutôt que le début d’une véritable campagne tricolore pour le groupe. Raison de plus pour ne pas passer à côté donc.

Highasakite 4

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Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Précédé par une petite heure de « pot de l’amitié » franco-norvégien, sorte de speed dating pour professionnels agrémenté d’un buffet froid, le concert se déroula dans la cave du café, plus adaptée à la prestation d’artistes solos qu’à celle d’un quintet comportant deux claviéristes et un batteur (qui dut se contenter d’un pad par manque de place). Entassé sur trois mètres carré, Highasakite réussit néanmoins à reproduire la pop rêveuse et léchée constituant sa marque de fabrique, même si le manque de place engendra quelques imperfections bien compréhensibles. Guitare et cithare, steel-drum et flugabone (le chaînon manquant entre la trompette et tuba) se mêlèrent pour former un tout aussi harmonieux qu’indéfinissable, complété par la voix assurée d’Ingrid Helene Håvik, capable à l’occasion de se muer en instrument aussi exotique que ceux dont elle jouait (j’ai hâte d’entendre la version studio de Common Sense).
Avec six titres (dont trois devraient sauf surprise figurer sur le prochain album du groupe) joués en un peu plus d’une demi-heure, le groupe fournit une prestation minimale mais impeccable, conclu de la plus belle des manières par l’enchaînement Indian Summer et Since Last Wednesday. J’espère sincèrement que parmi les quelques dizaines de personnes qui eurent la chance d’assister à ce show case s’en trouvait au moins une en mesure de faire revenir les Highasakite pour un concert digne de ce nom dans un futur proche. Le deuxième album étant prévu pour Février 2014, cela laisse un peu de temps pour booker une ou plusieurs dates françaises lors de la tournée qui devrait suivre. Et dans l’intervalle, Ingrid Helene Håvik sort un disque solo le 1er Novembre… Just saying…

*: lire à ce sujet le bon papier (en norvégien, mais Google Traduction est votre ami) de Music Norway sur les stratégies mises en place par les artistes norvégiens pour percer envers et contre tout par chez nous. Le succès de Bernhoft nous démontre que c’est possible, à condition d’avoir un peu de chance et beaucoup de volonté.

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Setlist Highasakite:
1)Leaving No Traces 2)My Soldier 3)God Is A Banquet 4)Iran 5)Indian Summer 6)Since Last Wednesday

S‘il faut retirer quelque chose de toute cette histoire, c’est bien qu’il est inutile de tirer des plans sur la comète en matière de musique. Au petit jeu du « viendra, viendra pas », rien n’est jamais joué d’avance, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. L’essentiel est de se tenir prêt à saisir toutes les occasions qui se présentent, y compris et surtout les plus improbables, pour ne rien avoir à regretter a posteriori. Amis mélomanes, soyez vigilants: on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise…

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LA FLECHE D’OR (14.10.2013)

Ceci est l’histoire d’une revanche. Le 26 Avril dernier, Efterklang repassait par la capitale dans le cadre de la tournée marathon de Pyramida, dernier album en date du groupe danois. Après un ciné-concert concluant au Café de la Danse en Décembre 2012, la joyeuse bande de Casper Clausen avait posé ses valises au Trabendo, avec dans ces dernières une prometteuse artiste suédoise en guise de première partie. C’était pour découvrir en live cette dernière, pour la première « vraie » date parisienne de sa carrière, que j’avais pris un billet pour cette soirée scandinave, bien plus que pour revisiter les rues désertes de Pyramiden (ville fantôme du Svalbard) avec Efterklang dans l’audio-guide. Mais à une semaine de l’échéance, patatras: une raison bassement matérialiste vint faire capoter le programme. Déception. Attente. Espérance. Et, finalement, annonce de la bonne nouvelle: le concert de la deuxième (et probablement dernière avant un petit bout de temps) chance se tiendrait à la Flèche d’Or le lundi 14 Octobre. Hors de question de ne pas en être. 

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Démineurs II (c'est toujours le fil noir, toujours)

Démineurs II (c’est toujours le fil noir, toujours)

Pour la troisième fois en onze jours, me voilà de retour au 102 bis de la rue de Bagnolet sur les coups de 19h30, prêt à passer une soirée en trois actes placée cette fois sous le signe de la cécité (nom de codes : Les Yeux Fermés #6). Et comme les deux fois précédentes, ce fut devant une poignée de spectateurs que le préposé à la première partie, ici le revenant BLACKTHREAD, remplit son office. Revenant à double titre, car 1) déjà passé par la Flèche d’Or en des temps immémoriaux (comprendre: en 2007*, en tant que membre de feu One Second Riot), et 2) de retour sur scène après un hiatus d’un an sans concerts. Et malheureusement pour notre poltergeist, cela se ressentit nettement au cours de sa prestation, perfectible sur bien des points. Seul sur scène en compagnie de sa basse, d’un synthétiseur plus câblé que l’armoire ethernet moyenne et d’une pédale loop, BlackThread ne donna jamais l’impression de savourer franchement son retour aux affaires, que cet inconfort apparent et persistant ait été causé par la réaction mesurée du public à sa musique (une déclamation de poèmes en anglais sobrement rehaussée d’arrangements minimalistes, comme si The XX mettaient en musique les textes de Frank O’Hara), ou par sa nervosité au moment de reproduire en live des morceaux que l’on devinait plutôt conçus pour le studio. Au bout de quarante minutes tendues, BlackThread mit terme à son set avec un soulagement à peine dissimulé, et quitta la scène après avoir fait un brin de promotion pour son dernier album, Separating Day And Night. C’est le métier qui (re)rentre.

*: Pour vous donner une idée des bouleversements ayant secoués le monde de la musique dans l’intervalle, dîtes vous qu’en 2007, Michael Jackson était toujours vivant et que Justin Bieber avait environ douze fans hors de son Ontario natal.

Blackthread 2

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La deuxième partie de la soirée peut être résumée en trois questions. Premièrement: pourquoi les trois-quarts des personnes présentes à la Flèche d’Or dégainèrent-ils qui une caméra, qui un appareil photo, qui une paire de GoPros, et vinrent installer tout ce matos devant (ou même sur) la scène pendant les balances? Réponse: le concert était un évènement Evergig, initiative proposant à tout un chacun de réaliser son propre petit Shine A Light en lieu et place de Martin Scorcese. Le résultat de la session du soir devrait bientôt être rendu public sur le site officiel d’Evergig, alors restez vigilants. Deuxièmement: comment fait on tenir cinq musiciens et leurs très nombreux instruments sur la scène assez exigüe de la Flèche d’Or? Réponse: en serrant bien, si si, ça rentre tu vas voir. C’est un joyeux bordel pour les retours, mais ça rentre. Troisièmement: quelle est la bonne prononciation du nom du groupe? Réponse: VS se prononce Véhesse, dixit Drix Cé, frontman à dreads du combo, et non pas versus comme on aurait pu légitimement le supposer. C’est un truc à savoir pour ne pas se griller en soirée (les fans aguerris de BRNS, MGMT et de Louis de Broglie comprendront). 

VS 1Après la release-party du 11 Octobre à l’Ouvre-Boîte, cette date à la Flèche d’Or constituait le deuxième concert de l’ère Cities R Real, premier LP du groupe de Cergy après une décennie d’expérimentations musicales et de collaborations avec le cinéma (dont la BO d’un court métrage, Bouche de Métro, projeté à Cannes en 2009). Venus en nombre, les fans de la quintette francilienne donnèrent de la voix dès les premières notes du set, encouragés dans leurs efforts par un VS joueur et demandeur de participation énergique. C’est sûr que filmer un concert sans ambiance, c’est plutôt moyen niveau promo. Initiée par l’instrumental Above The Unlimited Sky, que le profane que je suis affilia inconsciemment à l’école Fersenienne (sans doute à cause de l’accordéon), la prestation du groupe se panacha entre extraits de Cities (One – gros clin d’œil en direction du Tomorrow Never Knows des Beatles – Welcome, Identity, Hard Ways) et Just A Sigh… (Industrial, Exp), EP commercialisé en 2012. Réfléchie, conceptualisée, intégrée à un processus de réflexion global dépassant la simple sphère musicale*, l’œuvre de VS a le bon goût de rester accessible au tout venant, et de s’imposer d’abord par ses qualités mélodiques plutôt que par la force de son message ou de sa démarche (sans préjuger de ces derniers bien sûr). En bref, il est tout à fait possible d’apprécier la musique du groupe avec ses oreilles et seulement ses oreilles, même s’il est également possible de cogiter des heures sur cette dernière, pour ceux que ça intéresse. Ceci dit, le rendu live s’avéra un peu décevant, la batterie se taillant la part du lion au détriment des voix et de la basse, répercussion logique de la disposition resserrée du groupe. Ceci n’empêcha cependant pas VS de triompher devant son public, dont la demande de rappel, bruyante et spontanée, fut rejetée pour permettre à la soirée de se poursuivre sans trop de retard.

*: La biographie du groupe, détaillant notamment la genèse de ses deux galettes, ne laisse aucun doute à ce sujet, mais la simple association d’un jeu de guitare à l’archet et d’une projection d’images sur le mur derrière la scène pendant le concert était des indices déjà très révélateurs. 

Setlist VS:

1)Above The Unlimited Sky 2)One 3)Industrial 4)Welcome 5)Exp 6)Identity 7)Hard Ways

VS 2

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AVH 2Quand on évoque le nom de Von Hausswolff, il est courant de présenter le père (Carl Michael) avant de se pencher sur le cas de la fille. Enfin, ça, c’était avant qu’ANNA VON HAUSSWOLFF ne sorte son deuxième album, Ceremony, en 2012, disque à la beauté aussi étrange que rigoureuse, à la fois onirique et structuré, et qui devrait lui permettre de devenir le prénom dominant de la famille dans un futur très proche. Bâti tout entier autour du son si particulier d’un grand orgue d’église (celui d’Annedal en l’occurrence), Ceremony est de ces disques qui portent merveilleusement leur nom, tant son écoute relève davantage du cheminement spirituel que de la banale expérience auditive. Embarqués sur les routes d’Europe depuis un mois dans le cadre de leur première tournée en tête d’affiche, Anna et son groupe parviendraient-ils à recréer la majesté et le grandiose transpirant des versions studio de Ceremony? Pas facile en effet de faire sonner un clavier comme un grand orgue, ni de transformer la Flèche d’Or en cathédrale pour une meilleure acoustique. De tels défis ne pouvaient être relevés que par un expert es sonorisation, et Anna von Hausswolff en avait heureusement un à ses côtés en la personne de Justin Grealy, 25 ans d’expérience dans l’art délicat du live et des collaborations prestigieuses à la pelle (Biffy Clyro, Editors, Franz Ferdinand, The White Stripes, Oasis, Blur, Tears For Fears…). Seul à la manœuvre durant les balances, puis en charge de la console pendant le show, il réussit à tirer le meilleur de la configuration des lieux afin d’offrir au public une expérience mémorable.

Lorsque les cinq acteurs de la dernière partie de la soirée montèrent sur scène, un silence religieux tomba sur la Flèche d’Or. Organisés en hémicycle concave laissant le centre de l’estrade vide, comme pour procéder à l’invocation d’un esprit, les musiciens débutèrent le set par un morceau inédit, mais indubitablement « Ceremoniesque » tant sur la forme que sur le fond. Ce mouvement introductif fut suivi de la première piste de l’album proprement dit, l’instrumental Epitaph Of Theodor à la régularité digne d’un contrepoint de Bach, la batterie et les guitares en plus, évidemment. Plus expérimental, Deathbed permit à Anna von Hausswolff de prolonger la parenthèse sans paroles au delà des dix minutes, avant que finalement ne retentisse le couplet/imprécation du deuxième single du disque. Chanter peu, mais y mettre toute son âme, telle pourrait être la devise de l’artiste suédoise, qui a poussé sur Ceremony l’art de la litote musicale jusqu’à des sommets insoupçonnés. Fin du troisième morceau: déjà vingt-cinq minutes au compteur. Patience et longueur de temps… À peine le temps de corriger les dernières imperfections techniques avec le secours de Justin Grealy que déjà Anna von Hausswolff embrayait sur l’imparable Mountains Crave et son inoubliable motif de batterie*.

*: Pow tchk… tchk… pow tchk… tchk tchk tchk… pow tchk pow tchk pow tchk… tchk tchk tchk.

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AVH 5Il y a des artistes qu’il vaut mieux voir en début de tournée, avant que la lassitude ne s’installe et qu’ils ne donnent l’impression de ne jouer que parce qu’ils se sont engagés par contrat à le faire. Même si Anna von Hausswolff nous avoua entre deux chansons qu’elle était contente d’arriver à la conclusion de son périple européen (la Flèche d’Or constituant l’antépénultième date de la tournée), elle fait à mes yeux partie de la catégorie inverse, celle des performers qui perfectionnent leur show à chaque nouveau concert en essayant sans cesse de nouvelles idées, rejetant les mauvaises et peaufinant les bonnes. Dans le cas de Mountains Crave (la chanson que je connais le mieux d’Anna von Hausswolff, l’ayant découverte par l’intermédiaire de ce titre), cet état de fait fut magnifiquement illustré par un simple changement d’intonation dans la dernière strophe, innovation aussi inattendue que géniale, pour un résultat (n’ayons pas peur de le dire) supérieur à la pourtant excellente version originale. À quoi tiennent les miracles, finalement…

Nous voilà arrivés à mi-parcours. Ayant jusque là scrupuleusement respecté la tracklist de Ceremony, Anna décida d’une ellipse de trois morceaux, pour reprendre son exposé avec le quasi bruitiste No Body. Délaissant son clavier pour une guitare, elle fondit adroitement la fin de cet interlude drone avec le début de l’aérien Liturgy Of Light, et la lumière (re)fut après quelques minutes bien ténébreuses. Après la présentation de ses quatre très bons musiciens, dont le keyboard master, Filip Leyman, n’était autre que le producteur de Ceremony, miss von Hausswolff nous refit le coup de l’avance rapide (tant pis pour Harmonica et Ocean) et poursuivit avec la berceuse pour adultes* Sova et ses vocalises spectrales. S’en suivit un nouvel inédit, Come Wander With Me, librement inspiré du titre éponyme de Jeff Alexander, même si la version live @ la Flèche d’Or du morceau dépassa allégrement les trois minutes de l’original pour se terminer en jam session intense d’un peu moins d’un quart d’heure. Epique.

*: Comprendre qu’il n’est pas donné au premier marmot venu de déceler les, pourtant immenses, vertus apaisantes de cette chanson, au titre pourtant explicite si tant est que l’on parle suédois (Sova signifie « dormir » dans la langue de Zlatan Ibrahimovic), et pas que cette dernière recèle de sous entendus grivois.

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Le concert s’acheva avec le frère jumeau de Mountains Crave en matière de mantra rythmique mémorable, Funeral For My Future Children, interprété avec une telle intensité par Anna von Hausswolff que le morbide du thème développé (oui, il s’agit bien d’une chanson traitant de l’enterrement de ses propres enfants) finit par confiner au sublime. Enfin, s’acheva… Funeral… étant l’avant dernière chanson de Ceremony, il ne fallait pas être grand prêtre, eut égard à la setlist proposée jusqu’ici, pour deviner de quelle manière allait réellement se terminer cette prestation parisienne. Anna revint donc après un court moment en coulisses, et dédia l’ultime Sunrise au public, clôturant de la plus belle et de la plus symbolique des manières la soirée. Il était alors minuit moins vingt, je n’avais plus aucune chance d’arriver à temps à la gare Montparnasse pour attraper le dernier train de banlieue, mais que voulez-vous: il y a des artistes qui valent largement la peine de marcher six kilomètres à deux heures du matin pour pouvoir rester jusqu’au bout de leur concert. Anna von Hausswolff en fait définitivement partie.

Setlist Anna Von Hausswolff:

1)New Song 2)Epitaph Of Theodor 3)Deathbed 4)Mountains Crave 5)No Body 6)Liturgy Of Light 7)Sova 8)Come Wander With Me 9)Funeral For My Future Children 

Rappel:

10)Sunrise

AVH 10

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Ceci est l’histoire d’une revanche, mais attention, pas n’importe quel type de revanche. Il y en a dont l’accomplissement emplit d’un sentiment d’inachevé, or c’est tout l’inverse qui s’est produit dans mon cas. J’ai vu Anna von Hausswolff en live, et ça en valait vraiment la peine. À la limite, je suis presque heureux d’avoir du rater le coche la première fois, car il paraît que plus on attend, plus c’est bon. À l’heure actuelle, je manque d’éléments de comparaison pour pouvoir me prononcer sur la vérité de cette maxime populaire, mais vous pouvez compter sur moi pour vous en entretenir longuement dès que j’en aurais la possibilité. Anna, si tu me lis…

THE BOXER REBELLION @ LA FLECHE D’OR (05.10.2013)

Samedi 5 Octobre, Paris. 12ème édition de la Nuit Blanche. Que faire? Où aller? Qui voir? Sur les berges de Seine, l’esprit de Karlheinz Stockhausen sera convoqué par hélicoptères interposés, tandis que Cai Guo-Qiang mettra le feu au fleuve depuis un bateau mouche. Sur le canal St Martin, instants de vie moyen-orientaux sur grand écran, aire de jeux géante et concerto sous-marin. Ménilmontant se transformera en moteur de recherche aléatoire alors que Belleville sera hantée pour une nuit par un épouvantail en chapeau melon. Dans le Marais, blindtest ornithique et forêt fantasmée occuperont les riverains jusqu’aux premières lueurs. Réaction philistine: les itinéraires fléchés, c’est bien, les flèches en elles-mêmes, c’est mieux. Surtout si les flèches en question sont dorées. Conclusion logique et imparable: Nuit Blanche à la Flèche d’Or. Ca sonne plutôt pas mal cette affaire. 

Si on avait laissé aux petites mains de la mairie de Paris le soin de rédiger le descriptif de la soirée organisée au 102 bis rue de Bagnolet, nul doute que la notion bassement terre à terre de « concert rock » aurait été remplacé par quelque chose de plus flamboyant, comme par exemple « performance sonique en trois actes et trente-deux tableaux de l’école contemporaine britannique ». On l’a donc échappé belle. Loin de la fièvre et du tumulte artistico-hype agitant la capitale en cette nuit si particulière, la Flèche d’Or proposait donc ce qu’elle sait faire de mieux, c’est à dire une affiche savoureuse et thématique, regroupant à la fois stars sous-cotées et icônes en devenir, dans un cadre décontracté et chaleureux.

Christof 1Premier à s’élancer, le duo CHRISTOF (rien à voir avec l’auteur des Marionnettes) ouvrit les festivités avec un set folk bien rôdé à défaut d’être follement original. Picking omniprésent, harmonica, contrebasse et mélancolie à fleur de peau: un tenace sentiment de déjà vu (ou plutôt, déjà entendu) comme disent nos cousins d’outre Manche enveloppa la prestation du tandem de la première à la dernière note. Avec trois EP à son actif, dont le dernier en date, Love’s Glory, était sur le point d’être commercialisé au moment de cette virée parisienne, Christof mérite toutefois d’être jugé, comme la plupart des artistes folk, sur ses efforts studio plutôt que sur ses prestations live, à plus forte raison lorsque ces dernières sont effectuées en sous effectif (le lineup « officiel » du groupe incluant, outre Christof van der Ven à la guitare et Andrew D. Smith à la contrebasse, Edwin Ireland au violoncelle). Une petite reprise prise tout à fait au hasard pour vous en convaincre:

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Venus eux aussi avec un EP (To Be Alive) à promouvoir et en formation resserrée (deux membres sur les cinq que compte le groupe), les BROTHERS & BONES – une référence au roman de James Hankins? – s’installèrent à leur tour sur scène pour un tour de chant 100% acoustique, expérience d’autant plus intéressante que la bande du christique Richard Thomas aime en temps normal faire un maximum de bruit (comme tous les groupes qui ont un batteur et un percussionniste, je pense). Le premier morceau du set, Gold And Silver, interprété par Rich en solo, aurait pu déboucher sur un affreux malentendu entre B&B et votre serviteur, tant le sieur Thomas se complut à jouer la carte du « lover à guitare » durant les quelques quatre minutes que dura cette ballade introductive: voix très travaillée, paroles à la poésie franchement surannée, yeux mi-clos, pose affectée… Roch Voisine, sort de ce corps.

Brothers & Bones 1'

Fort heureusement, l’arrivée de James Willard (et de sa guitare) vint rapidement corriger cette mauvaise impression initiale. Si (Just Another) Man In Need présentait elle aussi quelques traces d’émotion surjouée, le To Be Alive, morceau titre de l’EP que le duo aurait aimé pouvoir proposer à la vente si seulement les PTT anglais n’étaient pas aussi pourris, interprété juste après démontra enfin l’énorme potentiel de Brothers & Bones en matière d’hymnes rock, avec un Rich Thomas revendiquant très clairement sa filiation (vocale) avec Eddie Vedder himselfLong Way To Go, également tiré de ce dernier EP, avait lui aussi une touche de Pearl Jam franchement assumée, pour le meilleur. On The Run déplaça le curseur de la référence correctement digérée du côté du blues, et plus précisément du It’s Probably Me de Sting et Eric Clapton. Pas mal du tout. Back To Shore et son avalanche de guitares, puis I See Red et ses chœurs catchy à souhait donnèrent enfin deux bonnes raisons supplémentaires d’attendre le retour du groupe, au complet cette fois, à Paris en Février 2014. À vos agendas.

Setlist Brothers & Bones:

1)Gold And Silver 2)(Just Another) Man In Need 3)To Be Alive 4)Long Way To Go 5)On The Run 6)Back To Shore 7)I See Red 

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The Boxer Rebellion 4Le dernier concert donné par THE BOXER REBELLION dans une salle parisienne remontait, au moment où le quatuor prit possession de la scène de la Flèche d’Or, au 17 Décembre 2011 (encore un samedi). Presque deux ans d’abstinence pour les fans français donc, laps de temps durant lequel le groupe a sorti un nouvel album studio, son quatrième, sobrement intitulé Promises; successeur très attendu de l’excellent The Cold Still dont les nombreux tubes avaient propulsés Nathan Nicholson, Todd Howe, Piers Hewitt et Adam Harrison sous les feux de la rampe. Ce fut d’ailleurs le plus populaire de ces classiques, Step Out Of The Car, qui ouvrit le set, comme lors du concert de la Maroquinerie vingt deux mois plus tôt. Pourquoi changer une intro qui claque? En revanche, les énormes spots installés au fond de la scène constituaient une nouveauté, et pas des plus bienvenues, le déluge lumineux engendré par ces monstres s’apparentant plus à un test de dépistage de l’épilepsie grandeur nature qu’à un accompagnement harmonieux du morceau. Fort heureusement, ce genre d’intervention lumineuse à défaut de brillante ne fut que ponctuellement utilisée au cours de l’heure et quart que dura le concert, sans quoi la Fédération des Aveugles de France aurait sans doute constaté un pic de souscriptions le lundi suivant.

Flashing red lights mean argh

Flashing red lights mean argh

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The Boxer Rebellion 5La Flèche d’Or constituant la 19ème date européenne de The Boxer Rebellion en à peine vingt-quatre jours, tournée elle-même précédée d’un périple nord américain assez conséquent, le groupe proposa un show rôdé à la setlist impeccable, alternant entre nouveaux titres extraits de Promises (Take Me Back, Diamonds ou encore New York, détourné en Paris par Nathan Nicholson sur le dernier refrain) et pépites plus anciennes issues de The Cold Still (The RunnerNo Harm), Union (Semi Automatic, Spitting Fire et l’incontournable Evacuate) et Exits (We Have This Place Surrounded et Watermelon en guise de conclusion du set). Sur les planches de l’estrade, Nathan alterna entre guitare, claviers et petits mots pour le public, sautillant au cours des morceaux comme un boxeur à l’entraînement, tandis que ses acolytes déroulaient leur partition avec une précision née de la pratique (même si Tedd Howe fit atterrir Spitting Fire légèrement hors des clous). Dans cette situation, il fallut attendre l’intervention d’un héroïque anonyme du public pour injecter un peu de folie à une prestation impeccable mais un peu trop contrôlée. À deux reprises, l’innocent trublion hurla à plein poumons quelque chose comme « You have the best drummer in the world! », donnant l’occasion à Nathan de broder un peu sur la perche ainsi tendue (oui on peut broder sur une perche, la preuve), et plaçant le discret Piers Hewitt au premier plan pour quelques instants.

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Un peu moins porté sur les guitares que le concert de la Maroquinerie, en grande partie à cause de la prédominance de Promises (sept morceaux) et de ses claviers omniprésents, le set de la Flèche d’Or se termina dans une douceur confortable (You Belong To Me/Keep Moving/Fragile, ça vous calme son homme), à peine troublée par un conclusif Watermelon, rappelant à l’audience les premières amours de The Boxer Rebellion pour le rock alternatif. Il était cependant hors de question que le groupe quitte la France sans un rappel digne de ce nom, qui fut demandé et obtenu avec ferveur par un public dont certains membres étaient venus de loin pour applaudir le quatuor. Les trois dernières chansons du groupe, chacune tirée d’un album différent, firent office d’anthologie condensée de l’œuvre de TBR, débutée par le tout récent Always, poursuivie par le mature Both Sides Are Even (dédiée à Francis Zegut par le groupe, sans doute en remerciement de ses bons et loyaux services dans la promotion de ce dernier dans l’Hexagone*) et terminée par le classique et vénérable The Gospel Of Goro Adachi (l’auteur de la théorie des « rivières temporelles » ou le sauteur à ski? le mystère reste entier). Ite, missa est.

*: Pop Rock Station by Zegut, l’émission des sculpteurs de menhirs, des cages à miel et de Love Like Blood de Killing Joke, vous connaissez?

Setlist The Boxer Rebellion:

1)Step Out Of The Car 2)Semi-Automatic 3)Take Me Back 4)The Runner 5)New York 6)Evacuate 7)Spitting Fire 8)We Have This Place Surrounded 9)Diamonds 10)No Harm 11)You Belong To Me 12)Keep Moving 13)Fragile 14)Watermelon

Rappel:

15)Always 16)Both Sides Are Even 17)The Gospel Of Goro Adachi

The Boxer Rebellion 2'

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Paris, 5 Octobre 2013, 23h30 environ. La Nuit Blanche se termine doucement à la Flèche d’Or, tandis qu’elle se poursuit ailleurs dans la capitale. Rien n’interdit d’enchaîner sur de nouvelles performances culturelles, si le cœur vous en dit. Mais ce serait courir le risque de diluer le souvenir tout frais d’une soirée en compagnie d’un groupe majeur, essentiel même, de la scène rock actuelle et, partant, il est loin d’être sûr que le jeu en vaille la chandelle. Après tout, il faudra peut-être attendre encore deux ans pour que The Boxer Rebellion revienne jouer à Paris… Bref, autant jouer la carte de la prudence et ne pas risquer l’écrasement mémoriel que pourrait entraîner une éventuelle boulimie artistique. À chaque jour suffit sa peine, et à chaque nuit suffit son rêve, fut-il éveillé.

SIINAI @ LA FLECHE D’OR (03.10.2013)

Si vous avez pris le métro parisien ces dernières semaines, il y a fort à parier pour que vous les ayez vues sur les quais en attendant votre rame. Grandes, blanches, zens et natures: elles ne passent pas inaperçues. Elles, ce sont les affiches visitfinland.com, vantant les vertus de ce petit bout d’Europe assez mal connu par chez nous, coincé qu’il est entre la péninsule scandinave à l’Ouest et la Russie à l’Est. Et à creuser le sujet, il faut bien reconnaître que la Finlande n’est pas rattachée à grand chose dans l’inconscient collectif français, mis à part le fait qu’on y trouve un paquet de rennes et une des résidences secondaires du Père Noël. Musicalement parlant, les artistes finlandais n’ont que rarement fait parler d’eux à l’international, quelques coups d’éclats ponctuels exceptés (Nightwish, Children of Bodom,The Rasmus, Lordi…). Alors, fallait-il voir dans la concordance temporelle entre cette campagne publicitaire et la tenue de la deuxième soirée Helsinki, Mon Amour à la Flèche d’Or une simple mais heureuse coïncidence, ou quelque chose de plus? Je vous laisse seuls juges.

Black Lizard 4Conséquence logique mais malheureuse de la grande confidentialité entourant la nouvelle scène helsinkienne, au moins dans l’Hexagone, il n’y avait pas grand monde pour assister au lancement de la soirée par le quatuor BLACK LIZARD. Emmené par un imposant chanteur-guitariste évoquant autant Gaz Coombes dans le look que Iggy Pop dans la voix, le sombre saurien a eu le mérite de faire abstraction de cet accueil famélique pour offrir à la vingtaine de spectateurs présents une prestation tout à fait respectable. Héritiers sans doute un peu trop dogmatiques des glorieux ancêtres psyché et post punk des années 80 et 90 (The Jesus And Mary Chain est un nom qui revient souvent quand on évoque le premier album -éponyme- du groupe, produit par Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre), les Black Lizard ont toutefois démontré qu’ils avaient l’ouverture d’esprit et la science du riff nécessaires pour tracer leur propre route, respectivement par une reprise inattendue (Well… All Right de Buddy Holly) et une composition originale plus marquante que les autres, Love Is A Lie.

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Phantom 4Ce fut ensuite au duo PHANTOM de monter sur les planches, après avoir installé quelques instruments forts ésotériques sur scène, dont une sorte de soucoupe volante blanche parsemée de boutons lumineux. Il s’avérera que l’OVNI en question était un instrument de musique, nommé à juste titre « The UFO Controller* » par son créateur et moitié masculine du groupe, Tommi Koskinen. Comment en joue-t-on, vous entend-je murmurer derrière votre écran? Simplement en approchant ou écartant un objet (ou plus prosaïquement, une main) des capteurs disséminés sur la coque de l’appareil, entraînant en conséquence une variation de la fréquence émise par la bête. En conséquence, Tommi passa le plus clair du set à mouliner théâtralement l’air au dessus de son bébé comme un maître sith atteint de la danse de St Guy, pour le plus grand plaisir des photographes présents. Dans la catégorie des instruments bizarroïdes, je crois que même le Misintrumenti de Mugison doit le céder, au moins en terme de coolitude, au UFO Controller.

Basé sur la symbiose naturelle existant entre une jolie voix féminine (celle de Hanna Toivonen en l’occurrence) d’une part et des loops electro d’autre part, Phantom livra une démonstration fort convaincante de ce qu’il est possible de réaliser à partir de cette combinaison éprouvée. Visiblement très à l’aise pour son premier concert parisien, Hanna mit un point d’honneur à s’adresser le public entre chaque morceau, et alla même jusqu’à descendre de scène pour une séance de free hugs (« because it’s a hugging song ») lors du dernier morceau du set. La scénographie soignée, magnifiée par une intéressante projection « désintégrée » des contours du duo au fond de la scène contribua également beaucoup au franc succès remporté par ce dernier, salué à la fin de sa prestation par des applaudissements nourris. Il est clair que Phantom a toutes les cartes en main pour s’imposer comme une référence psychélectro dans un futur proche, même si l’uniformité des compositions proposée par les deux acolytes spectraux pourrait se révéler handicapante à terme.

*: Cette formidable machine possède même sa propre page Facebook, pour ceux qui voudraient voir à quoi elle ressemble dans des conditions d’éclairage normales.

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Lorsque les quatre de SIINAI prirent possession de la scène après une rapide balance, j’étais avant tout curieux de découvrir la setlist choisie par le groupe pour cette première date française en solo (le quatuor ayant en effet servi de backing band à Spencer Krug, alias Moonface, le temps d’un album, Heartbreaking Bravery, et de la tournée internationale qui s’en est suivi en 2012). Même si leur ancien partenaire de jeu n’avait pas pu se libérer pour prendre le micro, tournée américaine simultanée oblige, aurait-on tout de même droit à quelques extraits de ce projet commun de fort belle facture, où le groupe déciderait-il de se concentrer sur ses propres morceaux, et donc sur son seul album à ce jour, le (presque) totalement instrumental Olympic Games? Ayant découvert Siinai via cet opus, sélectionné dans la shortlist du Nordic Music Prize en 2011 (une performance remarquable pour une première galette), cette dernière possibilité me convenait tout à fait. Partant du principe que si le quatuor choisissait de faire l’impasse sur Heartbreaking Bravery, il suivrait certainement la tracklist d’Olympic Games (un concept album en bonne et due forme), et ayant décidé d’immortaliser mon passage préféré de ce dernier, Anthem 1&2 (surtout le 2 en fait), j’avais donc dégainé la GoPro dès l’arrivée des musiciens sur scène. Cinq minutes plus tard et un début de crampe dans le bras droit, je me rendis compte que je m’étais fourvoyé dans mes savantes supputations, et que le groupe avait opté pour un grand mix plutôt que pour une reproduction scrupuleuse de leur disque. Autant pour moi.

Siinai 3

Et la Finlande remporte la médaille d’or de headbanging en équipe.

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Rassurez-vous, j’ai bien pu obtenir ce que je voulais (la vidéo est juste en dessous), mais je ne m’explique toujours pas pourquoi les Siinai n’ont pas simplement choisi de jouer Olympic Games dans le « bon » ordre, démarche aussi naturelle à mes yeux de profanes que celle consistant à écouter The Wall sans enclencher le mode lecture aléatoire. L’album en version studio durant un peu plus de trois quarts d’heure, et le groupe ayant joué cinquante minutes en tout, je persiste à penser que cette solution aurait permis d’obtenir un résultat final plus cohérent et appréciable que celui dont la Flèche d’Or a hérité au final. Car le set de Siinai se trouva en fait être un mélange d’anciens (Anthem 1&2, Marathon) et de nouveaux morceaux, ces derniers s’intégrant assez mal (à mon goût) dans la trame globale d’Olympic Games (je n’aurais peut-être pas du écouter l’album en boucle durant la journée qui a précédé le concert aussi). Pour ne rien arranger, aucun des membres du quatuor ne se montra particulièrement expansif envers un public pourtant acquis. Mis à part les chœurs sur Marathon, le seul usage qui fut fait des micros disposés sur scène tint en deux phrases et six mots: « We’re Siinai » et « One More Song ». Ce mutisme apparent, combiné à l’intensité impressionnante avec laquelle les Siinai interprétèrent leurs morceaux (mention spéciale au bassiste, pour qui le terme shoegaze aurait du être inventé si ça n’avait pas déjà été le cas), dressa petit à petit une barrière entre un groupe en semi-transe et un public qui à force de se sentir exclu des débats, se montra de plus en bavard et dissipé, au point de laisser partir ses hôtes finlandais sans trop de regret. Dommage.

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Au final, cette soirée découverte de la nouvelle scène finlandaise se révéla être plutôt décevante, avec un seul groupe vraiment convaincant sur les trois à l’affiche. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le peu de fréquentation constaté à la Flèche d’Or pour cette seconde édition de cette soirée à thème risque peut-être de mettre un coup d’arrêt à cette excellente initiative. Il est pourtant absolument impératif que l’histoire continue et que le vieux proverbe voulant que jamais deux sans trois se vérifie une fois de plus. La raison? Il s’agit sans doute de ma meilleure chance de voir se produire Magenta Skycode, Antero Lindgren,Rubik, Mirel Wagner, Indian Trails, Greymouth, Skip Zone ou encore Satellite Stories à Paris dans un délai raisonnable. Kiitos d’avance.

HEDVIG MOLLESTAD TRIO @ LA BOULE NOIRE (28.09.2013)

Combien de temps faut-il pour rallier Paris en partant de Steinkjer (paisible bourgade du Trøndelag, Norvège)? C’est une question qui m’obsède depuis maintenant quinze mois, époque à laquelle j’étais moi-même en villégiature sur les berges de la Steinkjerelva, le temps d’un festival mémorable au cours duquel j’ai fait la découverte de nombreux artistes scandinaves et acheté un magnifique T-shirt (mais nous y reviendrons plus tard). Depuis lors, je garde l’espérance de voir à nouveau mes coups de cœur nordiques se produire sur une scène, française cette fois – à 400 euros l’aller retour Roissy-Gardermoen, on a tendance à limiter les sorties -, et scrute les annonces de tournée dans l’attente de la bonne nouvelle. Jusqu’ici, seuls deux participants à cette régate informelle en avaient franchi la ligne d’arrivée: Susanne Sundfør (134 jours, soit 18,14 km par jour*) et Mikhael Paskalev (207 jours, soit 11,7 km par jour), ce qui en dit long sur la difficulté de l’exercice. Difficile, mais pas impossible donc, car c’est pour remettre la médaille de bronze de l’épreuve et applaudir comme ils le méritaient les héroïques troisièmes de cette course de fond que nous avons poussé la porte de la Boule Noire ce samedi 28 Septembre**. Sortez le champagne.

*: La Steinkjer-Paris a une équipe statistiques très performante, comme vous pouvez le constater.

**: 5,33 km/jour. Je sais que vous vous le demandiez.

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Appelé en remplacement des Aqua Nebula Oscillator, le trio DOMADORA (« dompteuse » en espagnol) était déjà à pied d’œuvre à notre arrivée. Devant un parterre de spectateurs attentif, si peu fourni, le power trio a défendu avec brio son premier LP, Tibetan Monk, qualifié par des gens s’y connaissant plus que moi en matière de stoner psychédélique comme la rencontre heureuse du karma de Hendrix et des mânes du Kyuss période Welcome To The Sky Valley à 20 000 pieds au dessus du Karakoram. Ca vous parle? Si ce n’est pas le cas, je vous conseille de faire un tour sur le bandcamp du groupe pour faire connaissance avec ce bien bon bonze. Au cours d’un set totalement instrumental d’une quarantaine de minutes, les Domadora affichèrent leur belle maîtrise des codes du rock psyché, parvenant sans mal à garder l’attention du public en variant habilement les ambiances et les cadences. Planté sur la droite de la scène, Belwil (guitare) fit office de maître de cérémonie en chapeau mou, égrenant riffs et soli avec une sereine concentration sur la solide trame rythmique distillée par Gui Omm (basse) et Karim (batterie). On sort un peu hébété (mal des montagnes sans doute) de ce long jam maîtrisé de bout en bout, rappelés brutalement à la réalité par le retour de la playlist de la Boule Noire. Merci aux sherpas de Domadora de nous avoir guidé jusqu’à la retraite de leur ami himalayen, c’est ce qu’on appelle un décollage réussi.

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Vint alors le tour de CHAOS ECHOES, et la soirée prit un tour beaucoup plus expérimental, ce qui, combiné à la prédilection du quatuor pour les sonorité métal, déboucha sur ce que je qualifierais d’alchimie (expérimentation… métaux… non, vraiment?) sonique. N’étant pas familier de la palanquée d’écoles et de styles coexistant dans cet univers si particulier qu’est le (très) hard rock, je n’appris qu’après mon retour du concert et quelques recherches que je venais d’être initié aux douces sonorités du blackened death/doom, selon la terminologie employée par le blog Temple of Perdition (une autorité en la matière), un genre dominé par des groupes… norvégiens. Tu parles d’une coïncidence.
Emmené par les frères Uibo, Chaos Echoes livra un set subtilement inaccessible aux oreilles profanes, dans lequel fut fait un grand usage d’ebows et de pointes métalliques, ces dernières servant  aussi bien de plectres de sixième catégorie que de carillon torturé lors d’un interlude de batterie assez barré. Ayant oblitéré jusqu’au souvenir du mot « mélodie » de leur cahier des charges (un radicalisme que l’on peut trouver un peu trop extrême, même si éminemment courageux), les Chaos Echoes séparèrent le public de la Boule Noire en deux catégorie distincte: les amateurs comblés, qui à la suite de Tétar (guitariste tatoué donnant l’impression de tirer ses bends sur des filins barbelés et électrifiés de cinq millimètres de diamètre, à en juger par l’intensité de ses expressions), succombèrent rapidement à l’appel d’une transe hallucinée et (j’espère pour eux) jubilatoire; et les novices circonspects se demandant en silence ce qu’ils avaient bien pu faire pour mériter ça. Bref, je dois reconnaître que j’ai éprouvé un coupable sentiment de délivrance lorsque les lumières se sont rallumées pour permettre au chaotique quatuor de plier les gaules. Sans rancune les gars.

Setlist Chaos Echoes:

1)The Innermost Dephts Of Knowledge 2)Interzone III 3)R I S E 4)Black Mantra 5)Weather The Storm

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Quelques 455 jours après son passage sur la Klubbscenen du Steinkjer festival, le HEDVIG MOLLESTAD TRIO fit donc enfin ses premier pas sur une scène parisienne, dans le cadre de la rocambolesque* tournée européenne de leur deuxième album, All Of Them Witches. Visiblement contents de se produire dans la ville lumière après une journée sur les routes, Hedvig Mollestad Thomassen (guitar heroine des temps modernes), Ellen Brekken (contre/bassiste 13ème dan) et Ivar Loe Bjørnstad (batteur jedi) installèrent rapidement leurs outils de travail – heureuse surprise: la volumineuse contrebasse d’Ellen faisait partie du voyage, ce dont je n’aurais pas juré de prime abord, étant donné l’encombrement conséquent représenté par ce gros violon – sur scène, avant de disparaître en coulisse pour passer leurs bleus (ou plutôt, rouges) de travail.

Hedvig Mollestad Trio 5

All dressed up and red-dy to go…

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À leur retour sur l’estrade de la Boule Noire, ce fut une copie conforme du groupe ayant réussi l’exploit de conquérir le public de Steinkjer immédiatement après le passage de Kaizers Orchestra (l’équivalent norvégien de notre Indochine national) qui se mit à pied d’œuvre avec une simplicité et une efficacité probante. Etincelante dans son iconique robe rubis à paillettes, Hedvig Mollestad claqua les premières mesures du Code Of Hammurabi sur sa Gibson ivoire, lançant les festivités de la meilleure des manières. Après un quart d’heure de démonstration « hard-jazz » de haute volée, durant lequel Ellen Brekken put à deux reprises étaler son incroyable technique de pizzicato et une nouvelle excursion himalayenne (Kathmandu), l’impeccable trio laissa retomber la pression le temps d’un For The Air lancé à l’archet, comme à la grande époque de Dazed And Confused.

*: Le tourneur du groupe ayant lâché l’affaire quelques jours avant le début de ladite tournée, le trio a du prendre les choses en mains avant de prendre la route, ce qui s’est au final soldé par une date parisienne coincée entre un concert à Berlin et un autre à Elblag (Pologne). Histoire d’un aller et retour…

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Hedvig Mollestad Trio 8

Galadriel, the early years

Arrivé à mi-set après avoir enchaîné sur Ashes (une combinaison gagnante s’il en est), le groupe offrit trois minutes de répit à la Boule Noire, soit le temps nécessaire à l’interprétation du morceau inédit The Rolig (« calme » en norvégien), sorte de réinterprétation jazzy de l’Albatross de Fleetwood Mac. Le calme avant la tempête, puisque le successeur direct de cet interlude zen fut l’implacable The Rex et son riff kashmeerien, dédié par Hedvig à celui sans lequel cette soirée n’aurait pas pu avoir lieu: (Abdelwaheb) Didi. All hail the king.
Lake Acid et son mantra de basse, un No Encore épuré (seul le solo de batterie introductif fut conservé) et Indian Driving défilèrent ensuite sans temps mort avant que ne retentisse l’incroyable riff de Gun And The E-Kid, fleuron incontesté du répertoire du HMT. Le public ne s’y trompa d’ailleurs pas, et manifesta bruyamment son approbation dès les premières notes du classique de Shoot! ( titre du premier opus du trio), et aurait certainement récidivé sur l’ouverture de The New Judas si on lui en avait laissé le temps. Un Ivar survolté relança cependant la machine moins d’une seconde après que la dernière note du E-Gamin ait quitté l’ampli, rajoutant deux minutes quarante d’extase rock aux trois minutes réglementaires de ce dernier. Le même Ivar hurla (faute de micro) ensuite ses remerciements à la Boule Noire au nom du groupe, avant de reprendre ses baguettes pour un final un temps menacé par des contraintes horaires bassement terre à terre, mais qui alla finalement à son terme, c’est à dire une version garage (le problème des micros n’ayant été que partiellement résolu) de Blood Witch, seul morceau non instrumental du trio, en guise de rappel, après l’hendrixienne ouverture de All Of Them Witch: Sing, Goddess.

Le thème de l'édition 2012 était la moustache. Sobre et de bon goût.

Le thème de l’édition 2012 était la moustache. Sobre et de bon goût.

Après un bref passage par les coulisses, les trois héros de la soirée prirent le temps de venir à la rencontre de leurs fans français avec une chaleur et une spontanéité que mon guide de conversation norvégien (même si j’ai lâchement opté pour l’anglais) ne m’avait pas laissé entrevoir**, satisfaisant volontiers aux demandes d’autographes et ce en dépit de l’étrangeté de certains supports… dont le magnifique T-shirt dont je vous entretenais au début de cet article (vous n’aviez pas oublié tout de même?), à présent encore plus collector que jamais grâce à la gentillesse du Hedvig Mollestad Trio. Taaaaaaakk.

**: Je cite: « La poignée de mains est d’un usage très limité. Quant aux embrassades, évitez-les sous peine de malentendu. Le joue-contre-joue furtif (que l’on appelle klem) est la manifestation maximale de tendresse que l’on accorde à des personnes très proches, dans des moments d’émotion. » Si cela est vrai, nous étions devenu une grande famille très émue à la fin du concert.

Hedvig Mollestad Trio 9. .

Setlist Hedvig Mollestad Trio:

1)Code Of Hammurabi 2)Kathmandu 3)For The Air 4)Ashes 5)The Rolig 6)The Rex 7)Lake Acid 8)No Encore 9)Indian Driving 10)Gun And The E-Kid 11)The New Judas 11)Sing, Goddess

Rappel:

12)Blood Witch

La sagesse populaire nous enseigne que plus on attend pour que quelque chose se produise, plus ce quelque chose nous comblera quand il se réalisera. À la sortie de la Boule Noire, après avoir mis fin à une attente de 455 jours, j’étais absolument convaincu de la véracité de ce principe, et le suis toujours au moment présent. Ceci dit, je pense que si ma prochaine rencontre avec le Hedvig Mollestad Trio devait se produire dans un futur plutôt proche que lointain, je me montrerais également capable d’apprécier ce moment sans la moindre arrière pensée. Just saying, fate…

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