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ROCK EN SEINE – JOUR 2 (SAMEDI)

Une des choses appréciables avec Rock en Seine, c’est que les banlieusards occidentaux (comprendre, qui viennent des Yvelines) n’ont pas de problème pour se garer une fois sur place. Pour un festival « parisien », ça mérite d’être souligné. C’est donc en voiture que nous sommes retournés sur place le samedi, prêts à affronter le très dense programme de la journée. Pensez, pas moins de onze noms étaient couchés sur la roadmap du jour au moment du départ, pour un résultat (espéré) des plus copieux. Il allait falloir s’économiser pendant l’après-midi pour ne pas s’effondrer comme une bûche dans la dernière ligne droite, et c’est avec cette consigne en tête que nous nous glissés dans le parc de St Cloud sur les coups de 15h30. L’homme sage connaît ses limites.

Comme la veille, un décollage un peu trop tardif nous force à faire une croix sur le trio Californiens des UME, dont la frontwoman valait pourtant le détour si j’en crois les élogieux retours qui n’ont pas manqué de pleuvoir après la prestation des Yankees sur la scène Pression live (quitte à nommer les scènes d’après les sponsors, ils auraient pu offrir des bières gratuites aux spectateurs faisant l’effort de se rendre jusqu’ici – car ça fait une bonne trotte depuis la grande scène – ). Tant pis.

Je crois que l’illustrateur n’a pas été très inspiré par son sujet (et pourtant, entre Steinbeck, les monstres, l’Islande et la musique du groupe, il y avait de quoi faire)

Pas question cependant de rater les autres Islandais de Rock en Seine, après avoir du renoncer au show de Sigur Ros quelques heures auparavant. La tribu des OF MONSTERS AND MEN posait en effet ses bagages et instruments à St Cloud pour présenter son album My Head Is An Animal, le jour même de sa sortie française. Le hasard fait tout de même bien les choses. Surfant sur le succès de leur single Little Talks et sur le buzz généré par la presse musicale, toujours prompte à adouber des successeurs aux artistes qui marchent fort (dans notre cas, les Montréalais d’Arcade Fire, dont l’indie rock imparable, luxuriant et volontiers épique  peut en effet être rapproché du style de la bande de Garður), les OMAM tournaient depuis des mois avant leur venue en France, d’où une certaine appréhension de ma part au moment de les découvrir en live. La session acoustique enregistrée en Angleterre quelques jours auparavant laissait en effet apparaître des musiciens visiblement peu enchantés de devoir toujours jouer les mêmes chansons.

Heureusement pour nous, le topo fut tout autre ce samedi, les Monsters ayant visiblement à cœur de réussir leur premier show au pays des fromages. L’occasion pour Nanna, Ragnar et le reste de la troupe de réaliser qu’ils jouissaient déjà d’une considérable notoriété auprès du public français, qui n’avait pourtant eu que Little Talks à se mettre sous la dent avant ce 25 Août. Espérons que ça leur donne envie de repasser par chez nous au printemps prochain, après leur tournée anglaise.

Car la musique d’Of Monsters And Men à ce petit truc spécial, ce zeste de je ne sais quoi qui gonfle à bloc les batteries d’optimisme de l’auditeur en l’espace d’un refrain. Les voir construire des hymnes à la joie d’une évidence absolue à partir de quatre accords ouverts sur une guitare sèche (voire moins: 3 seulement pour Lakehouse) est un spectacle aussi fascinant que délectable pour le spectateur, qui pourra méditer longtemps après coup sur la fabuleuse capacité du rock à générer sans cesse de nouvelles chansons géniales malgré un catalogue de notes et d’accords somme toute assez limité.
Bien sûr, l’équation ne serait pas complète si j’oubliais de mentionner les autres atouts que les OMAM ont en main: un duo de chanteurs-guitaristes très complémentaires en les personnes de Nanna (chant joliment heurté et look de folkeuse punk) et Ragnar (voix de velours et physique de hobbit plutôt que de viking), des arrangements léchés et le côté « bande de potes » apporté par le nombre de musiciens sur scène. Et puis, dans une époque dominée par les artistes américains et britanniques, il y a peut-être une préférence instinctive de la part du public français envers les groupes d’une origine plus « exotique ».  Quoiqu’il en soit, voilà une joyeuse troupe qu’il s’agira de ne pas perdre de vue dans le futur, et qui nous a offert un parfait démarrage pour notre samedi. Takk guys.

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S‘est ensuite ouverte une période assez frustrante, pendant laquelle je n’ai pu, pour diverses raisons, assister à un seul concert d’un bout à l’autre. Premiers à pâtir de cet épisode volage, les petits jeunes de TOY, dont le rock shoegaze et largement instrumental (tout du moins, le morceau sur lequel nous les avons rejoints – et quittés – après dix bonnes minutes de marche) était sans doute trop contemplatif pour un samedi après-midi ensoleillé.

Il faut dire qu’après la cure de bonne humeur gracieusement offerte par OMAM et le rapide passage obligé devant le folk rock rugissant d’ALBERTA CROSS sur le chemin de la scène Pression Live, le spectacle de 5 chevelus courbés qui sur sa gratte, qui sur ses claviers, qui sur ses fûts, l’ensemble tricotant patiemment de longues montées orchestrales entre chaque intervention chantée de Tom Dougall, nécessitait sans doute davantage de concentration que ce que l’immense majorité des festivaliers présents (nous y compris) aurait pu rassembler en y mettant du sien. Je reste toutefois persuadé que cette quintette de jeunes loups au look, à l’attitude et à la musique so totally british mérite qu’on se penche sur son cas avec la plus grande attention (vous êtes d’ailleurs cordialement invités à venir voir les TOY jouer – haha – le 16 Novembre prochain à la Maroquinerie).

Et ce fut donc la grande Alberta qui hérita de nous pour une fin de concert (3 morceaux) passée derrière la barrière d’osier qui interdisait l’accès au côté gauche de la scène. Une ruse de sioux qui nous permit de profiter des derniers morceaux du duo à une distance raisonnable, et même de faire quelques photos pas si pire par un des trous ménagés par les festivaliers nous ayant précédé sur le spot (je n’ai fait que l’agrandir légèrement, je le jure votre honneur). Difficile dans ces conditions de se plonger dans la musique proposée par les sieurs Stakee et Wolfers, d’autant plus que je n’avais aucun morceau connu auquel me raccrocher. Et pourtant, je connais cette voix haut perchée et sans artifice, que j’ai du écouter quelques fois sans prendre la peine de chercher à qui elle appartenait. Bref, un créneau 16/17 assez mal négocié de notre part, puisqu’écartelé entre deux bouts de concerts trop courts pour bien profiter et surtout, beaucoup de randonnée pédestre dans le parc de St Cloud.

Chapi Chapo... Bodobo

Chapi Chapo… Bodobo

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Les choses ne s’améliorèrent que de manière très superficielle pour le show d’HYPHEN HYPHEN (prononcer Aïfeun Aïfeun), qui fit les frais d’un aller et retour à travers le public pour reconstituer le groupe, éparpillé après un passage au stand merchandising. Je n’ai donc retenu de Santa et sa bande que leurs peintures de guerre et leur énergique jeu de scène, ce qui est déjà pas mal, mais loin d’être suffisant au vu de la montagne de commentaires élogieux que j’avais lu sur ce groupe de Niçois déchaînés, qui repasseront par la capitale dans point trop longtemps (le 12 Septembre au Café de la Danse).  La troisième fois sera peut-être la bonne…

Après « Santo et le Trésor de Dracula », « Santa et le Mystère de la Tête Géante »… Ça promet.

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Vint ensuite le temps des retrouvailles avec les joyeux allumés de CARAVAN PALACE, qui avaient considérablement secoué le public du festival de Ronquières lors de leur passage au plan incliné en juillet dernier. De nouveau relégués derrière la barrière/paravent (qui n’a pas du finir Rock en Seine en un seul morceau) du côté gauche de la scène, nous assistons à l’intégralité (enfin!) du concert, qui, s’il fut aussi enlevé que ce que l’on était en droit d’attendre de la part des apôtres de l’electro-swing, toujours menés à la baguette par la délurée Zoé Colotis, ne fut jamais proche de rivaliser avec la folie euphorique qui avait balayé le public belge quelques semaines plus tôt. Encore une fois, on peut expliquer en partie la relative tiédeur du public par la chaleur qui régnait au moment du show et à un horaire de passage (17h30 – 18h30) encore trop précoce pour un emballement populaire digne de ce nom, souvent très largement corrélé à la quantité de bière ingurgitée par le festivalier moyen. Sans alcool, la fête est plus molle.

Prestation… lumineuse de Caravan Palace


De retour devant la grande scène en prévision de la prestation lourde de sens de Noel Gallagher et de ses pioupious, nous assistons à quelques minutes du show donné par le dIEU belge du rock (et ses séraphins intermittents), le toujours fringant Tom Barman. Et puisqu’il s’agit de filer notre métaphore éthylique jusqu’à la lie, je me dois de préciser que les dEUS ont bien joué Girls Keep Drinkin à Rock en Seine (merci à Chacaloute pour la vidéo :-)). Dans un monde parfait, je n’aurais pas eu à quitter le pré après un Quatre Mains très attendu et plutôt décevant en live (difficile de retrouver la tension palpable de la version studio dans une enceinte aussi gigantesque) et aurais ainsi pu approfondir ma connaissance de ce groupe qui semble exceller dans toutes les facettes du rock, particularité rare et louable à une époque où la spécialisation forcenée et les reconversions/expérimentations musicales malheureuses (non, je ne parlerai pas du dernier Muse) sont la norme plutôt que l’exception. Mais, que voulez-vous, à quelques centaines de mètres de là, the sea (et la scène de la cascade par la même occasion) was calling, et il aurait été impoli de ne pas répondre à son appel.

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Les Australiens de THE TEMPER TRAP repassaient donc à Paris pour une deuxième et dernière date après le très bon concert donné à la Maroquinerie le 12 Juillet dernier. Ayant eu la chance d’assister à ce dernier, je doutais très fortement de la capacité de Dougy et ses potes de livrer une prestation d’aussi bonne tenue à Rock en Seine, et malheureusement, ce fut bien ce qui arriva. Premier et principal responsable de ce net coup de moins bien, un son proprement dégueulasse. Je veux bien être compréhensif vis à vis des techniciens en charge des balances, chargés de la mission quasiment impossible d’obtenir un rendu de qualité pour des milliers de spectateurs, aussi bien ceux situés à deux qu’à deux cent mètres de la scène, mais je crois honnêtement qu’on a battu tous les records précédemment établis à St Cloud en matière de basses sur-sonorisées, qui ont atteint sans trop forcer la limite basse de l’insupportable pour les malheureux des dix premiers rangs.

On dirait que le précipité bleu de la couv’ du dernier album en a inspiré certains…

C’est dans des situations comme celles-là que l’on est rudement content de ne pas avoir oublié ses earplugs à la maison, et de ne pas dépendre des douteux suppositoires en mousse distribués gratuitement par les organisateurs (et je ne parle même pas des inconscients qui ont enduré l’intégralité du set sans protections du tout). Car quand on sent le cartilage de son nez vibrer à chaque fois qu’un gonze effleure une corde de sa basse, une touche de son clavier ou la pédale de sa grosse caisse, situations assez fréquentes au cours d’un concert de rock, on ne peut qu’espérer que les quelques grammes de plastique faisant barrage dans le conduit auditif suffiront à préserver nos fragiles et précieux petits tympans du pire de l’agression sonique.

Difficile donc dans ces conditions d’apprécier à leur juste valeur les morceaux de la quintette de Melbourne, qui n’a fort logiquement pas atteint le même état de grâce que lors de leur passage en 2010 (c’était sur la grande scène, et le son avait été très correct), sans parler de la magie pure de leur halte à la Maroquinerie.
En grands professionnels, les Wallabies ont tout de même livré un set généreusement fourni en tubes, confirmés (Love Lost, Fader, Science of Fear et bien entendu, l’incontournable Sweet Disposition) ou en devenir (London’s Burning, Need Your Love ou encore Miracle), qui, s’il ne s’est pas révélé très surprenant (quasiment la même setlist que pour le concert de la Maroquinerie), a offert aux fans présents, dont une bonne quantité d’anglo-saxons, une heure d’exutoire pop-rock. Il y en a même eu pour pogotter durant le show, réaction que j’ai trouvé légèrement déplacée eu égard à la musique jouée, mais bon YOLO comme on dit maintenant. Reste que si je ne devais retenir qu’un seul concert des TTT, celui du 25 Août 2012 ne figurerait même pas sur la shortlist des lauréats potentiels. Il y a des jours avec et des jours sans.

Face à l'adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph... Oh, Joseph, ça va?

Face à l’adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph… Oh, Joseph, ça va?

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À 20h, NOEL GALLAGHER fait deux belles surprises au public de Rock en Seine. 1) Il monte sur scène (il aurait pu s’engueuler avec le batteur et annoncer la dissolution des High Flyin’ Birds, hein). 2) Il joue près de la moitié des chansons figurant sur son premier album solo, ce qui, au vu des setlists touaregs (comprendre, basées à 90% sur de l’Oasis) servies par le bonhomme durant pas mal de ses dernières prestations festivalières, n’avait rien d’une évidence. Personnellement, j’ai considéré ce parti pris comme une preuve de respect envers les spectateurs français, à qui Nono et ses zosieaux n’ont pas fait le coup de la nostalgie déplacée.

Évidemment, le final a tout de même été l’occasion de faire chanter la foule avec deux vieux millésimes (parce que, hein, Oasis is good), en l’occurence Whatever et un ultime Don’t Look Back In Anger qui pouvait être interprété de bien des manières dans l’enceinte de Rock en Seine, théâtre de la mort du groupe des frangins Gallagher trois ans plus tôt. Mais l’essentiel du set fut consacré à des compositions plus récentes, certes moins populaires auprès des fans bédouins, et Dieu sait qu’ils étaient nombreux parmi le public ce soir, mais toutes solides et agréables à l’oreille, comme Noel sait en ouvrager: AKA…What A Life!Stranded On The Wrong Beach, (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine, Everybody’s On The RunThe Death Of You And Me, If I Had A Gun

L’occasion pour beaucoup de se rendre compte que même sans le charisme hooliganesque de Liam et sa coupe de cheveux innommable, le cadet de la fratrie Gallagher est capable de voler de ses propres ailes. Évidemment, l’absence du frangin grande gueule se fait principalement sentir au niveau du rythme du concert, qui restera planplan d’un bout à l’autre, mais ce n’est pas comme si on ne savait pas à quoi s’attendre avec Noel, qui n’a jamais semblé très à l’aise sur une scène. C’est donc avec un flegme tout britannique que ce dernier met fin aux réjouissances et repart… sans avoir joué Wonderwall. Une preuve supplémentaire de bon goût, vous irez loin Mr. Gallagher.

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Belle affiche, mais absolument pas en rapport avec la musique du groupe (hommage à la Blacksploitation, vous croyez?)

Entre 22h et 23h au parc de St Cloud, le noir était la couleur reine: la nuit est tombée depuis longtemps, le festival est noir de monde et surtout, les artistes programmés sur ce créneau respectent le dress code imposé par les organisateurs: sur la grande scène, les BLACK KEYS et leur blues-rock crasseux et hautement addictif, et sur la scène de la cascade, les BLACK SEEDS et leur reggae festif et inspiré. Faîtes votre choix bonnes gens.

Et, assez curieusement, je me suis retrouvé devant le show des Néo-Zélandais, alors que mes prédispositions naturelles m’auraient plutôt conduit à assister à la démonstration de la paire Auerbach-Carney, sérieuse candidate au titre de meilleur duo rock du moment (surtout depuis la dissolution des White Stripes). Le concert des Kiwis présentait cependant deux énormes avantages par rapport à celui des natifs d’Akron: 1) il était tout à fait permis d’espérer le suivre à une distance raisonnable, voire accoudé à la barrière si on s’y prenait pas trop tard et 2) la scène Pression live sur laquelle Mark Lanegan devait jouer juste après la fin des deux « Black Sabbats » était bien plus proche de la scène de l’industrie que de la grande scène.

Et au final, le choix de la raison se révéla être un vrai coup de cœur, car les Black Seeds, comme les Fat Freddy’s Drop avant eux (un autre groupe néo-zed qui avait emballé le public de Rock en Seine en 2010) ont livré un set impeccable et généreux dans une ambiance bonne enfant incroyable que je ne m’attendais pas à retrouver dans un festival de cette taille. Visiblement très content d’avoir quand même du public malgré la concurrence des Black Keys, les gars ont déroulé un reggae lustré et profond avec un plaisir évident pour les quelques dizaines d’Happy Few qui avaient fait le déplacement. 45 minutes passées dans un univers parallèle, cosy et chaleureux (et pourtant, il a plu à la fin du show!), plus proche de l’intimité d’une Maroquinerie, d’un Point Éphémère ou d’une Flèche d’Or que du gigantisme parfois un peu pesant du parc de Saint Cloud. Ce n’est pas souvent que l’on voit les techniciens danser dans les travées backstage, et c’est précisément ce qui s’est passé pendant le concert, un spectacle qui n’a fait qu’ajouter un peu à la douce euphorie générale de l’ensemble. Le genre de prestation qui vous réconcilie avec la musique live, si besoin était. Very well done, Wellington.

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Décidément, c’est l’année des tumeurs cérébrales funky (my eye is my sanctuary)

La journée se termine avec un pèlerinage initiatique jusqu’à la scène Pression live, sur laquelle MARK LANEGAN, poète rock buriné à la voix calleuse, doit défendre son dernier disque, le formidable même si légèrement désespérant Blues Funeral (rien que le titre annonce la couleur). Programmé sur un créneau horaire (ooh30-01h30) où l’on s’attend plus à entendre des DJs que de la musique live jouée sur de vrais instruments, et où pas mal de festivaliers n’aspirent plus qu’à aller se coucher après des heures passées à crapahuter de scènes en scènes, les organisateurs ont eu un coup de génie pour attirer tout de même quelques (jeunes) curieux. Ça se passe sur la présentation de l’artiste du livret, je cite: « L’Américain pionnier de la culture grunge […] celui qui fut l’ami de Kurt Cobain… » Bref, de quoi appâter quelques cohortes de nostalgiques des 90’s poisseuses et white trash, à l’époque où porter des jeans troués, des sweats informes et des cheveux graisseux était considéré comme le summum du bon goût.

Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: si Mark Lanegan a bien été l’homme décrit dans le livret, la musique qu’il joue maintenant, et depuis un bon paquet d’années, n’a pas grand chose à voir avec les galettes de Nirvana ou de Pearl Jam. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin la cause des nombreuses défections de spectateurs pendant le concert, qui ont estimé, peut-être à raison, avoir été trompés sur la marchandise. D’autant plus que Mark n’a rien fait pour convaincre les indécis de lui donner une deuxième chance: planté devant son micro pendant tout le concert, une étrange casquette de gangsta rap vissé à l’envers sur la crinière, le seul mot qu’il a prononcé en dehors des textes de ses morceaux fut un « merci » enroué à mi-parcours. Il s’est donc montré plus loquace que Dylan aux Vieilles Charrues, mais de pas grand chose. Ajoutez à cela les moues renfrognée, digne d’un Rambo s’apprêtant à s’auto-cautériser avec la poudre d’une de ses cartouches, dont il n’a cessé de régaler le public pendant une heure, et vous comprendrez sans peine pourquoi seuls les fans convaincus étaient encore présents à sa sortie de scène.

Mais pour ceux-là, nul doute que la prestation de Mark et de son band, emmené par un guitariste lead à la croisée de Jamie Hince des Kills et (du fantôme) de Johnny Cash aura été convaincante. Car si le bonhomme n’est pas très causant, il a tout de même de sacrées bonnes chansons, délivrées avec ce mélange de finesse et de rugosité dans laquelle on peut retrouver aussi bien la gouaille d’un Tom Waits que l’élégance d’un Chris Rea. Grandiose. N’étant familier que de son répertoire le plus récent, j’ai particulièrement aimé le final du concert, pendant lequel se sont enchaînés comme dans un rêve le rock bluesy de Riot In My House, les beats mélancoliques de Ode To Sad Disco, et les guitares célestes et pensives du magnifique Harborview Hospital. À peine le temps de respirer (et d’applaudir) que Mark persistait et signait avec un Tiny Grain Of Truth lancinant et hypnotique à souhait. On a vraiment bien fait de rester jusqu’au bout.

La photo d’art c’est facile, il suffit d’un boîtier bas de gamme et d’une luminosité baroque.

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Ce samedi s’achève donc sur une note très positive, grâce à trois derniers concerts variant de la bonne surprise (Noel Gallagher High Flyin’ Birds) au pur moment de magie (Mark Lanegan Band), en passant par une belle découverte (The Black Seeds). Au chapitre des « + », on peut évidemment rajouter les prometteurs Of Monsters And Men en tout début d’après-midi, qui aura tout de même fortement pâti de notre incapacité à nous fixer une fois pour toutes (TOY, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, dEUS), de problèmes techniques (The Temper Trap) et, ironiquement, du franc et chaud soleil d’Août, qui favorise plus la torpeur que la communion musicale (Caravan Palace). Merci samedi, et vivement dimanche.

PS:Comme la dernière fois, les lecteurs de bons goûts feront un tour sur le compte-rendu de la journée publié sur mywonderwall.fr, qui prennent de belles photos, font de chouettes vidéos et rendent leurs papiers dans les temps, eux.

FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 1 (SAMEDI)

Si on vous demande un jour quelle est la spécialité de Ronquières, paisible communauté rurale sise en plein cœur de la province du Hainaut, deux réponses s’offrent à vous. En fin connaisseur de l’histoire de l’élevage des gallinacées et autres oiseaux de basse-cour en Europe de l’Ouest, vous pouvez opter pour les iconiques races de dindons qui font la fierté du bourg depuis le 17ème siècle (j’avoue avoir une tendresse particulière pour le Ronquières à épaules jaunes, même si le Ronquières fauve n’est pas mal non plus). Soit.
Mais vous pouvez également choisir de discourir du fameux plan incliné de Ronquières, ouvrage monumental et plutôt laid, dont la fonction principale est de servir d’ascenseur pour les péniches navigant sur l’axe Bruxelles-Charleroi. De là, il n’y a qu’une écluse à franchir pour embrayer sur le tout nouveau festival musical qui est venu égayer le gris béton du lieu le temps d’un week end, les 28 et 29 Juillet derniers. Suivez le guide.

Welcome to the barnyard

Sans vouloir manquer de respect à nos amis Belges et mettre en cause l’indépendance de leur beau pays, la Wallonie peut vraiment être incluse dans la grande banlieue parisienne, grâce/à cause de la qualité de l’infrastructure ferroviaire développée dans la région depuis ces dernières décennies. Pensez: même pas une heure pour rallier Lille depuis la capitale, puis à peine le double de temps pour se rendre sur place, en empruntant les nombreux TER « capillaires » qui irriguent généreusement l’intérieur du plat pays. Rallier Mantes la Jolie depuis Provins prend parfois plus de temps les jours de grève SNCF.

Tu vois pas bien? Clique clique sur l’image, bande de crevettes! (car j’ai des références underground, moâ)

Question transport donc, l’unique couac du périple sera de se faire déposer par la navette, spécialement affrétée par les organisateurs entre Braine le Comte et Ronquières, à un bon kilomètre du site du festival à proprement, alors que rien n’empêchait notre fringuant véhicule de nous laisser au pied de l’accueil du camping. Pas de quoi fouetter le Chat de Gelluck, mais je peux témoigner qu’après une dernière longueur interminable, on n’a qu’une hâte, c’est de déposer la tente Quechua (pratique en tous points sauf au chapitre du transport).

Agrandissement sauvage de la surface colonisable

Fort heureusement pour nos épaules endolories, l’effervescence régnant dans le camping (dont le succès a manifestement pris de court les organisateurs, qui avaient dédié à cette commodité un espace bien insuffisant pour faire face à la demande, d’où une extension réalisée en catastrophe au moment de notre arrivée) nous a permis de glisser, bien inconsciemment, entre les mailles du filet des contrôles de billets, et de nous installer sur le pré sans passer précédemment par la case « pose de bracelet ». Ce n’a été que partie remise, bien évidemment, mais cette légère entorse de procédure a été la très bienvenue pour souffler un peu après dune demi-journée de portage soutenu.
À notre départ pour le village du festival, la Quechua trônait fièrement au bord dans l’unique allée du nouveau camping de Ronquières, bien encadrée des deux côtés par des voisins que l’organisation avait fortement incité à l’agglutination (la place risquant de manquer malgré l’agrandissement de la surface disponible décrété en haut lieu*), et derrière par la route, non fermée à la circulation durant le week end comme on s’en apercevrait plus tard (c’est là qu’on est content d’avoir posé quelques sardines, car le passage des véhicules à quelques centimètres de la tente – il y avait une barrière volante entre la route et le camping tout de même, on n’est pas dans une légende urbaine belge – n’a pas manqué de soulever l’abri de toile). Dans le lointain, HIPPOCAMPE FOU, son set terminé, rendossait sa camisole avant de repartir vers les grands fonds.

*: impossible de me sortir de la tête l’idée – stupide – que les organisateurs avaient pris leurs quartiers tout en haut de la tour du plan incliné, et veillaient au bon déroulement de leur festival du haut de leur inexpugnable bastion.

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Premiers à s’élancer sur l’une des deux scènes du lieu (judicieusement nommées Bâbord et Tribord), les anglais de METRONOMY, que j’avais pourtant pris soin d’éviter à Solidays et aux Vieilles Charrues. La grille horaire de Ronquières ne mettant aucun artiste en compétition, pas d’excuse cette fois pour ne pas assister à la prestation des quatre de Totnes. L’introduction à la Riviera britannique se fera toutefois en douceur, la bande de Joseph ne devant jouer que quarante minutes, un autre festival requérant leur présence en Angleterre plus tard dans la soirée (si on peut en croire le présentateur venu nous annoncer quelle bande de petits chanceux nous étions de pouvoir voir un show de Metronomy à 15h20).

Certains pourront demander la cause d’une telle antipathie manifeste envers le quatuor british que l’Europe s’arrache depuis un an. À ceux là, je n’avais jusque là aucun argument valable à présenter, mis à part ma profonde méfiance vis à vis des artistes portés aux nues par les apparatchiks du microcosme journalistique en charge de la musique, qui nous ont, il faut bien le reconnaître, souvent pris pour des truffes (remember l’épiphénomène Lana del Rey?). I hate hype, un point c’est tout. Mah bon, un tel acharnement négatif sur un groupe dont je n’avais pour tout dire jamais entendu la musique – mis à part un bout de clip à l’esthétique tellement arty-modernisante qu’il vieillira sans doute horriblement mal – n’étant pas une attitude des plus constructives, et n’ayant nulle part où errer de toute façon, il ne me coûtait pas grand chose d’assister à la performance du combo briton.

Ponctuels, les quatre lads prennent possession des lieux dès le retrait du présentateur, d’abord Joseph, suivi de Gbenga, Oscar et enfin Anna (dont Mr Loyal avait vanté l’habileté baguettes en main). S’en suivront 40 minutes pendant lesquelles j’ai vainement attendu qu’ils commencent enfin à jouer la musique excitante pour laquelle ils ont été bombardés tête d’affiche par tous les festivals les ayant booké cet été. Mais rien, absolument rien ne méritant ne serait-ce qu’une écoute distraite dans un ascenseur de supermarché n’est sorti des amplis de la scène Tribord pendant l’entière durée du set, mis à part un ultime morceau vaguement dansant, et qui se voulait sans doute le point d’orgue d’une prestation « enlevée » et « tubesque ». Une des rares phrases du leader barbu des nouveaux gourous de l’electro pop donnera un début d’explication à la réception assez mitigée du public de Ronquières: Jo avait compté sur une foule un peu plus imbibée, cliché sur la fameuse descente belge oblige. Manque de pot, à part les deux soûlons et les trois fans finis (qui se scieront les cordes vocales à hurler le nom des performers entre les morceaux, pour de biens maigres résultats), le reste de la fosse restera assez tiède, à l’image de la bière servie dans les pubs de sa Gracieuse Majesté.

Y a pas de quoi rire, gars

Seul bon point, Anna me rappelle furieusement une autre artiste que j’espère voir bientôt en concert…

On pourrait développer longtemps les raisons de ce presque camouflet infligé à ce que la tendance actuelle voudrait nous faire considérer comme zeveribest, comme par exemple le fait que les Metronomy: 1) sont un groupe à claviers dans l’acceptation Django Djangesque du terme, 2) avaient pour les ¾ d’entre eux un style vestimentaire BCBG moche, 3) sont des instrumentistes très quelconques (mis à part Gbenga, qui surnage à peu près), 4) sont des chanteurs très quelconques aussi; mais tout le monde n’est pas Bob Dylan. Contentons nous de laisser le mot de la fin à Mr Paul de Triggerfinger, qui, interrogé sur le caractère du public belge lors de son passage aux Vieilles Charrues, s’est contenté de souligner son exigence: « si ça passe en Belgique, ça passera partout ailleurs en Europe. » Messieurs les Anglais, tirez (les conclusions qui s’imposent) les premiers.

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À 16h, changement de quart. Direction la scène Bâbord, où les STEREO GRAND n’ont pas attendu longtemps après le départ de Metronomy pour assurer une relève nettement plus rock. Ah, ça fait plaisir de voir un groupe où la guitare n’est pas seulement un ornement scénique que l’on grattouille au passage à l’heure d’hiver pour en tirer un triste fond sonore!

Entourés de leurs amplis et enceintes blancs, les représentants de l’école de Bruxelles ressemblent à des vendeurs de chez Darty profitant de la pause syndicale pour jammer en douce entre les rangées de frigidaires, mais l’essentiel est ailleurs. À peine dérangés par une rotation de bacs sur le plan incliné (une des vraies valeurs ajoutées du festival de Ronquières par rapport à la concurrence: ce n’est pas tous les jours que l’on voit des spectacles de ce genre), les Stereo Grand enchaînent tranquillement les morceaux et en profitent pour se faire un peu d’auto-promotion de bonne guerre au passage (l’album sort en Septembre).

Dommage que les caractéristiques les plus notables du groupe soient pour le moment la vague ressemblance que leur frontman entretient avec Elton John (Elton Jeune, je précise, ça doit venir de l’immense paire de lunettes noires qui lui mangeaient la moitié du visage) et leur clavier avec David Guetta, car, musicalement parlant, tout est en place. Il ne faudra plus attendre longtemps pour qu’ils accouchent d’un tube pop-rock digne de ce nom (leur compo la plus efficace pour le moment étant le très – trop – gentillet Yeah Yeah, qui, à l’image de leur musique, est plein de promesses encore non réalisées… One step beyond, guys!), qui leur permettra de se faire un nom sur la scène européenne. Bref, même si on ne s’attardera pas longtemps sur le premier album à venir, on serait bien inspiré de garder les Stereo Grand dans un coin de sa mémoire et de se réveiller quand l’heure du deuxième opus aura sonné.

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Retour sur la scène Tribord pour une virée en Uruguay avec le groupe MONTEVIDEO. Tel les Pokémons de mon enfance (et de la votre aussi, soyez honnêtes), on a l’impression de se retrouver avec la version évoluée de la bestiole précédente, plus méchante, plus inventive et plus mature. Certes, tous les morceaux joués par la quintette de Bruxelles (encore) à Ronquières n’entreront pas dans la postérité, mais un bon tiers du set était constitué de matériel vraiment solide, qui m’ont donné envie de retenter l’expérience live quand ils passeront au Café de la Danse le 5 Octobre prochain.

Bien servi par un chanteur à l’aise avec son statut de frontman, un guitariste au look Krieger, capable de se fendre de soli incisifs et de s’aventurer en terres funk le temps d’un morceau, histoire de varier les plaisirs, d’une section rythmique carrée (malgré un batteur en béquilles, on salue la performance) et d’un clavier plus typé piano bar que nappes de synthé, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent, je classe définitivement Montevideo dans la catégorie des petits  groupes presque arrivés à maturation. Dépêchez-vous de vous accrocher au wagon, et vous pourrez dire que vous les souteniez quand ils étaient encore jeunes et méconnus.

Prêts à tous les sacrifices pour être sûr d’avoir une bonne place lors de la venue d’OZARK HENRY, tête d’affiche personnelle de notre binôme pour ce samedi, nous décidons d’un commun accord de faire une croix sur les BIKINIANS et sur 1995. Une brève escapade à la buvette permettra toutefois de confirmer une folle rumeur: oui, Giacomo Panarasi tient bien les fûts pour le premier des groupes susnommés. Cet homme (déjà frontman des Romano Nervoso, programmés le lendemain) aurait-il tous les talents?

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Heureusement pour nous, la longue attente du show du Joe Dassin de Courtrai (son Indian Summer, loin d’être aussi rococo que l’Été Indien du Français, faisant foi) sera entrecoupée par le concert des invités de dernière minute du festival, le couple de SOLD OUT, qui remplacent sur le pouce les Lillois de SKIP THE USE, excusés pour raisons personnelles.

Un nom aussi bravache combiné à une absence d’instruments autres que le terrible combo claviers+boîte à rythmes n’avait a priori rien pour inciter votre serviteur à la clémence envers le tandem electro convoqué par les organisateurs, et pourtant… Et pourtant, il m’a bien fallu reconnaître l’élégance minimaliste et le savoir-faire évident des hymnes dance, certes pas très originaux, mais rigoureusement efficaces, servis par le duo. Il aurait fallu être de très mauvaise foi, ou sanglé dans une minerve, pour ne pas ne serait-ce que secouer la tête en cadence sur les cascades de beats savamment déversés par la moitié masculine de l’ensemble, responsable de tout ou partie de l’habillage sonore des morceaux, tandis que sa partenaire, mi-Amy Winehouse, mi-Simone de Beauvoir, s’évertuait à sortir de sa torpeur. L’organe de la demoiselle avait beau ne pas être sensationnel (ce qui n’a d’ailleurs rien de bien handicapant dans ce style de musique, où la diction et l’énergie pèsent beaucoup plus lourds que la tessiture et la sensibilité d’une voix), la conviction avec laquelle elle en a fait usage a achevé de me convaincre du potentiel des Sold Out, qui pourraient bientôt rejoindre les rangs des autres groupes/couples (peut on parler de « grouples »?) ayant réussi à se faire une place au soleil ces dernières années, tels The Dø, The Tings Tings ou The Kills. On peut d’ores et déjà leur prédire un grand succès parmi le segment pro-abstinence du grand public, grâce aux titres I Don’t Want To Have Sex With You et You’re Too Drunk To Fuck.

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Looking at the sailor, not the sea

20h. Le jour décline sur le plan incliné, et le présentateur revient affronter la foule pour annoncer l’arrivée imminente d’Ozark Henry, dont il nous prie expressément de respecter l’élégance. Comme si on avait fait le voyage depuis les Yvelines pour lui balancer des chicons, man. Un coup d’oeil au premier rang du public lui aurait en outre permis de distinguer le fan ultime du magicien Oz’, le genre de type qu’on devine prêt à assurer le service d’ordre avec zèle en cas de velléités hooliganesques trop prononcées de la part de spectateurs indifférents à l’élégance du grand Henry.

Car grand, il l’est le bougre. Sapé comme un Man In Black en week-end, l’agent O promène sa carcasse filiforme entre son clavier et le devant de la scène, reléguant son backing band à l’arrière plan, de manière littérale et figurée. Sans être vraiment un showman extraordinaire, Ozark dégage en effet un magnétisme qui rend difficile de le quitter des yeux. Et puis, bien sûr, il y a cette voix particulière, ni très puissante ni très facile dans les aigus (impression encore renforcée par le live, où j’ai eu plusieurs fois l’impression qu’il allait se péter un tendon du cou dès qu’il montait chercher une note un peu haute), mais qui a le truc qui permet de l’identifier à coup sûr dès les premières secondes d’un morceau (d’ailleurs, vous connaissez peut-être Ozark Henry sans le savoir: il a participé à l’un des morceaux les plus connus de Novastar, Never Back Down et son clip ambiance classe piscine).

Petite déception, le géant de Courtrai ne semblait pas au mieux de sa forme vocale ce soir là, faiblesse qu’une performance en plein air ne fait évidemment que renforcer. Au chapitre de la communication avec le public en revanche, sans se montrer très expansif, barrière de la langue oblige, on a senti Ozark visiblement content de se produire à Ronquières, confirmant du même coup « l’attachement de l’artiste à la Wallonie » que le présentateur nous avait fait miroiter avant de lâcher les fauves. Il faut dire que, même très majoritairement francophone, le public présent connaissait ses classiques, comme l’a prouvé sa participation lors du diptyque At Sea et This One’s For You qui ont clôturé le show. On nous avait promis de l’élégance, nous avons été servi. À revoir absolument dans une (petite) salle parisienne dès que possible, pour une balade plus immersive encore dans les montagnes de l’Arkansas.

Quand je vous disais qu’il était immense…

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Revenu de sa cure de désintoxication thaïlandaise (ou viré de cette dernière, comme certains spectateurs n’ont pas hésité à l’insinuer) à temps pour honorer ses engagements belges, après quelques jours de flottements pendant lesquels les organisateurs ne savaient pas trop s’il viendrait ou pas, PETER DOHERTY est déjà à pied d’œuvre sur la scène Bâbord quand nous arrivons enfin à décoller de la barrière Tribord.
Autant l’avouer tout de suite, j’ai longtemps détesté le c0-leader des Libertines, trop admiré et érigé en nouvelle incarnation du songwriter décadent ultime pour être honnête. Il y avait eu ce concert des Babyshambles à la fête de l’Humanité en 2008, subi avec résignation dans l’attente de l’arrivée de Roger Hodgson, où j’avais eu tout le temps de me demander ce qui pouvait pousser autant de personnes à un tel niveau de vénération, pogos frénétiques et évacuations manu militari par le service d’ordre faisant foi de leur foi. Il y avait aussi l’écoute dubitative de Grace/Wastelands, premier opus solo immédiatement catalogué culte par la critique, la même qui devait quatre ans plus tard faire une fixette sur Metronomy (j’en suis sûr). Merde, on se met une pelletée de glaçons dans le slip tout le monde, il n’y a qu’un seul Dylan.

Mais ça, c’était avant de voir Bob aux Vieilles Charrues. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de l’anti-performance de l’icône, c’est qu’il ne sert à rien de vivre dans le passé. Plutôt que de se braquer sur les gloires d’antan, dont certaines auraient mieux fait de mourir jeunes et au top, plutôt que de s’étioler dans les affres de la sénescence et du souvenir de ce qu’elles furent quelques décennies plus tôt, mieux vaut essayer de garder contact avec la scène actuelle, afin d’identifier les mythes de demain avant qu’il ne faille vendre un rein de son premier né pour assister à un de leurs concerts.
Bref, Dylan n’est pas encore mort – certes -, mais cela ne doit pas nous empêcher de lui chercher un successeur valable. Cette hypothèse posée, le cas Doherty méritait d’être sérieusement réexaminé.

Car à y regarder de plus près, le toxico de Hexham et le poète de Duluth ont beaucoup en commun.
Premièrement, une intelligence et une inventivité scénique ayant vite fait de surprendre et de dérouter le spectateur lambda. Dylan réarrange ses chansons sur scène jusqu’à les rendre méconnaissables, Doherty convoque lui une paire de danseuse en déshabillé faire des entrechats en brandissant l‘Union Jack pendant qu’il continue à jouer ses morceaux comme si de rien n’était.
Deuxièmement, nos deux sujets partagent un indubitable sens mélodique, les rendant aptes à trousser des chansons mémorables, ou au moins très au dessus de ce que peut proposer la concurrence, sur une simple guitare sèche. Si j’osais, je dirais même que Pete surclasse largement Zim sur ce point (dont la chance a été d’écrire ses chansons à trois accords ouverts à une époque où c’était encore possible de le faire sans se faire aussitôt poursuivre en plagiat).
Troisièmement, on peut rapprocher les textes, volontiers vagabonds et sujets à interprétation pour nos deux gaillards, que ces derniers brodent à longueur de morceaux. J’entends déjà les pierres des puristes de Dylan me siffler aux oreilles, mais entendons-nous bien: il s’agit là plus d’une similarité dans la démarche que d’une confrontation d’égal à égal, Bob restant à des années-lumières de ses rivaux et de ses padawans.
Quatrièmement, et pour finir, l’attitude franchement désinvolte des deux hommes sur scène, jamais trop regardant quant à la réaction de leur public (même s’il y a plus de jemenfoutisme dans un seul sourire en coin de Dylan que dans toutes les pitreries de Doherty).
Bref, ce parallèle vaut ce qu’il vaut, et on verra si Peter passera lui aussi en tête d’affiche aux Vieilles Charrues le soir du dimanche du 21 Juillet 2052 (vous pouvez vérifier).

En attendant l’expiration du délai, toxic Pete s’est contenté de faire son boulot à Ronquières, tenant l’auditoire en haleine durant l’intégralité d’un set livré seul à la guitare acoustique et à l’harmonica (encore un point  commun des plus évidents), généreusement arrosé de bière (belge, on espère) et terminé sur un Arcady aux contours incertains, à l’image du reste des morceaux, fondus les uns aux autres dans une progression foutraque mais plaisante à suivre, même pour le néophyte. Note personnelle: penser à garder un œil sur le bonhomme dans le futur.

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Le temps d’acheter quelques menues collations pour tenir jusqu’au bout de la nuit, et il a fallu se résoudre à regarder les CARAVAN PALACE de loin. Dommage, mais d’un autre côté, pas sûr que l’assiette de couscous royal poulet aurait résisté aux mouvements de foule déclenchés à loisir par Sonia et ses six acolytes. Je n’aime (toujours) pas le jazz, mais ça, ça décoiffe. En salle, ça doit permettre d’éliminer plus de kilo calories qu’une séance de Gym Tonic avec Véronique et Davina.

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Au petit jeu de quel côté gueulera le plus fort, JOEY STARR apporte la victoire à Bâbord sans discussion possible. On se rend sur place en curieux plutôt qu’en adepte, juste pour voir comment le félin de St Denis arrivera à se dépatouiller du public d’un festival où la tête d’affiche est l’antithèse du 92ème rugissant, M POKORA himself. Matois comme pas deux, Joey évitera le clash direct avec le chouchou de ces dames pour se contenter de taper sur son punching ball habituel, le toujours pratique Doc Gynéco, qui n’a pas fini de payer ses prises de position droitière.

Côté show, on a assisté à une redite du set des Solidays, en moins riche (pas de Mamy Blue ni d’Oxmo Puccino cette fois) et en moins débridé (pas de jeté de masques dans la foule). Pour le reste, c’est tout le monde la main en l’heure pendant l’heure réglementaire, et malheur à ceux qui ne jouent pas le jeu dans la ligne de mire du Jaguarr. Malgré son énergie habituelle, il aura pourtant bien du mal à garder sa troupe à bloc dans la dernière longueur, les légions d’Outre-Meuse n’hésitant pas longtemps avant de déserter en direction du dernier show de la soirée. Tout finira par un Carnival à la chorégraphie bien facilitée par les gros trous dans le public dans ces ultimes moments. Pressentant la fin, l’ex NTM s’éclipse avant que son crew ne surpasse en nombre les derniers fidèles accrochés aux barrières. Pour la postérité, on retiendra que la punition du jour, un sample de la Compagnie Créole, a suscité l’adhésion plutôt que le rejet dans la foule, au grand désarroi de Joey, qui a du se résoudre à utiliser l’arme fatale (le générique de Chapi Chapo, effet garanti) pour obtenir la réaction désirée. Le jaguar ne fait pas la loi dans la basse-cour de Ronquières, qu’on se le dise.

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Allez, on essaie de s’achever avec le flow d’un minot de Marseille rejeté par les flots (moi aussi, je peux rapper) bien loin de la Canebière: SOPRANO, venu avec un pote DJ et une platine dans le Hainault. T’as raison coco, les musiciens, ça coûte cher pour ce que ça sert. Bon déjà, il aurait fallu lui dire que c’était « Ronquières » et non pas « La Ronquière », mais comme il faisait le ramadan et qu’il était fatigué, on lui pardonne. Moi, je ne faisais pas le ramadan, mais j’étais fatigué aussi, alors on a du m’excuser aussi.  Vu de loin (et par un type qui n’a écouté qu’un seul disque de hip hop dans sa vie*), il m’a semblé que le duel Intercités Nord-Sud tournait en faveur du pastaga à l’applaudimètre, mais il faudrait vérifier auprès de quelqu’un ayant eu le courage de rester jusqu’au bout.

*: et c’était du hip hop breton en plus, le Panique Celtique de Manau… La Tribu de Dana, toute mon année de CM2…

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Retour à la tente après une première journée plus placée sous le signe de la (re)découverte que de l’emballement pur et simple. Disons qu’on commence en douceur avant un dimanche à l’affiche beaucoup plus lourde, jugez plutôt: ROMANO NERVOSO (il faut les avoir vu pour comprendre), TRIGGERFINGER et IAMX, rien que ça. Pour l’heure, nous découvrons avec émerveillement le potentiel de la Belgique au « 200 mètres (à) poil » (qui compense heureusement la nullité des athlètes du roi Albert II  au camping ballon – dont le but est, on le rappelle, de ne pas envoyer la balle sur les tentes). Ah, quel beau pays.

PS: Cette chronique est dédiée à un festivalier campeur répondant au nom de Martin. Martin, si tu me lis, j’espère que tu me pardonneras de t’appeler par ton prénom, toi qui a failli fracasser une bouteille sur le crâne du malheureux béjaune qui avait osé faire la même chose cette nuit là. Bref, Martin, arrête de boire si tu as l’alcool aussi violent.

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