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MAMA FESTIVAL JOUR 3 (16.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Three.

Retour aux Trois Baudets pour cette dernière soirée de Mama, pour un enchainement cosy et allégé par rapport au programme des deux journées précédentes (eh, c’est le week-end pour tout le monde). Tout commence par un set de HANNAH LOU CLARK, seule en scène avec sa guitare et sa fidèle rythmique électrique. L’ex Foe, qui de son propre aveu, a passé la journée à errer dans Paris avec son matériel à la main, livre une prestation assez convaincante, même si les morceaux ont tendance à se suivre et à se ressembler. À retenter avec un backing band.

Hannah Lou Clark 3

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Noiserv 2C‘est ensuite au tour de David Santos, alias NOISERV, de prendre d’assaut la scène du 64 boulevard de Clichy. Dans la droite lignée des serial loopers (KT Tunstall, Bernhoft, Loney, Dear…) sévissant dans le paysage musical de ce début de siècle, Noiserv construit sa musique par entrelacs successifs, chaque couche rajoutant une texture, une ambiance ou une sonorité supplémentaire à l’ensemble, avant que le maestro ne vienne poser sa voix sur le tout ainsi formé. Avec son inclinaison pour les compositions joliment mélancoliques, les titres artistiquement allongés (vous êtes plutôt Life Is Like A Fried Egg, Once Perfect Everyone Wants To Destroy It ou It’s Useless To Think About Something Bad Without Something Good To Compare ?), les samples jinglesques (What a life! Wha-wha-wha-what a life!) et sa louable volonté d’expliquer à son public la substantifique moelle se cachant dans chacune de ses chansons (ce qui vaut toujours la peine, mais dans son cas prend facilement 3 minutes entre chaque titre), Noiserv est un sympathique OVNI de la scène indie européenne, dont l’A.V.O. (Almost Visible Orchestra) – nom du premier album du fantasque lisboète – est désormais disponible dans toutes les bonnes crèmeries. Le número dois ne devrait plus tarder à pointer le bout de son nez, surtout avec l’attention médiatique générée par le duo avec Cascadeur sur Don’t say hi if you don’t have time for a nice goodbye. Franchement, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Noiserv 3

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Pour aller plus loin:

Mlle Clark a l’air de baguenauder du côté obscur du rock DIY ces temps-ci, et laisse tant son plectre que son stylo filer au but par le plus court chemin possible. Le résultat est assez brut de décoffrage, mais les amateurs pourraient y trouver leur bonheur. Un exemple: Kids In Heat

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Noiserv n’a pas besoin de très longtemps pour implanter une des ses petites mélodies dans le cerveau de tous ceux ayant le bonheur de l’écouter. Avec ses 2:47, Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today (ou TITSAY BYINT, si vous voulez la réclamer en concert sans y passer deux heures) est dans la moyenne des travaux de notre homme, et je peux déjà vous dire que ce ne seront pas trois minutes de perdues. On parie? Un exemple: Today Is The Same As Yesterday, But Yesterday Is Not Today

MAMA FESTIVAL JOUR 2 (15.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day Two.

Le line up des Trois Baudets en cette soirée du 15 Octobre ayant été placée sous de bien nordiques auspices (Spot On Denmark Night), j’optai pour un brin de sédentarité pour ce deuxième de jour de festival, et arrivai donc sur les coups de 20h pour assister au set de DAD ROCKS!, populeux combo (6 personnes tout de même) de l’Islandais Snævar Njáll Albertsson. Sorte de Gaz Coombes scandinave – ce qui fait de Dad Rocks! une version viking de Supergrass, pas mal – Mr Albertsson se révéla être un hôte enjoué, énergique et aux multiples talents, ses improbables riffs de guitare s’interrompant le temps d’un morceau Neil-Young-Live-At-Massey-Hall-esque, pendant lequel il déroula l’élégie d’un de ses amis chômeur en fin de droits (ou quelque chose comme ça), seul au piano et à l’harmonica.

Dad Rocks! 1

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Au delà de cette très bonne performance, je retiendrai surtout l’incroyable générosité de Snævar Njáll et de sa bande, s’étant enquillés 14 heures de minivan depuis le Danemark pour jouer un set de 35 minutes devant 40 personnes, mais avaient tout de même l’air d’être contents de jouer à Paris. Chapeau messieurs. Le rappel effectué par le groupe (une reprise de This God Damn House de The Low Anthem), fut la parfaite expression de ce merveilleux état d’esprit, toute la petite troupe descendant de la scène pour jouer cet ultime morceau en unplugged à 20 centimètres des spectateurs du premier rang. Que dire sinon que Dad Rocks! rocks?

Dad Rocks! 3

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Le deuxième acte de la soirée revint à PALACE WINTER, quatuor mené par la guitare de Carl Coleman et les claviers de Caspar Hesselager. Malgré la relative jeunesse du groupe, l’ensemble possède d’ores et déjà une forte identité et un véritable son, et emprunte avec bonheur autant au rock indie qu’à l’electro. Menant sa barque avec décontraction et professionnalisme, Coleman (ex Sink Ships) déroula un set de grande qualité, même un peu trop formel à mon goût.

Winter Palace 2

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Cette session danoise fut clôturée par un duo très haut en couleur, en les personnes de LYDMOR & BON HOMME, alias Chapeau Melon et Gros Délire. Madame est une auteur-compositrice-interprète ayant jusque là plutôt donné dans le piano/voix intimiste (Lamppost Light). Monsieur est le chanteur et bassiste du trio WhoMadeWho. Leur collaboration est une catharsis electro festive et débridée, qui surprendra autant les fans de l’une que de l’autre. Bien aidé par une brochette de spectateurs survoltés, le duo transforma les 3 Baudets en boîte de nuit pendant trois quarts d’heure, elle menant d’audacieux raids à travers les rangées de sièges de l’auguste maison (audacieux car son micro était filaire), lui s’improvisant batteur pour les besoins du set, sa bonne humeur communicative compensant amplement les occasionnelles erreurs de tempo. Bref, un engagement total et sans filet de la part de nos deux compères, qui ont très dignement conclus cette soirée 100% scandinave.  

Lydmor & Bon Homme 1.

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Pour aller plus loin:

Year of the Flesh, le dernier album de Dad Rocks!, est une vraie pépite indie rock, où s’exprime toute l’inventivité et la science de l’arrangement du groupe. De l’Admiral Fallow immédiatement accessible en quelque sorte. C’est un compliment. Un exemple: Peers

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Palace Winter n’a pour l’instant sorti qu’un seul E.P., Medication, qui trace son chemin entre le rock mélancolico-ciselé de The Boxers Rebellion et les chevauchées instrumentales de Toy. C’est également un compliment. Un exemple: Menton

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Le premier album de Lydmor & Bon Homme, Seven Dreams of Fire, n’était pas encore sorti au moment où le duo s’est produit aux 3 Baudets. Et si la pochette évoque fortement les White Stripes, le contenu se rapprocherait plutôt d’une version 2.0 d’Eurythmics, le cold wave en moins, la glam touch en plus. Compliment toujours. Un exemple: Things We Do For Love

AURORA @ LES ETOILES + MAMA FESTIVAL JOUR 1 (14.10.15)

Abondance de biens ne nuit pas. Et c’est la même chose pour les concerts: après quelques semaines de calme plat, une vague d’évènements musicaux a déferlé sur Paris, emportant votre serviteur sur son passage. Compte-rendu du Day One.

Rendez-vous au théâtre Les Étoiles pour une piqûre de rappel du talent d’AURORA, dernier phénomène en date de la nouvelle scène norvégienne, décidément impressionnante de qualité et d’éclectisme. Après un premier passage à la Boule Noire en Juin 2015, Mlle Aksnes revenait à Paris en terre quasiment conquise, enchanter à nouveau ses fans hexagonaux et engloutir des quantités phénoménales de crêpes au Nutella. C’est ce qu’on appelle joindre l’utile à l’agréable.

Aurora

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Auparavant, DAVID ZINCKE, soit le petit frère caché de Jimmy Fallon (la guitare en plus et la cravate en moins), avait régalé l’assistance avec son one man show mêlant folk, pop et blues. Secondé par Bill Withers (jolie reprise de Grandma’s Hands) et Medi (producteur du premier EP du natif de Doncaster, et choriste de luxe sur le dernier titre – Oh My – du set), David a fort bien rempli son rôle de chauffeur de salle, malgré son sens de l’auto-flagellation so very brittish. C’était très bien, Mr Zincke.

David Zincke

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Pour la deuxième partie de la soirée, changement de décor. Exit les Étoiles, et bonjour la salle du bas du bar La Foule, à Pigalle. Un point de chute inhabituel pendant la majeure partie de l’année, mais pas au cours du Mama Festival, dont une bonne partie des concerts se déroule dans des établissements « séculiers ». Après Highasakite dans la cave du Petit Moulin, un autre groupe scandinave faisait ses premières armes françaises dans un sous-sol aménagé pour l’occasion, en l’occurrence les trois fantastiques de HEY ELBOW.

Le line up du Mama étant particulièrement chargé, et la notoriété du trio encore balbutiante dans l’Hexagone, le concert commença devant un public plus que clairsemé, ce qui n’empêcha pas Julia Ringdahl, Ellen Petersson et Liam Amner de faire honneur à leur premier album, Every Other, effort jazz rock psychédélique sensationnel et dépaysant. Fort heureusement, l’assistance se renforça au fil des morceaux, permettant ainsi à Hey Elbow de faire salle comble pour leur première date parisienne! On ne peut qu’espérer que l’intrigant combo revienne nous présenter sa smala (chaque titre de l’album ayant été baptisé d’un prénom) dans un futur proche et des conditions un peu plus optimales, la furia débridée de Mr Amner ayant plus d’une fois noyé les parties (guitare, trompette et voix) de ses comparses. Prenez date, braves gens.

Setlist Hey Elbow:

1)Ruth 2)Rael 3)Saga 4)Blanca 5)People 6)Matilde 7)Finn 8)Martin 9)Wildbirds 10)Alice 11)Fire

Hey Elbow

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Pour aller plus loin:

Digne représentante de la scène « pop » (à défaut d’un meilleur qualificatif) scandinave, Aurora a la sale habitude de ne sortir que des morceaux merveilleusement équilibrés, imparables mais toujours sobres, tubesques sans être creux (ce qui pour un tube, est tout de même assez compliqué). Un exemple: Runaway

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David Zincke est le genre d’artiste qui font que les sessions scènes ouvertes des pubs britanniques sont et restent une institution nationale. Une voix, une guitare, une stomp box et roulez jeunesse. Jamais de facilité dans ses compositions, tout a été fait, travaillé et peaufiné pour surprendre l’auditeur, toujours en bien of course. Un exemple: Settle Down

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Avec son most scandinavian line up ever (guitare électrique, trompette/claviers, batterie), Hey Elbow est un creuset de styles, de sons et d’ambiances. Au petit jeu des comparaisons, on peut les rapprocher de Bendik, Anna von Hausswolff ou encore Anna Calvi. Et si vous vous demandez ce que ces trois artistes ont en commun, la réponse est bien sûr Hey Elbow. Un exemple: Blanca

STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 2 (26/27/28.06.2014)

Après une nouvelle « nuit » passée à essayer de dormir, suivie d’une nouvelle matinée passée à essayer de se réveiller, il était temps d’aborder le grand final de cette neuvième édition du Steinkjerfestival. Sur le papier, la conclusion de ce samedi paraissait bien plus attrayant que le programme des premières heures, mais, et c’est la magie de ce type d’évènement, il s’avéra que la qualité resta aussi homogène que haute de 15h à 01h du matin. Que demande le peuple?

Samedi midi au camping du Steinkjerfestival: même plus besoin de sortir de la tente!

Samedi midi au camping du Steinkjerfestival: même plus besoin de sortir de la tente!

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Le samedi est un jour un peu spécial au Steinkjerfestival, en ceci que les organisateurs transforment le site en gigantesque aire de jeux pour têtes (forcément) blondes en début d’après-midi, avant de rebasculer en mode musique pour le reste de la journée. Entre les ateliers de maquillage, les stands de jeux, les spectacles de rue, l’école de cirque et les tours de poney, il y en avait vraiment pour tous les goûts. Pour ma part, j’ai simplement regretté que le tremplin musical dont j’avais été témoin au cours de ma dernière visite ait été annulé, même si un grand nom de la scène norvégienne avait été invité en guise de remplacement.

En effet, MARTIN HAGFORS faisait office de clou du spectacle pour cette première partie de journée, et monta sur la NTE Scenen à 16h pour le plus grand plaisir des 3 – 10 ans. Si vous ne connaissez pas le personnage, sachez qu’il s’agit d’un chanteur américano-norvégien que l’on pourrait qualifier d’engagé (Company Oil, Blood For Oil, Freedom For The Hounds), et dont le dernier album (I Like You) était vraiment excellent – et je ne dis pas ça parce qu’il a été produit par Lars Horntveth et que Susanne Sundfør (1ère) a fait les chœurs sur deux morceaux – . Avec sa voix plaintive, son éternelle casquette militaire et ses participations à des rallyes politiques, Hagfors s’inscrit dans la droite lignée des chanteurs de folk américains, de Woody Guthrie à Peter Seeger. Mais ça, c’était avant.

Car Martin Hagfors a plus d’une corde à son arc, et n’était certes pas venu, comme vous vous en doutez bien, titiller le sens civique des bambins de Steinkjer. Ayant multiplié collaborations et projets musicaux au fil des années, le Hagfors version 2014 (spécialisé dans la chanson enfantine) était venu présenter son spectacle à succès MEG OG KAMMERATEN MIN (traduction: moi et mon copain) en compagnie de son complice Håkon Gebhardt – ex Motorpsycho – . Il n’y a qu’en Norvège que ce grand écart artistique est possible*, la chanson pour enfants étant perçue comme un sous-genre dans de nombreux pays (la France y compris), et ses interprètes passant toute leur carrière à creuser ce sillon.

*: La littérature est également concernée: le grand Jo Nesbø lui-même a ainsi débuté une série pour enfants, dont le premier tome porte le nom évocateur de « Doktor Proktors prompepulver », soit « La Poudre à prout du professeur Séraphin » en VF. Ca te fait rire couille de loup? L’équivalent français de cette digression juvénile pourrait être Serge Brussolo, avec ses séries Peggy Sue et Sigrid, encore que ces dernières s’adressent plus à un public adolescent qu’enfantin.

Martin Hagfors

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Quoi qu’il en soit, il fallait parler couramment le norvégien et avoir au choix moins de 99 mois ou plus de 99 ans pour apprécier pleinement la mini comédie musicale donnée par Hagfors et Gebhardt, apparemment articulée autour du personnage du « Roi des rats » (figurines en mousse à l’appui), d’après le peu que j’en ai compris. Ne répondant à aucun de ces deux critères, j’ai rendu ma carte d’adhérent après une petite demi-heure, découvrant sur le chemin du retour à la tente une effroyable nouvelle placardée sur les portes de l’Eglise: INGRID, souffrante, annule son concert solo dans le dit lieu consacré. Helvete!

Consolation importante, le concert de Highasakite (le groupe dont Ingrid est la chanteuse) était lui maintenu. Attendant beaucoup de l’une et l’autre prestation, je fus très déçu de ce coup du sort, même si avec le recul (et la découverte du premier et unique album de Mlle I.) je me demande bien ce à quoi le récital de la grande prêtresse lucanophile – ce terme existe – aurait donné. Non pas que Babylove soit mauvais, bien au contraire, mais ce n’est pas le genre d’album qui passe très bien en live à mon avis (à moi de faire une fixation sur l’huile de moteur et/ou la bière istanbuliote). À toute chose malheur est bon cependant, puisque ce désistement me permit de découvrir un groupe que j’avais déjà zappé lors de l’édition 2012 (et croyez bien que je le regrette maintenant, car il est beaucoup plus sympa que D.D.E.).

Mais remontons d’abord un peu le temps, pour revenir au premier concert de la journée. La suppression du tremplin musical du samedi matin n’ayant pas été si sèche que ça, le créneau de 15h avait été réservé aux vainqueurs d’une sorte de concours local, qui se trouvèrent être les SUGARFOOT. C’est ainsi que, en plein milieu du centre aéré géant qu’était devenu le Steinkjerfestival à ce moment précis de la journée, et avant que Meg Og Kammeraten Min n’investisse les lieux, la NTE Scenen accueillit un authentique groupe d’ americana-country (j’en veux pour preuves le fait que 1) l’un des musiciens jouait de la steelpedal et 2) ce même musicien aurait pu remporter le concours de sosies de David Crosby – période CSNY – même s’il s’était (presque) coupé les cheveux). Malgré une audience famélique – bizarrement, les enfants n’aiment pas ce genre musical -, la performance du sextuor fut tout à fait honorable, avec quelques envolées instrumentales savoureuses.

Et non, cette photo n'a pas été prise pendant les balances...

Et non, cette photo n’a pas été prise pendant les balances…

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Il y a des musiciens qui semblent prendre un malin plaisir à braver crânement les règles les plus élémentaires du marketing et de la communication promotionnelle. Même s’ils prouvent ce faisant leur détachement (admirable) par rapport aux trivialités que sont la course à la médiatisation et à la reconnaissance du grand public, réservant leur art à la poignée de happy few ayant eu le bonheur de les découvrir aux hasards des courants et des rencontres, je ne peux m’empêcher de penser que cette attitude est plus dommageable qu’autre chose, et que les ayatollahs de l’obscurantisme seraient toujours mieux inspirés de ravaler leur pureté nihiliste pour, ne serait-ce qu’une fois dans leur parcours, se plier aux règles du jeu de l’industrie musicale.

Par exemple, en se dotant d’un nom de scène un minimum « Google-friendly », ce qui constitue un atout considérable dans notre monde méga-connecté et hautement concurrentiel. Je m’étais fait cette réflexion il y a quelques temps déjà – après avoir passé quarante-cinq minutes à chercher, sans grand succès, le site de Indians à la suite de son concert au Café de la Danse en première partie de Perfume Genius – et ma position sur le sujet n’a pas bougé d’un iota depuis. Le fait que je vienne de perdre une demi-heure à localiser la page Facebook* de THE SOUTH n’est sans doute pas étranger à ce conservatisme militant. Mais laissez moi vous dire que ça en valait la peine.

Pourquoi? Parce que les gars de The South font du rock comme plus personne (ou presque) en fait de nos jours, en tout cas pas en Europe et pas à un tel niveau de maestria. Le côté sudiste du groupe s’exprime en effet par son amour immodéré pour le jeu à deux ou trois guitares électriques, les improvisations géniales et prolongées, et les prestations live faisant primer la qualité sur la quantité des morceaux joués (quatre en tout et pour tout en cinquante minutes).

Vous l’aurez compris, le Sud dont on parle ici est celui des Etats-Unis, de la fin des années 60 au milieu des années 70, à l’époque où le Grateful Dead chassait l’alligator en chantant des hymnes solaires, où Lynyrd Skynyrd prenait la défense de l’Alabama et ouvrait la cage aux oiseaux, et où la bande des frangins Allman faisait les trois huit au Fillmore East. Pour autant, il serait aussi mal avisé que réducteur de cantonner The South à cette ascendance illustre, nos compères étant tout à fait capables de s’illustrer dans d’autres styles, comme ils le prouvèrent avec l’introductif No Escape/Don’t Let Go, crossover réussi entre Echoes de Pink Floyd et Daylight Again de Crosby, Stills and Nash. Mais oui.

Mené par le virtuose barbu Alexander Pettersen et par la charmante Ida Jenshus, qui, en bonne copine, fit office de choriste/tambouriniste de luxe le temps d’un concert (et plus important, m’a permis de retrouver la trace du groupe sur le net par simple effet d’association, merci Ida), le sextuor imposa son approche vintage avec brio et passion et fut récompensé de son investissement par une foule nombreuse et enthousiaste. Je recommande vivement l’écoute de leur dernier album, …The Further Out You Get, qui ne vaut évidemment pas une performance live mais vous donnera sans doute l’envie pressante de découvrir The South sur scène. Si l’occasion se présente, ne la laissez pas passer.

*: Et comme si ça n’était pas assez dur comme ça, le groupe a eu la magnifique idée de publier un deuxième album éponyme. La Norvège n’est pas les pays des trolls pour rien.

The South 2

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Les trois heures qui suivirent se révélèrent moins passionnantes. Sur Rismelen et sous un beau soleil, MARIA MENA remplit de bonne grâce le quota de pop gentillette de cette édition 2014 (deux ans plus tôt, c’était Gabrielle). Même avec la meilleure volonté du monde, difficile de se satisfaire de ce genre de soupe quand on a fait 1700 bornes pour venir. Avec le recul, je pense que ça aurait beaucoup mieux donné en acoustique sur la scène de Klubben, mais les têtes d’affiche ont un rang à tenir, après tout.

Plus tard, le combo américano-danois REVEREND SHINE SNAKE OIL CO., sans doute abandonné dans la baie de Steinkjer par le Gulf Stream, essaya sans grand succès de convertir les habitants du cru à leur mélange de jazz/gospel/funk expérimental, sans doute un peu trop pour un dimanche après-midi et un festival familial. Claudius – Angeryman – Pratt eut beau mouiller la chemise avec application (sur les vingt minutes auxquelles j’ai assisté, le bougre a bien du perdre 8 litres de sueur), occuper la scène avec l’énergie de James Brown et beugler dans son mégaphone avec la hargne de Tom Waits, la sauce ne prit pas vraiment, et nous nous retrouvâmes donc nombreux à faire la queue pour assister au concert de MONICA HELDAL, brindille folk qui eut bien du mal à se faire entendre au dessus du brouhaha causé par les allers et venues ininterrompues entre l’intérieur de Klubben et les autres points chauds du Steinkjerfestival (la buvette, les stands nourriture, la consigne, le vendeur de goodies, les toilettes et la prestation du Reverend Shine, par ordre de popularité décroissant).

En raison de cette affluence record, je garde un souvenir assez flou de la performance de Miss Heldal et de ses musiciens, dont un guitariste lead assez impressionnant. J’en ai toutefois assez vu et entendu pour savoir que cela m’aurait sans doute beaucoup plus dans des conditions plus favorables. Les mystères du cerveau humain… J’eus également le privilège de voir passer l’organisateur de l’évènement, Svein Bjørge en personne, toujours impressionnant dans ses cuirs noirs. C’est par où le Mur, ser?

Hé, vous êtes passés où les gars?

Hé, vous êtes passés où les gars?

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À 21h15, retour à la NTE-Scenen pour réserver une place de choix pour LE concert de la journée, voire du festival en ce qui me concernait, celui de HIGHASAKITE. Malgré mon arrivée précoce (le coup d’envoi étant prévu pour 22h), je m’étais attendu à côtoyer plus de monde pendant ma veille au pied de l’estrade, mais la venue de la quintette magique à Steinkjer n’était  visiblement pas aussi attendue par les locaux que je l’avais supposée, puisqu’il fallut attendre le dernier quart d’heure pour qu’enfin l’auvent se bonde (p*tain c’est beau, on dirait du Bashung). Etonnant, au vu de la qualité soutenue (et croissante qui plus est) de la production du groupe, de son passage remarqué au Spellemannprisen 2013, et des racines Trondheimoises (mais oui ça passe) du combo.

Dès les premières note, je compris que l’on allait évoluer à un tout autre niveau que celui du mini showcase parisien d’Octobre 2013, réalisation attendue et espérée de ma part, mais dont l’immédiate confirmation ne fit qu’empirer mon écœurante satisfaction d’avoir une nouvelle fois cédé à l’appel des sirènes du Nord-Trøndelag. Et dire que j’avais bien failli ne pas faire le déplacement cette année pour une bête histoire de partiels. Sainte Ingrid, pardonne ce manque de foi passager, on ne m’y reprendra plus.

Nimbée de lumière trouble et d’un informe kimono-sweater, Håvik livra une prestation aussi intense que réservée, s’autorisant un sourire fugace entre chaque morceau en réponse des rugissements approbateurs de la foule. Prophétesse du steel-drum et de l’autoharpe au charisme magnétique, ses grands yeux bruns rêveurs perdus dans la contemplation d’horizons plus proches de la côte est américaine que de la table de mixage, Ingrid démontra pleinement qu’elle était l’âme et le cœur de Highasakite, et sans doute beaucoup plus que ça. On en reparlera dans 10 ans.

Highasakite 2

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À ses côtés, répartis par paires de part et d’autre de leur égérie, ses comparses se contentèrent de livrer une partition parfaite, leur professionnalisme discret mettant magnifiquement en valeur la richesse des arrangements de Silent Treatment, dont l’essentiel (Lover…, Leaving No Traces, Hiroshima, I, The Hand Grenade, Darth Vader, The Man on the Ferry, sans oublier les incontournables Since Last Wednesday et Iran) fut présenté en cette donc merveilleuse soirée du 28 Juin, ainsi que l’impressionnante présence scénique de leur meneuse.

Seul Kristoffer Lo, excentré sur l’aile droite de la scène, se permit quelques excentricités de bon aloi, comme souffler dans son flugabone comme s’il s’agissait de la trompette du jugement dernier, pour le plus grand plaisir des photographes présents en nombre dans la fosse des videurs. Cerise sur le gâteau, le groupe répara une bonne partie des dégâts émotionnels causés par l’annulation du concert d’Ingrid plus tôt dans la journée en interprétant une version superlative du meilleur morceau de Babylove, Marianna*.

Mission remplie donc avec brio pour les Highasakite, qui repartirent de Steinkjer sous les ovations méritées d’un public enthousiaste et conquis. Il ne reste plus qu’à espérer que le vent les pousse une nouvelle fois jusqu’à la France pour un petit concert, si possible dans de meilleures conditions que le premier en date. Un vœu pieux? Nous verrons bien…

*: Etrange comme les artistes norvégiennes sont capables de sublimer les sujets les plus glauques. Marianna raconte en effet pratiquement la même histoire que O Master (Susanne Sundfør, 2ème), celle du meurtre sordide d’une femme, possiblement par un amant/souteneur jaloux. 

Highasakite 1

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La nuit commençait à tomber doucement à mon retour devant Rismelen, pour le concert de la dernière tête d’affiche du festival. Et à propos de tête, celle de TIMBUKTU (car c’était lui), s’étalait de profil par 5 mètres sur 10 en fond de scène, comme le logo d’une bouteille de shampoing Schwartzkopf passé au microscope. Grosse poilade à l’arrivée, le bonhomme en question devant culminer à 1 mètre 65, casquette comprise*. Cherchait-il à surcompenser quelque chose? Le débat reste ouvert. Le mérite de l’artiste n’en est, lui, que plus grand, car il ne doit pas être facile de s’imposer comme une des références du hip-hop (genre musical dont les représentants masculins ont tendance à être taillés comme des armoires à glace) scandinave (région du monde où le rachitisme débute en dessous de 1 mètre 80) quand on a la carrure de Chantal Goya. Respect.

Accompagné du groupe Damn, formation instrumentale incorporant une section de cuivres, ce qui est toujours une bonne idée, le petit Prince de Suède vint confirmer son statut de méga star régionale, conquérant la foule de Steinkjer en deux temps, trois mouvements. Pour le grand néophyte que j’étais en la matière, je dois reconnaître que la prestation fut tout à fait appréciable, même si j’avoue n’avoir pas compris un seul mot en une heure et quart de show. Il va vraiment falloir que je me mette au suédois. L’énergie déployée par le farfadet à moustache, sa générosité dans l’effort et son flow énergique furent autant de raisons qui me poussèrent à rester jusqu’à la fin de sa performance, et même à attendre le rappel du rappeur. Ca, et le secret espoir – hélas non réalisé – qu’il récompense ses fans Norvégiens en interprétant Kapitulera, tube de 2011 sur lequel il avait convié – je vous le donne en mille – Susanne Sundfør (3ème). On ne peut pas gagner à tous les coups.

*: 163,9 centimètres, pour être tout à fait exact. Selon cet article, ce manque d’envergure aurait même constitué un motif de rupture avec une de ses anciennes petites amies.

 Timbuktu

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En conclusion de cette édition 2014, le quatuor rock BLACK DEBBATH (toute ressemblance avec un nom de groupe dont le chanteur décapite les chauves-souris à coup de dents serait purement fortuite) se chargea d’enfumer la NTE-Scenen, bien aidé par son attirail délirant comprenant, entre autres, des pieds de micro customs munis de guidons de moto et de fumigènes intégrés. Black Debbath, c’est la rencontre entre SAMCRO (le chanteur du groupe, Lars Lønning, ressemble d’ailleurs étrangement à Ron Perlman) et les Monty Python sur fond de hard rock (che)velu, ou encore la déclinaison norvégienne de notre Philippe Katerine national : c’est très drôle si on comprend les paroles, un peu moins dans le cas contraire, mais il y a toujours moyen de passer un bon moment.

Black DebbathArmé de son maillet de président et secondé par l’impayable Egil Hegerberg (déjà présent à l’affiche du festival en 2012 en tant que Bare Egil Band), Lars tenta tant bien que mal de créer une antenne Black Debbath à Steinkjer. Je pense qu’il dut finalement y arriver, puisque nous avons tous voté (et oui) pour quelque chose à un moment du concert, probablement pour notre rattachement à la grande tribu BD, dont les membres fondateurs œuvrent chacun dans une demi-douzaine de projet séparés (je vous conseille de jeter un œil sur Hurra Torpedo, pour apprendre à jouer Total Eclipse Of The Heart dans/à la cuisine) et se réunissent de temps en temps pour évangéliser une nouvelle paroisse. Quoi qu’il en soit, ce fut une conclusion tout à fait à la hauteur de l’évènement, qui se termina dans la bonne humeur et l’émotion avec une standing ovation pour Svein Bjørge. Pouvait-on rêver plus beau dénouement?

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Et c’est ainsi que s’acheva (pour moi en tout cas) l’édition 2014 du Steinkjerfestival. De retour sur les routes et les rails de Norvège le lendemain matin, j’ai quitté avec un pincement au cœur le Nord Trøndelag, direction Paris via Trondheim et Oslo. En conclusion de ce compte rendu, je ne peux que recommander à nouveau à tous ceux ayant l’occasion de faire le déplacement jusqu’à Steinkjer de réserver leur dernier week-end de Juin pour une virée chez les Vikings. Dépaysement garanti, environnement détendu, convivial et sécurisé, coups de cœur musicaux assurés et concerts d’exception : voilà une formule qui ne passera jamais de mode. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne rentrée à tous, et à vous donner rendez-vous pour une nouvelle année sonique sur le blog. Et je ne sais pas pour vous, mais le millésime 2014-2015 me plaît déjà énormément (et oui… 4ème). Vi ses!

STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 1 (26/27/28.06.2014)

Retour au pays. Deux ans après avoir découvert le Nord-Trøndelag à la faveur d’une excursion dans la petite ville de Steinkjer, je repris le chemin du Nord de l’Europe (et donc de la Norvège, étymologiquement parlant) pour un nouveau week-end d’immersion dans la musique et la culture scandinave. Une fois parvenu sur place, après cinq heures d’avion, une heure et demie de train et quatre heures de retard sur l’horaire programmé, il était plus que temps de monter la tente et de se diriger, d’un pas un peu las mais léger, vers le centre-ville de cette paisible bourgade de 20.000 âmes, afin d’inaugurer la neuvième édition du (désormais culte) Steinkjerfestival.

Comme il y a deux ans, la soirée du jeudi vit se dérouler le « kick-off » du festival sur la plus petite des trois scènes (Klubben). Devant un public encore peu fourni, et constitué en bonne partie des volontaires en charge de la majorité de l’organisation de l’évènement (bravo et merci à eux au passage), la scène locale put donner pleine mesure de son talent. Les aléas de la météo m’ayant conduit à rater quelques transferts entre Roissy et Trondheim, je ne fus en mesure d’assister qu’à la fin de la prestation du dernier groupe programmé, CLARION CALL.

Clarion Call 1Avec 19 ans d’existence au compteur, les Clarion figuraient parmi les vétérans de cette édition déjà riche en « vieilles » gloires (voir la suite du report). Emmené par la paire Aarlott (Gisle, fondateur et guitariste, et Andreas, chanteur*), le groupe  déroula sa progpop avec maestria. Evoluant dans le sillage du Pink Floyd gilmourien (The Division Bell) et du Marillion post-Fish, Clarion Call distilla ses compositions aux atmosphères planantes et chaleureuses sans la moindre fausse note, Andreas Aarlott (d’abord connu comme frontman de Creaminal et manager au centre multimédia de l’université de Trondheim à la ville) se révélant parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle et suppléant sans mal son homonyme au micro – jusqu’à cette année, Gisle Aarlott avait en effet la double casquette de chanteur-guitariste – . Venus avec deux choristes et quelques effets lumineux pour rehausser l’arrière de la scène, le groupe assuma sans frémir son statut de tête d’affiche de la soirée, et conclut ce premier jour de manière fort convaincante.

*: Aucun lien de parenté entre les deux compères apparemment.

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Le lendemain, après une matinée passée à tenter de récupérer du voyage (plus facile à dire qu’à faire au pays du soleil* de minuit quand on bivouaque dans une tente vert clair sur le territoire d’une bande de mouettes très démonstratives), et un début d’après-midi à flâner dans les faubourgs de Steinkjer (compter une demi-heure de marche pour épuiser le sujet) et à calculer le meilleur ratio apport calorifique/coût au Spar local, il fut enfin temps de se diriger vers l’église pour le premier concert de la journée. Première constatation une fois sur place: MODDI (car c’était lui) est une véritable star dans son pays natal, capable de remplir les 600 places du saint lieu en quelques minutes. Il faut dire qu’il s’agissait du premier concert de la chère tête blonde dans le Nord-Trøndelag, ce qui a forcément motivé les gens du cru à faire le déplacement. Pour ma part, relégué dans une contre-allée d’où l’on distinguait un peu la scène, jusqu’à ce qu’un couple de Norvégiens de taille standard (un petit mètre 85 de moyenne) encore plus en retard que moi ne décide d’investir le rang de devant, je ne pus que me jurer de m’y prendre plus tôt la prochaine fois, et remballer mes espoirs de prendre quelques images correctes en même temps que ma GoPro. Tant pis.

Thomas Jergel ©

Thomas Jergel ©

Beaucoup plus calme que lors de sa venue à la Flèche d’Or au printemps dernier, Moddi n’avait cependant rien perdu de sa bonne humeur communicative, et se fit un devoir d’abreuver les spectateurs de blagues tout au long de sa prestation (malheureusement, ma maîtrise imparfaite de la langue et le débit rapide du personnage se combinèrent pour me priver de la quasi-totalité de ce one man show drolatique, mais la gaieté est communicative, surtout avec un public aussi fourni). Venu avec sa fidèle choroncelliste (une choriste jouant du violoncelle, en abrégé), mais également un batteur, un bassiste et un pianiste, notre sympathique joker livra un set divisé pour moitié entre titres norvégiens et anglais. Parmi ces derniers, on put par exemple retrouver Poetry, Eli Geva et un conclusif – et incontournable – House by the Sea, tous déjà interprétés à Paris en Avril dernier. Cependant, nul besoin de préciser que le rendu à Steinkjer fut incomparablement supérieur, les instruments supplémentaires, l’acoustique du lieu et l’attention totale de l’audience se conjuguant pour accoucher d’une expérience proprement enchanteresse, même sans l’image. À la guitare ou à l’accordéon, seul ou accompagné, Moddi embarqua tout son monde dans son univers poétique, coloré et naïf avec une maîtrise consommée. À l’arrivée, les minutes filèrent une fois de plus trop vite (comme à chaque concert dans la Steinkjerkirke, une habitude définitivement douce-amère), et tout fut terminé beaucoup trop rapidement à mon goût. Ite, missa est.

*: Pour être exact, il faudrait plutôt parler d’une aube crépusculaire commençant tous les soirs à 23H et ne s’achevant qu’avec l’arrivée du soleil à 5H le lendemain.

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Arrivé à temps pour assister à la fin du set de FRIDA NATLAND, venue avec son groupe combler le vide entre Beth Hart et Ane Brun (entreprise louable, mais au final ni nécessaire, ni vraiment intéressante), je partis ensuite pour la grande scène (Rismelen), afin de découvrir les premières têtes d’affiche de l’édition, à savoir VIOLET ROAD. À 100 mètres, on aurait presque cru à une manifestation des Waterboys à leur grande époque, à condition toutefois de couper le son, car si l’exubérance vestimentaire de cette sympathique quintette quasi familiale évoquait fortement celle de Mike Scott et de ses ondins au début des années 80, les compositions du groupe n’approchaient en revanche pas, et loin s’en fallait, l’intensité et l’allant de la Big Music prêchée par leurs glorieux aînés. Amusante coïncidence, le dernier single des premiers, Face Of The Moon, n’allait pas sans évoquer le nom d’un des tubes des seconds, The Whole Of The Moon. Simple question d’échelle. Comme quoi, il ne suffit pas toujours d’un saxophoniste pour entrer dans la légende (même si ça peut aider).

De retour en avance sous le chapiteau de la NTE Scenen, je pus assister à l’installation du groupe au nom le plus long de cette édition, j’ai nommé CONOR PATRICK & THE SHOOTING TSAR ORCHESTRA. Le hasard faisant bien les choses, il s’agissait également de l’ensemble le plus populeux de ce cru 2014, laissant la concurrence loin derrière avec ses neuf membres réguliers, dont sept avaient fait le déplacement jusqu’à Steinkjer (et comme dans les films d’horreur, c’est toujours le joueur de bongo – noir – qui meurt le premier, mais je m’égare*). Dans une indifférence à peu près totale – comprendre que j’étais le seul péquenot sur place avec l’équipe technique – la troupe s’installa sur scène et procéda aux balances. Cette arrivée précoce fut apparemment remarquée et appréciée par le groupe, comme tu l’apprendras bientôt, ami lecteur, mais ne précipitons pas les choses.

*: Autre absent notable, le violoncelliste classique de l’ensemble.

CP&STO 1

Où sont les fans?

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À 20h30 précises, la joyeuse cohorte débuta son concert devant un parterre bien plus fourni qu’à mon arrivée, votre serviteur se trouvant logiquement au premier rang (à quoi bon arriver en avance si on ne peut pas choisir sa place?). La pop symphonique des Tsars Filants ne manquait certes pas d’allure ni de majesté, les huit comparses ne ménageant pas leur peine pour porter leurs morceaux jusqu’au point de fusion émotionnelle. Mention spéciale au joueur de glockenspiel (et oui, il y en avait un), qui réussit à rester à concentré et concerné d’un bout à l’autre du set. Oui je chambre, mais je ne suis pas méchant. Au centre de l’estrade, Conor Patrick, sa tignasse artistiquement négligée et son timbre de voix angélique laissèrent parler leur classe naturelle pour se poser en dignes successeurs des incontournables A-ha. Certes, parmi la petite dizaine de morceaux présentés en cette soirée du 27 Juin, aucun ne pouvait rivaliser avec les éternels Take On Me ou The Sun Always Shine On TV, mais tous se situaient bien au-dessus de tout ce que le trio Harket/Waaktaar-Savoy/Furuholmen a pu sortir au cours de leur dernière décennie d’activité en temps que groupe.

Arriva alors le moment de grâce. Rassuré par l’accueil favorable réservé par les festivaliers à ses créations, Patrick Conor descendit de la scène pour venir chanter au plus près du public, parqué comme de juste derrière les barrières de sécurité délimitant le no man’s land hanté par les vigiles et les photographes accrédités. Si, au regard du style du groupe, je ne fus pas surpris de voir son chanteur chercher à plonger son regard bleu pâle dans celui d’un(e) fan transi(e), je le fus en revanche bien davantage quand il s’avéra que j’avais été choisi pour être l’heureux élu de ce moment de communion. Oui, oui, vous lisez bien, Conor Patrick passa trente secondes de Calendar à me fixer droit dans les yeux, à cinquante centimètres de distance, et, ce qui est encore plus fort, ne regarda absolument personne d’autre jusqu’à son retour sur scène. Merci Steinkjerfestivalen pour cette parenthèse totalement improbable et absolument mémorable, qui restera comme un de mes moments forts de cette seconde excursion dans le Nord-Trøndelag.

CP&STO 3

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Retour ensuite à Rismelen, pour assister au show des CC COWBOYS, groupe apparemment culte à en juger par la récurrence des passages scandés par le public en même temps ou à la place du chanteur, sorte de sosie de Tom Barman avec des lunettes de soleil. En 2012, c’était D.D.E. qui occupait le créneau des anciennes gloires toujours chéries, comme si nos Téléphone nationaux se réunissaient pour une dernière tournée des festivals. Sans cette valeur ajoutée nostalgique, et faute de pouvoir comprendre les textes (tout était en norvégien), il me fallut bien reconnaître que le rendu n’avait rien d’exceptionnel. Je laissais donc les vieux vachers poursuivre sans moi, et me redirigeai vers la NTE Scenen, où je savais que m’attendais un trio plus à mon goût.

CC Cowboys 1

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À mon retour, les « three bitches from Sweden » (Greta, Stella et Sunniva Bondesson, les trois sœurs punkabilly de BASKERY) étaient déjà en train de s’installer sur scène. Présentes en 2012 à ce même festival et sur cette même estrade, le show qu’elles s’apprêtaient à donner avait donc une fort saveur de revenez-y. Sur place, je fis la connaissance d’un grand fan Norvégien, qui les suivait à la trace au hasard de ses déplacements en Scandinavie. Notre conversation, assez hachée, nous permit de passer le temps jusqu’au début du concert à proprement parlé, et je tiens à le remercier ici pour ces quelques minutes d’échanges conviviaux (ça m’étonnerait qu’il lise le français, mais on ne sait jamais).

Venues avec un nouvel album (Little Wild Life), les trois Grâces suédoises régalèrent le public avec une prestation maîtrisée de bout en bout. Contrairement à leur dernière visite, pendant laquelle Sunniva s’était exprimée uniquement en anglais, la triplette fit cette fois l’effort de communiquer avec son public dans sa langue, ce qui ne fit qu’accroître la sympathie de ce dernier envers les premières. Jouissant d’un statut à part à Steinkjer (il s’agit à ma connaissance du seul groupe rappelé par demande populaire d’une année sur l’autre), Baskery forgea un peu plus sa légende en effectuant un rappel – luxe rare en festival* – commencé par une chanson à boire suédoise a cappella (Bort allt vad oro gor) et terminé par une version dantesque de Out-Of-Towner. Signalons également la jolie reprise du Old Man de Neil Young, insérée dans la setlist, parmi les classique du calibre de The No No, Throw Me A Bone ou Here To Pay My Dues. En conclusion, un sacré bon moment, exactement comme espéré. À la prochaine les filles.

*: Et permis par l’absence de Blue Pills après elles sur la NTE Scenen.

Baskery 2

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Tout festival doit réserver des surprises à ses participants, et Steinkjer 2014 ne fit pas exception. Le petit livret détaillant le programme de l’année indiquait ainsi « ?? » à partir de 23h30 sur la scène Rismelen, et en l’absence d’alternative sur ce créneau, il eut été malpoli de ne pas aller voir ce qu’il en retournait. Imagine alors, lecteur, un concert des Bérurier Noir en norvégien, avec cosplays de catcheur mexicain et de faucheuse noire, combinaison lycra verte intégrale et cascadeurs déguisés en grands-mères, et tu auras une petite idée de ce à quoi ressemble un concert de HAT, groupe aussi culte que local. Comme pour les polonais de Behemot il y a deux ans, l’intensité du show pâtit quelque peu de l’étalement du public, dont une bonne partie se contenta de regarder à bonne distance les pogos éclater dans la « fosse ». L’affaire aurait été bien plus bouillante dans le Klubben, mais se serait certainement terminée en jus de boudin, étant donné le goût prononcé du groupe pour les effets pyrotechniques. Bref, une curiosité locale, mémorable à défaut d’être compréhensible.

Hat 2

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Dernière étape de ce vendredi, la scène NTE accueillait les récurrents (trois participations au cours des trois dernières années) OSLO ESS (prononcer Ouchlou S). Pour avoir suivi de loin l’activité du groupe depuis deux ans, et être resté plus d’une fois ébahi par la capacité d’abattage d’Åsmund Lande et de ses potes – 200 concerts par an tout de même -, je me demandais dans quel état serait trouver le combo punk le plus populaire de Norvège à l’occasion de ces retrouvailles. Au final, le charismatique Lande m’a semblé plus gaillard que jamais, insufflant un rythme d’enfer au show et assumant sans sourciller son statut de frontman avec une énergique bonhommie qui a sans doute quelque chose à voir dans le succès persistant rencontré par Oslo Ess auprès du grand public. Le batteur de la soirée, dont je n’ai pas retenu le nom, était également en grande forme, constat assez logique eut égard à son statut de touring member (le groupe n’a pas de percussionniste attitré). À la basse, Knut-Oscar Nymo et son éternel bonnet semblaient se contenter de la routine heureuse que représentait ce nouveau concert. Peter Larsson (guitare), avait lui une tronche de déterré et avait fait sien le détachement mi-halluciné, mi-goguenard que Keith Richards affiche depuis une décennie quand il joue avec les Stones/pour Mick Jagger, ce qu’il ne l’a pas empêché de livrer une partition tout à fait satisfaisante. Enfin, Einar Stenseng (clavier/harmonica) était juste parfait de désinvolture et de dandysme rock, promenant sa silhouette filiforme d’un bout à l’autre de la scène avec un détachement si artistement compassé qu’il en devenait presque éthéré (et ça aussi, je pense que ça contribue fortement au succès du groupe).

Oslo Ess 1

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Au niveau musical, on put retrouver le son punk-garage rock avec lequel les Oslo Ess se firent un nom en 2011 (Caroline évidemment), mais également quelques incursions intéressantes vers le ska, témoignage d’une curiosité manifeste envers d’autres univers que celui dans lequel nos quatre garçons évoluent à présent. Et ce ne fut pas la participation du rappeur OnklP (avec lequel Lande et Nymo ont formé le super groupe OnklP & De Fjerne Slektningene, et qui était sur les planches du Klubben avec ses comparses quelques heures plus tôt), qui contredira ce ressenti personnel. Qu’on se le dise, ce groupe en a sous la semelle, et ne peut qu’agréablement surprendre ceux qui chercheraient à le cantonner dans la niche punk (j’en veux pour preuve leur disque de live acoustique publié l’année dernière). Au risque de surprendre et même de choquer certains, je pense qu’Oslo Ess a largement le potentiel pour devenir le The Clash norvégien : ne manque plus que des textes plus engagés pour sauter le pas.

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À 1h et des poussières, et après une soirée entière de concerts et d’aller retour entre la grande scène de Rismelen et le chapiteau de NTE (le Klubben, ce sera pour demain), il était grand temps de regagner la tente pour recharger les batteries. Les plus convaincus purent se diriger vers le DJ set pour quelques heures de bonus, ou même accompagner le duo de buskers qui s’était judicieusement positionné juste à la sortie du festival (il en faut du courage/de la bière pour faire l’homme-orchestre à cette heure là, mes respects les gars), mais pour ma part, j’ai préféré jouer la carte de la sécurité: il aurait été dommage d’arriver lessivé le samedi (håhåhå). C’est sur calembour franco-norvégien que je te laisse lecteur : à bientôt pour la suite et fin de ce live-report. Vi ses!

FESTIVAL AIR D’ISLANDE @ LE POINT EPHEMERE (01.02.2014)

La question a fini par se poser. Après un n-ième petit soupir mi-amusé, mi-désabusé, de la part de mon interlocuteur après que je lui ai répondu que mon concert de ce soir avait pour thème cette île du grand nord Européen, grande comme l’Irlande et la Belgique réunies* et pourtant moins peuplée que Nice, patrie de commissaires dépressifs, de volcans vindicatifs et de banquiers en liberté conditionnelle, et où le moindre patronyme comporte obligatoirement 28 caractères (dont au moins trois appartenant à un autre alphabet) et finit invariablement par -dur/-dotir, et communément désignée par les profanes comme l’Islande, difficile de ne pas se la poser. Avant de partir pour le Point Ephémère et la deuxième soirée du festival Air d’Islande hébergée céans, je me suis planté devant une glace et ai longuement fixé mon reflet à la recherche d’une réponse à la terrible question dont je vous livre ci-dessous l’énoncé : suis-je un hipster? 
Passe encore le fait que je m’intéresse plus que de raison à la musique nordique, dont la popularité dans nos contrées méridionales m’est apparue jusqu’ici assez limitée (non, The Fox de Ylvis n’est pas un contre-exemple crédible), mais franchement, se passionner pour le single d’un chanteur indonésien (prénommé Marcel, pour ne rien arranger)? Traîner sur Douban et copier-coller le titre des chansons sur Google Translate pour retrouver celle dont parle Woozy dans son billet mensuel pour le Music Alliance Pact? S’improviser promoteur français d’un artiste écossais dont l’album a du se vendre à 35 exemplaires et qui n’aime pas faire des concerts? Qui d’autre qu’un hipster pourrait faire preuve d’une telle radicalité dans son approche? L’introspection ne s’étant pas prolongée assez longtemps pour me permettre de trancher avant l’heure du départ, je me suis donc rendu sur place et ai assisté à la soirée avec un poids terrible sur la conscience. Heureusement pour moi, à la sortie du Point Ephémère, je tenais ma réponse, et celle-ci était négative (à mon grand soulagement, car ça m’aurais ennuyé de devoir me laisser pousser la barbe fournie qui semble être la norme pour le hipster de genre masculin, sans compter les dépenses induites par le renouvellement de ma garde-robe). Démonstration.

*: Pas facile de trouver des exemples parlants. C’était ça où le Kentucky. Personnellement, je n’ai que la plus vague idée de la superficie du Kentucky. Dans le doute, j’ai supposé que c’était aussi le cas pour vous, estimés lecteurs.

La queue importante qui s’enroulait autour des barrières délimitant la terrasse couverte du Point Ephémère à mon arrivée au 200 quai de Valmy fut un premier élément à décharge dans mon dossier en hipsteritude. Il ne fallut en effet que quelques minutes au service d’ordre pour placarder un petit écriteau marqué « COMPLET » sur la porte de la salle, entraînant en conséquence le départ des quelques optimistes qui s’étaient déplacés sans avoir pris le soin de réserver leurs places. Etant de notoriété publique que les hipsters ont fait leur la devise du « moins il y a de fous, plus on rit », le succès (inattendu, au moins de mon point de vue) de la soirée ne pouvait que m’encourager dans la croyance que je n’appartenais pas à ce monde si particulier. Assister à un concert sold out, c’est vrai que ça a tendance à suggérer qu’on a les mêmes goûts que beaucoup de ses semblables, ce qui n’est jamais bon signe quand on se veut hipster.

Therese Aune 1

Billowing shadows: check

Debout sur la scène, souriante derrière la forme baroque de son harmonium indien, THERESE AUNE semblait attendre que les derniers participants passent le seuil du Point Ephémère pour se mettre à jouer. Pour son premier concert parisien, l’acolyte de Moddi avait fait le choix de la sobriété, et laissé le reste de son groupe en Norvège. Oui, vous avez bien lu, en Norvège, car Therese Aune n’est absolument pas islandaise, n’en déplaise aux organisateurs du festival, pour qui la participation au fameux Icelandic Airwaves et la présence de Sturla Mio Þórisson dans le fauteuil de producteur du premier album de la demoiselle, Billowing Shadows, Flickering Lights valaient semble-t-il bien une nationalisation temporaire. Et puis, ces nordiques, ce sont un peu tous les mêmes, comme dirait un expert (puisque Belge) en la matière, Mr Paul van Haver. Y en a marre.

Hautement cinématographiques, les compositions présentées par Therese Aune à son nouveau public furent toutes frappées du sceau du dépouillement, même si son talent de pianiste lui permit de donner à sa prestation un volume appréciable. En l’absence de ses habituels complices et de leurs instruments, Miss Aune dut se contenter de ses doigts agiles et de sa voix puissante pour captiver la salle, ce qu’elle fit de bonne grâce. Toutefois, difficile de nier que l’immersion dans l’univers artistique de la native d’Oslo aurait été facilitée par un accompagnement plus conséquent que le classique piano/harmonium-voix, qui resta la norme tout au long des 35 minutes du set. Impossible de ne pas faire le parallèle avec la venue d’une autre artiste norvégienne au Point Ephémère, il y a un peu plus d’un an, pour un show lui aussi placé sous le signe de la simplicité. Et si, à l’époque, je n’avais rien trouvé à redire à la performance de Susanne Sundfør (et que je n’ai pas changé d’avis depuis, mais ce cas est aussi spécial que désespéré), je dois reconnaître qu’un concert aux arrangements aussi épurés a effectivement de quoi déconcerter le néophyte et le « jeune » fan ne connaissant que les versions abouties figurant sur l’album, et s’attendant – peut-être naïvement – à retrouver la même complexité en live. Ce ne fut pas le cas ce soir (tant pis) mais pour une première, ce fut néanmoins une réussite, qui je l’espère entraînera un rapide retour de Therese Aune dans l’Hexagone, cette fois ci avec son quatuor de choc au fond de la valise.

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Setliste Therese Aune: 1)I Am The One Who 2)Grey Ghost 3)The Lonely Ocean Roar 4)Chameleon 5)Sometimes 6)Silent Song 7)Broken Bird

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Samaris 1Après ce début prometteur, l’inquiétude quant à mon éventuelle appartenance à la caste des hipsters monta en flèche, en même temps que le trio SAMARIS sur les planches de la scène. Le side project de la tête pensante de Pascal Pinon (calembour glacé et sophistiqué) présentait en effet de nombreuses caractéristiques ne pouvant que provoquer l’intérêt des mélomanes les plus pointus: outre sa « glorieuse » genèse évoquée plus haut, citons également sa relative jeunesse (le groupe s’étant formé au début de l’année 2011, et son premier album, éponyme, n’a été publié qu’à la fin du mois d’Août 2013), son line up exotique (chant, ordinateur, clarinette), sa ligne artistique (adapter de la poésie islandaise de la fin du XIXème siècle sur base electro), ou encore son look plutôt décalé (grande utilisation de guirlandes de Noël et de chasubles ou très épaisses ou très légères dans la garde-robe de scène de ces dames). Un cocktail détonnant donc, dégusté avec gourmandise par une grande partie du public du Point Ephémère si je dois en juger par  l’accueil enthousiaste reçu par le trio, dont c’était également la première date parisienne.

Samaris 2

Góða tungl um loft þú líður/ ljúft við skýja silfur skaut… Médite là dessus.

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Mené par une Jófríður Ákadóttir habitée, au sens björkien du terme (susurrements théâtraux, danse chamanique autour du micro, yeux perdus dans le lointain), Samaris livra un set d’une quarantaine de minutes au cours duquel furent joués de nombreux morceaux de leur prochain album, Silkidrangar, ainsi que les titres incontournables du premier opus, dont le désormais « célèbre » Góða Tungl, ode à l’astre nocturne dont je ne désespère pas de comprendre un jour le message (ils ont sorti une méthode Assimil pour l’islandais?).

Samaris 3Contrastant avec l’exubérance de leur chanteuse, les deux autres membres du groupe optèrent pour une approche bien plus modérée, voire monolithique, se contentant de jouer leurs parties avec une retenue toute scandinave. Engoncée dans une sorte de toge blanche que l’on eut dit taillée dans une sous-nappe en bulgomme, la clarinettiste Áslaug Rún Magnúsdóttir avait la digne gravité d’un clown blanc, tandis que son comparse Þórður Kári Steinþórsson semblait trop absorbé par ses machines pour s’occuper de quoi que ce soit d’autre. En bonne maîtresse de cérémonie, Jófríður prit toutefois soin de communiquer régulièrement avec le public, et souvent dans un français remarquablement bien maîtrisé. Une attention bienvenue, qui permit de limiter le décrochage des éléments les moins sensibles aux litanies hypnotiques du trio (et je sais de quoi je parle). À la fin de ce deuxième set, j’avais la tenace et troublante impression d’avoir ingéré un space cake sonique, sans arriver à déterminer si le résultat me semblait plaisant ou pas, et c’est donc l’esprit un peu brumeux que j’abordai le dernier acte de la soirée.

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Setlist Samaris: Bien au delà de mes faibles compétences en islandais, je regrette.

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Une des choses qui continue de me fasciner à propos de l’Islande est la proportion incroyable de  talentueux musiciens que ce petit bout de terre semble capable d’engendrer par rapport à sa population totale, ainsi que la capacité de ces derniers à obtenir une reconnaissance internationale. Depuis l’avènement des Sugarcubes à la fin des années 90, la tendance n’a fait que se poursuivre et se renforcer, Of Monsters And Men et Ásgeir étant les dernières incarnations en date de cette success story à l’islandaise. La terre des glaces n’a rien à envier aux autres nations sur le plan de la vitalité de la scène musicale, qu’on se le tienne pour dit. La venue des MONO TOWN à Paris ne fit que confirmer l’absurde concentration de talents à Reykjavik, véritable El Dorado du quatrième art rivalisant sans peine avec l’effervescence britannique, new-yorkaise ou californienne malgré une taille bien plus modeste.

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Mono Town 3Repéré par les informateurs du Music Alliance Pact dès Septembre 2012, la quintette avait mis a profit l’année écoulée pour terminer l’enregistrement de son premier album, In The Eye Of The Storm (ne le dîtes pas à Roger Hodgson), participer à quelques festivals notables (Icelandic Airwaves, KEXP) ou encore tourner avec les Pixies, excusez du peu. Après avoir enregistré une session Deezer dans l’après-midi, le groupe était fin prêt pour terminer la sixième édition d’Air d’Islande avec panache. Dès les premières notes de Place The Sound, la sensation d’avoir en face de soi un groupe affûté et complétement maître de son sujet se fit jour. La cohérence et l’aisance avec laquelle les cinq musiciens jouaient ensemble, le subtil équilibre des forces entre la voix de Bjarki Sigurdsson (frère cadet caché de Roberto Alagna, en plus sympathique), la guitare « western » de Daði Birgisson, les claviers de son frère Börkur (les deux frangins ayant auparavant officié dans le groupe Jagúar au début des années 2000) et la section rythmique, la construction soignée de tous les morceaux et les arrangements élégants ornant ces derniers: le moindre aspect de la prestation du groupe respirait la classe et le professionnalisme. Combinant l’accessibilité du rock et de la pop avec une savoureuse dynamique funk – c’est toujours plus agréable d’entendre un joueur de basse broder le tempo plutôt que de répéter la même séquence trente fois de suite, non? -, les compositions de Mono Town s’avérèrent aussi impeccables que leurs interprètes, à l’image de l’ultime Can Deny et de sa magnifique cassure de rythme au deux tiers du morceau:  cette capacité à surprendre l’auditeur en variant les ambiances, les sonorités et les progressions aussi bien entre qu’à l’intérieur même des chansons, voilà bien la meilleure arme de l’arsenal de ce nouveau groupe très prometteur, et qui devrait selon toute logique obtenir la reconnaissance qu’il mérite au cours des prochains mois.

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Setlist Mono Town: 1)Place The Sound 2)Jackie O 3)In The Eye Of The Storm 4)Deed Is Done 5)Yesterday’s Feeling 6)Peacemaker 7)Two Bullets 8)Can Deny

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À la sortie du Point Ephémère, j’avais acquis la certitude de ne pas être un hipster, malgré tous les signes tendant à prouver le contraire que j’avais pu lister auparavant. J’ai en effet des goûts musicaux bien trop simples pour pouvoir prétendre rejoindre ce cénacle, même si, la technologie aidant, il m’est tout à fait possible (comme il est possible à chacun) de découvrir et d’apprécier des artistes dont l’éloignement géographique et le peu de notoriété m’auraient fait manquer quelques années plus tôt. Si on y réfléchit bien d’ailleurs, l’Islande est devenue une sorte de grande banlieue européenne (compter 3h30 d’avion entre Paris et Reykjavik, une paille), ce qui l’a logiquement déclassée dans le palmarès des pays-où-chercher-des-groupes-inconnus, activité réputée comme étant un des passe-temps favoris du hipster moyen. Et puis l’Islande, tout le monde en parle maintenant, c’est devenu mainstream au point que Ben Stiller y est allé tourner son dernier blockbuster! De plus, je ne considère pas que le succès commercial d’un album, d’un groupe ou d’un chanteur soit inversement proportionnel à sa qualité, ce qui semble être le point de vue d’un paquet de hipsters, prêts à brûler ce qu’ils avaient adorés dès lors que la barre fatidique des 50/500/5000/5.000.000 likes (selon l’extrémisme du sujet, la limite haute varie) a été franchie. Au contraire, je suis toujours heureux de voir des artistes méritants récolter le fruit de leur travail et réussir à vivre de leur musique, et ai plutôt tendance à favoriser cette reconnaissance à mon petit niveau plutôt qu’à abandonner le navire dès qu’il arrive en vue des côtes de la gloire (c’est beau). Bref, le souffle d’Air d’Islande m’a laissé apaisé et rasséréné, prêt à assumer mes coups de cœur musicaux sans craindre ou sans me soucier (quand bien même, je suis sûr qu’il y a des gens très sympas chez les hipsters) d’être étiqueté en retour. Pour fêter ça, j’ai dès mon retour réservé ma place pour la grande soirée finlandaise du 17 Février prochain à la Flèche d’Or. On ne se refait pas… 

HIGHASAKITE @ AU PETIT MOULIN (17.10.2013)

Cet article aurait pu s’intituler « application concrète du mouvement brownien dans le domaine de la musique ». Derrière ce titre barbare se cache une réalisation honteuse, celle de mon incapacité à prévoir les mouvements, non pas d’une particule dans un fluide (ce qui est tout bonnement impossible, comme tout professeur de physique titulaire pourra vous le confirmer) mais d’un groupe à la surface de la planète. Et pourtant, je pensais que mon ébauche de modèle prévisionnel était assez solide pour permettre d’avancer quelques prédictions défendables quant aux chances de voir un artiste donné se produire en France, selon une batterie de critères savants (géographique, logistique, linguistique, historique, culturel…). En vain, car le 17 Octobre 2013, au sous-sol du Petit Moulin, bar de Montmartre situé au 37 de la rue Pierre Fontaine, la théorie explosa en vol aux alentours de 19h10. Ce qui se passa dans cette cave n’était tout simplement pas logique, ce qui est très grave. Beau, oui, captivant, certes, addictif, sans doute, mais logique, absolument pas. Fuck logic, then.

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MaMADans la famille des festivals français se déroulant en indoor, le MaMA occupe une place à part. Là où la plupart des évènements de ce type se « contentent » de proposer une série de concerts, le MaMA festival organise en parallèle tout un panel de conférences, séminaires, tables rondes et autres ateliers dédiés aux professionnels du milieu ainsi qu’aux amateurs curieux de découvrir le fonctionnement de ce monde mystérieux et fascinant. Un modèle similaire à celui de SXSW ou By:larm, deux festivals s’étant imposés au fil des ans comme des rendez-vous incontournables pour les acteurs de l’industrie musicale.
L’intérêt de la manifestation repose également sur les nombreux show cases gratuits organisés dans les bars, galeries et théâtres de Pigalle, en complément des concerts prévus dans les multiples salles que compte le quartier (la Cigale, la Boule Noire, le Divan du Monde, les Trois Baudets, le Bus Palladium…): en calculant sa feuille de route avec soin et en évitant de se perdre dans l’arrière pays Montmartrois, il était tout à fait possible de se concocter un before substantiel avant de passer la soirée avec les têtes d’affiche du festival. Si beaucoup des artistes se produisant dans le cadre de ces side events provenaient de la foisonnante scène française, quelques étrangers s’étaient également laisser convaincre de jouer quarante minutes devant une poignée de Parisiens curieux. Et il faut croire que les organisateurs avaient des sacrés bons arguments, car le line up recelait quelques surprises de taille, à commencer par un contingent africain tout à fait respectable (Faada Freddy, Sibot & Toyota, Cape Town Effects, Jeremy Loops, Just A Band), à côté duquel les artistes de la Vieille Europe faisaient figure de voisins paliers.

Highasakite 2Ceci dit, voir les Norvégiens de HIGHASAKITE investir le sous-sol du bar Au Petit Moulin constituait également un évènement hautement improbable, au point qu’il aurait été malvenu de rater la première date hexagonale de la quintette. Après un premier album en 2012 (All That Floats Will Rain) bien accueilli par la critique, la participation du groupe à de nombreux festivals étrangers, agrémentée de mini-tournées anglaises, allemandes, danoises et américaines, place la bande d’Ingrid Helene Håvik en position idéale de devenir une révélation indie pop internationale, et ce à quelques semaines de la sortie de son deuxième disque.
Fidèle à sa réputation d’inexpugnable bastion de la « French chanson » (il y avait même une conférence de prévue durant le festival pour expliquer au reste du monde ce genre si particulier), la France n’avait jusque là reçu aucune visite de la part des Highasakite, qui n’auraient pas du, selon toute logique, s’aventurer de longtemps au pays des fromages*. Il était donc tentant de considérer le concert au Petit Moulin comme un coup de semonce destiné d’abord à tous les tourneurs français s’étant donné la peine d’assister à ce show case plutôt que le début d’une véritable campagne tricolore pour le groupe. Raison de plus pour ne pas passer à côté donc.

Highasakite 4

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Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Précédé par une petite heure de « pot de l’amitié » franco-norvégien, sorte de speed dating pour professionnels agrémenté d’un buffet froid, le concert se déroula dans la cave du café, plus adaptée à la prestation d’artistes solos qu’à celle d’un quintet comportant deux claviéristes et un batteur (qui dut se contenter d’un pad par manque de place). Entassé sur trois mètres carré, Highasakite réussit néanmoins à reproduire la pop rêveuse et léchée constituant sa marque de fabrique, même si le manque de place engendra quelques imperfections bien compréhensibles. Guitare et cithare, steel-drum et flugabone (le chaînon manquant entre la trompette et tuba) se mêlèrent pour former un tout aussi harmonieux qu’indéfinissable, complété par la voix assurée d’Ingrid Helene Håvik, capable à l’occasion de se muer en instrument aussi exotique que ceux dont elle jouait (j’ai hâte d’entendre la version studio de Common Sense).
Avec six titres (dont trois devraient sauf surprise figurer sur le prochain album du groupe) joués en un peu plus d’une demi-heure, le groupe fournit une prestation minimale mais impeccable, conclu de la plus belle des manières par l’enchaînement Indian Summer et Since Last Wednesday. J’espère sincèrement que parmi les quelques dizaines de personnes qui eurent la chance d’assister à ce show case s’en trouvait au moins une en mesure de faire revenir les Highasakite pour un concert digne de ce nom dans un futur proche. Le deuxième album étant prévu pour Février 2014, cela laisse un peu de temps pour booker une ou plusieurs dates françaises lors de la tournée qui devrait suivre. Et dans l’intervalle, Ingrid Helene Håvik sort un disque solo le 1er Novembre… Just saying…

*: lire à ce sujet le bon papier (en norvégien, mais Google Traduction est votre ami) de Music Norway sur les stratégies mises en place par les artistes norvégiens pour percer envers et contre tout par chez nous. Le succès de Bernhoft nous démontre que c’est possible, à condition d’avoir un peu de chance et beaucoup de volonté.

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Setlist Highasakite:
1)Leaving No Traces 2)My Soldier 3)God Is A Banquet 4)Iran 5)Indian Summer 6)Since Last Wednesday

S‘il faut retirer quelque chose de toute cette histoire, c’est bien qu’il est inutile de tirer des plans sur la comète en matière de musique. Au petit jeu du « viendra, viendra pas », rien n’est jamais joué d’avance, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. L’essentiel est de se tenir prêt à saisir toutes les occasions qui se présentent, y compris et surtout les plus improbables, pour ne rien avoir à regretter a posteriori. Amis mélomanes, soyez vigilants: on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise…

BAND OF HORSES @ LA CITE DE LA MUSIQUE (01.07.2013)

Groundhog Day Musical, deuxième. Moins d’une semaine après avoir été témoin du (re)retour des Of Monsters And Men à Paris, l’auteur de ce blog continua à revisiter ses classiques en se rendant à la Cité de la Musique pour l’ouverture des Days Off, festival curieux de tout et jamais avare en moments de grâce. En cause, un esprit d’innovation permanent, poussant les artistes participant à l’évènement à sortir de leur routine de tournée pour proposer, le temps d’un concert, quelque chose de différent au public. La bande de Ben Bridwell ayant pioché la carte « acoustique » dans le chapeau de l’organisateur, le résultat ne pouvait manquer d’être intéressant. L’unplugged c’est bon, mangez en.

Le Festival Day Off présente plusieurs particularités qui le distinguent nettement de la concurrence estivale, le premier et non le moindre étant qu’il se déroule en indoor, caractéristique qui aurait fait sourire au siècle dernier (quand il y avait encore des saisons et qu’il ne pleuvait qu’exceptionnellement à partir de mi-juin), mais qui n’a plus grand chose d’anecdotique par les temps qui courent. Même si la météo fut très clémente ce soir là, attirant de nombreux futurs spectateurs dans la cour intérieure de la Cité de la Musique pour siroter une bière avant l’ouverture des portes, la certitude de passer la soirée au sec quel que soit l’état du ciel est un luxe que le festivalier français vétéran estime à sa juste valeur.

Deuxième différence notable, l’absence de première partie, ou plutôt son remplacement par le concept de l’avant-scène, qui permet à un jeune groupe français de se produire pendant une demi-heure avant l’ouverture de la salle des concerts, sur une scène annexe de la Cité de la Musique. Mais devoir choisir entre un apéritif sonore ou une bonne place dans la file d’attente ne favorise pas vraiment la découverte de nouveaux talents, en l’occurrence le trio GARCIAPHONE, entendu de loin plutôt qu’écouté de près. J’aurais été au courant de la taille spacieuse de la salle principale de la Cité de la Musique, plus proche d’un Bataclan que d’une Maroquinerie, j’aurais sûrement été plus enclin à laisser sa chance au groupe d’Olivier Perez, victime collatérale de l’astucieuse mise en espace de Christian de Portzamparc.

Après vingt minutes d’attente dans les confortables fauteuils du lieu, à parcourir d’un œil distrait le programme de la saison 2013-2014 (Charlotte Rampling lit Sylvia Plath… à voir), les lumières s’éteignent en même temps qu’un sympathique jingle nous rappelle qu’il est strictement interdit d’envisager de prendre ne serait-ce qu’une photo des concerts qui vont suivre, sous peine de se faire méchamment lourder par les vigiles en cas de flagrant délit. Une déclaration bien vaine à l’âge du smartphone, et assez surprenante de la part d’une organisation qui s’était jusque là montrée vraiment très cool -laxe- en matière de contrôles (billets non scannés à l’entrée, bouteilles d’eau avec bouchons tolérées). Inutile de dire que cette entrée en matière un peu brutale n’a en rien découragé les photographes et vidéastes amateurs, qui ne m’ont pas semblé prendre plus de précautions qu’à l’accoutumée pour commettre leur odieux méfaits. Vilains.

Comme prévu, ce fut LAMBCHOP, sextuor de Nashville, Tennessee, qui débuta le concert. Regroupant pas moins de quatre chemises à carreaux sur la même scène, le groupe de Kurt Wagner (un nom qui le prédestinait à venir jouer à la Cité de la Musique) livra son inimitable country alternative avec une sérénité rassérénante et une délicatesse définitivement jazzy. Sous son apparence de patriarche white trash (la casquette, ça doit être la casquette), Mr Wagner est un poète sensible et mélancolique, le chaînon manquant entre JJ Cale et Jason Lytle. Tellement sensible et mélancolique d’ailleurs que son acolyte Tony Crow (piano) dut envoyer une blague salace au deux tiers du set pour réveiller un peu le public qui commençait à piquer doucement du nez (moi le premier). Après une bonne heure de prestation, les sudistes plièrent les gaules afin de laisser l’équipe technique préparer la scène pour leurs confrères de la côte Ouest. Entracte.

Setlist Lambchop:

1)If Not I’ll Just Die 2) The Good Life (Is Wasted) 3)Mr. Met 4)Gone Tomorrow 5)About My Lighter 6)What Else Could It Be? 7)Nice Without Mercy 8)Betty’s Overture 9)Grumpus 10)Your Fucking Sunny Day 11)Up With People 12)Interrupted

Lambchop 1

Après la journée de la jupe, la soirée de la casquette: Acte I…

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Les premières minutes d’un concert sont toujours délicates à négocier, à plus forte raison quand on est un groupe de rock sevré d’électricité pour la totalité du show. Comme Ben Bridwell le souligna dès la fin du premier morceau, Neighbor, il s’agissait pour les BAND OF HORSES d’un « fun challenge… in a good way! », une excursion assez poussée hors de la zone de confort des musiciens de Seattle. Ne pouvant compter sur une déferlante sonique pour élever les débats d’entrée de jeu, recette couramment employée par les rockers de tout crin pour briser la glace avec le public, le groupe décida à la place de jouer à fond la carte de l’émotion dès le début des hostilité. Le Neighbor en question fut donc exécuté par les seuls Ben, Tyler et Ryan, uniquement accompagnés par le piano de ce dernier. Sur la mélodie réduite à sa plus simple expression, les voix du trio s’entremêlèrent avec une synergie magnifique, encore sublimée par un passage a cappella sur le deuxième couplet. Au nom du Crosby, du Stills et du Nash, saints patrons du folk, jouez en paix.

Ce premier tour du piste constitua l’incipit d’une revue en bonne et due forme de la discographie du groupe, au cours de laquelle Cease To Begin et Infinite Arms furent particulièrement mis en avant (5 morceaux chacun). Souvent joués en petits comités, à deux, quatre ou six mains sur les dix que compte le groupe, les titres de la setlist se dévoilèrent sous un autre jour, la « clarté » de l’acoustique permettant de saisir toutes les nuances des instrumentations et des arrangements, autrement perdus sous le feu roulant de la distorsion. Si les ballades (St. Augustine, No One’s Gonna Love You, Marry Song) gagnèrent un niveau d’intensité grâce à ce traitement minimaliste, ce furent les compositions up tempo qui, à mes yeux, bénéficièrent le plus de cette relecture, et en particulier Weed Party, qui permit à Ryan Monroe de démontrer sa technique à la guitare, et à Bill Reynolds de gratifier la salle d’un court mais réjouissant solo de contrebasse. Ce fut cette même contrebasse, qui servit de trame à un émouvant Detlef Schrempf, secondée dans son effort par l’omniprésent piano de Ryan, qui se paya même le luxe de remplacer la guitare sur les arpèges introductifs de The Funeral. Si vous vous demandez si cette chanson « marche » en acoustique, voici de quoi vous faire votre propre opinion:

Sortis de scène après un The General Specific sur lequel le public de la Cité de la Musique participa presque (sans doute la légendaire retenue des spectateurs de musique classique), les chevaux de Seattle revinrent sur l’estrade pour un court rappel de deux titres, dont un ultime Is There A Ghost, qui ne réussit malheureusement pas tout à fait à décoller il le devait, ce qui aurait constitué un exploit retentissant au vu de la nature foncièrement electric friendly de cette composition. Pas de quoi noircir significativement un tableau autrement dégagé, les Band Of Horses ayant pu prouver au cours de leur heure de prestation, déclinée en pas moins de 17 tableaux, une bluffante maîtrise du format acoustique. Pour avoir assisté au cours des trois dernières années à quatre performances du groupe, autant en plein air (Rock en Seine) qu’en salle (La Cigale, Le Trianon), je dois dire que le concert des Days Off se démarque clairement du lot, autant par sa qualité que par son côté innovant, même si la communion avec la foule a légèrement et logiquement pâti du cadre et de la disposition des lieux. Difficile de faire du slam dans une salle sans fosse, quant au pogo des familles, inutile de commencer à envisager la possibilité d’en initier un, ne serait-ce que pour le fun. On ne peut pas tout avoir.

Band Of Horses 1

… et Acte II. Mais on vous aime quand même les gars.

Setlist Band Of Horses:

1)Neighbor 2)Factory 3)Marry Song 4)Wicked Gil 5)St. Augustine 6)Evening Kitchen 7)No One’s Gonna Love You 8)Everything’s Gonna Be Undone 9)Slow Cruel Hands Of Time 10)Weed Party 11)Older 12)Long Vows 13)Detlef Schrempf 14)The Funeral 15)The General Specific

Rappel:
16)For Annabelle 17)Is There A Ghost

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Et c’est ainsi que se termine la parenthèse « approfondissement » de ces dernières semaines (sauf si j’arrive à assister à quelques soirées du festival Fnac Live pendant la semaine, bien sûr). Bilan mitigé pour cet exercice particulier en ce qui me concerne, avec du bon et du moins bon (mais pas de mauvais, heureusement), qui a eu pour conséquence logique de relancer mon intérêt pour la nouveauté, ce qui tombe à pic puisque le MAP de Juillet 2013 vient de sortir, comme tous les 15 du mois. C’est gratuit, c’est varié, et ça vous permettra de briller en soirée (« ouais en ce moment j’écoute pas mal de grunge indonésien tu vois… c’est frais, j’aime bien »), alors pourquoi hésiter? Je profite également de cette conclusion pour remercier tous les visiteurs de S.A.U.S.O.R.O. pour cette première année de présence sur la toile. Je suis le premier étonné de constater l’état de forme de ce blog, qui, pour la petite histoire, doit son existence à un tweet mêlant à part égale l’aéroport de Trondheim et Brand New Start des Concrete Knives. À quoi ça tient la vie parfois…

INDIANS @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (13.02.2013)

F comme Février. F comme Festival. F comme Fireworks. F comme FMR. Et F comme Froid. Le canal Saint Martin s’était paré d’une certaine mystique (glaciale, la mystique) lors de la soirée d’inauguration de la seconde édition du Fireworks! Festival (du 13 au 24 Février). Un évènement bien sympathique, et déjà incontournable malgré son jeune âge, tant il est vrai que le besoin de bons concerts en hiver est inversement proportionnel à l’ensoleillement durant cette période de l’année (autrement dit, plutôt élevé). Bon, c’est pas encore by:Larm* cette affaire, et ce ne le sera sans doute jamais, mais on ne peut que se féliciter des efforts de l’agence Super! pour attirer à Paname « l’avant-garde musicale internationale », avec d’ores et déjà quelques jolies prises. Et comme la tête d’affiche du soir était inscrite dans le double cursus (accéléré, voir plus bas) Paris/Oslo, il aurait été malvenu de passer à côté de cette heureuse concordance. En piste.

*: Tu vois le MIDEM de Cannes (si tu ne vois pas, c’est une sorte de festival où se rassemble l’industrie musicale pour faire son marché)? By:Larm fonctionne sur le même principe, mais dure plus longtemps et invite plus d’artistes. Bref, c’est mieux.

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ZoomPas grand monde à la porte du Point Éphémère pour l’ouverture à 20h. Il faut dire que la programmation du jour était réservée aux initiés et aux curieux, deux catégories de spectateurs guère réputées pour leurs effectifs pléthoriques. L’absence des uns faisant le bonheur des autres, il fut en conséquence ridiculement facile pour votre serviteur de se placer au premier rang, prêt à dégainer son vénérable appareil photo numérique pour immortaliser grossièrement les meilleurs moments de la soirée, et surtout, pour tester dans des conditions optimales du nouveau matos, en l’occurrence le fameux Zoom H2N, enregistreur de poche à la réputation flatteuse (et au prix assez raisonnable, ce qui ne gâche rien).
Malgré une interface et une ergonomie visiblement pensée pour permettre sa bonne utilisation même par un bonobo alcoolisé et mentalement déficient (comprendre que la bête a peu de boutons et qu’ils sont tous d’assez bonne taille), j’étais assez pessimiste quant à mes chances  de revenir au bercail avec un résultat satisfaisant, mon processus d’apprentissage pour tout bidule électronique un tant soit peu avancé relevant en général de l’empirisme le plus laborieux (comprendre que je me dois de faire toutes les erreurs de manipulation imaginables au moins une fois pour être sûr de ne pas les réitérer dans le futur). Bref, malgré une étude studieuse du manuel d’utilisation et des tests préalables concluants,  j’avais peu d’espoir de repartir du Point Éphémère avec un souvenir impérissable de la soirée. En cela, j’avais tort. Enfin, seulement à moitié tort..

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Glass Animals 12²Sur scène, les instruments de GLASS ANIMALS, quatuor anglais, possiblement londonien (les informations sur le groupe sont rares), attendaient patiemment que leurs propriétaires donnent le coup d’envoi du festival. Les patchworks aux motifs orientaux qui recouvraient les deux synthétiseurs disposés sur l’estrade laissaient planer sur la salle une ambiance mystérieuse, à l’image de l’artwork de Leaflings, objet musical intrigant et premier EP (et seul à date) du combo. Amateurs de gros son, passez votre chemin, car c’est sur les terres brumeuses du trip hop que ces animaux de verre ont choisi de s’ébattre. Vous êtes prévenus.

Menés par un chanteur guitariste à la dégaine franchement bonoesque (bonoïenne? whatever) et à la voix de velours, le groupe déroula un set proprement habité, au point que les spectateurs du Point Éphémère n’osèrent applaudir qu’après qu’ils aient été explicitement encouragé à le faire par le dit frontman. D’un minimalisme étudié et élégant, les compositions de Glass Animals sont le genre de morceaux que l’on aime entendre dans le taxi qui vous ramène d’une soirée mémorable aux petites heures de la nuit (c’est précis comme description, hein?). Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’elles sont ce que les XX auraient voulu réussir à faire s’ils en avaient eu les capacités. Ah bah tiens, je l’ai dit*. Bref, la classe au dessus, quelque part à la confluence de Portishead, Tricky et du Nightcall de Kavinsky. D’ailleurs, si le Driver de Nicolas Winding Refn a survécu à ses blessures, ça ne m’étonnerait pas qu’il écoute Leaflings dans sa tire en rentrant du turbin.

Glass Animals 13²

Notez le magnifique coing (factice) en bas à gauche. Pas utilisé une seule fois durant le concert. Sans doute un porte bonheur.

Très concentrés sur leur affaire, les quatre compères s’attachèrent à rendre le plus fidèlement possible la presque intégralité de leur première galette (soit trois titres sur quatre) dans les conditions du live, chose qu’ils réussirent plutôt bien, même si le trip hop n’est pas vraiment le genre le plus « gig-friendly » du spectre musical, surtout lorsque le public bavarde. Difficile en effet de s’immerger totalement dans les ambiances diaphanes et complexes distillées au quart de décibel près par le groupe sur scène lorsque vos voisin(e)s discutent de leur projet de Saint Valentin avec une discrétion toute relative. En plus des Golden Antlers, Dust In Your Pocket et Cocoa Hooves déjà bien connus du public (nan je déconne), nous eûmes de plus droit à une visite guidée du futur catalogue de Glass Animals, et  je peux d’ores et déjà vous affirmer que leur prochain single répondra au doux nom de Black Mambo. Ça c’est de l’exclu mon petit père. Par contre, en ce qui concerne les quatre autre morceaux du set, les titres donnés dans la setlist ci-dessous sont à prendre avec des pincettes, puisqu’il s’agit à chaque fois d’une savante supputation de ma part (les titres incriminés sont suivis d’un (?) du plus bel effet). Remerciez d’abord mon (désormais) indispensable et (je l’espère) fidèle H2N, qui, s’il n’a pas enregistré un bootleg d’une qualité légendaire pour son galop initial (et la faute m’en revient entièrement), m’a au moins permis de réécouter le concert dans des conditions suffisamment bonnes pour que je puisse hasarder quelques propositions. Cheers.

*: Et je le pense.

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Setlist Glass Animals:

1)Golden Antlers 2)Dust In Your Pocket 3)I Follow Soon (?) 4)I Smile Because I Want To (?) 5)Hatchet (?) 6)Cocoa Hooves 7)Black Mambo 8) (You Can’t Run So) You Must Die (?)

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La deuxième partie de la soirée revint à l’un des artistes les plus intraçables de notre époque, un certain Søren Løkke Juul, plus connu (encore que) sous le nom de scène d’INDIANS. Un pseudonyme des plus fun dès lors qu’on en vient à la question du « comment je trouve ce type sur internet », vous en conviendrez. Pour avoir sué sang et eau pour parvenir jusqu’à son site officiel*, après avoir découvert le bonhomme en première partie de Perfume Genius il y a quelques mois, j’espère que vous apprécierez à sa juste valeur le cadeau que je vous en fait en vous déposant le lien approprié tout cuit dans le bec. En plus, il marche (je suis trop bon).

"Indians is looking forward to meeting you" (site officiel).  Oui, il en meurt d'envie, ça saute aux yeux

« Indians is looking forward to meeting you » (site officiel). Oui, il en meurt d’envie, ça saute aux yeux

Mais que voulez vous, une fois que l’on a goûté à la musique d’Indians, impossible de lui tenir rigueur d’être si dur à trouver sur le wide wild web. Cocktail heureux de nu-folk et d’electro, petite merveille mélancolique placée sous l’étoile du DIY, l’œuvre de Mr Juul provoque à l’écoute une poussée de spleen positif immédiate et prolongée. Bien sûr, il faut aimer ces épisodes contemplatifs pendant lesquels l’âme semble aller faire un tour dans un monde plus romantique (au sens littéraire du terme hein) que le nôtre le temps d’un morceau, d’un album ou d’un concert, et qui laisseront septiques plus d’un adepte de punk ou de rap, mais pour les amateurs de ces petits  voyages immobiles, les morceaux d’Indians sont de la came de premier choix,. Il suffit d’ailleurs d’un simple coup d’oeil à la tracklist de son premier album, Somewhere Else**, pour se convaincre de la forte teneur en onirisme et restlessness (indeed n’est-ce pas) de l’objet: I’m Haunted, Magic Kids, Reality Sublime… sans oublier la chanson titre, bien sûr.

Indians 6²Venu seul à Paris (son groupe étant resté à Oslo dans l’attente de sa participation à by:Larm le lendemain du concert au Point Éphémère), ce fut donc seul en scène qu’Indians accomplit son office, accompagné d’un attirail de synthétiseurs et de pédales loops qui aurait fait la fierté de Bernhoft (autre talentueux homme-orchestre venu du Nord), et d’une guitare empruntée pour l’occasion à une connaissance parisienne. Parfaitement à l’aise dans cet exercice solitaire, peaufiné au cours d’une longue tournée américaine effectuée en compagnie des excellents Other Lives, Indians entraîna en un tour de main son public dans une déambulation au pays de l’aube éternelle/du crépuscule suspendu (selon l’humeur).
Débuté par un brelan de claviers (New, Bird, Magic Kids), le set se poursuivit ensuite par une paire de guitare (I’m Haunted, Cakelakers), pour se terminer comme il avait commencé, dans de l’electro rêveuse grand cru (Reality SublimeLips Lips Lips). Et c’en fut fini (enfin, presque). Déjà? Et oui.

Car s’il fallait mettre un bémol à la performance de notre Danois évanescent, ce dernier soulignerait sans doute l’absolue brièveté de sa prestation, qui ne comprit en tout et pour tout que huit morceaux, étalés sur quarante minutes. Certes, il s’agissait là du concert solo d’un artiste au catalogue encore limité, mais un petit supplément (au hasard, La Femme ou Somewhere Else. Ou les deux, soyons fous) n’aurait pas fait de mal. Mon impression à la sortie fut celle d’un show tronqué afin de permettre à son interprète d’attraper un avion pour Oslo à temps pour participer à by:Larm lendemain. Une bonne opération pour tout le monde sauf pour le public, qui était en droit d’espérer une soirée un peu plus longue vu le prix des places (entre 13 et 15 euros). Un constat d’autant plus rageant que tout aurait pu rentrer dans l’ordre avec des horaires de passage légèrement avancés. Pouce rouge.

Indians 19²Mais cette conclusion précipitée fut rendue plus douce par un « rappel » (« il me reste une chanson, je peux sortir de scène, attendre un peu et revenir vous la jouer, ou faire ça tout de suite… Ok on fait ça ») au cours duquel Indians joua un nouveau morceau, This Moment, bien plus énergique (toute proportion gardée, le headbanging frénétique étant encore à des années lumières) que ceux présents sur Somewhere Else. Une bien belle manière de clôturer les festivités, même si je ne considérerai l’ardoise de Mr Juul comme définitivement effacée que le jour où il donnera un concert d’au moins une heure dans une salle parisienne de son choix. Et sache mon petit Søren que j’ai la mémoire longue et la rancune tenace. À bon entendeur…

*: Site officiel dont l’url joviale et subtilement narquoise (www.heyimindians.com) me laisse à penser que notre gaillard a volontairement choisi son alias pour ses évidentes qualités anti moteurs de recherche. Une démarche aussi intéressante artistiquement parlant que casse-gueule sur le plan commercial.

**: Album dont il informa le public de sa récente parution (fin Janvier 2013)… mais ne donna pas le nom. Avouez que ça aurait été trop facile de remonter jusque lui s’il l’avait fait.

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Setlist Indians:

1)New 2)Bird 3)Magic Kids 4)I’m Haunted 5)Cakelakers 6)Reality Sublime 7)Lips Lips Lips 8)This Moment

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Ce fut donc ainsi que se termina le premier acte du Fireworks! Festival 2013, à l’heure fort civile de 22h20. Pas très rock’n’roll ça. Restait la satisfaction d’avoir passé une fort belle soirée en compagnie d’artistes prometteurs, et la certitude d’arriver à temps à Montparnasse pour attraper un train pour la banlieue. Et, cerise sur le gâteau, je me suis aperçu après coup que mon enregistrement de la prestation d’Indians était tout à fait honorable, comme en témoigne le petit montage vidéo réalisé pour illustrer ‘This Moment’. Mes critères de satisfaction baissent peut-être avec le temps, mais j’avoue que sur le coup, ça a suffi à faire mon bonheur. Cheers.

FESTIVAL EUROPAVOX @ LA MAROQUINERIE (22.01.2013)

Alors comme ça, Cameron menacerait de mettre sur la table la question de l’appartenance de son pays à l’UE, dût son parti (j’aime bien utiliser des tournures compliquées lorsque je suis à la bourre dans l’écriture de live reports, ça permet de faire passer l’expiration de la deadline sur le dos d’un souci stylistique imaginaire) remporter les prochaines élections? David, David, are you f*cking kidding me?  L’Europe, c’est génial my lad, et même si ça te coûte plus cher que ce que tu es prêt à payer pour et que tu peux théoriquement de faire souffleter diplomatiquement par une alliance estonio-bulgaro-maltaise alors que tu possède l’arme nucléaire et une place au conseil de sécurité de l’ONU, ce n’est pas grand chose au regard de tous les inestimables avantages dont bénéficient les heureux pays membres de cette magnifique entité régionale. Tiens, parlons musique: si l’Europe n’existait pas, le festival Europavox aurait-il une raison d’être? I don’t think so dude. Et, crois-moi Dave, rien que pour ça, tu devrais y réfléchir à deux fois avant d’agiter le chiffon rouge de la sécession sous les yeux bovins et récemment nobelisés de la Commission. Toujours pas convaincu? Donne-moi cinq minutes et je te garantis que tu sortiras de cet article plus europhile que jamais. Raedhy. Steddie. Gå.

Le 22 Janvier 2013, la Maroquinerie était donc prise d’assaut par une horde d’estrangers, venus convertir la rue Boyer aux charmes du cosmopolitisme musical. Malgré une affiche très intéressante, la salle n’affichait pas complet ce soir, et c’est devant un parterre à moitié rempli que le premier acte de la soirée fut donné. Pas de quoi décourager MIKHAEL PASKALEV et ses comparses, venus défendre un premier album (What’s Life Without Losers?) même pas encore sorti*. Merci aux organisateurs d’Europavox d’avoir fait venir cette petite troupe pour la date parisienne du festival, car ce fut un sacré privilège d’assister au premier concert hexagonal de Paskalev & friends dans le cadre idéal de la Maroquinerie. Retiens bien ce nom, cette voix et cette moustache, ami lecteur, car ce type va bientôt devenir une référence de la scène indie. J’ai dit.

Mikhael Paskalev 3²Il faut dire que je ne partais pas aussi novice en paskaleverie que la majorité des sociétaires de la Maro réunis ce soir au sous-sol de la rue Boyer. Il y avait eu le Steinkjerfestival six mois auparavant, au cours duquel Mik avait déjà enflammé la Klubbscene en compagnie de toute une équipe de joyeux musicos, dont le hiératique blondinet Jonas Alaska (bien avant que ce dernier se mette à la boxe**), prestation qui m’avait convaincu du potentiel du garçon. Je ne m’attendais certes pas à le voir se produire en France de sitôt, étant donné son statut de rookie dans sa Norvège natale, mais puisqu’Europavox a accéléré les choses de manière inespérée, il aurait été grossier de ne pas saisir cette chance inespéree. Cerise sur le gâteau, l’espion en slip n’avait pas fait le déplacement seul, la quasi-totalité du groupe l’ayant accompagné sur les planches de Steinkjer étant de nouveau présent à ses côtés sur la scène de la Maroquinerie. Joe Wills (chœurs, lead guitare et producteur de l’album), Billie Van (chœurs, tambourin, pedal steel et premier album après l’été), Jørgen Svela (choeurs et basse) et Fabian Prynn (batterie), la bande du LIPA (Liverpool Institute for Performing Arts) était presque là au grand complet, excusez du peu. Les conditions étaient donc optimales pour une performance mémorable, et c’est exactement ce qui s’est passé (j’aime quand un plan se déroule sans accrocs).

Mikhael Paskalev 19²Le ton fut donné par un Hey Joseph introductif effectué seul à la guitare sèche par un Paskalev totalement maître de son sujet, et qui ne mit que deux minutes à éveiller l’intérêt d’un public certainement pas venu pour lui. Le reste du groupe entre en scène à la faveur de Jailhouse Talk conclu par un solo de trompette, et l’intérêt se change en enthousiasme. La suite du set permit de découvrir en avant-première mondiale, n’ayons pas peur de le dire, quelques uns des titres de What’s Life… (I Remember You, Come On, Sayonara Saigon) même si la chanson titre ne fut pas donnée ce soir. On se consola avec un final proprement épique, qui vit s’enchaîner les deux meilleures pièces de Paskalev: I Spy et le rollercoaster Jive Babe, véritable masterclass de breaks et de pre-chorus catchy en diable, qui fit souffler un vent de folie dans la Maroquinerie. Beau joueur, Mikhael termina les hostilités avec le plus calme Dust, histoire de ne pas fixer la barre trop haute pour ses successeurs. Gode gut.

*: Date de sortie: 8 Février 2013. Gleder meg. Gleder deg. Everyone gleder.
**: I Saw You Kid est le premier extrait de son second album, qui devrait sortir courant Mars.

Setlist Mikhael Paskalev:

1)Hey Joseph 2)Jailhouse Talk 3)I Remember You 4)Come On 5)Sayonara Saigon 6)I Spy 7)Jive Babe 8)Dust

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Funeral Suits 23²Car les successeurs en question, qui se trouvèrent être les Irlandais de FUNERAL SUITS, n’avaient vraiment pas besoin qu’on leur complique la tâche, les lads de Dublin se révélant tout à fait auto-suffisants en matière de galère. Some kind of jinx, comme aurait pu dire leur éminent et regretté compatriote Rory Gallagher. Jugez plutôt: une prune pour stationnement interdit plus tôt dans la journée, et un ampli guitare qui lâche en plein milieu du set, et ne sera remplacé/réparé qu’après dix bonnes minutes de tripatouillages désespérés, pendant lesquelles il a bien fallu jouer (résultant en un We Only Attack Ourselves interprété de manière quasi acoustique), puis meubler en attendant que tout rentre dans l’ordre. Il y aurait matière à tirer une chanson de ces péripéties à répétition, si ce n’était pas déjà le cas (Adventures Misadventures).

Funeral Suits 62²Abstraction faite de ces avanies finalement solutionnées à grand renfort d’huile de coude, le set de Funeral Suits fit la part belle à un post-rock brassant de multiples influences (shoegaze, garage, new wave, pop…), bien servi par des riffs saignants (All Those Friendly People, Stars Are Spaceships) et les harmonies vocales employées à très bon escient sur quelques titres (Colour Fade, Hands Down By Your Side). Sur scène, les rôles et les instruments s’échangèrent avec constance d’un bout à l’autre du show*, seul Greg McCarthy restant fidèle à ses futs jusqu’au clap de fin. Généreux dans l’effort, le groupe tint à allonger son passage de deux morceaux, contrepartie plus que suffisante pour faire oublier à un public de toute façon solidaire les quelques errements techniques de début de set. Une bien belle manière de terminer en beauté une prestation habitée et engagée, dont la substantifique moelle peut être retrouvée sur le premier album du quatuor, Lily Of The Valley, distribué physiquement en France depuis quelques jours. Et si vous avez le temps, jetez donc un coup d’œil aux clips du groupe, en particulier la trilogie HealthAll Those Friendly PeopleHands Down By Your Side, librement inspirée du terrible chef d’œuvre de William Golding, Sa Majesté Des Mouches.

*: À tel point que j’ai fini le set avec la guitare de Brian James autour du cou. Véridique.

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Ce fut enfin au tour des GREAT MOUNTAIN FIRE de monter sur scène, toutes chemises hawaïennes dehors, afin de terminer la soirée sur une note un peu plus légère. Pas de doute, c’est bien pour applaudir la quintette wallonne que la majorité des spectateurs s’était déplacée, ce qui permit au set de démarrer sur les chapeaux de roues. D’obédience électro-pop, mais une electro-pop agréablement mâtinée de lignes de basse funky en diable, la musique du combo belge évoque tantôt le Phoenix de It’s Never Been Like That, tantôt les Hoosiers période The Trick To Life, en tout cas sur les quatre titres auquel j’ai assisté avant de devoir partir, horaires SNCF incertains oblige. Dommage, car les groupes utilisant un ocarina/ »flûte ancestrale » sont suffisamment rares pour qu’on ait envie de rester jusqu’au bout de leur prestation. Espérons que les GMF reviendront tantôt mettre le feu à une autre salle parisienne, pas trop tard si possible.

Great Mountain Fire 7²

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Alors David, convaincu? Tu vois que l’Europe n’a pas que des mauvais côtés, en tout cas question musique, on ne craint personne. Tiens, bouge pas, je vais t’envoyer une petite playlist pan-européenne de derrière les fagots, tu m’en diras des nouvelles. Le rock progressif grec est très bon en ce moment, comme le folk suédois, l’indie-rock écossais ou l’electro portugais. Ah, et si tu pouvais faire avancer le dossier de la candidature de l’Islande auprès de tes petits camarades, ce serait vraiment sympa. Imagine Tilbury et Pétur Ben à la Maroquinerie l’année prochaine… Dément!

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