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FESTIVAL EUROPAVOX @ LA MAROQUINERIE (22.01.2013)

Alors comme ça, Cameron menacerait de mettre sur la table la question de l’appartenance de son pays à l’UE, dût son parti (j’aime bien utiliser des tournures compliquées lorsque je suis à la bourre dans l’écriture de live reports, ça permet de faire passer l’expiration de la deadline sur le dos d’un souci stylistique imaginaire) remporter les prochaines élections? David, David, are you f*cking kidding me?  L’Europe, c’est génial my lad, et même si ça te coûte plus cher que ce que tu es prêt à payer pour et que tu peux théoriquement de faire souffleter diplomatiquement par une alliance estonio-bulgaro-maltaise alors que tu possède l’arme nucléaire et une place au conseil de sécurité de l’ONU, ce n’est pas grand chose au regard de tous les inestimables avantages dont bénéficient les heureux pays membres de cette magnifique entité régionale. Tiens, parlons musique: si l’Europe n’existait pas, le festival Europavox aurait-il une raison d’être? I don’t think so dude. Et, crois-moi Dave, rien que pour ça, tu devrais y réfléchir à deux fois avant d’agiter le chiffon rouge de la sécession sous les yeux bovins et récemment nobelisés de la Commission. Toujours pas convaincu? Donne-moi cinq minutes et je te garantis que tu sortiras de cet article plus europhile que jamais. Raedhy. Steddie. Gå.

Le 22 Janvier 2013, la Maroquinerie était donc prise d’assaut par une horde d’estrangers, venus convertir la rue Boyer aux charmes du cosmopolitisme musical. Malgré une affiche très intéressante, la salle n’affichait pas complet ce soir, et c’est devant un parterre à moitié rempli que le premier acte de la soirée fut donné. Pas de quoi décourager MIKHAEL PASKALEV et ses comparses, venus défendre un premier album (What’s Life Without Losers?) même pas encore sorti*. Merci aux organisateurs d’Europavox d’avoir fait venir cette petite troupe pour la date parisienne du festival, car ce fut un sacré privilège d’assister au premier concert hexagonal de Paskalev & friends dans le cadre idéal de la Maroquinerie. Retiens bien ce nom, cette voix et cette moustache, ami lecteur, car ce type va bientôt devenir une référence de la scène indie. J’ai dit.

Mikhael Paskalev 3²Il faut dire que je ne partais pas aussi novice en paskaleverie que la majorité des sociétaires de la Maro réunis ce soir au sous-sol de la rue Boyer. Il y avait eu le Steinkjerfestival six mois auparavant, au cours duquel Mik avait déjà enflammé la Klubbscene en compagnie de toute une équipe de joyeux musicos, dont le hiératique blondinet Jonas Alaska (bien avant que ce dernier se mette à la boxe**), prestation qui m’avait convaincu du potentiel du garçon. Je ne m’attendais certes pas à le voir se produire en France de sitôt, étant donné son statut de rookie dans sa Norvège natale, mais puisqu’Europavox a accéléré les choses de manière inespérée, il aurait été grossier de ne pas saisir cette chance inespéree. Cerise sur le gâteau, l’espion en slip n’avait pas fait le déplacement seul, la quasi-totalité du groupe l’ayant accompagné sur les planches de Steinkjer étant de nouveau présent à ses côtés sur la scène de la Maroquinerie. Joe Wills (chœurs, lead guitare et producteur de l’album), Billie Van (chœurs, tambourin, pedal steel et premier album après l’été), Jørgen Svela (choeurs et basse) et Fabian Prynn (batterie), la bande du LIPA (Liverpool Institute for Performing Arts) était presque là au grand complet, excusez du peu. Les conditions étaient donc optimales pour une performance mémorable, et c’est exactement ce qui s’est passé (j’aime quand un plan se déroule sans accrocs).

Mikhael Paskalev 19²Le ton fut donné par un Hey Joseph introductif effectué seul à la guitare sèche par un Paskalev totalement maître de son sujet, et qui ne mit que deux minutes à éveiller l’intérêt d’un public certainement pas venu pour lui. Le reste du groupe entre en scène à la faveur de Jailhouse Talk conclu par un solo de trompette, et l’intérêt se change en enthousiasme. La suite du set permit de découvrir en avant-première mondiale, n’ayons pas peur de le dire, quelques uns des titres de What’s Life… (I Remember You, Come On, Sayonara Saigon) même si la chanson titre ne fut pas donnée ce soir. On se consola avec un final proprement épique, qui vit s’enchaîner les deux meilleures pièces de Paskalev: I Spy et le rollercoaster Jive Babe, véritable masterclass de breaks et de pre-chorus catchy en diable, qui fit souffler un vent de folie dans la Maroquinerie. Beau joueur, Mikhael termina les hostilités avec le plus calme Dust, histoire de ne pas fixer la barre trop haute pour ses successeurs. Gode gut.

*: Date de sortie: 8 Février 2013. Gleder meg. Gleder deg. Everyone gleder.
**: I Saw You Kid est le premier extrait de son second album, qui devrait sortir courant Mars.

Setlist Mikhael Paskalev:

1)Hey Joseph 2)Jailhouse Talk 3)I Remember You 4)Come On 5)Sayonara Saigon 6)I Spy 7)Jive Babe 8)Dust

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Funeral Suits 23²Car les successeurs en question, qui se trouvèrent être les Irlandais de FUNERAL SUITS, n’avaient vraiment pas besoin qu’on leur complique la tâche, les lads de Dublin se révélant tout à fait auto-suffisants en matière de galère. Some kind of jinx, comme aurait pu dire leur éminent et regretté compatriote Rory Gallagher. Jugez plutôt: une prune pour stationnement interdit plus tôt dans la journée, et un ampli guitare qui lâche en plein milieu du set, et ne sera remplacé/réparé qu’après dix bonnes minutes de tripatouillages désespérés, pendant lesquelles il a bien fallu jouer (résultant en un We Only Attack Ourselves interprété de manière quasi acoustique), puis meubler en attendant que tout rentre dans l’ordre. Il y aurait matière à tirer une chanson de ces péripéties à répétition, si ce n’était pas déjà le cas (Adventures Misadventures).

Funeral Suits 62²Abstraction faite de ces avanies finalement solutionnées à grand renfort d’huile de coude, le set de Funeral Suits fit la part belle à un post-rock brassant de multiples influences (shoegaze, garage, new wave, pop…), bien servi par des riffs saignants (All Those Friendly People, Stars Are Spaceships) et les harmonies vocales employées à très bon escient sur quelques titres (Colour Fade, Hands Down By Your Side). Sur scène, les rôles et les instruments s’échangèrent avec constance d’un bout à l’autre du show*, seul Greg McCarthy restant fidèle à ses futs jusqu’au clap de fin. Généreux dans l’effort, le groupe tint à allonger son passage de deux morceaux, contrepartie plus que suffisante pour faire oublier à un public de toute façon solidaire les quelques errements techniques de début de set. Une bien belle manière de terminer en beauté une prestation habitée et engagée, dont la substantifique moelle peut être retrouvée sur le premier album du quatuor, Lily Of The Valley, distribué physiquement en France depuis quelques jours. Et si vous avez le temps, jetez donc un coup d’œil aux clips du groupe, en particulier la trilogie HealthAll Those Friendly PeopleHands Down By Your Side, librement inspirée du terrible chef d’œuvre de William Golding, Sa Majesté Des Mouches.

*: À tel point que j’ai fini le set avec la guitare de Brian James autour du cou. Véridique.

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Ce fut enfin au tour des GREAT MOUNTAIN FIRE de monter sur scène, toutes chemises hawaïennes dehors, afin de terminer la soirée sur une note un peu plus légère. Pas de doute, c’est bien pour applaudir la quintette wallonne que la majorité des spectateurs s’était déplacée, ce qui permit au set de démarrer sur les chapeaux de roues. D’obédience électro-pop, mais une electro-pop agréablement mâtinée de lignes de basse funky en diable, la musique du combo belge évoque tantôt le Phoenix de It’s Never Been Like That, tantôt les Hoosiers période The Trick To Life, en tout cas sur les quatre titres auquel j’ai assisté avant de devoir partir, horaires SNCF incertains oblige. Dommage, car les groupes utilisant un ocarina/ »flûte ancestrale » sont suffisamment rares pour qu’on ait envie de rester jusqu’au bout de leur prestation. Espérons que les GMF reviendront tantôt mettre le feu à une autre salle parisienne, pas trop tard si possible.

Great Mountain Fire 7²

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Alors David, convaincu? Tu vois que l’Europe n’a pas que des mauvais côtés, en tout cas question musique, on ne craint personne. Tiens, bouge pas, je vais t’envoyer une petite playlist pan-européenne de derrière les fagots, tu m’en diras des nouvelles. Le rock progressif grec est très bon en ce moment, comme le folk suédois, l’indie-rock écossais ou l’electro portugais. Ah, et si tu pouvais faire avancer le dossier de la candidature de l’Islande auprès de tes petits camarades, ce serait vraiment sympa. Imagine Tilbury et Pétur Ben à la Maroquinerie l’année prochaine… Dément!

STEINKJERFESTIVALEN 2012 (ja, jeg elsker dette landet) – PART 1

Premier « véritable » article (en deux partie) de zique, une revue de l’excellent festival de Steinkjer auquel j’ai eu la chance de participer cette année. Oui, je sais, donner son avis dès le début, c’est moyen pour une critique, mais pas de faux suspens ici, c’était vraiment de la bombe!
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Tout fout le camp.Y a plus de saisons. Après des mois de mai et de juin très décevants niveau météo, il était temps de partir pour des latitudes où l’été tient encore ses promesses. Ah, et où la musique est bonne aussi (pour joindre l’essentiel à l’agréable). Direction Roissy donc, avec tente et sac à dos, pour s’aérer les méninges le temps d’un week end dans un pays exotique en diable pour moi petit Frenchie gravitant dans les couronnes parisiennes le reste de l’année : la Norvège. Si si (ou plutôt Joda).


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STEINKJER, HERE I COME

Si la Norvège accueille quelques festivals musicaux de haute volée et de réputation, si ce n’est internationale, au moins continentale, pendant les mois estivaux (allez jeter un œil à la grille de l’Oya 2012), on ne peut pas vraiment ranger le festival organisée par la petite ville de Steinkjer dans cette catégorie.

Premièrement et essentiellement parce que Steinkjer, sans rivaliser avec Hammerfest, est située assez haut dans les terres, et n’est donc pas d’un accès facile pour le festivalier européen moyen. Même à partir d’Oslo, il faut compter une heure d’avion et une heure et demie de tortillard (mais bon, la vue est pas dégeu, ça fait passer le voyage plus vite).

Deuxièmement parce qu’au niveau organisationnel, le festival de Steinkjer (Steinkjerfestivalen dans le texte) se rapproche plus des Francofolies Rochellaises que du Hell Fest de Clisson ou du Paléo de Nyon. Comprendre ici que tout se passe dans la ville même, et pas dans les vertes pâtures jouxtant cette dernière. Et avec ses 21.000 habitants et son équipe d’organisation presque entièrement constituée de bénévoles locaux, on a vite fait de comprendre que Steinkjer n’a ni la capacité ni l’envie de drainer des dizaines de milliers de participants.

Ambiance très cosy et détendue donc, qui a agréablement surpris le festivalier « endurci » qu’est votre serviteur, habitué à calculer ses déplacements de scène en scène avec une discipline militaire et à optimiser ses périodes de repos pour rester un minimum frais d’un bout à l’autre de l’évènement.

Rien de tout ça à Steinkjer, dont les visiteurs sont en majoritairement des locaux qui préfèrent se prélasser sur la pelouse de la Rismelen (« grande » scène) plutôt que de faire le pied de grue au premier rang huit heures de suite pour être bien placé pour LE concert qu’ils veulent voir). Ajouter à cela le sentiment que le festival n’avait pas fait totalement le plein cette année, et on se retrouve avec des conditions idéales pour tout festivalier matois et rôdé qui se respecte. A l’inverse, certains artistes ont du se sentir un peu seuls face au public parfois clairsemé et souvent assez endormi ou dubitatif qui leur faisait face, mais c’est vraiment un moindre mal.

Elle est pas belle la vie?

Même topo au niveau du camping du festival, qui, comparé aux favelas hautes en couleurs et assourdissantes qui sont le lot de la plupart des évènements estivaux, avait tout du quatre étoiles sur les bords du lac Léman. 50 personnes à tout casser sur un îlot à un jet de pierre de la grande scène avec une foule de bénévoles aux petits soins (il y avait même une équipe d’intervention présente 24h/24, prête à repêcher les poivrots qui seraient tombés dans la rivière), et extinction de la sono au plus tard à 3h du matin… Que demande le peuple ?

Luxe suprême, il a fait beau et chaud (plus qu’à Paris durant les deux derniers mois tout du moins) pendant tout le week-end, ce qui joue quand même un grand rôle pour les gens qui dorment dehors. Ne restait plus qu’à vérifier si les artistes norvégiens valaient leur pesant de saumon fumé et d’aquavit.
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JOUR 0 (Kick off)

Arrivée on the spot jeudi « soir », juste à temps pour assister au trois premiers shows du week-end, petite mise en bouche plutôt rock avant de passer aux choses sérieuses vendredi et samedi (ce qui laisse le dimanche pour revenir dans ses pénates, merci Mrs les organisateurs d’avoir pensé à moi, sans doute le seul festivalier français de l’évènement). Enfin, ça aurait presque pu le faire, si je n’avais pas du crapahuter dans Steinkjer pendant une demi-heure à la recherche du camping municipal (le camping du festival n’ouvrant que le lendemain).

Du coup, c’est râpé pour SCUM DE LA NORVÈGE , les régionaux de l’étape, dont l’influence se fera cependant sentir tout au long du festival (la faute à l’ampli – orné d’un magnifique doigt d’honneur punk en diable -qu’ils laisseront à la disposition des groupes qui joueront après eux sur la Klubbscenen). Dommage, j’aurais bien aimé voir ce quatuor de francophiles convaincus (à en juger par le nom du groupe) à l’œuvre.

On se console cependant rapidement avec ZAED , autre formation de Steinkjer, qui distille un rock tantôt bluesy tantôt punk, bien servi par le bel organe grave de son chanteur (une sorte de Guy Harvey à casquette) et le groove de son guitariste, vague lookalike de Gallagher (Rory, pas Noel hein). Pas mémorable, mais sympathique.

La soirée se finit avec l’intrigant combo glampop MIO (prononcer « Miou »), dont le look se situe au croisement de Bowie période Stardust et de Freddie période I Want To Break Free. Le bon goût s’étant pris un méchant de coup de pelle derrière la tête et comatant sur le sol entre les flaques de bière, les gobelets écrasés et les téléphones portables égarés (les Norvégiens ont des poches trouées) dans l’indifférence générale, quoi faire sinon se concentrer sur l’essentiel: la musique jouée par ces zigues ? Et encore une fois, l’essai est transformé, grâce à l’énergie déployée, envoyée, renvoyée et partagée de part et d’autre de la scène. Compositions assez peu originales mais énergiques et énergiquement jouées (le batteur cassant sa pédale de grosse caisse à trois reprises tout de même), frontman 220V sautant régulièrement dans le public pour des tentatives avortées de crowdsurfing (quand je vous disais que les public était clairsemé), et fatigue « euphorisante » accumulée au cours du voyage se mélangeant pour donner un cocktail tonique et grisant.

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Cerise sur le gâteau, le retour vers le camping est l’occasion de vérifier que le soleil de minuit (d’une heure du matin en l’occurrence) nordique n’est pas une blague.

Après coup, on se rend compte que c’est plus une gêne qu’autre chose pour le festivalier essayant tant bien que mal de recharger ses batteries malgré la luminosité beaucoup trop forte pour qu’il soit facile de s’endormir, même en étant totalement vanné, et les cris stridents des mouettes locales, qui ont semble-t-il trouvé le moyen de ne pas dormir de tout l’été (ou alors elles doivent s’effondrer sur place à un moment, mais il y a toujours des copines pour reprendre le flambeau), mais sur le moment, on se sent prêt à enquiller les deux jours de concerts en une seule traite. Ça tombe bien, c’est au programme
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JOUR 1

On ne le dira jamais assez, l’attente est le lot quotidien du festivalier, où qu’il aille (au stand merguez, à la douche, aux toilettes…) et quoi qu’il fasse. À Steinkjer, cette assertion prend vite l’allure d’un dogme, d’un sacerdoce, d’une éthique de vie.

Non pas que les commodités soient continuellement prises d’assaut (au contraire, c’était bien foutu), mais à cause du rythme urbain et familial (certains iront dire petit bourgeois) du festival, dont le premier concert débute à 18h, et de la petitesse de la ville en elle-même, où il n’y a strictement rien à faire pour tuer le temps.

On a beau faire durer la « grasse matinée » le plus longtemps possible (pas facile dans une tente une personne qui se transforme rapidement en sauna dès que le crépuscule perpétuel laisse place à la journée proprement dite), plier le camp avec une savante lenteur, et traîner des pieds jusqu’à la place centrale après avoir repéré les lieux en prévision du soir, on a tout le temps de devenir intime avec le banc sur lequel on s’est assis en attendant l’ouverture du camping (12h).

L’installation de la tente ne prenant pas plus de 10 minutes (on est loin des 2 secondes promises par Quechua, mais le regard mi dépité mi admiratif lancés par les pauvres campeurs norvégiens livrant un dur combat contre leur abri de toile rétif à toute tentative de montage est tout de même flatteur), nous voilà quitte pour 5h30 de glande totale sur le parvis de l’église de Steinkjer. On a tout le temps de découvrir à quoi ressemble les supérettes norvégiennes, passage obligé pour s’approvisionner en victuailles après qu’on ait fait l’expérience amère des tarifs pratiqués par les stands de bouffe du festival (faut pas déconner les mecs, 13 euros la box de nouille Thaï !). Menfin, le bon côté des choses, c’est que l’on est aux premières loges pour les répétitions de SUSANNE SUNDFØR, même avec les portes de l’église fermée. Oui, elle va jouer dans une église, et oui, c’est pour voir ce concert que je suis parti à Steinkjer, donc oui je suis impatient.

À l’ouverture des portes, c’est la « ruée » (on ne court pas le 50 m dans une église tout de même, ça doit être ça l’héritage chrétien de la France dont parlait Sarko) vers le premier rang, pardon le premier banc, et bien évidemment, le chaland nonchalant local n’a pas fait le poids face aux mois de préparation et d’attente du visiteur. Schattra 1- Steinkjer 0.

Le rêve manque toutefois de se transformer en cauchemar lorsque, après avoir balancé lumières, fumée, musique d’intro, et pratiquement une seconde avant que Susanne ne s’attaque à la première note du morceau d’ouverture, le détecteur de fumée se met en marche. Pour ruiner une ambiance hyper travaillée et une démarche artistique savamment réfléchie, y a pas grand-chose de mieux.

Rires gênés parmi les musiciens, flottement dans l’équipe d’organisation, incompréhension du public, et Susanne repart aussi sec vers les coulisses. On nous fait comprendre qu’il faut évacuer le temps que soit neutralisée l’insidieuse sonnerie, mais fort heureusement, cette dernière est réduite au silence avant que l’irréparable ne soit commis (de toute façon, je ne pense pas qu’ils auraient réussi à me faire quitter ma place). Mot d’excuse du chef du festival, et on peut reprendre comme si de rien n’était, sauf que, sauf que… Sauf qu’on devine (plus qu’on ne le voit, il y avait vraiment beaucoup de fumée) que Susanne a été affectée par l’incident, qui a totalement bousillé son entrée.

Heureusement, le temps s’arrête à la première touche de Fender Rhodes effleurée par la fée enchanteresse du grand nord, qui livre un set faisant la part belle à son dernier album (The Silicone Veil) et conclus par quelques morceaux de sa précédente offrande (The Brothel). Étant un fan fini de Miss Sundfør, je ne m’attarderai pas à décrire le concert en lui-même. Disons simplement que je suis reparti avec beaucoup plus que ce que j’avais espéré trouver lorsque j’ai acheté mon billet sur son seul nom en mars dernier, et que pourtant, je n’avais jamais autant attendu d’un concert. Ne reste plus qu’à espérer qu’elle vienne défendre The Silicone Veil lorsqu’il sortira par chez nous (octobre sans doute).

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Sortie difficile de l’église de Steinkjer, sous un soleil toujours bien présent. C’est dur de se dire que ce n’était que le premier concert du premier jour du festival (c’est ce qui s’appelle griller ses cartouches, messieurs les organisateurs). Direction la deuxième scène, ou NTE SCENEN – TORGET, où déjà ont pris place JONAS ALASKA et sa bande de potes.

Déjà taxé de Dylan norvégien, le blondinet filiforme à la moue boudeuse et aux yeux tristes (Buster Keaton style), sappé comme comme un amish qui aurait chourré le chapeau de Lee van Cleef ne semble pas franchement ravi d’être là, mais comme il transpire le spleen par tous les pores (son « tube », October, est le récit de la noyade de deux de ses lointaines connaissances… ambiance ambiance), si ça se trouve il kiffait sa race. Reste que c’est difficile de jouer tout seul en arpèges sur une guitare sèche devant un public intéressé mais pas franchement emballé ni concentré. Il a quand même le droit à un rappel à la fin de son set, mais ne joue rien du tout, pas le temps, on l’attend sur la Klubbscenen où il doit accompagner MIKHAEL PASKALEV, qui vient juste de lui servir de second guitariste et de choriste lors de son propre concert. Scène de joyeuse transhumance d’une scène à l’autre, les artistes se joignant aux spectateurs sur les quelques dizaines de mètres séparant les deux lieux. Bienvenue au Steinkjerfestivalen !

Dans le cadre plus intimiste de la plus petite scène du festival, Paskalev (oui, c’est bulgare comme origine, comment avez-vous deviné ?), sourire ravageur et moustache triomphante surprend agréablement par sa capacité à passer d’un style à l’autre, sans jamais tomber dans la facilité. Son nouveau single, Jive Babe (et son clip « Rendez vous en terre inconnue dans un camp Rom en Bulgarie profonde »), chaudement accueilli, est un modèle de song writing catchy et intelligent, une pépite indie rock imparable. Même le flegmatique Jonas Alaska a l’air de se faire plaisir, et se fend d’un petit solo d’harmonica qui le fait plus que jamais ressembler au bon Zim’ (ne pas confondre avec Sim). Une vraie bonne découverte, et deux artistes à suivre (de loin, ça m’étonnerait qu’il passe en France avant un bout de temps).

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21h et des poussières, le set se termine. En sortant, on tombe nez à nez avec le show de D.D.E. (ça ne doit pas vouloir dire la même chose en norvégien qu’en français), groupe de rock « familial » teinté de musette, très populaire dans les années 90, mais jamais considéré d’un œil crédible par la presse. Pour faire simple, c’est un mix entre Les Innocents, Sanseverino et Jean-Louis Aubert.

Pour l’occasion (ils fêtent leurs 20 ans), ils ont débauché rien de moins que les TRONDHEIMSOLISTENE, un ensemble à cordes à la prestigieuse réputation nationale (et le programme me dit internationale, mais faut être connaisseur) pour les accompagner sur scène.

Autant pour Archive à Rock en Seine l’année dernière, j’ai été bluffé, autant là je suis resté dubitatif. Je ne connais pas bien la discographie du groupe (mis à part l’iconique Raï-Raï, qui est un peu le Tomber la Chemise du septentrion), mais de ce que j’ai pu entendre, c’est bien trop festif et bon enfant pour être porté au niveau symphonique.

En plus la scène était trop petite pour accueillir comme il se doit tous les musiciens, qui se sont entassés à l’arrière, et le soleil toujours radieux a fini de décourager le peu de magie que l’apport des Trondheimsolistene aurait pu créer (un beau ciel nocturne, voilà ce qu’il aurait fallu). On ne m’enlèvera pas de l’idée que Susanne Sundfør aurait pu faire un bien meilleur usage de tous ces archets (en plus, les Trondheimsolistene ont joué sur son dernier album).

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Retour à la Klubbscenen sur les coups de 22h, pour voir THE CUTE CRASH COMBO , que le programme présente comme un croisement entre AC/DC, Guns n’ Roses, David Bowie et Led Zeppelin, rien que ça.

À l’arrivée, si la comparaison avec le premier de ces illustres noms se révèle compréhensible, le frontman ressemblant assez à Angus Young, avec la casquette béret de Brian Jonson, le reste des parallèles tirés restent assez sibyllins, ce qui n’empêche pas nos 4 gaillards de livrer un set court, musclé et fort bien troussé. Rock quoi.

Le chanteur guitariste Jens Johan Stuberg s’approprie la petite scène et gesticule comme un damné, alternant moues « jaggeresques » et soli « richardsiens », bien soutenu par une rythmique carrée et efficace. Ces gars là ont le talent et l’attitude pour aller plus loin que Steinkjer et la Norvège, et savent écrire des chansons qui restent dans l’oreille et dans l’esprit (je me suis surpris à chanter en chœur le refrain de Beautiful Beast, morceau que j’ai du écouter trois fois d’une oreille distraite sur Spotify). Un vrai coup de cœur.
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En attendant que les petits gars de OSLO ESS arrivent sur place (en hélicoptère!), passage en curieux devant deux monuments musicaux, ou en tout cas présentés tels quels par le programme.

Premier arrêt devant les vétérans de DE PRESS, qui auraient apparemment pondus l’un des tous meilleurs albums de rock norvégien de l’histoire, Block to Block, qu’ils ont accepté de jouer en intégralité durant leur concert (un peu comme la tournée de Metallica pour les 20 ans du Black Album, sauf que celui là, tout le monde le connaît). Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, Steinkjer est le seul festival dans lequel l’auguste groupe se produira cet été, exclusivité mondiale donc.

Verdict: il faut parfois savoir rester sur son piédestal de groupe culte, surtout quand on n’a pas le niveau d’autrefois. Peu d’énergie, et encore moins de synergie entre les musiciens du groupe (dont les ¾ ne sont pas d’origine), la palme revenant ex aequo au chanteur Andrej Nebb, dont la vague ressemblance avec the Edge (le bonnet) et sa manie de bastonner un pauvre fût de la Statoil même pas sonorisé (donc ça fait clong au lieu de faire boum) constituent les seuls caractéristiques marquantes; ainsi qu’au guitariste visiblement aussi novice dans le groupe que stressé, trop concentré sur son pupitre à partoches pour décocher ne serait-ce qu’un seul regard au public.

Second round avec une des têtes d’affiches du festival, les Polonais de BEHEMOTH. À ce qu’il paraît, ce serait des références mondiales du death metal, style musical que j’avoue volontiers ne pas bien connaître. La Norvège ayant donné au mouvement metal underground quelques uns de ses groupes les plus emblématiques, ces grands malades de Mayhem en tête, la présence du quator de Gdansk à Steinkjer n’était finalement pas si surprenante, même s’ils détonnaient pour le moins avec le reste de la programmation.

Mais même dans un des pays berceaux du death, coller ces zigues en dernier concert de la grande scène était un choix un peu trop osé, les quatre cavaliers de l’apocalypse ne jouant que pour une grosse poignée de fans massés devant la scène, le reste du public observant le spectacle à une distance prudente, assis dans les gradins ou sur la pelouse. Pas vraiment un accueil à la hauteur de ce que ces pointures méritaient, mais après deux morceaux aussi mélodiques qu’un concassage de parpaings au marteau-piqueur, je décidais moi aussi de battre en retraite. Il faudra aussi m’expliquer pourquoi la plupart des groupes de death se déguisent en croquemitaines s’ils veulent qu’on les prenne au sérieux (surtout que quand le public n’est pas au rendez vous, impossible de faire une blague pour détendre l’atmosphère).

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Minuit, Oslo Ess entre en piste. Portés par une section rythmique montée sur ressorts, un frontman au charisme punk rock indéniable et un solide noyau de fans agglutinés aux premiers rangs (avec moi au milieu, ouille), la quintette capitale réussit enfin à tirer quelque chose du jusque là placide public de Steinkjer. Ça aurait même pogotté derrière moi que ça ne m’étonnerait pas.

Le show est carré et sans temps mort, avec juste ce qu’il faut de spontanéité et de bonne humeur manifeste pour qu’on ne soupçonne pas de pilotage automatique (exception faite du clavier/harmonica, qui ne se fit pas prier pour quitter la scène une fois ses parties jouées). Indéniablement un groupe de live qui sait quoi faire et qui aime le faire, mais qui aura sans doute beaucoup de mal à faire son trou à l’extérieur de la Norvège (chanter en norvégien n’aidant pas vraiment à exporter sa musique).

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Une heure du mat’, et si le soleil ne montre toujours pas de signe de fatigue, tous les festivaliers ne peuvent pas en dire autant. Après sept heures de musique non stop et d’allers retours incessants d’une scène à l’autre, les jambes sont lourdes et les esprits vidés. Il faudra cependant puiser dans ses réserves pour faire honneur au dernier groupe du vendredi (ou au premier du samedi?), les MONGO NINJA, emmenés par leur leader Kristopher Schou, une légende de l’underground norvégien réputé pour absolument TOUT donner à chaque concert (selon mon indispensable programme).

Malheureusement pour moi, qui m’attendait à de l’Oslo Ess dopé au redbull et à la nicotine, j’ai eu en fait droit à du Behemoth d’intérieur, les costumes en moins (quoique, le guitariste arborait une magnifique double cartouchière digne d’un western spaghetti). Trop crevé pour pouvoir apprécier « l’offrande » de Mr Schou, sorte de Joe Strummer post-nuke, et de ses acolytes à sa juste valeur, je suis parti avant d’avoir pu constater s’il donnait vraiment absolument tout. Du peu que j’en ai vu, ça en prenait le chemin.

Au final, une première journée dont l’apex, prévisible, fut atteint dès le premier concert, mais remplie de bonnes surprises (et de quelques déceptions, incompréhensions ou incompatibilités, mais rien de grave).

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