Archives du blog

STEINKJERFESTIVALEN 2014 – PART 1 (26/27/28.06.2014)

Retour au pays. Deux ans après avoir découvert le Nord-Trøndelag à la faveur d’une excursion dans la petite ville de Steinkjer, je repris le chemin du Nord de l’Europe (et donc de la Norvège, étymologiquement parlant) pour un nouveau week-end d’immersion dans la musique et la culture scandinave. Une fois parvenu sur place, après cinq heures d’avion, une heure et demie de train et quatre heures de retard sur l’horaire programmé, il était plus que temps de monter la tente et de se diriger, d’un pas un peu las mais léger, vers le centre-ville de cette paisible bourgade de 20.000 âmes, afin d’inaugurer la neuvième édition du (désormais culte) Steinkjerfestival.

Comme il y a deux ans, la soirée du jeudi vit se dérouler le « kick-off » du festival sur la plus petite des trois scènes (Klubben). Devant un public encore peu fourni, et constitué en bonne partie des volontaires en charge de la majorité de l’organisation de l’évènement (bravo et merci à eux au passage), la scène locale put donner pleine mesure de son talent. Les aléas de la météo m’ayant conduit à rater quelques transferts entre Roissy et Trondheim, je ne fus en mesure d’assister qu’à la fin de la prestation du dernier groupe programmé, CLARION CALL.

Clarion Call 1Avec 19 ans d’existence au compteur, les Clarion figuraient parmi les vétérans de cette édition déjà riche en « vieilles » gloires (voir la suite du report). Emmené par la paire Aarlott (Gisle, fondateur et guitariste, et Andreas, chanteur*), le groupe  déroula sa progpop avec maestria. Evoluant dans le sillage du Pink Floyd gilmourien (The Division Bell) et du Marillion post-Fish, Clarion Call distilla ses compositions aux atmosphères planantes et chaleureuses sans la moindre fausse note, Andreas Aarlott (d’abord connu comme frontman de Creaminal et manager au centre multimédia de l’université de Trondheim à la ville) se révélant parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle et suppléant sans mal son homonyme au micro – jusqu’à cette année, Gisle Aarlott avait en effet la double casquette de chanteur-guitariste – . Venus avec deux choristes et quelques effets lumineux pour rehausser l’arrière de la scène, le groupe assuma sans frémir son statut de tête d’affiche de la soirée, et conclut ce premier jour de manière fort convaincante.

*: Aucun lien de parenté entre les deux compères apparemment.

.

Le lendemain, après une matinée passée à tenter de récupérer du voyage (plus facile à dire qu’à faire au pays du soleil* de minuit quand on bivouaque dans une tente vert clair sur le territoire d’une bande de mouettes très démonstratives), et un début d’après-midi à flâner dans les faubourgs de Steinkjer (compter une demi-heure de marche pour épuiser le sujet) et à calculer le meilleur ratio apport calorifique/coût au Spar local, il fut enfin temps de se diriger vers l’église pour le premier concert de la journée. Première constatation une fois sur place: MODDI (car c’était lui) est une véritable star dans son pays natal, capable de remplir les 600 places du saint lieu en quelques minutes. Il faut dire qu’il s’agissait du premier concert de la chère tête blonde dans le Nord-Trøndelag, ce qui a forcément motivé les gens du cru à faire le déplacement. Pour ma part, relégué dans une contre-allée d’où l’on distinguait un peu la scène, jusqu’à ce qu’un couple de Norvégiens de taille standard (un petit mètre 85 de moyenne) encore plus en retard que moi ne décide d’investir le rang de devant, je ne pus que me jurer de m’y prendre plus tôt la prochaine fois, et remballer mes espoirs de prendre quelques images correctes en même temps que ma GoPro. Tant pis.

Thomas Jergel ©

Thomas Jergel ©

Beaucoup plus calme que lors de sa venue à la Flèche d’Or au printemps dernier, Moddi n’avait cependant rien perdu de sa bonne humeur communicative, et se fit un devoir d’abreuver les spectateurs de blagues tout au long de sa prestation (malheureusement, ma maîtrise imparfaite de la langue et le débit rapide du personnage se combinèrent pour me priver de la quasi-totalité de ce one man show drolatique, mais la gaieté est communicative, surtout avec un public aussi fourni). Venu avec sa fidèle choroncelliste (une choriste jouant du violoncelle, en abrégé), mais également un batteur, un bassiste et un pianiste, notre sympathique joker livra un set divisé pour moitié entre titres norvégiens et anglais. Parmi ces derniers, on put par exemple retrouver Poetry, Eli Geva et un conclusif – et incontournable – House by the Sea, tous déjà interprétés à Paris en Avril dernier. Cependant, nul besoin de préciser que le rendu à Steinkjer fut incomparablement supérieur, les instruments supplémentaires, l’acoustique du lieu et l’attention totale de l’audience se conjuguant pour accoucher d’une expérience proprement enchanteresse, même sans l’image. À la guitare ou à l’accordéon, seul ou accompagné, Moddi embarqua tout son monde dans son univers poétique, coloré et naïf avec une maîtrise consommée. À l’arrivée, les minutes filèrent une fois de plus trop vite (comme à chaque concert dans la Steinkjerkirke, une habitude définitivement douce-amère), et tout fut terminé beaucoup trop rapidement à mon goût. Ite, missa est.

*: Pour être exact, il faudrait plutôt parler d’une aube crépusculaire commençant tous les soirs à 23H et ne s’achevant qu’avec l’arrivée du soleil à 5H le lendemain.

.

Arrivé à temps pour assister à la fin du set de FRIDA NATLAND, venue avec son groupe combler le vide entre Beth Hart et Ane Brun (entreprise louable, mais au final ni nécessaire, ni vraiment intéressante), je partis ensuite pour la grande scène (Rismelen), afin de découvrir les premières têtes d’affiche de l’édition, à savoir VIOLET ROAD. À 100 mètres, on aurait presque cru à une manifestation des Waterboys à leur grande époque, à condition toutefois de couper le son, car si l’exubérance vestimentaire de cette sympathique quintette quasi familiale évoquait fortement celle de Mike Scott et de ses ondins au début des années 80, les compositions du groupe n’approchaient en revanche pas, et loin s’en fallait, l’intensité et l’allant de la Big Music prêchée par leurs glorieux aînés. Amusante coïncidence, le dernier single des premiers, Face Of The Moon, n’allait pas sans évoquer le nom d’un des tubes des seconds, The Whole Of The Moon. Simple question d’échelle. Comme quoi, il ne suffit pas toujours d’un saxophoniste pour entrer dans la légende (même si ça peut aider).

De retour en avance sous le chapiteau de la NTE Scenen, je pus assister à l’installation du groupe au nom le plus long de cette édition, j’ai nommé CONOR PATRICK & THE SHOOTING TSAR ORCHESTRA. Le hasard faisant bien les choses, il s’agissait également de l’ensemble le plus populeux de ce cru 2014, laissant la concurrence loin derrière avec ses neuf membres réguliers, dont sept avaient fait le déplacement jusqu’à Steinkjer (et comme dans les films d’horreur, c’est toujours le joueur de bongo – noir – qui meurt le premier, mais je m’égare*). Dans une indifférence à peu près totale – comprendre que j’étais le seul péquenot sur place avec l’équipe technique – la troupe s’installa sur scène et procéda aux balances. Cette arrivée précoce fut apparemment remarquée et appréciée par le groupe, comme tu l’apprendras bientôt, ami lecteur, mais ne précipitons pas les choses.

*: Autre absent notable, le violoncelliste classique de l’ensemble.

CP&STO 1

Où sont les fans?

.

À 20h30 précises, la joyeuse cohorte débuta son concert devant un parterre bien plus fourni qu’à mon arrivée, votre serviteur se trouvant logiquement au premier rang (à quoi bon arriver en avance si on ne peut pas choisir sa place?). La pop symphonique des Tsars Filants ne manquait certes pas d’allure ni de majesté, les huit comparses ne ménageant pas leur peine pour porter leurs morceaux jusqu’au point de fusion émotionnelle. Mention spéciale au joueur de glockenspiel (et oui, il y en avait un), qui réussit à rester à concentré et concerné d’un bout à l’autre du set. Oui je chambre, mais je ne suis pas méchant. Au centre de l’estrade, Conor Patrick, sa tignasse artistiquement négligée et son timbre de voix angélique laissèrent parler leur classe naturelle pour se poser en dignes successeurs des incontournables A-ha. Certes, parmi la petite dizaine de morceaux présentés en cette soirée du 27 Juin, aucun ne pouvait rivaliser avec les éternels Take On Me ou The Sun Always Shine On TV, mais tous se situaient bien au-dessus de tout ce que le trio Harket/Waaktaar-Savoy/Furuholmen a pu sortir au cours de leur dernière décennie d’activité en temps que groupe.

Arriva alors le moment de grâce. Rassuré par l’accueil favorable réservé par les festivaliers à ses créations, Patrick Conor descendit de la scène pour venir chanter au plus près du public, parqué comme de juste derrière les barrières de sécurité délimitant le no man’s land hanté par les vigiles et les photographes accrédités. Si, au regard du style du groupe, je ne fus pas surpris de voir son chanteur chercher à plonger son regard bleu pâle dans celui d’un(e) fan transi(e), je le fus en revanche bien davantage quand il s’avéra que j’avais été choisi pour être l’heureux élu de ce moment de communion. Oui, oui, vous lisez bien, Conor Patrick passa trente secondes de Calendar à me fixer droit dans les yeux, à cinquante centimètres de distance, et, ce qui est encore plus fort, ne regarda absolument personne d’autre jusqu’à son retour sur scène. Merci Steinkjerfestivalen pour cette parenthèse totalement improbable et absolument mémorable, qui restera comme un de mes moments forts de cette seconde excursion dans le Nord-Trøndelag.

CP&STO 3

.

Retour ensuite à Rismelen, pour assister au show des CC COWBOYS, groupe apparemment culte à en juger par la récurrence des passages scandés par le public en même temps ou à la place du chanteur, sorte de sosie de Tom Barman avec des lunettes de soleil. En 2012, c’était D.D.E. qui occupait le créneau des anciennes gloires toujours chéries, comme si nos Téléphone nationaux se réunissaient pour une dernière tournée des festivals. Sans cette valeur ajoutée nostalgique, et faute de pouvoir comprendre les textes (tout était en norvégien), il me fallut bien reconnaître que le rendu n’avait rien d’exceptionnel. Je laissais donc les vieux vachers poursuivre sans moi, et me redirigeai vers la NTE Scenen, où je savais que m’attendais un trio plus à mon goût.

CC Cowboys 1

.

À mon retour, les « three bitches from Sweden » (Greta, Stella et Sunniva Bondesson, les trois sœurs punkabilly de BASKERY) étaient déjà en train de s’installer sur scène. Présentes en 2012 à ce même festival et sur cette même estrade, le show qu’elles s’apprêtaient à donner avait donc une fort saveur de revenez-y. Sur place, je fis la connaissance d’un grand fan Norvégien, qui les suivait à la trace au hasard de ses déplacements en Scandinavie. Notre conversation, assez hachée, nous permit de passer le temps jusqu’au début du concert à proprement parlé, et je tiens à le remercier ici pour ces quelques minutes d’échanges conviviaux (ça m’étonnerait qu’il lise le français, mais on ne sait jamais).

Venues avec un nouvel album (Little Wild Life), les trois Grâces suédoises régalèrent le public avec une prestation maîtrisée de bout en bout. Contrairement à leur dernière visite, pendant laquelle Sunniva s’était exprimée uniquement en anglais, la triplette fit cette fois l’effort de communiquer avec son public dans sa langue, ce qui ne fit qu’accroître la sympathie de ce dernier envers les premières. Jouissant d’un statut à part à Steinkjer (il s’agit à ma connaissance du seul groupe rappelé par demande populaire d’une année sur l’autre), Baskery forgea un peu plus sa légende en effectuant un rappel – luxe rare en festival* – commencé par une chanson à boire suédoise a cappella (Bort allt vad oro gor) et terminé par une version dantesque de Out-Of-Towner. Signalons également la jolie reprise du Old Man de Neil Young, insérée dans la setlist, parmi les classique du calibre de The No No, Throw Me A Bone ou Here To Pay My Dues. En conclusion, un sacré bon moment, exactement comme espéré. À la prochaine les filles.

*: Et permis par l’absence de Blue Pills après elles sur la NTE Scenen.

Baskery 2

.

Tout festival doit réserver des surprises à ses participants, et Steinkjer 2014 ne fit pas exception. Le petit livret détaillant le programme de l’année indiquait ainsi « ?? » à partir de 23h30 sur la scène Rismelen, et en l’absence d’alternative sur ce créneau, il eut été malpoli de ne pas aller voir ce qu’il en retournait. Imagine alors, lecteur, un concert des Bérurier Noir en norvégien, avec cosplays de catcheur mexicain et de faucheuse noire, combinaison lycra verte intégrale et cascadeurs déguisés en grands-mères, et tu auras une petite idée de ce à quoi ressemble un concert de HAT, groupe aussi culte que local. Comme pour les polonais de Behemot il y a deux ans, l’intensité du show pâtit quelque peu de l’étalement du public, dont une bonne partie se contenta de regarder à bonne distance les pogos éclater dans la « fosse ». L’affaire aurait été bien plus bouillante dans le Klubben, mais se serait certainement terminée en jus de boudin, étant donné le goût prononcé du groupe pour les effets pyrotechniques. Bref, une curiosité locale, mémorable à défaut d’être compréhensible.

Hat 2

.

Dernière étape de ce vendredi, la scène NTE accueillait les récurrents (trois participations au cours des trois dernières années) OSLO ESS (prononcer Ouchlou S). Pour avoir suivi de loin l’activité du groupe depuis deux ans, et être resté plus d’une fois ébahi par la capacité d’abattage d’Åsmund Lande et de ses potes – 200 concerts par an tout de même -, je me demandais dans quel état serait trouver le combo punk le plus populaire de Norvège à l’occasion de ces retrouvailles. Au final, le charismatique Lande m’a semblé plus gaillard que jamais, insufflant un rythme d’enfer au show et assumant sans sourciller son statut de frontman avec une énergique bonhommie qui a sans doute quelque chose à voir dans le succès persistant rencontré par Oslo Ess auprès du grand public. Le batteur de la soirée, dont je n’ai pas retenu le nom, était également en grande forme, constat assez logique eut égard à son statut de touring member (le groupe n’a pas de percussionniste attitré). À la basse, Knut-Oscar Nymo et son éternel bonnet semblaient se contenter de la routine heureuse que représentait ce nouveau concert. Peter Larsson (guitare), avait lui une tronche de déterré et avait fait sien le détachement mi-halluciné, mi-goguenard que Keith Richards affiche depuis une décennie quand il joue avec les Stones/pour Mick Jagger, ce qu’il ne l’a pas empêché de livrer une partition tout à fait satisfaisante. Enfin, Einar Stenseng (clavier/harmonica) était juste parfait de désinvolture et de dandysme rock, promenant sa silhouette filiforme d’un bout à l’autre de la scène avec un détachement si artistement compassé qu’il en devenait presque éthéré (et ça aussi, je pense que ça contribue fortement au succès du groupe).

Oslo Ess 1

.

Au niveau musical, on put retrouver le son punk-garage rock avec lequel les Oslo Ess se firent un nom en 2011 (Caroline évidemment), mais également quelques incursions intéressantes vers le ska, témoignage d’une curiosité manifeste envers d’autres univers que celui dans lequel nos quatre garçons évoluent à présent. Et ce ne fut pas la participation du rappeur OnklP (avec lequel Lande et Nymo ont formé le super groupe OnklP & De Fjerne Slektningene, et qui était sur les planches du Klubben avec ses comparses quelques heures plus tôt), qui contredira ce ressenti personnel. Qu’on se le dise, ce groupe en a sous la semelle, et ne peut qu’agréablement surprendre ceux qui chercheraient à le cantonner dans la niche punk (j’en veux pour preuve leur disque de live acoustique publié l’année dernière). Au risque de surprendre et même de choquer certains, je pense qu’Oslo Ess a largement le potentiel pour devenir le The Clash norvégien : ne manque plus que des textes plus engagés pour sauter le pas.

.

À 1h et des poussières, et après une soirée entière de concerts et d’aller retour entre la grande scène de Rismelen et le chapiteau de NTE (le Klubben, ce sera pour demain), il était grand temps de regagner la tente pour recharger les batteries. Les plus convaincus purent se diriger vers le DJ set pour quelques heures de bonus, ou même accompagner le duo de buskers qui s’était judicieusement positionné juste à la sortie du festival (il en faut du courage/de la bière pour faire l’homme-orchestre à cette heure là, mes respects les gars), mais pour ma part, j’ai préféré jouer la carte de la sécurité: il aurait été dommage d’arriver lessivé le samedi (håhåhå). C’est sur calembour franco-norvégien que je te laisse lecteur : à bientôt pour la suite et fin de ce live-report. Vi ses!

STEINKJERFESTIVALEN 2012 (ja, jeg elsker dette landet) – PART 2

Poursuivons sur notre lancée avec la suite (et fin) de l’article dédié à la revue du Steinkjerfestivalen 2012. Au programme, de belles découvertes, des confirmations, une ambiance toujours aussi agréable et un temps presque aussi idéal que la veille… Willkommen til Norge!

JOUR 2

De retour sur les lieux du crime quelques heures plus tard (je ne peux pas vraiment dire le lendemain car: 1) le concert de Mongo Ninja commençait à 1h du matin 2) il n’y a pas eu de nuit à proprement parler entre vendredi et samedi), prêt pour une journée encore plus dense.
Pendant que les jeunes têtes blondes (on ne peut pas dire « les têtes blondes » tout seul en Norvège, vu que 95% de la population se retrouve dans cette catégorie, sans distinction d’âge) s’amusent dehors, retour sous le pavillon de la NTE Scenen, pour un tour d’échauffement avec l’école de musique locale.
En France, ce genre de prestation inclut généralement beaucoup trop de violons stridents et de clarinettes faussées pour être cataloguée dans la catégorie des spectacles mémorables, mais heureusement pour nous, l’antenne de Steinkjer ne semble carburer qu’au bon vieux rock des familles. Ou alors, ils ont interdit aux instrumentistes plus « traditionnels » de venir.

Quoiqu’il en soit, les quelques spectateurs réunis pour l’occasion, surtout les familles des jeunes performers à en juger par la moyenne d’âge plutôt élevée, ont le droit à une petite heure de spectacle pendant laquelle les reprises de standard s’enchaînent gentiment. On a même eu quelques soli de très bonne facture, preuve que la nouvelle génération pousse déjà derrière pour se faire sa place au soleil.

Les quatre heures suivantes sont consacrées à une sorte de tremplin musical pour jeunes (et moins jeunes) groupes locaux, certains prometteurs, d’autres moins.
20 minutes chacun, devant un public encore plus épars que pour la première partie du show, d’où un désappointement très compréhensible de la part de certains musiciens, pas forcément enchantés d’avoir cramés leur samedi pour jouer un gros quart d’heure devant vingt personnes. Coup de cœur personnel pour les BAD INFLUENCE, et surtout pour leur chanteuse guitariste, qui du haut de ses 16-17 ans, assure déjà comme une bête au manche.


Juste le temps de repasser à la supérette pour acheter de quoi tenir jusqu’à la fin de la journée (façon de parler), et on se place en embuscade devant l’église de Steinkjer pour le deuxième concert dans l’auguste bâtisse. Tant pis pour SIGURD JULIUS et sa bande, qui avaient pourtant l’air d’être prometteurs, mais la « Spotify Battle » scandinave entre ce dernier et LONEY DEAR (suédois) s’est soldée par une victoire nette et sans bavures du deuxième larron. En plus, comme la NTE Scenen se trouve à 50 mètres à tout casser de l’entrée de l’église, les premières chansons ne sont pas perdues pour tout le monde. Une prochaine fois peut-être.

Retour dans le sein du saint des saints, et interrogation: le bon Loney va-t-il réussir à embarquer son public aussi complètement que Susanne Sundfør la veille? Le défi est de taille, surtout que, fidèle à son nom de scène, ce cher Loney joue en solo, et sans installation lumineuse.
Il arrive sans crier gare par le fond de l’église, salue, s’assoit et… enlève ses gros godillots, révélant une splendide paire de chaussettes turquoises. Sacrilège? Non, car dès qu’il empoigne sa 12 cordes et commence à chanter, c’est bel et bien un petit miracle qui se produit dans l’enceinte consacrée. Même le pauvre Jésus cloué sur sa croix près de l’autel retient son souffle, suspendu aux loops de voix, de guitare et de percussions surperposés par le Jam Man du prophète hobbo.
Sublimé par la superbe acoustique du lieu, les morceaux de Loney Dear s’enchaînent avec une lente majesté, partant à chaque fois d’un unique accord, d’une simple note, voire de l’écho de l’un ou l’autre, sur lesquels le Loney brode de délicats motifs de cordes, rehaussé d’éclats de sa voix extraordinaire.
Encore un concert qui passe beaucoup trop vite, et dont on ne sort pas indemne (ni mon portefeuille d’ailleurs, un stand de merchandising ayant été judicieusement installé à la sortie de l’église). Seule consolation, il devrait repasser par Paris en octobre (dixit lui-même). Vraiment un grand moment.


Direction ensuite la Klubbscenen, pour voir les SVARTLAMON HARDKOR, chorale masculine jouissant d’une grosse réputation dans les parages. Seulement, ils devaient jouer dans un univers parallèle, car la scène reste vide et impossible de leur mettre la main dessus.
C’est la charmante GABRIELLE qui servira de lot de consolation, juchée sur une grande scène décorée de manière beaucoup plus girly que pour le show de Behemoth. Sans surprise, le public est essentiellement composé de teenagers et de leur chaperons, qui reprennent en chœur le tube de la donzelle, Ring Meg (rien à voir avec le titre de Blondie), avant de courir se faire dédicacer l’album au stand.
Comme ses prédécesseurs Polonais, la Lorie arctique a bien du mal à remplir la fosse, malgré un show « à l’américaine », avec uniforme et chorégraphie. Reste la bonne humeur manifeste d’être là et de partager avec ce moment avec ses fans, qui compense largement ce petit couac.

Dans le chapitre des comparaisons musicales entre la France et la Norvège, il est temps d’aller applaudir le Didier Super viking, alias BARE EGIL BAND.
Autant l’avouer tout de suite, assister à un show de chansons humoristiques en norvégien, ce n’est pas une perspective totalement emballante pour quelqu’un qui ne parle pas la langue. Mais Egil, avec son look de capitaine Haddock mâtiné de John Weathers (le batteur Gallois de Gentle Giant, allez voir Proclamation pour prendre la mesure du personnage) et son goût pour les reprises extrêmes (sa version du Poker Face de Lady Gaga, jouée avec son groupe Hurra Torpedo mérite aussi le coup d’oeil) constitue à coup sûr l’une des attractions du festival, il aurait été dommage de passer à côté du phénomène. Et quand il se présente sur scène en robe et perruque afro, on se dit qu’on a bien fait de laisser Gabrielle pour voir ça.

Bon, le fait est qu’après qu’on ait vu ça et écouté deux-trois chansons, on se lasse assez vite de ne pas comprendre les blagues, apparemment excellentes, qu’Egil balance régulièrement au public. C’est donc sans trop de regret qu’on quitte la scène NTE pour Rismelen et SONDRE LERCHE, véritable star nationale à la carrière déjà longue et prolifique (6 albums studios depuis 2001, et coach dans The Voice Norway).
J’ai écouté, j’ai pas trop accroché. Le gars a beau être doué, il manque à ses chansons le petit truc qui embarque l’auditeur et laisse une empreinte durable dans son cerveau. Comble de déveine pour Sondre, il commence à pleuvoir en plein milieu de son set, drainant une partie non négligeable de son public vers les scènes couvertes, dont la NTE, où EL CUERO se prépare à dégoupiller.
Le concert, un concentré de blues rock bien tassé servi à la louche par un chanteur guitariste gaucher touchant sérieusement sa bille, part sur de bonnes bases, mais comme je me suis promis d’aller voir BENDIK en priorité et que le show du trio electro planant commence à peine une demi heure plus tard, je laisse tomber le cuir en plan et taille la route vers la Klubbscenen pour avoir une bonne place.

Découverte via la playlist Spotify du festival, la musique de Bendik a été un coup de foudre immédiat, en particulier le céleste Stille, qui est le genre morceau dont on checke immédiatement le nom quand on l’entend pour la première fois. Manque de pot, ils ne la joueront pas cette fois ci, mais compensent par d’autres perles prog-pop basées sur la combinaison éprouvée claviers + batteries.
La chanteuse Silje Halstensen a bien une guitare entre les mains, mais rien à faire, pas une note ne ressort par dessus les nappes de synthé distillées par son complice Erlend Elvesveen et les frappes de mules du batteur Eivind Helgerød, qui finira par perdre une cymbale dans la bagarre.
Visiblement un peu stressés au début du set, notamment Silje, qui évite soigneusement de regarder le public, les Bendik gagnent progressivement en assurance, mis en confiance par un public amical et curieux.
Répertoire limité oblige, le set ne s’éternise pas, mais confirme le potentiel du trio, dont l’album devrait sortir (en Norvège) le cinq octobre.

Sacrifiés sur l’autel du placement stratégique, j’ai du faire une croix sur les MONTEE (encore un nom de groupe 100% français… Le chauvin en moi aime), qui sonnaient pourtant comme l’un des meilleurs groupes power pop du moment. Je n’ai plus qu’à les convaincre de venir faire une date à la Maroquinerie ou au Point Éphémère à la rentrée pour corriger cet impair.
Mais quand la sororité suédoise de BASKERY appelle, impossible de résister, surtout que j’avais du les sacrifier elles aussi en mai dernier pour pouvoir aller voir les Waterboys au Bataclan (la vie ne serait-ce qu’une course à  la réparation des torts passés? C’est effrayant). Bref, il me fallait une bonne place pour le show de Greta, Sunniva et Stella Bondesson, les trois frangines les plus country-punk de la planète.

Plébiscitées après leur précédent passage au Steinkjerfestivalen l’année dernière, les Baskery arrivent sur scène prêtes à en découdre et livrent un show débridé, encouragées par un public manifestement averti et amateur. Cerise sur le gâteau, Sunniva choisit de s’adresser à la foule entre les morceaux en anglais plutôt qu’en suédois/norvégien, permettant à votre serviteur d’enfin comprendre quelque chose et de crier, rire et applaudir au bon moment. Si si, ça compte.

23h. La grille de programmation a été volontairement nettoyée pour que le public converge de lui-même vers la Rismelen et le concert de LA tête d’affiche du festival, j’ai nommé KAIZERS ORCHESTRA , aka « le premier groupe norvégien non underground a bien s’exporter à l’étranger depuis A-ha ». Bon, pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que les Kaizers soient encore vraiment connus hors de la Scandinavie pour le moment, surtout que le chanteur Janove Ottesen ne chante pas en bokmål ou en nynorsk (les deux langues officielles du pays) mais en dialecte Jæren, une variante locale du premier. Bref, il est à peu près aussi probable que Kaizers Orchestra fasse vraiment son trou en France que d’attendre que les Cowboys Fringants percent à Oslo, mais on s’en fout.

Le style musical du groupe, à la confluence du rock, du baltringue et des orchestres des Balkans (Kusturica like), est indéniablement un des points forts de ce dernier, surprenant constamment l’auditeur par de nouvelles trouvailles mélodiques et déglingos. Ajoutez à cela une belle énergie partagée par tous les membres de la bande (en particulier le chanteur et les deux guitaristes) et un sens et une science certains du show et de l’exploitation de l’univers baroque développé par le groupe au fil des années (dernier projet en date, la trilogie Violeta Violeta, dont le dernier « tome » sortira en novembre prochain) et vous comprendrez sans peine pourquoi les Kaizers sont considérés comme une des meilleures formations « live » du moment.
Et pour une fois, le public de la grande scène se donne à fond et participe activement au show, ce qui ne gâche rien. Après une heure et demie d’un show mené tambour battant et logiquement conclu par le tubesque Hjerterknuster, il est pourtant temps de rejoindre pour la dernière fois la Klubbscenen pour les deux derniers concerts du festival, THE HEDVIG MOLLESTAD TRIO et EL DOOM & THE BORN ELECTRIC

Autant le dire tout de suite, le jazz n’est pas vraiment ma tasse de thé, aussi quand je vois des noms de groupes avec « Trio » dedans, j’ai tendance à passer mon chemin (l’exception confirmant la règle étant le John Butler Trio – Tryo ne compte pas -).
Circonstance atténuante, Hedvig Mollestad et ses acolytes ont certes un nom jazzy, mais une composition clairement typée rock : pas de saxophone, de clarinette ou de piano ici, rien que l’indémodable combo guitare-(contre)basse-batterie. Et puis après la claque nommée Bad Influence reçue en pleine face en début d’après-midi, je voulais voir si le nom guitar hero pouvait une nouvelle fois être transposé au féminin.
À en juger par le placement du public dans les derniers rangs de la salle, je n’étais pas le seul à nourrir quelques arrières pensées jazzophobes (Carla Bley Band, brrrrr) avant que le concert ne débute, mais comme le dit le poète, il n’y a que deux types de musique, la bonne et la mauvaise, et quand on se retrouve face à trois virtuoses (mention spéciale à la contrebassiste/bassiste, à la facilité carrément écœurante) au sens du groove implacable, la décision est vite prise. J’aime pas le jazz, mais ça, j’aime bien.


Enfin, les derniers braves debout (c’est le moment du festival où on connaît de vue 90% des gens dans le public) se tiennent prêts à jeter leurs ultimes forces dans la bataille pour accueillir comme il se doit El Doom & The Born Electric, combo plutôt que groupe à proprement parler puisqu’on y retrouve le vétéran du rock norvégien Ole Petter Andreassen (aka El Doom, charmant nom de scène), déjà impliqué dans plusieurs projets musicaux (The Cumshots, Thulsa Doom), mais également le lead guitare et le batteur de El Cuero (voir ci-dessus), et même Hedvig Mollstad, qui si elle est citée dans la composition du groupe en qualité de guitariste et organiste, était manifestement trop occupée à ranger ses affaires pour participer au concert de ses petits copains.
En guise de digestif pour cette édition 2012, El Doom et ses mercenaires servent une double dose de rock puissant et charpenté, avec un arrière-goût prog’ qui pourrait être assimilé à du Rush, du Purple ou du Yes (sans claviers) par moments.
Imperturbable sous son chapeau de Texas Ranger, l’El Doom me fait l’effet d’un Johnny Hallyday scandinave : homme de show plutôt que de chant, avec une guitare comme accessoire plutôt que comme instrument. À en juger par l’extase du premier rang, le type est véritablement une légende parmi les cercles initiés, dont je ne peux pas prétendre faire partie. De là (et de la fatigue accumulée) la pensée pernicieuse que les Born Electric pourraient très bien, voire mieux,  s’en sortir sans El Doom en frontman

2h30 pétantes, la dernière note de guitare s’étiole et disparaît dans le néant. Fin du festival, retour à la tente sous cette p****n de clarté, dont le cerveau parviendra finalement à faire abstraction assez longtemps pour grappiller quelques heures de sommeil.

THERE AND BACK AGAIN

Au final, expérience très positive de ce petit musical dans le grand nord Européen. Aucun problème au niveau du voyage, de l’hébergement ou de la vie sur place à déplorer, un temps vraiment estival et des bons concerts à la pelle.
Petit regret personnel, ne pas avoir pu mettre en pratique les notions de norvégien développées dans les mois précédents le voyage (j’avais même acheté une méthode Assimil), car même s’il est assez facile de se faire comprendre, il est en revanche très ardu de comprendre la réponse de son interlocuteur (toujours cette histoire de dialecte). L’anglais offre une solution bien plus pratique au final, les norvégiens étant effectivement tous très bons dans la langue de Shakespeare.

Evidemment, une telle escapade dans la périphérie européenne a un coût assez important (130 euros le pass 2 jours, 500 euros de transports…) sans compter que la Norvège est un pays riche, et donc un pays cher (mais si on s’en tient au SPAR local pour la nourriture et qu’on ne multiplie pas les extra, la différence avec la France reste faible). Les artistes programmés sont indéniablement bons, mais sauf coup de cœur ou coup de tête irrépressible, venir jusqu’à Steinkjer pour les voir jouer n’est pas ce qu’on pourrait appeler un choix rationnel. Pour ma part, je n’ai pas eu à regretter mon voyage, mais mon cas est certainement un peu extrême.
En résumé, on n’a pas raté sa vie de festivalier si on n’a pas fait au moins une fois le Steinkjerfestival, mais passer à côté si on a la possibilité de le faire « en extra » serait vraiment très dommage.

%d blogueurs aiment cette page :