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VIEILLES CHARRUES – JOUR 1 (JEUDI)

Les Vieilles Charrues, c’est l’histoire d’une vengeance, du rat des champs qui snobbe son cousin des villes, du pot de terre qui fracasse la tronche du pot de fer. À la genèse du plus grand festival français en terme d’affluence (244.000 personnes cette année sur 4 jours) et en têtes d’affiche programmées, on retrouve en effet l’ennui d’une poignée de potes du pays Poher, désespérés par le manque d’animations de leur bled à une saison où même le reste de la Bretagne trouve de quoi s’occuper (organiser un fest noz pour que les touristes puissent s’estropier les petits doigts dans une orgie d’an dro exécutés sans finesse mais avec une évidente bonne volonté, ça occupe sa bigouden).

Car la bonne ville de Carhaix, enclavée sans espoir dans les marches intérieures du Finistère (la plage est loin, laissez moi vous le dire), à un jeté de menhir des Côtes d’Armor et du Morbihan, constitue le cauchemar de toute personne souhaitant occuper son temps libre autrement qu’en célébrant la mémoire de La Tour d’Auvergne (« premier grenadier de France » sous Napoléon et Carhaisien illustre, mais qui préféra malgré tout se prétendre auvergnat, ça en dit long).
21 ans après ses débuts folkloriques, les Vieilles Charrues ont cependant creusé leur sillon, au point de faire l’envie du reste de la France mélomane, Paris en tête, pendant les quatre jours que dure le festival. Car qu’importe la manière dont ils s’y prennent pour vendre leur affaire, les organisateurs des Charrues savent y faire pour attirer les plus énormes stars de la galaxie pop rock, dont le passage sur le pré de Kerampuilh constitue souvent l’unique date métropolitaine de l’été, voire de l’année.

M’étant décidé trop tard pour participer à l’édition 2011, qui accueillait pourtant un de mes groupes fétiches, les inoxydables SUPERTRAMP, j’ai profité d’un heureux concours de circonstances m’ayant attiré en terres morbihanaises en début de semaine pour prolonger mon séjour au royaume du chouchen par une petite virée à Carhaix. Alors ce report des 21èmes Vieilles Charrues, on s’y attelle ou bien?

Do you speak Breton?

Le Palais – Quiberon, Quiberon – Auray, Auray – Rosporden, Rosporden – Carhaix. Pfiou, elle se mérite la visite à la grange.
Effectué sous un soleil radieux, le pèlerinage jusqu’à la capitale du Poher se passe toutefois dans la joie et la bonne humeur, en particulier la dernière partie effectuée en autocar, où je sympathise avec un futur bénévole très sympa même si encore bien fatigué de sa nuit précédente.
Profitant d’un arrêt du bus, un mystérieux moustachu harangue les voyageurs sur les mérites du spectacle proposé par les FIVE FOOT FINGERS, dont il fait lui même partie, et qui se produiront au festival trois jours de suite. Évidemment, quitte à voyager avec un des artistes programmés, on aurait préféré tomber avec STING ou SHIRLEY MANSON, mais on arrive sur site déjà dans l’ambiance, c’est appréciable.

Les impondérables de la route ayant toutefois ralentis notre fringant véhicule, la gare routière étant située à un bon kilomètre du camping et les candidats à ce dernier devant être dûment fouillés avant de pouvoir y pénétré, je me retrouve en retard pour le coup d’envoi du festival, malgré un planning prudent de ma part.
Tant pis donc pour ROVER, premier à s’élancer sur la pré pour cette édition, et dont les cinq premiers morceaux (dont mes deux préférés, Late Night Love et Aqualast, hélas) me serviront de bande son pendant l’installation ma tente dans une parcelle assez éloignée de l’entrée du camp (zone 10 pour ceux qui voient), puis pendant l’acheminement jusqu’à la scène Kerouac où notre arpenteur des planches a fait escale avec ses musiciens. Vu toute la route qu’il s’est déjà enfilé cette année et s’enfilera encore jusqu’à la fin de sa tournée marathon, on se dit que les organisateurs ont bien fait de le programmer sur l’estrade nommée d’après l’auteur de On The Road.

7ème concert de Rover pour votre serviteur en l’espace d’un an, avec un dernier mois particulièrement chargé (Solidays, Soirs d’Été et Vieilles Charrues donc), je commence donc à connaître son show. Et c’est bien ça que je lui reproche: aucune différence de setliste entre Domino et Kerouac, d’où un certain ennui au bout de seulement quelques minutes de concert. Une vieille impression d’assister un show réchauffé et déjà servi une cinquantaine de fois, le sentiment que le mode pilote automatique a été enclenché comme à Solidays, malgré le déni catégorique de l’intéressé, qui jure être très content de revenir en Bretagne, « là où le projet (et sa mère aussi, accessoirement) est né ». Pour autant, je ne l’ai pas senti particulièrement ému le père Rover, à moins qu’il ne cache très bien son jeu.
Preuve en est l’ultime morceau du set, le fameux Full of Grace extended (voir report Soirs d’Été) qui démarre bien, s’élève dans le ciel de Kerampuilh… et retombe comme un soufflé au bout de quelques minutes. Et pourtant, Flipotar n’était pas là cette fois. Cerise sur le gâteau, le grand homme quitte la scène en balançant un « Merci aux musiciens » qui m’a beaucoup surpris: à l’entendre, on aurait pu croire qu’il venait de jouer avec des requins de studio qu’il n’avait jamais croisé auparavant, et pas avec trois types qui le suivent sur la route depuis le début de l’aventure (dont un est carrément le producteur de son album).

Bref, mon avis est peut-être un peu biaisé du fait de l’expérience (ah, je me sens chenu tout d’un coup), et sans doute que les spectateurs ayant découvert Rover aux Vieilles Charrues ont été enchantés par sa prestation (j’ai bien discuté un gars à Soirs d’Été qui était devenu fan après le très moyen – à mes yeux – concert des Solidays, c’est dire si l’animal peut fasciner), mais pour ma part, je suis resté sur ma faim.
Autant je sais pourquoi il faut aller voir Rover en concert, autant je ne vois pas de raison objective à aller le revoir sur scène… pour le moment. Pas de prime à l’ancienneté, c’est vraiment dommage. Espérons que les concerts de la tournée d’automne ne seront pas des copies conformes des performances estivales, et que le wanderer tourmenté de la chanson française remaniera un peu sa setliste avant la fin de l’année. Comme il n’a que des bonnes chansons pour le moment (l’introspectif Wedding Bells mis à part), ça ne devrait pas être trop compliqué.


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On enchaîne pour le premier concert sur la (vraiment très) grande scène du festival, qui accueille pour l’occasion le quatuor britannique DJANGO DJANGO, que tout le monde semble connaître et adorer, sauf moi.
Un regard au programme annonce: « un véritable puits sans fond d’influences musicales (comprendre que le rédacteur ne sait pas à quoi les rattacher) entre harmonies vocales (ok, il y aura des chœurs…) et électro-pop cosmique (ça sent les bidouillages sur synthé…). Ces Beach Boys du XXIème siècle (quand tu lis les critiques de That’s Why God Made The Radio, tu espères que ce n’est pas vrai), fervents adeptes de la chanson dérangée et des mélodies échevelées (blablabla…), sont à découvrir sans hésiter! »
Bref, un premier album encensé par la critique, et déjà la main stage pour nos quatre rosbeefs, j’appelle ça griller les étapes, mais on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Reste que cet emballement médiatico-hype typiquement « Metronomien » a plus tendance à me braquer d’entrée contre l’artiste en bénéficiant qu’à m’inciter à la clémence. Ça allait saigner.

Arrivés sur scène en T-shirts (moches) assortis, les Django se mettent à pied d’oeuvre et déroulent leur set avec une bonne humeur un peu crispée. J’apprends après coup qu’il s’agissait de leur plus grande scène à ce jour, et que même si le festival était loin d’avoir fait le plein pour cette première journée, affronter quelques 30.000 personnes encore à peu près sobres (et donc dotées d’un sens critique non faussé par l’effet euphorisant de l’alcool) donne des raisons de nervosité. Impossible de décrire de manière constructive la musique jouée par le combo, vu que je n’en garde absolument aucun souvenir. On comprend mieux pourquoi le rédacteur du programme a classé les quatre Londoniens dans la catégorie fourre-tout de l’electro pop, car effectivement, il est très difficile de mettre des mots sur les morceaux délivrés par la quartette, peu aidée il faut le reconnaître par la qualité proprement dégueulasse du son craché par les tours d’amplis de Glenmor. Encore un concert où la balance se fait en live, franchement pas top.

Django Django, splendeur et déchéance d’un groupe pop

Les timides tentatives du chanteur-guitariste Vincent Neff de communiquer avec un public pas vraiment emballé dans son ensemble (le spectateur breton est méfiant, c’est connu) ne s’avérant pas franchement concluantes (la foule préférant largement consacrer son énergie à faire libérer tous les Bob l’Éponge injustement emprisonnés de Kerampuilh – clin d’oeil à ceux qui savent – 😉 ), les quatre sujets de sa Gracieuse Majesté finiront par révéler leur véritable nature: un p….n de groupe claviers-batterie*.

Autant pour les instruments rigolos exhibés plus tôt dans le set, vous voilà percés à jour mes gaillards! Adieu perfide Albion, je taille ma route vers Kerouac, où les Parisiens énervés de STUCK IN THE SOUND se préparent à dégoupiller..
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*: Théorie personnelle sur la musique pop actuelle: si tu as plus de talent que d’amis, achète toi un Jam Man et essaie d’égaler KT Tunstall, Bernhoft et Loney, Dear; si tu as plus d’amis que de talent, dégotte-toi un clavier et une batterie et marche dans les traces de tous ces nouveaux groupes pour qui trois notes de Bontempi couchées sur un groove binaire constituent une chanson (ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de la bonne musique avec cette combinaison d’instruments, hein).
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Bon, avant de passer à la revue du concert à proprement parler, une petite confidence honteuse: je confonds tout le temps Stuck in the Sound et Skip the Use. Pas la musique (je suis totalement novice pour les deux), mais les noms. Avouez que ça se ressemble quand même un peu.
Arrivé sur place, j’ai la joie de découvrir une barrière encore pas totalement garnie, ce qui, étant donné la forte tendance de José Reis Fontao à encourager la formation de pogos toutes les 3 minutes environ, est forcément une bonne nouvelle. La place étant sécurisée, je meuble l’attente avant le coup d’envoi en me demandant pourquoi diable la moitié de la production annuelle de St Alix a été disposée au pied de la rambarde. Du mauvais côté, qui plus est (la réponse à cette question un peu plus loin).

À 18h50, les quatre titis s’avancent sur la piste, José et son fameux sweat noir à capuche en tête (so 2000’s!). Ils envoient la sauce pendant l’heure réglementaire, et l’expérience est plaisante pour le néophyte que je suis. Rien qui ne m’accroche spécialement l’oreille, mais l’attitude énervée et sans compromis des parisiens, jouant devant un public bien plus enthousiaste que celui des Django Django, offre l’occasion d’une première chevauchée infernale dans les grands espaces du rock.
À la longue, les fanfaronnades de José (« Carhaix, dès que le micro du batteur sera réparé, on va tout faire péteeeeeeeer! » aux deux tiers du set, pas franchement pertinent sachant que tout le monde était à fond dès la troisième seconde du show) se révèlent être un peu usantes, mais pas autant que la houle humaine qui pousse dans le dos et vous écrase sur la barrière avec une régularité effrayante. Heureusement qu’il y avait la rambarde pour se tenir debout, je n’ose même pas imaginer ce que ça a du être pour les gens de derrière.
Une demoiselle en détresse quelque part sur ma gauche a bien essayé d’intéresser les gars de la sécurité à son cas avant de finir stuck in the fence, mais peine perdue, les gros bras ne pouvant manifestement pas passer des bouteilles d’eau aux festivaliers assoiffés et essayer de calmer les individus les plus démonstratifs avant qu’ils n’aient piétinés plus fluets qu’eux. Bref, à consommer avec modération, d’autant plus que la journée est encore longue.


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Merci les écrans géants!

20h, retour vers Glenmor pour le concert d’un autre parisien (enfin, ex-parisien), le sympathique KEZIAH JONES, dont le plus grand drame reste de n’avoir rien sorti de comparable à son excellent Rhythm Is Love depuis bientôt 20 ans.
C’est triste de déjà être obligé de vivre sur sa légende à même pas 45 ans, mais force est de reconnaître que Keziah est un one hit poney aux yeux du grand public, malgré d’indéniables talents de guitariste et de showman, et une plastique toujours rutilante, qu’il se fera un plaisir d’exploiter en jouant l’intégralité du set torse nu.

Secondé par un bassiste au sourire plus ravagé que ravageur, le jumeau caché de Christian Rauth (mais si, le maire de la série « Père et Maire ») à la batterie et un joueur de djembé en boubou plus présent pour l’image que pour son talent de musicien (saleté de balance pourrie, snif), Mr Jones enchaîne les morceaux de blufunk, « style musical qu’il a créé, [et] dont il est le numéro un mondial (c’est aussi le seul à le pratiquer) »* avec professionnalisme, sans vraiment réussir à chauffer le public, mis à part les ménagères de moins de 50 ans des 10 premiers rangs qui accueilleront avec enthousiasme la chorégraphie merveilleusement gigolesque exotique que l’enfant de Lagos exécutera juste avant de s’éclipser en coulisses.
Mais de mon point de vue, le meilleur moment du concert restera la version enlevée de All Along The Watchtower qui fut jouée en rappel, plus proche dans l’esprit de Jimy que de Zimy. Savait-il que Dylan investirait cette même scène le dimanche soir, ou s’agissait-il d’un morceau habituellement joué en clôture, je ne pourrai dire, mais Keziah et moi nous sommes quittés bons amis grâce à cet hommage magnifiquement exécuté.

*: Wikipédia, je t’aime.

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21h, la fatigue et la faim commencent à se faire sentir. Ça tombe bien, c’est au tour de ZEBDA de prendre le relai sur la scène Kerouac, et, comment dire…
Bref, profitons-en pour se dégourdir les jambes et faire le tour des stands de bouffe à la recherche d’un encas consistant, en attendant de pouvoir passer au supermarché demain matin. Contrairement aux tarifs exorbitants pratiqués à Solidays, la nourriture proposée sur le site l’est à un prix tout à fait correct (4,5 euros le sandwich frites, et je peux te dire que tu es calé après), même si on ne trouvera point de salut en dehors de la patate rissolée et de la saucisse bien grasse. Roots roots roots. Même Zebda se met au diapason et invite les spectateurs à faire la couscoussière avec ses bras (à moins qu’il ne s’agisse d’une parabole).
Ambiance bon enfant sur les Vieilles Charrues, les jeunes quadras avec enfants se remémorant avec nostalgie leur décennie 90 au son des succès du groupe toulousain, le sympathique Tomber la Chemise et l’insupportable Motivés venant terminer la playliste avec le crépuscule tombant. Timing parfait pour accueillir les énigmatiques PORTISHEAD sur la grande scène, pour ze concert of the day, ou quelque chose comme ça..
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Pour moi, la bande à Gibbons c’est un Glory Box lancinant, la bande son parfaite pour un suicide au Prozac par une soirée de Novembre pluvieuse à Bristol. Un groupe qui respire la joie de vivre et l’humour grivois, à mi-chemin entre Patrick Sébastien et les Musclés. Autant dire que passer juste derrière les dépressifs de Zebda allait être une partie de plaisir pour le trio de Dummy.

Beth Gibbons est heureuse de jouer aux Vieilles Charrues (si si)

Franchement excentré sur le côté droit, je vois le groupe se mettre en place sur scène sans un mot ni un signe pour le public qui lui réserve pourtant une franche ovation. Bon, ça doit faire partie de leur image de marque (difficile de les imaginer sautant partout, c’est vrai).
Le premier morceau commence, rengaine trip hop atmosphérique aux loops menaçants, Beth empoigne son micro et chante sa partie pendant que sur les écrans géants passent des plans pseudo artistiques du groupe en train de jouer (comprendre que c’est aussi facile à décrypter que les passages de REC filmés en infrarouge). Ceci fait, la chanteuse se retourne carrément vers ses acolytes (et donc tourne le dos au public…) le temps que ces derniers achèvent le morceau. Suivent 30 secondes de battements pendant laquelle Miss Gibbons descend un quart de la bouteille d’eau mise à disposition par la régie, toujours dos à la foule, réfugiée près de la batterie de Clive Deamer, avant d’enchaîner sur le titre suivant.
Le rituel « j’ai fini, je me retourne, je me gorge d’eau » étant répété à la fin de chaque chanson, et aucun des membres du groupe ne semblant être très concerné par le public lui faisant face (pas un signe et pas un mot, à part un « good evening » chevrotant à la fin du deuxième morceau), la bienveillance laisse place à l’incompréhension, puis à la déception.
Très honnêtement, c’est la première fois que j’ai l’impression qu’un groupe se fout totalement de jouer devant 40.000 personnes ou le mur du studio de répétition, et ça fait bizarre. Franchement dépité par la prestation globale des « papes du trip hop » (ils détestent être appelés comme ça, donc je ne vais pas me gêner tiens!), je pars noyer mon chagrin dans le Breizh Cola après un Glory Box où Kerampuilh s’incruste dans le chorus plus qu’il n’est invité à participer par une Beth Gibbons toujours aussi hiératique. Seul point positif, le très beau « dessin animé », onirique et angoissé, qui illustre The Rip, dans la droite ligne du The Trial de Pink Floyd. Pour le reste, autant écouter le best of au calme chez soi avant de s’ouvrir les veines, on économisera de l’argent.


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Une certaine idée de la classe…

À 23h, je fais l’expérience concrète de ce que participer à un festival de la taille des Vieilles Charrues veut dire pour le badaud. Du monde, du monde partout. Du monde passablement bourré qui plus est, ce qui suffit à me convaincre de regarder le show des LMFAO depuis l’écran géant le plus éloigné de la scène Kerouac.
Au programme, de l’entertainment à l’américaine, avec DJ aux platines, breakdancers et bombasses de rigueur, chorégraphies réglées au poil et sens du spectacle affuté.
Je ne sais pas s’il faut être admiratif devant l’efficacité implacable du « party rock » craché par les enceintes ou atterré par le caractère totalement artificiel des tubes scandés par le crew de Sky Blu (pas de traces de l’oncle Redfoo en revanche, peut-être trop vieux pour ces conneries). Dans la gigantesque fosse de Kerampuilh, on est bien loin de se poser la question: les (très) jeunes présents kiffent violemment leur race, et c’est bien l’essentiel. Malheur aux vieillards qui n’arrivent pas à tenir le rythme effréné imposé par les californiens: dans le pogo général comme dans l’espace intersidéral, personne ne vous entend crier..
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Passée la traditionnelle champagne shower (ou peut-être était-ce du cidre? Pas vu, trop loin), je lève le camp en direction de ma fidèle Quechua 2 secondes, que je retrouve sans trop de mal malgré le manque d’originalité du modèle. S’endormir avec DON RIMINI et son « DJ set terriblement efficace » en guise de berceuse, n’est-ce pas ça être rock en 2012?

FESTIVAL SOIRS D’ÉTÉ – LUNDI (09.07.2012)

Idée reçue: Il n’y a pas de festivals de musique « actuelle » sur Paris entre le début Juillet et la fin Août. Pour tous ceux qui considèrent Solidays et Rock en Seine comme l’alpha et l’oméga de la saison de la musique en plein air, avec pas grand chose à se mettre sous la dent entre Longchamp et St Cloud si on s’en tient à la capitale, mon devoir est de les mettre au parfum. Oui, il y a bien moyen de se faire plaisir intra-muros pendant les grandes vacances, et le mieux c’est que c’est totalement gratuit.Le mois de Juillet en particulier est spécialement bien achalandé en la matière, puisque OÜI FM et LA FNAC organisent chacun un évènement pour Parisiens mélomanes. Le festival proposé par l’enseigne au carré noir tombant en même temps que les Vieilles Charrues, il fallait bien que je fasse honneur à la grand messe organisée par la Radio Rock, histoire de voir si le spectacle proposé valait son pesant de tickets de Transilien. M’en fout, j’ai la carte Navigo 5 zones.Direction donc la mairie du 3ème arrondissement, où devait nous attendre avec veaux, vaches, cochons et pots de lait ROVER et BEN HOWARD, deux grognards de la scène pop rock, du moins si on se base sur « le baromètre Dionysos » (qui mesure le nombre de festivals auxquels participe un artiste donné pendant l’été – je vous laisse deviner pourquoi ce nom divin -). Tiens, vous n’auriez pas déjà fait Solidays il y a deux semaines mes gaillards? Heureusement pour moi, qui était aussi présent à l’hippodrome (3 Days At The Races, tout de même mon petit Freddie) le week end du 22 au 24 Juin (rapports détaillés faisant foi), j’avais deux excellentes raisons de venir m’acoquiner une nouvelle fois avec les deux individus susnommés.
Pour le premier de nos lascars, il s’agissait de vérifier, après un concert solidaire qui m’avait beaucoup déçu, que notre colosse, quitte à patauger plus qu’à son tour dans l’argile des tranchées de Verdun en rêvant qu’il touche lentement les nuages (soit, voir le clip d’Aqualast), ne les avait justement pas en argile, ses chevilles.
Rover, poilu d’intérieur ou voltigeur tout terrain? On allait être fixé une fois pour toutes.
Dans le cas de Ben, je comptais bien voir ce que l’enfant prodige du folk avait dans le coffre de près et avec une guitare valide entre les paluches, deux problèmes auxquels j’avais été confronté à Solidays.

Coup de pot, nous arrivons assez tôt sur le spot , coincé entre la mairie en question et un square (me demandez pas lequel, je suis nul en géographie parisienne), pour décrocher the best of the top of the cherry sur le cake: la barrière centrale. Jackpot.
Un bonheur n’arrivant jamais seul, je retrouve également deux têtes connues de Solidays sur place, dont sans doute la plus grande fan de notre ténébreux expulsé (du Liban, si vous vous posez la question et n’avez lu aucune des 10³² interviews qu’il a donné depuis un an), à l’agenda rempli de dates de concerts pour cette vie et la prochaine. That’s the spirit.
Le brin de causette sur nos addictions musicales respectives (certaines partagées) m’éamène à réaliser que PAUL PERSONNE sera à l’affiche du festival deux jours plus tard. OMG (Odélie Managée Grièvement), je l’avais même pas calculé. Va falloir revenir pour une projection en plein air de « My Name Is Nobody » du coup! Pas de problème, on sera là.
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Deuxième réalisation de la soirée, Rover ne sera pas la « première partie » du show, car avant lui s’élancera/ont le/s mystérieux HERR STYLER.
Qui est ce monsieur (ou bien s’agit-il d’un groupe?), est/sont-il/s allemand/s et sa/leur musique est elle vraiment stylée? Autant de questions qui resteront en suspens le temps que Dom Kiris ne monte sur scène chauffer le public encore clairsemé à cette heure précoce, nous annonçant qu’il s’agit d’une soirée « spéciale coup de coeur », et de citer Roro et Bennie dans son laïus introductif. Pas un mot sur Herr Styler par contre, ou plutôt si: « electronica ». Et pouf, il nous plante là, nous laissant méditer pendant les quelques secondes que mettent les deux Mrs Stylistes (première énigme résolue) à se mettre en place devant leur instrument (claviers pour le premier, batterie pour le second, Ray Ban pour les deux) le slogan de sa boîte: « OÜI FM, la radio rock ». C’est bizarre, j’aurais pas tendance à ranger l’electronica sur l’étagère rock, qui déborde pourtant de pleins de trucs plus ou moins appareillés…

Mais pas le temps de ressasser plus longtemps cette incongruité, le batteur a lancé son Mac (ah, indispensable Mac… bientôt on pourra faire des sessions unplugged avec, sous réserve que la batterie soit gonflée à bloc au début du set…) et trouvé la pédale de sa grosse caisse, et là, comment dire, c’est très, très fort. Pendant ce temps, son acolyte pianote une petite mélodie sur son synthé, et nous voilà embarqué pour l’unique morceau des frères pétards, qui durera une bonne vingtaine de minutes (impossible de vérifier l’heure au premier rang, ça va à l’encontre de mes principes).
Hum, voilà qui est surprenant. Ceci est un festival de musique « rock » et pas une rave party, personne ne vous a prévenu? Cette réflexion personnelle a du traverser plus d’un esprit à en juger la froideur avec laquelle le public, une fois les deux premiers chocs amortis (choc #1: ce n’est pas du rock, choc #2: ok, ils ne joueront qu’un seul – très long – morceau), a accueilli cette plongée en electronica. La première fois, c’est pas toujours une partie de plaisir, c’est vrai.

Peu convaincu lui non plus, mais considérant que c’est le rôle du premier rang de répondre avec

Tu vas sauter Paris, oui? Non? Ah, bon…

enthousiasme à la musique jouée, qu’importe sa qualité, votre serviteur essaya donc tant bien que mal de « feel the beat » de manière outrageusement explicite, histoire de ne pas envoyer le frontman Styler en dépression en plein milieu du concert.
Car malgré l’indéniable énergie qu’il y mit, notre gaillard n’arriva pas à embarquer la foule dans son délire, d’où une certaine et compréhensible déception de sa part (même avec des lunettes noires, le premier rang voit ces choses là). Il aurait peut-être fallu le prévenir que le micro mis à disposition par la régie ne servait pas uniquement à balancer des « PARIS! » à nous autres sceptiques, mais également à chanter dedans. Car oui. Herr Styler c’est de l’electronica purement instrumentale. Faut le savoir.

Quand à son pote derrière les fûts, il avait l’air plus absorbé par l’écran de son laptop que par la réaction du public, alors peut-être que cette dernière lui est passée au dessus de la tête. Outre le problème du son mentionné ci-dessus, notre brave homme m’a semblé techniquement limité, ce qui n’est pas en soi un problème (qui n’aime pas Meg White?), mais le devient quand on se cache derrière un Mac et des verres fumés: quitte à ne pouvoir que marquer la cadence, autant ne pas s’afficher en cador de la technique et tombeur de minettes, parce qu’il n’y a pas de quoi pavoiser mon gars. C’est vrai quoi, si ma propre boîte à rythmes jouait mieux que moi, j’aurais tendance à faire profil bas. Ceci dit, il faut reconnaître que notre mai a su hausser le niveau sur la fin et livrer un groove plus à même de se faire pogotter la foule. Même si pogo il n’y a pas eu.

Quand le morceau de bravoure des Herr Stylers se termine enfin, une fraîche ovation pousse gentiment mais fermement les deux italiens (si on peut croire ce qu’à dit Dom) vers le backstage. Paris à 8h du soir n’est pas la même chose qu’Ibiza à 3h du mat’ messieurs, désolé pour l’erreur de casting.


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L’electronica étant morte et enterrée, il est temps de passer au plat de résistance, du Rover sauce grand veneur.
Plutôt que de vous refaire une description complète de la set liste, copie conforme de celle servie à Solidays (si ça vous intéresse,  jetez un oeil sur le report du samedi), je passerai directement à mon impression de spectateur ayant quitté notre vagabond mélancolique sur une déception quelques jours plus tôt. Verdict: c’est beaucoup mieux.
Visiblement plus à l’aise que sous le Domino, Rover livre un set corrigé de tous les défauts relevés précédemment: plus loquace (« Je suis Rover… et je vais boire de l’eau. » – moi je trouve ça très drôle -), plus souriant, plus décontracté et moins accroc au « no more » qu’à Solidays, le géant mèchu et sa fine équipe enchaînent les morceaux avec une intensité et une conviction que je n’avais pas retrouvées à Longchamp.

Cerise sur le gâteau, il part même en roue libre sur la fin du dernier morceau, commencé comme un simple Full of Grace et terminé sur toute autre chose, suivi par par tout le peuple du 3ème arrondissement (et surtout par le premier rang, je vous prie de croire qu’on a fait le taf comme il faut). Malheureusement, c’est le moment que choisis Flipotar, le roadie qui ne veut pas finir en retard, pour lui signifier qu’il doit quitter la scène d’un très explicite tapotement du cadran de sa montre effectué au vu et su de tout le public. La grande classe mec.
Bien trop gentleman pour balancer un coup de boule à l’importun (ça, ça serait rock), Rover s’exécute et s’éclipse rapidement, laissant derrière lui un trip mort-né et une très bonne impression. I stand corrected, l’animal s’en sort très bien en plein air, quand il s’en donne la peine.


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À 21h25, et sous les cris hystériques d’une partie (féminine) du public, Ben Howard et son groupe rentrent en scène pour finir la soirée en beauté. Quand on le voit arriver, voûté derrière sa guitare comme si elle était en fonte, les yeux fuyants et la voix limite chevrotante, difficile de ne pas douter de la capacité du frêle Ben de marcher dans les gigantesques traces laissées par son prédécesseur.
À en juger par la réaction de la foule, il y est cependant arrivé, bien épaulé en cela par le charisme et le doux sourire de sa bassiste/violoncelliste, qui l’aidera à se mettre dans la poche la moitié masculine de l’auditoire.

D’un point de vue personnel, ceci dit, j’ai eu du mal à m’immerger dans l’univers de Mr Howard, auquel je reproche trois choses:

1) une voix assez banale, et, ce qui est pire, utilisée assez banalement (aka: « si tu ne peux pas chanter comme Ian Gillan, essaie au moins de chanter comme Mark Knopfler » -alias l’homme qui a vendu des millions d’albums malgré une tessiture d’un quart d’octave-);

2) une présence scénique effacée

3) des compositions qui se ressemblent toutes, au point que j’étais persuadé que Only Love et Keep Your Head Up étaient une seule et même chanson jusqu’à qu’on me prouve le contraire.

Par contre, il me faut reconnaître que Ben touche sa bille en matière de guitare, même si son refus de toute esbrouffe le dessert plus qu’autre chose à mon avis. Au final, c’est lui que je classerai dans la catégorie « stocker dans une salle de concert plutôt qu’à l’extérieur », bien plus que Rover.


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En conclusion, une soirée agréable commencée étrangement et finie doucettement, mais dont la seconde partie a été mémorable… Un peu comme toutes les soirées, non?

SOLIDAYS 2012 – JOUR 2 (Samedi)

SAMEDI
De retour sur place après une courte nuit et une mâtinée de récupération (les petits avantages de ne pas dormir dans un camping au confort tout relatif et à l’animation perpétuelle…). Miracle, le beau temps semble faire de la résistance, et ne nous fera pas défaut aujourd’hui. Tout ça se paiera chèrement lors de la journée de dimanche, mais sur le moment, on se contente de savourer ce petit bout d’été et se félicitant de ne pas avoir oublié ses lunettes de soleil.Côte programmation, c’est le feu d’artifices, à la fois en terme de qualité et de styles de musique représentés. Il va falloir faire des choix, impossible de tout voir à moins d’avoir son permis d’ubiquité (malheureusement pas mon cas). En théorie, il est possible d’assister à 6 concerts, même pour les gens qui ne peuvent pas rester jusqu’au bout de la nuit, mais l’éloignement des scènes les unes par rapport aux autres et la volonté de « sécuriser » une bonne place pour certains concerts stratégiques amèneront à revoir cette estimation à la baisse. D’autre part, malgré un premier show des PARIS JEUNES TALENTS débutant à 15h, la grille de programmation ne se remplissant vraiment qu’en deuxième partie d’après-midi n’incite pas vraiment à arriver très tôt à l’hippodrome.

La session du samedi commence donc à 18h sous le Domino, pour des retrouvailles avec un de mes coups de cœur français du moment, l’iconoclaste et globe-trotter ROVER, qui prouve avec brio que l’on peut conjuguer physique de rugbyman (deuxième ligne) et voix atmosphérique.
Encore une découverte des Francofolies de l’année dernière, au cours desquelles il avait joué deux morceaux seul avec sa guitare sur la grande scène pendant la balance entre Yodelice et The Dø, puis enflammé la petite salle de la Coursive en compagnie des June & Lula. Mais Rover en concert, c’est surtout la Maroquinerie qu’il avait entièrement rempli de fans convaincus lors du lancement de sa première tournée solo, et auxquels il avait livré un show d’exception à la confluence du rock et de la pop, servi par des arrangements léchés et une osmose totale avec ses musiciens. Ah, il y avait sa voix aussi (d’ailleurs au lieu de vous bassiner avec, je vous conseille d’aller écouter Aqualast).
Bref, malgré tout le battage médiatique (mérité je dois dire) qui a entouré l’ex New Government depuis le lancement de son album éponyme en février dernier (même 20 minutes lui a consacré un article, c’est dire), effervescence hype qui a tendance à provoquer des réactions épidermiques chez votre serviteur, assez complètement allergique à la philosophie du buzz, c’est en confiance que je me glisse sous le chapiteau étoilé du Domino, prêt pour des retrouvailles bienvenues avec « une bande de vieux potes » (5ème fois que je vois Rover –et ses excellents musiciens- en concert en l’espace d’un an).

J’ai eu beau m’y prendre bien à l’avance, le buzz se venge de mon dédain envers lui en ne me laissant qu’une place au second rang (qui reculera davantage lorsque, dans une magnifique illustration du caractère purement moutonnier de la psychologie d’une foule, les gens sagement assis en attendant le début du show s’agglutineront au plus près de la scène sans aucune raison 10 bonnes minutes avant l’heure dite). Pour ne rien arranger, je commets la grave erreur de me positionner pile dans l’axe de l’estrade, et donc droit sur le caillebotis de plastique qui protège les câbles courant de la scène à la régie. PLUS JAMAIS (le pourquoi du comment plus bas).

Comme à l’accoutumée, le set débute par mon morceau préféré, le lancinant  Late Night Love (ou pourquoi il ne faut jamais faire du voilier seul avec sa future-ex), que le groupe maîtrise à merveille : Rover commence seul à la guitare, et la rythmique le rejoint au fil des couplets pour un crescendo émotionnel garanti.
Pourtant, j’ai du mal à me laisser embarquer, un je ne sais trop quoi néfaste m’empêchant de m’immerger totalement dans la musique du dandy armoire à glace. Passent Queen of the Fools et Aqualast (setlist que j’ai trouvé assez surprenante, puisque « sacrifiant » tous les « tubes » dans le premier quart d’heure), et je mets enfin le doigt, ou plutôt la jambe, sur mon mal : décalé sur la gauche par la houle humaine, je me retrouve avec un pied sur le caillebotis et l’autre sur le sol, position des plus inconfortables au bout de quelques minutes. La différence de niveau n’a beau être que de quelques centimètres, impossible de répartir le poids du corps sur les deux jambes en même temps, et du coup, mouvements de balanciers de l’une à l’autre pendant près d’une heure. Éprouvant.

Pour ne rien arranger, Rover, d’habitude si communicatif avec le public (option humour pince sans rire avec mention très drôle) se contente d’enquiller chansons après chansons comme s’il était à l’usine, et décide à la moitié du set d’alterner nouveaux morceaux (glop glop) et versions longues de ses anciennes compositions (pas glop). J’ai beau bien aimer Tonight, étiré sur plus de 8 minutes, la lassitude gagne.
Cerise sur le gâteau, Rover enclenche le mode « no more » (une ligne de paroles, un « no more ») dans le dernier quart d’heure, ce qui achève de me soûler. Le mot est fort mais la Maroquinerie était tellement mieux que je ne peux que sortir déçu (et courbaturé) du Domino, avec une question en tête : Rover en a-t-il assez sous le capot pour rouler en extérieur, ou devrait-il se contenter de tourner en salle? Il faudra attendre le Festival des Soirs d’Été de OÜI FM en juillet pour avoir la réponse.

Un peu désappointé par cette prestation en demi-teinte, sur laquelle je comptais pour bien lancer la journée/soirée, j’échoue sous le chapiteau du Circus investi par les TWIN TWIN, à la recherche d’un euphorisant surpuissant (parce que Rover, même quand c’est bien, c’est assez mélancolique, ne nous voilons pas la face) pour remettre ce samedi sur les bons rails.
Connaissance très limitée de ma part sur ce collectif à géométrie variable (« ok, ils s’appellent comme ça parce que c’est un duo de jumeaux… sauf qu’ils ont aussi un guitariste/beatboxer et un DJ qui ne fait pas vraiment partie du groupe. Hum. ») dont seule la chanson By My Side m’est familière. On ne peut pas dire que j’ai vraiment accroché jusque-là, mais ayant été conquis par le show et l’énergie de leur lointain cousins les Naive New Beaters à Rock en Seine, et la concurrence n’étant pas trop dure à cette heure de la journée, je leur laisse assez volontiers leur chance.

À faire le pied de grue jusqu’à pas d’heure devant Rover, il ne faut pas s’étonner d’être relégué bien loin de la scène, ce qui, au vu des loustics survoltés qui tenaient les barrières et de mon humeur plutôt grincheuse à ce moment précis, ne fut pas une déception trop dure à surmonter.
Nos 4 gaillards envoient le bois comme on dit, leur enthousiasme débridé et leur générosité indéniable compensant le caractère très basique des compositions délivrées. C’est de la musique qui se saute mieux qu’elle ne s’écoute, et si on est dans le mood, je dis why not (il paraît que le franglais, c’est in).
Manque de pot pour moi, je n’y suis pas vraiment, et même si je ne regrette pas le moment passé en compagnie des Jumeaux ++, un coup de coude (involontaire) décoché par mon voisin de devant, déjà bien imbibé (on a tous déjà eu ce genre de mec, plus tellement maître de ses mouvements mais terriblement décidé à prouver au monde qu’il sent cette p….n de vibe à grands renforts de moulinets des bras, à côté de nous dans un concert, et vous serez d’accord avec moi pour dire que l’attente de l’inévitable choc suffit à elle seule à détourner totalement son attention de la scène), me pousse à quitter la party pour… Domino tiens. Encore.

« Expulsé » bien avant la fin du set des Twin Twin, j’ai tout le temps de me dégotter mon premier premier rang de la journée, pour le concert de FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS.
Encore un groupe que je connais plus ou moins (et plutôt moins que plus), mais jouissant d’une grosse réputation dans les milieux autorisés. Pour ma part, j’en suis resté à  Be Water et à 15 minutes grappillées d’une oreille distraite au Rock en Seine 2011.
Pendant que François (avec un accent chelou sur le « a » que j’ai la flemme d’aller chercher) déplace ses montagnes sur la scène du Domino, je tente de me remémorer mon impression sur la prestation du groupe en août dernier, mais peine perdue. Balles neuves et clean slate pour les petits Frenchies du coup. C’est moche de vieillir.

Après un début gentiment pop, avec un Be Water rapidement évacué pendant les hors d’œuvres, l’ambiance glisse graduellement vers les rivages colorées et vaporeux de la world-prog’ (oui, toi aussi tu peux créer des tags musicaux improbables quand tu ne sais pas à quoi rattacher la musique que tu écoutes), où les djembés, claves et autres percussions tribales dialoguent joyeusement avec les nappes de synthé et les envolées de violon. Putain, je ne savais pas que l’Atlas montait si haut. Cloué sur place par la surprise ou par le manque d’oxygène, on ne peut que regarder François sautiller comme un dahut du Bolshoï sur les contreforts escarpés de ses montagnes natales. Même les caches-câbles d’étoffes colorées finissent par ressembler furieusement à une cordée de drapeaux de prières népalais. Bref, un trip total, et une forte envie de partir faire du trek dans les régions fantasmagoriques survolées pendant une heure. La vraie belle découverte du weekend, la voilà.

C’est rouge, c’est bleu, c’est vert, C’EST BROADWAY!!!

Après un atterrissage en douceur (plus facile à dire qu’à faire, c’est pas bien large un domino), je décide de récupérer un peu du jet-lag en restant sagement adossé à la barrière de la scène. Mouais, bon, ça c’est l’explication fleur bleue, que je ne tarde pas à allègrement piétiner lorsque mon voisin, qui a eu la même idée que moi, me demande d’un air innocent si TRIGGERFINGER, c’est bien. Oh, un novice.
Deux minutes et un rapide topo explicatif de ce qu’il est endroit d’espérer du prochain show, il se dépêche de réajuster ses bouchons d’oreille, juste à temps pour éviter le pire pendant les balances que le triumvirat du plat pays effectue en personne. Il faut dire qu’ils n’ont pas encore percé en France, alors qu’outre Meuse, ce sont de véritables stars.

Donc, si je suis resté sur place au lieu de rendre visite à SKIP THE USE ou à YOUSSOUPHA, c’est d’abord et avant tout pour être aux premières loges à l’heure du waterzoei. Ne faîtes pas ça sans protection auditive les enfants, mais ça vaut franchement la peine.
Car Triggerfinger, c’est le groupe de rock qui console tous les fans de stoner trop jeunes pour avoir connus Led Zep autrement que sur le best of familial, et trop pauvres pour aller sacrifier leur audition sur l’autel de Queens Of The Stone Age ou de Them Crooked Vultures. À cette époque où les guitares tissent sagement des arpèges folk ou meublent les compos indies, il fallait qu’un guitar hero des temps jadis surgisse du fin fond des enfers (ou des faubourgs d’Anvers, c’est pareil) pour remettre les pendules du rock à l’heure. Avant de se faire reclasser en outil de labour musical, la gratte électrique a été une arme de guerre, à la croisée de la rapière espagnole, de la masse d’armes teutonne et des orgues de Staline, on a tendance à l’oublier. Pour qui souhaite un cours d’histoire musicale accéléré, Ruben Block est l’homme idéal. Excellent gratteux jonglant avec maestria entre riffs salaces, rythmiques bétonnées et soli ravageurs, chanteur plus qu’honorable capable de monter décrocher what next to the moon au besoin (First Taste et son AAAAHAAA stratosphérique en tête) et frontman sexy en diable, Mr Block fracasse tous les clichés sur la belgitude sur le manche de sa méphistophélique Gretsch écarlate. Un must.

Pour autant, ce serait faire une grave erreur que de résumer Triggerfinger à son porte-parole et principal compositeur, car la section rythmique de notre power trio flamand mérite largement le détour.
À ma gauche, Mr Paul et son quasi double-mètre de groove, chaînon manquant entre Oswald Chesterfield Cobblepot et l’agent 47, apporte la profondeur et les contrepoints mélodiques nécessaires aux hurlements de la 6 cordes de Ruben.
À ma droite, rien de moins que le meilleur musicien des Music Industry Awards 2011 (ok, c’est en Belgique, mais rigolez pas, il y a de la concurrence), Mario Goossens himself, costard à rayures et solo de batterie intégrés dans le package. À voir le sourire béat qui lui barre le visage d’un bout à l’autre du show, on jurerait que la régie a branché une pompe à endorphine sous la semelle de sa pédale de grosse caisse.

À 22h, les rangs des spectateurs du Domino sont encore clairsemés, mais ça n’empêche pas nos trois gladiateurs de débuter pied au plancher un set qui mélangera morceaux du dernier album All This Dancin’ Around et chansons plus anciennes tirées du séminal What Grabs Ya?
Plus convaincu par le second que par le premier (qui quitte les sentiers du stoner pour s’aventurer dans le blues dépouillé, sur des titres comme My Baby’s Got A Gun, et contient moins de hits immédiats du calibre de First Taste, Short Term Memory Love ou Is It), j’ai toutefois l’agréable surprise de découvrir que les nouvelles compos, pas évidentes sur le CD, passent l’épreuve du live avec brio.
Sûrs de leur force et de leur fait, les sujets de son altesse Albert II prennent un malin plaisir à chauffer le public parisien, de plus en plus nombreux et enthousiaste, jusqu’au point d’ébullition, ne faisant retomber la pression (sur My Baby’s Got A Gun, justement) que pour ré-attaquer encore plus fort derrière.
Plongé dans une séance prolongée et jubilatoire de headbanging, votre humble serviteur s’excuse platement pour ne pas avoir trouvé le temps de capturer une ou deux images correctes de ce live démentiel. Minuscule déception, ils repartiront de Paris sans jouer « leur » plus gros succès, le I Follow Rivers emprunté à Lykke Li (7 semaines en tête des charts belges et néerlandais tout de même).

Le samedi s’achève donc (pour moi) sur cette grosse claque rock après un début de journée en demi-teinte, et c’est en Européen convaincu (mais avec les oreilles qui sifflent un peu) que je retourne au camp de base, prêt pour un final grandiose.

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