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W.H.A.T.T. (N.O.W.): Anti Tune

L‘industrie musicale a toujours eu un penchant prononcé pour l’esthétique. Bien avant que les pontes du marketing n’édictent les principes cardinaux de la consommation de masse, ce critère était déjà considéré, de manière instinctive, comme primordial par les promoteurs et les producteurs de tout crin. Prenez un individu séduisant, donnez lui une jolie chanson qu’il/elle chantera de sa plus belle voix, et avec un peu de chance, votre investissement se verra récompensé par une substantielle plus value. Le monde de la musique a connu bien des évolutions et des révolutions depuis que le capitalisme s’est installé aux manettes, mais cette vieille formule n’est jamais passée de mode. Bien au contraire, elle a profité de la professionnalisation du milieu, de la rationalisation des procédés et de la progression technologique pour proposer au public des produits de plus en plus « parfaits », tout du moins dans l’acceptation esthétique du terme. Aujourd’hui, les poulains de l’industrie entrent en scène avec une image soigneusement construite pour correspondre aux attentes et aux canons de beauté d’un segment précis du marché, et un catalogue de morceaux à l’avenant. Même la performance artistique, qui semblait pourtant la seule partie du job pour laquelle un minimum de talent intrinsèque était requis pour faire illusion, peut aujourd’hui être totalement prise en charge par l’encadrement de notre nouvelle star lambda, qui s’appliquera à gommer les imperfections jusqu’à obtenir un rendu irréprochable. La technique est aujourd’hui tellement au point qu’il n’est même plus nécessaire de savoir chanter pour pouvoir prétendre à une belle (si courte, la plupart du temps) carrière, si tant est que l’on bénéficie de la confiance et du soutien d’une grosse major.

CherL’utilisation par Cher d’un logiciel développé par Antares Audio Technologies sur le tube Believe en 1998 est communément considéré comme le début de l’ère Auto-Tune. Quinze ans plus tard, la trouvaille d’Andy Hildebrand est devenue incontournable, et on ne compte plus les hits pop, R’n’B, hip hop et même rock ayant eu recours à ses bons services pour se tailler un chemin jusqu’au sommet des charts. Cette hégémonie a suscité bien des critiques et quelques controverses, comme lorsque le fameux télé crochet britannique X Factor dut admettre, à la grande consternation des fans, que certaines performances de ses participants avaient été retoquées en post-production. Si la tendance générale est à la condamnation de ce « stratagème », accusé de tirer le niveau général vers le bas, Auto-Tune n’est sans doute rien de plus qu’un bouc émissaire facile pour l’industrie musicale et l’ensemble de ses acteurs, ou encore la partie émergée d’un iceberg de retouches minutieuses et calibrages assumés.

Car s’il serait facile de se passer d’Auto-Tune (et de ses multiples dérivés et concurrents), l’impact sur la musique mainstream resterait limité. Certes, les performances seraient, dans un premier temps, un peu moins « parfaites », mais l’ajustement ne se ferait pas attendre. Les artistes les plus limités passeraient vite à la trappe, et les majors prendraient soin de ne favoriser l’ascension que des chanteurs ayant prouvé qu’ils étaient capables de suivre une mélodie sans la massacrer. Les éventuelles imperfections seraient éliminées directement à la source, au lieu d’être effacées après prise, comme c’est actuellement le cas. Le résultat final resterait donc sensiblement semblable, avec les mêmes jolis interprètes chantant les mêmes jolies chansons, pour un résultat aussi sucré et insipide qu’un Sundae Mc Donald’s. Pourquoi prendre des risques quand on sait que respecter la bonne vieille formule du tout miel suffit à emporter le pactole?

Heureusement, en marge de ce système bien huilé, existent et subsistent encore des artistes qui, non contents de refuser qu’on améliore leur travail par ce biais, revendiquent même leurs couacs, fausses notes et autres déraillements et dérapages plus ou moins contrôlés. Et comme il s’agit des artistes que je préfère, malgré leurs récurrentes imperfections et interprétations « sous-optimales » par rapport aux canons inhumains de l’industrie, j’ai décidé de rendre hommage à tous ces intégristes (pour une fois que c’est une bonne chose d’en être un), en consacrant un petit top à cette catégorie de plus en plus marginalisée. Voici donc un florilège des chanteurs à la voix la plus « différente », ce qui ne m’empêche pas de les aimer, bien au contraire.

10 – Shane McGowan

Shane MacGowanCe n’est pas par hasard que les Pogues ont décidé de célébrer leur 30 ans de carrière par un double concert à l’Olympia, les 11 et 12 Septembre 2012. Entre la bande de Shane McGowan, poète destroy et alcoolisé, Verlaine white trash au sourire de plus en plus ravagé (plutôt que ravageur), et le public français, le courant est toujours bien passé. Le boit sans soif de Pembury n’avait pourtant pas grand chose pour percer dans l’Hexagone: visage ingrat, souvent hagard, physique banal, addictions multiples… les textes ont beau être ciselés comme un Laguiole à la sortie de l’atelier, l’argument peine à porter dans une contrée aussi peu portée sur les langues étrangères que notre beau pays. Reste l’organe, si particulier, de McGowan, habité d’une gouaille aussi expressive que savoureuse, et qui se charge de traduire la substantifique moelle des propos de la grande goule des Pogues. Recréer en un couplet toute l’Irlande populaire, celle des banlieues mornes, des nuits passées au pub et du nihilisme joyeux de tous ceux qui savent qu’ils ne connaîtront jamais rien d’autre, voilà le don de Shane McGowan, et la raison pour laquelle lui et son groupe ont été plébiscité par un public se reconnaissant parfaitement dans leurs chansons, mêmes s’il ne les comprend pas (toujours).

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9 – Alain Bashung

Alain BashungS’il y a un chanteur français que j’idolâtre, c’est bien lui. Une adoration assez paradoxale dans la mesure où d’habitude, je juge défavorablement les artistes qui n’écrivent pas leurs paroles, et il est de notoriété publique que le grand Alain a fait un usage soutenu d’auteurs au cours de sa carrière: Bergman, Fauque, Gainsbourg, Roussel ont ainsi mis leur plume au service du baby von dem hasard, avec les résultats plus que probants que l’on sait. En toute logique, j’aurais du ranger Bashung dans le même sac que tous les autres interprètes de la chanson française, les Hallyday, Sardou, Clerc et consorts. Au lieu de ça, je l’ai placé tout en haut de ma liste de préférence, devant les auteurs-compositeurs trustant les premières places de mon classement personnel. J’ai eu la chance de commencer à l’écouter assez tôt pour pouvoir le suivre dans les dernières années de sa carrière et assister à deux de ses concerts, alors qu’il était déjà devenu le spectre au chapeau noir, des crabes plein les éponges, qui fit pleurer les Victoires de la Musique en 2009. Et ce fut sa disparition qui me permit de comprendre, enfin, pourquoi je m’étais tant attaché au personnage et à son œuvre, malgré le fait qu’il en partageait la paternité, et pas qu’un peu, avec un aéropage de scribouillards plutôt doués. Au cours de la soirée de lancement de l’album 13 Aurores, Jean Fauque reprit La Nuit Je Mens (qu’il a écrit) en guise d’hommage au récent disparu. Intention louable, mais résultat quelconque, malgré une interprétation assez proche des dernières prestations du maître, condamné au spoken word par ses poumons ravagés. Bashung n’avait certes pas la voix la plus extraordinaire qui soit, mais il a su en tirer le maximum jusqu’au bout, avec cette retenue habitée qui lui permit de pratiquement mourir sur scène sans sombrer dans le pathos. Chapeau l’artiste.

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8 – Patti Smith

Patti Smith« Mais elle chante bien, Patti Smith, pourtant! ». Ca se défend. Ceci dit, au regard des performances des chanteurs de R’n’B actuels, on peut aussi considérer que Patti n’a pas la voix la plus mélodieuse de l’histoire de la musique. Tant pis, mais la question n’est pas là, tout comme le fil conducteur de cet article. Le cas de Mme Smith est intéressant, en ceci qu’il permet d’aborder la dimension artistique de la musique, même quand cette dernière est devenue un business (presque) comme un autre. Car avant d’être un divertissement, un code ou une mode, la musique est bien un art, et l’art n’a pas forcément à être beau pour intéresser. Il suffit de survoler la bio de l’intéressée pour se rendre compte que l’on a bel et bien affaire à une artiste (dessin, poésie, photographie) plus qu’à une chanteuse, même si la musique lui a permis de se faire connaître du grand public. Son image d’écorchée vive, qui lui vaudra le titre de marraine du punk, transparaît fortement dans ses albums, où elle met son énergie brute et bouillonnante au service des causes qu’elle choisit de faire sienne. Horses (75) et Easter (78) sont deux parpaings balancés dans la mare des canons du chant féminin, qui venait tout juste de se remettre de la météorite Joplin: Patti Smith au micro, ce n’est pas mignon, maîtrisé, suave, ou suggestivement sexy, c’est même tout le contraire, et c’est pour ça que ça plaît.

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7 – Joe Strummer

Joe StrummerQui dit Joe Strummer dit The Clash, qui dit The Clash dit punk, et qui dit punk dit technique vocale approximative. Cet enchaînement peut être contesté à chaque étape de sa progression (Strummer a fait des trucs en dehors de The Clash, qui eux-mêmes ont rapidement élargi leur style, et Johnny Rotten est un bon chanteur… à sa manière), mais il n’en reste pas moins que le gars Strummer a tout à fait sa place dans ce classement. Essayez de l’imaginer faire un duo avec Justin Bieber, ou One Direction reprendre Rock The Casbah (le pire est qu’ils en seraient capables), et vous comprendrez ce que je veux dire. La voix de Strummer est un vieux truck tout terrain, impérial au dessus des 3000 tours/minute mais ayant tendance à s’encrasser à plus basse fréquence, ce qui paradoxalement lui confère une certaine grâce (Straight To Hell). Le génie de The Clash fut de tourner avec trois chanteurs, chacun avec son style propre: le dandyisme mod de Mick Jones (Should I Stay Or Should I Go), le flegme ragga de Paul Simonon (The Guns Of Brixton) et le bulldozer punk Strummer. Et quand Joe Strummer chante This Is England, bah, tout est dit.

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6 – Peter Garrett

Peter GarrettAvant de se lancer dans une carrière politique aussi médiatique que mouvementée, le Géant Vert australien s’est fait connaître comme le leader du groupe Midnight Oil, combo rock qui, à la suite de son charismatique chanteur, s’engagea fortement dans les luttes environnementales et sociétales du pays des kangourous. Leur morceau le plus connu à ce jour reste d’ailleurs le très direct Beds Are Burning, méga tube de l’année 1987 et fer de lance d’un album (Diesel And Dust) s’attaquant frontalement à tous les dossiers sensibles du Land Down Under. Le succès du disque à l’échelle internationale est un tour de force magistral, quand on sait à quel point les chansons engagées sont des exercices casse-gueules (j’ai toujours du mal à accepter qu’une star qui gagne cinquante fois plus que moi se permette de me faire la morale sur tel ou tel sujet, et vienne me demander de donner mon argent durement gagné pour une noble cause lambda). Les dégoulinants We Are The World et SOS Ethiopie sont sortis deux ans plus tôt, et ont tout emporté en surfant sur une vague de pathos pop? Midnight Oil opte au contraire pour une approche dure et nerveuse, plus à même d’attiser la colère et l’indignation que la compassion et l’empathie. Rauque, sinueuse, torturée, la voix de Garrett insuffle aux morceaux du groupe une énergie, une urgence et une justesse miraculeuse, et leur a permis de traverser les décennies sans devenir des scies inaudibles. Tous les tubes engagés (Another Day In Paradise…) ne peuvent pas en dire autant.

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5 – Neil Young

Neil YoungDurant les premières années de sa riche et longue carrière, le Loner possédait un timbre pour le moins particulier, aigu, souvent plaintif et frôlant parfois l’insupportable. Avec l’âge et le mode de vie de toute rock star se respectant, le farouche Canadien a facilement perdu une octave, ce qui sied au son garage qui est le sien depuis quelques albums. N’ayant jamais fait de blocage sur le timbre de l’ex Buffalo Springfield, il m’a fallu la confession d’une amie à ce sujet (quoi, il y a des gens qui n’aiment pas Neil Young!) pour me rendre compte que sa voix n’était pas aussi évidente que je le pensais, particulièrement sa voix de tête, à laquelle il manque la chaleur et la profondeur de sa tessiture classique. Je n’ai jamais plus écouté After The Goldrush de la même manière depuis.

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4 – J.J. Cale

JJ CaleLe dicton veut que l’on ne tire pas sur l’ambulance (ni, à plus forte raison, sur le corbillard), mais dans le cas de Mr Cale, propulsé au panthéon par son décès malencontreux, le reproche n’en est pas vraiment un. Bien au contraire, le mince filet de voix du natif de l’Oklahoma a en grande partie contribué à son image de précurseur de l’americana cool et groovie, au même titre que son jeu de guitare décontracté et son utilisation précoce des boîtes à rythme. Clapton (le Dieu des vieilles chaussettes tout de même) trouva le résultat génial, reprit After Midnight et Cocaine et fit ainsi la réputation et la fortune (relative, mais assez pour que l’intéressé puisse vivre de ses royalties) de l’autre John Cale – après celui du Velvet Underground – du monde de la musique. Les grands méchants sudistes de Lynyrd Skynyrd montèrent un moteur de Harley sur la chétive Call Me The Breeze avec un résultat tout aussi probant. Comme le bonhomme n’était pas vraiment intéressé par les feux de la rampe, Mark Knopfler se chargea de devenir le guitar hero cool que Cale aurait pu, aurait du devenir, s’il avait voulu. Pendant que Dire Straits cartonnait aux quatre coins de la planète, JJ continuait à aller pêcher le poisson-chat dans un semi anonymat savamment entretenu. Pas besoin de couvrir quatre octaves pour devenir une star de la musique.

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3 – Serge Gainsbourg

Serge GainsbourgBien avant l’avènement de  Gainsbarre, personnage destroy, nihiliste et provocateur dont les médias se régalèrent jusqu’à la disparition de l’homme à tête de chou, Gainsbourg avait réussi à devenir un personnage incontournable de la nouvelle scène française, une sorte d’éminence grise troussant des chansons scandaleuses (Les Sucettes, Je T’Aime Moi Non Plus) pour ses confrères et sœurs artistes, séducteur invétéré compensant son physique ingrat par une élégance certaine et un esprit aiguisé. Le plus impressionnant des hauts faits du personnage reste toutefois sa réussite en tant qu’interprète, lui que Dame Nature et l’essor de la télévision comme média de masse avaient pourtant génétiquement programmés pour rester un homme de l’ombre (appelons ça un délit de sale gueule), car en plus de ne pouvoir rivaliser avec le charme lisse des chanteurs à minette, l’individu leur cédait encore au niveau des performances vocales.

Un tel cumul de handicaps aurait logiquement du accoucher d’une non carrière, mais c’est précisément l’inverse qui se produisit, et encore aujourd’hui, Saint Serge demeure une figure tutélaire de la chanson française. Tout à fait conscient de ses (nombreuses) limites comme performer, Gainsbourg sut se faire une place sous le soleil (exactement) en perfectionnant une technique de chant aussi minimaliste qu’expressive, dans laquelle chaque intonation, chaque pause, chaque souffle avait une importance capitale. Cette maîtrise du spoken word lui permit d’interpréter ses textes ciselés mieux qu’aucun(e) autre, et de donner à la pop française quelques unes de ses plus belles lettres de noblesse (Histoire de Melody Nelson). Plus tard, il usera de ce talent rare pour placer des chansons de plus en plus crues dans les charts hexagonaux, hypnotisant l’auditeur par sa science du phrasé et de la prosodie tout en lui susurrant au creux de l’oreille « les mots les plus abominables ».

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2 – Bob Dylan

Bob DYlanLa voix de Dylan déchaîne passions et critiques depuis plus d’un demi-siècle, depuis le tout début de sa carrière musicale en fait. En 1971, David Bowie la comparait à du sable et de la colle (« voice like sand and glue ») sur l’album Hunky Dory, célébrissime « hommage » qui ne fit que reprendre poétiquement l’avis général, selon lequel Dylan n’était pas le chanteur le plus remarquable qui soit. Le timbre nasillard des premiers albums s’atténua avec les années et la pratique, le Zim développant une technique particulière de chant, tenant plus de la harangue que de la vocalise, mais loin d’être désagréable pour l’auditeur averti.

Avec l’âge, la fatigue et les excès, le timbre rocailleux de Dylan devint carrément minéral, jusqu’à devenir ce souffle rauque et guttural, incompréhensible pour les oreilles néophytes, que l’on retrouve sur les derniers disques du vieux maître (et accessoirement, durant les concerts qu’il continue de donner autour de la planète dans le cadre de son Never Ending Tour). Je dois avouer que même le fan révérencieux et ouvert d’esprit de Dylan qui sommeille en moi n’a pas pu supporter sa prestation aux Vieilles Charrues en 2012, et ai en conséquence décidé de faire l’impasse sur sa discographie récente (rien depuis Things Have Changed en 2000).

Il ne fait cependant aucun doute que Bob Dylan possède une des voix les plus mémorables qu’il m’a été donné d’entendre, et que la musique populaire de ces cinquante dernières années lui doit, directement et indirectement beaucoup. Sa rudesse caractéristique, en « forçant » l’auditeur à se concentrer sur le fond et non sur la forme, a permis aux textes du barde de Duluth d’imprégner durablement la société et d’en accompagner les mutations, à la manière des protest singers américains dont il se voulait l’héritier et le continuateur aux prémisses de sa carrière. Il serait cependant dommage de passer sous silence les quelques performances exceptionnelles de Dylan en tant que chanteur, comme One More Cup Of Coffee (Desire – 1976) ou encore le bouleversant Blind Willie McTell (Infidels – 1983).

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1 – Greg Dulli

Greg DulliMême si je dois avouer que ma connaissance de la discographie du leader de The Afghan Whigs, The Twilight Singers et de la moitié des Gutter Twins se limite à deux albums, je savais dès le début de l’écriture de cet article que la première place du classement ne pouvait qu’échoir à Mr Dulli. La révélation m’est venue à la première écoute du dernier disque studio des Twilight Singers, Dynamite Steps (2011), œuvre entêtante, enivrante, obsédante et hautement addictive dans laquelle la voix si particulière de Dulli domine les débats avec une grâce éraillée et une majesté déraillante.

L’album s’ouvre avec l’ouverture-manifeste Last Night In Town, un piano-voix montant progressivement en puissance et en gamme avec l’ajout progressif d’instruments. La tonalité n’est pas évidente pour Dulli, qui ne cherche pas à cacher ses faiblesses techniques et semble même prendre un malin plaisir à monter dans les aigus, à l’extrême limite de la justesse et du bon goût. J’aime à penser qu’il s’agit d’un morceau témoin, un avant-goût de la suite d’un disque qu’il est impossible d’aimer si on adhère pas au chant torturé de la tête pensante des Twilight Singers. Si ce premier test est passé avec succès, en revanche, ce sont trois quart d’heure de plongée dans l’univers fascinant de Dynamite Steps qui s’ouvrent pour l’auditeur conquis. Regorgeant de mélodies imparables (On The Corner, Get Lucky, Gunshots, She Was Stolen, The Beginning Of The End, Dynamite Steps…) servant d’écrin aux éructations et susurrations d’un Dulli  impeccable dans son rôle de derviche chanteur, la dernière livraison en date des chanteurs du crépuscule est une réussite totale, et ce en grande partie grâce, ou à cause, du timbre si particulier de leur chanteur et parolier.

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Bonus – Gentle Giant (Proclamation)

Gentle GiantImpossible pour moi de terminer ce classement sans faire référence à ce qui reste ma chanson référence en matière d’extrémisme vocal: Proclamation de Gentle Giant (en version live). Favorablement intrigué par l’artwork de la pochette du premier album du groupe des frères Shulman (une plongée audacieuse sur le visage souriant d’une sorte de léprechaun fortement dégarni… j’ai instinctivement fait le lien avec les premières galettes de Genesis, elles aussi dotées d’illustrations médievalo-folklorique), je me suis décidé pour le très bien nommé Experience (lui aussi doté d’une pochette remarquable, cette fois dans le genre « vis ma vie de musicien accro à la meth »)  lors d’une virée chez un disquaire d’occasion. Moi qui m’attendais à tomber sur de longues pérégrinations à la 12 cordes et au mellotron, dans le plus pur style du rock psyché anglais du début des années 70, j’en fus pour mes frais. Magnifiées par les conditions du live, les compos tarabiscotées du combo écossais m’ont sauté aux oreilles avec la hargne d’un pitbull sous extasy, au point que je dus déclarer forfait après deux titres, dont le fameux Proclamation dont il est question ici.

Tout ceux qui ont eu l’occasion d’entendre Derek Shulman hurler Haaaaa-aaaaail to power and to glory’s way! à la fin du long pont de clavier qui sépare la chanson en deux savent qu’il s’agit d’une expérience traumatisante pour le néophyte, tant le cadet de la fratrie Shulman semble s’affranchir de toutes les règles d’harmonie et de justesse en vigueur dans le monde de la musique. Et pourtant, avec le temps, je me suis découvert une franche affection pour cet OVNI musical totalement assumé par ses créateurs, dont le grand dessein était de « repousser les limites de la musique populaire contemporaine, au risque d’être impopulaires ». Vu sous cet angle, Proclamation est indubitablement un chef d’œuvre, et aujourd’hui encore, il possède le pouvoir de m’arracher un sourire à chaque nouvelle écoute. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à tenir ce morceau en haute estime, tous les membres de mon entourage auxquels j’ai fait découvrir cette pépite insoupçonnée en gardent un souvenir ému. Hail!

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Ainsi se termine ce classement anti tune, qui vous aura peut-être permis de découvrir de nouveaux talents discordants (même si ce top comporte une grande majorité de noms connus), et pourquoi pas, d’en aimer quelques uns. À bientôt pour de nouvelles péripéties musicales, et pour le grand retour des comptes rendus de concerts après un été trop studieux pour les festivals. La rentrée s’approcher et elle s’annonce prometteuse…

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W.H.A.T.T. (N.O.W.): Les 10 Choses À Avoir Sur Son MP3

Le développement technologique de ces trente dernières années a permis à tout un chacun d’emporter sa musique où qu’il/elle aille. Des capacités de stockage de plus en plus grandes pour un encombrement de plus en plus minime, voilà la formule qui a permis aux lecteurs, quel que soit le support utilisé, de trouver leur chemin dans les poches d’un public de plus en plus large, au point que certains observateurs se sont mis à parler d’une headphone culture, souvent en termes assez dépréciatifs*.

Cependant, si le MP3 (je fais ici le pari téméraire de considérer que le walkman, baladeur et autre lecteur de cassettes n’est plus usité activement que par une minorité – nostalgiques, technophobes, hipsters… – d’usagers, ce qui m’autoriserait à centrer mon propos sur leurs équivalents numériques) s’est très largement banalisé dans le monde occidental**, le contenu de ces boîtes à musique du troisième millénaire varie énormément d’un individu à l’autre. De gustibus non disputandum. Pourtant, je suis convaincu qu’il est des éléments que l’on devrait retrouver dans chaque MP3, indifféremment des inclinaisons de son possesseur. Des choses utiles, intéressantes, ou simplement amusantes, grâce auxquelles la bête donnera le meilleur d’elle-même, pour la plus grande satisfaction de son propriétaire. Au terme d’une intense séance de brain-storming, j’ai réussi à lister 10 de ces must have, que j’ai naturellement décidé de présenter sous forme d’un top 10 du meilleur aloi.

Nota Bene: N’ayant ni les moyens financiers, ni les relations professionnelles, nécessaires pour me targuer d’une connaissance encyclopédique de tous les appareils sur le marché, je n’évoquerai dans ce dernier que mon expérience personnelle, une relation exclusive et heureuse (disons-le) avec les produits de la gamme Apple. Il se pourrait donc que certains des éléments du top ci-dessus ne soit pas compatible avec certains types de MP3.

*: Je me demande si ceux qui se désolent de voir les passagers des transports en commun s’isoler dans leur bulle musicale pensent vraiment que la disparition des MP3 transformerait la rame de métro bondée de 8h26 en café philo.

**: Selon l’étude du Professeur Michael Bull, la moitié de la population urbaine occidentale utilisait un MP3 en 2007.

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1. UNE COQUE

Un début littéral donc, et absolument essentiel. Quand on connait le prix moyen de ces petits gadgets, inversement proportionnel à leur résistance aux chocs, on comprend aisément pourquoi il n’est pas idiot d’allonger quelques euros supplémentaires pour protéger sa nouvelle acquisition. Sauf à considérer qu’un écran tactile aussi fendillé qu’une tablette mésopotamienne est le top du swag, ou qu’un boîtier plus cabossé et rayé qu’un tank israélien à la fin de la deuxième Intifada permet de sortir du lot, bien sûr. À moins de manipuler son MP3 avec la précaution et la révérence habituellement réservée au suaire de Turin, aux minutes du procès de Jeanne d’Arc et à la vaisselle de belle-maman, je vous incite fortement à sortir couvert en toutes circonstances.

Thank you for your selfless sacrifice...

Thank you for your selfless sacrifice…

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2. UNE IDENTITE

Même le Père Noël n'est pas à l'abri d'une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde...

Même le Père Noël n’est pas à l’abri d’une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde…

Et pas n’importe quelle identité: la vôtre. Un nom, une adresse mail, un numéro de téléphone, un thème astral, un pseudo Meetic…, bref quelque chose qui permettrait à la personne qui ramasserait votre bien dans le métro (correspondance négociée au forceps),  un bar (coordination musculaire hasardeuse après le cinquième litre de bière), ou sur le glacier de la Meije (si si, ça peut arriver, demandez à Nicolas Hulot) de rentrer en contact avec son propriétaire légitime. Vous êtes certainement en train de vous dire que je suis un doux rêveur en m’imaginant que cette précaution permettrait de réunir objets et sujets, mais après tout, vous n’avez rien à perdre à croire en la bonté intrinsèque de la nature humaine (team Rousseau) plutôt que dans son caractère rapace et mesquin (team Hobbes). Ce serait dommage de tomber sur un bon samaritain providentiel, et de réduire à néant sa volonté d’aider son prochain à cause d’une bête absence de données*. Pensez à motiver son sens de la justice en promettant une récompense contre le retour de la marchandise, si vous pensez que cela pourrait faire la différence.

*: D’accord, il y a de fortes chances que votre MP3 soit constellé d’empreintes digitales, fragments de peau et autres échantillons génétiques, mais à moins d’avoir égaré le bestiau dans le quartier d’Horatio Caine pendant les RTT du bonhomme, ces indices resteront malheureusement inexploités.

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3. LA PLAYLIST « DU MATIN »

Qui dit MP3 dit forcément playlist(s). Pour les plus jeunes des lecteurs, je rappelle que cette pratique consistant à regrouper des morceaux dans un même fichier selon une logique pertinente (plus ou moins – des goûts et des couleurs… -) doit son origine à un banal manque d’espace de stockage, les premiers baladeurs numériques ne pouvant guère ingurgiter plus d’une cinquantaine de morceaux. Et encore, des courts*. Mainteannt que la moyenne basse de mémoire se situe plutôt aux alentours du terra octet, l’ère des choix cornéliens en matière de musique fait définitivement figure de préhistoire, mais l’intérêt populaire pour les playlists en tous genres n’a pas faibli, loin de là. À l’heure de la culture de masse, il s’agit d’un des derniers moyens de se singulariser par rapport au reste du troupeau, et je ne suis pas le dernier à penser qu’on en apprend plus sur un individu en jetant un œil à la composition de sa playlist favorite plutôt qu’en épluchant son CV ou en espionnant son activité sur les réseaux sociaux**.

Pour en revenir à notre point, la playlist dite « du matin » est un must have pour attaquer la journée du bon pied. S’il est bien connu que la musique adoucit les mœurs, je suis persuadé qu’elle peut également agir comme une puissante source de motivation et de conditionnement « énergétique », pour peu que l’on utilise les bons morceaux au bon moment. Quoi de mieux qu’un shot d’AC/DC au réveil pour regonfler ses batteries et booster sa confiance en soi? Ajoutez un peu de Bonney M et de Stevie Wonder pour les bonnes ondes et une pointe de sarcasme (souverain lorsqu’on arrive pas à décider qui est le plus bondé entre le quai de métro sur lequel on attend depuis dix minutes et la rame qui vient juste d’entrer en station) typiquement british avec quelques titres des Smiths, et vous obtiendrez un puissant euphorisant qui vous permettra d’arriver sur votre lieu de travail sans arrières pensées homicides, ou si peu.

Le matin...

Le matin…

*: C’était l’époque où l’on devait choisir entre Shine On You Crazy Diamond ou un double live des Ramones. Dur.

**: Si j’étais le boss de la NSA, je mettrais le paquet sur Spotify, Deezer et Soundcloud plutôt que sur Facebook, Twitter et Tumblr. Just saying.

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4. LA PLAYLIST « DU SOIR »

Si la playlist du matin peut s’apparenter à une pinte (neuronale) de redbull coupée au Tabasco et aromatisée à la juvamine, la playlist du soir ressemble plutôt à une infusion de spleen relevée aux anxiolytiques et agrémentée d’une rondelle de mélancolie jemenfoutiste (pour la déco). Le cocktail parfait pour vous faire oublier que votre vie est misérable et que vous seriez tellement mieux ailleurs, loin de cette trop supportable routine dans laquelle vous vous engluez chaque jour un peu plus. Bref, la playlist du soir ne respire pas franchement la joie de vivre et la positive attitude*, mais la bonne humeur, c’est bon pour les débiles, pas vrai? Tristesse et beauté, voilà les maîtres mots de cette compilation, où se croisent solennellement le corbeau de Poe et l’albatros de Baudelaire, adaptés réciproquement par Alan Parson et Léo Ferré, tandis que Nick Cave trucide Kylie Minogue sur le bord d’une rivière, que les Arcade Fire chroniquent la dernière guerre des banlieues et que Cat Stevens enterre sa Lady d’Arbanville. Entre (beaucoup d’) autres.

...et le soir

…et le soir

*: Vous pouvez tout de même mettre des chansons de Lorie si vous le souhaitez, mais privilégiez les plus récentes, comme celles des albums Regarde Moi et Danse, bides monumentaux illustrant à merveille la difficulté qu’ont les artistes pour ados à survivre sur le long terme. Ah, je suis vraiment immonde. Et j’aime ça.

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5. LA PLAYLIST « LISTEN TO ME PLEASE »

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what's good for you.

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what’s good for you.

Il est tellement facile et rapide de télécharger de la musique que l’on a vite fait de se retrouver avec des dizaines, voire des centaines, de titres en attente d’une première écoute sur son MP3. Ajoutez à cette réalité technologique la tendance très humaine de rester ad vitam eternam dans sa zone de confort plutôt que d’aller se frotter à l’inconnu, et vous comprendrez pourquoi il est de toute première instance de disposer d’une playlist regroupant tous les « petits nouveaux » du lecteur, afin de pouvoir immédiatement exploiter les (trop) rares bouffées de « tiens-et-si-je-donnais-sa-chance-à-cet-album-que-j-ai-téléchargé-il-y-a-déjà-trois-mois ». Grâce à la folie statisticienne d’iTunes, il suffit d’un clic pour trier l’ensemble de sa bibliothèque par ordre (dé)croissant de lectures, ce qui permet de créer et d’actualiser très facilement ce genre de playlist.  Les plus disciplinés s’astreindront des règles supplémentaires, comme par exemple l’interdiction formelle d’ajouter de nouveaux morceaux à son MP3 avant que le niveau des « inouïs » ne soit repassé sous un certain seuil (je respecte au plus haut point les gens qui se tiennent à ce genre de régime, car j’en suis moi-même incapable).

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6. LES PLAYLISTS THEMATIQUES

Il y a des moments où on n’a pas envie de lancer le mode shuffle, ni d’écouter un album en particulier, et encore moins de construire son programme morceau par morceau. Dans ce genre de situation, où paresse intellectuelle et envie de musique se font face dans des proportions sensiblement semblables, il est utile de disposer de quelques playlists thématiques pour dénouer avec élégance et nonchalance ce nœud gordien*. Citons par exemple les ensembles décennaux, (60’s, 70’s, 80’s…) toujours pratiques en cas de nostalgite chronique, le regroupement live en cas d’envie pressante de chaleur humaine, ou encore les divisions linguistiques (tout français/anglais/espagnol/islandais…).

*: Enchevêtrement tellement indépêtrable qu’il en devint légendaire, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne vienne y mettre un coup de canif. Donnez suffisamment de temps à une paire d’écouteurs lambda, et elle se transformera à son tour en nœud gordien. C’est la fatalité.

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7. UN STARTER

Starter personnel: "Reprise" de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de "Yeaaaaah" par Freddie Mercury himself. Who else?

Starter personnel: « Reprise » de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de « Yeaaaaah » par Freddie Mercury. Just perfect.

Imaginez: vous savez précisément laquelle de vos playlists soigneusement conçues vous avez envie d’écouter, vous avez réglé votre lecteur en mode shuffle pour varier les plaisirs, vous êtes sur le point de lancer la machine… mais vous n’arrivez pas à décider avec quel morceau vous voulez commencer la séance. First World Problem. Le mode shuffle, malgré toutes ses qualités, ne se déclenche en effet qu’à n+1 (à moins d’être lancé pour l’ensemble de la bibliothèque – alias « le grand bain » -), ce qui oblige à choisir la première cartouche soi-même. Mine de rien, cette petite complication peut prendre des proportions déraisonnables, surtout si, comme moi, vous avez une playlist préférée dont vous connaissez tellement bien les morceaux que certains se sont transformés en scies quasiment inécoutables (comme dit l’adage, de l’habitude naît l’ennui), et qu’en conséquence, vous devez scroller jusqu’au dernier tiers de la liste pour lancer l’écoute avec un titre un peu plus « frais » que les autres (que vous écouterez tout de même avec plaisir quand ils seront joués, car vous êtes quelqu’un de compliqué). La solution à ce problème tient en deux mots et moins de cinq secondes: le starter.

L’idée est de placer en tête de vos playlists un morceau très court, ou mieux, un jingle ou une plage sonore, afin de pouvoir goûter aux joies d’un mode shuffle totalement aléatoire. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, et pourtant je peux vous assurer que cette micro astuce améliore nettement le plaisir d’écoute. Ne plus avoir à se prendre la tête au moment de lancer une playlist est un luxe dont on ne peut rapidement plus se passer. L’essayer, c’est l’adopter.

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8. UN JEU POTABLE

Un des petits à côté sympathique des MP3 d’Apple est l’inclusion automatique de mini jeux, qui, s’ils ne vous colleront pas à l’écran des heures d’affilée, permettent néanmoins de passer le temps de manière agréable le cas échéant. Plus d’un trajet en train ou une file d’attente de concert ont ainsi été écourtés par une session sauvage de Klondike ou d’iPod Quizz (malgré son insupportable cruche en robe violette), même si ce dernier tend à vider la batterie à vitesse grand V*. À ne pas tenter au premier jour d’un trek de deux semaines dans le Sahara occidental (à moins d’avoir fait vœu d’abstinence musicale avant de partir), mais salvateur en cas de retardement de TGV, si tant est que l’on a pensé à prendre le câble d’alimentation et l’adaptateur du bestiau avant de prendre le rail, bien sûr (autrement, pas sûr que l’on tienne les 10h réglementaires du Paris-Bordeaux).

*: Les lecteurs attentifs et bien informés se demanderont peut-être pourquoi il n’est pas fait mention de Vortex dans la liste des exemples, puisque ce dernier constituait le dernier membre du trio de jeu inclus de base sur tous les iPod Classic (au moment où j’ai acheté le mien, tout du moins). La raison en est simple: Vortex n’est pas un jeu potable, c’est une application rage quit grossièrement dissimulée par un skin vaguement attrayant, ainsi que le plus sûr moyen d’user prématurément la molette de contrôle du MP3. Connaissant la politique du SAV de la marque à la pomme (dite du « pourquoi remplacer une pièce quand on peut racheter un nouveau lecteur? »), je soupçonne cette dernière d’avoir voulu subtilement troller ses clients en offrant ce jeu à l’achat.

Bienvenue dans le niveau "Eparcyl - la fosse tranquille" de Vortex.

Bienvenue dans le niveau « Eparcyl – la fosse tranquille » de Vortex.

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9. LES COVER ARTS

Avant, j'oubliais toujours d'où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c'était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

Avant, j’oubliais toujours d’où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c’était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

La fin du top approche, et avec elle les points les plus contestables de ce classement (essayez de faire un top 10, et vous verrez que c’est diablement dur de maintenir le niveau jusqu’au bout). Il est vrai que la présence ou l’absence de cover arts ne joue pas un grand rôle dans la qualité d’écoute d’un morceau, mais faire outre de ce qui me semble être une part essentielle de l’œuvre d’un artiste ou d’un groupe que vous appréciez au point de vouloir posséder sa musique me semble être au minimum non intuitif, et au pire carrément scandaleux (si le cover art est vraiment excellent).

On accuse souvent le MP3 d’avoir réduit la musique à des séquences codées et compressées, quand d’autres formats de stockage sont au contraire loués pour leur côté organique et chaleureux, et je ne peux m’empêcher de penser que ces attaques persistantes visent autant l’objet que les utilisateurs de ce dernier, à qui on reprocherait sous le manteau leur consommation « industrielle » et « dénaturée ». Chacun est libre de penser ce qu’il souhaite à ce sujet, du moment qu’il accepte le fait que d’autres ont le droit de ne pas partager ses vues, et pour ma part, en ma qualité de grand utilisateur de MP3, je considère qu’un des moyens à ma disposition pour donner tort aux ayatollahs de la platine vinyle (pour ne pas les citer) est de pouvoir associer chaque morceau de mon lecteur à son cover art, quitte à devoir parfois mettre les mains dans le cambouis et les pieds dans la section images de Google quand GraceNote fait chou blanc… ce qui arrive relativement souvent.

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10. LES PAROLES

Si vous êtes familier avec le logiciel iTunes, vous savez sans doute que le menu « obtenir des informations » (sélectionnable en cliquant avec le bouton droit de la souris sur le titre d’un morceau) se décompose en plusieurs onglets, dont un « paroles ». En revanche, vous ne savez peut-être pas qu’il est possible de faire apparaître ces dernières (sous réserve que vous les ayez ajoutées – manuellement, cela va sans dire – ) sur l’écran de votre MP3 en cliquant 5 fois de suite sur le bouton central. Depuis que j’ai fait cette découverte, complétement par hasard, je dois avouer que je me suis piqué au jeu, et ai passé de longues heures (en cumulé) à copier/coller les paroles des morceaux de mon iPod. Certes, il s’agit d’une tâche fastidieuse et sans gloire, mais elle vous permettra de devenir une sommité reconnue en matière de lyrics au sein de votre cercle d’amis (« quoi, tu ne connais pas le 9ème couplet de A Hard Rain’s A-Gonna Fall? C’est la baaaase man!), de pouvoir réviser dans la file d’attente des concerts (à vous les regards complices échangés avec votre artiste préféré quand -si…- il/elle remarquera que vous connaissez les paroles de toutes ses chansons… Priceless), et accessoirement de comprendre enfin de quoi parle ce morceau que vous fredonniez en yaourt depuis toutes ces années. Bref, ce dixième point n’est certes pas le plus essentiel du top, mais il remporte haut la main le trophée du « détail qui tue », et tout le monde sait que le diable se cache dans les détails. Fans de Burzum, à vos claviers.

Ce n'est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n'importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d'un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

Ce n’est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n’importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d’un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

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Voilà qui termine notre checklist des incontournables (certains plus que d’autres) du MP3. J’espère que cette dernière vous permettra de considérer votre lecteur sous un nouvel angle, et d’explorer toutes les possibilités qu’il vous offre, et elles sont nombreuses. Bonne écoute!

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