Archives Mensuelles: septembre 2012

EUGENE MCGUINNESS @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (25.09.2012)

Pas de doutes, l’été avait définitivement quitté nos latitudes en cette fin d’après-midi du 25 Septembre. Ciel gris béton, luminosité morne et vent frisquet se combinaient aux abords du canal Saint Martin pour rendre l’attente devant le Point Éphémère totalement spleenesque. Qu’elles semblent loin les heures torrides des Vieilles Charrues et de Rock en Seine, lorsque l’automne est de sortie avec la volonté avouée de nous préparer (très précocement) à la venue de l’hiver. Avant de faire une poussée aigüe de mélancolite, maladie chronique non mortelle (la plupart du temps) mais diablement contagieuse, il était plus que temps de s’administrer une dose carabinée d’énergie pop afin de maintenir le mauvais karma et les humeurs atrabilaires à distance. Tournée générale.

Dans l’attente de l’ouverture des portes (opération compliquée par le véritable chantier qui s’était établi devant le Point Éphémère, et qui a donné bien du mal au vigile chargé d’installer les sacro-saintes barrières volantes délimitant le sens de la queue), je m’étonne du caractère absolument rachitique de la foule des futurs spectateurs du show de ce soir, que l’on aurait pu dénombrer sur la patte d’un pigeon parisien (ceux qui n’ont pas encore perdus tous leurs doigts) jusqu’à trois minutes avant l’heure dite. EUGENE MCGUINNESS a beau ne pas jouir (encore) de la même notoriété que ses comparses rockeurs britanniques, Arctic Monkeys en tête, il n’en est pas non plus à son coup d’essai, et la sortie de son dernier opus, l’excellent The Invitation To The Voyage, a en outre été largement relayée par les médias spécialisés (Disque du Mois pour Rock & Folk en Août dernier, excusez du peu). Heureusement pour Eugene, la sonnerie de la cloche rameute une petite horde de fans, calfeutrée jusqu’alors dans les profondeurs plus hospitalières de la bâtisse. Il n’aura pas à jouer devant un public clairsemé – ce qui, compte tenu des dimensions réduites du Point Éphémère, aurait constitué un sévère camouflet – et ce n’est que justice.

La première partie, assurée par les (pourtant Bretons) MANCEAU fut l’occasion de se replonger dans un passé pas si lointain, à l’époque où les artisans de la pop rivalisaient d’ingéniosité, de mélodies imparables et de voix de tête proprement Bee Geehesques pour accoucher de singles tellement lumineux que l’on devait écouter leurs morceaux avec des lunettes de soleil. Souvenez-vous, c’était il y a cinq ans plus tôt, à l’époque du cartoonesque Grace Kelly de Mika, du néo-disco I Don’t Feel Like Dancin’ des Scissor Sisters et du sautillant Goodbye Mr A des Hoosiers. Période d’insouciance relative entre deux crises économiques plus graves que la moyenne de la morosité qui afflige les pays développés depuis bientôt quarante ans, ce mini âge solaire de la pop music fut donc ressuscité en bonne et due forme par le quatuor français pendant la demi-heure que dura leur set.

Pour être honnête, l’élégance (parfois un peu maniérée) perceptible d’un bout à l’autre de leur premier LP, Life Traffic Jam, a eu un peu de mal à s’acclimater aux conditions un peu roots du Point Éphémère, pour un résultat hybride (totalement pop dans le fond, souvent garage dans la forme) mais pas déplaisant. Même le single Full Time Job, sans doute le plus représentatif du son développé par le groupe (et assez proche dans la réalisation du Long Distant Call de Phoenix) s’est découvert une urgence et une tension rock inexistantes sur la version studio. On conseillera tout de même aux curieux de se pencher en premier lieu sur cette dernière, ainsi que sur le reste de l’album, afin de s’imprégner au mieux de l’univers musical du groupe, dont les influences remontent beaucoup plus loin (et c’est heureux) qu’à la deuxième moitié des années 2000: un peu d’Ambrosia sur About It, un clin d’œil appuyé aux Beach Boys et aux Beatles sur l’ouverture de Good Morning… Life Traffic Jam est une œuvre soigneusement conçue et arrangée, facilement accessible mais plus profonde que ce que la première écoute le laisserait à penser. Bref, un vrai bon disque pop.

Setlist Manceau:
1) Tricia 2)The Way It Is 3)Lady Killer 4)Take Back 5)Little By Little 6)Good Morning 7)Full Time Job 8)About It

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Eugene "la classe" McGuinness. Aldo peut aller se rhabiller.

Eugene « la classe » McGuinness. Aldo peut aller se rhabiller.

Dernière révélation en date en provenance de l’inextinguible pouponnière pop-rock sise de l’autre côté du Channel, Eugene McGuinness se présente à son tour sur la scène, précédé de quatre musiciens tous aussi élégamment sapés que leur frontman. Une élégance toute mod que l’on pouvait déjà entrapercevoir sur la pochette de The Invitation To The Voyage, figurant un Eugene de trois-quart profil, rasé de près et impeccablement gominé, en flagrant contraste avec le cover art de son précédent opus, qui exploitait quant à lui une autre spécificité anglaise, l’humour un peu absurde et tout à fait pince-sans-rire tant prisé par les sujets de sa Gracieuse Majesté.

Première surprise pour le novice en matière de McGuinnesserie que j’étais au moment du concert: Eugene n’a joué que très ponctuellement de la guitare, un choix assez étonnant de la part de celui qui s’est fait (en partie) connaître comme étant « le guitariste de Miles Kane ». Peut-être était-ce justement pour briser une fois pour toute cette image de backing guy que notre homme a préféré s’attacher à son tour les services d’un gratteux suppléant, afin de donner corps à son nouveau personnage de crooner rock (qui, comme chacun le sait, préfère laisser courir ses mains sur son pied de micro plutôt que le long du manche d’une guitare).

Ceci étant dit, cette impasse sur la six-cordes (mise à contribution uniquement sur Those Black And White Movies Were True, Joshua et Invitation To The Voyage, de mémoire) n’a pas empêché Eugene de livrer une prestation pleine et entière, interprétant avec maestria une grande partie de la tracklist de son dernier album, une paire de morceaux du précédent (Black And White Movies… et l’incisif Fonz) ainsi qu’une reprise de Ian Brown, Dolphins Were Monkeys. S’il n’a pas été possible de juger des qualités de guitariste du bonhomme au cours de ce show parisien, McGuinness a toutefois amplement démontré au spectateurs du Point Éphémère qu’il était un chanteur de premier ordre, capable d’égaler sur scène les prises du studio (performance remarquable à l’écoute de titres aussi exigeants que Joshua ou Videogame), et prêt à mouiller la chemise pour satisfaire son public. Un gentleman au sens du devoir chevillé au corps, voilà ce qu’est Eugene McGuinness. Dommage que sa communication avec la salle, totalement enthousiaste, soit restée assez formelle d’un bout à l’autre du set, car ce n’était visiblement pas l’envie qui manquait à la foule de participer aux chorus ou aux rythmiques des morceaux, en particulier pendant l’explosive conclusion du concert (Lion suivi de Shotgun en rappel, du très lourd donc). Mettons cette retenue sur le compte de la légendaire réserve britannique et concentrons nous plutôt sur les véritables points litigieux de la soirée.

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Eugene McGuinness, possédé par un White Spirit, se change temporairement en Alain Bashung (sérieux, la ressemblance est frappante, non?)

En premier lieu, un set vraiment très court (douze titres, rappel compris) et qui aurait donc pu être prolongé sans problème par l’ajout de quelques pépites issues des premiers albums, comme par exemple Monsters Under The Bed, Moscow State Circus ou encore Wendy Wonders. Deuxième petite déception, l’absence de stand de merchandising, toujours bien pratique (et économique) pour les fans souhaitant enrichir leur discothèque et/ou leur garde-robe à la fin d’un concert les ayant particulièrement emballés, sans compter que c’est souvent l’occasion d’échanger avec les artistes une fois que ces derniers sont redescendus de scène, expérience toujours agréable pour le fan émerveillé qui sommeille en chacun de nous. Mais cette fois, il n’y eut rien à acheter ni personne à féliciter, et c’est donc sans l’exemplaire dédicacé de The Invitation To The Voyage que j’avais secrètement espéré emporter avec moi comme trophée du passage d’Eugene et de ses troupes dans la bonne ville de Paris que je suis reparti du Point Éphémère. Ouate eux pythie.

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Toutefois, ces menus désagréments ne doivent pas venir occulter le fait qu’Eugene McGuinness est un excellent performer disposant d’un tout aussi excellent répertoire, et qu’il serait extrêmement dommage de le rater quand il reviendra sous nos climats. D’ici là, il ne tient qu’à vous de répondre favorablement à l’invitation au voyage qui vous a été adressée. Là, tout n’est qu’ordre et beauté…

Setlist Eugene McGuinness:

1)Harlequinade 2)Japanese Cars 3)Fonz 4)Those Old And Black Movies Were True 5)Joshua
6)Dolphins Were Monkeys (Ian Brown’s Cover) 7)Thunderbolt 8)Sugarplum 9)Invitation To The Voyage 10)Videogame 11)Lion 12)Shotgun (rappel)

CHARLIE WINSTON @ LE CASINO DE PARIS (19.09.2012)

Pour être tout à fait honnête, ce concert de CHARLIE WINSTON, j’y suis un peu allé en traînant des pieds. Non pas que je nourrissais une antipathie particulière envers ce sympathique chanteur, bien au contraire: entre son excellent premier (enfin, presque) album, Hobo, son personnage de showman généreux et bohème, et surtout, son succès exclusivement cantonné à l’Europe francophone (ce n’est pas tous les jours que nous autres froggies pouvons – légitimement – nous targuer d’avoir eu le nez plus creux que les cousins rosbeefs en matière de musique), comment ne pas aimer Mr Winston?

Il y a des signes qui ne trompent pas…

Seulement, de là à aller le voir se produire dans une salle aussi grande que le Casino de Paris (ok, ce n’est pas Bercy ou le Zénith, mais je suis un ayatollah du small is beautiful en terme de salles de concerts), pour défendre un deuxième opus, Running Still, qui ne m’avait pas spécialement emballé… Oh, je ne doutais pas de la capacité de Charlie de faire passer aux quelques 2.000 spectateurs qui avaient pris d’assaut l’endroit un bon moment, mais j’étais loin, très loin, d’éprouver la même impatience que celle qui se lisait sur le visage d’une très grande majorité des présents. Il allait pourtant falloir donner de sa personne, car tout indiquait que le show de ce soir serait filmé, probablement en vue de la sortie d’un DVD live dans un futur proche. Qu’à cela ne tienne, on saurait se tenir, tout de même.

Tout commence par une petite mise au point effectuée par Charlie himself, qui entre en scène avant l’heure dite le temps de présenter l’artiste de la première partie. Le croirez-vous, mais le zigue en question n’était autre que son propre frère (décidément, c’est de famille), TOM BAXTER*. Une fois ce petit point de détail explicité (en français et en anglais, on n’est jamais trop prudent), il allait sans dire que le frérot, encore plus méconnu par chez nous que son lille bro’ en la perfide Albion, ne pouvait plus que triompher dans une salle absolument acquise à Winston et, par extension, à tout ce qui était de près ou de loin affilié à sa personne. Pas très rock’n roll comme approche, mais quand on enregistre un DVD live, je suppose qu’il vaut mieux éviter d’avoir sa première partie lapidée par un public trop impatient sur un malentendu (souvenir ému d’une des dernières représentations d’Alain Bashung à l’Olympia, pendant laquelle la foule avait copieusement huée la grosse blonde qui s’était éternisée sur scène avec sa gratte acoustique… et qui s’était révélée être Chloé Mons, la dernière compagne du regretté Alain).

Bref, les 30 minutes imparties à Mr Baxter se passèrent sans que le Casino de Paris ne fasse mine de s’impatienter, ce qui aurait été dommage compte tenu de la prestation efficace et plaisante livrée par l’aîné de la fratrie Gleave. Accompagné par un violon convenablement compassé, tout juste ce qu’il fallait pour rehausser ses guitares folk, Tom s’est révélé être un interprète tout à fait convaincant, disposant de la même voix chaude que son frère, mais malheureusement pas de sa capacité à écrire des chansons mémorables. Pour réussi qu’il fut, l’exercice resta donc bien académique, et même si le bonhomme prit la peine de nous expliquer le thème de chacune de ses morceaux avant de les jouer, aucun de ces derniers ne passa la barre du « sympatoche sans plus ».

*: C’est le moment où les lecteurs les plus observateurs feront remarquer que pour deux frères, ils n’ont pas vraiment le même nom de famille. Clever lot. La solution à cette énigme des plus passionnantes est pourtant assez simple: Charlie Winston et Tom Baxter sont les deux fils de Mr et Mme Gleave, les deux ayant eu la même et riche idée d’utiliser leur middle names comme noms de scène. Un peu comme si Bush se lançait dans la country sous le nom de George Walker (Texas No Brainer?).

Mais vous êtes flous! Oh oui! (air connu)

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.Ce prélude mené à bien et l’incontournable entracte (il faut bien rentabiliser le bar) écartée, il était plus que temps d’entrer dans le vif du sujet. Voici donc Charlie et quatre de ses musiciens qui entrent en scène, affublés d’effets noirs à mi-chemin entre la chasuble de Nazgul et le peignoir de boxeur (nain, apparemment), pour un Speak To Me effectué a cappella, à grands renforts de loupes géantes déjà mises à contribution lors de la très humide prestation de Solidays. Bien au sec au Casino de Paris, à distance raisonnable de la scène et avec un son tout à fait correct, le rendu n’est pas vraiment le même, évidemment. Ça commence plutôt bien.

Salut, c'est Charlie de chez Carglass...

Salut, c’est Charlie de chez Carglass…

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Les musiciens disparaissent derrière le rideau toujours en place, laissant le soin à leur boss d’achever ce premier morceau tout seul. Ceci fait, Charlie fait tomber la robe (de bure), révélant un élégant costume gris clair, coiffe un haut de forme et embraye sur les premières mesures de Like A Hobo (qu’il ne finira évidemment pas tout de suite) afin de permettre au public de se chauffer la voix tôt dans le set. La version complète du tube n’étant jouée que près de deux heures après cette mise en bouche, un round d’échauffement était sans doute une bonne idée pour ne pas finir aphone au moment du rappel. Le rideau tombe enfin, dévoilant une scène généreusement garnie en spots et des musiciens prêts à en découdre. Le show peut vraiment commencer, et c’est avec un cocktail plutôt uptempo (Kick The Bucket, Where Can I Buy Happiness? entre autres) que Charlie et Cie se lancent pour de bon dans le grand bain.

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Crossover anatomique audacieux de Charlie qui mélange « In Your Hands » avec « On My Shoulders » le temps d’un retour triomphal jusqu’à la scène. D’øh!

Alternant entre guitare et piano, Winston se démène comme un beau diable et fait très souvent participer le public à ses morceaux, qu’il s’agisse de marquer la rythmique en battant des mains ou en claquant des doigts, ou de donner de la voix (2.000 + choristes, c’est sûr que ça en jette) comme lors de Unlike Me, sur le final duquel la salle fut prestement séparée en trois parties par un Charlie peut-être un peu trop ambitieux, et dont les velléités d’obtenir un canon digne des chœurs de l’armée rouge se heurtèrent à l’indiscipline et au manque d’entraînement des spectateurs présents. Mais l’envie y était, et c’est bien l’essentiel. Plus tard, ce sera grâce à sa guitare retournée que le facétieux anglais s’amusera à réfléchir la lumière d’un spot dans la foule, avant de descendre dans la fosse pour un In Your Hands très festif effectué sous une pluie de paillettes obligeamment déversée par un balcon appliqué. Well done lads.

En showman expérimenté, Charlie prit également le soin de faire retomber la fièvre festive durant le dernier tiers du concert, en jouant quelques unes de ses chansons les plus chargées en émotions uniquement accompagné de son piano, pour un résultat impressionnant de maîtrise et de sincérité. Cet interlude acoustique s’ouvrit par un Boxes de très bonne facture et se conclut par un She Went Quietly déchirant, et qui aurait pu plomber l’ambiance pour de bon si le rusé renard n’en avait pas fait décidé autrement et déclenché un grand final monstrueux, une apothéose grandiose à laquelle furent conviés non seulement le frangin Baxter et son violoniste, mais également le rappeur Saul Williams, qui servit de MC de luxe pour un Rockin’ In The Suburbs en totale roue libre, et sur lequel le public fut une nouvelle fois mis à contribution. Comme le veut l’époque, le show se termina par un dernier morceau pendant lequel quatre malheureux toms furent impitoyablement tabassés à coups de baguettes sous les rugissements enthousiastes d’une salle debout de la fosse (normal) au balcon (inespéré). C’est dans des moments comme ceux-là que l’on se dit que les « grandes » salles ont également du bon, pour peu qu’elles soient convenablement utilisées. Inutile de dire que ce fut le cas ce soir.

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Petite déception de banlieusards un peu blasés (comprendre, qui pensaient que le concert ne dépasserait pas les 75 minutes réglementaires, et qui s’attendaient donc à être sortis au plus tard à 22h30), nous fûmes forcés de sacrifier un rappel qui s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices, étant donné l’ambiance de folie qui régnait dans la place et le fait que ni Like A Hobo ni Generation Spent n’avaient été encore joués, pour être certains d’avoir le dernier train. Dommage. On rattrapera ce petit impair à la sortie du DVD.

Pour le reste, je n’ai absolument rien à redire au sujet de la prestation du sieur Winston, qui a amplement confirmé qu’il était un artiste de très grande classe, à la fois capable d’écrire de grandes chansons et de livrer des shows impeccables et généreux (combinaison hélas pas aussi fréquente qu’on le souhaiterait) . Charlie, je te tire mon chapeau.

PERFUME GENIUS @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.09.2012)

Moins de 24 heures après l’avoir quitté, il est déjà temps de retourner dans un Café de la Danse confortablement rempli et habillé pour l’occasion de montagnes cartonnées dont les arêtes aigües ont été symboliquement soulignées à l’aide de chatterton noir bible. L’Eldorado Music Festival est sur le point de commencer, et comme il est de notoriété publique que la légendaire cité dorée se terre quelque part dans le nord de la Cordillère des Andes, autant commencer à grimper le plus tôt possible. Première étape d’un périple de cinq jours, au terme duquel les (rares) survivants pourront prendre le thé en compagnie de l’ex-insaisissable Graham Coxon, grand prêtre Chibcha intérimaire; la balade de ce soir du 13 Septembre promettait d’être riche en émotions et en fragrances exotiques, puisque confiée aux bons soins du petit prodige tourmenté de Seattle, PERFUME GENIUS. En route camarades.

Les régions à traverser pour arriver à bon port étant toujours aussi sauvages et imprévisibles qu’au temps de ce bon vieux Willy Raleigh, c’est avec soulagement que nous vîmes s’avancer sur la scène les guides autochtones promis par le dépliant. Double surprise cependant: INDIANS n’est pas constitué d’une demi-douzaine de solides gaillards basanés en ponchos et bonnet péruviens, soufflant dans des flûtes de pan sous le regard philosophe d’une paire de lama. Pas du tout. Indians est un danois solitaire portant chemise blanche et pantalon noir, qui arrive depuis les coulisses avec un sourire timide et une guitare sèche. Et sans lama. Incompréhension.

Sans se laisser démonter, voilà notre homme qui ouvre les hostilités depuis la console où une paire de synthétiseurs n’attendaient que le moment de signaler à notre groupe le départ  pour l’inconnu. Et nous voilà partis pour trente minutes de pérégrinations entre les ruissèlements de notes cristallines et les nappes brumeuses exsudés par les claviers sus-nommés, parfois entrecoupés de quelques bourrasques de guitare, le tout surmonté par la voix rêveuse de notre sherpa de Copenhague. À la manière d’un Loney, Dear superposant les loops jusqu’à obtention d’un morceau assez charpenté pour pouvoir s’y aventurer à poser la voix, Indians peint ses tableaux musicaux sous l’oreille du spectateur avec une maîtrise impressionnante pour un artiste dont le premier concert ne remonte qu’à février dernier. On comprend pourquoi le label 4AD, pourvoyeur de pépites atmosphériques depuis plus de trente ans (Bon Iver, Grimes, Mark Lanegan Band…), a signé le bonhomme.

Une vraie belle découverte, qui n’avait malheureusement apporté avec lui que des singles 7 ». Un parti-pris artistique qui se défend mais peut-être contre-productif pour un artiste à la notoriété encore archi-confidentielle (bien aidé en cela par un nom de scène qui semble avoir été choisi pour mettre en échec les moteurs de recherche*), et à qui je conseille amicalement de tirer quelques exemplaires CDs de son premier EP, à destination des fans n’ayant pas/plus de platine chez eux (on peut récupérer I’m Haunted gratuitement sur son site ceci dit). Espérons que tout sera rentré dans l’ordre la prochaine fois que j’irai le voir en concert. Car il y aura une prochaine fois, ça oui.

*: Allez-y, tapez « Indians+Music » sur google, iTunes et Spotify, pour voir. C’est marrant (au début). Le site en question, le voici: lien qui va bien. De rien.

Après la demi-heure de battement réglementaire, un public visiblement impatient d’entrer le vif du sujet finit par invoquer le génie des parfums sur scène à force d’applaudissements. Et d’arriver sur scène, précédé par ses deux musiciens, ce drôle d’oiseau à la grâce maladroite et nerveuse. Talons, collants et un long et étroit T-shirt descendant bien en dessous de la taille en une espèce de jupe de coton noir. Antony Hegarty, lors de son passage à la Salle Pleyel en Juillet 2009, avait lui opté pour une ample robe de soirée crème et un vison (qui s’était révélé être un chat): si la filiation entre les deux artistes peut sembler évidente, il manque encore à Perfume Genius l’assurance et la décontraction du leader des Johnsons. Là où ce dernier avait mis le public de l’auguste temple du classique à Paris en confiance d’un sourire malicieux et d’une anecdote racontée avec une honnêteté désarmante, le premier n’a cessé de nous lancer des regards anxieux, sans que l’on sache trop si cette angoisse était causée par le risque d’une incompréhension de notre part envers  sa musique ou sa tenue. Sans doute un peu des deux. Il nous avouera à la fin du concert entretenir une relation particulière avec la caféine, et ne pas s’être attendu à ce que tant de monde se déplace pour le voir jouer, ce qui explique sans doute bien des choses.

Le plus petit batteur du monde!

« Cathartique » est sans doute le qualificatif qui correspond mieux à la musique de Perfume Genius. Entre ses addictions diverses, son hyper-sensibilité et son homosexualité flamboyante, on se doute que la vie n’a pas du être rose tous les jours pour le kid de la banlieue de Seattle. Enregistrées directement depuis sa chambre, les chansons de son premier album, Learning, sont une série de courts poèmes sobrement mis en musique, un cadre minimaliste sur lequel flotte une voix hésitant entre fragilité et assurance, que le timbre et les vibratos pleins de larmes refoulées situent à mi-chemin entre l’Antony Hegarty déjà cité et le Dave Gahan de la fin des années 80. Les instrumentations plus riches de Put Your Back N 2 It, sur lequel guitare, batterie et synthétiseur accompagnent (parfois) le piano dans ses évocations douloureuses, constituent donc plus une évolution permise par le succès du premier opus qu’une révolution de la musique de Perfume Genius. Adeptes de la franche rigolade, passez votre chemin.

Assister à un concert de Perfume Genius, c’est aussi, outre le fait de se confronter à des morceaux aussi pathétiques que magnifiques, et qui le deviennent encore plus de par la magie du live, être témoin de la relation symbiotique entre l’artiste et son compagnon de vie et de scène,  Alan Wyffels. Le calme olympien du second contraste en effet fortement avec la tension nerveuse du premier, dont les nombreux coups d’œil furtifs en direction du côté droit où Wyffels assurait les parties de synthé et les chœurs n’ont cessé qu’au moment où ce dernier est venu rejoindre son « protégé » le temps d’un quatre mains (Your Drum) touché par la grâce.

Malgré cette complémentarité quasi-fusionnelle, il y eut également des morceaux pour lesquels Perfume Genius fit le choix de la performance solitaire, dépouillement qui ne fit souligner son incroyable voix et lui permit de s’approprier sans difficulté les deux reprises que comptaient son set: un Helpless (Neil Young) parcourus d’oiseaux noirs et un Oh Father (Madonna) qui ouvrit le rappel réclamé à corps et à cris par un public conquis. Autre moment particulièrement fort, l’envol progressif de Hood, chef-d’œuvre de songwritting à classer avec Girlfriend In A Coma, Ballade de Melody Nelson et Mercedes Benz au rayon des merveilles miniatures de la musique contemporaine (deux minutes tout pile pour la capuche qui nous intéresse).

C’est donc avec le sentiment d’avoir assisté au concert très spécial d’un personnage ne l’étant pas moins que j’ai pris congé d’un Café de la Danse où les montagnes brunes de l’arrière scène se dressaient toujours au lointain, exactement aussi distantes qu’au moment de l’ouverture des portes. Sauf que, sauf erreur de ma part, nous étions maintenant de l’autre côté.

VOX POP PARTY @ LE CAFÉ DE LA DANSE (12.09.2012)

Il paraîtrait que le rock français est aussi bon que le vin anglais. N’ayant que très peu (voire pas du tout) pratiqué ce type de breuvage, je serais bien incapable de dire si la formule de Jaune Les Nonnes se voulait vaguement insultante envers nos cépages hexagonaux, ou si au contraire il en était particulièrement friand. Avec John, c’est dur de savoir. Toujours est-il qu’en cette soirée du 12 Septembre 2012, on fêtait l’ouverture des vendanges au Café de la Danse, avec dégustation de jeunes crus des terroirs parisiens, niçois et rennais gracieusement offert par le magasine Vox Pop. Cheers!

19h33. Oublier des choses fait rater des trains, et rater des trains fait arriver en retard. Heureusement, les FI/SHE/S sont des garçons polis, qui ont attendu que je m’installe dans les gradins du fameux Café pour baisser les lumières et commencer à jouer.
Ayant tout de même trouvé le temps de faire autre chose de ma journée qu’enchaîner les aller-retours en catastrophe entre chez moi et la gare, je me prépare donc à recevoir un shot d’Arcade Fire mâtiné de Grizzly Bear, comme le paragraphe introductif à la musique du groupe l’avait annoncé. Présenté comme ça, moi je veux bien assister à toutes les premières parties du monde. Bon, le fait que la personne responsable de ce petit laïus ait employé des termes aussi intraçables qu’incandescence et effervescence (personnellement, quand on me dit effervescent, tout ce que je vois c’est un aspirine se dissoudre dans un verre d’eau) pour décrire la musique du groupe aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais dans le feu de l’action, j’ai pas fait gaffe.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Remarque, je le comprends le gars (ou la fille) qui a pondu ces deux lignes et demie de présentation. Définir la musique jouée par ces petits poissons n’est pas chose aisée*. En fait, ils sonnent exactement comme un groupe français d’indie-pop: atmosphère rêveuse à la François & The Atlas Mountains, guitares légères (cette génération est tout bonnement distorsionphobique ma bonne dame) également présentes chez les Concrete Knives, envolées contrôlées de batteries/claviers à la sauce Yeti Lane… Je ne sais pas si ce style permettra à ses pratiquants de vendre des millions de disques, mais les musicologues du XXIIème siècle, s’il y en a, pourront se faire plaisir en dissertant des pages entières sur la naissance, l’apogée et le déclin de cette école française.

On n’aura donc pas beaucoup entendu Arcade Fire au Café de la Danse cette soirée, et à peine plus de Grizzly Bear. Dommage. Par contre, on a eu droit à une reprise sympathique du Nightcall de Stavinsky, à qui les quelques riffs de guitare et les harmonies vocales savamment greffés au thème principal par des FI/SHE/S très à l’aise dans cet exercice de relookage a offert une seconde jeunesse.
Un résultat somme toute assez concluant, qui aurait sans doute pu grimper quelques marches plus haut dans l’escalier de l’émotion si la salle n’avait pas été aussi bruyante (problème insoluble à cause de la disposition du bar) et si la suite du programme était resté en phase avec les velléités dream and soar de la quintette parisienne.
Manque de pot, le public était plus d’humeur festive que contemplative, et s’il a réservé aux valeureux FI/SHE/S un accueil digne de la bonne tenue générale de leur prestation, je pense que ces derniers n’auraient pas pu tenir la salle beaucoup plus longtemps que la petite demi-heure qu’a duré leur set. 10 minutes de plus et l’eau de l’aquarium se transformait court-bouillon, ce qui aurait été dommage. En attendant les conditions qui permettront de réaliser une plongée digne de ce nom dans l’univers du groupe, on peut toujours aller à la pêche sur leur page Facebook pour tâter la marchandise. Ils sont frais, ils sont frais mes poissons.

*: Le premier réflexe de notre malheureux scribe, rapidement refoulé pour cause d’incompatibilité musicale prononcée, aura sans doute été de faire un parallèle entre FI.SHE.S et Block Party. J’avoue que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit, mais c’était avant qu’ils ne commencent à jouer. Et puis, voir débarquer la HALD et SOS Racisme à ta soirée à cause d’une comparaison malheureuse, ça aurait tout de même refroidi l’ambiance.

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La suite s’annonçait beaucoup plus musclée, sans que l’on sache trop s’il fallait regarder vers l’Ouest ou vers le Sud pour voir arriver la déferlante rock. Suspens de courte durée, et qui prit fin lorsque les braves de la tribu HYPHEN HYPHEN, toutes peintures de guerre dehors, prirent d’assaut la scène pour une installation/balance rapidement pliée. Juste le temps d’échanger quelques checks secrets avec  l’ingénieur son que les quatre niçois débutaient leur pow-wow electro avec leur énergie habituelle.

Il y a des groupes dont on sait, à la première écoute, qu’ils doivent méchamment envoyer le bois en live. Hyphen Hyphen fait incontestablement partie de cette catégorie à part, bien aidé en celà par le chant totalement débridé de la blonde Santa, pas vraiment adepte des interprétations toute en retenue et de la demi-mesure. Le public du Café de la Danse, parmi lequel se pressaient de nombreux fans tout aussi peinturlurés que leurs modèles,  attendait une confirmation de ce potentiel scénique, plus qu’apparent sur les deux EP (Chewbacca I’m Your Mother et Wild Union) sortis par le quatuor, et entraperçu par certains lors des deux précédentes montées des sudistes sur la capitale, à l’occasion de Solidays et de Rock en Seine:  il eut droit à une démonstration.

Rock ‘n Roll!

Car si avoir dans son carquois toute une palanquée de morceaux taillés pour faire se déhancher les foules constitue un bon point départ pour qui espère secouer une foule jusque là placidement assise, encore faut-il disposer du détonateur adéquat pour faire voler en éclats la gène assez compréhensible que tout un chacun peut éprouver à se trémousser devant un parterre de parfaits inconnus.
Coup de bol, Hyphen Hyphen a la chance de compter parmi ses membres une individualité suffisamment charismatique pour forcer même le plus blasé des hipsters à hocher la tête au rythme des beats compulsifs des Wild Patterns, Mvt 2 et autres compositions redoutablement efficaces (pour un hipster, je vous assure que c’est énorme). Et cet oiseau rare, je vous le donne en mille, c’est encore Santa, qui a le plus naturellement du monde obtenu que la salle s’accroupisse avec elle avant de retrouver la station verticale par le biais d’un saut carpé général que n’auraient pas renié les FI.SHE.S en personne (qui s’étaient d’ailleurs positionnés aux premières loges pour l’occasion). Avec ses moustaches de maquillage noir qui lui traversaient le visage de part en part et ses immenses sourires, la frontwoman des Hyphen² avait tout l’air d’une Alice possédée par l’esprit du chat de Cheshire, le guide idéal pour une excursion réussie au pays des merveilles. Faisez tous comme elle.

Et alors le prince s'approcha du cercueil de Blanche Neige, et...

Et alors le prince s’approcha du cercueil de Blanche Neige, et…

Après avoir pas mal bourlingué de droite à gauche (un Paris – Los Angeles aller-retour en moins de dix minutes, un claquage de bises au Major Tom toujours en train de tournicoter autour de la Terre dans sa boîte de conserve, un trekk dans les montagnes de l’Atlas…), il est temps de ré-enterrer la hache de guerre, pas trop profondément on espère. Pause « calumet de la paix » salutaire pour tous les accros à la nicotine, le temps de laisser les derniers protagonistes de cette pièce en trois actes prendre leurs marques sur une scène où les clous récalcitrant venaient d’en prendre salement pour leur grade (surtout ceux situés dans un rayon d’un mètre autour du synthé de Santa). Qu’on apporte l’apothéose.

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Mais ce qu’on ne savait pas au moment où THE POPOPOPOPS ont commencé à jouer, c’est que cette apothéose avait déjà eu lieu, et que pour tous sympathiques, talentueux et plein de bonne volonté que soient nos quatre bretons, ils ne pouvaient tout simplement pas rivaliser en intensité avec le show précédent. Un enchaînement somme toute logique par rapport à l’ancienneté et à la notoriété plus importantes des rennais (ils ont leur article sur Wikipédia, eux), mais qui, au final,  leur a fait plus de mal que de bien. Pas facile de marcher sur les traces (encore fumantes) des Hyphen Hyphen pour qui n’a pas une énergie scénique au moins équivalente.

Sans être des radicaux du downtempo, les Popopopops proposaient en effet une musique beaucoup plus posée et atmosphérique que leurs turbulents prédécesseurs, basée sur une solide combinaison de synthé à tendance électro, batterie économe et précise (avec gros travail sur le charley – Hannah Blilie style -) et guitare pourvoyeuse de riffs catchy en diable. Un cocktail tout à fait intéressant et très anglo-saxon aussi bien dans la forme que dans le fond, mais qui après le triple pastis tonique des niçois a semblé bien fade à une grande partie du public,  qui s’est contenté de suivre mollement le concert malgré les efforts persistants et peu concluants du claviériste/chanteur Victor Solf de remotiver ses troupes. Mais n’est pas Santa qui veut.

Et pourtant, entre les élégants entrelacs des voix sur My Mind Is Old, les accents indie-rock de Color,  les incursions hip hop et la remise à jour très bien négociée du pas évident Break On Through (To The Other Side), et en dépit d’un nom très difficile à prononcer correctement jusqu’à ce que Victor nous permette de chopper le truc*, The Popopopops a de très nombreux atouts dans sa manche pour s’imposer comme le groupe français capable de rivaliser avec les rosbeefs sur leur propre terrain. Affaire à suivre de très près donc, en attendant la sortie du premier album (prévu pour la fin de l’année), et à ta santé Lennon.

*: Truc perso: prendre le générique de Star Wars (le plus connu, celui qui retentit à chaque fois que ces anarchistes de Rebelles dynamitent une Étoile de la Mort) et remplacer le premier « tatatata » par « popopopop ». Astuce approuvée par Dark Vador, Jar Jar Binks et Jean Paul II.

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Au final, je ne sais toujours pas quel goût à le vin anglais, mais en ce qui concerne le rock français, laissez-moi vous dire que si les britons préfèrent tourner sur leur réserve propre plutôt que de donner sa chance aux jeunes pousses hexagonales, tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, on aura pas à partager).

 

W.H.A.T.T. (I.F.): Summer’s Almost Gone

Oui, je sais, c’est cruel.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Les matinées se font plus frisquettes, les soirées plus courtes. Le périphérique, si fluide il y a seulement quelques jours, a retrouvé sa compacité habituelle. Dans les RER, les attachés-cases ont repris l’avantage du nombre sur les bermudas, et la première grève syndicale de la saison est attendue dans le courant des prochaines semaines. Trouver une place assise dans le métro entre 7 et 10h nécessite à nouveau soit l’explosivité d’Usaïn Bolt, soit une chance de gagnant de l’Euromillion (ou une carte de grand invalide de guerre et une grossesse à un stade très avancé). Le week-end, les bois et les pièces d’eau fourmillent de joggers et de VTTistes débutants mais plein de bonne volonté, qui disparaîtront en l’espace de deux semaines lorsque Septembre l’estival deviendra Septembre le lacrymal et noiera les bonnes résolutions sous des trombes d’eau très froide.
Il flotte comme un parfum de fin de règne dans les villes et les campagnes, et ce règne est celui de Sa Majesté l’Été, qui après s’être fait tant désiré, puis vilipendé avec ferveur à chaque fois qu’il a fait signe de s’écarter d’un dixième de degré des sacro-saintes normales saisonnières, a décidé qu’il était plus que temps pour lui d’aller voir ailleurs s’il y sera. Avec le changement climatique, ce n’est même pas sûr.

C‘est bien dommage que l’été s’en aille. D’un point de vue strictement personnel, je dois reconnaître que le beau temps et la chaleur presque systématique (pendant une période au moins) de cette saison ont des avantages indéniables. D’un point de vue de bloggeur musical, cela veut également dire que le temps des festivals touche à sa fin.
Bien sûr, des festivals il y en aura encore régulièrement d’Octobre à Mai prochain, mais rien de comparable en terme de taille, d’affiche et de notoriété avec ce qui s’est fait durant les trois derniers mois. Et puis, un festival pendant lequel les artistes se produisent sous un toit en dur au lieu de s’époumoner en plein air ou sous un chapiteau, ça fera toujours un peu tiquer celui ou celle qui a déjà eu la chance, le plaisir et l’avantage de rôtir sous le soleil ou de piétiner dans la boue devant une scène de concert. L’ambiance festivalière, c’est un peu comme une cerise: on peut la laisser macérer dans un bocal étanche pour la déguster en plein cœur de l’hiver, le goût ne sera jamais aussi parfait qu’au moment de la cueillette, même (surtout) si la branche sur laquelle on était perché se casse sans crier gare (c’est traître comme bois le cerisier).

Valeur de la parure au 19 Juillet 2012: 321 euros. Valeur actuelle: priceless.

Adieu donc, week-ends passés aux quatre coins de la France (voire de l’Europe ou du monde pour les plus chanceux et fortunés) à courir de scènes en scènes pour tenter de respecter un programme idéal mais absolument pas réalisable dans la vraie vie. Adieu, foules immenses massées devant la grande scène à la tombée du jour, mers tumultueuses traversées tant et tant de fois au cours de l’été, avec plus ou moins de succès. Adieu, journées passées à piétiner sur place dans l’attente de ze concert de l’amor quitus. Adieu, stands de nourriture et buvettes continuellement prises d’assaut par des hordes de congénères qui arrivent toujours à se faire servir avant nous. Adieu, eco-cups en plastique échangées  contre un euro symbolique à l’entrée du site, et qui n’ont pas toujours retrouvé le chemin des cartons des organisateurs à la fin des festivités. Adieu, petits mensonges pieux et ruses de sioux utilisés pour tromper la vigilance de braves vigiles peu enclins à l’excès de zèle (« non, je n’ai pas d’appareil photo sur moi »). Adieu, campings chaotiques, plus bruyants de nuit que de jour, et dont la propreté originelle a toujours rapidement laissé place à des amoncellements de détritus indignes des favelas les plus démunies de Bogota.
Adieu enfin, bracelets multicolores dont la valeur sentimentale est désormais plus importante que la valeur financière, et qui finiront épinglés sur le mur des merveilles musicales, parmi les autres reliques et reliquats de moments d’extase sonique révolus mais point oubliés. Que les souvenirs attachés, imprégnés, à ces bandes de tissu, de papier et de plastique puissent perdurer pour des siècles et des siècles. Amen.

Adieu donc, saison des festival. Adieu pour cette année en tout cas. S’il s’avère que les Mayas se sont montrés un poil défaitistes dans leur horoscope 2012, il se pourrait bien que l’on remette tous le couvert dans quelques mois. D’ici là, ne t’inquiète pas trop pour nos oreilles: les newsletters des salles de concert environnantes s’amoncèlent déjà dans les boîtes-mails comme des feuilles mortes sur les chemins forestiers au début du mois de Novembre. Summer’s almost gone, true enough, but this is not the end yet, beautiful friends.

ROCK EN SEINE – JOUR 3 (DIMANCHE)

Dernier jour à squatter les pelouses (qui tirent de plus en plus la gueule) du domaine national de St Cloud. Le temps passe vite quand on l’occupe à écouter de la musique live. Dans l’attente de l’apothéose attendue à 21h30, heure à laquelle les organisateurs avaient promis de retirer la camisole de Billie Joe Armstrong pour un unique Green (Sun)Day français (le concert prévu le 27 Août au Trianon de Paris ayant finalement été annulé), il y avait beaucoup à faire, à voir et surtout, à écouter ce dimanche à Rock en Seine.

Petit cours de diction en guise d’échauffement dominical: vous voyez écrit BRNS, vous dîtes? Les cerveaux, les hipsters et les Belges parmi vous auront bien sûr répondu « Brains » à cette question. Les autres auront sans doute tenté, sans conviction, un timide « Béhérènès ». Bien essayé, mais tout comme !!! (qui se  prononce « tchik tchik tchik » si mes sources sont fiables), MGMT (Management) ou encore le Duc de Broglie (qui n’a jamais percé dans le monde de la musique ceci dit), les BRNS font partie des groupes qui séparent l’humanité en deux catégories distinctes: ceux qui savent prononcer leur nom correctement et peuvent légitimement s’en gargariser dans les salons mondains, et ceux qui ne savent pas (et qui peuvent s’attendre à recueillir les moqueries de leurs congénères mieux informés s’ils font éclater au grand jour la preuve de leur profonde cuistrerie). Maintenant que vous êtes sûrs de vous situer du côté agréable de cette frontière sociale, nous pouvons continuer.

BRNS était donc le premier groupe à se produire sur la scène de la cascade pour cette ultime journée de Rock en Seine. Ce quatuor d’allégeance plutôt rock nous venait tout droit de Belgique, incubateur de nouveaux talents musicaux devant l’éternel, avec un début de réputation assez flatteuse dans le petit monde de l’indie. Le maxi Wounded (et son art cover plus anxiogène qu’une nuit passée en tête à tête avec les quatre Cri de Munch – encore un gus avec un nom traître -), sorti en mai dernier et en libre écoute sur le net révélait en effet un univers musical singulier, onirique et plus fortement affirmé que ce que la jeunesse du groupe (deux ans à peine) ne l’aurait laissé penser. Restait à juger de la capacité de Tim (batteur-chanteur dans la droite ligne du regretté Levon Helm), Antoine (bassiste/synthé), César (percussions rigolotes/synthé toujours) et Diego (guitare) à reproduire sur l’open-stage de St Cloud l’ambiance particulière  de leurs compositions, en particulier les ambitieux Story Of Bible et Our Lights. Et bien, j’avais tort de m’inquiéter outre mesure.

Nullement intimidés par la taille de la scène, ni par le nombre de spectateurs qui leur faisait face, les BRNS ont en effet fait ce qu’ils avaient à faire et mis un point d’honneur, non seulement à égaler le rendu studio de leurs morceaux, mais également à leur ajouter une dimension épique tout à fait bienvenue, et qui a sans nul doute beaucoup contribué à leur gagner l’attention, puis l’adhésion de la foule, pas forcément très « cérébrale » (tu le vois bien mon jeu de mots téléphoné ou tu veux que je mette une balise giggle?) si tôt après le déjeuner. Gardez donc le nom de BRNS en tête, découvrez leur musique, regardez le clip de Mexico (ou pourquoi le concept de  Nus et Culottés ne s’est pas bien exporté en Belgique) et allez les voir sur scène si vous en avez l’occasion (ils passeront par Caen, Marseille, Rennes, Lille, Paris, Nantes, Vendôme, Saint Nazaire, Amiens, Nancy, Le Mans, Saint Lô et Auray entre fin Septembre et mi Novembre).

Tintin, batteur dans un groupe de rock (belge, ça va de soit)! Qui l'eut cru?

Tintin, batteur dans un groupe de rock (belge, ça va de soi)! Qui l’eut cru?

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Sur la scène de l’industrie, ce fut ensuit au tour de VERSUS, nom de scène adoptés par huit musiciens français adeptes de hip-hop et de funk, de faire rugir ses beats et sonner ses hautbois. (enfin, presque: c’était une flûte traversière). Du hip-hop avec de la flûte traversière? Mais oui ma brave dame! Et ne croyez pas que cet audacieux cross-over entre instrument classique et rythmes contemporains soit une première: les Belges (eh oui, ils sont forts les cousins) de Frown I Brown ont/avaient eu la même idée iconoclaste. Reste à savoir si le Taras Boulba des seconds est le même homme que le Mr. Blue des premiers, mais ceci est une autre histoire…

Plus le temps passe, et plus je suis obligé de reconnaître que le hip-hop (que j’ai du mal à distinguer du rap, je l’avoue) est une formidable musique de live, et que ses interprètes ne sont pas tous des apprentis gangsters bling blong éructant des énormités inversement proportionnelles à la taille de leur intellect sur la vie BMW (Bitches, Money, Weapons) qu’ils aimeraient avoir, et peuvent consacrer leurs morceaux à autre chose qu’à s’ériger en mâles dominants ultimes ou à démolir toutes les personnes ayant eu le malheur de leur déplaire. Certes, il y a et il y aura toujours deux ou trois spécimens assez bas du front sous leur casquette pour se vautrer avec abandon dans ce cliché persistant et assez nauséabond, mais dans l’ensemble, j’ose espérer que la communauté des artistes se réclamant de la musique urbaine accueille en son sein plus de Versus que de MC Jean Gabin Booba (il n’avait pas qu’à sortir son bineural – un haineux, l’autre stupide – Wesh Morray pendant que j’écrivais le compte-rendu).
Bref, autant je n’écouterais (toujours) pas ce genre de musique chez moi, autant en concert, ça passe toujours niquel. Basses boostées et scansion hypnotique: le cocktail imparable pour s’immerger dans la musique crachée par les amplis en moins de temps qu’il en faut à Morsay pour baiser tous les racistes en brochette du haut de la Tour Eiffel. On débranche le cerveau (de toutes façon, tout MC digne de ce nom balancera son flow trop rapidement pour espérer comprendre ce qu’il dit) et on se contente de hocher la tête de haut en bas sur les temps forts du morceau. Pas compliqué.

Mais ce ne serait pas juste de ma part de cantonner le show de Versus à ce niveau zéro de l’appréciation musicale. D’abord parce que s’il y a bien un type qui a bidouillé sur son Mac pendant tout le concert, il y avait 6 vrais et bons musiciens sur scène, qui ont tous livré une prestation généreuse et au dessus de tout reproche fielleux. Ensuite parce que les deux chanteurs se sont donnés sans compter, malgré un public peu nombreux et très volage, le genre à vous dégoûter d’être le frontman du groupe. L’un d’eux s’est même fendu de prestations de break dance (pas renversantes, mais tout de même) pendant les intervalles instrumentaux, ce qui prouve qu’il n’a pas pris les spectateurs pour des gogos. C’est toujours appréciable. Donc, si on résume: Versus est un groupe de live très correct, qui contribuera à vous rabibocher avec le hip-hop positif si vous étiez en délicatesse avec ce genre à cause du comportement puéril de certains rappeurs trop occupés à contempler leur nombril pour se rendre compte de l’effroyable exemple qu’ils donnent. Par contre, si entendre des « punchlines » du niveau de:

« Tu prends tes cliques/Tu niques ta mère/Tu fermes ta gueule/Tu dis de la merde »

vous met en joie (sans recourir au second, voire au troisième degré), je pense que ni Versus, ni Rock en Seine d’ailleurs, n’est fait pour vous.

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Et vint le moment où le fan des Waterboys qui est en moi faillit faire une attaque, de retour de l’expo rock. Car si j’avais pris la décision de traîner mes guêtres jusqu’au fin fond du festival, quasiment au niveau de l’entrée parisienne du site, au lieu de rester agrippé à la barrière de la scène de la cascade comme une tique à un mollet de VTTiste, c’était parce que le programme que j’avais en ma possession affichait clairement que ladite scène ne devait accueillir personne entre la fin du show de BRNS et l’arrivée de Mike Scott et de toute sa bande de joyeux musiciens. Une belle pause de presque deux heures, qui détonnait franchement avec le reste du programme, qui n’avait jusque là connu aucun temps mort dans l’enchaînement des artistes entre les quatre scènes, mais qui étais-je pour ne pas faire confiance au livret officiel de l’évènement? Las, j’aurais du me rendre compte que si ce dernier n’avait pas pris en compte les défections de Frank Ocean et de Childish Gambino (annoncées pourtant quelques semaines avant le coup d’envoi), il pouvait tout aussi bien omettre la présence d’un groupe dont la présence n’aurait pas été confirmée en même temps que la dernière vague d’annonce des artistes.

Et vous trouvez ça drôle?

C’est donc avec un certain trouble que j’ai constaté que la foule massée devant la scène de la cascade sur les coups de 16h10 n’attendait pas sagement l’arrivée des Irlandais précités, voire des revenants de Grandaddy ou des petits jeunes de Foster The People pour les plus motivés, mais était bel et bien en train d’assister à un concert. Une réaction normale à ce genre d’imprévu aurait été de se dire qu’un invité surprise avait été convié à meubler le trou de la prog’, mais en bon FBDM paranoïaque (pléonasme), j’en ai au contraire immédiatement déduit que les Waterboys avaient été avancés sans que je le sache. D’où un rush éperdu vers la scène, où j’ai pu, à mon grand soulagement, faire la connaissance de FAMILY OF THE YEAR. C’est la première fois que j’ai été absolument ravi de voir jouer un groupe que je ne connaissais pas du tout. #Strange

Calmée la crise de tachycardie (qui empêche un peu de se concentrer, il faut bien le dire), la musique proposée par les cinq jeunes gens perchés sur l’estrade s’est avérée être du pop-folk assez peu original, mais plaisant à écouter pour se remettre de ses émotions. La seule chose qui m’a marquée a été la ressemblance frappante entre la claviériste/chanteuse du groupe et notre Olivia Ruiz national, c’est dire. Mais pour être honnête avec les FOTY, je crois qu’ils auraient pu reprendre Viens Boire Un Petit Coup À La Maison avec la chorégraphie de Rabbi Jacob et des éléphants avaleurs de sabre en arrière-plan, j’aurais à peine levé le sourcil. Cependant, je tiens tout de même à les remercier de leur passage, car leur sortie de scène a entraîné le départ d’assez de festivaliers pour que je puisse revenir à la barrière que je n’aurais jamais du quitter, et pile en face du pied de micro de Mike Scott qui plus est. Merci les gars, et à charge de revanche! La prochaine fois, faîtes-vous annoncer avant de venir, c’est toujours mieux.

Heureusement, le chanteur ne ressemblait pas du tout à Mathias Malzieu

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THE WATERBOYS donc. Chouette! Ce sont en grande partie eux qui m’ont convaincus d’acheter mon pass cette année, après que Mike Scott ait annoncé à la fin du concert du 24 mai dernier au Bataclan (premier passage à Paris du groupe depuis sept ans, tu parles que j’étais là) que lui et ses potes seraient de la partie. Pourquoi un tel enthousiasme envers cette bande de potes irlando-écossais, dont l’heure de gloire remonte à la deuxième moitié des années 80? Pour la big music pardi!

Peu nombreux sont les artistes contemporains qui ont réussi à créer avec succès un genre ou un style musical leur étant propre. Encore plus rares sont ceux qui ont eu l’insigne honneur de voir leur création être récupérée, adoptée par d’autres musiciens après eux. Keziah Jones a certes créé le blufunk, mais ce n’est pas lui faire injure que d’admettre qu’il est le seul pratiquant de ce style qui ait réussi à percer. De la même manière, l’ethereal wave/dark folk/gothic dream pop des Dead Can Dance n’a pas fait des masses d’adeptes depuis la création du groupe il y a trente ans de cela. Plus près de nous les Norvégiens d’Hypertext sont sans doute les seuls à pratiquer leur fusion jamspace, polyrhymtic, electronic pop mod (nom bizarre mais musique sympa, check it out). La big music, que Mike Scott définit comme « une métaphore de la signature de Dieu dans le monde* », a quant à elle fait école, puisqu’on la retrouve aussi bien dans les compositions des Waterboys que dans celle de Simple Minds, The Alarm ou encore World Party. Well done lads.

Inutile de préciser que le public des premiers rangs était à ce stade davantage composés de quarantenaires et cinquantenaires nostalgiques des 80’s que des cohortes de la génération Y qui représentent pourtant la plus grande partie des festivaliers de Rock en Seine. J’ai d’ailleurs constaté que la scène de la cascade accueillait toujours le dimanche d’illustres survivants d’une époque révolue du rock: Roxy Music en 2010, The La’s en 2011 et The Waterboys donc cette année. Pendant que les techniciens installaient les instruments et faisaient les balances, j’ai eu le bonheur de discuter avec un de ces fans originels du groupe (comprendre qu’il était déjà né lorsque ce dernier a atteint son pic de popularité), qui a d’abord cru que je venais sécuriser une place pour Foster The People. Échange bien sympathique autour de la musique, des festivals, de la radio, de The Cure et bien entendu, des Waterboys, qui nous a permis de tuer le temps jusqu’au coup d’envoi du set. Merci monsieur, et au plaisir de se recroiser à un concert, sur Nice, Paris ou n’importe où d’ailleurs.

Voilà donc Mike Scott, costume gris clair et chapeau mou crème, qui s’avance sur la scène avec sa guitare et engage sur un Rags introductif. Soulagement: le son est bon, et nous pouvons profiter des basses bondissantes d’Archie Aciero et des calvacades de toms de Ralph Salmins (à qui je décerne sans contestation possible le titre de meilleur cogneur de fûts du week-end) sans hypothéquer nos tympans. Quelques minutes plus tard, c’est assis devant un des claviers de James Hallawell que Mike lance le tube français des Waterboys (il avait d’ailleurs remercié le public français lors de son passage au Bataclan pour l’accueil offert au morceau, qui n’avait marché que chez nous à sa sortie), A Girl Called Johnny. Le saxo débonnaire d’Anthony Thistlethwaite manque à l’appel? Dommage, mais on peut toujours compter sur le violon de Steve Wickham, derviche tourneur de génie, pour prendre les solos à sa place.

Le milieu du show est l’occasion pour le groupe de proposer au public une composition issue de leur dernier opus, le concept album An Appointment With Mr. Yeats, consacré comme son nom l’indique à la mise en musique de quelques uns des textes du poète irlandais. Rock en Seine eut donc droit à As Mad As Mist And Snow, dont l’exécution s’est doublée d’une véritable performance théâtrale, Hallawell et Wickham joutant par tirades interposées sous leurs loups vénitiens, avant que Mike Scott ne vienne déclamer les vers du grand William, grimoire à la main et masque tricéphale sur la tête. Même mise en scène qu’au Bataclan, qui perd évidemment un peu de sa superbe gothique en plein soleil, mais qui fait tout de même son petit effet.

O Romeo, Romeo, wherefore art thou Romeo?

La fin du concert (ça passe vite une heure avec les Waterboys) vit le retour des « grands tubes » des années 80, sous la forme d’un trio gagnant The Pan Within/The Whole Of The Moon (dédicacé fort logiquement aux mânes de Neil Armstrong)/Fisherman’s Blues, final auquel vint se greffer ce fieffé coquin de Cali, fan fini des Waterboys (d’après mon voisin), et qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il chante les chansons de ses idoles à la place des siennes (il avait déjà eu la chance d’accompagner Simple Minds sur Mandela Daylors du passage des Écossais à Taratata). Deuxième guest star de niveau national, l’impayable Jean Paul Huchon, qui n’est pas monté sur scène mais s’est bien dandiné en coulisses, je peux vous l’assurer. Et comme cet ultime morceau dispose d’une chorégraphie simple mais efficace (faire un tour sur soi-même sur le Hey Hey Hey! du refrain), nous avons eu l’immense privilège de nous flinguer les poumons (piétiner un sol aussi sec que celui du parterre de la scène de la cascade le dimanche de Rock en Seine ne pouvant pas manquer de soulever un nuage de poussière passablement irritant pour les bronches) dans la joie et la bonne humeur sur l’invitation de Mike Scott. Quand le leader des Waterboys te demande de « tourner » avec lui et le groupe, all you gotta do is surrender. Nuff said.

*: pas clair? C’est vrai que c’est un peu fumeux comme définition. Personnellement, je vois ça comme le fait de jouer de manière épique, à grands renforts de solos de violon et de saxophone, des compositions simples (deux/trois accords récurrents martelés sur une guitare à 12 cordes ou un clavier) mais que le chant habité de Mike Scott rend incroyablement addictives. Le mieux pour se rendre compte est encore d’écouter le morceau-manifeste éponyme, The Big Music, qui figure sur le deuxième album du groupe. Le morceau titre de ce dernier, A Pagan Place (un titre qui pourrait soulever un stade dès ses premières mesures, jouées pourtant sans batterie), est à mon humble avis le plus représentatif du genre.

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Le concert terminé, un dilemme se pose: partir écouter Little Roy et ses reprises reggae du Nevermind de Nirvana, comme il était prévu sur la roadmap, ou rester sur place jusqu’au concert de Foster The People? Question qui me semble purement rhétorique après coup, mais in the heat of the moment, j’avoue avoir balancé au moins… 30 secondes avant d’opter pour la deuxième solution. Une barrière centrale, ça ne se bazarde pas comme ça, même si avant d’assister au show de Foster et de ses gens, il allait falloir affronter le retour de GRANDADDY, groupe sur lequel je n’avais absolument pas accroché au cours de mon débroussaillage pré festivalier. Principal cause de rejet du greffon: la voix geignarde de Jason Lytle, plus pénible qu’un concentré de young Neil Young mixé avec du Girls In Hawaii brut. Chacun son sale goût, et je conçois tout à fait que l’on puisse au contraire adorer le petit organe de Lytle (c’était facile), mais pour moi, c’est niet*.

C’est donc avec un a priori assez négatif que j’ai vu les cinq Californiens débarquer sur scène pour un concert forcément un peu spécial, reformation oblige. Comme je ne connaissais absolument pas la tête des membres du groupe, je ne me suis rendu compte qu’une fois le show commencé que le roadie barbu et revêche (à mi chemin entre Gimli un lendemain de cuite et Zach Galifianakis privé de goûter), roulé depuis les coulisses en même temps que la batterie qu’il devait préparer, n’était autre que le batteur/cloppeur du groupe. Autant pour moi. Le reste de la bande est arrivé sur scène par ses propres moyens, mais ne payait pas franchement de mine non plus. Certes, les membres de groupe de rock indie sont rarement aussi flamboyants que leurs confrères punk ou métal, mais l’impression générale était plus proche de la jam entre pères quarantenaires à la fête de fin d’année de l’école que de musiciens pro sur le retour. Il n’y a guère eu que le guitariste Jim Fairchild pour se rapprocher un peu de l’image d’Epinal de la profession. Pas que j’accorde une importance démesurée au look des artistes lorsque je fais un concert, mais comme je me suis ennuyé (ce qui m’a fait culpabilisé: je suis sûr que n’importe quel fan du groupe arrivé en retard dans le parc aurait donné cher pour être à ma place  au lieu de suivre le concert sur les écrans géants, et je m’excuse donc envers ces personnes que j’ai involontairement lésé… Mais quand ça veut pas, ça veut pas) pendant une heure à les voir jouer, fallait bien que je m’occupe.

Car la malédiction de la cascade a encore frappé ce dimanche, et malheureusement pour les Grandaddy, ce sont eux qui ont eu droit à la balance merdique de la journée. Mêmes symptômes que pour The Temper Trap la veille, et même punition pour les spectateurs, qui, tous fans qu’ils étaient, n’ont pu s’empêcher de tiquer à chaque fois que Kevin Garcia faisait mine de pincer les cordes de sa basse. Inutile de dire que le pauvre Jason a eu beau faire de son mieux, ses vocalises plaintives sont passées largement inaperçues dans le porridge sonore craché par les enceintes. Ironie du sort, ce furent donc les rares morceaux piano-voix qui m’ont semblé les plus réussis: Mr Lytle n’est certes pas Freddie Mercury, mais quitte à choisir, je préfère encore l’entendre geindre en solo qu’accompagné par les infrasons assourdissants de ses petits copains. Mieux, j’ai découvert que la voix du leader de Grandaddy pouvait se révéler plus émouvante qu’irritante dans certains cas, ce qui valait bien d’attendre la fin du set pour qu’il se décide enfin à sortir le grand jeu. On se console comme on peut.

*: Il y avait également eu le visionnage éprouvant de la vidéo du groupe ayant le plus de vues sur Youtube: Nature Anthem. À côté de tant de mièvrerie que je n’ai pas particulièrement perçu comme devant être prise au second degré, le clip de Need Your Love de The Temper Trap apparaît comme sobre et de bon goût.

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Et on se console d’autant plus vite que la suite s’annonce nettement plus intéressante accessible. Exit les grands-pères de Grandaddy, et place à la jeunesse de FOSTER THE PEOPLE. Signe avant-coureur de l’ouragan indie pop qui s’apprête à déferler sur le domaine national de St Cloud, la marée humaine se fait de plus en plus agitée aux alentours de la scène de la cascade. Ça pousse, ça presse, ça crie, et ce n’est qu’un avant-goût de la tempête qui va faire rage dans la fosse dans quelques minutes. Il va falloir être fort.

Il faut dire qu’en trois ans d’existence, le trio de Los Angeles a connu une ascension impressionnante. Il n’aura fallu à Mark Foster, sept ans cette année (il y a donc des gens qui sont vraiment nés un 29 Février), et ses complices qu’un album bourré jusqu’à la gueule de tubes en puissance pour devenir un groupe d’envergure internationale, adulé et réclamé par les fans aussi bien en Amérique qu’en Europe ou au Japon, enchaînant les shows au quatre coins du globe depuis la sortie de Torches afin de capitaliser leur percée. Un parcours maîtrisé et planifié avec minutie, comme nous l’a expliqué Mark entre deux morceaux: la prochaine fois que Foster The People rejouera en France, ce sera pour promouvoir le nouvel album. Un discours qui tranche franchement avec l’esprit carpe diem jemenfoutiste qui est habituellement celui des jeunes groupes pop-rock, et qui pourrait être perçu comme arrogant par certains. Mais provenant de Mark Foster, cela semble couler de source: on ne peut pas être arrivé aussi haut aussi vite sans avoir anticipé les choses.

Il n’est pas resté planté comme ça pendant tout le concert, je vous rassure. Au contraire, bien au contraire (comprendre que toutes mes autres photos sont ratées).

Le gars est intelligent, l’écoute de son opus le prouve assez: chaque titre a été travaillé et poli jusqu’à atteindre une perfection pop immédiate mais non superficielle. Le résultat est à la fois léger (et encore, pas toujours: les paroles de Pumped Up Kicks aussi bien que les clips de Helena Beat et Houdini sont porteurs d’un message assez sombre) et solide, un tour de force que seul MGMT avait réussi à réaliser (Oracular Spectacular) avec le même niveau de succès dans les années précédentes. Même constat en live: tout a été pensé pour que le spectateur en ait plein les yeux. Fond de scène monumental, baudruches géantes gonflées sur scène, artiste invité (en l’occurrence, l’affriolante KIMBRA, qui s’était produite sur la scène Pression live plus tôt dans la journée et a assuré quelques premières parties pour Foster The People au cours de la tournée), pluie de confettis dorés à la fin du set… rien n’a été laissé au hasard. Un show à l’américaine qui peut déconcerter dans le cadre de Rock en Seine, habitué à des prestations plus roots, mais le fait est que ça marche.

Ça marche même tellement bien que je suis ressorti aussi fourbu qu’euphorique du concert, écrasé contre la barrière par la poussée des rangs arrières pendant la plus grande partie de ce dernier. Qu’importe, ça valait vraiment le coup de faire le pied de grue pendant cinq heures pour enfin entendre Helena Beat, Houdini et bien sûr Pumped Up Kicks, final prévisible mais tout de même extraordinaire, joués live. Immense merci donc à BOW TO EACH OTHER d’avoir repris ce dernier titre et par la même occasion, de m’avoir fait faire plus ample connaissance avec un groupe que j’aurais certainement et sottement snobbé sinon.

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Pas l’air très net le type… Référence implicite à American Idiot?

Question: peut-on décemment assister à un concert de GREEN DAY assis? Pour moi, la réponse a été un oui franc et massif. De toute façon, j’ai toujours été trop vieux pour la punk-rock adulescent et déconneur qui constitue le fond de commerce du trio depuis ses débuts. Une fois de temps en temps à la radio, pourquoi pas, mais redescendre dans la fosse aux lions après avoir été concassé avec application pendant une bonne heure juste avant, tout ça pour les beaux yeux eyelinés de Billie Joe Armstrong, vraiment… C’est donc de très, ou plutôt de Tré, loin que j’ai assisté à la performance des trois lascars Californiens (décidément, on ne s’en sort pas), avec un détachement goguenard pas entièrement bienveillant.

Premier constat: c’est tout de même dommage d’avoir autant de titres taillés pour les stades et les festivals de la taille de Rock en Seine dans son répertoire et de laisser retomber l’ambiance aussi régulièrement au cours du set. Armstrong, maître de cérémonie fantasque et bouffon, a en effet souvent préféré faire le pitre pour le public au lieu de se contenter d’enchaîner les morceaux. Ces interludes grand-guignolesques font certes partie du jeu de scène habituel du frontman des Green Day, mais à trop y recourir, c’est la dynamique entière du set qui s’essouffle en enfilage de chapeaux rigolos, détrempage des premiers rangs au tuyau d’arrosage (personne ne lui a dit que la canicule était finie depuis un bout de temps?) et distribution de T-shirts au mortier. Et même si Billie sait s’y prendre pour faire remonter la pression en cas de besoin, son arsenal de chauffeur de salle est malheureusement trop limité pour ne pas l’obliger à utiliser les mêmes vieux trucs plusieurs fois par show (dans le désordre, nous avons ainsi eu droit au classique « Hey Ho… Hey Hey… » en question-réponse avec le public, à l’inusable « Are you ready? I say, are you fucking ready?? », au démago « I love Paris » et à ses nombreuses variations, et, en dernier recours, à l’exutoire « Let’s go crazy!! »). Calm down, shut up ‘n play yer guitar.

Deuxième constat: Green Day aime peut-être Paris, mais Paris adore Green Day. C’est une chose de chanter un couplet d’un tube planétaire comme Boulevard Of Broken Dreams lorsque Billie tend obligeamment son micro vers la foule, mais c’en est une autre de le suppléer au pied levé sur une chanson bien moins connue du grand public (et en l’occurrence, le mètre-étalon de ce que le grand public connaissait ou ignorait, c’était moi), et aussi fort que la fois d’avant qui plus est. Messieurs et mesdames les fans, qui vous êtes déplacés en masse ce dimanche soir à ce que j’ai pu voir et entendre, je vous tire mon chapeau. Paris adore donc Green Day, mais Paris est également horriblement jalouse: quand Billie a fait transhumer un troupeau de fans hystériques sur scène comme à son habitude, l’ambiance s’est méchamment cassée la gueule, et n’est repartie à la hausse qu’après que BJA se soit dépêtré de ses embarrassantes invitées. On ne l’y reprendra plus.

Troisième constat: quand ils se décident à jouer, les gars de Green Day se montrent largement à la hauteur de leur réputation de bêtes de scène. Les chansons sont certes calibrées pour ce genre d’exercice, mais encore faut il que les interprètes se montrent capables de les jouer avec la hargne et l’intensité nécessaire pour que la magie punk opère. Pas de soucis à se faire de se côté là: Billie n’avait pas encore chopé la grippe le soir de sa prestation à Rock en Seine, et avait la voix et les doigts des grands jours. Même état de forme pour Mike Dirnt moins démonstratif que son compère mais toujours présent au bon moment. Quant à Tré Cool, on ne peut que s’émerveiller de la capacité du bonhomme à maintenir un morceau au point mort sans faiblir, le temps que Billie finisse de faire le pitre et embraye sur le couplet suivant. Rappelez-moi de ne jamais le défier au bras de fer.

Quatrième et dernier constat: on peut décemment assister à un concert de Green Day assis, si le concert en question ne s’éternise pas trop. Au delà d’une heure, ça devient inconfortable et la fatigue se fait vraiment sentir. Il est temps de plier les gaules et de repartir une dernière fois vers le parking du parc, en promettant au passage au bénévoles de la sécurité de routière que l’on rentrera prudemment (surtout qu’ils ont installé des radars à l’entrée de Versailles, les gros malins).

Green Day/Bright Night

Green Day/Bright Night

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En conclusion, une édition qui a tenu toutes ses promesses, avec son lot de têtes d’affiches internationales, de groupes indies comme indispensables et de belles découvertes que l’on aura plaisir à suivre dans le futur. Du monde certes, un son pas toujours top parfois, de la pluie au début, des allers-retours éreintants entre les scènes souvent, mais tout cela fait partie du jeu qui se joue dans le domaine national de St Cloud le dernier week-end d’Août, n’est-ce pas? So, so long Rock en Seine et à l’année prochaine pour fêter tes onze ans, si tout va bien.

ROCK EN SEINE – JOUR 2 (SAMEDI)

Une des choses appréciables avec Rock en Seine, c’est que les banlieusards occidentaux (comprendre, qui viennent des Yvelines) n’ont pas de problème pour se garer une fois sur place. Pour un festival « parisien », ça mérite d’être souligné. C’est donc en voiture que nous sommes retournés sur place le samedi, prêts à affronter le très dense programme de la journée. Pensez, pas moins de onze noms étaient couchés sur la roadmap du jour au moment du départ, pour un résultat (espéré) des plus copieux. Il allait falloir s’économiser pendant l’après-midi pour ne pas s’effondrer comme une bûche dans la dernière ligne droite, et c’est avec cette consigne en tête que nous nous glissés dans le parc de St Cloud sur les coups de 15h30. L’homme sage connaît ses limites.

Comme la veille, un décollage un peu trop tardif nous force à faire une croix sur le trio Californiens des UME, dont la frontwoman valait pourtant le détour si j’en crois les élogieux retours qui n’ont pas manqué de pleuvoir après la prestation des Yankees sur la scène Pression live (quitte à nommer les scènes d’après les sponsors, ils auraient pu offrir des bières gratuites aux spectateurs faisant l’effort de se rendre jusqu’ici – car ça fait une bonne trotte depuis la grande scène – ). Tant pis.

Je crois que l’illustrateur n’a pas été très inspiré par son sujet (et pourtant, entre Steinbeck, les monstres, l’Islande et la musique du groupe, il y avait de quoi faire)

Pas question cependant de rater les autres Islandais de Rock en Seine, après avoir du renoncer au show de Sigur Ros quelques heures auparavant. La tribu des OF MONSTERS AND MEN posait en effet ses bagages et instruments à St Cloud pour présenter son album My Head Is An Animal, le jour même de sa sortie française. Le hasard fait tout de même bien les choses. Surfant sur le succès de leur single Little Talks et sur le buzz généré par la presse musicale, toujours prompte à adouber des successeurs aux artistes qui marchent fort (dans notre cas, les Montréalais d’Arcade Fire, dont l’indie rock imparable, luxuriant et volontiers épique  peut en effet être rapproché du style de la bande de Garður), les OMAM tournaient depuis des mois avant leur venue en France, d’où une certaine appréhension de ma part au moment de les découvrir en live. La session acoustique enregistrée en Angleterre quelques jours auparavant laissait en effet apparaître des musiciens visiblement peu enchantés de devoir toujours jouer les mêmes chansons.

Heureusement pour nous, le topo fut tout autre ce samedi, les Monsters ayant visiblement à cœur de réussir leur premier show au pays des fromages. L’occasion pour Nanna, Ragnar et le reste de la troupe de réaliser qu’ils jouissaient déjà d’une considérable notoriété auprès du public français, qui n’avait pourtant eu que Little Talks à se mettre sous la dent avant ce 25 Août. Espérons que ça leur donne envie de repasser par chez nous au printemps prochain, après leur tournée anglaise.

Car la musique d’Of Monsters And Men à ce petit truc spécial, ce zeste de je ne sais quoi qui gonfle à bloc les batteries d’optimisme de l’auditeur en l’espace d’un refrain. Les voir construire des hymnes à la joie d’une évidence absolue à partir de quatre accords ouverts sur une guitare sèche (voire moins: 3 seulement pour Lakehouse) est un spectacle aussi fascinant que délectable pour le spectateur, qui pourra méditer longtemps après coup sur la fabuleuse capacité du rock à générer sans cesse de nouvelles chansons géniales malgré un catalogue de notes et d’accords somme toute assez limité.
Bien sûr, l’équation ne serait pas complète si j’oubliais de mentionner les autres atouts que les OMAM ont en main: un duo de chanteurs-guitaristes très complémentaires en les personnes de Nanna (chant joliment heurté et look de folkeuse punk) et Ragnar (voix de velours et physique de hobbit plutôt que de viking), des arrangements léchés et le côté « bande de potes » apporté par le nombre de musiciens sur scène. Et puis, dans une époque dominée par les artistes américains et britanniques, il y a peut-être une préférence instinctive de la part du public français envers les groupes d’une origine plus « exotique ».  Quoiqu’il en soit, voilà une joyeuse troupe qu’il s’agira de ne pas perdre de vue dans le futur, et qui nous a offert un parfait démarrage pour notre samedi. Takk guys.

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S‘est ensuite ouverte une période assez frustrante, pendant laquelle je n’ai pu, pour diverses raisons, assister à un seul concert d’un bout à l’autre. Premiers à pâtir de cet épisode volage, les petits jeunes de TOY, dont le rock shoegaze et largement instrumental (tout du moins, le morceau sur lequel nous les avons rejoints – et quittés – après dix bonnes minutes de marche) était sans doute trop contemplatif pour un samedi après-midi ensoleillé.

Il faut dire qu’après la cure de bonne humeur gracieusement offerte par OMAM et le rapide passage obligé devant le folk rock rugissant d’ALBERTA CROSS sur le chemin de la scène Pression Live, le spectacle de 5 chevelus courbés qui sur sa gratte, qui sur ses claviers, qui sur ses fûts, l’ensemble tricotant patiemment de longues montées orchestrales entre chaque intervention chantée de Tom Dougall, nécessitait sans doute davantage de concentration que ce que l’immense majorité des festivaliers présents (nous y compris) aurait pu rassembler en y mettant du sien. Je reste toutefois persuadé que cette quintette de jeunes loups au look, à l’attitude et à la musique so totally british mérite qu’on se penche sur son cas avec la plus grande attention (vous êtes d’ailleurs cordialement invités à venir voir les TOY jouer – haha – le 16 Novembre prochain à la Maroquinerie).

Et ce fut donc la grande Alberta qui hérita de nous pour une fin de concert (3 morceaux) passée derrière la barrière d’osier qui interdisait l’accès au côté gauche de la scène. Une ruse de sioux qui nous permit de profiter des derniers morceaux du duo à une distance raisonnable, et même de faire quelques photos pas si pire par un des trous ménagés par les festivaliers nous ayant précédé sur le spot (je n’ai fait que l’agrandir légèrement, je le jure votre honneur). Difficile dans ces conditions de se plonger dans la musique proposée par les sieurs Stakee et Wolfers, d’autant plus que je n’avais aucun morceau connu auquel me raccrocher. Et pourtant, je connais cette voix haut perchée et sans artifice, que j’ai du écouter quelques fois sans prendre la peine de chercher à qui elle appartenait. Bref, un créneau 16/17 assez mal négocié de notre part, puisqu’écartelé entre deux bouts de concerts trop courts pour bien profiter et surtout, beaucoup de randonnée pédestre dans le parc de St Cloud.

Chapi Chapo... Bodobo

Chapi Chapo… Bodobo

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Les choses ne s’améliorèrent que de manière très superficielle pour le show d’HYPHEN HYPHEN (prononcer Aïfeun Aïfeun), qui fit les frais d’un aller et retour à travers le public pour reconstituer le groupe, éparpillé après un passage au stand merchandising. Je n’ai donc retenu de Santa et sa bande que leurs peintures de guerre et leur énergique jeu de scène, ce qui est déjà pas mal, mais loin d’être suffisant au vu de la montagne de commentaires élogieux que j’avais lu sur ce groupe de Niçois déchaînés, qui repasseront par la capitale dans point trop longtemps (le 12 Septembre au Café de la Danse).  La troisième fois sera peut-être la bonne…

Après « Santo et le Trésor de Dracula », « Santa et le Mystère de la Tête Géante »… Ça promet.

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Vint ensuite le temps des retrouvailles avec les joyeux allumés de CARAVAN PALACE, qui avaient considérablement secoué le public du festival de Ronquières lors de leur passage au plan incliné en juillet dernier. De nouveau relégués derrière la barrière/paravent (qui n’a pas du finir Rock en Seine en un seul morceau) du côté gauche de la scène, nous assistons à l’intégralité (enfin!) du concert, qui, s’il fut aussi enlevé que ce que l’on était en droit d’attendre de la part des apôtres de l’electro-swing, toujours menés à la baguette par la délurée Zoé Colotis, ne fut jamais proche de rivaliser avec la folie euphorique qui avait balayé le public belge quelques semaines plus tôt. Encore une fois, on peut expliquer en partie la relative tiédeur du public par la chaleur qui régnait au moment du show et à un horaire de passage (17h30 – 18h30) encore trop précoce pour un emballement populaire digne de ce nom, souvent très largement corrélé à la quantité de bière ingurgitée par le festivalier moyen. Sans alcool, la fête est plus molle.

Prestation… lumineuse de Caravan Palace


De retour devant la grande scène en prévision de la prestation lourde de sens de Noel Gallagher et de ses pioupious, nous assistons à quelques minutes du show donné par le dIEU belge du rock (et ses séraphins intermittents), le toujours fringant Tom Barman. Et puisqu’il s’agit de filer notre métaphore éthylique jusqu’à la lie, je me dois de préciser que les dEUS ont bien joué Girls Keep Drinkin à Rock en Seine (merci à Chacaloute pour la vidéo :-)). Dans un monde parfait, je n’aurais pas eu à quitter le pré après un Quatre Mains très attendu et plutôt décevant en live (difficile de retrouver la tension palpable de la version studio dans une enceinte aussi gigantesque) et aurais ainsi pu approfondir ma connaissance de ce groupe qui semble exceller dans toutes les facettes du rock, particularité rare et louable à une époque où la spécialisation forcenée et les reconversions/expérimentations musicales malheureuses (non, je ne parlerai pas du dernier Muse) sont la norme plutôt que l’exception. Mais, que voulez-vous, à quelques centaines de mètres de là, the sea (et la scène de la cascade par la même occasion) was calling, et il aurait été impoli de ne pas répondre à son appel.

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Les Australiens de THE TEMPER TRAP repassaient donc à Paris pour une deuxième et dernière date après le très bon concert donné à la Maroquinerie le 12 Juillet dernier. Ayant eu la chance d’assister à ce dernier, je doutais très fortement de la capacité de Dougy et ses potes de livrer une prestation d’aussi bonne tenue à Rock en Seine, et malheureusement, ce fut bien ce qui arriva. Premier et principal responsable de ce net coup de moins bien, un son proprement dégueulasse. Je veux bien être compréhensif vis à vis des techniciens en charge des balances, chargés de la mission quasiment impossible d’obtenir un rendu de qualité pour des milliers de spectateurs, aussi bien ceux situés à deux qu’à deux cent mètres de la scène, mais je crois honnêtement qu’on a battu tous les records précédemment établis à St Cloud en matière de basses sur-sonorisées, qui ont atteint sans trop forcer la limite basse de l’insupportable pour les malheureux des dix premiers rangs.

On dirait que le précipité bleu de la couv’ du dernier album en a inspiré certains…

C’est dans des situations comme celles-là que l’on est rudement content de ne pas avoir oublié ses earplugs à la maison, et de ne pas dépendre des douteux suppositoires en mousse distribués gratuitement par les organisateurs (et je ne parle même pas des inconscients qui ont enduré l’intégralité du set sans protections du tout). Car quand on sent le cartilage de son nez vibrer à chaque fois qu’un gonze effleure une corde de sa basse, une touche de son clavier ou la pédale de sa grosse caisse, situations assez fréquentes au cours d’un concert de rock, on ne peut qu’espérer que les quelques grammes de plastique faisant barrage dans le conduit auditif suffiront à préserver nos fragiles et précieux petits tympans du pire de l’agression sonique.

Difficile donc dans ces conditions d’apprécier à leur juste valeur les morceaux de la quintette de Melbourne, qui n’a fort logiquement pas atteint le même état de grâce que lors de leur passage en 2010 (c’était sur la grande scène, et le son avait été très correct), sans parler de la magie pure de leur halte à la Maroquinerie.
En grands professionnels, les Wallabies ont tout de même livré un set généreusement fourni en tubes, confirmés (Love Lost, Fader, Science of Fear et bien entendu, l’incontournable Sweet Disposition) ou en devenir (London’s Burning, Need Your Love ou encore Miracle), qui, s’il ne s’est pas révélé très surprenant (quasiment la même setlist que pour le concert de la Maroquinerie), a offert aux fans présents, dont une bonne quantité d’anglo-saxons, une heure d’exutoire pop-rock. Il y en a même eu pour pogotter durant le show, réaction que j’ai trouvé légèrement déplacée eu égard à la musique jouée, mais bon YOLO comme on dit maintenant. Reste que si je ne devais retenir qu’un seul concert des TTT, celui du 25 Août 2012 ne figurerait même pas sur la shortlist des lauréats potentiels. Il y a des jours avec et des jours sans.

Face à l'adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph... Oh, Joseph, ça va?

Face à l’adversité, Dougy et Jonathon restent stoïques tandis que Joseph… Oh, Joseph, ça va?

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À 20h, NOEL GALLAGHER fait deux belles surprises au public de Rock en Seine. 1) Il monte sur scène (il aurait pu s’engueuler avec le batteur et annoncer la dissolution des High Flyin’ Birds, hein). 2) Il joue près de la moitié des chansons figurant sur son premier album solo, ce qui, au vu des setlists touaregs (comprendre, basées à 90% sur de l’Oasis) servies par le bonhomme durant pas mal de ses dernières prestations festivalières, n’avait rien d’une évidence. Personnellement, j’ai considéré ce parti pris comme une preuve de respect envers les spectateurs français, à qui Nono et ses zosieaux n’ont pas fait le coup de la nostalgie déplacée.

Évidemment, le final a tout de même été l’occasion de faire chanter la foule avec deux vieux millésimes (parce que, hein, Oasis is good), en l’occurence Whatever et un ultime Don’t Look Back In Anger qui pouvait être interprété de bien des manières dans l’enceinte de Rock en Seine, théâtre de la mort du groupe des frangins Gallagher trois ans plus tôt. Mais l’essentiel du set fut consacré à des compositions plus récentes, certes moins populaires auprès des fans bédouins, et Dieu sait qu’ils étaient nombreux parmi le public ce soir, mais toutes solides et agréables à l’oreille, comme Noel sait en ouvrager: AKA…What A Life!Stranded On The Wrong Beach, (I Wanna Live In A Dream In My) Record Machine, Everybody’s On The RunThe Death Of You And Me, If I Had A Gun

L’occasion pour beaucoup de se rendre compte que même sans le charisme hooliganesque de Liam et sa coupe de cheveux innommable, le cadet de la fratrie Gallagher est capable de voler de ses propres ailes. Évidemment, l’absence du frangin grande gueule se fait principalement sentir au niveau du rythme du concert, qui restera planplan d’un bout à l’autre, mais ce n’est pas comme si on ne savait pas à quoi s’attendre avec Noel, qui n’a jamais semblé très à l’aise sur une scène. C’est donc avec un flegme tout britannique que ce dernier met fin aux réjouissances et repart… sans avoir joué Wonderwall. Une preuve supplémentaire de bon goût, vous irez loin Mr. Gallagher.

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Belle affiche, mais absolument pas en rapport avec la musique du groupe (hommage à la Blacksploitation, vous croyez?)

Entre 22h et 23h au parc de St Cloud, le noir était la couleur reine: la nuit est tombée depuis longtemps, le festival est noir de monde et surtout, les artistes programmés sur ce créneau respectent le dress code imposé par les organisateurs: sur la grande scène, les BLACK KEYS et leur blues-rock crasseux et hautement addictif, et sur la scène de la cascade, les BLACK SEEDS et leur reggae festif et inspiré. Faîtes votre choix bonnes gens.

Et, assez curieusement, je me suis retrouvé devant le show des Néo-Zélandais, alors que mes prédispositions naturelles m’auraient plutôt conduit à assister à la démonstration de la paire Auerbach-Carney, sérieuse candidate au titre de meilleur duo rock du moment (surtout depuis la dissolution des White Stripes). Le concert des Kiwis présentait cependant deux énormes avantages par rapport à celui des natifs d’Akron: 1) il était tout à fait permis d’espérer le suivre à une distance raisonnable, voire accoudé à la barrière si on s’y prenait pas trop tard et 2) la scène Pression live sur laquelle Mark Lanegan devait jouer juste après la fin des deux « Black Sabbats » était bien plus proche de la scène de l’industrie que de la grande scène.

Et au final, le choix de la raison se révéla être un vrai coup de cœur, car les Black Seeds, comme les Fat Freddy’s Drop avant eux (un autre groupe néo-zed qui avait emballé le public de Rock en Seine en 2010) ont livré un set impeccable et généreux dans une ambiance bonne enfant incroyable que je ne m’attendais pas à retrouver dans un festival de cette taille. Visiblement très content d’avoir quand même du public malgré la concurrence des Black Keys, les gars ont déroulé un reggae lustré et profond avec un plaisir évident pour les quelques dizaines d’Happy Few qui avaient fait le déplacement. 45 minutes passées dans un univers parallèle, cosy et chaleureux (et pourtant, il a plu à la fin du show!), plus proche de l’intimité d’une Maroquinerie, d’un Point Éphémère ou d’une Flèche d’Or que du gigantisme parfois un peu pesant du parc de Saint Cloud. Ce n’est pas souvent que l’on voit les techniciens danser dans les travées backstage, et c’est précisément ce qui s’est passé pendant le concert, un spectacle qui n’a fait qu’ajouter un peu à la douce euphorie générale de l’ensemble. Le genre de prestation qui vous réconcilie avec la musique live, si besoin était. Very well done, Wellington.

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Décidément, c’est l’année des tumeurs cérébrales funky (my eye is my sanctuary)

La journée se termine avec un pèlerinage initiatique jusqu’à la scène Pression live, sur laquelle MARK LANEGAN, poète rock buriné à la voix calleuse, doit défendre son dernier disque, le formidable même si légèrement désespérant Blues Funeral (rien que le titre annonce la couleur). Programmé sur un créneau horaire (ooh30-01h30) où l’on s’attend plus à entendre des DJs que de la musique live jouée sur de vrais instruments, et où pas mal de festivaliers n’aspirent plus qu’à aller se coucher après des heures passées à crapahuter de scènes en scènes, les organisateurs ont eu un coup de génie pour attirer tout de même quelques (jeunes) curieux. Ça se passe sur la présentation de l’artiste du livret, je cite: « L’Américain pionnier de la culture grunge […] celui qui fut l’ami de Kurt Cobain… » Bref, de quoi appâter quelques cohortes de nostalgiques des 90’s poisseuses et white trash, à l’époque où porter des jeans troués, des sweats informes et des cheveux graisseux était considéré comme le summum du bon goût.

Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: si Mark Lanegan a bien été l’homme décrit dans le livret, la musique qu’il joue maintenant, et depuis un bon paquet d’années, n’a pas grand chose à voir avec les galettes de Nirvana ou de Pearl Jam. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin la cause des nombreuses défections de spectateurs pendant le concert, qui ont estimé, peut-être à raison, avoir été trompés sur la marchandise. D’autant plus que Mark n’a rien fait pour convaincre les indécis de lui donner une deuxième chance: planté devant son micro pendant tout le concert, une étrange casquette de gangsta rap vissé à l’envers sur la crinière, le seul mot qu’il a prononcé en dehors des textes de ses morceaux fut un « merci » enroué à mi-parcours. Il s’est donc montré plus loquace que Dylan aux Vieilles Charrues, mais de pas grand chose. Ajoutez à cela les moues renfrognée, digne d’un Rambo s’apprêtant à s’auto-cautériser avec la poudre d’une de ses cartouches, dont il n’a cessé de régaler le public pendant une heure, et vous comprendrez sans peine pourquoi seuls les fans convaincus étaient encore présents à sa sortie de scène.

Mais pour ceux-là, nul doute que la prestation de Mark et de son band, emmené par un guitariste lead à la croisée de Jamie Hince des Kills et (du fantôme) de Johnny Cash aura été convaincante. Car si le bonhomme n’est pas très causant, il a tout de même de sacrées bonnes chansons, délivrées avec ce mélange de finesse et de rugosité dans laquelle on peut retrouver aussi bien la gouaille d’un Tom Waits que l’élégance d’un Chris Rea. Grandiose. N’étant familier que de son répertoire le plus récent, j’ai particulièrement aimé le final du concert, pendant lequel se sont enchaînés comme dans un rêve le rock bluesy de Riot In My House, les beats mélancoliques de Ode To Sad Disco, et les guitares célestes et pensives du magnifique Harborview Hospital. À peine le temps de respirer (et d’applaudir) que Mark persistait et signait avec un Tiny Grain Of Truth lancinant et hypnotique à souhait. On a vraiment bien fait de rester jusqu’au bout.

La photo d’art c’est facile, il suffit d’un boîtier bas de gamme et d’une luminosité baroque.

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Ce samedi s’achève donc sur une note très positive, grâce à trois derniers concerts variant de la bonne surprise (Noel Gallagher High Flyin’ Birds) au pur moment de magie (Mark Lanegan Band), en passant par une belle découverte (The Black Seeds). Au chapitre des « + », on peut évidemment rajouter les prometteurs Of Monsters And Men en tout début d’après-midi, qui aura tout de même fortement pâti de notre incapacité à nous fixer une fois pour toutes (TOY, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, dEUS), de problèmes techniques (The Temper Trap) et, ironiquement, du franc et chaud soleil d’Août, qui favorise plus la torpeur que la communion musicale (Caravan Palace). Merci samedi, et vivement dimanche.

PS:Comme la dernière fois, les lecteurs de bons goûts feront un tour sur le compte-rendu de la journée publié sur mywonderwall.fr, qui prennent de belles photos, font de chouettes vidéos et rendent leurs papiers dans les temps, eux.

ROCK EN SEINE – JOUR 1 (VENDREDI)

110 000. C’est le nombre de festivaliers qui ont déferlé sur le domaine national de St Cloud le week-end dernier, tel un troupeau de criquets sur le chemin de la migration ou un nuage de lemmings dans un champ de maïs. Record d’affluence battu pour le dixième anniversaire de la manifestation, je dis bravo. En compagnie des 109 999 autres individus susnommés, j’ai eu la chance, la joie et l’honneur de fouler de mes semelles la terre martyrisée de cet immense pré carré dans lequel les Parisiens non mélomanes parquent leur congénères pendant trois jours pour pleurer en paix sur l’été qui s’achève. Et bien vous savez quoi? Ils auraient mieux fait de venir au lieu de se morfondre intra-muros. La preuve:

Arrivés sur le champ de bataille aux alentours de 16h30 (autant pour mon magnifique programme soigneusement mis sur pied avec une rigueur absolue, amputé de ses deux premiers artistes à cause d’un virage à droite effectué un carrefour trop tôt… menfin, c’est la vie), nous ne vîmes donc point ni les petits frères Canadiens de Green Day (BILLY TALENT, qui s’il est talentueux, doit également être légèrement schizophrène pour porter un tel nom) cracher leur punk rock juvénile épico-communiste, ni l’énigmatique OWLLE chanter ses non moins énigmatiques compositions (comprendre ici que le chroniqueur a eu bien du mal à se rencarder sur la musique proposée par la rouquine à frange, et pourtant, il – donc je – est/suis dur au mal).

À peine le temps de verser et sécher quelques larme sur la cruauté du monde, nous voilà partis en direction de la scène de l’Industrie, sur laquelle l’abominable duo des neiges devait faire une apparition fugitive avant de repartir dans sa tanière. Bref, nous sommes allés voir YETI LANE (à ne pas confondre avec Herman Dune, autre duo français très porté sur les bipèdes misanthropes à poils longs). Et moi, j’ai plutôt aimé, à la différence de mes deux comparses, quelque peu désemparés par les longues envolées planantes et monochromatiques distillés par Ben (guitare, claviers, cheveux) et Charlie (batterie, amplis, lunettes de soleil). Car contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, le yéti est un être sensible et contemplatif, qui préfère laisser le vent mauvais lui souffler dans la toison pendant qu’il contemple une mer de nuages du haut d’une falaise solitaire (pourquoi croyez vous qu’il habite en montagne?) plutôt que de l’agiter en tout sens dans d’ineptes séances de headbanging. En plus, ça fait des nœuds dans les poils.

Cette condition ayant été posée, rien n’empêche le spectateur de survoler les contreforts de l’Himalaya en compagnie du tandem parisien, pas franchement causant mais parfaitement maître de son son. Mention spéciale à Charlie, au toucher d’une précision et d’une netteté digne d’Echo (et de ses Bunnymen). Et ça tombe plutôt bien, puisqu’une bonne partie des morceaux joués lors de ce (court) set provenaient du deuxième opus du groupe, The Echo Show (#HabileTransition). Peu familier de cette partie de leur répertoire, je suis content qu’ils choisissent de compléter leur prestation par quelques titres extraits de leur première galette éponyme. La demi-heure réglementaire écoulée, les deux yétis repartent piller le Monoprix le plus proche sur un ultime Strange Call. J’aurais bien rempilé pour un quart d’heure supplémentaire, mais le programme de la journée est chargé, et il est temps de se tourner vers la scène de la Cascade où le concert « création » de cette dixième édition de Rock en Seine est en passe de débuter.

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Sur l’estrade, l’ONDIF craquète, frémit, trompette et glapit dans l’attente des GET WELL SOON. L’ONDIF? Non, ce n’est pas un Pokémon de type eau, ni un magasin spécialisé dans la vente de jets d’eau d’agrément par correspondance. Bien essayé. L’ONDIF est la forme ramassée du nom de l’Orchestre National D’Ile de France, formation créée en 1974 avec la noble tâche de – je cite – : « diffuser l’art symphonique sur l’ensemble du territoire régional et tout particulièrement auprès de nouveaux publics. » Bref, toi le jeune de banlieue en jogging et casquette Ünkut, toi pour qui la controverse musicale la plus importante de l’époque est l’opposition entre l’East Coast de Biggie et la West Coast de 2Pac, toi pour qui le basson est une race de chien (« l’espèce de saucisse de Télé Z, sisi! ») et qui croit que Mozart a composé l’Assasymphonie pour clasher les haters, rapproche-toi et ouvre grand les oreilles. L’ONDIF, emmené par son chef Enrique Mazzola, va s’employer à te faire découvrir la grande musique, comme les missionnaires européens sont partis évangéliser les autochtones au cours des derniers siècles.

La tâche promettant d’être rude, l’ONDIF s’est adjugé l’aide d’interprètes afin de s’adresser au public dans une langue connue de ce dernier: le rock. Ce sont donc les Allemands de Get Well Soon qui se chargeront d’appâter les spectateurs, pas forcément enclins à assister de plein gré à un concert purement symphonique. Ça a bien marché avec le concert d’Archive l’année dernière, alors…

Pas de chance, l’arrivée de Konstantin Gropper, aussi livide qu’un jeune allemand féru de philosophie et de musique classique puisse l’être, et de ses troupes se fait sous la pluie, et ce sera sous l’ondée que l’ONDIF se produira cette année. Excentrés sur le côté gauche, relativement à l’abri sous les arbres qui délimitent la scène de la Cascade, nous assistons à la performance de l’ensemble germano-francilien avec un détachement de plus en plus affirmé. En cause, la distance, la pluie, le va et vient incessant des curieux et des déçus, sans oublier le moment où, à cause d’un spectaculaire « ombrella happening », la scène disparut carrément de notre champ de vision derrière une forêt de baleines (et oui, j’ose).

Umbrella, brella, brella (air connu)

Umbrella, brella, brella (air connu)

Ajoutez au tableau la voix « diesel » de Konstantin, qui mit vingt bonnes minutes à se chauffer, et le manque de tranchant et d’impériosité des interventions de l’ONDIF (personnellement, je considère comme anormal le fait qu’une simple guitare électrique puisse faire plus de bruit que toute une section de cordes, ou qu’un clavier puisse tenir la dragée haute à une demi-douzaine de cuivres), et vous comprendrez que notre impression finale ait été un tiède « sympa mais sans plus ». Dommage, car les quelques morceaux de Get Well Soon que j’avais écouté la semaine précédent Rock en Seine m’avaient plutôt plu. Dans le sous-genre de la pop lyrique et mélancolique, romantique en un mot, Herr Gropper promène sa douloureuse élégance avec une facilité scandaleuse, comme le prouve suffisamment son dernier album, The Scarlet Beast O’Seven Heads (disponible en France depuis le début de la semaine). Comme une envie de retenter ma chance lorsqu’il repassera à Paris à la fin du mois d’Octobre (31 Octobre, à la Gaité Lyrique)…

18h45 (car il faut bien un quart d’heure pour se faire servir une bière aux buvettes de Rock en Seine), nous voilà devant la grande scène pour le concert de DIONYSOS (à mon grand regret). J’avais prévu d’utiliser ce créneau horaire pour bien se placer pour THE SHINS, mais la démocratie (ou plutôt, la tyrannie de la majorité) en a décidé autrement. Nous arrivons juste au moment ou l’ineffable Mathias Malzieu invite les spectateurs du premier rang à braver les gorilles de la sécurité pour venir rejoindre le groupe sur scène danser le Bird’n’Roll. Intention louable et généreuse de communier avec son public et d’offrir à une poignée de chanceux un souvenir impérissable de leur 24 Août 2012, mais rien à faire, je ne perçois que le côté démagogique de la manœuvre. Et je m’interroge: qu’est-ce que les pauvres Dionysos ont bien pu me faire pour que je les déteste autant?

Mathias attend la vague (ça m'aurait dit de pas venir)

Mathias attend la vague (ça m’aurait dit de pas venir)

À vrai dire, je ne le sais pas très bien. D’accord, les paroles de leurs chansons rivalisent souvent avec celles d’Indochine dans le non-sens pseudo-poétique (« une fille en forme de fée »? WTF?) et la voix du sieur Malzieu me tape assez vite sur les nerfs, mais bon, ça n’explique pas tout. Il y a aussi la déception que m’a causée La Mécanique du Coeur, que j’espérais être un concept album digne de cette appellation, surtout que mon icône absolue, l’insurpassable Bashung, y faisait l’une de ses dernières apparitions (et je dois dire que le morceau dans lequel il apparaît, La Panique Mécanique, est la meilleure du CD), mais qui s’est révélé être une suite de chansons bancales plus ou moins bien intégrées à la trame narrative (un hamster qui s’appelle Cunnilingus… quel rapport avec le reste de l’intrigue?), dans laquelle ne surnageait guère que Tais-toi mon cœur et le duo précédemment cité. Pour finir, tout le monde semble trouver ce groupe génial, ce qui me chagrine au plus au point. Généreux oui, génial non.

Bref, j’ai supporté avec stoïcisme la fin du concert des Valençois, dont une grande partie fut dévolue à l’aller retour en slam de Mathias jusqu’à la tour régie, performance qui force le respect et montre à quel point le bonhomme est familier de l’exercice du bain de foule (ou du surf digital, c’est selon). Nous eûmes également droit à un solo de perceuse effectué dans les règles de l’art, qui m’aurait presque arraché un sourire pour tout autre groupe, mais là, décidément, je n’y arrive pas. Reste qu’on ne peut pas enlever à Dionysos l’énergie dépensée au cours de leur prestation, qui fut très favorablement accueillie par le reste du groupe. Personnellement, j’étais plutôt que le concert se termine pour retourner à la cascade écouter les Shins.

Un petit côté Kevin Spacey, ikke sant?

Les Shins justement, parlons en. Voilà un groupe qui sait gérer sa communication en direction des gens qui, comme moi, ne les connaissaient pas du tout (ou si peu) avant Rock en Seine.  À l’occasion de la sortie de leur dernier opus, Port of Morrow, en mars dernier, toute la presse spécialisée s’était empressée de relayer l’information en termes onctueusement laudatifs. Je suis donc bien forcé d’apprendre que le groupe d’Albuquerque (comme la chanson de Neil Young) est une force qui compte sur la scène du rock indie yankee, avec un statut de groupe « d’initiés » (comprendre qu’il faut creuser un peu pour entendre parler de ces gonzes) à la carrière parfaite à filer les boules à tous les U2, Coldplay et Depeche Mode de la terre. Aux commandes de la machine, un certain James Russell Mercer, véritable maître du bord n’hésitant pas à renouveler complètement l’équipage d’album en album pour mieux poursuivre sa muse. La dernière livraison de la quintette, Wincing The Night Away, datant de 2007 et ayant été unanimement saluée par la critique, Port of Morrow est donc attendu de pied ferme par tout ce que le 21ème siècle compte de chroniqueurs rock, rétribués ou pas. À l’écoute, le single Simple Song se révèle effectivement plaisant, pas révolutionnaire dans son approche, mais soigneusement construit et totalement maîtrisé. Ce sera en grande partie ce titre qui me poussera à coucher le nom des Shins sur ma road-map clodoaldienne (si si, c’est le vrai gentilé).

Au final, nous nous retrouvons devant la scène de la cascade, décorée pour l’occasion d’un fond de scène astral (lune et étoile), et devant lequel Jason et ses zicos sont déjà à pied d’œuvre. Ces derniers auront la gentillesse de jouer la Simple Songattendue pas trop longtemps après notre arrivée, histoire de nous fournir un mètre-étalon de leur musique à utiliser pour juger de la qualité de leurs autres compositions. Et, rien à dire, le set se révèle être très homogène dans sa composition, un peu trop même, puisqu’il ne convaincra pas mes camarades de rester jusqu’au bout (il faut dire qu’ils étaient venus pour PLACEBO, et qu’il fallait donc sécuriser une place pour ce show). Il est vrai que les chansons de The Shins, du moins celles que j’ai eu le temps d’écouter, se ressemblaient beaucoup. Pas au point qu’on les confonde, mais assez pour rebuter le novice, qui estimera avoir fait le tour de la question en un quart d’heure et partira vers d’autres cieux et scènes voir si le rock est plus vert (et en verve) ailleurs. Sentiment mitigé donc, avec un vague arrière-goût de rendez-vous manqué avec un groupe dont je n’ai pu qu’apercevoir le côté novateur et génial sans pouvoir (ni vouloir, c’est vrai, je l’avoue) trop m’attarder sur la question.

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BLOC PARTY. Encore un groupe que je n’avais pas prévu de voir à Rock en Seine, mais il faut savoir s’adapter aux circonstances. Et, pour l’occasion, ces dernières étaient plutôt en faveur des quatre petits gars d’Essex, que je n’avais pas trouvé très à leur avantage lors de leur passage à Carhaix plus tôt dans la saison. Doit-on mettre ce regain de forme et d’inspiration sur des facteurs endogènes ou exogènes (je peux maintenant l’avouer: j’ai lancé ce blog uniquement pour pouvoir utiliser ces deux termes dans un contexte non académique) au groupe, mystère et boules de gomme, toujours est-il que le show proposé par Kele et ses trois compères s’est révélé être de haute volée, et tout à fait digne de ce que le public était en droit d’attendre d’une des têtes d’affiche du festival.

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme...

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme…

Pour ma part, je serai prêt à hasarder une pièce sur la disposition particulière de la grande scène de Rock en Seine, bien plus artist friendly que la scène Kerouac des Vieilles Charrues. Contrairement à cette dernière, en effet, la perspective étroite et délimitée par une rangée d’arbres d’un côté et des paravents de l’autre donne vraiment l’impression au groupe sur scène d’être seul au monde, alors que le vis-à-vis avec la scène Glenmor aurait plutôt tendance à rappeler aux artistes se produisant sur Kerouac qu’ils ne sont qu’une ligne d’un programme en comptant des dizaines. À cet égard, St Cloud est royal pour l’ego. Et quand le public se masse sur le pré, l’étroitesse de ce dernier permet de jouer devant une foule très profonde, ce qui est évidemment plus flatteur que la disposition vaguement circulaire et assez relâchée qu’adopte naturellement l’assistance d’un concert de plein air.

Bref, tout était en place pour que les créateurs du fameux Banquet remettent le couvert de belle manière à Rock en Seine, trois ans après leur dernier passage. Et dans leur rôle de première Party de luxe, les Bloc ont assuré. Qu’ils puisent dans la partie rock ou electro de leur repertoire, Kele et consorts ont su adapter leurs morceaux choisis au cadre monumental et à l’humeur festive du public, pour un résultat toujours pêchu et entraînant. Même les premiers rangs, que l’on devine être venus pour Placebo, ne boudent pas leur plaisir et se acceptent volontiers de se piquer au jeu de la foule conquise et sautillante*. Sur scène, Mr Okereke et sa grande bouche ne ménagent pas leurs efforts (craquage de chemise littéral à la clé), tandis que Russell Lissack distille ses riffs imparables avec un métier qui me surprendra toujours au vu du look de lycéen shoegazer que le gratteux en chef de la bande se plaît à cultiver depuis les débuts du groupe. Cerise confite sur le pudding, le soir tombe juste à temps pour permettre au public d’apprécier les jeux de laser qui agrémentent les derniers morceaux du set. À la fin de ce dernier, Bloc Party repart avec le sentiment du devoir accompli. Difficile de ne pas leur donner raison.

*: et à y repenser, un tel engouement n’est pas si étonnant que cela, puisque le premier – et meilleur – album de Bloc Party, Silent Alarm, est sorti en 2005, c’est à dire juste entre l’énorme Sleeping With Ghosts (2003, 2004 pour la version avec les Covers) et le décadent Meds (2006) du trio londonien: pas vraiment la même musique, mais la même époque, et comme les fans de Placebo ont la nostalgie facile…

 

This awkward moment when… tu réalises que tu ne verras pas SIGUR ROS cette année à Rock en Seine. D’après les retours de la plupart des gens qui ont eu cette chance, j’ai vraiment raté quelque chose, ce que je peux très bien comprendre: Jonsi, en solo et sans ses instruments « électroniques » (oubliés quelque part entre Lisbonne et Paris au moment du concert) avait déjà réussi à faire planer tout le parc de St Cloud il y a deux ans, alors avec le renfort de Goggi, Kjarri et Orri (les trois nains islandais recalés au casting de Bilbo le Hobbit), je ne peux qu’imaginer le feu d’artifice que ça a du être. Laisser moi pleurer dans un coin en écoutant Inni (il va falloir que je prenne le temps de pencher une oreille sur cette galette achetée à vil prix dans une FNAC il y a quelques semaines), ça vaudra mieux.

On va dire que c’est une vision d’artiste de la musique du groupe…

Le bon côté de la chose a été que j’ai pu assisté au concert de PLACEBO pas trop trop loin de la scène. Évidemment, il suffit d’un spectateur un peu plus grand que soi-même pour réduire cet avantage à néant, et évidemment, ça n’a pas manqué, mais bon, l’ambiance « au cœur du public », ça compte aussi, et pour le coup on a été servi. Car malgré la désaffection d’une partie des fans de la première heure depuis la sortie de Battle for the Sun, album marquant le début d’une certaine décadence, ou du moins, d’une remise en question profonde, de la part du groupe (départ du batteur Steve Hewitt, paternité de Brian Molko, ajout de cordes et de cuivres sur certains morceaux…), Placebo conserve une côte de popularité indéniable auprès du public, qui s’est déplacé en masse pour entendre les hymnes glam-goth qui ont servi de bande-son à la fin du deuxième millénaire et le début du troisième.

Certes, le trio remanié n’a plus rien proposé de nouveau depuis trois ans, et se contente de vivre sur sa propre légende en replissant un stade ou servant de tête d’affiche à un festival de temps à autre. Certes, le concert s’annonce sous des auspices menaçantes (Brian est en délicatesse avec sa voix – une « grenouille dans la gorge » dixit lui-même – ) et sent le réchauffé avant même d’avoir commencé, au vu du pilote automatique enclenché par le groupe depuis quelques mois. Certes, le gars Molko ressemble maintenant plus à Greg Dulli qu’à l’icône androgyne qu’il incarnait au début des années 2000. Mais tout de même, Placebo a écrit suffisamment de bonnes chansons en ses années fastes pour qu’on prenne le temps de se pencher sur son cas sans prononcer la sentence avant la tenue de l’audience.

Et au final, Placebo fait toujours son petit effet (jeu de mot facile et foireux). Brian, sans livrer une prestation dévastatrice, a assuré toutes ses parties vocales avec facilité, ne refusant l’obstacle que sur les hauteurs du I Know (16 ans depuis la sortie du premier album tout de même… il a du en fumer des clopes depuis). Torse nu au fond de la scène,  Steve Forrest martèle ses fûts sans états d’âme, son look de barbare howardien ne contrastant plus tant que ça avec l’esthétique du reste du groupe. Il faut dire que le temps du power-trio emo-goth est révolu depuis longtemps, au profit d’une efficacité scénique incontestable mais quelque peu dénaturée. Les nostalgiques peuvent toutefois se consoler avec Stefan Olsdal, qui n’a pas bougé, ou si peu, depuis la période de Nancy Boy, et enchaîne grands écarts et fentes avant sur scène comme quand Placebo était l’étoile montante de la nébuleuse de l’indie rock.

Après une heure de show maîtrisé de bout en bout (et pour cause, la setlist n’a pas bougé depuis un mois), première sortie de scène pour le groupe, qui revient bien vite livrer un rappel un poil plus surprenant que la rétrospective offerte par la bande à Molko auparavant (rétrospective bien trop centrée sur Battle for the Sun à mon goût, avec pas moins de cinq morceaux – dont l’horrible chanson titre – sur quatorze tirés de cet album), avec en ouverture le toujours appréciable Running Up That Hill (A Deal With God) emprunté à Kate Bush. Suivront un inédit, B3 (ça fait plaisir d’apprendre qu’ils ont composé au moins un titre durant les trois dernières années), jamais joué en France auparavant d’après Brian, dont le français impeccable explique peut-être pourquoi le public de l’Hexagone lui reste encore si fidèle; et un Infra-Red sur lequel les lasers utilisés par Bloc Party feront un retour remarqué. À 23h30, l’histoire est pliée et Placebo quitte Rock en Seine pour de bon. Ils étaient les derniers programmés sur la grande scène le vendredi soir, mais il n’y a eu que les fans les plus fleurs bleues pour espérer une troisième mi-temps impromptue, en hommage à l’époque où le groupe tournait ses live à Paris et invitait Franck Black à le rejoindre pour un Where Is My Mind d’adieu. Un autre temps…

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En fin de compte, une première journée mitigée, avec quelques bonnes surprises (Yeti Lane, Bloc Party), des prestations honnêtes mais pas transcendantes (Placebo, Get Well Soon), des trucs que j’aurais pu aimer (The Shins) ou détester (Dionysos) plus que je ne l’ai fait, en d’autres circonstances, et quelques rendez-vous manqués (Billy Talent, Grimes, Sigur Ros). Un début en demi-teinte, mais comme aurait pu le dire Thoreau au Rock en Seine de 1854 (si Rock en Seine il y avait eu): « qu’importe si le début semble petit ».

PS: Le lecteur souhaitant en savoir plus sur cette première journée serait bien inspiré de faire un tour sur myonderwall.fr, dont les rédacteurs sont des gens sérieux, cultivés et pleins d’humour, comme leurs compte-rendus le laissent bien paraître.

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