FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 2 (DIMANCHE)

Si vous vous demandiez si les dindons de Ronquières glougloutaient dès l’aube pour saluer la venue du jour nouveau, la réponse est non. Sad but true. Reste que dans un camping déjà un peu moins propret que la veille au soir, il faut tout de même songer à se mettre en marche suffisamment tôt pour être fin prêt pour l’ouverture des portes, programmée à midi ce dimanche. Chance, confort et volupté, toute l’infrastructure nécessaire à ces préparatifs (toilettes, douches, supérette) se trouvent dans le périmètre immédiat des tentes. Pas d’excuses donc pour ne pas partir placés à l’heure dite, même si nous prîmes soin de nous lester de l’incontournable K-Way pour cette fin de festival, eu égard à un ciel franchement gris dès la matinée. Précaution qui n’aura pas été vaine, comme le lecteur impatient ne tardera pas à le découvrir.

À l’entrée, l’inexpérience se fait clairement sentir lorsque deux personnes plus impatientes que les autres décident simplement d’escalader les barrières et de pénétrer sur le site sans que personne ne s’en émeuve particulièrement (exception faite des fans de M POKORA, tous remontés comme des coucous suisses et prêts à se ruer vers la scène Tribord au moindre signe de faiblesse des organisateurs). Par manque de bénévoles, les quatre check-points indiqués sur le portique sont réduits à deux, et forcément, on râle un peu quand c’est sa file qui est sacrifiée sur l’autel de la sécurité. Heureusement, le destin se décide à filer un coup de pouce aux porteurs de pass deux jours, qui disposeront d’un accès réservé. Ça en devient même trop facile lorsque aucun des trois préposés au contrôle des festivaliers ne se décide à fouiller notre sac à dos, qui s’était montré diablement difficile à vider, puis à remplir de nouveau, la veille. 12h02, nous voilà déjà installés aux premières loges de la scène Bâbord, prêts à une demi-journée de standing musical. Assemble the musicians!

Avant que le premier groupe ne fasse son apparition, un drôle de type sappé comme un mac’ de GTA se présente sur scène, et annonce au public dans un français hésitant que le groupe ACTA va maintenant jouer (texto). Je comprendrais plus tard que ce gugusse fera office d’annonceur/chauffeur de salle pour tous les shows de Bâbord. Soyons juste avec lui: autant il n’a pas cassé pas des barreaux de chaise niveau relation avec la foule et présentation de ses « poulains », autant il a toujours soigné son look, enchaînant les tenues les plus excentriques et foulant le bon goût des deux pieds à chaque apparition. La blague (belge? impossible d’identifier son accent) du week-end.

Sur la dernière photo, il a osé le cross over ultime entre Freddy Mercury et la reine d’Angleterre. C’est plus chocking, c’est chocqueen!

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Il est enfin temps pour les ACTA de fouler les planches pour le premier concert de la journée. Il n’est jamais facile d’ouvrir le dimanche pour un groupe lors d’un festival, tâche encore rendue plus ardue par le relatif anonymat de la formation de La Louvière et la jeunesse de la manifestation, qui ont concourus pour accoucher d’un public des plus clairsemés. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le chanteur-guitariste du quatuor (vague lookalike du Tristan Nihouarn de Matmatah, bien que le grain de voix fasse plutôt penser à du Charlélie Couture en moins éraillé) a réussi à force d’efforts à faire battre des mains et chanter les spectateurs, ce qui ne constituait pas un mince exploit en pleine heure du déjeuner. Comme ils le disent eux-mêmes: On S’Habitue À Tout.
Seul groupe du week-end à chanter en français (et sans tomber dans le double écueil de la niaiserie sentimentale ou de l’enfilage de jeu de mots typés « Grosses Têtes », chapeau), les Acta ont fait ce qu’ils ont pu avec application et philosophie. Si Kaolin a réussi à percer (peu de temps, il faut bien le dire) en France, je ne vois pas pourquoi ces derniers n’arriveraient pas non plus à se faire une place au soleil, surtout que le combo comporte dans ses rangs deux frangins très bons guitaristes, tout à fait capable de sortir un solo aussi inattendu vis à vis de la direction « pop electro-acoustique à textes » suivie par le groupe que bienvenu pour regagner l’attention d’un public forcément volage à ce moment de la journée. Continuez comme ça les gars.

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That’s the place, babe

Comme nous nous étions piqué de sédentarité ce dimanche, NOA MOON restera à 300.000 millimètres de notre bord. Dommage, mais il s’agissait de ne pas offenser les ROMANO NERVOSO, autre formation issue du décidément très riche vivier de La Louvière (panneau indicateur – collecté comment, mystère… – faisant foi ). Mais là où leurs prédécesseurs cherchaient le consensus et les bons sentiments, les Romano se démarquent par une attitude résolument sans compromis. On ne plaisante pas plus avec l’esprit rock qu’avec les spaghettis de la Mama, motherfuckers! Pour nous deux petits Frenchies en visite à Ronquières pour le week-end, et encore légèrement traumatisés par le show incandescent livré à la Caserne Fonck en première partie de TRIGGERFINGER (si la Belgique n’est pas grande, le monde est décidément tout petit), il s’agissait de retrouvailles, à célébrer pieusement en ce jour du Seigneur par une communion avec le saint esprit rauque.

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Dès les balances, le ton est donné, l’impayable Giacomo Panarisi, frontman de son état, testant son micro sanglé dans un T-Shirt au message brutalement direct: « I hate Bono and I hate his fucking face ». On rappellera au lecteur distrait du troisième rang que l’individu susnommé s’était également commis lors du concert du samedi des BIKINIANS, où il a tenu les fûts avec, je suppose, une énergie indiscutable.

On a retrouvé Romano Ramone

Une fois entré dans le vif du sujet, les Romano proposent un curieux mélange de préciosité glam-rock (en témoigne l’entrée flamboyante du sieur Panarisi, rutilant dans son manteau de fausse fourrure blanche rehaussé d’une bonne couche de bleu à paupière chastement dissimulée derrière une paire de verres fumées jusqu’à la moitié du show) et de rugosité punk, éructée à fond les amplis à base de riffs salaces et saturés, de batterie frénétique et de paroles délivrées sur le fil séparant le chant du hurlement. Même si l’héritage des Ramones est clairement revendiqué et approprié, et se retrouve aussi bien dans le quasi monosyllabique, mais tellement jubilatoire refrain de Mangia Spaghetti, à rapprocher d’un Blitzkrieg Bop, que dans le look du guitariste, le quatuor infernal de La Louvière est bien trop mal élevé pour suivre sagement la route tracée par leurs (grands) parents New-Yorkais (un autre exemple? Cette annonce d’une reprise de M Pokora, la méconnue Fous toi ma bière dans le cul).

Les Italian Stallions Belges (nom de leur premier opus et référence au « porno » soft au casting duquel figure un autre fils d’immigrés italiens, l’obscur Sylvester Stallone) lorgnent également sans gène aucune du côté de rythmes un peu plus dansant que le sacro-saint pogo, initié au besoin par le très remuant Giacomo jamais trop timide dès qu’il s’agit de balancer des trucs dans le public, lui inclus (la remontée sera par contre plus laborieuse). Cette veine presque pop – oulala, l’insulte – se retrouve dans le plus léger Party Time, qui a au moins le mérite de proposer une autre vision du party-rocking que celle matraquée par LMFAO depuis des mois. Quarante minutes plus tard, le message est passé, et bien passé: le rock n’est pas mort, merci pour lui, et basta.

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Après la salutaire claque assénée par Romano Nervoso, les organisateurs ont prudemment décidés de faire retomber la pression en programmant la nettement plus calme HOLLIE COOK, engagée comme tant de jeunes artistes anglais avant elle dans un tour d’Europe (f)estival (elle était également présente aux Vieilles Charrues). Si l’enthousiasme n’était pas délirant au moment de prendre la scène, Hollie et ses musiciens se sont toutefois attelés à la tâche avec professionnalisme. N’empêche que trois quarts d’heure de reggae soul sous le soleil de 15h, ça a tendance à vous assommer votre spectateur plus sûrement qu’un pétard de ganja aux épices.
Pour sûr, miss Cook est un joli brin de fille avec un joli brin de voix, et la regarder onduler sur scène, les yeux perdus dans le vague a un effet hypnotique indéniable. Mais tel Ulysse confronté aux sirènes, dès la chanson terminée, le charme se rompt brutalement. En cause, la voix « parlée » de Hollie, qui allie la gouaille vulgaire d’une marchande de poissons de Barbès et la stridence pénible d’une collégienne à un concert de Justin Bieber. Mah bon, ça m’a empêché de m’endormir pendant le set, ce qui n’aurait pas été très polie envers la fille du batteur des Sex Pistols et son backing band.
Parmi eux, l’immense bassiste rasta jusqu’au bout des dreads occupait visiblement un statut à part dans le groupe, puisqu’il fut le seul à être nommément présenté au public par sa chanteuse, et assura des parties vocales en solo sur la moitié des titres. En embuscade entre la batterie, où officiait un cousin de Mel Gaynor (Simple Minds), et la section cuivre, l’Ike Turner rasta a mené son petit monde à la baguette le temps d’une croisière expresse sur le canal de Ronquières. Emballé, c’est pesé (et vite oublié).

Une heure après avoir quitté les îles Cook, la léthargie menace de submerger l’équipage. Il fait (encore) beau, il fait (toujours) chaud, et comme le reggae n’est pas le style le plus énergisant qui soit, l’étreinte chloroforme de Morphée menace de faire sombrer corps et biens le navire de la conscience. Garçon, vite, mettez-nous quelque chose de plus fort.

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Dans ces conditions, je n’ai rien contre les femmes voilées, vraiment.

Et ce fut chose faite avec l’arrivée sur scène de la bouillonnante IZIA, guère encline à laisser le public comater derrière les barrières pendant qu’elle fait son show. Tout le monde à l’abordage, comme a pu le chanter son paternel. Même pas fatiguée par une tournée dont Ronquières constituait la dernière étape avant un mois de vacances bien méritées, la petite dernière de la tribu Higelin, pourvoyeuse de baladins et de saltimbanques de la langue française depuis quarante ans  s’est montrée à la hauteur de ce que j’avais pu lire sur elle auparavant: boule de nerfs sexy et déterminée, Izia est une nymphe tout droit échappée des Métamorphoses (rock)d’Ovide. Comme il est loin le 24-9-90 où la petite gonzesse a vu le jour dans la nuit! « Iziou » a bien poussé depuis les héroïques 90’s, c’est un fait (c’était écrit).
Si elle a suivi le même chemin que ses père et (demi) frère, Izia a toutefois pris le soin de s’écarter des sentiers musicaux foulés par ses aînés, aussi bien dans le fond (rock brut de décoffrage en lieu et place de la chanson française élégante de Jacques et d’Arthur) que dans la forme (anglais de rigueur). La radicalité de l’approche a bien entendu les défauts de ses qualités: à force de se la jouer provoc’ et effrontée, les interventions de la demoiselle accusent parfois une certaine lourdeur (« on va enchaîner avec cette bonne vieille pute de Lola* », « tout le monde a des nibards! » – certes- ), mais il n’y a que les femmelettes qui ne cassent pas d’œufs, pas vrai?
Ceci dit, il faut tout de même noter que la carapace de la grande méchante rockeuse dominante à la Joan Jet s’est fendue vers la fin du set, lorsqu’Izia s’est saisi d’une guitare pour un morceau en solo. Exit le bruit et la fureur, et bonjour aux arpèges tricotés avec l’application d’une élève de première année à l’école de musique sur le manche de la gratte. Un titre qui ne restera pas dans les annales, mais il faut savoir varier les plaisirs (et donner quelques de minutes de répit à un public qui commençait à montrer des signes de fatigue). Mais au final, c’est bien en passionaria déchaînée et échevelée que l’on préfère Izia, avec les deux mains libres de soulever la foule à bout de bras (d’autant que ses musiciens sont tous excellents et suffisent amplement au bonheur des oreilles des spectateurs).

À la fin des cinquante minutes de son set, Izia, visiblement émue par l’accueil enthousiaste reçue en terre wallone, fond en larmes devant la foule. Bon, ok, l’émotion a certainement été davantage causée par le départ programmé de sa manageur-tourneuse, dont c’était la dernière date avec le reste de l’équipe, mais ça ne fait pas de mal de s’attribuer quelques responsabilités dans cette fin de prestation lacrymale. C’est la légende du festival de Ronquières qui commence à s’écrire, petit à petit. Plus important, Iziou a promis qu’elle ferait son possible pour revenir jouer en Belgique lors de sa tournée d’automne (décidément, elle ne s’arrête jamais). Avis aux amateurs.

*: au moins, ça change de la « salope » des Solidays, pas vrai dumdum girl?

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Bien réveillés et d’attaque pour la suite des réjouissances, c’est avec une excitation non dissimulée que nous nous sommes armés de patience dans l’attente de la venue de Triggerfinger. Un groupe que j’aurais vu, revu et re-revu pendant l’été, mais que voulez vous que je vous dise, sinon que ces gars là en valent la peine? Motivation supplémentaire, ils joueront ce dimanche (presque) à domicile, ce qui constitue toujours un puissant incitatif à mettre les tripes sur la table pour tout groupe de scène digne de ce nom. Résolus à défendre la réputation d’excellence qu’ils se sont forgés dans leur pays d’origine, le power-trio d’Anvers a en effet décidé de mettre les petits plats dans les grands, et a sorti la vaisselle des grands jours pour l’occasion.
Si la vue de ce verre et de cette tasse laissés pour compte dans un coin de la scène ne vous évoque rien d’autre que le désir de reprendre un café, il est grand temps de faire un tour par les studios de la radio Giel, où une des pages de l’histoire du groupe s’est écrite en janvier dernier. Autre signe avant coureur du caractère spécial de la prestation à venir, plus visible celui-là, les six « grilles » de projecteurs disposés à l’arrière de la scène. En plus d’en avoir plein les oreilles, on en allait en sus en avoir plein les yeux (même si l’effet aurait été plus marqué en salle qu’en plein air, surtout pendant la journée).

Mais bon, est-ce très judicieux de risquer de blesser cet homme?

Pendant que Ruben, Mario, Mr Paul et leur crew mettent la dernière main à la balance, une petite armée de journalistes et de caméramen enregistrent les moindres faits et gestes du trio. Aucun des autres artistes n’ayant eu droit à tant d’attention médiatique, peut-être les fans des Trigg’ seraient-ils bien inspirés de guetter la sortie d’un documentaire en partie ou totalement consacrés à leurs idoles dans un futur pas trop lointain. Enfin, je dis ça, je dis rien hein…
Quand 18h30 arrive enfin, c’est devant un public déjà conquis que les trois pisoleros font leur entrée, après que l’inénarrable présentateur ait fait son office avec la maladresse abrupte et pataude qui a caractérisé toutes ses interventions dominicales (petit regret: il s’était déguisé pour l’occasion en Homer Simpson, alors qu’il aurait pu faire un Mr Paul assez convaincant).

Malheureusement, la performance exceptionnelle qu’on était en droit d’espérer n’a pas eu lieu au pied du plan incliné de Ronquières. En cause, un réglage son défaillant, à cause duquel la voix de Ruben ne s’est guère détachée des parties instrumentales, manquement particulièrement patent sur des titres tels que First Taste ou Is It, dont l’alchimie repose en grande partie sur des refrains accrocheurs que le public peut s’approprier. Marginalement, on peut aussi souligner que Mr Block n’a pas été verni avec ses grattes pendant le show: corde cassée sur My Baby’s Got A Gun, désaccordée au début de First Taste. Les aléas de la scène.

Dernier reproche (à la limite de la mauvaise foi, mais quand les artistes sont bons, il ne reste plus que ça aux chroniqueurs), l’inclusion un peu poussive de l’incontournable (sept semaines en tête des charts belges, excusez du peu) I Follow Rivers à la fin du set. J’avais trouvé la formule testée au 114  – setliste habituelle, avec la reprise de Lykke Li en rappel, quand la pression a naturellement un peu retombée – beaucoup plus convaincante que le rapiéçage effectué à Ronquières. Voir Mario passer de son solo de batterie proprement bonhamesque (à ce propos, j’invite toute personne n’en ayant pas encore par dessus la tête de Triggerfinger à jeter une oreille sur leur version du Mandown de Rihanna: l’intro vous confirmera au besoin les liens de filiation évidentes entre le jeu du batteur de Led Zep et celui d’Antwerp) à son bidouillage vaisselier tearsforfearsien (toi aussi, créé des adjectifs qui n’entreront pas dans le Petit Robert avant trois siècles) en l’espace de cinq minutes est une expérience assez contre-intuitive.

Mario Goossens, batteur tout terrain

Mais bon, je suis quand même content qu’ils aient joué ce morceau, plutôt rare en festival si je me base sur mon expérience personnelle (absent de la setliste de Solidays comme celle des Vieilles Charrues) et leur dit à bientôt pour le concert du 24 octobre au Nouveau Casino, qui devrait méchamment envoyer, faîtes moi confiance.

Long Live Rock, ça se dit comment en néerlandais?

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Le soir venu, le ciel se couvre salement au dessus de Ronquières. On a eu beau espérer que lourd couvercle baudelairien tienne bon encore quelques heures avant de lâcher la sauce, ce fut sous la pluie que JULIEN DORÉ a sorti son Bichon, et sous la drache que les BRIGITTE ont fait leur tour en Benz Benz Benz. Stoïques, les fans d’IAMX des premiers rangs (dont l’intégrité leur interdisaient même de sortir un parapluie, sans parler du K-Way – qu’est-ce que Chris aurait pensé de cette atteinte au bon goût goth, hein? – ) ont enduré les ondées successives avec résignation. Après tout, y avait-il un meilleur présage pour annoncer la venue du leader des Sneaker Pimps (lui même fervent adepte du singing in the rain) que le temps volatil de cette soirée?

Ils ne s’attendaient par contre sans doute pas aux piques que leur a expédié un MILOW très taquin, et tout à fait conscient que les pâles cohortes aux yeux cernés de rimmel qui fixaient la scène d’un air absent n’étaient pas venus pour l’entendre chanter You & Me. Pas sûr que l’approche humoristique lui ait gagné beaucoup de nouveaux fans dans l’IArMyX, mais ça fait toujours du bien de voir des artistes qui ne se prennent pas pour le nombril du monde (même si le crew du petit gars de Bogerhout a été le seul affublé de T-shirts à sa gloire durant tout le week-end).

Et puis, quand Milow fait des blagues, c’est toujours très gentil, un peu à l’image de sa musique. Comme quoi, on peut être grand, chauve, jouer de la guitare et vivre de sa musique sans être aussi méchant (ni aussi bon d’ailleurs) que Billy Corgan. Difficile, à moins d’être un intégriste d’IAMX, de rejeter en bloc les jolies ritournelles aux paroles un peu simplettes (voire carrément neuneu) qui constituent l’essentiel des compos de Mimi, surtout que le gaillard a su s’entourer de très bon musiciens, comme l’impressionnant guitariste qui a littéralement scotché le public lors d’un judicieux interlude flamenco.
Comme il parlait dans une de ses chansons de partir en Amérique pour booster sa carrière, jouons le jeu jusque dans les comparaisons, et rapprochons sa pop à guitare de groupes comme les Crash Test Dummies ou Counting Crows, même si tout cela est décidément trop lisse et propret pour marquer durablement les esprits.
Même la reprise qu’il fait du sulfureux Ayo Technology de 50 Cent sonne plus sous sa patte comme le coup de gueule du gendre idéal qui préfèrerait avoir sa chère et tendre en face de lui plutôt que de lui parler via skype, que comme les invites graveleuses de l’amateur de porno envers son hôtesse webcam favorite, c’est dire.
Donc, quand il nous a annoncé qu’il avait taillé la bavette avec Chris Corner avant d’entrer en piste (introduction à nouvelle blague de sa part qui n’a pas décrispé les IAMX, je peux vous le dire), on n’y a pas cru une seconde. Est-ce que vous voyez Captain America (ou Capitaine Belgique, dans le cas présent) discuter avec le Joker entre deux comics, vous? Alors.

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Car l’histoire d’IAMX, autrefois connu sous le nom de Chris Corner, est des plus singulières, jugez plutôt. Ayant très tôt démontré d’évidentes qualités musicales (le bonhomme est leader des Sneaker Pimps depuis ses 15 ans), Chris aurait pu devenir le super héros ultime du rock, une fusion parfaite entre le lyrisme de Matthew Bellamy et le charisme trouble de Brian Molko. Mais par une soirée pluvieuse de 2004, l’éclat de l’étoile montante fut irrémédiablement terni. Traumatisé par sa rencontre avec le super vilain Marylin Manson, Chris bascula du côté obscur de la musique et renaquit sous les traits blafards d’IAMX, personnage à la psyché torturé et aux centres d’intérêts douteux (je cite wikipédia: «les différentes pratiques du sexe, la mort, l’intoxication de stupéfiants, la bisexualité, la décadence, l’obsession, l’aliénation et quelques vagues allusions à la politique »).

Vous excuserez le côté grandiloquent de cette introduction, mais Mister Corner joue tellement à fond de son image de dandy macabre et ténébreux que ça aurait été lui manquer de respect que de le traiter comme tout un chacun. Le spectacle a en effet commencé bien avant l’arrivée sur scène des musiciens, avec l’installation de panneaux blanc utilisés comme support de projection vidéo au cours du set. Quelques images furent affichées pendant la balance, toutes respirant la joie de vivre et l’amour de son prochain, comme on pouvait s’y attendre. Dans la fosse, les mutiques membres de l’IArMYx se transforment progressivement en groupies hystériques, et la clameur qui a accueilli l’arrivée de Chris et de sa bande aurait fait la fierté des tous les Beliebers, Directionners et autres fanbases fanatiques du moment. Ambiance.

Hommage à toutes les présentations PowerPoint interrompues par ce fameux écran…

Inutile de dire qu’il s’agit de ma meilleure photo de Chris

Ombre élégante et longiligne se découpant à contrejour sur la scène, IAMX empoigne un mégaphone pour le morceau d’ouverture, tandis que derrière lui, les images de mort, désolation, aliénation, désespoir et autres choses très gaies défilent… quand elles ont le temps. Car qui dit super vilain dit super pouvoir, et Mr Corner ne fait pas exception à la règle. Le sien est très particulier: pourrir la vie de son équipe backstage. Car entre le Mac qui relance la synchronisation avec le vidéo projecteur toutes les cinq secondes, les fils micro qui s’emmêlent dans les pieds et les câbles jack qui entravent les mouvements des musiciens, les avanies techniques se sont succédées avec une effrayante régularité. Ces menus problèmes n’émousseront cependant en rien l’énergie folle déployée par la bande d’énergumènes qui a pris d’assaut le côté Bâbord du plan incliné. Si les machines se sont montrées rétives, les humains étaient par contre au top (avec une Janine survoltée, parfaite en Harley Quinn gothique):

Ne connaissant pas encore à fond le répertoire du groupe, je serai bien incapable de détailler longuement la setliste du concert. Je suis certain d’avoir entendu Ghosts of Utopia et Cold Red Light, mais pour le reste… Volatile Times et My Secret Friend, malgré leur statut de « tubes », ne seront pas joués, même pendant un rappel chaotique qui se terminera par un lancer de fût et de cymbale dans la travée de la presse, fort heureusement évacuée depuis fort longtemps. Une heure de spectacle total, magnifique et décadent, hypnotique et dérangeant, et sans conteste le point d’orgue de cette première édition, de notre point de vue en tout cas. Bravo aux organisateurs d’avoir fait venir ces drôles d’oiseaux à Ronquières, qui se font rares sur les scènes européennes ces derniers temps (seulement quatre concerts de prévus pour le reste de l’année so far). J’espère de tout coeur que Chris et ses séides passeront par la France pour défendre leur prochain album, actuellement en cours de réalisation dans un squat-studio délabré de Gotham Berlin.

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Ouais, je préfère encore mettre une photo floue de IAMX. C’est mieux.

23h30. C’est au tour de M Pokora de s’élancer pour clôturer le festival, mais par respect pour ce dernier, on se gardera bien d’assister à cette ultime représentation. Mieux vaut quitter le plan incliné la tête pleine d’IAMX que de R’n’B dévoyé (parce qu’à la base, le R’n’B’, c’est tout autre chose que la soupe actuelle). Allez, pour rigoler – et parce qu’il fallait bien passer devant Tribord pour regagner le camping – on s’arrête Juste Un Instant pour constater l’étendue des dégâts. Sur l’écran géant qui occupe le fond de la scène, Matt apparaît, torse nu et les yeux dans le vague. Zoom sur sa poitrine sur laquelle s’incruste un cœur pixelisé à la Tron (et à la truelle aussi, accessoirement). Et les projecteurs de se braquer sur une silhouette solitaire, perchée en haut de l’escalier rajoutée à la scène. Et les fans de crier, car oui, c’est bien lui, ecce poko. Fuyez, pauvres gnous.

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En conclusion de ce week-end festif passé à Ronquières, beaucoup plus de choses positives que négatives. Pour commencer par les points qui fâchent, on peut citer les quelques cafouillages organisationnels, tels que le camping étriqué, avec des commodités situées un chouilla trop près des tentes, ou encore le système de navettes à perfectionner. Erreurs et approximations de jeunesse, qui seront corrigées dans les années qui viennent à n’en pas douter. Du côté des plus, j’ai été agréablement surpris par la qualité générale et l’éclectisme de la programmation, qui a en outre largement mis à l’honneur l’excellente scène belge actuelle, à la fois francophone et néerlandophone. Les stands de nourriture étaient variés et pratiquaient des tarifs raisonnables, ce qui a permis de ne pas se cantonner uniquement aux produits de la mini-supérette locale. Pour finir, le prix du pass était plutôt abordable (65 euros pour les deux jours et le camping), ce qui, combiné à la facilité d’accès du lieu, devrait inciter pas mal de Français du Nord et de l’Ile de France à faire le déplacement l’année prochaine. Adieu donc Ronquières, ses dindons et son plan incliné pour cette année, en espérant revenir faire un tour de bac en 2013.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le août 13, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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