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W.H.A.T.T. (N.O.W.): NO MORE WORDS – REFLEXIONS SUR LE DROIT DE RETRAIT DU BLOGGUEUR MUSICAL

Mardi dernier, je suis allé voir Triggerfinger à la Batterie, petite salle très sympathique de la banlieue ouest parisienne. Comme à mon habitude, j’avais rassemblé mon matériel de live-chroniqueur (Gopro, enregistreur, carnet de notes), afin de pouvoir préparer dans les meilleures conditions l’article que j’avais prévu de rédiger à propos de cet évènement. Cependant, au moment de partir pour la Batterie (la salle de concert en question), j’ai – volontairement – laissé tout mon attirail de reporter au bercail, me contentant d’attraper mes fidèles earplugs (on ne rigole pas avec ça, surtout quand c’est Triggerfinger, alias le plus grand groupe stoner belge de tous les temps, qui régale) avant de partir.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour justifier ce choix, pour le moins inhabituel. Premièrement, j’étais assez fatigué ce soir là, et ne voulais pas me charger plus que nécessaire. Même si les « outils » que j’utilise pour alimenter ce blog ont été spécifiquement choisis pour leur légèreté et leur faible encombrement*, je ne me voyais pas les (sup)porter pendant les quelques deux heures que durerait la soirée.  Deuxièmement, je n’étais pas convaincu de pouvoir retirer de ce concert des enregistrements (tant vidéo qu’audio) probants: n’ayant pas pu ni voulu mettre toutes les chances de mon côté en arrivant tôt à la salle pour pouvoir me coller le plus possible à la scène (seule façon d’obtenir des images à peu près nettes avec une Gopro), et me doutant que l’overdose de décibels risquait fort de saturer les micros de mon Zoom, je me suis facilement laissé convaincre par mon organisme amoindri (voir argument n°1) de ne prendre qu’avec moi que le strict nécessaire. Troisièmement, j’imaginais (stupidement) que ma bonne connaissance – toute relative, n’ayant pas exemple pas jeté une oreille sur le dernier disque du trio belge, By Absence Of The Sun – du groupe et le fait de les avoir déjà vu en live à six reprises me permettraient de pondre un article convenable en me basant uniquement sur mes souvenirs de la soirée.

*: Faisant partie des gens considérant d’un œil mi goguenard, mi agacé les caméra(wo)men amateurs passant la moitié du concert à filmer la scène avec leur smartphone, j’ai pris bien soin de ne pas pouvoir être identifié à cette catégorie de personnes (merci Gopro).

Toutes ces raisons, développées a priori du concert, m’ont amené à assister à ce dernier « les mains dans les poches » (sauf au moment d’applaudir, évidemment). Pour recevables qu’elles étaient, j’avais cependant le sentiment désagréable de n’avoir pas été au fond du problème, et de ne pas avoir identifié la véritable cause de ce comportement réfractaire. Cette question m’a travaillé pendant toute la semaine, et après d’intenses ruminations, je pense avoir finalement touché le cœur du problème: si je n’ai pas pris mon équipement ce soir là, c’est que je n’avais pas vraiment envie d’écrire un article sur ce concert. Tu parles d’une auto-analyse! Freud aurait été fier de moi (même si je suis à peu près sûr que ce manque d’envie n’avait absolument rien à voir avec quelque guéguerre intime entre le ça, le moi et le surmoi – du moins je pense – ).

Une fois cette première étape atteinte, il fallait essayer d’aller plus loin. Pourquoi diable n’avais-je pas eu envie d’écrire un billet sur ce concert? Triggerfinger est un groupe que j’aime énormément et dont les performances scéniques sont toujours mémorables: le trio apparaissait donc de prime abord comme un candidat idéal pour ce genre d’exercice. Et pourtant, cette fois, ça n’avait pas suffi à me convaincre que le jeu en valait la chandelle. Certes, mon emploi du temps est beaucoup plus chargé qu’il ne l’était au moment de la création de ce blog**, ce qui peut expliquer en partie ma réticence à prendre la plume pour relater cette n-ième rencontre avec les pistoleros d’Anvers, d’autant plus que je devais terminer l’article consacré à la deuxième Cigale de Christine And The Queens. J’ai de plus quelques honteux précédents de concerts non-chroniqués pour cause de fainéantise crasse et de procrastination éhontée (Junip au Trabendo, Neil Young à Bercy, The Jezabels à la Maroquinerie, sans compter cette série d’articles sur l’Eurovision qui n’a jamais dépassée le stade de l’ébauche…): il n’est pas impossible que ces malheureux exemples (que je regrette mais avec lesquels j’arrive très bien à vivre) aient joué un rôle dans ma décision de passer sous silence cette soirée à la Batterie. Tous ces éléments de conjoncture apportent des justifications recevables, mais ne suffisent pas à expliquer à eux seuls cette surprenante regimbade, qui condamne de fait ce concert à un oubli plus ou moins rapide***.

**: Souvenir ému de l’été-automne 2012, où j’ai pu assister à 6 festivals et 17 concerts et faire un live-report pour chacun d’entre eux… L’inactivité professionnelle n’a pas que des mauvais côtés.

***: Ce blog a été en grande partie créé pour faire office d’aide-mémoire détaillé et illustré, votre serviteur ayant constaté avec effroi que ses souvenirs des concerts auxquels il avait assisté auparavant s’étaient changés en magma informe d’images et de sensations à plus ou moins brève échéance. 

La vérité est que je n’ai pas écrit ce live-report parce que je ne savais pas quoi raconter de nouveau par rapport aux quatre précédentes chroniques consacrées à Triggerfinger (Solidays, Vieilles Charrues, Ronquières, Nouveau Casino). J’avais l’impression d’avoir déjà abondement exprimé toutes les raisons pour lesquelles je pensais qu’il s’agissait d’un groupe exceptionnel, possédant un répertoire capable de séduire au delà des fanatiques du stoner rock, composé d’individualités fortes, incroyablement charismatiques et absolument complémentaires, et dotées d’une présence scénique hors du commun, due autant à leur talent de musiciens qu’à leur générosité et à leur tendance à la déconnade (qui n’a jamais vu Mario se coincer le nez dans son charley ou Mr Paul poser en caleçon pour une contreplongée audacieuse devrait suivre de plus près les Triggerfinger). Tout ceci, je l’avais déjà raconté à quatre reprises, en développant plus ou moins certaines parties au gré des performances, de mes souvenirs de ces dernières et de mon état d’esprit au moment de l’écriture. Et même si mon dernier live-report consacré aux Trig’ remonte à presque deux ans maintenant, je ne pensais pas avoir assez renouvelé mon approche du sujet pour pouvoir me fendre d’un article répondant aux critères d’originalité que je me suis fixé pour ce blog.

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À y réfléchir, le cas Triggerfinger n’est pas la première fois où ce problème s’est posé. Je me souviens que l’écriture du live-report du concert des Of Monsters And Men à l’Olympia en Juillet 2013 m’était apparue comme une corvée sans nom, quand bien même je n’éprouvais, et n’éprouve encore aujourd’hui, que de l’affection pour cette sympathique kyrielle d’Islandais. Résultat: un article où j’avais lourdement suggéré que le groupe tournait maintenant avec le pilote automatique, symptôme révélateur d’une trop longue tournée, sans cesse rallongée de nouvelles dates pour capitaliser sur l’engouement populaire suscité par OMAM. Avec le recul, je pense que je n’aurais pas du écrire ce billet, pour lequel j’ai du recourir à la critique à peine voilée pour me démarquer un tant soit peu du live-report rédigé à l’occasion du Trianon de Mars 2013. Le fait que le groupe ait choisi de conserver pratiquement la même setlist d’un concert à l’autre n’a évidemment pas joué en ma faveur, mais ne justifiait pas mon parti pris agressif: ce deuxième concert était d’un très bon niveau, et je n’avais pas le droit de le critiquer pour la simple raison que j’avais eu la chance de voir Of Monsters Of Men à deux reprises auparavant. S’il y a une quatrième fois, je prendrai bien soin de peser le pour et le contre avant de décider de coucher – ou non – mon expérience par écrit.

Il ne s’agit pas là de s’assurer de ne poster que des articles élogieux, ce qui réduirait l’intérêt de ce blog à néant, ou peu s’en faut. Je me réserve le droit de faire part de ma déception quand j’estime que celle-ci à des raisons valables et qu’il pourrait être intéressant de la partager avec autrui. L’objectif est de savoir quand un article de ma part n’apporterait rien de nouveau, pour cause de redite plus ou moins franche de précédents billets. Dans ces cas là, j’estime plus pertinent de faire jouer mon droit (devoir?) de retrait.

Pour la plupart des artistes auxquels j’assiste aux concerts, cela signifiera deux, voire trois couvertures maximum sur une période donnée (disons un an, soit la durée moyenne d’une tournée internationale). Le premier article traite de la découverte (sur scène ou tout court, on n’est jamais à l’abri d’une bonne première partie) d’un nouveau talent, et joue sur le registre de l’émotion et du ressenti plutôt que sur celui de « l’érudition ». Le deuxième article, celui de la confirmation, se base généralement sur une connaissance plus conséquente, et permet donc d’entrer davantage dans le détail de la performance. C’est également l’occasion de documenter sérieusement le concert, en filmant et en enregistrant le set. Le troisième article enfin, est celui de la comparaison: je reprends la logique du second billet et essaie de voir s’il y a eu des évolutions par rapport au concert précédent.

Pour Triggerfinger, la limite à ne pas dépasser était donc quatre. Pour Of Monsters And Men, elle était de deux (et a malheureusement été franchie). Pour Susanne Sundfør… j’espère honnêtement ne jamais le savoir, et encore moins l’excéder. Je pense avoir encore de la marge ceci dit…

Il n’y aura donc pas d’article sur la soirée du 7 Octobre 2014 à la Batterie sur S.A.U.S.O.R.O., et je pense que c’est beaucoup mieux ainsi. Ce concert fut malgré tout très agréable (excepté les petits problèmes de sonorisation du micro de Ruben), avec des nouveautés par rapport au Nouveau Casino mais suffisamment de classiques pour: 1) permettre au fan obsolète que je suis de ne pas être complètement paumé, mais aussi pour 2) convaincre le rédacteur que je suis également de consacrer ses soirées à autre chose qu’à l’écriture d’un compte-rendu détaillé, imagé et drolatique (on y croit) de cette sixième représentation des Triggerfinger. Je suis, que voulez-vous, sous mes abords décontractés et un brin rustiques, un être complexe. Mon seul regret dans toute cette histoire: n’avoir du coup pas la possibilité de dire tout le bien que j’ai pensé d’Astonvilla, première partie de luxe que les amateurs pourront retrouver au Trianon le 21 Octobre prochain, afin de fêter dignement les 20 ans de ce discret monument du rock français. Ah bah tiens, j’ai réussi en à parler quand même. L’honneur est sauf. 

TRIGGERFINGER @ LE NOUVEAU CASINO (24.10.2012)

C‘est un Nouveau Casino plein comme un œuf qui attendait mercredi soir que les trois porte-flingues d’Anvers prennent possession des lieux, afin, comme le veut l’expression consacrée, d’y « foutre le feu ». 19h, et déjà une queue de vingt mètres sur le trottoir de la rue Oberkampf, c’est dire.
Une fois à l’intérieur, il n’est que temps de se ruer en direction de la scène pour y dénicher l’une des dernières places du premier rang. Évidemment, c’est trop tard pour le côté gauche (celui de Ruben), déjà pris d’assaut par une pleine cohorte de fan(e)s averti(e)s. Tant pis, ce soir je me rabattrai donc sur la droite, terrain de prédilection de l’imposant Mr Paul (il n’y a qu’à voir le roadie se dresser sur la pointe des pieds pour faire la balance de son micro). Et même si ce fut un choix de raison plus qu’autre chose, je dois reconnaître que ce changement dans mes habitudes triggerfingeresques – 5 concerts en 5 mois – fut pour le meilleur. Short-term memory loive report!

La première partie, car il y en a bien eu une, malgré l’absence de toute mention à ce sujet sur le site du Nouveau Casino, fut assurée par un fringant gaillard aux longs cheveux bouclés (Carles Puyol style), répondant au nom de JOHN FAIRHURST. Venu seulement accompagné de son dobro et d’une caisse à pédale pour la rythmique, notre bonhomme a offert au Nouveau Casino un petit voyage sur les terres du blues roots, parfois mâtiné d’une once de country.
Loin d’être un manche sur le manche de son instrument, John a doucement mais sûrement amené la salle à ébullition, à grand renfort de bottleneck et de finger-picking, armes de prédilection des hobbos du Mississippi dont il s’est plusieurs fois réclamé. Secondé par quelques amis démonstratifs dans le public, Mr Fairhurst s’est donc mis tout le monde dans la poche en quelques morceaux, malgré des incidents répétés avec l’accordage de sa gratte.
D’un point de vue strictement personnel, j’ai eu la nette impression que notre bluesman hippie forçait trop sa voix à imiter celles, rocailleuses à souhait, de Tom Waits et de George Thorogood, bien que la sienne soit encore un peu trop « tendre » pour ce registre. Le tout sonnait un peu forcé, mais rien de très grave. Une bouteille de scotch et trois paquets de clopes par jour pendant quelques années, et tout rentrera dans l’ordre.

Boucles d’Or ch. 3 Ours mélomanes pour faire un bœuf.

John parti avaler son sac de gravier quotidien, le staff de TRIGGERFINGER s’active sur scène, débâchant la batterie de Mario, vérifiant guitares et micros, hissant le fond de scène doré emblématique du trio… et scotchant les setlists au sol. Chic chic chic. Un rapide coup d’oeil par dessus l’enceinte retour de Mr Paul et quelques photos prises à l’arrache plus tard, j’ai la confirmation que les gars ont décidé de marquer le coup pour leur venue dans la ville lumière. Pas moins de seize noms de  morceaux sont en effet couchés sur le papier, dont cinq prévus lors d’un rappel-bouquet final au cours duquel doivent s’enchaîner I Follow Jack Rivers (détournement potache qui n’abusera personne), Is It et Man Down. Enfin! Qu’elle s’est laissée désirer, cette reprise de Rihanna! Oui, j’ai bien écrit de Rihanna, car même si je ne suis pas un grand fan de miss parapluie, la version qu’en ont donnée les gars lors de leur battle sonique face au crew des De Jeugd Van Tegenwoordig, à l’occasion du Redbull Soundclash, empruntant pour l’occasion l’intro tonitruante   du mythique Kashmir de Led Zeppelin, valait largement son pesant de roggeverdommeke. Bref, Tonight’s the night.

Les derniers réglages rapidement expédiés, Ruben, Mario et Mr Paul montent sur scène, chaudement applaudis par un public déjà survolté. Le début du set ne fera rien pour faire retomber la fièvre, le bien nommé I’m Coming For You faisant office de coup d’envoi nerveux, aussitôt suivi du On My Knees réglementaire, histoire de vérifier que la salle est prête à y mettre du sien. Aucun problème de ce côté là, on enchaîne donc avec de l’encore plus lourd, à savoir Short-Term Memory Love. Les premiers pogos éclatent dans la fosse, et les cinq premiers rangs du Nouveau Casino se transforment en piscine à vagues humaines. Avis de tempête dans le 11ème arrondissement.

Après une première et salutaire respiration, mise à profit par Ruben pour saluer le public au nom du groupe et le remercier de s’être déplacé en nombre (c’était sold out baby), le show repart sur de bonnes bases avec un Let It Ride qui fera la passerelle entre le rock stoner des débuts et la petite parenthèse bluesy judicieusement déployée au milieu du concert. Au menu, All Night LongMy Baby’s Got A Gun (certes downtempo, mais tout à fait headbang-able) et deux raretés, Camaro (rien à voir avec le rappeur homophone, Dieu merci) et Hunt You Down, toutes deux tirées du premier album du combo, et qui clôturèrent cet intermède un peu moins heavy que la normale de manière rock et classieuse.

Mr Paul, période bleue…

La fin du set fut l’occasion pour nos pistoleros belges de remettre une couche de gros son (on ne regrette jamais d’avoir pris ses bouchons d’oreilles avec Triggerfinger), comme on était en droit de le supposer. Tout le monde shaka son booty sur All This Dancin’ Around, à la suite d’un Ruben diaboliquement sexy, et dont les chorégraphies suggestives achevèrent de faire fondre le parterre de groupies bavant sur ses chaussures sarcelle. Puis vint le tour de l’incontournable solo de batterie de Monsieur Mario Goossens, pas aussi long qu’à l’accoutumée, mais toujours bluffant de maîtrise et d’inventivité. Un First Taste attendu comme le messie par la salle en fusion, qui se fracassa vaillamment le larynx et les cordes vocales sur les chorus inhumains du refrain, suivi d’un Soon conclusif, et voilà nos lascars qui saluent et sortent de scène, laissant le soin au public de les rappeler sur les planches à force de hurlements et d’applaudissements. We want more! We want more!

Le même, période blanche.

Le rappel tant attendu débuta par une chanson calme et jouée par le groupe (réduit au seul Ruben Block au moment des faits) depuis quelques shows seulement. Recueillement quasi religieux lors de ce Without A Sound, ou plutôt calme avant (le retour de) la tempête. Le Commotion qui suivit se chargea de rappeler aux spectateurs que les trois Amigos en avaient encore largement sous le pied. Magnanimes, ils accordèrent toutefois un sursis de cinq minutes au public avant la mise à feu des dernières bombes, le temps pour ce dernier de recouvrer quelques forces au son d’un I Follow Rivers récréatif. Le délai écoulé, ils remirent les gaz  pour un diptyque final Is ItMan Down, qui tint toutes ses promesses en dépit d’une sortie voix un chouilla trop faible. J’espère que les voisins ont apprécié.

Paris, 24 Octobre 2012, 22h40. Des petits groupes d’individus en sueur s’échappent du Nouveau Casino et se dispersent sur la rue Oberkampf, pas le moins du monde gênés par la fraîcheur de cette nuit d’automne. En quelques pas, ils se fondent dans la masse des noctambules parisiens, et rien ne les distingue plus de leurs congénères en goguette, mis à part les éventuels sifflotements de la mélodie d’I Follow Rivers ou quelques « rompopopom » Man Down-esques s’échappant de la bouche du métro. Les foules s’égaillent mais les souvenirs resteront, car comme disent nos cousins outre-Manche (et outre-Meuse, des fois que, comme le rédacteur de ce blog, ils se piquent de parler en anglais parce que c’est la classe) this was a night to remember. Period.

Setlist Triggerfinger:

1)I’m Coming For You 2)On My Knees 3)Short Term Memory Love 4)Let It Ride 5)All Night Long 6)My Baby’s Got A Gun 7)Camaro 8)Hunt You Down 9)All This Dancin’ Around 10)Mario Drums’ Solo 11)First Taste 12)Soon
Rappel:
13)Without A Sound 14)Commotion 15)I Follow Jack Rivers (Lykke Li Cover) 16)Is It 17)Man Down (Rihanna Cover)

FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 2 (DIMANCHE)

Si vous vous demandiez si les dindons de Ronquières glougloutaient dès l’aube pour saluer la venue du jour nouveau, la réponse est non. Sad but true. Reste que dans un camping déjà un peu moins propret que la veille au soir, il faut tout de même songer à se mettre en marche suffisamment tôt pour être fin prêt pour l’ouverture des portes, programmée à midi ce dimanche. Chance, confort et volupté, toute l’infrastructure nécessaire à ces préparatifs (toilettes, douches, supérette) se trouvent dans le périmètre immédiat des tentes. Pas d’excuses donc pour ne pas partir placés à l’heure dite, même si nous prîmes soin de nous lester de l’incontournable K-Way pour cette fin de festival, eu égard à un ciel franchement gris dès la matinée. Précaution qui n’aura pas été vaine, comme le lecteur impatient ne tardera pas à le découvrir.

À l’entrée, l’inexpérience se fait clairement sentir lorsque deux personnes plus impatientes que les autres décident simplement d’escalader les barrières et de pénétrer sur le site sans que personne ne s’en émeuve particulièrement (exception faite des fans de M POKORA, tous remontés comme des coucous suisses et prêts à se ruer vers la scène Tribord au moindre signe de faiblesse des organisateurs). Par manque de bénévoles, les quatre check-points indiqués sur le portique sont réduits à deux, et forcément, on râle un peu quand c’est sa file qui est sacrifiée sur l’autel de la sécurité. Heureusement, le destin se décide à filer un coup de pouce aux porteurs de pass deux jours, qui disposeront d’un accès réservé. Ça en devient même trop facile lorsque aucun des trois préposés au contrôle des festivaliers ne se décide à fouiller notre sac à dos, qui s’était montré diablement difficile à vider, puis à remplir de nouveau, la veille. 12h02, nous voilà déjà installés aux premières loges de la scène Bâbord, prêts à une demi-journée de standing musical. Assemble the musicians!

Avant que le premier groupe ne fasse son apparition, un drôle de type sappé comme un mac’ de GTA se présente sur scène, et annonce au public dans un français hésitant que le groupe ACTA va maintenant jouer (texto). Je comprendrais plus tard que ce gugusse fera office d’annonceur/chauffeur de salle pour tous les shows de Bâbord. Soyons juste avec lui: autant il n’a pas cassé pas des barreaux de chaise niveau relation avec la foule et présentation de ses « poulains », autant il a toujours soigné son look, enchaînant les tenues les plus excentriques et foulant le bon goût des deux pieds à chaque apparition. La blague (belge? impossible d’identifier son accent) du week-end.

Sur la dernière photo, il a osé le cross over ultime entre Freddy Mercury et la reine d’Angleterre. C’est plus chocking, c’est chocqueen!

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Il est enfin temps pour les ACTA de fouler les planches pour le premier concert de la journée. Il n’est jamais facile d’ouvrir le dimanche pour un groupe lors d’un festival, tâche encore rendue plus ardue par le relatif anonymat de la formation de La Louvière et la jeunesse de la manifestation, qui ont concourus pour accoucher d’un public des plus clairsemés. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le chanteur-guitariste du quatuor (vague lookalike du Tristan Nihouarn de Matmatah, bien que le grain de voix fasse plutôt penser à du Charlélie Couture en moins éraillé) a réussi à force d’efforts à faire battre des mains et chanter les spectateurs, ce qui ne constituait pas un mince exploit en pleine heure du déjeuner. Comme ils le disent eux-mêmes: On S’Habitue À Tout.
Seul groupe du week-end à chanter en français (et sans tomber dans le double écueil de la niaiserie sentimentale ou de l’enfilage de jeu de mots typés « Grosses Têtes », chapeau), les Acta ont fait ce qu’ils ont pu avec application et philosophie. Si Kaolin a réussi à percer (peu de temps, il faut bien le dire) en France, je ne vois pas pourquoi ces derniers n’arriveraient pas non plus à se faire une place au soleil, surtout que le combo comporte dans ses rangs deux frangins très bons guitaristes, tout à fait capable de sortir un solo aussi inattendu vis à vis de la direction « pop electro-acoustique à textes » suivie par le groupe que bienvenu pour regagner l’attention d’un public forcément volage à ce moment de la journée. Continuez comme ça les gars.

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That’s the place, babe

Comme nous nous étions piqué de sédentarité ce dimanche, NOA MOON restera à 300.000 millimètres de notre bord. Dommage, mais il s’agissait de ne pas offenser les ROMANO NERVOSO, autre formation issue du décidément très riche vivier de La Louvière (panneau indicateur – collecté comment, mystère… – faisant foi ). Mais là où leurs prédécesseurs cherchaient le consensus et les bons sentiments, les Romano se démarquent par une attitude résolument sans compromis. On ne plaisante pas plus avec l’esprit rock qu’avec les spaghettis de la Mama, motherfuckers! Pour nous deux petits Frenchies en visite à Ronquières pour le week-end, et encore légèrement traumatisés par le show incandescent livré à la Caserne Fonck en première partie de TRIGGERFINGER (si la Belgique n’est pas grande, le monde est décidément tout petit), il s’agissait de retrouvailles, à célébrer pieusement en ce jour du Seigneur par une communion avec le saint esprit rauque.

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Dès les balances, le ton est donné, l’impayable Giacomo Panarisi, frontman de son état, testant son micro sanglé dans un T-Shirt au message brutalement direct: « I hate Bono and I hate his fucking face ». On rappellera au lecteur distrait du troisième rang que l’individu susnommé s’était également commis lors du concert du samedi des BIKINIANS, où il a tenu les fûts avec, je suppose, une énergie indiscutable.

On a retrouvé Romano Ramone

Une fois entré dans le vif du sujet, les Romano proposent un curieux mélange de préciosité glam-rock (en témoigne l’entrée flamboyante du sieur Panarisi, rutilant dans son manteau de fausse fourrure blanche rehaussé d’une bonne couche de bleu à paupière chastement dissimulée derrière une paire de verres fumées jusqu’à la moitié du show) et de rugosité punk, éructée à fond les amplis à base de riffs salaces et saturés, de batterie frénétique et de paroles délivrées sur le fil séparant le chant du hurlement. Même si l’héritage des Ramones est clairement revendiqué et approprié, et se retrouve aussi bien dans le quasi monosyllabique, mais tellement jubilatoire refrain de Mangia Spaghetti, à rapprocher d’un Blitzkrieg Bop, que dans le look du guitariste, le quatuor infernal de La Louvière est bien trop mal élevé pour suivre sagement la route tracée par leurs (grands) parents New-Yorkais (un autre exemple? Cette annonce d’une reprise de M Pokora, la méconnue Fous toi ma bière dans le cul).

Les Italian Stallions Belges (nom de leur premier opus et référence au « porno » soft au casting duquel figure un autre fils d’immigrés italiens, l’obscur Sylvester Stallone) lorgnent également sans gène aucune du côté de rythmes un peu plus dansant que le sacro-saint pogo, initié au besoin par le très remuant Giacomo jamais trop timide dès qu’il s’agit de balancer des trucs dans le public, lui inclus (la remontée sera par contre plus laborieuse). Cette veine presque pop – oulala, l’insulte – se retrouve dans le plus léger Party Time, qui a au moins le mérite de proposer une autre vision du party-rocking que celle matraquée par LMFAO depuis des mois. Quarante minutes plus tard, le message est passé, et bien passé: le rock n’est pas mort, merci pour lui, et basta.

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Après la salutaire claque assénée par Romano Nervoso, les organisateurs ont prudemment décidés de faire retomber la pression en programmant la nettement plus calme HOLLIE COOK, engagée comme tant de jeunes artistes anglais avant elle dans un tour d’Europe (f)estival (elle était également présente aux Vieilles Charrues). Si l’enthousiasme n’était pas délirant au moment de prendre la scène, Hollie et ses musiciens se sont toutefois attelés à la tâche avec professionnalisme. N’empêche que trois quarts d’heure de reggae soul sous le soleil de 15h, ça a tendance à vous assommer votre spectateur plus sûrement qu’un pétard de ganja aux épices.
Pour sûr, miss Cook est un joli brin de fille avec un joli brin de voix, et la regarder onduler sur scène, les yeux perdus dans le vague a un effet hypnotique indéniable. Mais tel Ulysse confronté aux sirènes, dès la chanson terminée, le charme se rompt brutalement. En cause, la voix « parlée » de Hollie, qui allie la gouaille vulgaire d’une marchande de poissons de Barbès et la stridence pénible d’une collégienne à un concert de Justin Bieber. Mah bon, ça m’a empêché de m’endormir pendant le set, ce qui n’aurait pas été très polie envers la fille du batteur des Sex Pistols et son backing band.
Parmi eux, l’immense bassiste rasta jusqu’au bout des dreads occupait visiblement un statut à part dans le groupe, puisqu’il fut le seul à être nommément présenté au public par sa chanteuse, et assura des parties vocales en solo sur la moitié des titres. En embuscade entre la batterie, où officiait un cousin de Mel Gaynor (Simple Minds), et la section cuivre, l’Ike Turner rasta a mené son petit monde à la baguette le temps d’une croisière expresse sur le canal de Ronquières. Emballé, c’est pesé (et vite oublié).

Une heure après avoir quitté les îles Cook, la léthargie menace de submerger l’équipage. Il fait (encore) beau, il fait (toujours) chaud, et comme le reggae n’est pas le style le plus énergisant qui soit, l’étreinte chloroforme de Morphée menace de faire sombrer corps et biens le navire de la conscience. Garçon, vite, mettez-nous quelque chose de plus fort.

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Dans ces conditions, je n’ai rien contre les femmes voilées, vraiment.

Et ce fut chose faite avec l’arrivée sur scène de la bouillonnante IZIA, guère encline à laisser le public comater derrière les barrières pendant qu’elle fait son show. Tout le monde à l’abordage, comme a pu le chanter son paternel. Même pas fatiguée par une tournée dont Ronquières constituait la dernière étape avant un mois de vacances bien méritées, la petite dernière de la tribu Higelin, pourvoyeuse de baladins et de saltimbanques de la langue française depuis quarante ans  s’est montrée à la hauteur de ce que j’avais pu lire sur elle auparavant: boule de nerfs sexy et déterminée, Izia est une nymphe tout droit échappée des Métamorphoses (rock)d’Ovide. Comme il est loin le 24-9-90 où la petite gonzesse a vu le jour dans la nuit! « Iziou » a bien poussé depuis les héroïques 90’s, c’est un fait (c’était écrit).
Si elle a suivi le même chemin que ses père et (demi) frère, Izia a toutefois pris le soin de s’écarter des sentiers musicaux foulés par ses aînés, aussi bien dans le fond (rock brut de décoffrage en lieu et place de la chanson française élégante de Jacques et d’Arthur) que dans la forme (anglais de rigueur). La radicalité de l’approche a bien entendu les défauts de ses qualités: à force de se la jouer provoc’ et effrontée, les interventions de la demoiselle accusent parfois une certaine lourdeur (« on va enchaîner avec cette bonne vieille pute de Lola* », « tout le monde a des nibards! » – certes- ), mais il n’y a que les femmelettes qui ne cassent pas d’œufs, pas vrai?
Ceci dit, il faut tout de même noter que la carapace de la grande méchante rockeuse dominante à la Joan Jet s’est fendue vers la fin du set, lorsqu’Izia s’est saisi d’une guitare pour un morceau en solo. Exit le bruit et la fureur, et bonjour aux arpèges tricotés avec l’application d’une élève de première année à l’école de musique sur le manche de la gratte. Un titre qui ne restera pas dans les annales, mais il faut savoir varier les plaisirs (et donner quelques de minutes de répit à un public qui commençait à montrer des signes de fatigue). Mais au final, c’est bien en passionaria déchaînée et échevelée que l’on préfère Izia, avec les deux mains libres de soulever la foule à bout de bras (d’autant que ses musiciens sont tous excellents et suffisent amplement au bonheur des oreilles des spectateurs).

À la fin des cinquante minutes de son set, Izia, visiblement émue par l’accueil enthousiaste reçue en terre wallone, fond en larmes devant la foule. Bon, ok, l’émotion a certainement été davantage causée par le départ programmé de sa manageur-tourneuse, dont c’était la dernière date avec le reste de l’équipe, mais ça ne fait pas de mal de s’attribuer quelques responsabilités dans cette fin de prestation lacrymale. C’est la légende du festival de Ronquières qui commence à s’écrire, petit à petit. Plus important, Iziou a promis qu’elle ferait son possible pour revenir jouer en Belgique lors de sa tournée d’automne (décidément, elle ne s’arrête jamais). Avis aux amateurs.

*: au moins, ça change de la « salope » des Solidays, pas vrai dumdum girl?

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Bien réveillés et d’attaque pour la suite des réjouissances, c’est avec une excitation non dissimulée que nous nous sommes armés de patience dans l’attente de la venue de Triggerfinger. Un groupe que j’aurais vu, revu et re-revu pendant l’été, mais que voulez vous que je vous dise, sinon que ces gars là en valent la peine? Motivation supplémentaire, ils joueront ce dimanche (presque) à domicile, ce qui constitue toujours un puissant incitatif à mettre les tripes sur la table pour tout groupe de scène digne de ce nom. Résolus à défendre la réputation d’excellence qu’ils se sont forgés dans leur pays d’origine, le power-trio d’Anvers a en effet décidé de mettre les petits plats dans les grands, et a sorti la vaisselle des grands jours pour l’occasion.
Si la vue de ce verre et de cette tasse laissés pour compte dans un coin de la scène ne vous évoque rien d’autre que le désir de reprendre un café, il est grand temps de faire un tour par les studios de la radio Giel, où une des pages de l’histoire du groupe s’est écrite en janvier dernier. Autre signe avant coureur du caractère spécial de la prestation à venir, plus visible celui-là, les six « grilles » de projecteurs disposés à l’arrière de la scène. En plus d’en avoir plein les oreilles, on en allait en sus en avoir plein les yeux (même si l’effet aurait été plus marqué en salle qu’en plein air, surtout pendant la journée).

Mais bon, est-ce très judicieux de risquer de blesser cet homme?

Pendant que Ruben, Mario, Mr Paul et leur crew mettent la dernière main à la balance, une petite armée de journalistes et de caméramen enregistrent les moindres faits et gestes du trio. Aucun des autres artistes n’ayant eu droit à tant d’attention médiatique, peut-être les fans des Trigg’ seraient-ils bien inspirés de guetter la sortie d’un documentaire en partie ou totalement consacrés à leurs idoles dans un futur pas trop lointain. Enfin, je dis ça, je dis rien hein…
Quand 18h30 arrive enfin, c’est devant un public déjà conquis que les trois pisoleros font leur entrée, après que l’inénarrable présentateur ait fait son office avec la maladresse abrupte et pataude qui a caractérisé toutes ses interventions dominicales (petit regret: il s’était déguisé pour l’occasion en Homer Simpson, alors qu’il aurait pu faire un Mr Paul assez convaincant).

Malheureusement, la performance exceptionnelle qu’on était en droit d’espérer n’a pas eu lieu au pied du plan incliné de Ronquières. En cause, un réglage son défaillant, à cause duquel la voix de Ruben ne s’est guère détachée des parties instrumentales, manquement particulièrement patent sur des titres tels que First Taste ou Is It, dont l’alchimie repose en grande partie sur des refrains accrocheurs que le public peut s’approprier. Marginalement, on peut aussi souligner que Mr Block n’a pas été verni avec ses grattes pendant le show: corde cassée sur My Baby’s Got A Gun, désaccordée au début de First Taste. Les aléas de la scène.

Dernier reproche (à la limite de la mauvaise foi, mais quand les artistes sont bons, il ne reste plus que ça aux chroniqueurs), l’inclusion un peu poussive de l’incontournable (sept semaines en tête des charts belges, excusez du peu) I Follow Rivers à la fin du set. J’avais trouvé la formule testée au 114  – setliste habituelle, avec la reprise de Lykke Li en rappel, quand la pression a naturellement un peu retombée – beaucoup plus convaincante que le rapiéçage effectué à Ronquières. Voir Mario passer de son solo de batterie proprement bonhamesque (à ce propos, j’invite toute personne n’en ayant pas encore par dessus la tête de Triggerfinger à jeter une oreille sur leur version du Mandown de Rihanna: l’intro vous confirmera au besoin les liens de filiation évidentes entre le jeu du batteur de Led Zep et celui d’Antwerp) à son bidouillage vaisselier tearsforfearsien (toi aussi, créé des adjectifs qui n’entreront pas dans le Petit Robert avant trois siècles) en l’espace de cinq minutes est une expérience assez contre-intuitive.

Mario Goossens, batteur tout terrain

Mais bon, je suis quand même content qu’ils aient joué ce morceau, plutôt rare en festival si je me base sur mon expérience personnelle (absent de la setliste de Solidays comme celle des Vieilles Charrues) et leur dit à bientôt pour le concert du 24 octobre au Nouveau Casino, qui devrait méchamment envoyer, faîtes moi confiance.

Long Live Rock, ça se dit comment en néerlandais?

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Le soir venu, le ciel se couvre salement au dessus de Ronquières. On a eu beau espérer que lourd couvercle baudelairien tienne bon encore quelques heures avant de lâcher la sauce, ce fut sous la pluie que JULIEN DORÉ a sorti son Bichon, et sous la drache que les BRIGITTE ont fait leur tour en Benz Benz Benz. Stoïques, les fans d’IAMX des premiers rangs (dont l’intégrité leur interdisaient même de sortir un parapluie, sans parler du K-Way – qu’est-ce que Chris aurait pensé de cette atteinte au bon goût goth, hein? – ) ont enduré les ondées successives avec résignation. Après tout, y avait-il un meilleur présage pour annoncer la venue du leader des Sneaker Pimps (lui même fervent adepte du singing in the rain) que le temps volatil de cette soirée?

Ils ne s’attendaient par contre sans doute pas aux piques que leur a expédié un MILOW très taquin, et tout à fait conscient que les pâles cohortes aux yeux cernés de rimmel qui fixaient la scène d’un air absent n’étaient pas venus pour l’entendre chanter You & Me. Pas sûr que l’approche humoristique lui ait gagné beaucoup de nouveaux fans dans l’IArMyX, mais ça fait toujours du bien de voir des artistes qui ne se prennent pas pour le nombril du monde (même si le crew du petit gars de Bogerhout a été le seul affublé de T-shirts à sa gloire durant tout le week-end).

Et puis, quand Milow fait des blagues, c’est toujours très gentil, un peu à l’image de sa musique. Comme quoi, on peut être grand, chauve, jouer de la guitare et vivre de sa musique sans être aussi méchant (ni aussi bon d’ailleurs) que Billy Corgan. Difficile, à moins d’être un intégriste d’IAMX, de rejeter en bloc les jolies ritournelles aux paroles un peu simplettes (voire carrément neuneu) qui constituent l’essentiel des compos de Mimi, surtout que le gaillard a su s’entourer de très bon musiciens, comme l’impressionnant guitariste qui a littéralement scotché le public lors d’un judicieux interlude flamenco.
Comme il parlait dans une de ses chansons de partir en Amérique pour booster sa carrière, jouons le jeu jusque dans les comparaisons, et rapprochons sa pop à guitare de groupes comme les Crash Test Dummies ou Counting Crows, même si tout cela est décidément trop lisse et propret pour marquer durablement les esprits.
Même la reprise qu’il fait du sulfureux Ayo Technology de 50 Cent sonne plus sous sa patte comme le coup de gueule du gendre idéal qui préfèrerait avoir sa chère et tendre en face de lui plutôt que de lui parler via skype, que comme les invites graveleuses de l’amateur de porno envers son hôtesse webcam favorite, c’est dire.
Donc, quand il nous a annoncé qu’il avait taillé la bavette avec Chris Corner avant d’entrer en piste (introduction à nouvelle blague de sa part qui n’a pas décrispé les IAMX, je peux vous le dire), on n’y a pas cru une seconde. Est-ce que vous voyez Captain America (ou Capitaine Belgique, dans le cas présent) discuter avec le Joker entre deux comics, vous? Alors.

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Car l’histoire d’IAMX, autrefois connu sous le nom de Chris Corner, est des plus singulières, jugez plutôt. Ayant très tôt démontré d’évidentes qualités musicales (le bonhomme est leader des Sneaker Pimps depuis ses 15 ans), Chris aurait pu devenir le super héros ultime du rock, une fusion parfaite entre le lyrisme de Matthew Bellamy et le charisme trouble de Brian Molko. Mais par une soirée pluvieuse de 2004, l’éclat de l’étoile montante fut irrémédiablement terni. Traumatisé par sa rencontre avec le super vilain Marylin Manson, Chris bascula du côté obscur de la musique et renaquit sous les traits blafards d’IAMX, personnage à la psyché torturé et aux centres d’intérêts douteux (je cite wikipédia: «les différentes pratiques du sexe, la mort, l’intoxication de stupéfiants, la bisexualité, la décadence, l’obsession, l’aliénation et quelques vagues allusions à la politique »).

Vous excuserez le côté grandiloquent de cette introduction, mais Mister Corner joue tellement à fond de son image de dandy macabre et ténébreux que ça aurait été lui manquer de respect que de le traiter comme tout un chacun. Le spectacle a en effet commencé bien avant l’arrivée sur scène des musiciens, avec l’installation de panneaux blanc utilisés comme support de projection vidéo au cours du set. Quelques images furent affichées pendant la balance, toutes respirant la joie de vivre et l’amour de son prochain, comme on pouvait s’y attendre. Dans la fosse, les mutiques membres de l’IArMYx se transforment progressivement en groupies hystériques, et la clameur qui a accueilli l’arrivée de Chris et de sa bande aurait fait la fierté des tous les Beliebers, Directionners et autres fanbases fanatiques du moment. Ambiance.

Hommage à toutes les présentations PowerPoint interrompues par ce fameux écran…

Inutile de dire qu’il s’agit de ma meilleure photo de Chris

Ombre élégante et longiligne se découpant à contrejour sur la scène, IAMX empoigne un mégaphone pour le morceau d’ouverture, tandis que derrière lui, les images de mort, désolation, aliénation, désespoir et autres choses très gaies défilent… quand elles ont le temps. Car qui dit super vilain dit super pouvoir, et Mr Corner ne fait pas exception à la règle. Le sien est très particulier: pourrir la vie de son équipe backstage. Car entre le Mac qui relance la synchronisation avec le vidéo projecteur toutes les cinq secondes, les fils micro qui s’emmêlent dans les pieds et les câbles jack qui entravent les mouvements des musiciens, les avanies techniques se sont succédées avec une effrayante régularité. Ces menus problèmes n’émousseront cependant en rien l’énergie folle déployée par la bande d’énergumènes qui a pris d’assaut le côté Bâbord du plan incliné. Si les machines se sont montrées rétives, les humains étaient par contre au top (avec une Janine survoltée, parfaite en Harley Quinn gothique):

Ne connaissant pas encore à fond le répertoire du groupe, je serai bien incapable de détailler longuement la setliste du concert. Je suis certain d’avoir entendu Ghosts of Utopia et Cold Red Light, mais pour le reste… Volatile Times et My Secret Friend, malgré leur statut de « tubes », ne seront pas joués, même pendant un rappel chaotique qui se terminera par un lancer de fût et de cymbale dans la travée de la presse, fort heureusement évacuée depuis fort longtemps. Une heure de spectacle total, magnifique et décadent, hypnotique et dérangeant, et sans conteste le point d’orgue de cette première édition, de notre point de vue en tout cas. Bravo aux organisateurs d’avoir fait venir ces drôles d’oiseaux à Ronquières, qui se font rares sur les scènes européennes ces derniers temps (seulement quatre concerts de prévus pour le reste de l’année so far). J’espère de tout coeur que Chris et ses séides passeront par la France pour défendre leur prochain album, actuellement en cours de réalisation dans un squat-studio délabré de Gotham Berlin.

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Ouais, je préfère encore mettre une photo floue de IAMX. C’est mieux.

23h30. C’est au tour de M Pokora de s’élancer pour clôturer le festival, mais par respect pour ce dernier, on se gardera bien d’assister à cette ultime représentation. Mieux vaut quitter le plan incliné la tête pleine d’IAMX que de R’n’B dévoyé (parce qu’à la base, le R’n’B’, c’est tout autre chose que la soupe actuelle). Allez, pour rigoler – et parce qu’il fallait bien passer devant Tribord pour regagner le camping – on s’arrête Juste Un Instant pour constater l’étendue des dégâts. Sur l’écran géant qui occupe le fond de la scène, Matt apparaît, torse nu et les yeux dans le vague. Zoom sur sa poitrine sur laquelle s’incruste un cœur pixelisé à la Tron (et à la truelle aussi, accessoirement). Et les projecteurs de se braquer sur une silhouette solitaire, perchée en haut de l’escalier rajoutée à la scène. Et les fans de crier, car oui, c’est bien lui, ecce poko. Fuyez, pauvres gnous.

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En conclusion de ce week-end festif passé à Ronquières, beaucoup plus de choses positives que négatives. Pour commencer par les points qui fâchent, on peut citer les quelques cafouillages organisationnels, tels que le camping étriqué, avec des commodités situées un chouilla trop près des tentes, ou encore le système de navettes à perfectionner. Erreurs et approximations de jeunesse, qui seront corrigées dans les années qui viennent à n’en pas douter. Du côté des plus, j’ai été agréablement surpris par la qualité générale et l’éclectisme de la programmation, qui a en outre largement mis à l’honneur l’excellente scène belge actuelle, à la fois francophone et néerlandophone. Les stands de nourriture étaient variés et pratiquaient des tarifs raisonnables, ce qui a permis de ne pas se cantonner uniquement aux produits de la mini-supérette locale. Pour finir, le prix du pass était plutôt abordable (65 euros pour les deux jours et le camping), ce qui, combiné à la facilité d’accès du lieu, devrait inciter pas mal de Français du Nord et de l’Ile de France à faire le déplacement l’année prochaine. Adieu donc Ronquières, ses dindons et son plan incliné pour cette année, en espérant revenir faire un tour de bac en 2013.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 2 (VENDREDI)

Aube grise sur Kamperhuil ce matin du vendredi 20 Juillet. Dans la clarté verte de la 2 secondes Quechua, le festivalier ragaillardi par quelques heures de sommeil à peine entrecoupées d’épisodes plus bruyants que la limite du supportable (agréable surprise s’il en fut) se prépare pour une journée riche en émotions. C’est que ce vendredi sont programmés pas mal de groupes dont la côte ne cesse de grimper, encore trop confidentiels pour se voir confier les clés de Glenmor, mais plus que capables de faire passer au spectateur averti un grand moment. Ready, steady, go!

Aujourd’hui, je prends l’option français

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Après quelques heures passées à rêvasser sur un parpaing fissuré, le dos accolé aux barrières volantes barrant l’accès du festival (période d’inactivité mise à utile contribution pour décrire et commenter deux trois bricoles marrantes sur ce qu’est la vie en festival: ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) et le premier de la série peut être consulté là), le coup d’envoi fictif de cette seconde journée est enfin donné, et c’est avec surprise que je suis témoin de la course effrénée des premiers arrivés en direction de la grande scène, sans doute à la recherche de la CURE de jouvence promise par le bon docteur Smith et ses assistants à 22h05 ce soir.
J’ai ri, et marché tranquillement jusqu’à Kerouac, où j’ai pu me positionner là où tout festivalier de bon goût se devait d’être en ce début d’après-midi, ensoleillé finalement: au pied de la scène où les doux rêveurs de OTHER LIVES étaient attendus à 16h pour une virée dans les plaines de l’Oklahoma, à la recherche de l’insaisissable Scissor Tailed Flycatcher (Tyran à Longue Queue en français et oiseau emblème de l’État dans toutes les langues – c’est fou comme on apprend des choses en allant aux concerts de SAMANTHA CRAIN).

Choose your seat…

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe distillant un folk aérien et délicat et souhaiteraient un cours de rattrapage accéléré, je ne peux que conseiller l’écoute des morceaux Tamer Animals et For 12, tous deux extraits de l’album Tamer Animals (disponible depuis Août 2011). Ce second opus étant excellent dans son ensemble, rien ne vous empêche de creuser plus profond le sillon en attendant que la quintette retourne en Europe (ils ont annoncé à la fin de leur concert qu’ils repartaient aux États-Unis après avoir écumé le vieux continent depuis le début de l’année).

À 16h tapantes, le commandant de bord Jesse Tabish largue le câble reliant son planeur à l’avion tracteur et nous voilà partis pour une heure de vol au dessus des magnifiques paysages des Grandes Plaines américaines. Je parle de planeur, car les sets soignés délivrés par les Other Lives ne montent pas en puissance pour vaincre l’inertie du public à la manière de ceux d’autres groupes. Non, pas besoin de faire d’efforts violents pour la bande de Stillwater pour tutoyer les sommets, mais simplement de se laisser porter par les courants chauds ascendants. Il y en qui peuvent trouver l’approche barbante, mais en ce qui me concerne, je suis devenu un adepte de ces moments de sereine quiétude, bien éloignés des tornades de décibels frappant un peu partout ailleurs dans le paysage pop rock. Comme un clin d’œil de la météo, le vent se lève juste à temps pour accompagner l’incommensurable Dust Bowl III, charriant un peu de la poussière soulevée par les semelles des festivaliers. Le septième ciel n’est plus très loin.

Mais le temps nous est compté et il faut déjà songer à redescendre. Cachée derrière ses lunettes noires à verres ronds, la charmante Jenny Hsu se charge de remercier les voyageurs au nom de tout l’équipage, et donne rendez-vous aux passagers intéressés par un nouveau vol au pied de la scène pour une séance de merchandising improvisée (m’en fout, je l’ai déjà l’album, et dédicacé par tout le monde qui plus est). Le commandant Jesse reprend alors le micro pour poursuivre les annonces: on finira la descente avec une superbe reprise de Leonard Cohen, The Partisan, amputée de toute sa partie française il est vrai, mais ça n’a guère d’importance. Il est d’usage d’applaudir le pilote après un atterrissage réussi, et c’est avec joie que nous nous sommes pliés à ce rituel, conquis par ce plane movie maîtrisé de bout en bout. Revenez-nous vite..
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Direction ensuite la scène Grall, qui avant de résonner des furieux assauts de mon groupe belge préféré de tous les temps, les indispensables TRIGGERFINGER, doit accueillir un certain RICH AUCOIN, dont les penchants électros ne m’inspirent qu’à moitié, mais que ne serais-je pas prêt à faire pour tenir la barrière lors d’un concert du power trio d’Anvers?
Assis contre le rempart de métal, je m’écoute tranquillement penser jusqu’à ce que la petite bande de fans absolus du natif de Halifax qui a investi les lieux en même temps que moi ne se mette à trépigner sur place en poussant des hauts cris. Juste le temps de me lever pour voir de quoi il en retourne que Rich en personne arrive à ma hauteur pour me serrer la main (bon, pas qu’à moi, il sert toutes les mains qu’on lui tend Rich, mais tout de même) et me remercier d’être venu le voir. C’est vrai qu’on n’était pas nombreux au lancement du set, et je n’ai pas eu le courage ni l’envie de lui avouer les vraies raisons de ma présence devant la scène, aussi me suis-je contenté de sourire bêtement et de lui laisser sa chance. Grand bien m’en a pris.

Car le gars Aucoin a le don fabuleux d’enjamber toutes les barrières sur son chemin. Barrière de la langue en premier lieu, habilement négociée à l’aide d’un franglais bien suffisant pour se faire comprendre par un public intrigué, puis enthousiaste. Barrière le séparant dudit public en second lieu, qu’il franchira à tous ses morceaux (les gars de la sécurité ont passé une heure riche en émotion) pour venir prêcher sa pop electro festive au plus près, parmi, les spectateurs qui d’enthousiasmés sont devenus complètement fou lorsqu’il s’est mis à les arroser de confettis et de cotillons à l’aide des « mortiers » disposés devant la scène. Autant dire que la valeur ajoutée d’être au premier rang lors de ce genre de prestation se trouve décuplée par rapport au concert moyen. Final particulièrement barré pour un personnage haut en couleur, Rich déploie sur la foule une toile de parachute qui servira d’écrin à une séance de (base) jumping particulièrement jubilatoire, même si la température est vite devenue insupportable en dessous.

Après un crowd surfing bien mérité et vite expédié, le Canadien frappadingue quitte la scène, en promettant à tous ceux qui lui enverront un texto de leur expédier toute sa musique gratuitement… Et de balancer son numéro de portable sur l’écran géant derrière lui (c’est bien la seule chose qui a marché correctement côté régie, les échec systématiques et répétés de Rich et de Sam, son ingénieur backstage, de synchroniser la lumière et le son du show ajoutant encore à la folie du set… C’est pas à PORTISHEAD que ce genre de mésaventure arriverait, mais si ça pouvait décrisper Beth Gibbons, c’est tout ce que je leur souhaite). Enfin, quand je dis quitter la scène… Il est resté une bonne demi-heure après la fin de son concert à parler et à se faire prendre en photo avec qui voulait (dont votre serviteur, mais le résultat est classé secret défense), pendant que derrière lui, imperturbables, Ruben, Mario et Mr. Paul investissaient les lieux pour la balance. Sans doute la « première partie » la plus généreuse et enthousiasmante à laquelle j’ai eu la chance d’assister, et un petit gars que je suivrai avec attention dans le futur (petit avant-goût de très bon goût, son morceau It).


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L’entrée ayant été débarrassée, il était temps de passer aux choses sérieuses. Et sérieux, les trois de Triggerfinger le sont toujours dès lors que le rideau se soulève, même si pendant les réglages, l’ambiance était à la franche rigolade, Mario testant son micro en roucoulant des sonates pendant l’impayable Mr. Paul hésitait semble-t-il entre parler dedans ou l’avaler tout rond. Hé, c’est les vacances pour tout le monde mon pote.

À la faveur d’un set scandaleusement court (50 minutes! Que fait la police?) mais contenant tous les diamants stoners  habituels (First Taste, Is It, All This Dancin’ Around, le solo de batterie de Mario…), parfaitement taillés et soigneusement polis après des semaines passées sur les routes à défendre le dernier album, les Trigg’ ont encore un peu plus élargi leur fan base française, et confirmé au besoin leur statut de très grand groupe live. À voir Ruben se mettre le public dans la poche en un aller retour de médiator sur sa Gretsch, on est tenté de croire que ce type là est né sur une scène, avec un message pour le monde: the louder, the better. Pas grand chose de plus à rajouter sur ces quelques minutes passées en compagnie d’une des valeurs sûres du rock, le vrai, européen, à part qu’ils étaient bien partants pour remettre le couvert à Carhaix as soon as possible. À bon entendeur, afscheid.

Don’t give me that creepy look, Paul

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Les heures suivantes ne furent malheureusement pas aussi passionnantes. Pris au piège d’une programmation un peu piquée des vers (THOMAS DUTRONC, ça va cinq minutes, littéralement), j’erre de scène en scène, grappillant des petits bouts de concert de ci de là (le fils de cité plus haut, qui s’embarque dans un plaidoyer pro-frite à la logique absconse aux deux tiers de son show, mais également la fin du set des petits jeunes PURPLE MOUNTAIN, duo guitare batterie n’ayant rien de très neuf à proposer – par contre le frontman est un crack du Rubik’s cube – et la performance en demi teinte des éternels revenants BLOC PARTY, toujours incapable de retrouver la recette de leur miraculeux Banquet). Victime de son succès, et malgré les 4.000 m² d’espace supplémentaire par rapport à l’année dernière, les Vieilles Charrues s’engorgent lentement mais sûrement, au point que je préfère me poser devant Glenmor pour attendre la venue des Cure.

Purple Mountain: « On est bons hein? » « Ouais, on est bons. »

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Rester assis le plus longtemps possible pour ménager ses jambes, c’est dangereux pour les mains, mais ça permet de prendre des photos chelou. Il n’est cependant pas question de passer l’intégralité des 2h30 de concert (record annuel) de l’empereur des gothiques et de sa bande de joyeux drilles à contempler les godasses des autres festivaliers. À 22h05, tout le monde sur le pont pour voir débarquer Robert Smith et friends, prêts à offrir au public la dose de millésimes eighties pour laquelle ce dernier s’est déplacé en masse (60.000 fans tout de même). Le thème de l’édition 2012 étant les super héros, on a plaisir à constater que le petit Robert a joué le jeu et s’est déguisé en Joker pour l’occasion. Ah, pardon, on me signale dans l’oreillette que cette tignasse arachnéenne et cette tartine de rouge à lèvres sont en fait son look habituel, autant pour moi.

Plus tout à fait aussi svelte qu’à l’époque où les Inconnus reprenaient la Zoubida en son honneur, Smith a toutefois conservé le même grain de voix qu’à ses débuts, ainsi que son assurance tranquille de guitar hero minimaliste mais toujours inspiré. Il n’y a qu’à fermer les yeux pour se retrouver trois décennies plus tôt, debout sur la falaise de Just Like Heaven, courant comme un dératé entre les arbres de A Forest ou piégé dans la toile du Spiderman de Lullaby. Priceless.

À ses côtés, les musiciens, vieux et jeunes, déroulent les morceaux de la setliste avec une perfection de studio d’enregistrement. Mention spéciale à Jason Cooper, qui prouve avec brio qu’un bon batteur n’est pas forcément un batteur bruyant: sa vitesse et sa capacité à tenir, orner et développer les rythmiques exigeantes des compositions de Robert Smith sans pour autant voler la vedette aux délicats entrelacs de guitare, basse et claviers caractéristiques du son de The Cure m’ont vraiment impressionnées.

Je serais bien resté juste au bout du set (qui paraît-il à déborder d’une demi-heure par rapport à l’horaire convenue, c’est MARTIN SOLVEIG qui a du être content), mais dans une galaxie très lointaine nommée M83, Anthony Gonzalez et ses potes se préparaient à se téléporter sur la scène Grall, et je ne pouvais pas décemment rater une rencontre de ce (3ème?) type.

Mais d’abord, il a fallu se frayer un chemin jusqu’au point de chute de l’Antibois que les States nous envient et s’arrachent. Hurry up, they’re coming. Plus facile à dire qu’à faire cependant, aucune allée d’évacuation n’ayant été dégagée à cette fin et les gens étant en général peu enclins à s’écarter pour laisser passer les déserteurs (ce qui est tout à fait compréhensible, mais à moins de se faire hélitreuiller, impossible d’y couper). Pour être parti au tout début de Pictures of You depuis une distance relativement éloignée de la scène (voir photos), je sais qu’il m’a fallu les sept minutes et des poussières que dure la chanson en live pour me dégager de la foule, ce qui n’a pas vraiment été une partie de plaisir. Sans hésiter, le plus gros point noir de tout le festival..
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À l’arrivée, il s’avère que je ne suis pas le seul à être parti en quête du Grall, et je trouve la place déjà copieusement garnie de spectateurs impatients de goûter au calice. Problème principal, l’immense majorité des impétrants au tour de soucoupe proposé par Anthony a déjà beaucoup bu avant de se présenter sur le paddock, et la disposition particulière de la scène par rapport au reste du site incite les plus motivés à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusque dans les premiers rangs. Où qu’on se place, impossible de profiter de l’electro rock épique servi par les M83 sans être bousculé toutes les 30 secondes par une nouvelle colonne infernale de festivaliers plus très concernés par les règles du vivre ensemble. Tu parles d’une joyeuse Reunion. Comble de l’impolitesse, la moitié du public part en masse après avoir entendu Midnight City, laissant Anthony finir son concert devant une foule bien moins nombreuse qu’au coup d’envoi du set. Ok, le papillonnage de scène en scène fait partie de la logique festival, mais ce genre d’attitude consumériste à deux balles « je reste juste pour ta chanson buzz, après tu peux te brosser » m’a foutu et me fout encore en rogne. Je n’ose même pas imaginer ce qui ce serait passé si Anthony avait choisi d’ouvrir avec ce titre.

Toujours est-il que j’ai découvert M83 et que malgré les conditions assez extrêmes des 40 premières minutes, j’ai bien accroché. Beaucoup de titres lorgnent certes très ouvertement vers le dancefloor, mais l’emphase développée dans les compos et les arrangements implacables de ces dernières (aaah, ce saxophone jubilatoire dans le final de Midnight City… C’est beau comme du Tears For Fears période The Working Hour), couplées à l’énergie incroyable du groupe sur scène (il fallait rester jusqu’au bout pour voir le bassiste se jeter dans la fosse comme on se jette dans les vagues à 13°C des plages du Finistère – si tu réfléchis trop, tu meurs -) me font penser que le succès grandissant de cette bande d’allumés plutôt très doués dans ce qu’ils font est très loin d’être immérité, et c’est avec plaisir que j’irai les revoir sur scène (mais pas en festival si je peux l’éviter) si l’occasion se présente..
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1h du matin et une décision à prendre: aller voir la fin de METRONOMY à Kerouac ou rentrer à la tente? Pas cornélien le dilemme dis donc. Bonne nuit tout le monde.

SOLIDAYS 2012 – JOUR 2 (Samedi)

SAMEDI
De retour sur place après une courte nuit et une mâtinée de récupération (les petits avantages de ne pas dormir dans un camping au confort tout relatif et à l’animation perpétuelle…). Miracle, le beau temps semble faire de la résistance, et ne nous fera pas défaut aujourd’hui. Tout ça se paiera chèrement lors de la journée de dimanche, mais sur le moment, on se contente de savourer ce petit bout d’été et se félicitant de ne pas avoir oublié ses lunettes de soleil.Côte programmation, c’est le feu d’artifices, à la fois en terme de qualité et de styles de musique représentés. Il va falloir faire des choix, impossible de tout voir à moins d’avoir son permis d’ubiquité (malheureusement pas mon cas). En théorie, il est possible d’assister à 6 concerts, même pour les gens qui ne peuvent pas rester jusqu’au bout de la nuit, mais l’éloignement des scènes les unes par rapport aux autres et la volonté de « sécuriser » une bonne place pour certains concerts stratégiques amèneront à revoir cette estimation à la baisse. D’autre part, malgré un premier show des PARIS JEUNES TALENTS débutant à 15h, la grille de programmation ne se remplissant vraiment qu’en deuxième partie d’après-midi n’incite pas vraiment à arriver très tôt à l’hippodrome.

La session du samedi commence donc à 18h sous le Domino, pour des retrouvailles avec un de mes coups de cœur français du moment, l’iconoclaste et globe-trotter ROVER, qui prouve avec brio que l’on peut conjuguer physique de rugbyman (deuxième ligne) et voix atmosphérique.
Encore une découverte des Francofolies de l’année dernière, au cours desquelles il avait joué deux morceaux seul avec sa guitare sur la grande scène pendant la balance entre Yodelice et The Dø, puis enflammé la petite salle de la Coursive en compagnie des June & Lula. Mais Rover en concert, c’est surtout la Maroquinerie qu’il avait entièrement rempli de fans convaincus lors du lancement de sa première tournée solo, et auxquels il avait livré un show d’exception à la confluence du rock et de la pop, servi par des arrangements léchés et une osmose totale avec ses musiciens. Ah, il y avait sa voix aussi (d’ailleurs au lieu de vous bassiner avec, je vous conseille d’aller écouter Aqualast).
Bref, malgré tout le battage médiatique (mérité je dois dire) qui a entouré l’ex New Government depuis le lancement de son album éponyme en février dernier (même 20 minutes lui a consacré un article, c’est dire), effervescence hype qui a tendance à provoquer des réactions épidermiques chez votre serviteur, assez complètement allergique à la philosophie du buzz, c’est en confiance que je me glisse sous le chapiteau étoilé du Domino, prêt pour des retrouvailles bienvenues avec « une bande de vieux potes » (5ème fois que je vois Rover –et ses excellents musiciens- en concert en l’espace d’un an).

J’ai eu beau m’y prendre bien à l’avance, le buzz se venge de mon dédain envers lui en ne me laissant qu’une place au second rang (qui reculera davantage lorsque, dans une magnifique illustration du caractère purement moutonnier de la psychologie d’une foule, les gens sagement assis en attendant le début du show s’agglutineront au plus près de la scène sans aucune raison 10 bonnes minutes avant l’heure dite). Pour ne rien arranger, je commets la grave erreur de me positionner pile dans l’axe de l’estrade, et donc droit sur le caillebotis de plastique qui protège les câbles courant de la scène à la régie. PLUS JAMAIS (le pourquoi du comment plus bas).

Comme à l’accoutumée, le set débute par mon morceau préféré, le lancinant  Late Night Love (ou pourquoi il ne faut jamais faire du voilier seul avec sa future-ex), que le groupe maîtrise à merveille : Rover commence seul à la guitare, et la rythmique le rejoint au fil des couplets pour un crescendo émotionnel garanti.
Pourtant, j’ai du mal à me laisser embarquer, un je ne sais trop quoi néfaste m’empêchant de m’immerger totalement dans la musique du dandy armoire à glace. Passent Queen of the Fools et Aqualast (setlist que j’ai trouvé assez surprenante, puisque « sacrifiant » tous les « tubes » dans le premier quart d’heure), et je mets enfin le doigt, ou plutôt la jambe, sur mon mal : décalé sur la gauche par la houle humaine, je me retrouve avec un pied sur le caillebotis et l’autre sur le sol, position des plus inconfortables au bout de quelques minutes. La différence de niveau n’a beau être que de quelques centimètres, impossible de répartir le poids du corps sur les deux jambes en même temps, et du coup, mouvements de balanciers de l’une à l’autre pendant près d’une heure. Éprouvant.

Pour ne rien arranger, Rover, d’habitude si communicatif avec le public (option humour pince sans rire avec mention très drôle) se contente d’enquiller chansons après chansons comme s’il était à l’usine, et décide à la moitié du set d’alterner nouveaux morceaux (glop glop) et versions longues de ses anciennes compositions (pas glop). J’ai beau bien aimer Tonight, étiré sur plus de 8 minutes, la lassitude gagne.
Cerise sur le gâteau, Rover enclenche le mode « no more » (une ligne de paroles, un « no more ») dans le dernier quart d’heure, ce qui achève de me soûler. Le mot est fort mais la Maroquinerie était tellement mieux que je ne peux que sortir déçu (et courbaturé) du Domino, avec une question en tête : Rover en a-t-il assez sous le capot pour rouler en extérieur, ou devrait-il se contenter de tourner en salle? Il faudra attendre le Festival des Soirs d’Été de OÜI FM en juillet pour avoir la réponse.

Un peu désappointé par cette prestation en demi-teinte, sur laquelle je comptais pour bien lancer la journée/soirée, j’échoue sous le chapiteau du Circus investi par les TWIN TWIN, à la recherche d’un euphorisant surpuissant (parce que Rover, même quand c’est bien, c’est assez mélancolique, ne nous voilons pas la face) pour remettre ce samedi sur les bons rails.
Connaissance très limitée de ma part sur ce collectif à géométrie variable (« ok, ils s’appellent comme ça parce que c’est un duo de jumeaux… sauf qu’ils ont aussi un guitariste/beatboxer et un DJ qui ne fait pas vraiment partie du groupe. Hum. ») dont seule la chanson By My Side m’est familière. On ne peut pas dire que j’ai vraiment accroché jusque-là, mais ayant été conquis par le show et l’énergie de leur lointain cousins les Naive New Beaters à Rock en Seine, et la concurrence n’étant pas trop dure à cette heure de la journée, je leur laisse assez volontiers leur chance.

À faire le pied de grue jusqu’à pas d’heure devant Rover, il ne faut pas s’étonner d’être relégué bien loin de la scène, ce qui, au vu des loustics survoltés qui tenaient les barrières et de mon humeur plutôt grincheuse à ce moment précis, ne fut pas une déception trop dure à surmonter.
Nos 4 gaillards envoient le bois comme on dit, leur enthousiasme débridé et leur générosité indéniable compensant le caractère très basique des compositions délivrées. C’est de la musique qui se saute mieux qu’elle ne s’écoute, et si on est dans le mood, je dis why not (il paraît que le franglais, c’est in).
Manque de pot pour moi, je n’y suis pas vraiment, et même si je ne regrette pas le moment passé en compagnie des Jumeaux ++, un coup de coude (involontaire) décoché par mon voisin de devant, déjà bien imbibé (on a tous déjà eu ce genre de mec, plus tellement maître de ses mouvements mais terriblement décidé à prouver au monde qu’il sent cette p….n de vibe à grands renforts de moulinets des bras, à côté de nous dans un concert, et vous serez d’accord avec moi pour dire que l’attente de l’inévitable choc suffit à elle seule à détourner totalement son attention de la scène), me pousse à quitter la party pour… Domino tiens. Encore.

« Expulsé » bien avant la fin du set des Twin Twin, j’ai tout le temps de me dégotter mon premier premier rang de la journée, pour le concert de FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS.
Encore un groupe que je connais plus ou moins (et plutôt moins que plus), mais jouissant d’une grosse réputation dans les milieux autorisés. Pour ma part, j’en suis resté à  Be Water et à 15 minutes grappillées d’une oreille distraite au Rock en Seine 2011.
Pendant que François (avec un accent chelou sur le « a » que j’ai la flemme d’aller chercher) déplace ses montagnes sur la scène du Domino, je tente de me remémorer mon impression sur la prestation du groupe en août dernier, mais peine perdue. Balles neuves et clean slate pour les petits Frenchies du coup. C’est moche de vieillir.

Après un début gentiment pop, avec un Be Water rapidement évacué pendant les hors d’œuvres, l’ambiance glisse graduellement vers les rivages colorées et vaporeux de la world-prog’ (oui, toi aussi tu peux créer des tags musicaux improbables quand tu ne sais pas à quoi rattacher la musique que tu écoutes), où les djembés, claves et autres percussions tribales dialoguent joyeusement avec les nappes de synthé et les envolées de violon. Putain, je ne savais pas que l’Atlas montait si haut. Cloué sur place par la surprise ou par le manque d’oxygène, on ne peut que regarder François sautiller comme un dahut du Bolshoï sur les contreforts escarpés de ses montagnes natales. Même les caches-câbles d’étoffes colorées finissent par ressembler furieusement à une cordée de drapeaux de prières népalais. Bref, un trip total, et une forte envie de partir faire du trek dans les régions fantasmagoriques survolées pendant une heure. La vraie belle découverte du weekend, la voilà.

C’est rouge, c’est bleu, c’est vert, C’EST BROADWAY!!!

Après un atterrissage en douceur (plus facile à dire qu’à faire, c’est pas bien large un domino), je décide de récupérer un peu du jet-lag en restant sagement adossé à la barrière de la scène. Mouais, bon, ça c’est l’explication fleur bleue, que je ne tarde pas à allègrement piétiner lorsque mon voisin, qui a eu la même idée que moi, me demande d’un air innocent si TRIGGERFINGER, c’est bien. Oh, un novice.
Deux minutes et un rapide topo explicatif de ce qu’il est endroit d’espérer du prochain show, il se dépêche de réajuster ses bouchons d’oreille, juste à temps pour éviter le pire pendant les balances que le triumvirat du plat pays effectue en personne. Il faut dire qu’ils n’ont pas encore percé en France, alors qu’outre Meuse, ce sont de véritables stars.

Donc, si je suis resté sur place au lieu de rendre visite à SKIP THE USE ou à YOUSSOUPHA, c’est d’abord et avant tout pour être aux premières loges à l’heure du waterzoei. Ne faîtes pas ça sans protection auditive les enfants, mais ça vaut franchement la peine.
Car Triggerfinger, c’est le groupe de rock qui console tous les fans de stoner trop jeunes pour avoir connus Led Zep autrement que sur le best of familial, et trop pauvres pour aller sacrifier leur audition sur l’autel de Queens Of The Stone Age ou de Them Crooked Vultures. À cette époque où les guitares tissent sagement des arpèges folk ou meublent les compos indies, il fallait qu’un guitar hero des temps jadis surgisse du fin fond des enfers (ou des faubourgs d’Anvers, c’est pareil) pour remettre les pendules du rock à l’heure. Avant de se faire reclasser en outil de labour musical, la gratte électrique a été une arme de guerre, à la croisée de la rapière espagnole, de la masse d’armes teutonne et des orgues de Staline, on a tendance à l’oublier. Pour qui souhaite un cours d’histoire musicale accéléré, Ruben Block est l’homme idéal. Excellent gratteux jonglant avec maestria entre riffs salaces, rythmiques bétonnées et soli ravageurs, chanteur plus qu’honorable capable de monter décrocher what next to the moon au besoin (First Taste et son AAAAHAAA stratosphérique en tête) et frontman sexy en diable, Mr Block fracasse tous les clichés sur la belgitude sur le manche de sa méphistophélique Gretsch écarlate. Un must.

Pour autant, ce serait faire une grave erreur que de résumer Triggerfinger à son porte-parole et principal compositeur, car la section rythmique de notre power trio flamand mérite largement le détour.
À ma gauche, Mr Paul et son quasi double-mètre de groove, chaînon manquant entre Oswald Chesterfield Cobblepot et l’agent 47, apporte la profondeur et les contrepoints mélodiques nécessaires aux hurlements de la 6 cordes de Ruben.
À ma droite, rien de moins que le meilleur musicien des Music Industry Awards 2011 (ok, c’est en Belgique, mais rigolez pas, il y a de la concurrence), Mario Goossens himself, costard à rayures et solo de batterie intégrés dans le package. À voir le sourire béat qui lui barre le visage d’un bout à l’autre du show, on jurerait que la régie a branché une pompe à endorphine sous la semelle de sa pédale de grosse caisse.

À 22h, les rangs des spectateurs du Domino sont encore clairsemés, mais ça n’empêche pas nos trois gladiateurs de débuter pied au plancher un set qui mélangera morceaux du dernier album All This Dancin’ Around et chansons plus anciennes tirées du séminal What Grabs Ya?
Plus convaincu par le second que par le premier (qui quitte les sentiers du stoner pour s’aventurer dans le blues dépouillé, sur des titres comme My Baby’s Got A Gun, et contient moins de hits immédiats du calibre de First Taste, Short Term Memory Love ou Is It), j’ai toutefois l’agréable surprise de découvrir que les nouvelles compos, pas évidentes sur le CD, passent l’épreuve du live avec brio.
Sûrs de leur force et de leur fait, les sujets de son altesse Albert II prennent un malin plaisir à chauffer le public parisien, de plus en plus nombreux et enthousiaste, jusqu’au point d’ébullition, ne faisant retomber la pression (sur My Baby’s Got A Gun, justement) que pour ré-attaquer encore plus fort derrière.
Plongé dans une séance prolongée et jubilatoire de headbanging, votre humble serviteur s’excuse platement pour ne pas avoir trouvé le temps de capturer une ou deux images correctes de ce live démentiel. Minuscule déception, ils repartiront de Paris sans jouer « leur » plus gros succès, le I Follow Rivers emprunté à Lykke Li (7 semaines en tête des charts belges et néerlandais tout de même).

Le samedi s’achève donc (pour moi) sur cette grosse claque rock après un début de journée en demi-teinte, et c’est en Européen convaincu (mais avec les oreilles qui sifflent un peu) que je retourne au camp de base, prêt pour un final grandiose.

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