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CHRISTINE AND THE QUEENS @ LE NOUVEAU CASINO (22.04.2013)

La vie d’un bloggeur musical connaît son lot de hauts et de bas. Il est parfois des moments où la flamme vacille, l’envie périclite et la remise en question guette. Qui suis-je après tout pour donner mon avis sur ce que j’écoute (ou pas), et pourquoi consacrer des heures à écrire des articles que seule une infime minorité d’internautes prendra la peine de parcourir en diagonale? Dans ce genre de situation de flottement métaphysique (qui suis-je? où vais-je? dans quel état erre-je?*), il est toujours bon de posséder en réserve un contre-exemple fracassant à ce constat amer, démontrant avec autorité que, oui madame, les blogs musicaux servent bien à quelque chose. Dans mon cas, cette preuve inattaquable d’utilité publique remonte au 13 août 2012, lorsqu’au détour d’un lien, j’ai fait la rencontre d’une drôle de coterie electro, une bande interlope et haute en couleurs incarnée par un seul corps et une seule voix. J’ai accroché. J’ai acheté le seul EP disponible. J’ai fait un premier concert où cet improbable sextuor fantasmé à 80% officiait en première partie. Et finalement, je me suis rendu au Nouveau Casino le lundi 22 Avril, pour assister à l’adoubement en bonne et due forme de cet épiphénomène qui s’imposera bientôt (en tout cas je l’espère) comme une des références de la scène musicale française de ce début de siècle. Tout ça grâce à un blog musical (Rocknfool pour ne pas le nommer). Alors franchement, honni soit qui mal pense de ce noble média.

*: Se poser des questions en respectant la règle de l’inversion sujet-verbe est une source inépuisable de fous rires, preuve que la langue française n’est pas aussi rébarbative que ce que tes profs de collège t’en ont laissé croire.

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Le concert affichant complet depuis plusieurs jours, sages furent ceux qui décidèrent de se rendre sur place avec une bonne marge pour s’assurer d’une place correcte. Une demi-heure avant l’ouverture des portes, nous étions ainsi une bonne cinquantaine à encombrer le trottoir de la rue Oberkampf, suscitant quelques regards interrogatifs de la part des passants. Qu’importe, nous avions rendez-vous avec l’histoire, précédée (l’histoire… tu suis un peu?) pour l’occasion d’un DJ set. Sérieux? Un DJ set en première partie? Bien que n’étant absolument pas familier de ce genre de gaudriole, que j’évite comme la peste, le choléra et la variole réunis, je m’étais toujours imaginé que les DJ sets avaient plutôt pour vocation de terminer une soirée, à l’heure où le public, en grande majorité saoul comme un cochon, n’aspire qu’à disposer d’un fond sonore pas trop dégueulasse afin de pouvoir hurler dans les oreilles de ses voisins, voire esquisser quelques patauds pas de danse pour les plus désinhibés des imbibés, sans passer pour le relou de service. Vision assez péjorative du noble métier de DJ, j’en ai bien conscience, mais j’assume totalement mon côté vieux réac’ musical, surtout lorsque je paie pour écouter de la musique live.

Arthur King IBref, ayant réussi à sécuriser un demi mètre carré en bord de scène, c’est avec une certaine angoisse que j’ai vu s’installer ARTHUR KING aux platines (on est toujours nerveux la première fois). Mon premier DJ set! Inutile de dire que je comptais vraiment sur le reste de l’assistance pour me guider dans mes réactions, et éviter le faux pas qui guette toujours le noob au cours de son initiation. En l’occurrence, le reste de l’assistance joua parfaitement son rôle, et c’est donc avec une certaine satisfaction perverse que j’eus la confirmation de ce que j’avais toujours pensé de la réaction du public pendant un DJ set, c’est à dire qu’il est tout à fait admis d’ignorer totalement le DJ d’un bout à l’autre de sa prestation. Le mieux est tout de même d’avoir quelqu’un avec qui parler, car autrement on s’ennuie rapidement à voir le jockey tourner des boutons. Le fondu d’un morceau à l’autre dispense d’applaudir la performance, sauf peut-être à la fin, et le DJ est généralement trop concentré pour dire quoi que ce soit au public (quand bien même il aurait un micro). Ah, et le tout dure généralement très longtemps (c’est toujours le cas lorsqu’on s’ennuie), ce qui donne tout loisir de repenser à sa journée, voire à sa vie dans les cas les plus extrêmes, ce qui constitue l’exact opposé de l’idée que je me fais d’un concert, qui devrait au contraire permettre de se vider la tête pendant quelques heures. Un quart d’heure de plus en j’entrais en dépression.

Say hi to Lancelot

Say hi to Lancelot

Heureusement pour moi, j’étais suffisamment proche de la scène pour pouvoir m’accouder (légèrement d’abord, puis sans aucune retenue durant la dernière demi-heure) à un ampli retour, et regarder frémir le confetti Lancelot – restons dans le thème de la table ronde – au rythme des lignes de basse crachées par les enceintes du Nouveau Casino. Oui, j’ai passé quarante-cinq minutes à fixer un bout de papier vibrer sur la scène, c’est dire à quel point j’ai adoré ce moment du concert. Le pire est que je n’ai pas été fichu de reconnaître un seul des morceaux samplés par le roi Arthur pendant son set, mis à part un bout d’Eyes Without A Face de Billy Idol, qui ne fut malheureusement utilisé que pour faire la jonction entre deux titres « electrip-hop », genre star de cette première partie psychotrope. Quand tout fut fini, je me sentais aussi énergique qu’un koala sous ecstasy, et doutais donc sérieusement de ma capacité d’apprécier et d’accueillir comme il se devait le plat de résistance de la soirée. Heureusement, j’avais tort.

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Christine II

Black and blue/And who knows which is which?/And who is who?

Acclamée dès sa sortie des coulisses, CHRISTINE se présenta comme à son habitude en smoking, complété d’une paire de sandales à semelles compensées blanche (c’est le genre de détail que l’on remarque lorsqu’on est au premier rang d’une scène qui vous arrive à mi-torse). Pas de serre-tête à andouillers cette fois-ci, ce regalia animal ayant été perdu corps et bien au cours d’une précédente tournée*. En revanche, Christine irradiait toujours cette confiance tranquille qui m’avait frappé lors de notre première « rencontre ». Elle assurait alors la première partie des Naive New Beaters au Cap d’Aulnay sous Bois devant une  poignée de spectateurs plutôt circonspect de prime abord (il faut dire que l’univers déjanté du trio de Wallace s’éloignait franchement de l’élégance provocatrice et théâtrale distillé dans les EPs Misericorde et Mac Abbey), mission peu engageante et d’autant plus intimidante pour une artiste uniquement secondée par les pistes de son Mac. J’appris ce soir là qu’il en fallait bien plus déstabiliser les Queens et leur protégée, qui brisèrent la glace avec le farouche public  du 93 en un claquement de doigts. C’est beau la chaleur humaine, tout de même.

Christine IDans une ambiance nettement plus chaude et devant un Nouveau Casino rôdé aux frasques du personnage et tout acquis à sa cause, Christine donna donc le coup d’envoi de son set avec un titre inédit (Starshipper) reprenant la plupart des thèmes explorés dans ses EPs: la recherche de l’identité, l’affirmation de sa différence, le va et vient entre le français et l’anglais, l’alliance magistrale entre la retenue des loops electro et la chaleur du R’N’B. Envolée la lassitude débilitante qui était venue plomber le début de la soirée! Alors que le voile de tulle noir qui servait de corolle à Christine glissait lentement vers le sol, le groove termina de s’installer dans la salle, pour ne plus repartir avant la fin du concert. Tout ce qu’on aime quoi.

Conçu comme un show à l’américaine, le set des Queens se révéla être « plein de surprises » (sic), le budget supplémentaire mis à disposition pour cette date parisienne ayant été investi en tournage de clips permettant pour la première fois à la troupe de se produire sur scène au grand complet, ainsi que dans le recrutement de deux athlétiques danseurs et d’un guitariste/claviériste, qui vinrent  rejoindre la maîtresse de cérémonie sur scène pour quelques morceaux. La setlist révéla elle aussi son lot de fantaisie et de découvertes, une bonne partie des titres du troisième EP, Nuit 17 à 52 (sortie prévue le 3 Juin prochain), figurant au programme des festivités.
Une reprise très inspirée du Photos Souvenirs de William Sheller (un des rares artistes rattachés à la « chanson française » que j’admire sans retenue, à égalité avec Alain Bashung, dont l’emblématique – et donc absolument casse gueule – Osez Joséphine avait également été revisité par Christine il y a quelques mois) constitua le clou personnel d’un concert à la fois maîtrisé (les chansons) et spontané (entre les chansons**), qui fut évidemment rythmé par les « tubes » de Misericorde (Be Freaky, Kiss My Crass et ses paillettes de non-propreté dorées), Mac Abbey (Cripple, Narcissus Is Back) ainsi que d’autres crowd favorites encore non disponibles sur CD (Chaleur Humaine, Loving Cup).

Christine IV

La team au grand complet (j’ai même réussi à chopper le Mac – fier- )

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Avec son nouveau statut de tête d’affiche, Christine ne pouvait refuser au Nouveau Casino le rappel qui lui fut chaudement demandé dès sa sortie de scène. Le concert se conclut ainsi avec la douceur acoustique de Nuit 17 à 52, chanson titre d’un EP attendu de pied ferme par tous les éclopés fiers de leurs fêlures, les narcisses catoptrophobes et tous leurs échos, les intranquilles contemplatifs et les malpropres assumés. En Mai, fait ce qu’il te plaît, mais n’oublie pas d’être freaky. Si si, c’est important, j’insiste.

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De retour sur le trottoir de la rue Oberkampf, on ne sait toujours pas bien qui sont Christine et ses anges-gardien(ne)s, ni ce qu’elles veulent être aux yeux du monde, mais qu’importe. Le mouvement abolit le sexe et le nombre lutte contre l’oubli, ce qui n’est pas évident à comprendre (d’ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir compris) mais se ressent en revanche très clairement. Accepter la différence et tolérer l’excentricité, en voilà un beau message, qu’il convient de transmettre autour de soi en cette période où ni l’une ni l’autre ne semblent aller de soi pour une partie, que l’on espère limitée mais que l’on sait maintenant virulente, de la population. Long live the queens!

*: On me souffle dans l’oreillette que le duo suédois Krog aurait été vu arborant l’accessoire en question au cours de leurs derniers concerts… Interpol est sur l’affaire.

**: Bam, la bouteille de flotte qui se renverse sur scène. Paf, le fil du micro qui « assomme » une spectatrice au premier rang. Pour un concert de fin de carrière (ou pas), ce fut franchement rock’n’roll.

Christine III

J’espère que tu tolères aussi mon boîtier bas de gamme et les photos freaky qu’il prend parfois, du coup

Setlist Christine & the Queens:

1)Starshipper 2)Ugly Pretty 3)Medley Drifter/Be Freaky 4)Cripple 5)Here 6)Photos Souvenirs (William Sheller Cover) 7)Narcissus Is Back 8)Intranquillité 9)Jonathan 10)Chaleur Humaine 11)Wandering Lovers 12)Loving Cup 13)Kiss My Crass
Rappel:
14)Nuit 17 À 52

RIVAL SONS @ LE NOUVEAU CASINO (29.10.2012)

Une fois n’est pas coutume, c’est sans avoir le moins du monde potassé mon sujet que je me suis rendu au Nouveau Casino (eh oui, encore) pour assister au concert des RIVAL SONS, un groupe découvert, comme tant d’autres avant lui, via l’émission Pop-Rock Station de Francis Zegut. Originaire de Los Angeles, ce quatuor flamboyant avait bien trop d’arguments à faire valoir pour que je puisse me résoudre à rater son passage dans la capitale. Pour la faire courte, la musique de Buchanan, Holiday, Everhart et Miley est un monumental doigt d’honneur adressé à tous les aigris se désolant à longueur de journée de la supposée mort du rock. Rallié à leur bannière sur la seule foi d’un Keep On Swinging matraqué sur les ondes par Mr Z depuis quelques semaines, et sans avoir pris le temps d’explorer comme il se doit le reste de leur discographie, c’est donc en amateur éclairé plutôt qu’en fan expérimenté que j’ai pris place dans la file ce soir du 29 Octobre. Il faut savoir prendre des risques (calculés) de temps en temps.

Look mama, frogs on fire!

Une fois placé (et très bien placé… j’ai bien fait de venir assez tôt), il fut temps de s’intéresser à la première partie à venir, un groupe dont le nom me disait vaguement quelque chose: BLACKFEET REVOLUTION. Une batterie et une guitare sur scène, et rien de plus. Ça sentait le gros blues-rock qui tâche, cette affaire. Tant mieux.
Surgissant des coulisses avec un entrain faisant plaisir à voir, les deux compères se mirent au travail sans attendre, confirmant immédiatement l’intuition fulgurante et géniale de votre dévoué scribe en moins de temps qu’il en faut pour écrire Charrette (le nom du premier morceau). Riffs de gratte, batterie pachydermique, voix puissantes: les bases sont là, pas besoin de plus pour que la magie opère. Idéologiquement parlant, la révolution pied noir se réclame aussi bien des grands anciens que sont Ram Jam ou Bachman Turner Overdrive que des plus contemporains (feu) White Stripes et Black Keys. Le blanc et le noir, la guitare et la batterie, le blues et le rock… Merveilleuse histoire binaire.
La suite du set ne viendra pas gâcher ce début prometteur, les compositions nerveuses et imparables se succédant avec bonheur jusqu’à ce que toute la salle secoue la tête en cadence sur le Little Suzie qui vint conclure une prestation courte (six titres) mais intense et sans fausse note ni temps mort. Ce fut plus qu’une révolution, ce fut (pour ma part) une révélation, et la preuve par deux que nos petits Froggies (on fire) sont tout à fait capables de faire autre chose que de la pop ou de l’electro avec classe et maîtrise. Comme aurait pu dire Jon Landau s’il avait été des nôtres ce soir, j’ai vu le futur du rock français… et ça fait du bien. Blackfeet Boys, vous avez un nouveau fan.

Setlist Blackfeet Revolution:

1)Charrette 2)Blackfeet Boy 3)Frogs On Fire 4)Liar 5)Mitraillette 6)Little Suzie 

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La suite s’annonça sous les auspices les plus prometteurs. Un plein rack de grattes en backstage, des gobelets porte-bouteilles scotchés sur le caisson servant de table basse au batteur (earplugs fortement conseillés) et pas moins de deux jeux de pédales complets pour le seul Scott Holiday. Ça doit être ça que l’on appelle le rêve américain. N’en jetez plus.

Cette impression bigger than life se prolongea lorsque les quatre fils rivaux montèrent sur scène. Whoah, ces types là sont des rock stars, et ils veulent que le reste du monde le sachent. Avec leurs T-shirts imprimés, pantalons slim rayés, foulards, chaussures pointues et cheveux au vent, Buchanan et Holiday semblaient débarquer tout droit des glorieuses 70’s. Shiny shiny boys! Plus sobres dans leurs choix vestimentaires, mais tout aussi imposants dans leur style, Robin Everhart et Mike Miley complétaient ce casting de tout premier ordre. Branchez les guitares.

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⅓ Plant, ⅓ Morrisson, ⅓ Hutchence: le Buchanan est un cocktail qui a de la (belle) gueule

Pantalon bicolore, veste à galons et bague bottleneck. T’as le look Scott!

Les gars eurent l’amabilité de commencer par l’un des seuls morceaux de leur répertoire connu de ma personne, le Keep On Swinging mentionné plus haut, et pendant l’exécution duquel Jay donna probablement envie à toutes les filles du public de se réincarner en tambourin. Sacré coquin va. Pour m’être rencardé à l’avance sur les setlists de la tournée européenne (qui s’achevait ce soir par cette petite virée parisienne), j’ai ensuite reconnu Burn Down Los Angeles et Gipsy Heart, deux autres titres musclés pour un kick-off franc du collier.

Passé ce stade, ma très insuffisante maîtrise de la discographie du groupe m’a empêché de m’enthousiasmer autant que mes voisins, forcément plus avertis, sur la suite des réjouissances. Non pas que le niveau de la prestation ait baissé, bien au contraire, mais aucun morceau ne s’est franchement démarqué des autres (à mon sens) au cours de l’heure et demie de blues rock qu’a duré le show.
Pour ma part, je n’aurais pas dit non à un petit True (l’autre morceau que je connaissais) en rappel, histoire de varier les plaisirs et de permettre à Buchanan de s’illustrer sur cette sublime balade tout à fait jeffbucklesque dans l’esprit et les arrangements. Ce ne fut pas pour cette fois, tant pis. Ils reviendront bien un jour nous la faire.

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Au final, ce fut encore une très belle soirée passée au Nouveau Casino, qui aurait sans doute été encore meilleure si j’avais pris le temps de jeter une oreille sur les trois albums des Rivals Sons avant de venir. Quel flemmard je fais, tout de même. En attendant qu’ils repassent par chez nous (en mars 2013, d’après quelques bruits de couloirs), il me tarde d’avoir des nouvelles des Blackfeet Revolution, vraie belle découverte de la soirée, et qui eux devraient rester dans les parages durant l’hiver (avec quelques concerts à la clé, croisons les doigts). Long live rock, mozzerføkkers!

Setlist Rival Sons:

1)Keep On Swinging 2)Burn Down Los Angeles 3)Gipsy Heart 4)Manifest Destiny, Part 1 5)You Want To 6)Until The Sun Comes 7)Memphis Sun 8)Wild Animal 9)Jordan 10)Run From Revelation 11)All Over The Road 12)Young Love 13)All The Way 14)Face Of Light 15)Torture
Rappel:
16)Pressure And Time 17)Soul 18)Get What’s Coming

TRIGGERFINGER @ LE NOUVEAU CASINO (24.10.2012)

C‘est un Nouveau Casino plein comme un œuf qui attendait mercredi soir que les trois porte-flingues d’Anvers prennent possession des lieux, afin, comme le veut l’expression consacrée, d’y « foutre le feu ». 19h, et déjà une queue de vingt mètres sur le trottoir de la rue Oberkampf, c’est dire.
Une fois à l’intérieur, il n’est que temps de se ruer en direction de la scène pour y dénicher l’une des dernières places du premier rang. Évidemment, c’est trop tard pour le côté gauche (celui de Ruben), déjà pris d’assaut par une pleine cohorte de fan(e)s averti(e)s. Tant pis, ce soir je me rabattrai donc sur la droite, terrain de prédilection de l’imposant Mr Paul (il n’y a qu’à voir le roadie se dresser sur la pointe des pieds pour faire la balance de son micro). Et même si ce fut un choix de raison plus qu’autre chose, je dois reconnaître que ce changement dans mes habitudes triggerfingeresques – 5 concerts en 5 mois – fut pour le meilleur. Short-term memory loive report!

La première partie, car il y en a bien eu une, malgré l’absence de toute mention à ce sujet sur le site du Nouveau Casino, fut assurée par un fringant gaillard aux longs cheveux bouclés (Carles Puyol style), répondant au nom de JOHN FAIRHURST. Venu seulement accompagné de son dobro et d’une caisse à pédale pour la rythmique, notre bonhomme a offert au Nouveau Casino un petit voyage sur les terres du blues roots, parfois mâtiné d’une once de country.
Loin d’être un manche sur le manche de son instrument, John a doucement mais sûrement amené la salle à ébullition, à grand renfort de bottleneck et de finger-picking, armes de prédilection des hobbos du Mississippi dont il s’est plusieurs fois réclamé. Secondé par quelques amis démonstratifs dans le public, Mr Fairhurst s’est donc mis tout le monde dans la poche en quelques morceaux, malgré des incidents répétés avec l’accordage de sa gratte.
D’un point de vue strictement personnel, j’ai eu la nette impression que notre bluesman hippie forçait trop sa voix à imiter celles, rocailleuses à souhait, de Tom Waits et de George Thorogood, bien que la sienne soit encore un peu trop « tendre » pour ce registre. Le tout sonnait un peu forcé, mais rien de très grave. Une bouteille de scotch et trois paquets de clopes par jour pendant quelques années, et tout rentrera dans l’ordre.

Boucles d’Or ch. 3 Ours mélomanes pour faire un bœuf.

John parti avaler son sac de gravier quotidien, le staff de TRIGGERFINGER s’active sur scène, débâchant la batterie de Mario, vérifiant guitares et micros, hissant le fond de scène doré emblématique du trio… et scotchant les setlists au sol. Chic chic chic. Un rapide coup d’oeil par dessus l’enceinte retour de Mr Paul et quelques photos prises à l’arrache plus tard, j’ai la confirmation que les gars ont décidé de marquer le coup pour leur venue dans la ville lumière. Pas moins de seize noms de  morceaux sont en effet couchés sur le papier, dont cinq prévus lors d’un rappel-bouquet final au cours duquel doivent s’enchaîner I Follow Jack Rivers (détournement potache qui n’abusera personne), Is It et Man Down. Enfin! Qu’elle s’est laissée désirer, cette reprise de Rihanna! Oui, j’ai bien écrit de Rihanna, car même si je ne suis pas un grand fan de miss parapluie, la version qu’en ont donnée les gars lors de leur battle sonique face au crew des De Jeugd Van Tegenwoordig, à l’occasion du Redbull Soundclash, empruntant pour l’occasion l’intro tonitruante   du mythique Kashmir de Led Zeppelin, valait largement son pesant de roggeverdommeke. Bref, Tonight’s the night.

Les derniers réglages rapidement expédiés, Ruben, Mario et Mr Paul montent sur scène, chaudement applaudis par un public déjà survolté. Le début du set ne fera rien pour faire retomber la fièvre, le bien nommé I’m Coming For You faisant office de coup d’envoi nerveux, aussitôt suivi du On My Knees réglementaire, histoire de vérifier que la salle est prête à y mettre du sien. Aucun problème de ce côté là, on enchaîne donc avec de l’encore plus lourd, à savoir Short-Term Memory Love. Les premiers pogos éclatent dans la fosse, et les cinq premiers rangs du Nouveau Casino se transforment en piscine à vagues humaines. Avis de tempête dans le 11ème arrondissement.

Après une première et salutaire respiration, mise à profit par Ruben pour saluer le public au nom du groupe et le remercier de s’être déplacé en nombre (c’était sold out baby), le show repart sur de bonnes bases avec un Let It Ride qui fera la passerelle entre le rock stoner des débuts et la petite parenthèse bluesy judicieusement déployée au milieu du concert. Au menu, All Night LongMy Baby’s Got A Gun (certes downtempo, mais tout à fait headbang-able) et deux raretés, Camaro (rien à voir avec le rappeur homophone, Dieu merci) et Hunt You Down, toutes deux tirées du premier album du combo, et qui clôturèrent cet intermède un peu moins heavy que la normale de manière rock et classieuse.

Mr Paul, période bleue…

La fin du set fut l’occasion pour nos pistoleros belges de remettre une couche de gros son (on ne regrette jamais d’avoir pris ses bouchons d’oreilles avec Triggerfinger), comme on était en droit de le supposer. Tout le monde shaka son booty sur All This Dancin’ Around, à la suite d’un Ruben diaboliquement sexy, et dont les chorégraphies suggestives achevèrent de faire fondre le parterre de groupies bavant sur ses chaussures sarcelle. Puis vint le tour de l’incontournable solo de batterie de Monsieur Mario Goossens, pas aussi long qu’à l’accoutumée, mais toujours bluffant de maîtrise et d’inventivité. Un First Taste attendu comme le messie par la salle en fusion, qui se fracassa vaillamment le larynx et les cordes vocales sur les chorus inhumains du refrain, suivi d’un Soon conclusif, et voilà nos lascars qui saluent et sortent de scène, laissant le soin au public de les rappeler sur les planches à force de hurlements et d’applaudissements. We want more! We want more!

Le même, période blanche.

Le rappel tant attendu débuta par une chanson calme et jouée par le groupe (réduit au seul Ruben Block au moment des faits) depuis quelques shows seulement. Recueillement quasi religieux lors de ce Without A Sound, ou plutôt calme avant (le retour de) la tempête. Le Commotion qui suivit se chargea de rappeler aux spectateurs que les trois Amigos en avaient encore largement sous le pied. Magnanimes, ils accordèrent toutefois un sursis de cinq minutes au public avant la mise à feu des dernières bombes, le temps pour ce dernier de recouvrer quelques forces au son d’un I Follow Rivers récréatif. Le délai écoulé, ils remirent les gaz  pour un diptyque final Is ItMan Down, qui tint toutes ses promesses en dépit d’une sortie voix un chouilla trop faible. J’espère que les voisins ont apprécié.

Paris, 24 Octobre 2012, 22h40. Des petits groupes d’individus en sueur s’échappent du Nouveau Casino et se dispersent sur la rue Oberkampf, pas le moins du monde gênés par la fraîcheur de cette nuit d’automne. En quelques pas, ils se fondent dans la masse des noctambules parisiens, et rien ne les distingue plus de leurs congénères en goguette, mis à part les éventuels sifflotements de la mélodie d’I Follow Rivers ou quelques « rompopopom » Man Down-esques s’échappant de la bouche du métro. Les foules s’égaillent mais les souvenirs resteront, car comme disent nos cousins outre-Manche (et outre-Meuse, des fois que, comme le rédacteur de ce blog, ils se piquent de parler en anglais parce que c’est la classe) this was a night to remember. Period.

Setlist Triggerfinger:

1)I’m Coming For You 2)On My Knees 3)Short Term Memory Love 4)Let It Ride 5)All Night Long 6)My Baby’s Got A Gun 7)Camaro 8)Hunt You Down 9)All This Dancin’ Around 10)Mario Drums’ Solo 11)First Taste 12)Soon
Rappel:
13)Without A Sound 14)Commotion 15)I Follow Jack Rivers (Lykke Li Cover) 16)Is It 17)Man Down (Rihanna Cover)

KWOON @ LE NOUVEAU CASINO (28.09.2012)

Conclusion d’une semaine épique, ce concert de KWOON au Nouveau Casino fut placé sous le signe du rock progressif le plus atmosphérique qui soit. Un genre qui a connu son heure de gloire il y a quelques décennies, porté en haut des charts et des radios par des groupes tels que Pink Floyd (qui creusa la veine avec application, depuis Set The Controls For The Heart Of The Sun en 1968 jusqu’à Marooned en 1994), Genesis ou Camel, mais aujourd’hui guère plus prisé par les majors et l’industrie de la musique. À une époque où les plus gros vendeurs de disques ne parlent que de leurs histoires de cœur binaire (je t’aime trop bébé/espèce de chameau, tu m’as trahi(e) ) en trois minutes trente chrono, sur fond de boucles electro et à grand renforts d’auto-tune, quelle place reste-t-il pour les morceaux purement instrumentaux (ou presque) dépassant allégrement les cinq cent secondes? Au mieux, une place au soleil dans le monde plus tolérant de l’indie (Archive, Sigur Ros), mais le plus souvent, un aller simple pour une carrière confidentielle et semée d’embûches faite de concerts dans des petits clubs tous les six mois et d’exposition médiatique ultra-limitée, attend les courageux musicos qui choisissent d’emprunter cette voie résolument non-commerciale.

Si le Nouveau Casino n’était pas complètement plein pour Husky, on peut dire sans trop noircir le trait qu’il n’était pas totalement vide quand les cinq de CECILIA::EYES sont entrés sur scène, sans tambours ni trompettes*. Constat certes un peu triste, mais guère surprenant au vu de la notoriété restreinte des groupes à l’affiche de la soirée. Qu’à cela ne tienne, il faudra plus que ce comité d’accueil clairsemé pour empêcher les Cecilia::Eyes de faire correctement leur boulot. La quintette belge branche ses instruments, et s’attelle à un set magistral et habité, le genre qui vous happe dès la première note et vous entraîne higher and ailleurs. Ce n’est pas un hasard si leur deuxième album a été baptisé Mountain Tops Are Sometimes Closer To The Moon, car la musique distillées par le combo a le pouvoir d’emporter ses auditeurs à des hauteurs stratosphériques. On sait maintenant ce que Felix Baumgartner écoutera dans le ballon qui l’amènera aux frontières de l’espace.

*: Si un jour je me retrouve à gérer une salle de concert ou un festival (on peut toujours rêver), je m’assurerais que tous les artistes programmés soient précédés sur scène par un présentateur chargé de mettre le public en condition, voire de le réveiller si besoin est. Rien de plus pénible que de voir un groupe s’installer dans l’indifférence générale.

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Totalement instrumentaux, les morceaux de Cecilia::Eyes font la part belle aux progressions aériennes de guitare, soutenues par une basse profonde et une batterie imposante. Ajoutez quelques effets de synthé pour lier le tout, et vous obtenez la recette pour des titres comme Like Wolves, Four Lost Soldiers ou Fifty Years Under The Tent, trois morceaux de plus de huit minutes, soit exactement le temps qu’il faut à l’esprit pour appréhender tous les détails des fresques grandioses peintes sous nos oreilles par les cinq impressionnistes du plat pays. Un pur régal, dans la droite ligne des dernières expérimentations soniques du Floyd, sur lesquelles un Gilmour au sommet de son art et de son jeu tout en feeling, s’était permis d’aligner les ambiances plutôt que les morceaux. Quelque part entre Cluster One (dont le piano serein est évoqué en introduction de Fifty Years…) et Red Sky At Night (présent sur le troisième album solo de Gilmour, On An Island), voilà où se trouve la contrée reflétée dans les grands yeux de Cecilia. Aucun rapport avec la nymphomane de Simon & Garfunkel.

Quarante minutes après le décollage, la balade vers l’infini et l’au-delà prend fin sur un dernier No Prayers, No Bells, No Homelands**. Michael Colart, porte-parole scénique du groupe, en profite pour tendre une dernière fois sa guitare en direction des premiers rangs du public, avant de balancer son plectre dans la foule. L’inverse aurait été cocasse. Fin d’une performance intense et maîtrisée, saluée comme il se doit par un Nouveau Casino pas encore tout à fait plein mais plus rempli qu’au début du set. Tout de même, les retardataires ont eu tort.

**: à défaut de pouvoir analyser les paroles, on peut déduire aux titres des morceaux que le groupe se rapproche davantage du courant prog’ « sérieux », voire un peu tragique – Anthem For A Doomed Youth, Death For Treason, For The Fallen… ça respire la joie – que de celui des adeptes de la joyeuse déconnade: on est loin des Green Onions de Booker T. and the M.G.’s ou du Return of the Son of Shut Up ‘n Play Yer Guitar de Zappa.

 

Après une mise en place rapidement effectuée (la batterie utilisée par Cecilia::Eyes restant en place pour la suite de la soirée), c’est au tour des Kwoon de montrer ce dont ils sont capables. Tête d’affiche pas vraiment plus connue que leur première partie, le groupe de Sandy Lavallart (compositeur de l’Apocalypse, dixit son website) livrait ce soir la première représentation d’une micro-tournée, conclue le jour suivant par un concert au Ferrailleur de Nantes. Pas facile de partir à la conquête de la France pendant des semaines quand on est une quintette de rock prog’ indie.

Bâti comme Cecilia::Eyes sur un triumvirat de guitares complété par une basse et une batterie, Kwoon se démarque cependant par la présence d’un chanteur attitré (Sandy), qui, s’il a parfois eu du mal à s’imposer face à ses camarades de jeu, souvent trop bruyants pour que le mince filet de voix de leur leader reste clairement audible par tous, a toutefois livré une prestation assez convaincante dans l’ensemble. Mais à l’instar de leurs prédécesseurs, c’est dans les passages instrumentaux que la musique des Kwoon prend toute sa dimension, et embarque le public dans un road-trip céleste et onirique (I Lived On The Moon, Great Escape, When The Flowers Were Singing…).

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Les titres s’enchaînèrent avec fluidité organique, sans qu’une quelconque lassitude se fasse sentir malgré des compositions très proches au niveau de leur structure: à défaut d’originalité, nous eûmes droit à de l’intensité. Un classicisme épique qui régala les spectateurs du Nouveau Casino pendant la grosse heure que dura le concert. Après la sortie de scène des cinq Kwoons, vivement applaudis par une salle toute prête à remettre le couvert pour une dernière escapade dans les tréfonds du cosmos, on se prend à rêver d’un rappel effectué par les deux groupes, afin de conclure la soirée de la manière la plus grandiose et appropriée qui soit. Ce ne sera pas pour cette fois (il n’y aura même aucun rappel), mais c’est une idée à contempler – hé hé –  si jamais l’occasion se représente.

…and those ones are Kwoon. Who let all this riffraff into the room? (I want to thank him/her)

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Au final, ce fut encore une très belle soirée de musique, passée en compagnie de deux groupes trop peu connus, et qui n’obtiendront probablement jamais le niveau de reconnaissance qu’ils mériteraient. Triste. Sans pouvoir faire grand chose pour corriger ce scandaleux état de fait (à moins qu’un fan ait les moyens d’acheter cent mille copies de chaque album, ce dont je doute, mais sait-on jamais), contentons-nous de soutenir l’activité de ces glorieux obscurs, ces héroïques laissés pour compte de l’industrie musicale à notre petit niveau. Hommage…

Setlist Kwoon:

1)Calamity Jane 2)Emily Was A Queen 3)Wark 4)Schizophrenic 5)When The Flowers Were Singing 6)Back From The Deep 7)Labyrinth Of The Wrinch 8)Bird 9)I Lived On The Moon 10)Blue Melody 11)Great Escape 12)Ayron Norya 13)The Last Trip Of A Broken Man

HUSKY @ LE NOUVEAU CASINO (26.09.2012)

Tapie au fond d’une minuscule alcôve coincée entre un café à la façade défraîchie et les empilements de bobines de fil pastel de la vitrine d’un Mecatechnic, la porte noire qui mène au Nouveau Casino ne paie vraiment pas de mine. D’ailleurs, sans le présentoir à flyers signalant l’endroit comme l’un des nombreux repaires de musique live que compte la capitale, je crois bien que j’aurais remonté la rue Oberkampf jusqu’à Ménilmontant sans me rendre compte que j’avais laissé mon point de chute du soir loin derrière moi. Bref, il faut connaître. Une fois à l’intérieur du lieu, un couloir vous amène jusqu’au guichet, où après contrôle des billets, on vous laisse entrer dans le saint des saints. Lumière tamisée, projections sur les murs d’un teaser savamment vintage, bar imposant aux flancs translucides, lustres rococo pendant au plafond: l’endroit évoque davantage un club lounge qu’une salle de concert. Impossible cependant de manquer la scène surélevée qui trône en arrière plan, et sur laquelle attendent patiemment claviers, guitares, batterie et même, ô joie, un violoncelle.

Pendant que la salle se remplit doucement, RENÉE et ses musiciens entrent en scène, encore légèrement humides de leur balade parisienne effectuée sous la froide pluie de Septembre. En sus de cette petite déconvenue météorologique (vraiment pas de taille à priver de leur bonne humeur ce trio de joyeux flamands, passablement habitués, on s’en doute, à prendre la drache), Renée nous apprendra qu’elle et ses amis cherchent encore un endroit où passer la nuit. Rock’n roll spirit.

Première partie tout en douceur et en retenue, le pop-folk proposé par la petite troupe belge a su capitaliser sur ses points forts (jolie voix épurée, piano jazzy et violoncelle chaleureux), faisant ainsi passer sa grande conformité au second plan. La musique de Renée respecte en effet scrupuleusement le cahier des charges imposé, au point que mêmes les petites touches de fantaisie, comme la « guitare de Barbarie » convoquée sur le premier morceau, The Fear, ou les oiseaux (simulés par un public coopératif) de l’ouverture de The Choir peinent à surprendre (mais était-ce vraiment leur but?). Si l’album (Extending Playground) défendu par cette jeune songwriter gantoise ne redéfinira pas un genre par ailleurs fondamentalement averse à toute évolution, il saura en revanche merveilleusement accompagner les soirées d’hiver passées à contempler les bûches se consumer lentement dans l’âtre. Vous n’avez pas de cheminée? Je pense à vous.

Setlist Renée:

1)The Fear 2)Tendry 3)Tik A Tak 4)Little Soldier 5)Belly 6)The Choir 7)Hand On My Head 8)Like A Balloon 9)Dum Dum Dum

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De loin, on pourrait prendre HUSKY pour un supergroupe monté par des pointures du folk et du rock, histoire de s’amuser un peu. Parmi ces Traveling Wilburys du troisième millénaire, on retrouverait ainsi Dan Auerbach des Black Keys (Husky* Gawenda), Ben Bridwell des Band of Horses (Gideon Preiss, cousin du premier) et Justin Vernon de Bon Iver (Luke Collins). Ajoutez Ewan Tweedie à la basse, et vous obtenez Husky. Pas mal comme line up, pas mal du tout.

Verdict? (© Husky)

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Auteurs d’un album (Forever So) leur ayant permis d’atteindre une confortable notoriété dans leur Oz natale, les Husky sillonnent en ce moment le reste du monde afin de convertir les pays du Up Over (ça m’étonnerait que l’expression fasse école, mais puisqu’on parle bien du land down under pour désigner l’Australie, permettez que je tente ma chance) à leur folk solaire. Ayant écouté cette première galette en boucle le jour du concert afin d’arriver sur place aussi préparé que possible, je peux certifier de l’excellente tenue de cette dernière, alternant entre calvacades dans le bush (History’s Door) et promenades nocturnes sur les plages de la côte sud (Animals And Freaks), le tout lié par l’impeccable production de Noah Georgeson pour un résultat remarquable de cohérence. Chassant aussi bien sur les terres de Mumford & Suns que sur celles d’Ewert & The Two Dragons, Forever So est une synthèse réussie et addictive de tout de ce qui nous fait aimer le nu folk. Restait à voir si la délicate alchimie obtenue après mixage se retrouverait sur scène.

Face à un Nouveau Casino pas totalement plein, Husky (le chanteur) s’excuse de s’exprimer en anglais – sa mère est professeur de français – et se dit très content de jouer à Paris, « the city of love (and cheese) », même sous la pluie. Le set se déroule tranquillement, et donne l’occasion de découvrir de nouvelles facettes du talent du groupe. Conditions live obligent, la guitare de Husky, très « nette » sur le disque, se retrouve un peu noyée par les autres instruments, surtout lors des passages en picking, pendant lesquelles la paire Tweedie-Collins a tout loisir de lui voler la vedette.

Autre révélation, la virtuosité impressionnante de Gideon aux claviers, particulièrement mise en valeur au cours d’un long solo en ouverture de Woods. Le gars a une excellente formation classique, c’est indéniable, et si cette maîtrise n’a pas vraiment été mise à contribution sur l’album (retenue qui se justifie entièrement à l’écoute de ce dernier: les morceaux se suffisent parfaitement à eux-mêmes dans leur forme actuelle), la démonstration offerte par le claviériste du quatuor est arrivée à point nommé pour amorcer un final étincelant.

Car, deuxième magnifique surprise, c’est à la suite de ce morceau de bravoure que les Husky choisirent de dégainer leur arme fatale. Pendant que Luke s’extrait de derrière ses fûts pour venir reprendre la guitare abandonnée par son frontman, ce dernier annonce que le prochain morceau sera une reprise. Et quelle reprise! Lover Lover Lover (Leonard Cohen) était déjà une chanson sublime dans sa version originale, mais les harmonies vocales dignes des grandes heures de CSN dont l’ont rehaussée Husky, Gideon et Ewan l’ont tout simplement amené à un niveau supérieur d’émotion, assisté sur la fin par un Nouveau Casino définitivement conquis. Puis vint le tour d’un History’s Door conclusif, suivi peu de temps après d’un majestueux Don’t Tell Your Mother de plus de sept minutes en rappel.

*: Si vous vous demandiez l’origine du nom du groupe, voilà la réponse. Ils sont fous ces Australiens.

Coast of Freedom found. It’s Australia.

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Visiblement peu pressés de quitter la salle, les Husky se sont ensuite volontiers plié au jeu du merchandising, dédicaçant tout ce qu’on leur tendait et discutant longuement avec qui voulait. Toujours sympathique, même si il a fallu s’armer de patience pour acquérir sa copie du précieux CD. La rançon de la proximité, on ne va pas se plaindre non plus. Comme un clin d’œil du destin, et pour rappeler que le monde des artistes indie est décidément tout petit, j’aperçois dans la foule des curieux le duo germano-suisse BOY, en grande discussion avec Husky. Ça tombe bien, elles joueront le lendemain à la Maroquinerie. À plus tard les filles.

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On quitte donc le Nouveau Casino tout(e) imprégné(e) de la délicieuse mélancolie rêveuse distillée avec un art consommé par le combo australo-belge. Pour un peu, on en oublierait à quel point Paris peut-être déprimant sous la pluie. Husky n’est peut-être pas un supergroupe, mais c’est certainement un super groupe. CQFD.

Setlist Husky:

1)Tidal Wave 2)Dark Sea 3)Hundred Dollar Suit 4)How Do You Feel 5)Animals & Freaks 6)Fake Moustache 7)New Song 8)Hunter 9)Woods 10)Lover Lover Lover (Leonard Cohen’s Cover) 11)History’s Door 12)Don’t Tell Your Mother (Rappel)

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