Archives Mensuelles: novembre 2013

TRIXIE WHITLEY @ STUDIO RTL2 (11.11.2013)

Cela semble devenir une tradition. Deux ans presque jour pour jour après le concert privé donné par Susanne Sundfør dans le grand studio RTL, Francis Zégut, sculpteur de menhirs à la ville et animateur radio à ses heures perdues (Pop-rock station by Zégut, l’émission qui vous réconciliera  – peut-être – avec la bande FM) conviait à nouveau une centaine d’auditeurs chanceux au 22 de la rue Bayard pour l’enregistrement d’une émission en public. Cette fois-ci, il s’agissait de célébrer comme il se doit la sortie du deuxième coffret/compilation de tonton Z, longbox de quatre CDs renfermant la quintessence de l’émission* en 55 titres amoureusement sélectionnés par le bon barbu.

C‘est avec une certaine émotion que j’ai franchi à nouveau le seuil de la salle où, en 2011, j’avais assisté à mon premier concert Sundfør-ien. Plus de corbeaux de bois pour nous accueillir cette fois ci, l’invitée du soir, TRIXIE WHITLEY, ayant opté pour une sobre performance solo à la guitare et au clavier. Fille du musicien Chris Whitley, disparu en 2005, la demoiselle a gentiment accepté de rogner sur son day-off parisien (un concert au Divan du Monde était prévu le lendemain de l’émission) pour nous interpréter quelques morceaux. Et au vu de l’importance de la dynastie Whitley dans la tracklist du coffret (le Big Sky Country du papa sur le disque « Classiques », les Hotel No Name et Pieces de la fille sur le disque « Live »), nul artiste invité n’aurait pu être plus légitime que Miss Whitley pour cette soirée de lancement.

Interview 1

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Divisé en deux parties de trois morceaux chacun, le set de Trixie Whitley constitua bien sûr le cœur et l’âme de la soirée, autrement consacrée à quelques rapides interviews des collaborateurs de Zégut pour la réalisation de la longbox (le responsable clearance de Warner, le photographe et la barbière – si si – de l’intéressé) ainsi qu’à la diffusion d’extraits des différents disques de cette dernière. Tout de noir vêtue et très élégante dans sa robe fendue en velours, Trixie débuta par quinze minutes sur une guitare acoustique à l’aspect aussi improbable que la sonorité. L’interview qui conclut cette première intervention aurait selon moi gagné à être menée en anglais (quitte à traduire les questions et les réponses au passage), plutôt qu’en français, langue dans laquelle la belgo-américaine Whitley accepta de s’aventurer de bonne grâce, pour un résultat tout à fait compréhensible mais assez peu dynamique.

Trixie Whitley 1Une heure plus tard, ce fut au clavier (et en manteau, car il faisait sacrément froid dans le studio) que Trixie Whitley revint enchanter les oreilles des spectateurs et auditeurs, s’excusant entre deux morceaux, faute de backing band, de ne jouer que des ballades. Il aurait fallu avoir la sensibilité d’un bloc de béton pour regretter ce choix de la douceur et de l’émotion, surtout exprimées avec autant de maestria par la simple et merveilleuse association d’une voix et de quelques notes de piano, aussi pardonna-t-on sans sourciller cette faute qui n’en était pas une (Pièces et Breathe You In My Dream, tout de même!). Meubler les vingt dernières minutes de l’émission après cette apothéose live ne fut pas chose facile, ce qui me fait penser qu’il aurait été plus judicieux de demander à Trixie Whitley de conclure la soirée (comme ça avait été le cas pour le concert de Susanne Sundfør, qui avait occupé la plage 23h-00h – et laissé tout le monde, moi le premier, sur les genoux) plutôt que de lui octroyer deux fois quinze minutes en milieu de programme. Quoiqu’il en soit, je ne peux que remercier Francis Zégut et l’équipe de RTL2 de m’avoir permis d’assister à cette session privée, dont on peut retrouver les meilleurs moments sur le site web de la radio.

*: Promotion oblige, le coffret est actuellement mis en jeu en quantité astronomique dans une foultitude de jeux concours, et donc potentiellement acquérable sans bourse délier. Les lecteurs intéressés devraient commencer par tenter leur chance sur le blog de Francis Zégut.

Jamais deux sans trois, dit on. Et bien, si la loi des séries doit être prise au sérieux, et j’espère qu’elle le sera, je reviendrai au grand studio RTL en Novembre 2015, pour une nouvelle claque musicale comme seul le sieur Zégut sait les asséner. Même pas mal, même pas peur.

Interview Trixie Whitley 3

Setlist Trixie Whitley:

1)Fourth Corner 2)Gradual Return 3)Oh The Joy
4)Undress Your Name 5)Pieces 6)Breathe You In My Dream

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FISH @ LE DIVAN DU MONDE (04.11.2013)

La découverte de nouveaux talents musicaux a beau être une activité incroyablement gratifiante, il faut bien avouer que même le plus radical des hipsters peut de temps à autre se prendre à soupirer vers les concert de têtes d’affiche, quitte à se morigéner durement après avoir cédé à ses coupables envies. Que celui qui n’a jamais senti un frisson d’émotion à l’écoute d’un Olympia, un Zénith ou un Parc de Prince (hérésie!) reprenant comme un seul fan les paroles d’un tube planétaire lui jette la première platine vinyle*. Même les plus purs et les plus nobles principes ne suffisent parfois pas à contenir les pulsions animales et grégaires tapies en chacun de nous, et lorsque les digues finissent par se rompre, on assiste souvent à des comportements que l’on n’aurait pas cru possible. Dans le cas qui nous occupe – la musique live, pour ceux qui ne suivent que d’un œil – la situation ressemble souvent à ça: après avoir bravement démontré son intransigeance à de multiples reprises, en allant applaudir des artistes à peu près inconnus dans des salles à peu près désertes, notre afficionado se dit qu’il a bien mérité de faire une pause dans son chemin de croix, et achète un billet pour un concert « grand public ». Ca lui fait mal et il a un peu honte, mais il se dit que ça lui permettra peut-être d’élargir son cercle de connaissance au delà de la poignée d’intégristes qu’il retrouve régulièrement au cours de ses sorties habituelles. Directioners, si vous entendez quelqu’un comparer vos idoles à un groupe de psyché-pop hongrois les 20 et 21 Juin prochains, montrez-vous compréhensifs** : il s’agira sans doute d’une de ces âmes en peine dont je viens de dresser le portrait, tâchant tant bien que mal de conserver sa santé mentale au milieu de l’hystérie collective.
Heureusement, il n’est pas toujours nécessaire d’en arriver à de telles extrémités pour étancher sa soif de communion de masse. Il existe des artistes qui fédèrent autour d’eux un public passionné, mais à échelle humaine, ce qui leur permet de se produire dans des salles de taille moyenne avec une ambiance digne des plus grandes scènes. Inutile de dire qu’il est plus que recommandé d’assister à leurs concerts quand on en a l’occasion, car le résultat est toujours, toujours, spectaculaire.

*: Le hipster ne se laisse pas lapider avec n’importe quoi, c’est bien connu.

**: Oui, je pars du principe qu’il y aura au moins un mec au Stade de France, et comme le masculin l’emporte dans la grammaire française…

Il y a tellement à dire sur le cas de FISH que je laisse à la discrétion des lecteurs ne connaissant ni d’Eve ni d’Adam le prodigue écossais le soin de combler cette impardonnable lacune par eux-mêmes. Dix jours avant que Marillion ne vienne jouer au Bataclan, l’iconique ex frontman de la formation se produisait donc sur les planches du Divan du Monde dans le cadre de la tournée The Moveable Feast Tour. La critique dithyrambique d’un fan anglais ayant assisté à un concert quelques mois auparavant finit de balayer les quelques réserves que je nourrissais quant à la capacité de Fish à défendre ses titres en live (un penchant assumé pour la boisson et une opération des cordes vocales en 2009 n’étant pas des facteurs très encourageants): comme j’avais attendu une journée entière que Bob Dylan vienne confirmer tout le mal qu’on disait de lui, et en connaissance de cause s’il vous plaît, je pouvais bien donner sa chance à une autre icône des temps jadis.

Bien avant l’ouverture des portes, prévues à 19h30, une foule compacte de trentenaires, quarantenaires et cinquantenaires patientait sur le trottoir gauche de la rue des Martyrs. Deux ans après son dernier passage par la capitale, la venue de Fish au Divan du Monde valait bien que l’on brave le crépuscule de Montmartre pour s’assurer d’une bonne place. Pour ma part, ayant découvert dans la file d’attente que ma GoPro avait trouvé le moyen de s’allumer malencontreusement au cours de la journée, épuisant de fait sa faible autonomie, je décidai de privilégier le confort à la proximité de la scène, et me rabattis sur un canapé au balcon (trop jeune pour jouer au groupie). En l’espace de quelques minutes, le peu que l’on pouvait distinguer de l’estrade à travers la rambarde en fer forgé disparut derrière une triple rangée de fans, ce qui réduisit le concert à une expérience purement auditive (rappel excepté). Quitte à adapter The Wall à la prestation de Fish, autant le faire confortablement engourdi sur les coussins d’un sofa plutôt que coincé entre une colonne en béton et une demi-douzaine d’adeptes vociférants*, non?

Même sans l’image, impossible de rater l’entrée en scène des protagonistes de la soirée, dont la longueur du set (plus de 2h20) les amena sur scène sur les coups de 20h. Pas de première partie donc, mais une immense clameur, première d’une longue série, au moment où le glorieux vétéran surgit des coulisses à la suite de ses musiciens. Le flot tranquille et les nappes de brumes autant que de claviers que de Perfume River eurent vite fait d’emporter le Divan du Monde en orbite autour de Piscum. Satisfaction: Fish avait toujours son bel organe, certes plus aussi leste que dans les années 80, mais encore capable d’incarner avec la justesse et l’émotion requises les textes ciselés du barde calédonien. À commencer par les classiques de l’ère Marillion, évidemment plébiscités par le public dès leurs premières notes. Le légendaire Script For A Jester’s Tear d’abord, entonné, partagé, propagé (siffloté même) par 500 fans en communion tout au long de ses dix minutes d’existence. Le tout aussi mythique He Knows You Know ensuite, judicieuse parenthèse insérée entre une longue séquence de morceaux du parcours solo de Fish et la présentation d’une partie de la suite musicale The High Wood (A Feast Of Consequences), inspirée par un séjour mémorable sur l’ancien champ de bataille de la Somme, sur les traces de ses deux grands-pères. Un roboratif medley regroupant Assassing, Fugazi et White Feather (entre autres) enfin, afin de terminer le set avec panache – blanc le panache, évidemment – et rendre un bref hommage à ce qui demeure encore aujourd’hui, et restera sûrement dans les mémoires, comme l’album le plus emblématique de Marillion, et donc de Fish: Misplaced Childhood. Hommage qui se poursuivit d’ailleurs lors du premier rappel avec l’interprétation de la pépite Freaks, merveille de  « face-B » telle que la quintette se plaisait à égrainer durant ses fastes années. Avec au bout du compte, ce verdict sans appel: vingt-cinq ans après avoir claqué la porte de son ancien groupe, Fish doit encore écrire un morceau de taille à éclipser, ou au moins à rivaliser avec, l’imposant héritage Marillion-esque. De la difficulté d’être à nouveau quand on a été…

Au delà de cette considération personnelle, certainement pas partagée par tous les Fisheads autour du globe, ce concert fut également l’occasion d’admirer le talent de showman d’un maître en la matière**. Même s’il est aujourd’hui beaucoup plus sage en matière cosmétique et capillaire, Fish demeure un frontman d’exception, capable d’hypnotiser son auditoire d’un bout à l’autre de sa performance. Toujours aussi prolixe qu’à ses débuts, il prit le temps de soumettre au public du Divan du Monde quelques longues anecdotes en introduction des morceaux majeurs de son set: tristesse devant la déchéance racoleuse de MTV lors d’une nuit de tournée dans un hôtel allemand***, inquiétude face à la multiplication des problèmes environnementaux et climatiques, récit de l’incroyable genèse de High Wood en 2011… Si un quart de siècle plus tôt, à Wembley, à l’Hammersmith Odeon et bien sûr à Lorelei (ainsi qu’à Lyon, s’il n’avait pas plu des cordes ce 16 Juillet 1987), Fish introduisait The Web, Forgotten Sons, White Russians et Garden Party à des dizaines de milliers de fans, ce furent cette fois All Loved Up, Blind To The Beautiful et Crucifix Corner qui bénéficièrent d’une entrée en matière particulièrement développée pour un auditoire certes plus réduit, mais tout aussi enthousiaste et réceptif.

Rappelé deux fois des coulisses après la fin de son set, Fish conclut la soirée par l’incontournable version acoustique de The Company, et promit à la salle de revenir à Paris l’année prochaine. Pas besoin d’être médium pour savoir que ce nouveau rendez-vous, s’il se tient réellement, rassemblera à nouveau des centaines de fans dans un esprit de fête, de communion et de commémoration de ces bonnes vieilles années 80, à l’époque où Marillion remplissait les stades et couronnait les charts avec son neo-prog rock poétique. Cette époque est révolue mais la page n’est toujours pas tournée, et ne le sera sans doute jamais, au moins pour les Fisheads dont je fais partie. There is no childhood end.

*: Auxquels je suis très reconnaissant d’avoir mis une ambiance de folie durant tout le concert d’ailleurs.

**: À noter que Fish arborait un T-Shirt à l’effigie de Jim Morrison, virtuose du crowd control devant l’éternel. Clin d’œil assumé ou coïncidence fortuite, à vous de voir.

***: Sachant que la magnifique Sugar Mice a été inspiré d’un épisode tout à fait semblable (dépression terminale dans un Holiday Inn), j’espère que cette soirée allemande bénéficiera également d’une adaptation musicale.

Setlist Fish:

1)Perfume River 2)Feast Of Consequences 3)Script For A Jester’s Tear (Marillion Cover) 4)Dark Star 5)All Loved Up 6)What Colour Is God? 7)Blind To The Beautiful 8)Mr 1470 9)He Knows You Know (M. C.) 10)Crucifix Corner 11)The Gathering 12)Thistle Alley 13)Assassing (M. C.)/Credo/Tongues/Assassing (M. C.)/Fugazi (M.C.)/A View From The Hill/White Feather (M.C.)

Rappel 1:

14)Freaks (M. C.) 15)Lucky

Rappel 2:

16)The Company

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