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EFTERKLANG @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.12.2012)

Vaincre le mal par le mal. À la mi-Décembre, les charmes de Paris se comptent décidément sur les doigts d’une patte d’un de ses nombreux pigeons invalides. Froide, humide, grise et sale, la ville lumière (ou plutôt, la ville néon) ne fait, à cette époque de l’année, plus rêver grand monde. En cette misérable fin d’automne, qui s’accroche comme une vieille crève aux artères encrassées de la capitale, on prierait presque que l’hiver arrive plus vite, histoire de tout pouvoir mettre à plat et (tenter de) recommencer du bon pied. Et tant pis si les tablettes des Mayas (tactiles ou non) prédisent un solstice 2012 assez gratiné: rien de tel qu’une bonne petite apocalypse pour oublier la morosité ambiante. Coup de chance, en cette soirée du 13 Décembre, cette prière tacite fut exaucée par la venue intramuros d’une petite troupe d’émissaires de la longue nuit arctique, fraîchement (haha) retournée d’un périple sonore dans les rues désertes de Pyramiden, cité ziggourat perdue quelque part au Nord de tout, sous les latitudes terriblement lovecraftiennes de l’archipel du Spitzberg. Tout ça ne fera pas tomber la neige sur les Champs Elysées, mais c’est toujours ça de gagné en attendant. Winter is coming comme on dit. Aperçu.

Film 2²Il ne fallait pas arriver en retard ce soir là au Café de la Danse si on ne voulait rien rater. À 19h30 précise, les lumières de la salle s’éteignirent et la projection de An Island (« making-off » de Piramida) commença pour un parterre de spectateurs encore assez dégarni. Mélangeant extraits de la collecte de sons des EFTERKLANG dans la ville minière fantôme, évocations des débuts du groupe et performances live, la grosse demi-heure de film qui servit de mise en bouche à la soirée n’était pas d’un intérêt indiscutable pour qui connaissait la genèse du dernier album de la bande de Copenhague. Cette introduction eut toutefois le mérite de plonger précocement le public dans l’univers mélodico-expérimental propre au combo danois, préparant le terrain pour ce dernier de manière très efficace. On en regretterait presque l’interlude représenté par la première partie proprement dite, coincée entre l’arbre et l’écorce comme un cheveu dans la souche. Presque.

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

I Was Playing Xylophone (for Efterklang)

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Car NEESKENSsongwriter gueldrois (mais francophone) n’était pas venu au Café pour se faire voler la vedette par les échos numériques d’Efterklang. Tu rêves Herbert. Sitôt l’écran de projection évacué, laissant apparaître les moellons emblématiques de la salle, notre homme surgit des coulisses, guitare en main, prêt à donner le change à un public pas encore tout à fait remis de sa récente expérience cinématographique. On en aurait presque oublié qu’il ne faut pas forcément sampler le bruit de la pluie qui dégoutte d’une main tendue (véridique) ou avoir à sa disposition cinquante marmots secouant des feuilles de journaux (véridique bis) pour faire de la musique. Back to basics.
Folkeux assumé, Neeskens dépeint ses villes (Amersfoort, Apeldoorn, Groenlo) sur fond de finger-picking tranquille qui n’est pas sans rappeler le Cabrel du début des années 80, l’aqueux-cent d’Astrafort en moins. Et la moustache aussi.

Neeskens 8²

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Neeskens 1²Pour avoir déjà assisté à une prestation du gaillard plus tôt dans l’année (en première partie des Waterboys de Mike Scott), j’ai été agréablement surpris par l’adjonction de quelques fantaisies dans la prise voix, principalement un chouilla de delay de temps en temps, utilisé à bon escient pour étoffer (le folk c’est bon mais c’est souvent un peu sec à la longue) le propos en milieu et fin de set.
Pour le reste, j’ai retrouvé le Neeskens de mes souvenirs, c’est à dire un jeune type livrant ses compos au public avec un mélange d’intensité et de gêne. Un peu plus serein (ou détaché) qu’en Mai dernier au Bataclan, un peu plus loquace également, le Gueldrois n’a pas pour autant réussi à briser la glace avec la salle, pourtant loin d’être hostile, ni même à n’ébaucher l’ombre d’un sourire durant son tour de chant. Un peu comme l’enfant prodige que ses parents forcent à jouer devant tout le monde pendant les réunions de famille, et qui finit par s’exécuter de mauvaise grâce, Neeskens n’avait pas l’air franchement ravi d’ouvrir pour Efterklang. Il avouera même que son rêve serait (plutôt) de faire la première partie d’Elbow. Qu’on n’y voie surtout aucune critique adressée en sous-main au trio danois, mais plutôt une tentative, un peu maladroite, de faire la conversation entre deux morceaux. Même embarras à la fin du set, au moment de remercier les membres de l’équipe technique… dont il a oublié les prénoms. L’intention était belle, mais la réalisation brouillonne. À travailler.

Pour le reste, il ne vous reste plus que quelques jours pour écouter Groenlo, premier EP bien foutu du gars Neeskens. Il y a même une chanson, Falling Down, qui parle de la fin du monde, dixit son auteur (U+21D3.svget peut-être une autre du suicide, mais c’est à confirmerU+21D3.svg). Tout à fait à propos.

Pendant que les Efterklang investissaient la scène pour procéder aux ultimes réglages d’avant-show, la « fosse » du Café de la Danse se remplissait rapidement, provoquant un massif retour à la station debout des premiers rangs, jusque là bien gentiment assis. L’estrade n’avait plus l’air si proche tout d’un coup. Tant pis, on voyait quand même à peu près la tête de Casper Clausen… la plupart du temps. Ça aurait pu être pire.

À tout seigneur, tout honneur, le groupe débuta donc par le premier single du dernier album, Hollow Mountain et son entêtant mantra introductif. Bienvenue à, bienvenue en Piramida. Parfaitement restituée dans toute sa grâce évanescente, l’ambiance rêveuse et feutrée du concept album emplit rapidement la bâtisse, suscitant une chaleureuse première ovation de la part d’un public visiblement expert es Efterklang. J’en veux pour preuve sa réaction immédiate sur les premières mesures de I Was Playing Drums, morceau suivant du set, et sans doute plus gros « tube » des Danois à ce jour. Encore un peu timide mais diablement affûté, le public parisien s’affirmera progressivement, jusqu’à parvenir jusqu’à un niveau de frénésie festive qui poussera le groupe à se fendre d’un deuxième rappel. Pas mal du tout.

Efterklang en tête à tête...

Efterklang en tête à tête…

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Efterklang XIIMais ne sautons pas d’étapes. Après cette première incartade du côté de Magic Chairs, ce fut au tour de Tripper de fournir une munition au show, sous la forme de Step Aside. Puis retour au présent avec un Sedna de toute beauté. Piramida est décidément un bien bel album, peut-être le plus accessible de la discographie du groupe, dont le goût pour l’expérimentation avait précédemment engendré des galettes un chouilla trop complexes pour que leur succès critique se double d’un succès commercial. Porté par les nappes de claviers de Mads Brauer, la basse veloutée de Rasmus Stolberg et les entrelacs vocaux de Casper Clausen et de la Broderick Family (Thomas au violon et Heather aux claviers), les morceaux issus de la dernière livraison du trio (sept au total, soit la moitié de la setlist), impeccablement exécutés malgré l’absence de cuivres, permirent au concert de vraiment décoller. On espère qu’ils auront le même effet sur la popularité internationale du groupe, encore limitée.

Efterklang 3²Mais si Efterklang peut compter sur sa musique pour séduire, envoûter même, son public, le groupe a d’autres atouts dans sa manche pour emporter la décision. Et en premier lieu, l’irrésistible sentiment de bonne humeur et de complicité partagé par les compères, à commencer par un Casper Clausen rayonnant d’un bout à l’autre du show. Facteur bénévole, il alla jusqu’à lire au public le message d’anniversaire laissé par un fan de Strasbourg (le concert précédent s’étant tenu à la Laiterie) pour une de ses connaissances parisiennes, avant d’inviter l’assistance à lui remettre quelques souvenirs à faire passer aux spectateurs de Francfort, le lendemain. Si vous tombez sur un ticket de métro de la RATP en marchant sur la Bachmannstraße, vous saurez comment il est arrivé là.

Après une longue et belle incursion « Piramidienne » (Black Summer, Between The Walls, Dreams Today, Monument), la dernière ligne droite du set vit le groupe revenir vers Magic Chairs pour un final enlevé (Raincoats + Modern Drift). Martelés par des dizaines de semelles enthousiastes, les gradins du Café de la Danse se métamorphosèrent en caisse de résonance géante, dont les roulements eurent tôt fait de rappeler le groupe sur scène. Le rappel, en deux actes, vit s’enchaîner un The Ghost encore à peu près sérieux, un Cutting The Ice To Snow franchement rigolard (et tant pis pour son intro un peu grandiloquente) et pour finir un Alike quasiment aussi unplugged que celui filmé dans An Island. Une bien belle manière de terminer un concert mémorable pour tous ses participants, et de prendre congé d’un groupe attachant et généreux, qui reviendra à Paris le 26 Avril prochain pour une date au Trabendo.

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Au sortir du Café de la Danse, ni le temps ni la température ne se s’étaient améliorés, mais était-ce vraiment important? La tête pleine des persistantes et mélodieuses réverbérations d’Efterklang, nous voilà formidablement armés pour affronter la morosité parisienne pour un petit bout de temps.

Setlist Efterklang:

1)Hollow Mountain 2)I Was Playing Drum 3)Step Aside 4)Sedna 5)Frida Found A Friend 6)Black Summer 7)Between The Walls 8)Dreams Today 9)Monument 10)Raincoats 11)Modern Drift
Rappel:
12)The Ghost 13)Cutting The Ice To Snow
Rappel 2:
14)Alike

PERFUME GENIUS @ LE CAFÉ DE LA DANSE (13.09.2012)

Moins de 24 heures après l’avoir quitté, il est déjà temps de retourner dans un Café de la Danse confortablement rempli et habillé pour l’occasion de montagnes cartonnées dont les arêtes aigües ont été symboliquement soulignées à l’aide de chatterton noir bible. L’Eldorado Music Festival est sur le point de commencer, et comme il est de notoriété publique que la légendaire cité dorée se terre quelque part dans le nord de la Cordillère des Andes, autant commencer à grimper le plus tôt possible. Première étape d’un périple de cinq jours, au terme duquel les (rares) survivants pourront prendre le thé en compagnie de l’ex-insaisissable Graham Coxon, grand prêtre Chibcha intérimaire; la balade de ce soir du 13 Septembre promettait d’être riche en émotions et en fragrances exotiques, puisque confiée aux bons soins du petit prodige tourmenté de Seattle, PERFUME GENIUS. En route camarades.

Les régions à traverser pour arriver à bon port étant toujours aussi sauvages et imprévisibles qu’au temps de ce bon vieux Willy Raleigh, c’est avec soulagement que nous vîmes s’avancer sur la scène les guides autochtones promis par le dépliant. Double surprise cependant: INDIANS n’est pas constitué d’une demi-douzaine de solides gaillards basanés en ponchos et bonnet péruviens, soufflant dans des flûtes de pan sous le regard philosophe d’une paire de lama. Pas du tout. Indians est un danois solitaire portant chemise blanche et pantalon noir, qui arrive depuis les coulisses avec un sourire timide et une guitare sèche. Et sans lama. Incompréhension.

Sans se laisser démonter, voilà notre homme qui ouvre les hostilités depuis la console où une paire de synthétiseurs n’attendaient que le moment de signaler à notre groupe le départ  pour l’inconnu. Et nous voilà partis pour trente minutes de pérégrinations entre les ruissèlements de notes cristallines et les nappes brumeuses exsudés par les claviers sus-nommés, parfois entrecoupés de quelques bourrasques de guitare, le tout surmonté par la voix rêveuse de notre sherpa de Copenhague. À la manière d’un Loney, Dear superposant les loops jusqu’à obtention d’un morceau assez charpenté pour pouvoir s’y aventurer à poser la voix, Indians peint ses tableaux musicaux sous l’oreille du spectateur avec une maîtrise impressionnante pour un artiste dont le premier concert ne remonte qu’à février dernier. On comprend pourquoi le label 4AD, pourvoyeur de pépites atmosphériques depuis plus de trente ans (Bon Iver, Grimes, Mark Lanegan Band…), a signé le bonhomme.

Une vraie belle découverte, qui n’avait malheureusement apporté avec lui que des singles 7 ». Un parti-pris artistique qui se défend mais peut-être contre-productif pour un artiste à la notoriété encore archi-confidentielle (bien aidé en cela par un nom de scène qui semble avoir été choisi pour mettre en échec les moteurs de recherche*), et à qui je conseille amicalement de tirer quelques exemplaires CDs de son premier EP, à destination des fans n’ayant pas/plus de platine chez eux (on peut récupérer I’m Haunted gratuitement sur son site ceci dit). Espérons que tout sera rentré dans l’ordre la prochaine fois que j’irai le voir en concert. Car il y aura une prochaine fois, ça oui.

*: Allez-y, tapez « Indians+Music » sur google, iTunes et Spotify, pour voir. C’est marrant (au début). Le site en question, le voici: lien qui va bien. De rien.

Après la demi-heure de battement réglementaire, un public visiblement impatient d’entrer le vif du sujet finit par invoquer le génie des parfums sur scène à force d’applaudissements. Et d’arriver sur scène, précédé par ses deux musiciens, ce drôle d’oiseau à la grâce maladroite et nerveuse. Talons, collants et un long et étroit T-shirt descendant bien en dessous de la taille en une espèce de jupe de coton noir. Antony Hegarty, lors de son passage à la Salle Pleyel en Juillet 2009, avait lui opté pour une ample robe de soirée crème et un vison (qui s’était révélé être un chat): si la filiation entre les deux artistes peut sembler évidente, il manque encore à Perfume Genius l’assurance et la décontraction du leader des Johnsons. Là où ce dernier avait mis le public de l’auguste temple du classique à Paris en confiance d’un sourire malicieux et d’une anecdote racontée avec une honnêteté désarmante, le premier n’a cessé de nous lancer des regards anxieux, sans que l’on sache trop si cette angoisse était causée par le risque d’une incompréhension de notre part envers  sa musique ou sa tenue. Sans doute un peu des deux. Il nous avouera à la fin du concert entretenir une relation particulière avec la caféine, et ne pas s’être attendu à ce que tant de monde se déplace pour le voir jouer, ce qui explique sans doute bien des choses.

Le plus petit batteur du monde!

« Cathartique » est sans doute le qualificatif qui correspond mieux à la musique de Perfume Genius. Entre ses addictions diverses, son hyper-sensibilité et son homosexualité flamboyante, on se doute que la vie n’a pas du être rose tous les jours pour le kid de la banlieue de Seattle. Enregistrées directement depuis sa chambre, les chansons de son premier album, Learning, sont une série de courts poèmes sobrement mis en musique, un cadre minimaliste sur lequel flotte une voix hésitant entre fragilité et assurance, que le timbre et les vibratos pleins de larmes refoulées situent à mi-chemin entre l’Antony Hegarty déjà cité et le Dave Gahan de la fin des années 80. Les instrumentations plus riches de Put Your Back N 2 It, sur lequel guitare, batterie et synthétiseur accompagnent (parfois) le piano dans ses évocations douloureuses, constituent donc plus une évolution permise par le succès du premier opus qu’une révolution de la musique de Perfume Genius. Adeptes de la franche rigolade, passez votre chemin.

Assister à un concert de Perfume Genius, c’est aussi, outre le fait de se confronter à des morceaux aussi pathétiques que magnifiques, et qui le deviennent encore plus de par la magie du live, être témoin de la relation symbiotique entre l’artiste et son compagnon de vie et de scène,  Alan Wyffels. Le calme olympien du second contraste en effet fortement avec la tension nerveuse du premier, dont les nombreux coups d’œil furtifs en direction du côté droit où Wyffels assurait les parties de synthé et les chœurs n’ont cessé qu’au moment où ce dernier est venu rejoindre son « protégé » le temps d’un quatre mains (Your Drum) touché par la grâce.

Malgré cette complémentarité quasi-fusionnelle, il y eut également des morceaux pour lesquels Perfume Genius fit le choix de la performance solitaire, dépouillement qui ne fit souligner son incroyable voix et lui permit de s’approprier sans difficulté les deux reprises que comptaient son set: un Helpless (Neil Young) parcourus d’oiseaux noirs et un Oh Father (Madonna) qui ouvrit le rappel réclamé à corps et à cris par un public conquis. Autre moment particulièrement fort, l’envol progressif de Hood, chef-d’œuvre de songwritting à classer avec Girlfriend In A Coma, Ballade de Melody Nelson et Mercedes Benz au rayon des merveilles miniatures de la musique contemporaine (deux minutes tout pile pour la capuche qui nous intéresse).

C’est donc avec le sentiment d’avoir assisté au concert très spécial d’un personnage ne l’étant pas moins que j’ai pris congé d’un Café de la Danse où les montagnes brunes de l’arrière scène se dressaient toujours au lointain, exactement aussi distantes qu’au moment de l’ouverture des portes. Sauf que, sauf erreur de ma part, nous étions maintenant de l’autre côté.

VOX POP PARTY @ LE CAFÉ DE LA DANSE (12.09.2012)

Il paraîtrait que le rock français est aussi bon que le vin anglais. N’ayant que très peu (voire pas du tout) pratiqué ce type de breuvage, je serais bien incapable de dire si la formule de Jaune Les Nonnes se voulait vaguement insultante envers nos cépages hexagonaux, ou si au contraire il en était particulièrement friand. Avec John, c’est dur de savoir. Toujours est-il qu’en cette soirée du 12 Septembre 2012, on fêtait l’ouverture des vendanges au Café de la Danse, avec dégustation de jeunes crus des terroirs parisiens, niçois et rennais gracieusement offert par le magasine Vox Pop. Cheers!

19h33. Oublier des choses fait rater des trains, et rater des trains fait arriver en retard. Heureusement, les FI/SHE/S sont des garçons polis, qui ont attendu que je m’installe dans les gradins du fameux Café pour baisser les lumières et commencer à jouer.
Ayant tout de même trouvé le temps de faire autre chose de ma journée qu’enchaîner les aller-retours en catastrophe entre chez moi et la gare, je me prépare donc à recevoir un shot d’Arcade Fire mâtiné de Grizzly Bear, comme le paragraphe introductif à la musique du groupe l’avait annoncé. Présenté comme ça, moi je veux bien assister à toutes les premières parties du monde. Bon, le fait que la personne responsable de ce petit laïus ait employé des termes aussi intraçables qu’incandescence et effervescence (personnellement, quand on me dit effervescent, tout ce que je vois c’est un aspirine se dissoudre dans un verre d’eau) pour décrire la musique du groupe aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais dans le feu de l’action, j’ai pas fait gaffe.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Bon bah si Kele Okereke se sent patraque le 20 Février, on saura qui appeler pour le remplacer.

Remarque, je le comprends le gars (ou la fille) qui a pondu ces deux lignes et demie de présentation. Définir la musique jouée par ces petits poissons n’est pas chose aisée*. En fait, ils sonnent exactement comme un groupe français d’indie-pop: atmosphère rêveuse à la François & The Atlas Mountains, guitares légères (cette génération est tout bonnement distorsionphobique ma bonne dame) également présentes chez les Concrete Knives, envolées contrôlées de batteries/claviers à la sauce Yeti Lane… Je ne sais pas si ce style permettra à ses pratiquants de vendre des millions de disques, mais les musicologues du XXIIème siècle, s’il y en a, pourront se faire plaisir en dissertant des pages entières sur la naissance, l’apogée et le déclin de cette école française.

On n’aura donc pas beaucoup entendu Arcade Fire au Café de la Danse cette soirée, et à peine plus de Grizzly Bear. Dommage. Par contre, on a eu droit à une reprise sympathique du Nightcall de Stavinsky, à qui les quelques riffs de guitare et les harmonies vocales savamment greffés au thème principal par des FI/SHE/S très à l’aise dans cet exercice de relookage a offert une seconde jeunesse.
Un résultat somme toute assez concluant, qui aurait sans doute pu grimper quelques marches plus haut dans l’escalier de l’émotion si la salle n’avait pas été aussi bruyante (problème insoluble à cause de la disposition du bar) et si la suite du programme était resté en phase avec les velléités dream and soar de la quintette parisienne.
Manque de pot, le public était plus d’humeur festive que contemplative, et s’il a réservé aux valeureux FI/SHE/S un accueil digne de la bonne tenue générale de leur prestation, je pense que ces derniers n’auraient pas pu tenir la salle beaucoup plus longtemps que la petite demi-heure qu’a duré leur set. 10 minutes de plus et l’eau de l’aquarium se transformait court-bouillon, ce qui aurait été dommage. En attendant les conditions qui permettront de réaliser une plongée digne de ce nom dans l’univers du groupe, on peut toujours aller à la pêche sur leur page Facebook pour tâter la marchandise. Ils sont frais, ils sont frais mes poissons.

*: Le premier réflexe de notre malheureux scribe, rapidement refoulé pour cause d’incompatibilité musicale prononcée, aura sans doute été de faire un parallèle entre FI.SHE.S et Block Party. J’avoue que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit, mais c’était avant qu’ils ne commencent à jouer. Et puis, voir débarquer la HALD et SOS Racisme à ta soirée à cause d’une comparaison malheureuse, ça aurait tout de même refroidi l’ambiance.

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La suite s’annonçait beaucoup plus musclée, sans que l’on sache trop s’il fallait regarder vers l’Ouest ou vers le Sud pour voir arriver la déferlante rock. Suspens de courte durée, et qui prit fin lorsque les braves de la tribu HYPHEN HYPHEN, toutes peintures de guerre dehors, prirent d’assaut la scène pour une installation/balance rapidement pliée. Juste le temps d’échanger quelques checks secrets avec  l’ingénieur son que les quatre niçois débutaient leur pow-wow electro avec leur énergie habituelle.

Il y a des groupes dont on sait, à la première écoute, qu’ils doivent méchamment envoyer le bois en live. Hyphen Hyphen fait incontestablement partie de cette catégorie à part, bien aidé en celà par le chant totalement débridé de la blonde Santa, pas vraiment adepte des interprétations toute en retenue et de la demi-mesure. Le public du Café de la Danse, parmi lequel se pressaient de nombreux fans tout aussi peinturlurés que leurs modèles,  attendait une confirmation de ce potentiel scénique, plus qu’apparent sur les deux EP (Chewbacca I’m Your Mother et Wild Union) sortis par le quatuor, et entraperçu par certains lors des deux précédentes montées des sudistes sur la capitale, à l’occasion de Solidays et de Rock en Seine:  il eut droit à une démonstration.

Rock ‘n Roll!

Car si avoir dans son carquois toute une palanquée de morceaux taillés pour faire se déhancher les foules constitue un bon point départ pour qui espère secouer une foule jusque là placidement assise, encore faut-il disposer du détonateur adéquat pour faire voler en éclats la gène assez compréhensible que tout un chacun peut éprouver à se trémousser devant un parterre de parfaits inconnus.
Coup de bol, Hyphen Hyphen a la chance de compter parmi ses membres une individualité suffisamment charismatique pour forcer même le plus blasé des hipsters à hocher la tête au rythme des beats compulsifs des Wild Patterns, Mvt 2 et autres compositions redoutablement efficaces (pour un hipster, je vous assure que c’est énorme). Et cet oiseau rare, je vous le donne en mille, c’est encore Santa, qui a le plus naturellement du monde obtenu que la salle s’accroupisse avec elle avant de retrouver la station verticale par le biais d’un saut carpé général que n’auraient pas renié les FI.SHE.S en personne (qui s’étaient d’ailleurs positionnés aux premières loges pour l’occasion). Avec ses moustaches de maquillage noir qui lui traversaient le visage de part en part et ses immenses sourires, la frontwoman des Hyphen² avait tout l’air d’une Alice possédée par l’esprit du chat de Cheshire, le guide idéal pour une excursion réussie au pays des merveilles. Faisez tous comme elle.

Et alors le prince s'approcha du cercueil de Blanche Neige, et...

Et alors le prince s’approcha du cercueil de Blanche Neige, et…

Après avoir pas mal bourlingué de droite à gauche (un Paris – Los Angeles aller-retour en moins de dix minutes, un claquage de bises au Major Tom toujours en train de tournicoter autour de la Terre dans sa boîte de conserve, un trekk dans les montagnes de l’Atlas…), il est temps de ré-enterrer la hache de guerre, pas trop profondément on espère. Pause « calumet de la paix » salutaire pour tous les accros à la nicotine, le temps de laisser les derniers protagonistes de cette pièce en trois actes prendre leurs marques sur une scène où les clous récalcitrant venaient d’en prendre salement pour leur grade (surtout ceux situés dans un rayon d’un mètre autour du synthé de Santa). Qu’on apporte l’apothéose.

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Mais ce qu’on ne savait pas au moment où THE POPOPOPOPS ont commencé à jouer, c’est que cette apothéose avait déjà eu lieu, et que pour tous sympathiques, talentueux et plein de bonne volonté que soient nos quatre bretons, ils ne pouvaient tout simplement pas rivaliser en intensité avec le show précédent. Un enchaînement somme toute logique par rapport à l’ancienneté et à la notoriété plus importantes des rennais (ils ont leur article sur Wikipédia, eux), mais qui, au final,  leur a fait plus de mal que de bien. Pas facile de marcher sur les traces (encore fumantes) des Hyphen Hyphen pour qui n’a pas une énergie scénique au moins équivalente.

Sans être des radicaux du downtempo, les Popopopops proposaient en effet une musique beaucoup plus posée et atmosphérique que leurs turbulents prédécesseurs, basée sur une solide combinaison de synthé à tendance électro, batterie économe et précise (avec gros travail sur le charley – Hannah Blilie style -) et guitare pourvoyeuse de riffs catchy en diable. Un cocktail tout à fait intéressant et très anglo-saxon aussi bien dans la forme que dans le fond, mais qui après le triple pastis tonique des niçois a semblé bien fade à une grande partie du public,  qui s’est contenté de suivre mollement le concert malgré les efforts persistants et peu concluants du claviériste/chanteur Victor Solf de remotiver ses troupes. Mais n’est pas Santa qui veut.

Et pourtant, entre les élégants entrelacs des voix sur My Mind Is Old, les accents indie-rock de Color,  les incursions hip hop et la remise à jour très bien négociée du pas évident Break On Through (To The Other Side), et en dépit d’un nom très difficile à prononcer correctement jusqu’à ce que Victor nous permette de chopper le truc*, The Popopopops a de très nombreux atouts dans sa manche pour s’imposer comme le groupe français capable de rivaliser avec les rosbeefs sur leur propre terrain. Affaire à suivre de très près donc, en attendant la sortie du premier album (prévu pour la fin de l’année), et à ta santé Lennon.

*: Truc perso: prendre le générique de Star Wars (le plus connu, celui qui retentit à chaque fois que ces anarchistes de Rebelles dynamitent une Étoile de la Mort) et remplacer le premier « tatatata » par « popopopop ». Astuce approuvée par Dark Vador, Jar Jar Binks et Jean Paul II.

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Au final, je ne sais toujours pas quel goût à le vin anglais, mais en ce qui concerne le rock français, laissez-moi vous dire que si les britons préfèrent tourner sur leur réserve propre plutôt que de donner sa chance aux jeunes pousses hexagonales, tant pis pour eux (et tant mieux pour nous, on aura pas à partager).

 

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