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W.H.A.T.T. (I.F.): You will cry if you forget this (Part 2)

Have you learned your lesson?* Car les choses sérieuse commencent maintenant. Aller à un festival est en effet une chose assez intuitive pour toute personne ayant l’habitude de faire des concerts dans l’année. Certes, ça dure plus longtemps, il faut sans cesse marcher et, parfois, il pleut. Mais dans l’ensemble, la similitude entre ces deux types d’évènements est assez grande pour que les rats de salles se muent en rats des champs sans trop de problèmes.
À ce titre, le précédent article a sans doute été perçu par une partie du pointilleux et affuté lectorat que j’ai la chance d’avoir (j’ai tous les noms sur mon cahier) comme une session effrénée d’enfonçage  de portes ouvertes (et surtout, n’oubliez pas de prendre de l’eau et de quoi manger… « C’est moi où il me prend pour un abruti, le père Schattra? »).Allez, ne mentez pas, vous l’avez pensé très fort derrière votre écran. Je ne vous en veux pas, j’aurais réagi exactement de la même façon.
Mais voici le moment où l’exposé pontifiant s’élève légèrement au dessus du niveau des pâquerettes, puisque nous allons poursuivre notre exercice avec la checklist de tous les objets que le festivalier devrait avoir avec lui quand il choisit de vivre son expérience à fond, c’est à dire de planter sa tente au camping pour la durée du week-end. Aha. J’en vois déjà qui écoutent/lisent plus attentivement. Ils font bien, car à force de pratiquer cette forme si particulière d’hébergement, j’en suis venu à la conclusion suivante: c’est ce qui passe en camping qui décide du succès ou de l’échec du festival pour le participant.
Car on a beau venir plein de bonne volonté, et tout prêt à passer un super moment, si les pépins se succèdent dans l’éphémère ville de toile dans laquelle on a élu domicile, il y a fort à parier que le souvenir global que l’on retirera de l’expérience sera plus négatif que positif, et ce même si l’on assiste à de très bons concerts.
Alors bien sûr, je ne prétends pas que les quelques lignes qui vont suivre suffiront à elles seules à vous garantir un séjour absolument merveilleux parmi vos semblables festivaliers. Il y a bien trop de facteurs à considérer, bien trop de sources potentielles d’ennuis et de complications, pour être certain que tout va bien se passer de A à Z. Et puis, un aléa de temps en temps, ça permet de rester aiguisé, et ça fait de chouettes souvenirs en perspective à raconter aux générations futures quand elles seront en âge de partir en festival à leur tour (aaaah, la fois où j’ai fait tombé mon portable dans le trou de la toilette sèche… Depuis, j’ai fait posé une dragonne sur mon GSM, on n’est jamais trop prudent).

Mais comme un peu de planification et d’organisation a priori ne font jamais de mal, et que je crois fermement que nous sommes capables de tirer profit des expériences des autres, sans avoir à répéter les erreurs de nos aînés pour retenir les leçons qu’ils ont du apprendre de la manière forte (heureusement d’ailleurs… sinon on aurait droit à une guerre mondiale tous les 25 ans, juste pour le fun), allons-y gaiement pour une nouvelle checklist, spéciale camping de festival.

*: Comme je n’étais pas certain du caractère cristallin de la référence du titre de ce diptyque d’articles, je me permets de rajouter une couche en ouverture..
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JE PARS EN CAMPING DE FESTIVAL : CHECKLIST

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Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je vois ça, je pense au matos des Ghostbusters…

Qui dit camping dit tente, à moins que vous n’ayez la chance de faire partie de l’infime minorité des festivaliers qu campent en mobile-home (mais peut-on encore parler de camping?). Il vous faudra donc une tente pour commencer.
Si vous en avez déjà une chez vous qui pourrait faire l’affaire (évitez juste de partir en vadrouille avec la robuste et spacieuse – mais hyper lourde à porter et méga longue à monter – canadienne familiale… c’est fini les camps de beatniks dans le Lubéron), pas de problème particulier à ce niveau des opérations.
Mais comme la plupart des impétrants festivaliers campeurs sont des jeunes pas encore super équipés, il est plus que probable que vous échouiez au Décathlon quelques semaines/jours/heures/minutes avant le départ pour acquérir une fameuse Quechua 2 secondes. Il y a de fortes chances qu’elle soit verte. Si vous comptiez vous démarquez des tentes du voisinage, c’est raté.
Mais à côté de ça, ce modèle présente des avantages tels qu’on fait généralement fi du manque d’originalité. La Quechua 2 secondes est en effet très facile à (dé)monter, peu chère, plus robuste qu’il n’y paraît (même si on est jamais à l’abri d’un lot défectueux avec arceaux cassants… je vous conseille de faire quelques montages/démontages chez vous avant de partir, afin de vérifier que tout est ok de ce côté) et légère. Ses principaux défauts sont une absence de système de portage digne de ce nom, manquement particulièrement handicapant sur les plus grands modèles, et une ergonomie assez imposante en position repliée. Vous voilà prévenus*.

*: Il va de soi qu’il vaut mieux savoir comment replier la tente avant de partir en camping. Les premières tentatives ne sont en général pas très concluantes, mais une fois le coup de main pris, l’affaire se plie (huhu) en 15 secondes 2 minutes montre en main. N’ayez pas peur de tordre franchement les arceaux au moment délicat du « huit »: ils sont fait pour ça.

□ Tente

À gauche, le modèle 1 place. À droite, le modèle… 3 places. Oui, ça fait pas large.

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Vous avez maintenant une tente. C’est un bon début. À moins d’être un fakir avec des lombaires en acier trempé, il y a de fortes chances que vous souhaitiez aussi disposer d’un matelas, d’un duvet et d’un oreiller pour (essayer) de dormir. Profitez donc de votre balade chez Décathlon pour regarder les modèles proposés en magasin.

Le principal écueil ici est de sélectionner du matos avec un encombrement minimum, surtout si vous prévoyez de ne pas venir en voiture (et donc, aurez à porter vos affaires avec vous). Pris séparément, le matelas gonflable et le duvet de base sont en effet assez volumineux pour remplir les ¾ de n’importe quel sac, ou de monopoliser un bras chacun pour le portage. Pas glop. Même les espèces de cubes tout compris proposés par Décathlon représentent un volume assez importants, en plus d’être impossible à caser dans un sac à dos standard.
Pour ma part, j’ai opté pour un Sleepin’ Bed (on passera sur le nom particulièrement peu inspiré de l’objet), qui inclut à la fois un matelas (certes très fin), un coussin gonflable pour la tête et un duvet (très fin aussi) pour un prix, et surtout un encombrement très modéré. Comme l’ensemble se range en se roulant sur lui-même, il est très facile de le coincer en haut du sac, ce qui en fait un must absolu pour les baroudeurs aimant voyager léger et compact. Évidemment, une telle ergonomie se paie au niveau du confort, un matelas pneumatique de 3 cm d’épaisseur ne pouvant rivaliser avec des modèles quatre fois plus profonds. Mais pour un séjour d’un week-end, ça passe tout à fait.

□ Matelas, oreiller et duvet

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Terminons cette première partie consacré au « logement » par un petit accessoire souvent oublié, et qui, je l’espère, ne vous sera jamais utile: un cadenas. Pour fermer votre tente, oui oui.
Au risque de passer pour un misanthrope paranoïaque fini, j’affirme haut et fort que je ne campe jamais sans cette petite précaution, au pouvoir de protection tout relatif il est vrai (car ne nous voilons pas la face: un coup de couteau dans la toile de la tente, et la forteresse inexpugnable devient une ruine ouverte aux quatre vents), mais qui, on ne sait jamais, pourrait un jour décourager un visiteur non désiré (que ce dernier ait des intentions chapardeuses ou pas: l’alcool aidant, certaines personnes développent soudainement des comportements extrêmement… extravertis) de rentrer chez vous. Et puis, avec toutes ces tentes identiques, un cadenas vous donne un moyen d’identifier la vôtre à coup sûr, même à 4h du matin par une nuit sans lune.

*: Je pars du principe que si vous n’arrivez pas à ouvrir le cadenas, ce n’est pas votre tente (ou alors vous êtes complètement torché).
□ Cadenas

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Maintenant que vous avez réglé la question de l’hébergement, il est temps de passer à celle, à peine moins importante, de la toilette. La plupart des campings de festival proposant des douches à leurs utilisateurs (et même des douches chaudes pour certains d’entre eux!), plus d’excuse pour se vautrer dans sa propre crasse pendant tout un week-end. La crasse des autres est bien suffisante, croyez-moi sur parole.
Ce chapitre hygiéniste commence bien sûr par le paragraphe des vêtements de rechange. Sans vouloir paraître trop optimiste, l’été, saison des festivals, est généralement une période chaude de l’année, ce qui signifie, entre autres choses, qu’à moins de vous être préalablement roulé dans le talc jusqu’à ressembler à une sole meunière, vous risquez fort de transpirer. Mariner dans son propre jus pendant trois jours de suite n’étant pas une expérience des plus plaisantes, je préconise fortement d’emporter avec soi au moins autant de t-shirts, chaussettes et sous-vêtements que de journées de camping prévues. Si la météo est à la canicule, vous pouvez même prévoir plus large. Comme toute cette lingerie prend de la place dans le sac, on peut mettre la pédale douce sur le reste de la vêture, moins directement exposée aux conséquences corporelles des grosses chaleurs. Un seul jean et sweat-shirt (ou équivalents… vous pouvez favoriser le kilt et le poncho, à votre guise) devraient suffire le temps d’un week-end. Si vous êtes de nature confiante et peu frileuse, vous pouvez remplacez le premier par un short.

□ Vêtements de rechange

Hop, c’est parti pour un petit week-end (vendredi/samedi/dimanche/lundi).

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On continue avec l’indispensable trousse de toilette, qui vous permettra de tirer le meilleur des magnifiques infrastructures mises à votre disposition par les organisateurs. Dans la mienne, on peut trouver: du savon (en pain: rustique mais compact et durable), une serviette, une brosse à dents, du dentifrice, une brosse à cheveux et du déodorant. Basique, mais assez complet. Je suppose qu’on peut toujours trouver un peu de place dans le sac pour ajouter fond de teint, rouge à lèvre et mascara…
J’emporte aussi un sac poubelle, qui me sert de sac à linge sale et m’évite de transporter ce dernier à même le sac à dos une fois le festival fini.

□ Savon Serviette Brosse à dents Dentifrice Brosse à cheveux Déo Sac poubelle

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Avec tout ça, vous avez de quoi parer à la plupart des situations, mais vous pouvez faire encore mieux. La suite de la checklist sera donc consacré à tous les objets dont vous n’aurez pas forcément l’usage (ou ne pourrez pas toujours utiliser), mais qui, le cas échéant, vous rendront de fiers services. Comme je ne les considère pas comme absolument essentiels au bon déroulement du week-end, ce sont eux que je « sacrifie » en premier en cas de manque de place dans le sac à dos.
En vrac, on trouve donc dans cette catégorie fourre-tout: un masque de sommeil, de l’anti-moustique, mon(es) lecteur(s) MP3, le(s) câble(s) d’alimentation de ce(s) dernier(s), ainsi que l’adaptateur prise idoine (de plus en plus de trains sont équipés de prises de courant, ce qui permet de recharger les batteries sur le chemin… pour peu que les prises en question fonctionnent), le câble d’alimentation de mon portable, un livre… Impossible de faire le tour du sujet de manière exhaustive!

Dernier conseil: n’hésitez pas à laisser un peu de place dans votre sac, car 1) on est généralement beaucoup plus soigneux et ordonné dans la préparation de ce dernier à l’aller qu’au retour, ce qui se traduit par des volumes plus importants dans le deuxième cas 2) il n’est pas rare qu’on revienne d’un festival avec des souvenirs (éco-cup, t-shirt, CD, cochon empaillé…), alors autant prévoir un peu de place pour ces goodies.

□ Masque de sommeil Anti-moustique Lecteur MP3 Câble d’alimentation MP3 Livre       Adaptateur prise Câble d’alimentation portable 

J’ai perdu mon masque aux Vieilles Charrues et le spray anti-moustique a été saisi par la sécurité de l’aéroport de Trondheim… I miss you guys.

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Voilà qui conclut notre propos.Comme pour le précédent article, on se quitte avec un gabarit PDF qui récapitule toute la checklist et que vous pouvez utiliser librement si vous en avez l’usage. N’oubliez pas de m’envoyer une carte postale.

Checklist Camping Festival

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W.H.A.T.T. (I.F.): Les 10 Commandements du Festivalier

Comme il faut bien s’occuper avant Rock en Seine, voici une très courte introduction à la survie en ce milieu hostile que peut être le festival, particulièrement pour les personnes qui y viennent pour la première fois. Et en plus on est le 15 août… J’te jure, je l’ai pas fait exprès.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire une distinction entre deux grands types de festivaliers. À ma gauche, ceux qui viennent d’abord pour assister à des concerts, qu’il s’agisse de retrouver leurs artistes favoris ou de faire de plaisantes découvertes. À ma droite, ceux qui viennent principalement pour vivre un week-end de fête, oublier le traintrain quotidien pendant quelques jours et s’éclater à fond dans le cadre ultra permissif de ce genre de grand-messe musicale.

Même si on a souvent tendance à considérer les festivaliers comme une seule grande tribu, on aurait tort de ne pas tenir compte de cette dichotomie entre musicaux (première catégorie) et festifs (deuxième catégorie). Car tels l’huile et le vinaigre, ces deux castes finiront toujours par se séparer nettement au fur et à mesure que le festival suit son cours. Des mélanges (ou émulsions, pour filer notre superbe métaphore culinaire) peuvent bien sûr avoir lieu entre ces grandes familles, mais comme il n’est pas humainement possible de concilier les agendas des Capulet et Montaigu de festival, il y aura forcément un moment où la vieille division se fera jour à nouveau (par exemple, les musicaux en camping ont tendance à décliner la cinquième tournée de vodka orange pour aller se coucher et récupérer à l’heure où les festifs commencent juste à s’amuser)*.

*: et à l’image de la SNCF, qui ne mélange pas les ZEN et les ZAP, certains festivals proposent également des services différenciés à leurs utilisateurs. Le camping du festival de Nyon par exemple, est divisé en deux: une zone « normale » et une autre « familiale ». Il va sans dire qu’il est beaucoup plus facile de dormir dans la seconde.

Étant moi-même un musical pur et dur (à la limite de la misanthropie aigüe certains jours), je me contenterai de traiter de cette catégorie dans la suite de l’article. Les 10 Commandements qui suivent s’adressent donc uniquement à ceux d’entre vous qui se considèrent davantage comme des musicaux que comme des festifs (qui de toute façon, n’ont qu’une seule règle: carpe diem – et noctem – à donf).
Dernier mot introductif: si vous prévoyez de faire un festival en groupe, évitez-vous de cruelles déconvenues et des prises de bec potentielles en déterminant qui appartient à quelle caste avant le coup d’envoi. J’ai vu une demoiselle pleurer à chaudes larmes pendant les Vieilles Charrues parce que ses acolytes avaient passé la journée à butiner de concert en concert (attitude assez communément associée aux festifs), alors qu’elle avait, elle, envie de se poser et de profiter des concerts (une musicale affirmée, donc), et je ne souhaite ça à personne. Si vos amis vous en veulent parce que vous avez un programme différent du leur, changez en.

LES 10 COMMANDEMENTS DU FESTIVALIER (musical)

I) La foule tu précèderas.

Car la foule n’est rien de plus qu’un pot de colle géant, qui fait perdre un temps fou au festivalier pressé (et quand on vient pour la musique, on est toujours pressé). Fort heureusement, la foule est un animal prévisible et lent, qui s’esquive facilement avec un peu d’habitude. Point négatif: la foule est un animal glouton, assoiffé et incontinent, qui squattera toujours les stands de nourriture et de boissons, ainsi que les toilettes. Vous voilà prévenus (voir 2ème commandement).

Voilà l’ennemi. Heureusement, il n’est pas très futé.

II) Les conséquences de tes actions dans le temps tu considèreras.

Ou comment traduire élégamment une réalité  bassement terre à terre. Pour faire court et cru: tout ce qui rentre devra sortir à un moment. Et oui. On a vu dans le premier point que le ravitaillement et les sanitaires étaient en général encombrés pendant un festival, donc faîtes votre possible pour ne pas avoir à les utiliser. Sachant qu’un festivalier passe en général entre 6 et 12h par jour sur site, et qu’un être humain normal « digère » ce qu’il boit en 15-20 minutes, à vous de vous organiser pour ne pas avoir à rusher vers les toilettes en plein milieu du concert de vos rêves… Hommes et femmes ne sont de plus pas égaux devant ce phénomène (il faut bien que la possession d’une prostate présente quelques avantages avant d’être synonyme de cancer), donc prudence redoublée pour vous mesdemoiselles. Il ne s’agit pas cependant de sacrifier son hydratation sur l’autel de la musique en plein air: les conséquences pourraient être dévastatrices. Nous sommes fait d’eau après tout.
En ce qui concerne les aliments solides… Personnellement, j’ai tendance à ne rien manger sur place, quitte à se rattraper une fois de retour à la tente. Comment ça, je suis malade? Juste une histoire d’entraînement et de volonté, c’est tout*.

*: contrairement à votre vessie, votre estomac est un organe bien élevé: si vous avez décidé de jeûner, il laissera tomber le morceau au bout de quelques minutes et cessera de vous importuner.

III) Des sacrifices tu feras.

Prenez Abraham par exemple: quand le Seigneur lui a commandé d’immoler son fils, il a du quitter précipitamment le concert que les Motherfuckers donnaient lors du festival de Gomorrhe pour grimper sur le mont Moriah. Pas cool.
Sans devoir en arriver à de telles extrémités, les festivaliers doivent accepter le fait suivant: ils ne pourront pas tout voir. Les musicaux doivent de plus intégrer une autre pénible vérité: le quantitatif est l’ennemi du qualitatif. Ce qui veut dire? Tout simplement que pour pouvoir profiter d’un concert dans des conditions optimales, il faudra souvent se résoudre à quitter les shows programmés ailleurs bien plus tôt qu’il serait souhaitable, voire à rester devant la même scène toute la journée. Le « butinage » n’est envisageable que lors de petits festivals (10.000 personnes ou moins par jour), et encore.

IV) Avec soin tu t’habilleras.

Il a tout compris José. Faisez tous comme lui.

Les festivals ont souvent lieu l’été, et l’été il fait souvent chaud. Tout le monde me suit jusque là? Bref, la tentation est grande de se ramener sur le site en tongs, short et débardeur, histoire de supporter les températures élevées qui sévissent en début d’après midi sur le pré. Erreur, grave erreur.
Quitte à avoir l’air d’un illuminé à l’ouverture des portes, il vaut mieux au contraire favoriser les baskets, jeans et sweats à capuches (José Reis Fontao style), même en cas de canicule.
Première raison, évidente: la nuit arrive vite (à ceux qui ont peur d’elle) et la nuit est synonyme de fraîcheur. Il n’y a pas grand chose de pire que d’avoir froid lorsqu’on assiste à un concert, vous le savez et je le sais.
Deuxième raison, à peine moins simpliste: on court plus vite en baskets qu’en tongs. Et les musicaux qui veulent être bien placés courent souvent lorsque les portes s’ouvrent. Si si.
Troisième raison, franchement contre-intuitive: on résiste mieux à la canicule couvert qu’exposé. Sans rire, mon sweat m’a permis d’endurer la chaleur de four qui régnait à Carhaix pendant le dimanche des Vieilles Charrues avec détachement, tandis que les porteurs de T-Shirt autour de moi se liquéfiaient progressivement. Toujours pas convaincus? Demandez à votre pote Touareg pourquoi il ne se balade pas torse nu dans le Sahara la prochaine fois que vous le croiserez, lui saura vous convaincre.

V) Léger tu voyageras.

Là par exemple, nous étions (beaucoup) trop chargés. Faute.

Beaucoup de festivaliers emportent un sac avec eux. Bonne idée. Mais attention à ne pas développer un syndrome de « aucasoùïte » aigu, c’est à dire d’emporter avec soi une tonne de trucs dont l’usage sera conditionné à la survenue d’évènements très particuliers, pour ne pas dire improbables. Exemple personnel: ma mère insiste toujours pour que je prenne une trousse à pharmacie complète avec moi (sans aucun succès jusqu’ici, je dois dire) lorsque je pars en festival. Ce n’est pas que je ris au nez du danger, mais j’évalue mes chances d’avoir besoin de faire un usage actif du kit aspivenin contenu dans ladite trousse comme très limitées dans le pire des cas.
Le deuxième corollaire de ce commandement est qu’il faut privilégier le miniature et le polyvalent quand c’est possible. Peur de s’ennuyer? Prenez votre Ipod nano avec vous plutôt que votre exemplaire relié cuir du Capital. Et comme les officines « Objets Perdus » des festivals ne sont là que pour faire joli la plupart du temps (ou alors considérez sérieusement la possibilité de jouer pour moi au prochain super tirage de l’Euromillions), souvenez-vous qu’on ne peut perdre que ce qu’on emporte avec soit.

VI) L’esprit clair tu garderas.

Si vous avez une vie sociale, ou au pire, accès à la télévision, vous savez probablement reconnaître un individu en état d’hébétude éthylique quand vous en voyez un. Répondez honnêtement: est-ce que vous pensez qu’on peut apprécier (ou simplement s’en souvenir) un concert dans ce stade pré-comateux? En ce qui me concerne, la réponse est un non franc, ferme, massif et définitif. J’évite donc de tenter le diable en prohibant la prise de toute substance dont les effets secondaires entraîneraient un faussement de la perception, un ralentissement des réflexes et/ou une diminution des facultés cognitives.
Souvenez-vous que les autres festivaliers ne sont pas vos potes, et qu’ils n’ont pas à veiller sur vous si vous mettez une mine. Plus probablement, vous finirez au poste d’infirmerie pour la nuit (malgré vos protestations outrées), et en ressortirez avec un petit sermon si vous avez de la chance, ou une interdiction de revenir si vous n’en avez pas. Et quand bien même vous auriez une bande d’amis très dévoués, tout prêts à vous border dans votre duvet en cas de cuite, un tel comportement de votre part relèverait de l’égoïsme le plus crasse: est-ce que vous aimeriez rater la tête d’affiche de la soirée parce que Jean-Kevin se sent mal et doit être raccompagné jusqu’à la Quechua après une biture carabinée? Bref, l’homme sage connaît ses limites.

VII) Zen tu resteras.

Plus facile à dire qu’à faire, évidemment, mais il ne sert à rien de s’énerver du comportement des autres. Pourquoi? Parce que le festival, c’est la jungle, baby. Quand des milliers de personnes (et en majorité des jeunes) se retrouvent dans un endroit où l’alcool coule à flot, il est inévitable que des accrochages se produisent. Pas de chance, c’est sur votre magnifique nouveau T-shirt de Justin Bridou que cet abruti a renversé son pichet de bière… Il a beau être désolé, vous avez bien envie de lui en coller une pour lui apprendre à faire attention. N’en faîtes rien.
Respirez un grand coup, souriez, dîtes que ce n’est pas grave, et éloignez vous. Le dernier point est particulièrement important, car les personnes déchirées ont du mal à faire la part des choses, et votre nouveau meilleur ami va sans doute passer le reste du concert à vous répéter qu’il est désolé (puis il vous racontera sa vie et vous raccompagnera jusqu’à la sortie du festival) ce qui, je gage, ne fera que précipiter le moment où vos réserves de patience seront épuisées. En revanche, les poivrots oublient très vite les choses dès lors qu’ils ne les voient plus, et il y a fort à parier que l’importun ne vous courra pas après pour vous abreuver de ses platitudes si vous tournez les talons.
Vous me direz qu’il y a toujours la possibilité d’alerter le service de sécurité à vos éventuels déboires, mais regardons la situation en face: les malabars employés par le festival ont pour première mission d’empêcher les artistes de se faire molester, et les bisbilles interfestivalières ne les émeuvent pas le moins du monde dans la majorité des cas. Let’s face it: vous devrez faire face seul, et à moins que vous soyez en mesure d’allonger votre gaillard d’un seul coup de poing, la violence (physique ou verbale) causera plus problèmes qu’elle en résoudra. Mon truc personnel: à partir de 22h, considérez que tous les autres festivaliers sont bourrés, et traitez les comme tels. Vous pouvez aussi emmener une poupée vaudou pour vous passer les nerfs, mais ça rentrerait en contradiction avec le 5ème commandement.

VIII) Ton repos tu optimiseras. 

Le festif est un animal nocturne, qui marque son territoire en y éparpillant de la nourriture et des déchets.

Un commandement qui s’adresse surtout à ceux qui prévoient de camper au pied du mont Sinaï en attendant que Moïse vienne fracasser les tables. La plupart des festivals proposent en effet à leur participants de planter leur tente à proximité du lieu des festivités pour une somme assez faible (voire gratuitement), ce qui est évidemment appréciable quand on vient de loin et qu’on ne connaît personne sur place. Pour les novices qui me liraient, je préfère toutefois mettre les choses au clair tout de suite: dans un camping de festival, on ne dort pas la nuit. La faute aux cousins festifs, à qui l’obscurité donne toujours des idées brillantes et bruyantes, parfaites pour tenir en éveil, de gré ou de force, le reste des campeurs jusqu’à l’arrivée du soleil (à l’aube, ils seront complètement crevés et ne vous embêterons plus).
Le problème est que les musicaux ont en général un emploi du temps chargé en journée, et donc pas le temps ni l’envie de dormir à ce moment là. Alors que faire? Pas de solutions miracles à ce problème, mais une vue de l’esprit qui pourra vous aider à relativiser: dîtes vous que même si vous n’arriverez pas pas à fermer l’œil de la nuit (ce qui est généralement une pensée phobique: il y a fort à parier que votre cerveau arrivera à faire abstraction du bruit ambiant à un moment… même si le somme ne dure que quelques minutes, c’est toujours ça de gagné), le simple fait de rester allonger sur un matelas permet de recharger les batteries, et que si vous n’arrivez pas à dormir, c’est que vous n’êtes pas vraiment fatigué. Ça vous fera une belle jambe, et ça n’améliora pas votre mine au matin, mais au moins vous ne sortirez pas de votre tente avec une hache et des intentions homicides à 4h du matin. N’enfreignez pas le commandement précédent, surtout que agonir vos voisins festifs d’injures pour les faire baisser de volume ne fera que les inciter à crier plus fort. Courage, votre calvaire prendra fin avec le festival, et vous pourrez bientôt refaire vos nuits .

IX) Matois au besoin tu seras.

Et hop, it’s a kind of magic

Je ne parle évidemment pas d’enfreindre systématiquement toutes les règles édictées par les organisateurs, dont la plupart tiennent du bon sens pur et simple, mais de contourner celles qui n’auraient pas lieu d’être si tout le monde était aussi raisonnable que vous. Prenez par exemple l’innocent bouchon de bouteille en plastique: pour une raison indéterminée, il est considéré comme persona non grata dans la plupart des festivals, et impitoyablement prélevé à l’entrée. Or, nous savons tous que se balader avec une bouteille d’un litre et demi ouverte, c’est à la fois fatiguant et restrictif en terme de mouvement. Bref, l’heure de la désobéissance civile à sonné, brothers and sisters. Je ne vous ferai pas l’affront de vous décrire en long en large et en travers la parade bête comme chou qui vous permettra de profiter de vos concerts avec des bouteilles fermées (pour les petits nouveaux sans imagination, l’astuce nécessite un bouchon en rab planqué dans une poche…*), l’essentiel ici étant de bien comprendre qu’aux règles stupides, nul n’est tenu.
Deuxième exemple: les appareils photos, que certains festivals interdisent de prendre avec soi. On me répondra que cette restriction ne concerne que les boîtiers professionnels, et que les petits numériques familiaux ne sont en aucun cas frappés d’ostracisme. Soit. Mais imaginez que le préposé à la fouille ait décidé de faire du zèle, ou n’ait pas été informé de cette subtile mais essentielle distinction: dans le meilleur des cas, vous devrez déposer votre kodak à la consigne et dans le pire, vous ne pourrez pas rentrer du tout. Les boules. Ne prenez pas de risques inconsidérés, et recourez donc à la technique dite de la sacoche à double fond, mise au point par votre serviteur, et qui vous permettra de simplifier ce moment toujours un peu délicat.

*: Erreur de débutant à ne pas commettre: se présenter à la fouille avec une bouteille déjà privée de bouchon. Comme personne de sensé ne fait ça dans la vraie vie, vous serez grillés au 30ème degré.

X) Ton audition tu protègeras.

D’accord, le look n’est pas terrible, mais on en reparlera dans quelques années. N’ayez crainte, je parlerai fort pour que vous puissiez entendre.

Robert McIndoe, 52 ans, s’est suicidé en novembre dernier après trois mois d’acouphènes continuels. Concert incriminé: Them Crooked Vultures.

Sans doute le commandement le plus important du lot, et c’est pourquoi je finis par lui. Je devine que certains lecteurs rigolent doucement en lisant ce passage, persuadés de la résistance à toute épreuve de leurs oreilles, mais ce genre de comportement à risque est, permettez-moi de le dire franchement, totalement stupide. Sortir d’un concert avec les oreilles qui sifflent n’a rien d’exceptionnel pour la plupart des festivaliers, qui ne réalisent pas que les dommages infligés à leur oreille interne sont permanents et irréversibles. L’acouphène a beau disparaître de lui-même après quelques heures dans la plupart des cas, le mal est fait: vous entendrez moins bien pour le reste de votre vie, même si évidemment, vous ne vous en rendrez pas compte. Et à trop jouer au con, un jour on se rend compte que l’acouphène ne s’en va pas. Ou revient n’importe quand, concert ou pas concert. Et là, c’est le drame.
Car l’hyperacousie est un fléau qui se vit seul et ne se soigne pas. On apprend à vivre avec, à ne plus « écouter » les sifflements, mais la solution miracle et définitive n’existe pas. You played and you lost, end of the story. Beaucoup des personnes affligées par ce mal souffrent de dépressions chroniques, car ce dernier n’est pas reconnu comme vraiment sévère par le grand public, et condamne à la réclusion et à l’isolement dans nos sociétés hyper-bruyantes. Personnellement, ce n’est pas une vie qui m’attire particulièrement.

Donc, la prochaine fois qu’un bénévole vous proposera une paire d’horribles bouchons d’oreilles en mousse rose fluo, ne lui riez pas au nez et faîtes fi de vos considérations esthétiques. Une solution plus durable est d’acheter des earplugs en plastique, plus facile à utiliser de manière optimale et efficace que les infâmes trucs mous qui sont distribués gratuitement dans les festivals. Bref, sortez couverts.

Voilà qui termine notre petite liste de commandements. Respectez les et vous mettrez toutes les chances de votre côté pour passer un très bon festival, plein de concerts fabuleux et de découvertes intéressantes. Ignorez les et soyez maudits jusqu’à la septième génération. Héhé, nan, c’est une blague.

W.H.A.T.T. (I.F.): Le camping des Vieilles Charrues

Les smartphones sont vraiment la plaie du XXIème siècle. Sous couvert de permettre à leur possesseur de rester connecter en permanence avec le reste du monde (ce qui pourrait apparaître à première vue comme le rêve de tout individu des générations Y et suivantes), j’ai la sinistre impression que le privilège de réactivité qu’ils procurent aliène plus qu’il ne libère l’utilisateur. Tenez, je viens juste d’apprendre qu’un spectateur s’était fait lourder du concert du hip hop auquel il assistait parce qu’il avait eu le malheur de critiquer l’artiste de la première partie sur Twitter. Il aurait eu un portable basique le gars, il aurait du attendre d’être de retour chez lui pour déverser son fiel, et pu assister au reste du show peinard. Et je ne parle même pas de tous ces jeunes cadres dynamiques qui ne peuvent s’empêcher de sacrifier (inconsciemment de surcroît) leur vie sociale et affective sur le minuscule autel de leur Blackberry symbiote.

Bref, le rattachement perpétuel à la Matrix peut bien faire hurler toutes ses sirènes, très peu pour moi. Je compte profiter du luxe de pouvoir être injoignable à volonté le plus longtemps possible. Mais parce qu’il faut bien s’occuper même quand on se coupe volontairement du monde, et que la vie de festivalier « interne » (comprendre: en camping) comporte son lot de moments à meubler en attendant le début du concert, j’ai profité de ces sessions d’inactivisme militant pour coucher sur le papier (oui! et avec un crayon!) quelques petites réflexions et observations sur ce qu’est la vie dans ce drôle d’univers que constitue un festival. Ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) ou What Happened At The Time (Instantané Festivalier) en version longue (oui, j’aime aussi les acronymes débiles, ça commence à faire beaucoup pour un seul homme), et ça n’a pas vocation à changer la face du monde, mais j’espère que toutes les personnes ayant déjà fait l’expérience d’un festival de musique se reconnaîtront d’une manière ou d’une autre dans ces élucubrations pseudos socio-psychologico-métaphysiques of mine.
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W.H.A.T.T. (I.F): Le camping des Vieilles Charrues.
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Le camping du festival est une ville de toile qui s’autodétruit un peu plus chaque jour. Vivre ici, c’est faire l’expérience de la nature décadente de l’homme, surtout quand il est jeune et que l’alcool est peu cher. Chaque jour, ce sont des hectolitres de bière qui sont transportés à dos d’homme, par trolleys brinquebalants, brouettes défoncées, ou tout autre moyen de locomotion sorti de l’imagination fébrile et du sens pratique à toute épreuve des festivaliers, depuis le Leclerc local (c’est ce qui s’appelle bénéficier d’une externalité positive en langage économique – je n’ai pas tout oublié finalement -) jusqu’aux plaines noircissantes de Carhaix. Les breuvages plus forts doivent être transvasés dans des bouteilles plastiques avant le check point d’entrée, aucun récipient de verre n’étant autorisé sur le site (même les pots à cornichons, au grand dam d’un de mes voisins).

Les travées impeccables, autrefois délimitées par une ligne blanche tracée à même l’herbe fleurissent de déchets plastiques et organiques avec une profusion toute anthropique que les malheureux Sysiphes et Danaïdes de l’équipe bénévole chargés de la propreté du camp seront bien incapables d’endiguer de manière durable avant que la horde des nouveaux vandales se soit dispersée aux quatre vents. Là où nous passons, l’herbe met un an à repousser.

Le sol lui-même se fait spongieux et élastique là où les organisateurs ont choisi de faire converger des centaines milliers de pas en l’espace d’une centaine d’heure. Les quelques caillebotis de plastique jetés au dessus du carrefour pour limiter son affaissement n’y feront rien: à la moindre goutte d’eau, le praticable se transformera en marais, au grand dam des campeurs venus sans leur bottes (la majorité). Raison de plus pour sacrifier de généreuses libations au dieu responsable du fameux micro-climat breton pour qu’il retienne ses ondées le temps du week end. Encouragé par cette forme festive de prière païenne, le sentiment religieux atteint des sommets inégalés dans le pays Poher. Ivresse sacrée…

Vu comme ça, le camping en festival, c’est sympa non?

C’est samedi matin, il est 7h34. Parmi les tentes alourdies de la rosée probablement issue des suées de la veille, quelques uns des habitants les plus tardifs ou les plus précoces de la nouvelle Carhaix se croisent d’un air hagard. Les uns errent à la recherche de l’abri qui leur permettra de s’écrouler pendant quelques heures, les autres se dirigent vers les douches, guère sollicitées à cette heure monacale.  L’eau n’en sera pas plus chaude pour autant, mais pas de quoi effrayer un Breton motivé, pour qui les 19°C annoncés apparaissent tièdes en comparaison de la caresse des eaux atlantiques même en plein cœur de l’été.

Le temps de revenir à la tente, et l’animation est déjà de retour dans le plus vaste camp de déplacés de l’Europe de l’Ouest. À défaut de ne pouvoir se vider la tête sous les décibels vrombissants d’une chaîne (pas d’alimentation électrique proposée, Dieu merci), on en est réduit à émerger en parlant (fort) de sa nuit passée. Pour certains, les souvenirs mettront plus de temps à remonter, s’ils remontent tout court. Les soirées les plus mémorables sont celles qui laissent le moins de traces mnésiques, intéressant paradoxe.

Déjà, les revendeurs de places sont à leur poste, leur petit panneau de carton à la main. À les entendre demander d’un ton confidentiel aux passants s’ils ont des entrées à leur céder, on pourrait croire que le deal porte sur une toute autre marchandise, qui circule pourtant au grand jour dans le camp sans que personne ne s’en émeuve (on peut en même en trouver à la sortie de sa tente, oublié sur place par un errant aux poches crevées et au paletot idéal – vécu -). Bonne chance à eux, la journée affichant complet depuis plusieurs semaines, à la différence des autres.

Le jour se lève sur les Vieilles Charrues.

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