W.H.A.T.T. (I.F.): Silence, je révise!

Et voilà. À chaque fois, c’est la même chose. La programmation finale du festival vient de tomber, vous êtes devant votre ordinateur et contemplez d’un air gourmand la grille horaire complète des festivités à venir. Seulement, il faut bien se rendre à l’évidence: sur les 50+ artistes bookés, vous ne devez en aimer que 10%, être plus ou moins familier avec un autre 20%, et avoir lu une ou deux fois le nom de 30% du reste. Ce qui vous laisse avec 40% de parfaits inconnus (admirez au passage la magnifique progression 10/20/30/40)..
.

Face à cette situation, deux types de réaction:
1) « Bah, c’est pas grave: je fais mes concerts (sous-entendus, je vais voir les 10% pour lesquels j’ai acheté mon billet) et avec un peu de chance, je tomberai bien sur des groupes sympas pendant les heures creuses. »
2) « Raaah, mais ils font chier les orgas à donner les infos au dernier moment! Je vais encore être obligé d’enquiller les nuits blanches pour me faire une idée sur tout le monde avant de venir. »
Ces temps-ci, je dois admettre que je me reconnais plus dans la seconde que dans la première catégorie, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Mes premiers festivals ont ainsi été marqués des sceaux de l’innocence et de la baguenaude, ce qui ne m’a pas empêché de faire de très belles découvertes de temps en temps.
Boum, un petit The Temper Trap à Rock en Seine en 2010, crac, un joli Concrete Knives aux Francofolies de 2011. Et en 2012… Rien en 2012. Enfin, si, plein de choses en 2012. Mais 99% mes coups de cœur avaient été soigneusement repérés bien avant le concert en question, si bien qu’on ne peut que difficilement les classer dans la première rubrique*..
.

*: Ah, il y a tout de même eu le sympathique Rich Aucoin aux Vieilles Charrues.
.
.

Dans mon cas, le déclencheur a été le festival de Steinkjer. Le raisonnement a été le suivant: « quitte à claquer 600 euros pour un week-end en Norvège, autant ne pas faire le voyage pour rien ». Avouez qu’il aurait été bête d’y aller les mains dans les poches et de se rendre compte une fois de retour dans l’Hexagone qu’on a raté le concert de the-groupe-de-la-mort-qui-tue parce qu’on cassait la croûte à ce moment là. J’ai donc fait ce que je n’avais fait auparavant pour un festival (un tableau Excel) et je me suis attelé à la tâche d’écouter la musique proposée par la grosse trentaine d’artistes programmés.
Heureusement pour moi, novice en la matière, les organisateurs avaient eu la riche idée de créer une playlist spéciale sur Spotify, ce qui m’a épargné la tâche fastidieuse de la réaliser moi-même. Ne restait plus qu’à l’écouter, encore et encore et encore, en relevant les noms des artistes les plus intéressants, jusqu’à avoir une idée précise du déroulé du festival. Je ne suis pas sûr que j’aurais découvert des groupes aussi intéressants que Bendik, Baskery, The Cute Crash Combo ou Hedvig Mollestad Trio sans cette préparation « rigoriste », et croyez bien que je m’en serais mordu les doigts après coup..
.

Tout ça nous amène à la conclusion suivante: un bon festival, ça se prépare soigneusement en amont. J’ai essayé de couvrir précédemment toute la partie logistique des opérations, mais en ce qui me concerne, l’essentiel du travail s’effectue avec un casque sur les oreilles. Et, oui, je considère cette « révision » comme un travail, car cette besogne est longue, parfois fastidieuse (quand les orgas n’ont pas trouvé utile de créer une playlist, et que 75% des liens qu’ils ont mis sur leur site ne marchent pas…) et nécessite une concentration minimum pour être menée à bien. Pas toujours une partie de plaisir donc, mais comme ils le disent de l’autre côté de l’Atlantique: no pain, no gain..
.

Vendredi prochain,
ce sera Rock en Seine. Je ne sais pas pour vous, mais ce festival a toujours un arrière-goût de fin de vacances pour moi. Alors, histoire de terminer la saison des concerts de masse et de plein air en beauté, faisons les choses dans les règles et révisons en profondeur pour arriver au parc de Saint Cloud totalement maîtres de notre sujet..
.

I) Trouver la grille horaire complète du festival
.
.

3 jours et 61 concerts… Pas sérieux, s’abstenir.

.
.
II) Sélectionner les concerts que vous voulez faire à tout prix

Généralement, ils ne sont pas très nombreux. Je parle bien des artistes que vous suivez avec attention, et que vous iriez revoir en concert le jour d’après avec joie..
.

Dans mon cas, on a Sigur Ros, Placebo, The Temper Trap et The Waterboys (oui je sais, j’ai très bon goût)

.
.
III) Compléter avec les concerts que vous aimeriez faire « en curieux »

Pour coller à notre cas de figure, j’ai sélectionné un bon paquet d’artistes, pour des raisons diverses:

– J’ai un CD d’eux que je trouve sympa, mais pas transcendant non plus: Yeti Lane, Deus, The Bewitched Hands, Noel Gallagher, The Black Keys, Mark Lanegan, Green Day

– Ils ont une très bonne presse dans les médias musicaux que je consulte régulièrement (magazines, webzines, blogs, radio, télé…): The Shins, Of Monsters And Men, Alberta Cross, Hyphen Hyphen, Caravan Palace, Deus, Ed Sheeran, The Black Keys, Mark Lanegan, Stuck In The Sound, Foster The People

– Ce sont des « grands noms » qui ne passent pas souvent en France et/ou dont les places de concert coûtent assez chers: Bloc Party, Noel Gallagher, The Black Keys, Green Day

– Je les ai déjà vus sur scène, et c’était pas (trop) mal: Bloc Party, Caravan Palace, The Bewitched Hands, Stuck In The Sound

– J’aime bien un de leurs morceaux (sans connaître le reste): The Shins, Bloc Party, Of Monsters And Men, Foster The People

– …

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, certains artistes se retrouvent dans plusieurs catégories, ce qui les place évidemment en tête de ma shortlist. Et comme vous pouvez le voir ci-dessous, certains concerts ont lieu sur le même créneau horaire, ce qui va poser problème….
.

.
.

IV) Isolez les tranches horaires où « vous n’y connaissez rien » et rencardez vous sur les artistes programmés

La plupart du temps, ce sont les débuts d’après-midi qui nécessitent ce type d’enquêtes plus poussées, puisque les têtes d’affiche trustent les soirées. Pour progresser efficacement, soyons organisés: le premier contact se noue généralement sur la page dédiée par le festival au groupe/artiste inconnu dont il est question. Même si les bios qui illustrent ce genre de publications sont la plupart du temps bien trop laudatives pour qu’on puisse en tirer grand chose, elles vous apprendront au moins le style pratiqué par l'(es) invité(s) mystère(s). Plus constructif, un morceau « représentatif » accompagne souvent l’article, et pour peu que le lien fonctionne, vous pourrez faire une première idée sur la question.

Pour aller plus loin, I-tunes est bien pratique, puisqu’il permet d’écouter entre 30 » et 1’30 » de chaque chanson du groupe/artiste. Prenez l’album le plus récent de ce dernier (puisqu’il s’agira certainement de celui dans lequel il tirera le plus de morceaux pour le set), lancez une lecture de tous les extraits disponibles et jugez sur pièce. YouTube, Spotify et Deezer sont également pratiques pour approfondir les titres les plus prometteurs*.

*: Certains artistes qui viennent juste de commencer leur carrière ne sont répertoriés nul part sur le web. Avec un peu de chance, ils auront pensé à proposer leur musique à l’écoute sur leur site personnel, mais ce n’est pas le cas de tous. Et bien, tant pis pour eux..
.

.
.

V) Sélectionnez les artistes que vous voulez voir dans les plages définies à l’étape précédente

Si vous arrivez à remplir tous les vides, bravo! Mais comme on a parfois le choix de l’embarras plus que l’embarras du choix, ne rien sélectionner peut s’avérer être la meilleure alternative possible. L’occasion de faire un tour aux stands, d’arriver plus tôt pour avoir une bonne place pour le concert suivant, ou encore de rentrer se reposer pour attaquer le jour suivant en pleine forme..
.

Vendredi entre 18h30 et 19h: le rock aviaire de Dionysos ou le hip hop bangesque de The Knux? Ni l’un ni l’autre…

.
.
VI) Vérifier que les choix de l’étape II) valent vraiment le coup en les comparant aux inconnus programmés sur les mêmes tranches horaires

L’étape la plus longue, la plus fastidieuse, mais également celle qui vous permettra de faire un paquet de belles découvertes. Courage!.
.

.
.

VII) Arbitrer les incompatibilités horaires restantes avec les oreilles… Vous avez votre roadmap! .
.

Ah… ces concerts qui se chevauchent de quelques minutes. Un grand classique des festivals. Ajoutez à l’équation l’éloignement entre les scènes, et vous vous rendrez compte qu’à moins de maîtriser l’art délicat de la téléportation, vous allez forcément rater des petits bouts de sets de ci de là. Ce qui vous dire que vous allez devoir choisir si vous préférez sacrifier la fin d’un show pour ne pas rater le début du suivant sur votre liste, ou le contraire. Ce n’est jamais évident, mais ça fait partie du jeu*.

*: Et pour ceux qui ne veulent pas rater la chanson pour laquelle ils ont choisi de voir un concert, le site setlist.fm est un must. Il y a encore des artistes qui changent de setlist tous les soirs, mais (faut-il en rire ou en pleurer?), ces empêcheurs de planifier en rond sont assez rares..
.

Le bras de fer entre The Bewitched Hands et Deus a vu la victoire des Belges. Faut dire qu’ils y sont allés à 4 mains (huhu)…

.
.
VIII) Se faire une playlist récapitulative du programme et se la passer en boucle pour être au top le jour J

La « révision » proprement dite. Vous allez me dire qu’une fois que l’on sait que l’artiste est bon, ça ne sert pas à grand chose d’apprendre tous les morceaux qu’il joue par cœur. Vous avez parfaitement raison. Ça doit être mon côté FBDM….
.

Bref, après bien des efforts, vous voilà avec une magnifique roadmap personnalisée du festival. Félicitations, vous pouvez être fiers de vous! Vous voilà prêt à enquiller les concerts avec l’assurance et l’optimisation d’un vieux briscard. Vous avez toutes les cartes dans les mains pour passer un super week-end musical, reste à espérer que la météo soit de votre côté….
.

The long and winding road…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le août 20, 2012, dans W.H.A.T.T. (I.F.), et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Je me reconnais bien dans cet article. Sauf cette année, j’avoue que je ne l’ai pas préparé autant en profondeur. Même pas fait mon traditionnel tableau excel de la prog. Wait and see !

  2. Il n’est pas trop tard! ^^

  3. Bien écrit et agréable à lire, comme toujours, mais méthode un peu trop « scolaire » pour moi. J’aime bien découvrir des artistes par la scène sans les avoir écoutés en studio, surtout qu’il y en a quelques uns que j’adore sur scène mais n’écoute jamais sur CD. Je pense par exemple à Vismets, Kasabian, Revolver, plus récemment Dan San que j’ai découvert un peu par hasard et que je n’avais pas sélectionnés en écoute pré-festival, Puis les festivals sont les moments où je retrouve l’insouciance que j’ai perdue en devenant maman, alors, pas de pression. Mais quand même, j’écoute au moins une chanson de chaque artiste avant (strict minimum;)). Amusez-vous bien, en tout cas:-)

    • Comme aucun plan ne survit au contact de l’ennemi, ce serait un miracle que j’arrive à me ternir à mon idéal-type de programme aux petits oignons… Mais au moins, je n’aurais pas de regret le lundi matin!🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :