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ROCK EN SEINE – JOUR 1 (VENDREDI)

110 000. C’est le nombre de festivaliers qui ont déferlé sur le domaine national de St Cloud le week-end dernier, tel un troupeau de criquets sur le chemin de la migration ou un nuage de lemmings dans un champ de maïs. Record d’affluence battu pour le dixième anniversaire de la manifestation, je dis bravo. En compagnie des 109 999 autres individus susnommés, j’ai eu la chance, la joie et l’honneur de fouler de mes semelles la terre martyrisée de cet immense pré carré dans lequel les Parisiens non mélomanes parquent leur congénères pendant trois jours pour pleurer en paix sur l’été qui s’achève. Et bien vous savez quoi? Ils auraient mieux fait de venir au lieu de se morfondre intra-muros. La preuve:

Arrivés sur le champ de bataille aux alentours de 16h30 (autant pour mon magnifique programme soigneusement mis sur pied avec une rigueur absolue, amputé de ses deux premiers artistes à cause d’un virage à droite effectué un carrefour trop tôt… menfin, c’est la vie), nous ne vîmes donc point ni les petits frères Canadiens de Green Day (BILLY TALENT, qui s’il est talentueux, doit également être légèrement schizophrène pour porter un tel nom) cracher leur punk rock juvénile épico-communiste, ni l’énigmatique OWLLE chanter ses non moins énigmatiques compositions (comprendre ici que le chroniqueur a eu bien du mal à se rencarder sur la musique proposée par la rouquine à frange, et pourtant, il – donc je – est/suis dur au mal).

À peine le temps de verser et sécher quelques larme sur la cruauté du monde, nous voilà partis en direction de la scène de l’Industrie, sur laquelle l’abominable duo des neiges devait faire une apparition fugitive avant de repartir dans sa tanière. Bref, nous sommes allés voir YETI LANE (à ne pas confondre avec Herman Dune, autre duo français très porté sur les bipèdes misanthropes à poils longs). Et moi, j’ai plutôt aimé, à la différence de mes deux comparses, quelque peu désemparés par les longues envolées planantes et monochromatiques distillés par Ben (guitare, claviers, cheveux) et Charlie (batterie, amplis, lunettes de soleil). Car contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, le yéti est un être sensible et contemplatif, qui préfère laisser le vent mauvais lui souffler dans la toison pendant qu’il contemple une mer de nuages du haut d’une falaise solitaire (pourquoi croyez vous qu’il habite en montagne?) plutôt que de l’agiter en tout sens dans d’ineptes séances de headbanging. En plus, ça fait des nœuds dans les poils.

Cette condition ayant été posée, rien n’empêche le spectateur de survoler les contreforts de l’Himalaya en compagnie du tandem parisien, pas franchement causant mais parfaitement maître de son son. Mention spéciale à Charlie, au toucher d’une précision et d’une netteté digne d’Echo (et de ses Bunnymen). Et ça tombe plutôt bien, puisqu’une bonne partie des morceaux joués lors de ce (court) set provenaient du deuxième opus du groupe, The Echo Show (#HabileTransition). Peu familier de cette partie de leur répertoire, je suis content qu’ils choisissent de compléter leur prestation par quelques titres extraits de leur première galette éponyme. La demi-heure réglementaire écoulée, les deux yétis repartent piller le Monoprix le plus proche sur un ultime Strange Call. J’aurais bien rempilé pour un quart d’heure supplémentaire, mais le programme de la journée est chargé, et il est temps de se tourner vers la scène de la Cascade où le concert « création » de cette dixième édition de Rock en Seine est en passe de débuter.

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Sur l’estrade, l’ONDIF craquète, frémit, trompette et glapit dans l’attente des GET WELL SOON. L’ONDIF? Non, ce n’est pas un Pokémon de type eau, ni un magasin spécialisé dans la vente de jets d’eau d’agrément par correspondance. Bien essayé. L’ONDIF est la forme ramassée du nom de l’Orchestre National D’Ile de France, formation créée en 1974 avec la noble tâche de – je cite – : « diffuser l’art symphonique sur l’ensemble du territoire régional et tout particulièrement auprès de nouveaux publics. » Bref, toi le jeune de banlieue en jogging et casquette Ünkut, toi pour qui la controverse musicale la plus importante de l’époque est l’opposition entre l’East Coast de Biggie et la West Coast de 2Pac, toi pour qui le basson est une race de chien (« l’espèce de saucisse de Télé Z, sisi! ») et qui croit que Mozart a composé l’Assasymphonie pour clasher les haters, rapproche-toi et ouvre grand les oreilles. L’ONDIF, emmené par son chef Enrique Mazzola, va s’employer à te faire découvrir la grande musique, comme les missionnaires européens sont partis évangéliser les autochtones au cours des derniers siècles.

La tâche promettant d’être rude, l’ONDIF s’est adjugé l’aide d’interprètes afin de s’adresser au public dans une langue connue de ce dernier: le rock. Ce sont donc les Allemands de Get Well Soon qui se chargeront d’appâter les spectateurs, pas forcément enclins à assister de plein gré à un concert purement symphonique. Ça a bien marché avec le concert d’Archive l’année dernière, alors…

Pas de chance, l’arrivée de Konstantin Gropper, aussi livide qu’un jeune allemand féru de philosophie et de musique classique puisse l’être, et de ses troupes se fait sous la pluie, et ce sera sous l’ondée que l’ONDIF se produira cette année. Excentrés sur le côté gauche, relativement à l’abri sous les arbres qui délimitent la scène de la Cascade, nous assistons à la performance de l’ensemble germano-francilien avec un détachement de plus en plus affirmé. En cause, la distance, la pluie, le va et vient incessant des curieux et des déçus, sans oublier le moment où, à cause d’un spectaculaire « ombrella happening », la scène disparut carrément de notre champ de vision derrière une forêt de baleines (et oui, j’ose).

Umbrella, brella, brella (air connu)

Umbrella, brella, brella (air connu)

Ajoutez au tableau la voix « diesel » de Konstantin, qui mit vingt bonnes minutes à se chauffer, et le manque de tranchant et d’impériosité des interventions de l’ONDIF (personnellement, je considère comme anormal le fait qu’une simple guitare électrique puisse faire plus de bruit que toute une section de cordes, ou qu’un clavier puisse tenir la dragée haute à une demi-douzaine de cuivres), et vous comprendrez que notre impression finale ait été un tiède « sympa mais sans plus ». Dommage, car les quelques morceaux de Get Well Soon que j’avais écouté la semaine précédent Rock en Seine m’avaient plutôt plu. Dans le sous-genre de la pop lyrique et mélancolique, romantique en un mot, Herr Gropper promène sa douloureuse élégance avec une facilité scandaleuse, comme le prouve suffisamment son dernier album, The Scarlet Beast O’Seven Heads (disponible en France depuis le début de la semaine). Comme une envie de retenter ma chance lorsqu’il repassera à Paris à la fin du mois d’Octobre (31 Octobre, à la Gaité Lyrique)…

18h45 (car il faut bien un quart d’heure pour se faire servir une bière aux buvettes de Rock en Seine), nous voilà devant la grande scène pour le concert de DIONYSOS (à mon grand regret). J’avais prévu d’utiliser ce créneau horaire pour bien se placer pour THE SHINS, mais la démocratie (ou plutôt, la tyrannie de la majorité) en a décidé autrement. Nous arrivons juste au moment ou l’ineffable Mathias Malzieu invite les spectateurs du premier rang à braver les gorilles de la sécurité pour venir rejoindre le groupe sur scène danser le Bird’n’Roll. Intention louable et généreuse de communier avec son public et d’offrir à une poignée de chanceux un souvenir impérissable de leur 24 Août 2012, mais rien à faire, je ne perçois que le côté démagogique de la manœuvre. Et je m’interroge: qu’est-ce que les pauvres Dionysos ont bien pu me faire pour que je les déteste autant?

Mathias attend la vague (ça m'aurait dit de pas venir)

Mathias attend la vague (ça m’aurait dit de pas venir)

À vrai dire, je ne le sais pas très bien. D’accord, les paroles de leurs chansons rivalisent souvent avec celles d’Indochine dans le non-sens pseudo-poétique (« une fille en forme de fée »? WTF?) et la voix du sieur Malzieu me tape assez vite sur les nerfs, mais bon, ça n’explique pas tout. Il y a aussi la déception que m’a causée La Mécanique du Coeur, que j’espérais être un concept album digne de cette appellation, surtout que mon icône absolue, l’insurpassable Bashung, y faisait l’une de ses dernières apparitions (et je dois dire que le morceau dans lequel il apparaît, La Panique Mécanique, est la meilleure du CD), mais qui s’est révélé être une suite de chansons bancales plus ou moins bien intégrées à la trame narrative (un hamster qui s’appelle Cunnilingus… quel rapport avec le reste de l’intrigue?), dans laquelle ne surnageait guère que Tais-toi mon cœur et le duo précédemment cité. Pour finir, tout le monde semble trouver ce groupe génial, ce qui me chagrine au plus au point. Généreux oui, génial non.

Bref, j’ai supporté avec stoïcisme la fin du concert des Valençois, dont une grande partie fut dévolue à l’aller retour en slam de Mathias jusqu’à la tour régie, performance qui force le respect et montre à quel point le bonhomme est familier de l’exercice du bain de foule (ou du surf digital, c’est selon). Nous eûmes également droit à un solo de perceuse effectué dans les règles de l’art, qui m’aurait presque arraché un sourire pour tout autre groupe, mais là, décidément, je n’y arrive pas. Reste qu’on ne peut pas enlever à Dionysos l’énergie dépensée au cours de leur prestation, qui fut très favorablement accueillie par le reste du groupe. Personnellement, j’étais plutôt que le concert se termine pour retourner à la cascade écouter les Shins.

Un petit côté Kevin Spacey, ikke sant?

Les Shins justement, parlons en. Voilà un groupe qui sait gérer sa communication en direction des gens qui, comme moi, ne les connaissaient pas du tout (ou si peu) avant Rock en Seine.  À l’occasion de la sortie de leur dernier opus, Port of Morrow, en mars dernier, toute la presse spécialisée s’était empressée de relayer l’information en termes onctueusement laudatifs. Je suis donc bien forcé d’apprendre que le groupe d’Albuquerque (comme la chanson de Neil Young) est une force qui compte sur la scène du rock indie yankee, avec un statut de groupe « d’initiés » (comprendre qu’il faut creuser un peu pour entendre parler de ces gonzes) à la carrière parfaite à filer les boules à tous les U2, Coldplay et Depeche Mode de la terre. Aux commandes de la machine, un certain James Russell Mercer, véritable maître du bord n’hésitant pas à renouveler complètement l’équipage d’album en album pour mieux poursuivre sa muse. La dernière livraison de la quintette, Wincing The Night Away, datant de 2007 et ayant été unanimement saluée par la critique, Port of Morrow est donc attendu de pied ferme par tout ce que le 21ème siècle compte de chroniqueurs rock, rétribués ou pas. À l’écoute, le single Simple Song se révèle effectivement plaisant, pas révolutionnaire dans son approche, mais soigneusement construit et totalement maîtrisé. Ce sera en grande partie ce titre qui me poussera à coucher le nom des Shins sur ma road-map clodoaldienne (si si, c’est le vrai gentilé).

Au final, nous nous retrouvons devant la scène de la cascade, décorée pour l’occasion d’un fond de scène astral (lune et étoile), et devant lequel Jason et ses zicos sont déjà à pied d’œuvre. Ces derniers auront la gentillesse de jouer la Simple Songattendue pas trop longtemps après notre arrivée, histoire de nous fournir un mètre-étalon de leur musique à utiliser pour juger de la qualité de leurs autres compositions. Et, rien à dire, le set se révèle être très homogène dans sa composition, un peu trop même, puisqu’il ne convaincra pas mes camarades de rester jusqu’au bout (il faut dire qu’ils étaient venus pour PLACEBO, et qu’il fallait donc sécuriser une place pour ce show). Il est vrai que les chansons de The Shins, du moins celles que j’ai eu le temps d’écouter, se ressemblaient beaucoup. Pas au point qu’on les confonde, mais assez pour rebuter le novice, qui estimera avoir fait le tour de la question en un quart d’heure et partira vers d’autres cieux et scènes voir si le rock est plus vert (et en verve) ailleurs. Sentiment mitigé donc, avec un vague arrière-goût de rendez-vous manqué avec un groupe dont je n’ai pu qu’apercevoir le côté novateur et génial sans pouvoir (ni vouloir, c’est vrai, je l’avoue) trop m’attarder sur la question.

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BLOC PARTY. Encore un groupe que je n’avais pas prévu de voir à Rock en Seine, mais il faut savoir s’adapter aux circonstances. Et, pour l’occasion, ces dernières étaient plutôt en faveur des quatre petits gars d’Essex, que je n’avais pas trouvé très à leur avantage lors de leur passage à Carhaix plus tôt dans la saison. Doit-on mettre ce regain de forme et d’inspiration sur des facteurs endogènes ou exogènes (je peux maintenant l’avouer: j’ai lancé ce blog uniquement pour pouvoir utiliser ces deux termes dans un contexte non académique) au groupe, mystère et boules de gomme, toujours est-il que le show proposé par Kele et ses trois compères s’est révélé être de haute volée, et tout à fait digne de ce que le public était en droit d’attendre d’une des têtes d’affiche du festival.

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme...

Rock en Seine, le festival qui pense aux chroniqueurs qui ont des appareils bas de gamme…

Pour ma part, je serai prêt à hasarder une pièce sur la disposition particulière de la grande scène de Rock en Seine, bien plus artist friendly que la scène Kerouac des Vieilles Charrues. Contrairement à cette dernière, en effet, la perspective étroite et délimitée par une rangée d’arbres d’un côté et des paravents de l’autre donne vraiment l’impression au groupe sur scène d’être seul au monde, alors que le vis-à-vis avec la scène Glenmor aurait plutôt tendance à rappeler aux artistes se produisant sur Kerouac qu’ils ne sont qu’une ligne d’un programme en comptant des dizaines. À cet égard, St Cloud est royal pour l’ego. Et quand le public se masse sur le pré, l’étroitesse de ce dernier permet de jouer devant une foule très profonde, ce qui est évidemment plus flatteur que la disposition vaguement circulaire et assez relâchée qu’adopte naturellement l’assistance d’un concert de plein air.

Bref, tout était en place pour que les créateurs du fameux Banquet remettent le couvert de belle manière à Rock en Seine, trois ans après leur dernier passage. Et dans leur rôle de première Party de luxe, les Bloc ont assuré. Qu’ils puisent dans la partie rock ou electro de leur repertoire, Kele et consorts ont su adapter leurs morceaux choisis au cadre monumental et à l’humeur festive du public, pour un résultat toujours pêchu et entraînant. Même les premiers rangs, que l’on devine être venus pour Placebo, ne boudent pas leur plaisir et se acceptent volontiers de se piquer au jeu de la foule conquise et sautillante*. Sur scène, Mr Okereke et sa grande bouche ne ménagent pas leurs efforts (craquage de chemise littéral à la clé), tandis que Russell Lissack distille ses riffs imparables avec un métier qui me surprendra toujours au vu du look de lycéen shoegazer que le gratteux en chef de la bande se plaît à cultiver depuis les débuts du groupe. Cerise confite sur le pudding, le soir tombe juste à temps pour permettre au public d’apprécier les jeux de laser qui agrémentent les derniers morceaux du set. À la fin de ce dernier, Bloc Party repart avec le sentiment du devoir accompli. Difficile de ne pas leur donner raison.

*: et à y repenser, un tel engouement n’est pas si étonnant que cela, puisque le premier – et meilleur – album de Bloc Party, Silent Alarm, est sorti en 2005, c’est à dire juste entre l’énorme Sleeping With Ghosts (2003, 2004 pour la version avec les Covers) et le décadent Meds (2006) du trio londonien: pas vraiment la même musique, mais la même époque, et comme les fans de Placebo ont la nostalgie facile…

 

This awkward moment when… tu réalises que tu ne verras pas SIGUR ROS cette année à Rock en Seine. D’après les retours de la plupart des gens qui ont eu cette chance, j’ai vraiment raté quelque chose, ce que je peux très bien comprendre: Jonsi, en solo et sans ses instruments « électroniques » (oubliés quelque part entre Lisbonne et Paris au moment du concert) avait déjà réussi à faire planer tout le parc de St Cloud il y a deux ans, alors avec le renfort de Goggi, Kjarri et Orri (les trois nains islandais recalés au casting de Bilbo le Hobbit), je ne peux qu’imaginer le feu d’artifice que ça a du être. Laisser moi pleurer dans un coin en écoutant Inni (il va falloir que je prenne le temps de pencher une oreille sur cette galette achetée à vil prix dans une FNAC il y a quelques semaines), ça vaudra mieux.

On va dire que c’est une vision d’artiste de la musique du groupe…

Le bon côté de la chose a été que j’ai pu assisté au concert de PLACEBO pas trop trop loin de la scène. Évidemment, il suffit d’un spectateur un peu plus grand que soi-même pour réduire cet avantage à néant, et évidemment, ça n’a pas manqué, mais bon, l’ambiance « au cœur du public », ça compte aussi, et pour le coup on a été servi. Car malgré la désaffection d’une partie des fans de la première heure depuis la sortie de Battle for the Sun, album marquant le début d’une certaine décadence, ou du moins, d’une remise en question profonde, de la part du groupe (départ du batteur Steve Hewitt, paternité de Brian Molko, ajout de cordes et de cuivres sur certains morceaux…), Placebo conserve une côte de popularité indéniable auprès du public, qui s’est déplacé en masse pour entendre les hymnes glam-goth qui ont servi de bande-son à la fin du deuxième millénaire et le début du troisième.

Certes, le trio remanié n’a plus rien proposé de nouveau depuis trois ans, et se contente de vivre sur sa propre légende en replissant un stade ou servant de tête d’affiche à un festival de temps à autre. Certes, le concert s’annonce sous des auspices menaçantes (Brian est en délicatesse avec sa voix – une « grenouille dans la gorge » dixit lui-même – ) et sent le réchauffé avant même d’avoir commencé, au vu du pilote automatique enclenché par le groupe depuis quelques mois. Certes, le gars Molko ressemble maintenant plus à Greg Dulli qu’à l’icône androgyne qu’il incarnait au début des années 2000. Mais tout de même, Placebo a écrit suffisamment de bonnes chansons en ses années fastes pour qu’on prenne le temps de se pencher sur son cas sans prononcer la sentence avant la tenue de l’audience.

Et au final, Placebo fait toujours son petit effet (jeu de mot facile et foireux). Brian, sans livrer une prestation dévastatrice, a assuré toutes ses parties vocales avec facilité, ne refusant l’obstacle que sur les hauteurs du I Know (16 ans depuis la sortie du premier album tout de même… il a du en fumer des clopes depuis). Torse nu au fond de la scène,  Steve Forrest martèle ses fûts sans états d’âme, son look de barbare howardien ne contrastant plus tant que ça avec l’esthétique du reste du groupe. Il faut dire que le temps du power-trio emo-goth est révolu depuis longtemps, au profit d’une efficacité scénique incontestable mais quelque peu dénaturée. Les nostalgiques peuvent toutefois se consoler avec Stefan Olsdal, qui n’a pas bougé, ou si peu, depuis la période de Nancy Boy, et enchaîne grands écarts et fentes avant sur scène comme quand Placebo était l’étoile montante de la nébuleuse de l’indie rock.

Après une heure de show maîtrisé de bout en bout (et pour cause, la setlist n’a pas bougé depuis un mois), première sortie de scène pour le groupe, qui revient bien vite livrer un rappel un poil plus surprenant que la rétrospective offerte par la bande à Molko auparavant (rétrospective bien trop centrée sur Battle for the Sun à mon goût, avec pas moins de cinq morceaux – dont l’horrible chanson titre – sur quatorze tirés de cet album), avec en ouverture le toujours appréciable Running Up That Hill (A Deal With God) emprunté à Kate Bush. Suivront un inédit, B3 (ça fait plaisir d’apprendre qu’ils ont composé au moins un titre durant les trois dernières années), jamais joué en France auparavant d’après Brian, dont le français impeccable explique peut-être pourquoi le public de l’Hexagone lui reste encore si fidèle; et un Infra-Red sur lequel les lasers utilisés par Bloc Party feront un retour remarqué. À 23h30, l’histoire est pliée et Placebo quitte Rock en Seine pour de bon. Ils étaient les derniers programmés sur la grande scène le vendredi soir, mais il n’y a eu que les fans les plus fleurs bleues pour espérer une troisième mi-temps impromptue, en hommage à l’époque où le groupe tournait ses live à Paris et invitait Franck Black à le rejoindre pour un Where Is My Mind d’adieu. Un autre temps…

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En fin de compte, une première journée mitigée, avec quelques bonnes surprises (Yeti Lane, Bloc Party), des prestations honnêtes mais pas transcendantes (Placebo, Get Well Soon), des trucs que j’aurais pu aimer (The Shins) ou détester (Dionysos) plus que je ne l’ai fait, en d’autres circonstances, et quelques rendez-vous manqués (Billy Talent, Grimes, Sigur Ros). Un début en demi-teinte, mais comme aurait pu le dire Thoreau au Rock en Seine de 1854 (si Rock en Seine il y avait eu): « qu’importe si le début semble petit ».

PS: Le lecteur souhaitant en savoir plus sur cette première journée serait bien inspiré de faire un tour sur myonderwall.fr, dont les rédacteurs sont des gens sérieux, cultivés et pleins d’humour, comme leurs compte-rendus le laissent bien paraître.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 2 (VENDREDI)

Aube grise sur Kamperhuil ce matin du vendredi 20 Juillet. Dans la clarté verte de la 2 secondes Quechua, le festivalier ragaillardi par quelques heures de sommeil à peine entrecoupées d’épisodes plus bruyants que la limite du supportable (agréable surprise s’il en fut) se prépare pour une journée riche en émotions. C’est que ce vendredi sont programmés pas mal de groupes dont la côte ne cesse de grimper, encore trop confidentiels pour se voir confier les clés de Glenmor, mais plus que capables de faire passer au spectateur averti un grand moment. Ready, steady, go!

Aujourd’hui, je prends l’option français

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Après quelques heures passées à rêvasser sur un parpaing fissuré, le dos accolé aux barrières volantes barrant l’accès du festival (période d’inactivité mise à utile contribution pour décrire et commenter deux trois bricoles marrantes sur ce qu’est la vie en festival: ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) et le premier de la série peut être consulté là), le coup d’envoi fictif de cette seconde journée est enfin donné, et c’est avec surprise que je suis témoin de la course effrénée des premiers arrivés en direction de la grande scène, sans doute à la recherche de la CURE de jouvence promise par le bon docteur Smith et ses assistants à 22h05 ce soir.
J’ai ri, et marché tranquillement jusqu’à Kerouac, où j’ai pu me positionner là où tout festivalier de bon goût se devait d’être en ce début d’après-midi, ensoleillé finalement: au pied de la scène où les doux rêveurs de OTHER LIVES étaient attendus à 16h pour une virée dans les plaines de l’Oklahoma, à la recherche de l’insaisissable Scissor Tailed Flycatcher (Tyran à Longue Queue en français et oiseau emblème de l’État dans toutes les langues – c’est fou comme on apprend des choses en allant aux concerts de SAMANTHA CRAIN).

Choose your seat…

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe distillant un folk aérien et délicat et souhaiteraient un cours de rattrapage accéléré, je ne peux que conseiller l’écoute des morceaux Tamer Animals et For 12, tous deux extraits de l’album Tamer Animals (disponible depuis Août 2011). Ce second opus étant excellent dans son ensemble, rien ne vous empêche de creuser plus profond le sillon en attendant que la quintette retourne en Europe (ils ont annoncé à la fin de leur concert qu’ils repartaient aux États-Unis après avoir écumé le vieux continent depuis le début de l’année).

À 16h tapantes, le commandant de bord Jesse Tabish largue le câble reliant son planeur à l’avion tracteur et nous voilà partis pour une heure de vol au dessus des magnifiques paysages des Grandes Plaines américaines. Je parle de planeur, car les sets soignés délivrés par les Other Lives ne montent pas en puissance pour vaincre l’inertie du public à la manière de ceux d’autres groupes. Non, pas besoin de faire d’efforts violents pour la bande de Stillwater pour tutoyer les sommets, mais simplement de se laisser porter par les courants chauds ascendants. Il y en qui peuvent trouver l’approche barbante, mais en ce qui me concerne, je suis devenu un adepte de ces moments de sereine quiétude, bien éloignés des tornades de décibels frappant un peu partout ailleurs dans le paysage pop rock. Comme un clin d’œil de la météo, le vent se lève juste à temps pour accompagner l’incommensurable Dust Bowl III, charriant un peu de la poussière soulevée par les semelles des festivaliers. Le septième ciel n’est plus très loin.

Mais le temps nous est compté et il faut déjà songer à redescendre. Cachée derrière ses lunettes noires à verres ronds, la charmante Jenny Hsu se charge de remercier les voyageurs au nom de tout l’équipage, et donne rendez-vous aux passagers intéressés par un nouveau vol au pied de la scène pour une séance de merchandising improvisée (m’en fout, je l’ai déjà l’album, et dédicacé par tout le monde qui plus est). Le commandant Jesse reprend alors le micro pour poursuivre les annonces: on finira la descente avec une superbe reprise de Leonard Cohen, The Partisan, amputée de toute sa partie française il est vrai, mais ça n’a guère d’importance. Il est d’usage d’applaudir le pilote après un atterrissage réussi, et c’est avec joie que nous nous sommes pliés à ce rituel, conquis par ce plane movie maîtrisé de bout en bout. Revenez-nous vite..
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Direction ensuite la scène Grall, qui avant de résonner des furieux assauts de mon groupe belge préféré de tous les temps, les indispensables TRIGGERFINGER, doit accueillir un certain RICH AUCOIN, dont les penchants électros ne m’inspirent qu’à moitié, mais que ne serais-je pas prêt à faire pour tenir la barrière lors d’un concert du power trio d’Anvers?
Assis contre le rempart de métal, je m’écoute tranquillement penser jusqu’à ce que la petite bande de fans absolus du natif de Halifax qui a investi les lieux en même temps que moi ne se mette à trépigner sur place en poussant des hauts cris. Juste le temps de me lever pour voir de quoi il en retourne que Rich en personne arrive à ma hauteur pour me serrer la main (bon, pas qu’à moi, il sert toutes les mains qu’on lui tend Rich, mais tout de même) et me remercier d’être venu le voir. C’est vrai qu’on n’était pas nombreux au lancement du set, et je n’ai pas eu le courage ni l’envie de lui avouer les vraies raisons de ma présence devant la scène, aussi me suis-je contenté de sourire bêtement et de lui laisser sa chance. Grand bien m’en a pris.

Car le gars Aucoin a le don fabuleux d’enjamber toutes les barrières sur son chemin. Barrière de la langue en premier lieu, habilement négociée à l’aide d’un franglais bien suffisant pour se faire comprendre par un public intrigué, puis enthousiaste. Barrière le séparant dudit public en second lieu, qu’il franchira à tous ses morceaux (les gars de la sécurité ont passé une heure riche en émotion) pour venir prêcher sa pop electro festive au plus près, parmi, les spectateurs qui d’enthousiasmés sont devenus complètement fou lorsqu’il s’est mis à les arroser de confettis et de cotillons à l’aide des « mortiers » disposés devant la scène. Autant dire que la valeur ajoutée d’être au premier rang lors de ce genre de prestation se trouve décuplée par rapport au concert moyen. Final particulièrement barré pour un personnage haut en couleur, Rich déploie sur la foule une toile de parachute qui servira d’écrin à une séance de (base) jumping particulièrement jubilatoire, même si la température est vite devenue insupportable en dessous.

Après un crowd surfing bien mérité et vite expédié, le Canadien frappadingue quitte la scène, en promettant à tous ceux qui lui enverront un texto de leur expédier toute sa musique gratuitement… Et de balancer son numéro de portable sur l’écran géant derrière lui (c’est bien la seule chose qui a marché correctement côté régie, les échec systématiques et répétés de Rich et de Sam, son ingénieur backstage, de synchroniser la lumière et le son du show ajoutant encore à la folie du set… C’est pas à PORTISHEAD que ce genre de mésaventure arriverait, mais si ça pouvait décrisper Beth Gibbons, c’est tout ce que je leur souhaite). Enfin, quand je dis quitter la scène… Il est resté une bonne demi-heure après la fin de son concert à parler et à se faire prendre en photo avec qui voulait (dont votre serviteur, mais le résultat est classé secret défense), pendant que derrière lui, imperturbables, Ruben, Mario et Mr. Paul investissaient les lieux pour la balance. Sans doute la « première partie » la plus généreuse et enthousiasmante à laquelle j’ai eu la chance d’assister, et un petit gars que je suivrai avec attention dans le futur (petit avant-goût de très bon goût, son morceau It).


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L’entrée ayant été débarrassée, il était temps de passer aux choses sérieuses. Et sérieux, les trois de Triggerfinger le sont toujours dès lors que le rideau se soulève, même si pendant les réglages, l’ambiance était à la franche rigolade, Mario testant son micro en roucoulant des sonates pendant l’impayable Mr. Paul hésitait semble-t-il entre parler dedans ou l’avaler tout rond. Hé, c’est les vacances pour tout le monde mon pote.

À la faveur d’un set scandaleusement court (50 minutes! Que fait la police?) mais contenant tous les diamants stoners  habituels (First Taste, Is It, All This Dancin’ Around, le solo de batterie de Mario…), parfaitement taillés et soigneusement polis après des semaines passées sur les routes à défendre le dernier album, les Trigg’ ont encore un peu plus élargi leur fan base française, et confirmé au besoin leur statut de très grand groupe live. À voir Ruben se mettre le public dans la poche en un aller retour de médiator sur sa Gretsch, on est tenté de croire que ce type là est né sur une scène, avec un message pour le monde: the louder, the better. Pas grand chose de plus à rajouter sur ces quelques minutes passées en compagnie d’une des valeurs sûres du rock, le vrai, européen, à part qu’ils étaient bien partants pour remettre le couvert à Carhaix as soon as possible. À bon entendeur, afscheid.

Don’t give me that creepy look, Paul

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Les heures suivantes ne furent malheureusement pas aussi passionnantes. Pris au piège d’une programmation un peu piquée des vers (THOMAS DUTRONC, ça va cinq minutes, littéralement), j’erre de scène en scène, grappillant des petits bouts de concert de ci de là (le fils de cité plus haut, qui s’embarque dans un plaidoyer pro-frite à la logique absconse aux deux tiers de son show, mais également la fin du set des petits jeunes PURPLE MOUNTAIN, duo guitare batterie n’ayant rien de très neuf à proposer – par contre le frontman est un crack du Rubik’s cube – et la performance en demi teinte des éternels revenants BLOC PARTY, toujours incapable de retrouver la recette de leur miraculeux Banquet). Victime de son succès, et malgré les 4.000 m² d’espace supplémentaire par rapport à l’année dernière, les Vieilles Charrues s’engorgent lentement mais sûrement, au point que je préfère me poser devant Glenmor pour attendre la venue des Cure.

Purple Mountain: « On est bons hein? » « Ouais, on est bons. »

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Rester assis le plus longtemps possible pour ménager ses jambes, c’est dangereux pour les mains, mais ça permet de prendre des photos chelou. Il n’est cependant pas question de passer l’intégralité des 2h30 de concert (record annuel) de l’empereur des gothiques et de sa bande de joyeux drilles à contempler les godasses des autres festivaliers. À 22h05, tout le monde sur le pont pour voir débarquer Robert Smith et friends, prêts à offrir au public la dose de millésimes eighties pour laquelle ce dernier s’est déplacé en masse (60.000 fans tout de même). Le thème de l’édition 2012 étant les super héros, on a plaisir à constater que le petit Robert a joué le jeu et s’est déguisé en Joker pour l’occasion. Ah, pardon, on me signale dans l’oreillette que cette tignasse arachnéenne et cette tartine de rouge à lèvres sont en fait son look habituel, autant pour moi.

Plus tout à fait aussi svelte qu’à l’époque où les Inconnus reprenaient la Zoubida en son honneur, Smith a toutefois conservé le même grain de voix qu’à ses débuts, ainsi que son assurance tranquille de guitar hero minimaliste mais toujours inspiré. Il n’y a qu’à fermer les yeux pour se retrouver trois décennies plus tôt, debout sur la falaise de Just Like Heaven, courant comme un dératé entre les arbres de A Forest ou piégé dans la toile du Spiderman de Lullaby. Priceless.

À ses côtés, les musiciens, vieux et jeunes, déroulent les morceaux de la setliste avec une perfection de studio d’enregistrement. Mention spéciale à Jason Cooper, qui prouve avec brio qu’un bon batteur n’est pas forcément un batteur bruyant: sa vitesse et sa capacité à tenir, orner et développer les rythmiques exigeantes des compositions de Robert Smith sans pour autant voler la vedette aux délicats entrelacs de guitare, basse et claviers caractéristiques du son de The Cure m’ont vraiment impressionnées.

Je serais bien resté juste au bout du set (qui paraît-il à déborder d’une demi-heure par rapport à l’horaire convenue, c’est MARTIN SOLVEIG qui a du être content), mais dans une galaxie très lointaine nommée M83, Anthony Gonzalez et ses potes se préparaient à se téléporter sur la scène Grall, et je ne pouvais pas décemment rater une rencontre de ce (3ème?) type.

Mais d’abord, il a fallu se frayer un chemin jusqu’au point de chute de l’Antibois que les States nous envient et s’arrachent. Hurry up, they’re coming. Plus facile à dire qu’à faire cependant, aucune allée d’évacuation n’ayant été dégagée à cette fin et les gens étant en général peu enclins à s’écarter pour laisser passer les déserteurs (ce qui est tout à fait compréhensible, mais à moins de se faire hélitreuiller, impossible d’y couper). Pour être parti au tout début de Pictures of You depuis une distance relativement éloignée de la scène (voir photos), je sais qu’il m’a fallu les sept minutes et des poussières que dure la chanson en live pour me dégager de la foule, ce qui n’a pas vraiment été une partie de plaisir. Sans hésiter, le plus gros point noir de tout le festival..
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À l’arrivée, il s’avère que je ne suis pas le seul à être parti en quête du Grall, et je trouve la place déjà copieusement garnie de spectateurs impatients de goûter au calice. Problème principal, l’immense majorité des impétrants au tour de soucoupe proposé par Anthony a déjà beaucoup bu avant de se présenter sur le paddock, et la disposition particulière de la scène par rapport au reste du site incite les plus motivés à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusque dans les premiers rangs. Où qu’on se place, impossible de profiter de l’electro rock épique servi par les M83 sans être bousculé toutes les 30 secondes par une nouvelle colonne infernale de festivaliers plus très concernés par les règles du vivre ensemble. Tu parles d’une joyeuse Reunion. Comble de l’impolitesse, la moitié du public part en masse après avoir entendu Midnight City, laissant Anthony finir son concert devant une foule bien moins nombreuse qu’au coup d’envoi du set. Ok, le papillonnage de scène en scène fait partie de la logique festival, mais ce genre d’attitude consumériste à deux balles « je reste juste pour ta chanson buzz, après tu peux te brosser » m’a foutu et me fout encore en rogne. Je n’ose même pas imaginer ce qui ce serait passé si Anthony avait choisi d’ouvrir avec ce titre.

Toujours est-il que j’ai découvert M83 et que malgré les conditions assez extrêmes des 40 premières minutes, j’ai bien accroché. Beaucoup de titres lorgnent certes très ouvertement vers le dancefloor, mais l’emphase développée dans les compos et les arrangements implacables de ces dernières (aaah, ce saxophone jubilatoire dans le final de Midnight City… C’est beau comme du Tears For Fears période The Working Hour), couplées à l’énergie incroyable du groupe sur scène (il fallait rester jusqu’au bout pour voir le bassiste se jeter dans la fosse comme on se jette dans les vagues à 13°C des plages du Finistère – si tu réfléchis trop, tu meurs -) me font penser que le succès grandissant de cette bande d’allumés plutôt très doués dans ce qu’ils font est très loin d’être immérité, et c’est avec plaisir que j’irai les revoir sur scène (mais pas en festival si je peux l’éviter) si l’occasion se présente..
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1h du matin et une décision à prendre: aller voir la fin de METRONOMY à Kerouac ou rentrer à la tente? Pas cornélien le dilemme dis donc. Bonne nuit tout le monde.

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