Archives du blog

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Les Chansons Narratives

L‘élément déclencheur de l’écriture de cet article remonte à six ans en arrière. Toute la famille était en voiture, en route pour une soirée chez des amis, lorsque la radio diffusa, encore une fois, La Lettre de Renan Luce (c’était à l’époque où cette chanson passait à peu près une fois par heure sur les radios musicales pop-rock). Quelqu’un (moi sûrement) dut alors faire état de sa lassitude pour la ritournelle de l’homme à la guitare en plumes, entraînant la rapide instruction du procès du sieur Luce par les occupants du tacot. Mon père, d’habitude assez critique envers les nouveaux artistes, me surprit en prenant la défense de l’accusé. La raison: La Lettre était un morceau narratif, chose assez rare et appréciable à ses yeux pour ne pas vouer  son auteur aux gémonies.

Je ne sais pas pourquoi cet épisode m’a autant marqué, au point que je me décide, des années plus tard, à lui consacrer un billet. Sans doute parce que j’ai été frappé par cette manière de voir les chansons, de les diviser en plusieurs catégories selon la manière dont elles étaient écrites. Sans doute aussi parce que, comme mon père l’a fait remarquer, les morceaux narratifs, ceux qui racontent une histoire au lieu de décrire un sentiment (« ♫Oh la la, que j’aime le chocolat♫ ») ou de développer un point de vue (« ♫Liberté-é-é pour les poissons pané-é-és♫ »), sont effectivement assez peu courants. Et c’est dommage, car je trouve qu’ils sont souvent supérieurs à la moyenne, puisqu’au plaisir de la musique et du texte s’ajoute celui d’entendre une intrigue se dérouler, parfois agrémentée d’un twist final du plus bel effet. Pour reprendre l’exemple de cette fameuse Lettre reçue par le beau-fils de Renaud (et avec laquelle j’ai fini par me réconcilier), l’auditeur ne comprend le fin mot de l’histoire qu’à la toute fin de la chanson, lorsque Renan Luce lui souffle pourquoi l’auteur du courrier, cette petite blonde sexy au rouge à lèvres carmin, voulait se suicider. Tout cela est si joliment troussé qu’il est fort difficile de résister à cette ravissante bluette, dont l’intelligence d’écriture contribua à mon avis fortement au succès de l’album Repenti* (800.000 exemplaires écoulés).

Ce qui suit est donc un modeste tribut à ce genre de chansons pas comme les autres, organisé sous forme d’un top 10 recensant les morceaux narratifs que je trouve les plus réussis. Comme beaucoup d’entre eux contiennent un twist final savoureux, je resterai volontairement vague sur le propos développés dans chacun de ces titres, afin de ne pas gâcher la surprise à ceux qui voudraient entendre par eux-même de quoi il en retourne. Bonne lecture (et n’hésitez pas à me soumettre vos propres coups de cœur en la matière)!

*: Remarquons au passage que la chanson titre de cette galette est elle-même un morceau narratif (une sombre histoire de mafioso new-yorkais ayant retourné sa veste, exilé en Bourgogne et féru d’hortensias).

.

10 – Hotel California (The Eagles)

En sa qualité de morceau narratif le plus connu au monde, ce tube des Eagles méritait bien d’être inclus dans ce classement. Si aux États-Unis et dans le reste du monde anglophone, le destin singulier du personnage principal de ce classique de l’americana n’est un secret pour personne, je suis persuadé que tous les Frenchies ayant un jour accompagné en yoghourt la douce voix de Don Henley n’ont pas encore réalisé ce qu’est vraiment l’Hotel California qui attend le voyageur sur les bords de cette « dark desert highway ». Si vous faîtes partie de cette catégorie de personnes qui croit que ce morceau est une chanson d’amour adressée à une femme de chambre, ou une célébration du free spirit régnant en Californie, je vous invite à écouter (et à vous les faire traduire si besoin est) soigneusement les deux derniers couplets du titre en question….

.

9 – The Fountain Of Salmacis (Genesis)

À la sortie de Nursery Cryme, dont est issu The Fountain Of Salmacis, Genesis était encore ce groupe aussi bizarre que génial dont le frontmanl’inimitable Peter Gabriel (qui avait encore des cheveux à l’époque), jouait ses textes plus qu’il ne les chantait entre deux solos de flûte traversière*. Le morceau dont il est ici question est particulier en ceci qu’il s’agit de l’adaptation de la légende d’Hermaphrodite, le fils illégitime de la déesse de l’amour et du messager des dieux (qui ne se sont apparemment pas cassés la tête pour trouver un prénom au bébé: le tien accolé au mien, et hop, roulez jeunesse). Même si ce thème peut paraître assez perché pour un groupe de rock, il reste assez sage par rapport aux délires habituels de Gabriel, dont l’imagination débridée pouvait engendrer des tableaux hautement plus improbables, comme  le monologue d’un gourou révolutionnaire (The Knife), le récit d’une invasion de trifides (The Return Of The Giant Hogweed) ou la décapitation accidentelle du jeune Henry Hamilton-Smythe par sa camarade de jeu Cynthia Jane De Blaise-William lors d’une partie de croquet, ainsi que les conséquences imprévues de cet homicide malencontreux (The Musical Box). Rien d’aussi bizarre n’arrive dans The Fountain Of Salmacis, qui condense en un peu moins de huit minutes un récit mythologique dont la connaissance vous permettra de briller en société. Merci Peter.

*: Il semblerait que l’usage de cet instrument au sein d’un groupe de rock soit révélateur de la folie (créatrice, et seulement créatrice… la plupart du temps) de son utilisateur. Quiconque a déjà vu Ian Anderson sur scène avec Jethro Tull comprendra..

.

8 – Brothers In Arms (Dire Straits)

Encore un morceau très connu, dont les allures de slow langoureux ne doivent pas vous abuser: on parle bien de guerre sur ce titre, comme tout fan de Dire Straits capable d’aligner deux mots en anglais vous le confirmera. Mais cette dénonciation de la futilité des conflits armés n’est pas simplement descriptive: tendez l’oreille, et vous comprendrez pourquoi le personnage auquel Mark Knopfler prête sa voix est si lyrique quand il évoque ses frères d’armes…

.

7 – A Boy Named Sue (Johnny Cash)

Avant de faire chialer la planète avec sa reprise du Hurt de Trent Reznor au crépuscule de sa vie, Johnny Cash était The Man In Black, autrement dit l’incarnation de tout ce que le rock pouvait représenter de dangereux et de provocateur* pour les foyers américains des années 50 et 6o. Conscient de l’avantage d’être perçu comme le mauvais garçon de l’industrie de la musique en matière de publicité, Cash sut cultiver cette image badass avec soin, et c’est sans doute pour cette raison que les disques que la postérité a retenu de lui sont d’abord les deux concerts qu’il donna en 68 et 69 pour les prisonniers de Folsom Prison et San Quentin. S’adressant au public de détenus comme s’il était l’un des leurs, il alla presque jusqu’à déclencher une insurrection dans le second établissement pénitentiaire lorsqu’il interpréta San Quentin, morceau aux paroles explicites (San Quentin I hate every inch of you/May you rot and burn in hell) écrit spécialement pour l’occasion. Cependant, Johnny le noir savait aussi prendre ses distances avec cette image de bad boy, et, toujours à San Quentin, régala les prisonniers avec A Boy Named Sue (chanson écrite par Bob Dylan himself), l’histoire savoureuse d’un jeune homme dont le père, avant de disparaître, insista pour qu’il reçoive ce nom assez difficile à porter pour un garçon…

*: Bon, à l’époque, il suffisait d’adresser un fuck bien senti à un photographe et de se foutre de la tête de cette midinette d’Elvis pour être catalogué comme borderline… Pour l’époque c’était vraiment shocking!

.

6 – Pumped Up Kicks  (Foster The People)

Le morceau le plus récent de ce classement, et celui qui m’a convaincu de laisser une chance aux Foster The People, dont l’agaçant plébiscite médiatique m’avait auparavant gardé à distance (suis-je le seul à me méfier quand tout le monde crie au génie?). Il aura fallu que Bow To Each Other reprenne ce morceau pour que je réalise que j’avais eu tort de blacklister Mark Foster et ses potes pour délit de hype. Car Pumped Up Kicks est plus qu’un des plsu gros tubes de l’année écoulée, c’est d’abord et avant tout un amalgame parfait entre une forme pop et attractive, et un message d’une terrible tristesse. Faire danser les gens sur la genèse d’une tragédie tristement banale aux États-Unis, où les embrouilles de cour de récré tournent parfois au règlement de comptes à OK Corral, il fallait oser. Et surtout, il fallait en être capable. Bravo les gars.

.

5 – Tux On (Marillion)

Le destin de Marillion bascula le 15 Septembre 1988 avec le départ de Fish, charismatique frontman et principal auteur du quintet, dont les textes ciselés et les interprétations flamboyantes avaient fortement contribué à gagner la reconnaissance du public. Alors au sommet de sa gloire, après la sortie du génial Clutching At Straws et une tournée européenne des stades et des zéniths, le groupe vola en éclats, miné par les pressions extérieures et les dissensions internes. Ainsi pris fin le premier âge de Marillion (nom inspiré par le Silmarillion de Tolkien), et même si l’arrivée de Steve Hogarth permit à l’aventure de se poursuivre, le groupe ne réussit jamais par la suite à renouer avec la popularité qui fut la sienne avant le départ de l’homme poisson.
Censé figurer sur l’album avorté sur lequel le groupe travaillait au moment du split, Tux On raconte la descente aux enfers d’un musicien, dont le succès et les obligations en découlant rendent accro à toutes les drogues. Pas besoin d’être un grand devin pour comprendre que ce personnage n’est autre que Fish, qui, pour éviter d’être « retrouvé mort d’overdose dans une grande maison d’Oxford », finit par claquer la porte*. Voilà qui s’appelle soigner sa sortie.

*: Si vous êtes du genre à croire à la destinée, je ne peux pas vous laisser partir sans vous mettre sur la piste de He Knows You Know, l’un des tous premiers morceaux du groupe, dans lequel Fish s’empare déjà des thèmes (l’enfer de l’addiction, la solitude, les tendances suicidaires) que l’on retrouvera des années plus tard sur Tux On, son chant du cygne en tant que membre de Marillion. Mais si le personnage de He Knows… se réveille dans un lit d’hôpital à la fin de la chanson, celui de Tux On n’a pas cette chance…

.

4 – Where The Wild Roses Grow (Nick Cave & Kylie Minogue)

Beaucoup de chansons narratives ont pour thème une histoire d’amour à l’issue tragique, et celle-ci fait définitivement partie de cette catégorie. Magnifiquement interprété par le lugubre mais tellement élégant Nick Cave épaulé par une surprenante Kylie Minogue, qui prouva ainsi au monde qu’elle était capable de faire autre chose que la pop ultra calibrée (pour ne pas dire ouvertement commerciale) qui était jusque là sa marque de fabrique, Where The Wild Roses Grow est le récit d’un amour fou, au sens premier du terme. Tout cela finit mal, mais puisque le morceau est extrait du slasher musical que constitue Murder Ballads, c’est le contraire qui eut été étonnant.

.

3 – Le Bal Des Laze (Michel Polnareff)

En France aussi, on sait faire des chansons narratives! Et on n’a pas attendu Renan Luce et sa Lettre pour s’y mettre. Plus d’un demi-siècle avant que le facteur ne passe, Brassens (La Légende De La Nonne, Corne D’Auroch…), Brel (Les Bourgeois, Les Flamandes…), Piaf (L’Accordéoniste, Mon Légionnaire…) avaient déjà donné à la chanson française des morceaux de ce genre, entrés depuis dans le patrimoine national. Cependant, et n’en déplaise à ces grands anciens et à leur partisans, rien à mes yeux ne surpasse Le Bal Des Laze, écrit à quatre mains par Michel Polnareff et Pierre Delanoë. Confession d’un homme qui « sera pendu demain matin » pour un crime dont la nature ne sera révélée qu’à la toute fin de la chanson, cette dernière se déroule avec la solennité tragique d’un requiem ou d’une marche funèbre, portée par la complainte de l’orgue, les discrets contrepoints de basse et l’ambiance mystique d’un studio éclairé pour l’occasion par la lumière jaune de milliers de bougies. Plus de quarante ans après, Le Bal Des Laze est toujours auant emprunt de la majesté gothique qui fit sa réputation et celle de son interprète à sa sortie. Entrez dans la danse…

.

2 – The Lady Of Shalott (Loreena McKennitt)

À l’origine était une légende, celle de la dame de Shalott, qui par amour pour Lancelot osa défier la malédiction qui pesait sur elle en sortant de la tour dans laquelle elle était cloîtrée pour voyager jusqu’à Camelot. De ce mythe arthurien, Alfred Tennyson tira un de ses plus fameux poème, The Lady Of Shalott, qui à son tour inspira plusieurs toiles au peintre John Waterhouse*, et bien plus tard, une chanson à l’artiste canadienne Loreena McKennitt. Cette dernière mit en musique les vers du premier, donnant ainsi naissance à un morceau de plus de onze minutes dont l’orchestration somptueuse transporte l’auditeur au cœur de la geste de la Table Ronde et de ses personnages déchirés entre amour et devoir. À écouter en regardant les tableaux de Waterhouse, of course.

*: Waterhouse fut tellement marqué par le poème de Tennyson qu’il peignit la dame de Shalott à trois reprises, illustrant à chaque fois un moment différent de sa légende: 1888, 1894 et 1916.

.

1 – Lily, Rosemary & The Jack Of Hearts (Bob Dylan)

Ou comment faire tenir un western entier en dix petites minutes. Le mètre-étalon du genre, indépassable depuis 1975, composé par un Dylan au sommet de son art*. Qui est donc ce mystérieux étranger, ce « valet de cœur » fraîchement arrivé en ville, et pourquoi s’intéresse-t-il tellement à Lily, la jeune protégée du tout puissant Big Jim, propriétaire de la mine de diamants de la ville? La réponse à la fin du morceau.

*: Ce morceau est sorti en 1975 sur l’album Blood On The Tracks. L’année suivante, Hurricane (Desire) permettra, quasiment à lui seul, de relancer l’affaire Rubin Carter (un boxeur noir condamné pour un triple meurtre en 1967, acquitté et libéré en 1988). Il était fort à l’époque, le Zim.

.

Voilà qui termine ce petit tour d’horizon thématique. Évidemment, avec seulement dix places à attribuer, il a fallu faire des choix et écarter des morceaux qui auraient pu figurer dans ce classement sans aucun problème. Pas de Galveston Bay (Bruce Springsteen), de My Lady D’Arbanville (Cat Stevens), de Powderfinger (Neil Young) ou encore de Red Army Blues (The Waterboys), pour n’en citer que quatre parmi les plus évidents. J’espère néanmoins que mes dix suggestions ne vous ont pas semblé complétement à côté de la plaque, que vous les connaissiez déjà avant de tomber sur cet article ou non. Et si ce billet vous a donné envie de fouiller votre discothèque à la recherche de cette denrée rare et délectable qu’est la chanson narrative, bonne chasse!

ROCK EN SEINE – JOUR 3 (DIMANCHE)

Dernier jour à squatter les pelouses (qui tirent de plus en plus la gueule) du domaine national de St Cloud. Le temps passe vite quand on l’occupe à écouter de la musique live. Dans l’attente de l’apothéose attendue à 21h30, heure à laquelle les organisateurs avaient promis de retirer la camisole de Billie Joe Armstrong pour un unique Green (Sun)Day français (le concert prévu le 27 Août au Trianon de Paris ayant finalement été annulé), il y avait beaucoup à faire, à voir et surtout, à écouter ce dimanche à Rock en Seine.

Petit cours de diction en guise d’échauffement dominical: vous voyez écrit BRNS, vous dîtes? Les cerveaux, les hipsters et les Belges parmi vous auront bien sûr répondu « Brains » à cette question. Les autres auront sans doute tenté, sans conviction, un timide « Béhérènès ». Bien essayé, mais tout comme !!! (qui se  prononce « tchik tchik tchik » si mes sources sont fiables), MGMT (Management) ou encore le Duc de Broglie (qui n’a jamais percé dans le monde de la musique ceci dit), les BRNS font partie des groupes qui séparent l’humanité en deux catégories distinctes: ceux qui savent prononcer leur nom correctement et peuvent légitimement s’en gargariser dans les salons mondains, et ceux qui ne savent pas (et qui peuvent s’attendre à recueillir les moqueries de leurs congénères mieux informés s’ils font éclater au grand jour la preuve de leur profonde cuistrerie). Maintenant que vous êtes sûrs de vous situer du côté agréable de cette frontière sociale, nous pouvons continuer.

BRNS était donc le premier groupe à se produire sur la scène de la cascade pour cette ultime journée de Rock en Seine. Ce quatuor d’allégeance plutôt rock nous venait tout droit de Belgique, incubateur de nouveaux talents musicaux devant l’éternel, avec un début de réputation assez flatteuse dans le petit monde de l’indie. Le maxi Wounded (et son art cover plus anxiogène qu’une nuit passée en tête à tête avec les quatre Cri de Munch – encore un gus avec un nom traître -), sorti en mai dernier et en libre écoute sur le net révélait en effet un univers musical singulier, onirique et plus fortement affirmé que ce que la jeunesse du groupe (deux ans à peine) ne l’aurait laissé penser. Restait à juger de la capacité de Tim (batteur-chanteur dans la droite ligne du regretté Levon Helm), Antoine (bassiste/synthé), César (percussions rigolotes/synthé toujours) et Diego (guitare) à reproduire sur l’open-stage de St Cloud l’ambiance particulière  de leurs compositions, en particulier les ambitieux Story Of Bible et Our Lights. Et bien, j’avais tort de m’inquiéter outre mesure.

Nullement intimidés par la taille de la scène, ni par le nombre de spectateurs qui leur faisait face, les BRNS ont en effet fait ce qu’ils avaient à faire et mis un point d’honneur, non seulement à égaler le rendu studio de leurs morceaux, mais également à leur ajouter une dimension épique tout à fait bienvenue, et qui a sans nul doute beaucoup contribué à leur gagner l’attention, puis l’adhésion de la foule, pas forcément très « cérébrale » (tu le vois bien mon jeu de mots téléphoné ou tu veux que je mette une balise giggle?) si tôt après le déjeuner. Gardez donc le nom de BRNS en tête, découvrez leur musique, regardez le clip de Mexico (ou pourquoi le concept de  Nus et Culottés ne s’est pas bien exporté en Belgique) et allez les voir sur scène si vous en avez l’occasion (ils passeront par Caen, Marseille, Rennes, Lille, Paris, Nantes, Vendôme, Saint Nazaire, Amiens, Nancy, Le Mans, Saint Lô et Auray entre fin Septembre et mi Novembre).

Tintin, batteur dans un groupe de rock (belge, ça va de soit)! Qui l'eut cru?

Tintin, batteur dans un groupe de rock (belge, ça va de soi)! Qui l’eut cru?

.
.

Sur la scène de l’industrie, ce fut ensuit au tour de VERSUS, nom de scène adoptés par huit musiciens français adeptes de hip-hop et de funk, de faire rugir ses beats et sonner ses hautbois. (enfin, presque: c’était une flûte traversière). Du hip-hop avec de la flûte traversière? Mais oui ma brave dame! Et ne croyez pas que cet audacieux cross-over entre instrument classique et rythmes contemporains soit une première: les Belges (eh oui, ils sont forts les cousins) de Frown I Brown ont/avaient eu la même idée iconoclaste. Reste à savoir si le Taras Boulba des seconds est le même homme que le Mr. Blue des premiers, mais ceci est une autre histoire…

Plus le temps passe, et plus je suis obligé de reconnaître que le hip-hop (que j’ai du mal à distinguer du rap, je l’avoue) est une formidable musique de live, et que ses interprètes ne sont pas tous des apprentis gangsters bling blong éructant des énormités inversement proportionnelles à la taille de leur intellect sur la vie BMW (Bitches, Money, Weapons) qu’ils aimeraient avoir, et peuvent consacrer leurs morceaux à autre chose qu’à s’ériger en mâles dominants ultimes ou à démolir toutes les personnes ayant eu le malheur de leur déplaire. Certes, il y a et il y aura toujours deux ou trois spécimens assez bas du front sous leur casquette pour se vautrer avec abandon dans ce cliché persistant et assez nauséabond, mais dans l’ensemble, j’ose espérer que la communauté des artistes se réclamant de la musique urbaine accueille en son sein plus de Versus que de MC Jean Gabin Booba (il n’avait pas qu’à sortir son bineural – un haineux, l’autre stupide – Wesh Morray pendant que j’écrivais le compte-rendu).
Bref, autant je n’écouterais (toujours) pas ce genre de musique chez moi, autant en concert, ça passe toujours niquel. Basses boostées et scansion hypnotique: le cocktail imparable pour s’immerger dans la musique crachée par les amplis en moins de temps qu’il en faut à Morsay pour baiser tous les racistes en brochette du haut de la Tour Eiffel. On débranche le cerveau (de toutes façon, tout MC digne de ce nom balancera son flow trop rapidement pour espérer comprendre ce qu’il dit) et on se contente de hocher la tête de haut en bas sur les temps forts du morceau. Pas compliqué.

Mais ce ne serait pas juste de ma part de cantonner le show de Versus à ce niveau zéro de l’appréciation musicale. D’abord parce que s’il y a bien un type qui a bidouillé sur son Mac pendant tout le concert, il y avait 6 vrais et bons musiciens sur scène, qui ont tous livré une prestation généreuse et au dessus de tout reproche fielleux. Ensuite parce que les deux chanteurs se sont donnés sans compter, malgré un public peu nombreux et très volage, le genre à vous dégoûter d’être le frontman du groupe. L’un d’eux s’est même fendu de prestations de break dance (pas renversantes, mais tout de même) pendant les intervalles instrumentaux, ce qui prouve qu’il n’a pas pris les spectateurs pour des gogos. C’est toujours appréciable. Donc, si on résume: Versus est un groupe de live très correct, qui contribuera à vous rabibocher avec le hip-hop positif si vous étiez en délicatesse avec ce genre à cause du comportement puéril de certains rappeurs trop occupés à contempler leur nombril pour se rendre compte de l’effroyable exemple qu’ils donnent. Par contre, si entendre des « punchlines » du niveau de:

« Tu prends tes cliques/Tu niques ta mère/Tu fermes ta gueule/Tu dis de la merde »

vous met en joie (sans recourir au second, voire au troisième degré), je pense que ni Versus, ni Rock en Seine d’ailleurs, n’est fait pour vous.

.
.

Et vint le moment où le fan des Waterboys qui est en moi faillit faire une attaque, de retour de l’expo rock. Car si j’avais pris la décision de traîner mes guêtres jusqu’au fin fond du festival, quasiment au niveau de l’entrée parisienne du site, au lieu de rester agrippé à la barrière de la scène de la cascade comme une tique à un mollet de VTTiste, c’était parce que le programme que j’avais en ma possession affichait clairement que ladite scène ne devait accueillir personne entre la fin du show de BRNS et l’arrivée de Mike Scott et de toute sa bande de joyeux musiciens. Une belle pause de presque deux heures, qui détonnait franchement avec le reste du programme, qui n’avait jusque là connu aucun temps mort dans l’enchaînement des artistes entre les quatre scènes, mais qui étais-je pour ne pas faire confiance au livret officiel de l’évènement? Las, j’aurais du me rendre compte que si ce dernier n’avait pas pris en compte les défections de Frank Ocean et de Childish Gambino (annoncées pourtant quelques semaines avant le coup d’envoi), il pouvait tout aussi bien omettre la présence d’un groupe dont la présence n’aurait pas été confirmée en même temps que la dernière vague d’annonce des artistes.

Et vous trouvez ça drôle?

C’est donc avec un certain trouble que j’ai constaté que la foule massée devant la scène de la cascade sur les coups de 16h10 n’attendait pas sagement l’arrivée des Irlandais précités, voire des revenants de Grandaddy ou des petits jeunes de Foster The People pour les plus motivés, mais était bel et bien en train d’assister à un concert. Une réaction normale à ce genre d’imprévu aurait été de se dire qu’un invité surprise avait été convié à meubler le trou de la prog’, mais en bon FBDM paranoïaque (pléonasme), j’en ai au contraire immédiatement déduit que les Waterboys avaient été avancés sans que je le sache. D’où un rush éperdu vers la scène, où j’ai pu, à mon grand soulagement, faire la connaissance de FAMILY OF THE YEAR. C’est la première fois que j’ai été absolument ravi de voir jouer un groupe que je ne connaissais pas du tout. #Strange

Calmée la crise de tachycardie (qui empêche un peu de se concentrer, il faut bien le dire), la musique proposée par les cinq jeunes gens perchés sur l’estrade s’est avérée être du pop-folk assez peu original, mais plaisant à écouter pour se remettre de ses émotions. La seule chose qui m’a marquée a été la ressemblance frappante entre la claviériste/chanteuse du groupe et notre Olivia Ruiz national, c’est dire. Mais pour être honnête avec les FOTY, je crois qu’ils auraient pu reprendre Viens Boire Un Petit Coup À La Maison avec la chorégraphie de Rabbi Jacob et des éléphants avaleurs de sabre en arrière-plan, j’aurais à peine levé le sourcil. Cependant, je tiens tout de même à les remercier de leur passage, car leur sortie de scène a entraîné le départ d’assez de festivaliers pour que je puisse revenir à la barrière que je n’aurais jamais du quitter, et pile en face du pied de micro de Mike Scott qui plus est. Merci les gars, et à charge de revanche! La prochaine fois, faîtes-vous annoncer avant de venir, c’est toujours mieux.

Heureusement, le chanteur ne ressemblait pas du tout à Mathias Malzieu

.
.

THE WATERBOYS donc. Chouette! Ce sont en grande partie eux qui m’ont convaincus d’acheter mon pass cette année, après que Mike Scott ait annoncé à la fin du concert du 24 mai dernier au Bataclan (premier passage à Paris du groupe depuis sept ans, tu parles que j’étais là) que lui et ses potes seraient de la partie. Pourquoi un tel enthousiasme envers cette bande de potes irlando-écossais, dont l’heure de gloire remonte à la deuxième moitié des années 80? Pour la big music pardi!

Peu nombreux sont les artistes contemporains qui ont réussi à créer avec succès un genre ou un style musical leur étant propre. Encore plus rares sont ceux qui ont eu l’insigne honneur de voir leur création être récupérée, adoptée par d’autres musiciens après eux. Keziah Jones a certes créé le blufunk, mais ce n’est pas lui faire injure que d’admettre qu’il est le seul pratiquant de ce style qui ait réussi à percer. De la même manière, l’ethereal wave/dark folk/gothic dream pop des Dead Can Dance n’a pas fait des masses d’adeptes depuis la création du groupe il y a trente ans de cela. Plus près de nous les Norvégiens d’Hypertext sont sans doute les seuls à pratiquer leur fusion jamspace, polyrhymtic, electronic pop mod (nom bizarre mais musique sympa, check it out). La big music, que Mike Scott définit comme « une métaphore de la signature de Dieu dans le monde* », a quant à elle fait école, puisqu’on la retrouve aussi bien dans les compositions des Waterboys que dans celle de Simple Minds, The Alarm ou encore World Party. Well done lads.

Inutile de préciser que le public des premiers rangs était à ce stade davantage composés de quarantenaires et cinquantenaires nostalgiques des 80’s que des cohortes de la génération Y qui représentent pourtant la plus grande partie des festivaliers de Rock en Seine. J’ai d’ailleurs constaté que la scène de la cascade accueillait toujours le dimanche d’illustres survivants d’une époque révolue du rock: Roxy Music en 2010, The La’s en 2011 et The Waterboys donc cette année. Pendant que les techniciens installaient les instruments et faisaient les balances, j’ai eu le bonheur de discuter avec un de ces fans originels du groupe (comprendre qu’il était déjà né lorsque ce dernier a atteint son pic de popularité), qui a d’abord cru que je venais sécuriser une place pour Foster The People. Échange bien sympathique autour de la musique, des festivals, de la radio, de The Cure et bien entendu, des Waterboys, qui nous a permis de tuer le temps jusqu’au coup d’envoi du set. Merci monsieur, et au plaisir de se recroiser à un concert, sur Nice, Paris ou n’importe où d’ailleurs.

Voilà donc Mike Scott, costume gris clair et chapeau mou crème, qui s’avance sur la scène avec sa guitare et engage sur un Rags introductif. Soulagement: le son est bon, et nous pouvons profiter des basses bondissantes d’Archie Aciero et des calvacades de toms de Ralph Salmins (à qui je décerne sans contestation possible le titre de meilleur cogneur de fûts du week-end) sans hypothéquer nos tympans. Quelques minutes plus tard, c’est assis devant un des claviers de James Hallawell que Mike lance le tube français des Waterboys (il avait d’ailleurs remercié le public français lors de son passage au Bataclan pour l’accueil offert au morceau, qui n’avait marché que chez nous à sa sortie), A Girl Called Johnny. Le saxo débonnaire d’Anthony Thistlethwaite manque à l’appel? Dommage, mais on peut toujours compter sur le violon de Steve Wickham, derviche tourneur de génie, pour prendre les solos à sa place.

Le milieu du show est l’occasion pour le groupe de proposer au public une composition issue de leur dernier opus, le concept album An Appointment With Mr. Yeats, consacré comme son nom l’indique à la mise en musique de quelques uns des textes du poète irlandais. Rock en Seine eut donc droit à As Mad As Mist And Snow, dont l’exécution s’est doublée d’une véritable performance théâtrale, Hallawell et Wickham joutant par tirades interposées sous leurs loups vénitiens, avant que Mike Scott ne vienne déclamer les vers du grand William, grimoire à la main et masque tricéphale sur la tête. Même mise en scène qu’au Bataclan, qui perd évidemment un peu de sa superbe gothique en plein soleil, mais qui fait tout de même son petit effet.

O Romeo, Romeo, wherefore art thou Romeo?

La fin du concert (ça passe vite une heure avec les Waterboys) vit le retour des « grands tubes » des années 80, sous la forme d’un trio gagnant The Pan Within/The Whole Of The Moon (dédicacé fort logiquement aux mânes de Neil Armstrong)/Fisherman’s Blues, final auquel vint se greffer ce fieffé coquin de Cali, fan fini des Waterboys (d’après mon voisin), et qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il chante les chansons de ses idoles à la place des siennes (il avait déjà eu la chance d’accompagner Simple Minds sur Mandela Daylors du passage des Écossais à Taratata). Deuxième guest star de niveau national, l’impayable Jean Paul Huchon, qui n’est pas monté sur scène mais s’est bien dandiné en coulisses, je peux vous l’assurer. Et comme cet ultime morceau dispose d’une chorégraphie simple mais efficace (faire un tour sur soi-même sur le Hey Hey Hey! du refrain), nous avons eu l’immense privilège de nous flinguer les poumons (piétiner un sol aussi sec que celui du parterre de la scène de la cascade le dimanche de Rock en Seine ne pouvant pas manquer de soulever un nuage de poussière passablement irritant pour les bronches) dans la joie et la bonne humeur sur l’invitation de Mike Scott. Quand le leader des Waterboys te demande de « tourner » avec lui et le groupe, all you gotta do is surrender. Nuff said.

*: pas clair? C’est vrai que c’est un peu fumeux comme définition. Personnellement, je vois ça comme le fait de jouer de manière épique, à grands renforts de solos de violon et de saxophone, des compositions simples (deux/trois accords récurrents martelés sur une guitare à 12 cordes ou un clavier) mais que le chant habité de Mike Scott rend incroyablement addictives. Le mieux pour se rendre compte est encore d’écouter le morceau-manifeste éponyme, The Big Music, qui figure sur le deuxième album du groupe. Le morceau titre de ce dernier, A Pagan Place (un titre qui pourrait soulever un stade dès ses premières mesures, jouées pourtant sans batterie), est à mon humble avis le plus représentatif du genre.

.
.

Le concert terminé, un dilemme se pose: partir écouter Little Roy et ses reprises reggae du Nevermind de Nirvana, comme il était prévu sur la roadmap, ou rester sur place jusqu’au concert de Foster The People? Question qui me semble purement rhétorique après coup, mais in the heat of the moment, j’avoue avoir balancé au moins… 30 secondes avant d’opter pour la deuxième solution. Une barrière centrale, ça ne se bazarde pas comme ça, même si avant d’assister au show de Foster et de ses gens, il allait falloir affronter le retour de GRANDADDY, groupe sur lequel je n’avais absolument pas accroché au cours de mon débroussaillage pré festivalier. Principal cause de rejet du greffon: la voix geignarde de Jason Lytle, plus pénible qu’un concentré de young Neil Young mixé avec du Girls In Hawaii brut. Chacun son sale goût, et je conçois tout à fait que l’on puisse au contraire adorer le petit organe de Lytle (c’était facile), mais pour moi, c’est niet*.

C’est donc avec un a priori assez négatif que j’ai vu les cinq Californiens débarquer sur scène pour un concert forcément un peu spécial, reformation oblige. Comme je ne connaissais absolument pas la tête des membres du groupe, je ne me suis rendu compte qu’une fois le show commencé que le roadie barbu et revêche (à mi chemin entre Gimli un lendemain de cuite et Zach Galifianakis privé de goûter), roulé depuis les coulisses en même temps que la batterie qu’il devait préparer, n’était autre que le batteur/cloppeur du groupe. Autant pour moi. Le reste de la bande est arrivé sur scène par ses propres moyens, mais ne payait pas franchement de mine non plus. Certes, les membres de groupe de rock indie sont rarement aussi flamboyants que leurs confrères punk ou métal, mais l’impression générale était plus proche de la jam entre pères quarantenaires à la fête de fin d’année de l’école que de musiciens pro sur le retour. Il n’y a guère eu que le guitariste Jim Fairchild pour se rapprocher un peu de l’image d’Epinal de la profession. Pas que j’accorde une importance démesurée au look des artistes lorsque je fais un concert, mais comme je me suis ennuyé (ce qui m’a fait culpabilisé: je suis sûr que n’importe quel fan du groupe arrivé en retard dans le parc aurait donné cher pour être à ma place  au lieu de suivre le concert sur les écrans géants, et je m’excuse donc envers ces personnes que j’ai involontairement lésé… Mais quand ça veut pas, ça veut pas) pendant une heure à les voir jouer, fallait bien que je m’occupe.

Car la malédiction de la cascade a encore frappé ce dimanche, et malheureusement pour les Grandaddy, ce sont eux qui ont eu droit à la balance merdique de la journée. Mêmes symptômes que pour The Temper Trap la veille, et même punition pour les spectateurs, qui, tous fans qu’ils étaient, n’ont pu s’empêcher de tiquer à chaque fois que Kevin Garcia faisait mine de pincer les cordes de sa basse. Inutile de dire que le pauvre Jason a eu beau faire de son mieux, ses vocalises plaintives sont passées largement inaperçues dans le porridge sonore craché par les enceintes. Ironie du sort, ce furent donc les rares morceaux piano-voix qui m’ont semblé les plus réussis: Mr Lytle n’est certes pas Freddie Mercury, mais quitte à choisir, je préfère encore l’entendre geindre en solo qu’accompagné par les infrasons assourdissants de ses petits copains. Mieux, j’ai découvert que la voix du leader de Grandaddy pouvait se révéler plus émouvante qu’irritante dans certains cas, ce qui valait bien d’attendre la fin du set pour qu’il se décide enfin à sortir le grand jeu. On se console comme on peut.

*: Il y avait également eu le visionnage éprouvant de la vidéo du groupe ayant le plus de vues sur Youtube: Nature Anthem. À côté de tant de mièvrerie que je n’ai pas particulièrement perçu comme devant être prise au second degré, le clip de Need Your Love de The Temper Trap apparaît comme sobre et de bon goût.

.
.

Et on se console d’autant plus vite que la suite s’annonce nettement plus intéressante accessible. Exit les grands-pères de Grandaddy, et place à la jeunesse de FOSTER THE PEOPLE. Signe avant-coureur de l’ouragan indie pop qui s’apprête à déferler sur le domaine national de St Cloud, la marée humaine se fait de plus en plus agitée aux alentours de la scène de la cascade. Ça pousse, ça presse, ça crie, et ce n’est qu’un avant-goût de la tempête qui va faire rage dans la fosse dans quelques minutes. Il va falloir être fort.

Il faut dire qu’en trois ans d’existence, le trio de Los Angeles a connu une ascension impressionnante. Il n’aura fallu à Mark Foster, sept ans cette année (il y a donc des gens qui sont vraiment nés un 29 Février), et ses complices qu’un album bourré jusqu’à la gueule de tubes en puissance pour devenir un groupe d’envergure internationale, adulé et réclamé par les fans aussi bien en Amérique qu’en Europe ou au Japon, enchaînant les shows au quatre coins du globe depuis la sortie de Torches afin de capitaliser leur percée. Un parcours maîtrisé et planifié avec minutie, comme nous l’a expliqué Mark entre deux morceaux: la prochaine fois que Foster The People rejouera en France, ce sera pour promouvoir le nouvel album. Un discours qui tranche franchement avec l’esprit carpe diem jemenfoutiste qui est habituellement celui des jeunes groupes pop-rock, et qui pourrait être perçu comme arrogant par certains. Mais provenant de Mark Foster, cela semble couler de source: on ne peut pas être arrivé aussi haut aussi vite sans avoir anticipé les choses.

Il n’est pas resté planté comme ça pendant tout le concert, je vous rassure. Au contraire, bien au contraire (comprendre que toutes mes autres photos sont ratées).

Le gars est intelligent, l’écoute de son opus le prouve assez: chaque titre a été travaillé et poli jusqu’à atteindre une perfection pop immédiate mais non superficielle. Le résultat est à la fois léger (et encore, pas toujours: les paroles de Pumped Up Kicks aussi bien que les clips de Helena Beat et Houdini sont porteurs d’un message assez sombre) et solide, un tour de force que seul MGMT avait réussi à réaliser (Oracular Spectacular) avec le même niveau de succès dans les années précédentes. Même constat en live: tout a été pensé pour que le spectateur en ait plein les yeux. Fond de scène monumental, baudruches géantes gonflées sur scène, artiste invité (en l’occurrence, l’affriolante KIMBRA, qui s’était produite sur la scène Pression live plus tôt dans la journée et a assuré quelques premières parties pour Foster The People au cours de la tournée), pluie de confettis dorés à la fin du set… rien n’a été laissé au hasard. Un show à l’américaine qui peut déconcerter dans le cadre de Rock en Seine, habitué à des prestations plus roots, mais le fait est que ça marche.

Ça marche même tellement bien que je suis ressorti aussi fourbu qu’euphorique du concert, écrasé contre la barrière par la poussée des rangs arrières pendant la plus grande partie de ce dernier. Qu’importe, ça valait vraiment le coup de faire le pied de grue pendant cinq heures pour enfin entendre Helena Beat, Houdini et bien sûr Pumped Up Kicks, final prévisible mais tout de même extraordinaire, joués live. Immense merci donc à BOW TO EACH OTHER d’avoir repris ce dernier titre et par la même occasion, de m’avoir fait faire plus ample connaissance avec un groupe que j’aurais certainement et sottement snobbé sinon.

.
.

Pas l’air très net le type… Référence implicite à American Idiot?

Question: peut-on décemment assister à un concert de GREEN DAY assis? Pour moi, la réponse a été un oui franc et massif. De toute façon, j’ai toujours été trop vieux pour la punk-rock adulescent et déconneur qui constitue le fond de commerce du trio depuis ses débuts. Une fois de temps en temps à la radio, pourquoi pas, mais redescendre dans la fosse aux lions après avoir été concassé avec application pendant une bonne heure juste avant, tout ça pour les beaux yeux eyelinés de Billie Joe Armstrong, vraiment… C’est donc de très, ou plutôt de Tré, loin que j’ai assisté à la performance des trois lascars Californiens (décidément, on ne s’en sort pas), avec un détachement goguenard pas entièrement bienveillant.

Premier constat: c’est tout de même dommage d’avoir autant de titres taillés pour les stades et les festivals de la taille de Rock en Seine dans son répertoire et de laisser retomber l’ambiance aussi régulièrement au cours du set. Armstrong, maître de cérémonie fantasque et bouffon, a en effet souvent préféré faire le pitre pour le public au lieu de se contenter d’enchaîner les morceaux. Ces interludes grand-guignolesques font certes partie du jeu de scène habituel du frontman des Green Day, mais à trop y recourir, c’est la dynamique entière du set qui s’essouffle en enfilage de chapeaux rigolos, détrempage des premiers rangs au tuyau d’arrosage (personne ne lui a dit que la canicule était finie depuis un bout de temps?) et distribution de T-shirts au mortier. Et même si Billie sait s’y prendre pour faire remonter la pression en cas de besoin, son arsenal de chauffeur de salle est malheureusement trop limité pour ne pas l’obliger à utiliser les mêmes vieux trucs plusieurs fois par show (dans le désordre, nous avons ainsi eu droit au classique « Hey Ho… Hey Hey… » en question-réponse avec le public, à l’inusable « Are you ready? I say, are you fucking ready?? », au démago « I love Paris » et à ses nombreuses variations, et, en dernier recours, à l’exutoire « Let’s go crazy!! »). Calm down, shut up ‘n play yer guitar.

Deuxième constat: Green Day aime peut-être Paris, mais Paris adore Green Day. C’est une chose de chanter un couplet d’un tube planétaire comme Boulevard Of Broken Dreams lorsque Billie tend obligeamment son micro vers la foule, mais c’en est une autre de le suppléer au pied levé sur une chanson bien moins connue du grand public (et en l’occurrence, le mètre-étalon de ce que le grand public connaissait ou ignorait, c’était moi), et aussi fort que la fois d’avant qui plus est. Messieurs et mesdames les fans, qui vous êtes déplacés en masse ce dimanche soir à ce que j’ai pu voir et entendre, je vous tire mon chapeau. Paris adore donc Green Day, mais Paris est également horriblement jalouse: quand Billie a fait transhumer un troupeau de fans hystériques sur scène comme à son habitude, l’ambiance s’est méchamment cassée la gueule, et n’est repartie à la hausse qu’après que BJA se soit dépêtré de ses embarrassantes invitées. On ne l’y reprendra plus.

Troisième constat: quand ils se décident à jouer, les gars de Green Day se montrent largement à la hauteur de leur réputation de bêtes de scène. Les chansons sont certes calibrées pour ce genre d’exercice, mais encore faut il que les interprètes se montrent capables de les jouer avec la hargne et l’intensité nécessaire pour que la magie punk opère. Pas de soucis à se faire de se côté là: Billie n’avait pas encore chopé la grippe le soir de sa prestation à Rock en Seine, et avait la voix et les doigts des grands jours. Même état de forme pour Mike Dirnt moins démonstratif que son compère mais toujours présent au bon moment. Quant à Tré Cool, on ne peut que s’émerveiller de la capacité du bonhomme à maintenir un morceau au point mort sans faiblir, le temps que Billie finisse de faire le pitre et embraye sur le couplet suivant. Rappelez-moi de ne jamais le défier au bras de fer.

Quatrième et dernier constat: on peut décemment assister à un concert de Green Day assis, si le concert en question ne s’éternise pas trop. Au delà d’une heure, ça devient inconfortable et la fatigue se fait vraiment sentir. Il est temps de plier les gaules et de repartir une dernière fois vers le parking du parc, en promettant au passage au bénévoles de la sécurité de routière que l’on rentrera prudemment (surtout qu’ils ont installé des radars à l’entrée de Versailles, les gros malins).

Green Day/Bright Night

Green Day/Bright Night

.
.

En conclusion, une édition qui a tenu toutes ses promesses, avec son lot de têtes d’affiches internationales, de groupes indies comme indispensables et de belles découvertes que l’on aura plaisir à suivre dans le futur. Du monde certes, un son pas toujours top parfois, de la pluie au début, des allers-retours éreintants entre les scènes souvent, mais tout cela fait partie du jeu qui se joue dans le domaine national de St Cloud le dernier week-end d’Août, n’est-ce pas? So, so long Rock en Seine et à l’année prochaine pour fêter tes onze ans, si tout va bien.

%d blogueurs aiment cette page :