Archives du blog

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LE PETIT BAIN (13.12.15)

Même si ce n’a pas été fait à dessein, assister à un concert à Paris le 13 Décembre 2015, un mois jour pour jour après les attentats ayant endeuillé la capitale et frappé au cœur l’industrie du spectacle parisienne, ne pouvait pas être un acte anodin. La venue d’Anna von Hausswolff au Petit Bain apparaissait à ce titre comme l’occasion de clore l’année musicale, et de refermer du même coup la drôle de parenthèse ouverte trente jours plus tôt. Plus qu’un évènement musical, cette soirée était également la manifestation d’un retour à la normalité, certes plus sombre qu’auparavant, mais à la normalité tout de même.

Lancé en première position, VENDÈGE, projet solo de Thibault Marchal, se révélait être une jolie trouvaille, le charpentier de l’Arche de Nora, accompagné pour l’occasion d’une violoncelliste (mais pas que), d’un trognon de pomme et de la console la moins stable du monde, surprenant son monde avec son electronica upcyclée et intimiste.

Vendege 2.

L‘heure de show proposée ensuite par l’aptement nommé THE GROUP (on me signale dans l’oreillette que « The Band » était déjà pris) se révéla bien plus déroutante. Agrégation d’artistes berlinois partageant une passion commune pour l’expérimentation musicale, cet ensemble à la composition fluctuante prend en effet chaque concert comme une feuille blanche, sur laquelle ils improvisent à loisir et sans filet. Pour cette soirée au Petit Bain, Casper Clausen (Efterklang) lança ainsi les hostilités en position de chef d’orchestre, intimant par deux fois à ses comparses (Greg Haines, Francesco Donadello, Tatu Rönkkö et Massimo Pupillo) « d’envoyer la sauce »  – comme on dit dans les milieux autorisés -, ce qui, compte tenu du line-up déployé par la troupe (2 batteries, une basse et ce que nous appellerons pudiquement des machines), se révéla être une expérience aussi physique qu’acoustique. Il faut dire que votre serviteur avait eu l’heureuse idée de se positionner devant une enceinte retour public…

The Group 2.

Difficile de donner au lecteur un aperçu fidèle de cette prestation protéiforme et hypnotique, construite seconde après seconde par une quintette complice et volage, pour qui l’échange d’instruments en cours de show est une pratique normale. L’expérience en vaut définitivement la peine, même si la philosophie radicale de The Group est susceptible de provoquer des adhésions totales aussi bien que des rejets absolus, sans guère de compromis entre ces deux extrêmes. Tel est le lot de ceux qui se plaisent à redéfinir les contours de ce que l’on appelle, peut-être un peu trop simplement, musique.

The Group 3.

Venue présenter son nouvel album, The Miraculous au cours d’une tournée européenne dont Paris était la dernière étape, ANNA VON HAUSSWOLFF se présenta enfin sur scène, accompagnée de son cénacle de musiciens. Pour ceux n’ayant pas l’heur de connaître la demoiselle, Mlle Von Hausswolff n’est autre que la papesse du funeral pop, un genre musical oscillant entre le drone et l’alternative, certes pointu mais jamais pesant, et d’une approche somme toute assez facile (ce qui explique sans doute pourquoi le Petit Bain était comble en cette soirée du 13 Décembre). Autre caractéristique notable du style de notre Valkyrie de poche, la grande part laissée aux passages instrumentaux, même dans les morceaux avec paroles. Ajoutez à cela un souci du détail confinant à la recherche de la perfection et une interaction avec le public entre deux chansons nulle et non avenue la majeure partie du temps, et vous obtiendrez une image assez fidèle de ce à quoi ressemble un concert d’Anna von Hausswolff, soit une succession de moments de grâce entrecoupés de silences dégrisants et de demandes de corrections des retours adressées au fidèle Justin, artisan ingénieur son. Une véritable Ceremony, en quelque sorte.

Anna von Hausswolff 1.

Faisant logiquement la part belle aux compositions issues du dernier album en date de la demoiselle, le concert du Petit Bain se révéla être une performance empreinte de passion contrôlée et de fougue savamment dosée, Anna offrant une visite guidée en Hauswolffie à son public pendant une heure et demie, impeccablement servie par la partition sans faute de ses quatre scaldes. Le point d’orgue de cette prestation, logiquement miraculeuse, fut sans aucun doute l’interprétation de Stranger, qui vit le Little Black Riding Hood délaisser le clavier de son orgue électronique pour venir se planter sur le devant de la scène. Jeu de contraste entre l’elfe sautillante à la voix de stentor, chantant derrière une cascade de cheveux blonds dans un micro trop grand pour sa main, et son immense et placide guitariste, oscillant d’un temps fort à l’autre comme un bouleau pris dans la tourmente. Image marquante s’il en est.

Anna von Hausswolff 3.

Au sortir de l’ultime concert de 2015, année à jamais marquée d’une pierre noire pour les mélomanes Français, deux phrases tournaient en boucle dans l’ordinateur neurophile qui me sert de cerveau, pour reprendre l’expression de Ferré. La première, de Lampedusa: « Il faut que tout change pour que rien ne change », décrivait à mes yeux assez bien l’état d’esprit général de l’amateur de musique live Parisien, qui ne passera désormais plus la porte d’une salle de concert sans repenser à la tragédie du 13 Novembre. Derrière l’apparente normalité de cette plaisante soirée du 13 Décembre, de puissants mouvements étaient à l’œuvre, qu’ils soient manifestes, comme la fouille systématique des sacs à l’entrée du site (mesure déjà instaurée avant les attentats, mais sans doute conduite avec un peu plus de zèle depuis ces derniers), ou intériorisés. La deuxième de Farrokh Bulsara, philosophe Indien du 20ème siècle : « The show must go on ». And it will, Freddie.

Pour aller plus loin:

L’Internet ne croule pas sous les vidéos de Vendège, ce qui fait de son Bandcamp le meilleur endroit pour se familiariser avec l’univers musical de Thibault Marchal. Pour les impatients, voici néanmoins un extrait assez représentatif de l’œuvre de notre homme, soit un morceau parlant de licornes et de petites grenouilles.

.

La tâche est encore plus ardue pour The Group, puisque le leitmotiv de ces Berlinois est de tout improviser au fur et à mesure de leur performance. Partant, je pense que cette vidéo de Casper Clausen expliquant en deux minutes la démarche créative de l’ensemble tout en prenant sa douche est une introduction tout à fait adéquate à cet OVNI musical.

.

En toute honnêteté, je connais beaucoup mieux Ceremony que The Miraculous, et aurais en conséquence beaucoup plus de facilité à vous « vendre » Anna von Hausswolff avec un morceau issu de ce premier album (Mountains Crave, Funeral For My Future Children, Sova, Liturgy of Light, Sun Rise…), mais pourquoi vivre dans le passé? Le dernier opus en date de la Suédoise ne manquant pas non plus de pépites sonores, je vous laisse avec Stranger, joli guitare(s)-voix n’en finissant plus de monter en puissance.

ANNA VON HAUSSWOLFF @ LA FLECHE D’OR (14.10.2013)

Ceci est l’histoire d’une revanche. Le 26 Avril dernier, Efterklang repassait par la capitale dans le cadre de la tournée marathon de Pyramida, dernier album en date du groupe danois. Après un ciné-concert concluant au Café de la Danse en Décembre 2012, la joyeuse bande de Casper Clausen avait posé ses valises au Trabendo, avec dans ces dernières une prometteuse artiste suédoise en guise de première partie. C’était pour découvrir en live cette dernière, pour la première « vraie » date parisienne de sa carrière, que j’avais pris un billet pour cette soirée scandinave, bien plus que pour revisiter les rues désertes de Pyramiden (ville fantôme du Svalbard) avec Efterklang dans l’audio-guide. Mais à une semaine de l’échéance, patatras: une raison bassement matérialiste vint faire capoter le programme. Déception. Attente. Espérance. Et, finalement, annonce de la bonne nouvelle: le concert de la deuxième (et probablement dernière avant un petit bout de temps) chance se tiendrait à la Flèche d’Or le lundi 14 Octobre. Hors de question de ne pas en être. 

.

Démineurs II (c'est toujours le fil noir, toujours)

Démineurs II (c’est toujours le fil noir, toujours)

Pour la troisième fois en onze jours, me voilà de retour au 102 bis de la rue de Bagnolet sur les coups de 19h30, prêt à passer une soirée en trois actes placée cette fois sous le signe de la cécité (nom de codes : Les Yeux Fermés #6). Et comme les deux fois précédentes, ce fut devant une poignée de spectateurs que le préposé à la première partie, ici le revenant BLACKTHREAD, remplit son office. Revenant à double titre, car 1) déjà passé par la Flèche d’Or en des temps immémoriaux (comprendre: en 2007*, en tant que membre de feu One Second Riot), et 2) de retour sur scène après un hiatus d’un an sans concerts. Et malheureusement pour notre poltergeist, cela se ressentit nettement au cours de sa prestation, perfectible sur bien des points. Seul sur scène en compagnie de sa basse, d’un synthétiseur plus câblé que l’armoire ethernet moyenne et d’une pédale loop, BlackThread ne donna jamais l’impression de savourer franchement son retour aux affaires, que cet inconfort apparent et persistant ait été causé par la réaction mesurée du public à sa musique (une déclamation de poèmes en anglais sobrement rehaussée d’arrangements minimalistes, comme si The XX mettaient en musique les textes de Frank O’Hara), ou par sa nervosité au moment de reproduire en live des morceaux que l’on devinait plutôt conçus pour le studio. Au bout de quarante minutes tendues, BlackThread mit terme à son set avec un soulagement à peine dissimulé, et quitta la scène après avoir fait un brin de promotion pour son dernier album, Separating Day And Night. C’est le métier qui (re)rentre.

*: Pour vous donner une idée des bouleversements ayant secoués le monde de la musique dans l’intervalle, dîtes vous qu’en 2007, Michael Jackson était toujours vivant et que Justin Bieber avait environ douze fans hors de son Ontario natal.

Blackthread 2

.

La deuxième partie de la soirée peut être résumée en trois questions. Premièrement: pourquoi les trois-quarts des personnes présentes à la Flèche d’Or dégainèrent-ils qui une caméra, qui un appareil photo, qui une paire de GoPros, et vinrent installer tout ce matos devant (ou même sur) la scène pendant les balances? Réponse: le concert était un évènement Evergig, initiative proposant à tout un chacun de réaliser son propre petit Shine A Light en lieu et place de Martin Scorcese. Le résultat de la session du soir devrait bientôt être rendu public sur le site officiel d’Evergig, alors restez vigilants. Deuxièmement: comment fait on tenir cinq musiciens et leurs très nombreux instruments sur la scène assez exigüe de la Flèche d’Or? Réponse: en serrant bien, si si, ça rentre tu vas voir. C’est un joyeux bordel pour les retours, mais ça rentre. Troisièmement: quelle est la bonne prononciation du nom du groupe? Réponse: VS se prononce Véhesse, dixit Drix Cé, frontman à dreads du combo, et non pas versus comme on aurait pu légitimement le supposer. C’est un truc à savoir pour ne pas se griller en soirée (les fans aguerris de BRNS, MGMT et de Louis de Broglie comprendront). 

VS 1Après la release-party du 11 Octobre à l’Ouvre-Boîte, cette date à la Flèche d’Or constituait le deuxième concert de l’ère Cities R Real, premier LP du groupe de Cergy après une décennie d’expérimentations musicales et de collaborations avec le cinéma (dont la BO d’un court métrage, Bouche de Métro, projeté à Cannes en 2009). Venus en nombre, les fans de la quintette francilienne donnèrent de la voix dès les premières notes du set, encouragés dans leurs efforts par un VS joueur et demandeur de participation énergique. C’est sûr que filmer un concert sans ambiance, c’est plutôt moyen niveau promo. Initiée par l’instrumental Above The Unlimited Sky, que le profane que je suis affilia inconsciemment à l’école Fersenienne (sans doute à cause de l’accordéon), la prestation du groupe se panacha entre extraits de Cities (One – gros clin d’œil en direction du Tomorrow Never Knows des Beatles – Welcome, Identity, Hard Ways) et Just A Sigh… (Industrial, Exp), EP commercialisé en 2012. Réfléchie, conceptualisée, intégrée à un processus de réflexion global dépassant la simple sphère musicale*, l’œuvre de VS a le bon goût de rester accessible au tout venant, et de s’imposer d’abord par ses qualités mélodiques plutôt que par la force de son message ou de sa démarche (sans préjuger de ces derniers bien sûr). En bref, il est tout à fait possible d’apprécier la musique du groupe avec ses oreilles et seulement ses oreilles, même s’il est également possible de cogiter des heures sur cette dernière, pour ceux que ça intéresse. Ceci dit, le rendu live s’avéra un peu décevant, la batterie se taillant la part du lion au détriment des voix et de la basse, répercussion logique de la disposition resserrée du groupe. Ceci n’empêcha cependant pas VS de triompher devant son public, dont la demande de rappel, bruyante et spontanée, fut rejetée pour permettre à la soirée de se poursuivre sans trop de retard.

*: La biographie du groupe, détaillant notamment la genèse de ses deux galettes, ne laisse aucun doute à ce sujet, mais la simple association d’un jeu de guitare à l’archet et d’une projection d’images sur le mur derrière la scène pendant le concert était des indices déjà très révélateurs. 

Setlist VS:

1)Above The Unlimited Sky 2)One 3)Industrial 4)Welcome 5)Exp 6)Identity 7)Hard Ways

VS 2

.

AVH 2Quand on évoque le nom de Von Hausswolff, il est courant de présenter le père (Carl Michael) avant de se pencher sur le cas de la fille. Enfin, ça, c’était avant qu’ANNA VON HAUSSWOLFF ne sorte son deuxième album, Ceremony, en 2012, disque à la beauté aussi étrange que rigoureuse, à la fois onirique et structuré, et qui devrait lui permettre de devenir le prénom dominant de la famille dans un futur très proche. Bâti tout entier autour du son si particulier d’un grand orgue d’église (celui d’Annedal en l’occurrence), Ceremony est de ces disques qui portent merveilleusement leur nom, tant son écoute relève davantage du cheminement spirituel que de la banale expérience auditive. Embarqués sur les routes d’Europe depuis un mois dans le cadre de leur première tournée en tête d’affiche, Anna et son groupe parviendraient-ils à recréer la majesté et le grandiose transpirant des versions studio de Ceremony? Pas facile en effet de faire sonner un clavier comme un grand orgue, ni de transformer la Flèche d’Or en cathédrale pour une meilleure acoustique. De tels défis ne pouvaient être relevés que par un expert es sonorisation, et Anna von Hausswolff en avait heureusement un à ses côtés en la personne de Justin Grealy, 25 ans d’expérience dans l’art délicat du live et des collaborations prestigieuses à la pelle (Biffy Clyro, Editors, Franz Ferdinand, The White Stripes, Oasis, Blur, Tears For Fears…). Seul à la manœuvre durant les balances, puis en charge de la console pendant le show, il réussit à tirer le meilleur de la configuration des lieux afin d’offrir au public une expérience mémorable.

Lorsque les cinq acteurs de la dernière partie de la soirée montèrent sur scène, un silence religieux tomba sur la Flèche d’Or. Organisés en hémicycle concave laissant le centre de l’estrade vide, comme pour procéder à l’invocation d’un esprit, les musiciens débutèrent le set par un morceau inédit, mais indubitablement « Ceremoniesque » tant sur la forme que sur le fond. Ce mouvement introductif fut suivi de la première piste de l’album proprement dit, l’instrumental Epitaph Of Theodor à la régularité digne d’un contrepoint de Bach, la batterie et les guitares en plus, évidemment. Plus expérimental, Deathbed permit à Anna von Hausswolff de prolonger la parenthèse sans paroles au delà des dix minutes, avant que finalement ne retentisse le couplet/imprécation du deuxième single du disque. Chanter peu, mais y mettre toute son âme, telle pourrait être la devise de l’artiste suédoise, qui a poussé sur Ceremony l’art de la litote musicale jusqu’à des sommets insoupçonnés. Fin du troisième morceau: déjà vingt-cinq minutes au compteur. Patience et longueur de temps… À peine le temps de corriger les dernières imperfections techniques avec le secours de Justin Grealy que déjà Anna von Hausswolff embrayait sur l’imparable Mountains Crave et son inoubliable motif de batterie*.

*: Pow tchk… tchk… pow tchk… tchk tchk tchk… pow tchk pow tchk pow tchk… tchk tchk tchk.

.

AVH 5Il y a des artistes qu’il vaut mieux voir en début de tournée, avant que la lassitude ne s’installe et qu’ils ne donnent l’impression de ne jouer que parce qu’ils se sont engagés par contrat à le faire. Même si Anna von Hausswolff nous avoua entre deux chansons qu’elle était contente d’arriver à la conclusion de son périple européen (la Flèche d’Or constituant l’antépénultième date de la tournée), elle fait à mes yeux partie de la catégorie inverse, celle des performers qui perfectionnent leur show à chaque nouveau concert en essayant sans cesse de nouvelles idées, rejetant les mauvaises et peaufinant les bonnes. Dans le cas de Mountains Crave (la chanson que je connais le mieux d’Anna von Hausswolff, l’ayant découverte par l’intermédiaire de ce titre), cet état de fait fut magnifiquement illustré par un simple changement d’intonation dans la dernière strophe, innovation aussi inattendue que géniale, pour un résultat (n’ayons pas peur de le dire) supérieur à la pourtant excellente version originale. À quoi tiennent les miracles, finalement…

Nous voilà arrivés à mi-parcours. Ayant jusque là scrupuleusement respecté la tracklist de Ceremony, Anna décida d’une ellipse de trois morceaux, pour reprendre son exposé avec le quasi bruitiste No Body. Délaissant son clavier pour une guitare, elle fondit adroitement la fin de cet interlude drone avec le début de l’aérien Liturgy Of Light, et la lumière (re)fut après quelques minutes bien ténébreuses. Après la présentation de ses quatre très bons musiciens, dont le keyboard master, Filip Leyman, n’était autre que le producteur de Ceremony, miss von Hausswolff nous refit le coup de l’avance rapide (tant pis pour Harmonica et Ocean) et poursuivit avec la berceuse pour adultes* Sova et ses vocalises spectrales. S’en suivit un nouvel inédit, Come Wander With Me, librement inspiré du titre éponyme de Jeff Alexander, même si la version live @ la Flèche d’Or du morceau dépassa allégrement les trois minutes de l’original pour se terminer en jam session intense d’un peu moins d’un quart d’heure. Epique.

*: Comprendre qu’il n’est pas donné au premier marmot venu de déceler les, pourtant immenses, vertus apaisantes de cette chanson, au titre pourtant explicite si tant est que l’on parle suédois (Sova signifie « dormir » dans la langue de Zlatan Ibrahimovic), et pas que cette dernière recèle de sous entendus grivois.

.

Le concert s’acheva avec le frère jumeau de Mountains Crave en matière de mantra rythmique mémorable, Funeral For My Future Children, interprété avec une telle intensité par Anna von Hausswolff que le morbide du thème développé (oui, il s’agit bien d’une chanson traitant de l’enterrement de ses propres enfants) finit par confiner au sublime. Enfin, s’acheva… Funeral… étant l’avant dernière chanson de Ceremony, il ne fallait pas être grand prêtre, eut égard à la setlist proposée jusqu’ici, pour deviner de quelle manière allait réellement se terminer cette prestation parisienne. Anna revint donc après un court moment en coulisses, et dédia l’ultime Sunrise au public, clôturant de la plus belle et de la plus symbolique des manières la soirée. Il était alors minuit moins vingt, je n’avais plus aucune chance d’arriver à temps à la gare Montparnasse pour attraper le dernier train de banlieue, mais que voulez-vous: il y a des artistes qui valent largement la peine de marcher six kilomètres à deux heures du matin pour pouvoir rester jusqu’au bout de leur concert. Anna von Hausswolff en fait définitivement partie.

Setlist Anna Von Hausswolff:

1)New Song 2)Epitaph Of Theodor 3)Deathbed 4)Mountains Crave 5)No Body 6)Liturgy Of Light 7)Sova 8)Come Wander With Me 9)Funeral For My Future Children 

Rappel:

10)Sunrise

AVH 10

.

Ceci est l’histoire d’une revanche, mais attention, pas n’importe quel type de revanche. Il y en a dont l’accomplissement emplit d’un sentiment d’inachevé, or c’est tout l’inverse qui s’est produit dans mon cas. J’ai vu Anna von Hausswolff en live, et ça en valait vraiment la peine. À la limite, je suis presque heureux d’avoir du rater le coche la première fois, car il paraît que plus on attend, plus c’est bon. À l’heure actuelle, je manque d’éléments de comparaison pour pouvoir me prononcer sur la vérité de cette maxime populaire, mais vous pouvez compter sur moi pour vous en entretenir longuement dès que j’en aurais la possibilité. Anna, si tu me lis…

K.W.A.S.S.A. : LE NORDIC MUSIC PRIZE

NMPL’hiver n’est pas uniquement la saison des rhumes, de la neige et de la dinde aux marrons. En matière culturelle, et en particulier, musicale, l’hiver est également la saison durant laquelle les prix récompensant les meilleurs artistes et albums de l’année écoulée sont remis. En attendant que soient attribués Grammy et Brit Awards, Victoires de la Musique et autres Spellemanprisen, je vous propose de vous pencher sur un prix d’un genre particulier, puisque pensé à une échelle régionale plutôt que nationale: le Nordic Music Prize.

Décerné pour la première fois en février 2011, le Nordic Music Prize (NMP) récompense le meilleur album « nordique » de l’année, et est ouvert aux artistes des cinq pays suivants: Islande, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. La sélection des nominés se fait en plusieurs étapes, la première voyant cinq comités nationaux définir chacun une liste de 25 albums, d’où sont ensuite sélectionnés 10 noms par pays par un panel comprenant entre 50 et 150 professionnels du monde de la musique. Cette liste de 50 noms est alors réduite à 12 par le comité central du NMP, qui charge un jury international de choisir le nom du vainqueur. Ce dernier reçoit son prix, accompagné d’une dotation de 20.000 euros, lors du festival By: Larm organisé à Oslo à la mi-février.

Inspiré par l’exemple du Mercury Prize récompensant le meilleur album britannique ou irlandais de l’année, le NMP poursuit un triple objectif: consolider les liens unissant l’industrie musicale des pays nordiques, attirer l’attention du reste du monde sur les artistes de la scène « scandinave », et mettre en valeur l’album comme format de création artistique (en opposition avec le single et le clip).

De par son orientation clairement internationale, le NMP constitue un excellent moyen de se tenir au courant de l’actualité de la foisonnante scène musicale nordique pour les observateurs étrangers. Pas besoin en effet de décortiquer des blogs musicaux finlandais ou de s’abonner à des newsletters islandaises pour ne pas rater les dernières révélations nationales: cet épuisant travail de prospection a déjà été effectué par des équipes compétentes et averties, qui, fierté nationale aidant, auront pris soin de ne sélectionner que la crème de la crème (avec une prédilection pour les artistes anglophones, qui, étrangement, sont ceux ayant le plus de chance de faire des tournées internationales, et donc de passer par la France un jour ou l’autre). C’est presque trop facile.

En attendant que soit révélée la liste des 12 finalistes de l’édition 2012 (le 3 décembre, soit dans quelques heures au moment où j’écris cet article), je vous invite donc à faire un tour du côté du site officiel du NMP, afin de jeter une oreille sur ce que les 50 pré-sélectionnés ont à vous proposer. Tâche de longue haleine, c’est vrai, mais on n’est jamais à l’abri d’une erreur de casting de la part du comité central, qui condamnerait un artiste prometteur à rester dans l’anonymat et vous ferait passer à côté de la découverte musicale qui illuminera votre hiver.

Comment ça, vous n’avez vraiment pas le temps de tout passer en revue? Allez quoi, c’est le week-end! Mais si votre emploi du temps est aussi chargé que vous le dîtes (qu’il s’agisse de trouver un cadeau potable au caniche de votre grand-mère, de finir de construire le bunker souterrain dans lequel vous prévoyez de passer la journée du 21 décembre ou de vous reconstruire après l’énorme désillusion qu’a été la défaite de Taïg Chris en finale de Danse Avec Les Stars), je veux bien faire un geste pour vous aider à rester à la point de la tendance de la musique de nos cousins du Nord. Voici donc ma shortlist des 12 artistes que vous devriez suivre avec la plus grande attention à partir de maintenant.

.

FIRST AID KIT (Suède) – The Lion’s Roar

Un choix pas vraiment audacieux, étant donné la popularité des frangines Söderberg (dont le précédent opus, The Big Black And The Blue, faisait partie des 12 sélectionnés de 2010) à l’heure actuelle. Reste que The Lion’s Roar est incontestablement un très bon album de folk, magnifiquement servi par les harmonies vocales époustouflantes de Klara et Johanna, ainsi que par des arrangements simples et de bon goût. Un des favoris incontestables de cette édition.

.

ANNA VON HAUSSWOLFF (Suède) – Ceremony

Un second album majestueux et complexe, construit autour de la puissance onirique du grand orgue d’église dont les tuyaux figurent sur le cover-art du disque. Grandeur et mysticisme, juste ce qu’il faut pour passer l’hiver.

.

THE TALLEST MAN ON EARTH (Suède) – There’s No Leaving Now

Vous reprendrez bien un peu de folk suédois? Jens Kristian Mattsson n’est peut-être pas vraiment l’homme le plus grand sur cette planète, mais guitare en main, il ne craint personne. Si le nom de Bob Dylan revient souvent dès qu’il s’agit de décrire sa musique (ce qui est le lot d’à peu près tous les jeunes chanteurs de folk, soyons honnêtes), je le rapprocherai pour ma part davantage d’Angus Stone, avec lequel il partage plus qu’un look de songwriter néo-hippie.

.

CHOIR OF YOUNG BELIEVERS (Danemark) – Rhine Gold

Derrière ce nom prosélytique se cache Jannis Noya Makrigiannis et sa bande de (parfois) joyeux musiciens, experts es compositions planantes et envolées lyriques. Successeur très attendu de This Is For The White Of Your Eyes (et son merveilleux Hollow Talk), Rhine Gold fait mieux que confirmer le talent du groupe: il place ce dernier parmi les figures de proue de la scène indie européenne.

.

EFTERKLANG (Danemark) – Piramida

Laissez une poignée de Danois mélomanes errer dans une ville fantôme  perdue quelque part dans les hautes latitudes norvégiennes, bien au dessus du cercle polaire, et avec un peu de chance, vous obtiendrez un album du calibre de ce Piramida dans les mois qui suivront. Quatrième opus de ce groupe jamais rebuté par l’expérimentation, Piramida transporte l’auditeur au pays des aurores boréales et de la longue nuit en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire que les Efterklang passeront au Café de la Danse le 13 décembre prochain.

.

JACOB BELLENS (Danemark) – The Daisy Age

Si Guy Garvey (Elbow) était né à Copenhague plutôt qu’à Bury, il se serait sans doute appelé Jacob Bellens. On retrouve en effet la même puissance teintée de douceur dans le timbre de cet viking rêvant de l’âge des marguerites. En attendant que son album soit distribué à l’international, Jacob nous invite à faire une petite balade jusqu’au cœur de l’Afrique, histoire de se réchauffer un peu. Attention louable.

.

THE NEW SPRING (Danemark) – Secret Armor

Une voix, une guitare acoustique, quelques overdubs de piano et de guitare électrique pour faire joli, et voilà Bastian Kallesøe prêt à conquérir le monde, sanglé dans sa Secret Armor. L’avenir nous dira si le printemps 2013 sera celui de son sacre…

.

ANTERO LINDGREN (Finlande) – Mother

Antero Lindgren vaut le détour, ne serait-ce que parce qu’il est toujours bon de pouvoir citer un artiste finlandais (autre que Nightwish ou Lordi, bien sûr) dans les réceptions mondaines pour prouver que l’on possède une culture musicale digne de ce nom. Si en plus, l’artiste en question est à peu près aussi (mé)connu à Helsinki qu’il l’est à Paris (ce qui semble être le cas), le hipster frise l’orgasme. Mais si vous ne deviez avoir qu’une seule raison de retenir le nom d’Antero Lindgren, ce serait d’abord et avant tout parce que son premier album, Mother, est un joyau nu-folk. Raison bonus: il a la même voix qu’Eddie Vedder…

.

TILBURY (Islande) – Exorcise

Un peu de pop-électro éthérée? Malgré son titre démoniaque et son cover-art dégoulinant, l’album de Tilbury n’est que calme et volupté, à mi-chemin entre Grandaddy et Wheezer. À moins qu’un volcan islandais ne décide de faire des siennes, ces gars-là devraient bientôt débarquer sur le continent pour convertir les foules européennes aux joies du relaxing, alors préparez-vous.

.

SIGUR ROS (Islande) – Valtari

Valtari siginifie « rouleau compresseur » en islandais, et le nouvel album de la bande à Jónsi, premier lauréat du NMP pour son album Go en 2010, risque fort d’écraser la concurrence avec autant d’aisance que la machine dont il a emprunté le nom, à moins que son statut de grandissime favori ne vienne justement jouer en sa défaveur. Quoiqu’il en soit, Valtari devrait, sauf coup de théâtre, se retrouver dans les 12 finalistes de cette année, et ça ne serait que justice.

.

PÉTUR BEN (Islande) – God’s Lonely Man

Pas encore distribué sous format physique et déjà nominé! C’est peu dire que le nouvel opus de Pétur Ben a séduit les journalistes musicaux islandais, à raison. Connu comme le loup blanc sur son île, Pétur a toutes les cartes en main pour se faire un nom à l’international: une gueule d’archange viking, une voix aussi sexy que celle de feu Michael Hutchence, un excellent album et les moyens financiers d’assurer sa sortie (une des nombreuses belles histoires du net 2.0). Préparez-vous (bis).

.

SUSANNE SUNDFØR (Norvège) – The Silicone Veil

Pourrais-je écrire quelque chose de plus à propos de celle qui bénéficia du K.W.A.S.S.A. inaugural de ce blog? Bien sûr que oui (on est fan ou on ne l’est pas), mais pour sauver l’impartialité de façade de cet article, je me contenterai de renvoyer les curieux vers le billet en question. The Silicone Veil réussira-t-il là où The Brothel a échoué? Bank i bordet! Rendez-vous le 3 décembre pour savoir s’il fait au moins aussi bien que son illustre prédécesseur.

.

Quelle que soit la composition de la liste des finalistes, le Nordic Music Prize s’impose donc comme un must follow (mais si ça existe, la preuve) pour tous les amateurs de musique, et pas seulement scandinave. Les talents d’Europe du Nord n’attendent plus qu’un clic de votre part pour venir enchanter votre hiver, alors cap sur le septentrion, sudistes mélomanes.

EDIT

La liste des 12 nominés vient d’être révélée. Avec seulement quatre coups au but, j’ai encore du chemin à parcourir avant d’être tout à fait en phase avec les membres du comité central… et je réalise que j’ai eu raison de défricher la liste des 50 premiers noms, faute de quoi les deux tiers des merveilleuses découvertes que j’ai fait ces derniers jours me seraient passés sous le nez. Grosse surprise: Sigur Rós n’a pas accédé au dernier carré. Et double confirmation pour Susanne Sundfør et First Aid Kit, qui deviennent les premières à placer deux albums dans la shortlist du NMP. Rendez-vous le 14 février pour la remise du prix au vainqueur!

Liste des finalistes de l’édition 2012:

• Selvhenter (Danemark) Frk. B. Fricka
• Choir Of Young Believers (Danemark) Rhine Gold
• Susanne Sundfør (Norvège) The Silicone Veil
• Tønes (Norvège) Sån av salve
• Lindstrøm (Norvège) Smalhans
• Pää Kii (Finlande) Pää Kii
• Kerkko Koskinen Kollektiivi (Finlande) Kerkko Koskinen Kollektiivi
• Neneh Cherry & The Thing (Suède) The Cherry Thing
• First Aid Kit (Suède) The Lion’s Roar
• Anna von Hausswolff (Suède) Ceremony
• Ásgeir Trausti (Islande) Dýrð í dauðaþögn
• Retro Stefson (Islande) Retro Stefson

Pour ceux qui voudraient peser de tout leur poids afin de maximiser les chances de leur album favori, il est possible de voter ici, en attribuant des points suivant le même principe que celui utilisé pendant l’Eurovision: 12 pour le premier, 11 pour le deuxième… et 1 pour le douzième. Je ne sais pas de quelle manière cette participation populaire pondère le résultat du jury international, mais il s’agit en tout cas d’une occasion en or pour soutenir concrètement vos artistes préférés dans la dernière ligne droite. Go go go!

EDIT 2

Le jury a  remis son verdict et décerné le Nordic Music Prize 2012 à First Aid Kit, pour l’album The Lion’s Roar. Je l’avais dit ou pas*? Bravo donc aux sœurs Söderberg, qui n’en finissent plus de remporter des prix, et qui sont d’ores et déjà de grandes dames du folk. Dans quarante ans, on leur dédiera des morceaux, c’est moi qui vous le dit. I’ll be your Johanna, I’ll be your Klara…

*: Pour le moment, 100% des groupes suédois sur lesquels j’ai misé une couronne sont repartis avec le trophée. Une statistique bidon qui prouve amplement à quel point mes goûts musicaux sont au dessus de tous soupçons.

.

ANNEXES

.

Composition du Comité central du NMP:

Ralf Christensen (Danemark)
Jan Gradvall (Suède)
Ilkka Mattila (Finlande)
Audun Vinger (Norvège)
Arnar Eggert Thoroddsen (Islande)

Composition du jury international:

Andres Lokko – Président  (Journaliste, Suède)
Laurence Bell (Domino Records

, Royaume-Uni)
Jeannette Lee (Rough Trade Records, Royaume-Uni)
Mike Pickering (Columbia Records, Royaume-Uni)
Jonathan Galkin (DFA Records, États-Unis)

Précédents lauréats du NMP:

– 2010: Jónsi (Islande) pour l’album Go Do

– 2011: Goran Kafjes (Suède) pour l’album X/Y

Liste des finalistes des éditions précédentes:

2010:

• Dungen (Suède) Skit I Allt
• Paleface (Finlande) Helsinki – Shangri-La
• Susanne Sundfør (Norvège) The Brothel
• Robyn (Suède) Body Talk
• Efterklang (Danemark) Magic Chairs
• Serena Maneesh (Norvège) S-M 2: Abyss In B Minor
• The Radio Dept. (Suède) Clinging To A Scheme
• Ólöf Arnalds (Islande) Innundir Skinni
• Kvelertak (Norvège) Kvelertak
• First Aid Kit (Suède) The Big Black & The Blue
• Frisk Frugt (Danemark) Dansktoppen Møder Burkina Faso I Det Himmelblå Rum Hvor Solen Bor, Suite.

2011:

• Ane Brun (Norvège) It All Starts With One

• Lykke Li (Suède) Wounded Rhymes

• Rubik (Finlande) Solar

• Gus Gus (Islande) Arabian Horse

• Malk De Koijn (Danemark) Toback To The Fromtime

• Siinai (Finlande) Olympic Games

• Björk (Islande) Biophilia

• Iceage (Danemark) New Brigade

• Montée (Norvège) Renditions Of You

• Anna Järvinen (Suède) Anna Själv Tredje

• The Field (Suède) Looping State Of Mind

%d blogueurs aiment cette page :