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FESTIVAL EUROPAVOX @ LA MAROQUINERIE (22.01.2013)

Alors comme ça, Cameron menacerait de mettre sur la table la question de l’appartenance de son pays à l’UE, dût son parti (j’aime bien utiliser des tournures compliquées lorsque je suis à la bourre dans l’écriture de live reports, ça permet de faire passer l’expiration de la deadline sur le dos d’un souci stylistique imaginaire) remporter les prochaines élections? David, David, are you f*cking kidding me?  L’Europe, c’est génial my lad, et même si ça te coûte plus cher que ce que tu es prêt à payer pour et que tu peux théoriquement de faire souffleter diplomatiquement par une alliance estonio-bulgaro-maltaise alors que tu possède l’arme nucléaire et une place au conseil de sécurité de l’ONU, ce n’est pas grand chose au regard de tous les inestimables avantages dont bénéficient les heureux pays membres de cette magnifique entité régionale. Tiens, parlons musique: si l’Europe n’existait pas, le festival Europavox aurait-il une raison d’être? I don’t think so dude. Et, crois-moi Dave, rien que pour ça, tu devrais y réfléchir à deux fois avant d’agiter le chiffon rouge de la sécession sous les yeux bovins et récemment nobelisés de la Commission. Toujours pas convaincu? Donne-moi cinq minutes et je te garantis que tu sortiras de cet article plus europhile que jamais. Raedhy. Steddie. Gå.

Le 22 Janvier 2013, la Maroquinerie était donc prise d’assaut par une horde d’estrangers, venus convertir la rue Boyer aux charmes du cosmopolitisme musical. Malgré une affiche très intéressante, la salle n’affichait pas complet ce soir, et c’est devant un parterre à moitié rempli que le premier acte de la soirée fut donné. Pas de quoi décourager MIKHAEL PASKALEV et ses comparses, venus défendre un premier album (What’s Life Without Losers?) même pas encore sorti*. Merci aux organisateurs d’Europavox d’avoir fait venir cette petite troupe pour la date parisienne du festival, car ce fut un sacré privilège d’assister au premier concert hexagonal de Paskalev & friends dans le cadre idéal de la Maroquinerie. Retiens bien ce nom, cette voix et cette moustache, ami lecteur, car ce type va bientôt devenir une référence de la scène indie. J’ai dit.

Mikhael Paskalev 3²Il faut dire que je ne partais pas aussi novice en paskaleverie que la majorité des sociétaires de la Maro réunis ce soir au sous-sol de la rue Boyer. Il y avait eu le Steinkjerfestival six mois auparavant, au cours duquel Mik avait déjà enflammé la Klubbscene en compagnie de toute une équipe de joyeux musicos, dont le hiératique blondinet Jonas Alaska (bien avant que ce dernier se mette à la boxe**), prestation qui m’avait convaincu du potentiel du garçon. Je ne m’attendais certes pas à le voir se produire en France de sitôt, étant donné son statut de rookie dans sa Norvège natale, mais puisqu’Europavox a accéléré les choses de manière inespérée, il aurait été grossier de ne pas saisir cette chance inespéree. Cerise sur le gâteau, l’espion en slip n’avait pas fait le déplacement seul, la quasi-totalité du groupe l’ayant accompagné sur les planches de Steinkjer étant de nouveau présent à ses côtés sur la scène de la Maroquinerie. Joe Wills (chœurs, lead guitare et producteur de l’album), Billie Van (chœurs, tambourin, pedal steel et premier album après l’été), Jørgen Svela (choeurs et basse) et Fabian Prynn (batterie), la bande du LIPA (Liverpool Institute for Performing Arts) était presque là au grand complet, excusez du peu. Les conditions étaient donc optimales pour une performance mémorable, et c’est exactement ce qui s’est passé (j’aime quand un plan se déroule sans accrocs).

Mikhael Paskalev 19²Le ton fut donné par un Hey Joseph introductif effectué seul à la guitare sèche par un Paskalev totalement maître de son sujet, et qui ne mit que deux minutes à éveiller l’intérêt d’un public certainement pas venu pour lui. Le reste du groupe entre en scène à la faveur de Jailhouse Talk conclu par un solo de trompette, et l’intérêt se change en enthousiasme. La suite du set permit de découvrir en avant-première mondiale, n’ayons pas peur de le dire, quelques uns des titres de What’s Life… (I Remember You, Come On, Sayonara Saigon) même si la chanson titre ne fut pas donnée ce soir. On se consola avec un final proprement épique, qui vit s’enchaîner les deux meilleures pièces de Paskalev: I Spy et le rollercoaster Jive Babe, véritable masterclass de breaks et de pre-chorus catchy en diable, qui fit souffler un vent de folie dans la Maroquinerie. Beau joueur, Mikhael termina les hostilités avec le plus calme Dust, histoire de ne pas fixer la barre trop haute pour ses successeurs. Gode gut.

*: Date de sortie: 8 Février 2013. Gleder meg. Gleder deg. Everyone gleder.
**: I Saw You Kid est le premier extrait de son second album, qui devrait sortir courant Mars.

Setlist Mikhael Paskalev:

1)Hey Joseph 2)Jailhouse Talk 3)I Remember You 4)Come On 5)Sayonara Saigon 6)I Spy 7)Jive Babe 8)Dust

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Funeral Suits 23²Car les successeurs en question, qui se trouvèrent être les Irlandais de FUNERAL SUITS, n’avaient vraiment pas besoin qu’on leur complique la tâche, les lads de Dublin se révélant tout à fait auto-suffisants en matière de galère. Some kind of jinx, comme aurait pu dire leur éminent et regretté compatriote Rory Gallagher. Jugez plutôt: une prune pour stationnement interdit plus tôt dans la journée, et un ampli guitare qui lâche en plein milieu du set, et ne sera remplacé/réparé qu’après dix bonnes minutes de tripatouillages désespérés, pendant lesquelles il a bien fallu jouer (résultant en un We Only Attack Ourselves interprété de manière quasi acoustique), puis meubler en attendant que tout rentre dans l’ordre. Il y aurait matière à tirer une chanson de ces péripéties à répétition, si ce n’était pas déjà le cas (Adventures Misadventures).

Funeral Suits 62²Abstraction faite de ces avanies finalement solutionnées à grand renfort d’huile de coude, le set de Funeral Suits fit la part belle à un post-rock brassant de multiples influences (shoegaze, garage, new wave, pop…), bien servi par des riffs saignants (All Those Friendly People, Stars Are Spaceships) et les harmonies vocales employées à très bon escient sur quelques titres (Colour Fade, Hands Down By Your Side). Sur scène, les rôles et les instruments s’échangèrent avec constance d’un bout à l’autre du show*, seul Greg McCarthy restant fidèle à ses futs jusqu’au clap de fin. Généreux dans l’effort, le groupe tint à allonger son passage de deux morceaux, contrepartie plus que suffisante pour faire oublier à un public de toute façon solidaire les quelques errements techniques de début de set. Une bien belle manière de terminer en beauté une prestation habitée et engagée, dont la substantifique moelle peut être retrouvée sur le premier album du quatuor, Lily Of The Valley, distribué physiquement en France depuis quelques jours. Et si vous avez le temps, jetez donc un coup d’œil aux clips du groupe, en particulier la trilogie HealthAll Those Friendly PeopleHands Down By Your Side, librement inspirée du terrible chef d’œuvre de William Golding, Sa Majesté Des Mouches.

*: À tel point que j’ai fini le set avec la guitare de Brian James autour du cou. Véridique.

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Ce fut enfin au tour des GREAT MOUNTAIN FIRE de monter sur scène, toutes chemises hawaïennes dehors, afin de terminer la soirée sur une note un peu plus légère. Pas de doute, c’est bien pour applaudir la quintette wallonne que la majorité des spectateurs s’était déplacée, ce qui permit au set de démarrer sur les chapeaux de roues. D’obédience électro-pop, mais une electro-pop agréablement mâtinée de lignes de basse funky en diable, la musique du combo belge évoque tantôt le Phoenix de It’s Never Been Like That, tantôt les Hoosiers période The Trick To Life, en tout cas sur les quatre titres auquel j’ai assisté avant de devoir partir, horaires SNCF incertains oblige. Dommage, car les groupes utilisant un ocarina/ »flûte ancestrale » sont suffisamment rares pour qu’on ait envie de rester jusqu’au bout de leur prestation. Espérons que les GMF reviendront tantôt mettre le feu à une autre salle parisienne, pas trop tard si possible.

Great Mountain Fire 7²

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Alors David, convaincu? Tu vois que l’Europe n’a pas que des mauvais côtés, en tout cas question musique, on ne craint personne. Tiens, bouge pas, je vais t’envoyer une petite playlist pan-européenne de derrière les fagots, tu m’en diras des nouvelles. Le rock progressif grec est très bon en ce moment, comme le folk suédois, l’indie-rock écossais ou l’electro portugais. Ah, et si tu pouvais faire avancer le dossier de la candidature de l’Islande auprès de tes petits camarades, ce serait vraiment sympa. Imagine Tilbury et Pétur Ben à la Maroquinerie l’année prochaine… Dément!

CONCRETE KNIVES @ LA MAROQUINERIE (14.11.2012)

Le mercredi 14 Novembre 2012 était un jour de sortie. Pendant que des hordes de jeunes filles en fleurs et leurs accompagnants (plus ou moins enthousiastes) célébraient en grande pompe la sortie du dernier film de la franchise Twilight en prenant d’assaut tous les cinémas de France et de Navarre, une petite troupe d’aficionados, compensant son écrasante infériorité numérique par une ferveur au moins égale à celle des furies sus-nommées, faisait patiemment le pied de grue devant l’entrée du 23 rue Boyer. Pas de soirée toile en compagnie de vampires emo et de lycanthropes swaggy en perspective pour cette cohorte parisienne, mais une release party attendue de longue date. La Bella que l’on évoque aux abords de la Maroquinerie n’est pas une belle américaine mais un label anglais, et s’il est également question de Révélation avec un -R majuscule, cette dernière relève du quatrième plutôt que du septième art. Entre le last hurrah cinématographique de Mr et Mme Cullen et le kick off de la tournée française de la quintette concrète que les anglais nous envient, il fallait trancher… au (et en faveur des) couteau(x).

Une fois dûment contrôlés (un peu) et tamponnés (beaucoup), nous, individus au goût musical des plus sûrs, nous engouffrâmes dans l’antre de la bête. Toujours aussi exigüe (et c’est comme ça et pour ça qu’on l’aime), la scène de la Maroquinerie accueille déjà les instruments du groupe invité pour faire la première partie, CORNFLAKES HEROES. Avec un nom pareil, il y avait fort à parier que ce combo, dont j’ignorais à peu près tout avant de venir, versait dans l’indie (pop ou rock, cela restait à définir) intégrale et plus qu’un peu désabusée*. Il faut dire que leur morceau le plus connu (et dont la rapide et distraite écoute sur Spotify dans les cinq minutes ayant précédé mon départ pour le concert constitue le seul élément justifiant le « à peu près » de la phrase précédente), Let Me Be Your Tamagotchi, m’avais laissé songeur quand à l’état d’esprit d’un type souhaitant se réincarner dans cet gadget électronique, se condamnant ainsi selon toute vraisemblance à l’agonie interminable qui fut le lot de tant de ces petites bestioles virtuelles, une fois que leurs propriétaires les eurent délaissé pour se consacrer à de plus saines occupations. Ce à quoi nous pousse l’amour, tout de même.

Le set débute par un Ecstatic Peace à la fois tranquille et touffu, assez proche dans l’esprit des chevauchées improbables d’un groupe avec lequel les Cornflakes partagent leurs initiales: Crazy Horse. On aime ou pas, ce fut en tout cas courageux de leur part de débuter par un morceau aussi « anti-pop » dans la forme. La suite, Road Sign, bien que dotée d’un pont pêchu que n’aurait pas renié Billy Corgan pendant les sessions de Mellon Collie, retomba lentement mais sûrement dans les affres du downtempo, pour s’achever en arpèges proto-folk. Hum (c’est le nom de l’album).

Itchy Cheeks, dédié par la bassiste à tous les mal-rasés du public, sembla amorcer un virage plus nerveux. Avec sa rythmique empruntée au Howlin For You des Black Keys, ce titre permit au groupe de faire un peu de blues-rock bien charpenté, même si les paroles évoquaient plus les passions interlopes du Velvet Underground (« I want you O master ») que les romances droites dans leur santiags du power duo de l’Ohio. De son côté, Sex On Channel 4 aurait facilement pu passer pour punk avec son chorus hurlé et son allure échevelée, n’eut été le manque de saturation des guitares et l’élégant détachement qui transparaissait ouvertement dans le chant de Thomas, co-frontman dandy. Preuve ayant été fournie que les Cornflakes Heroes pouvaient produire du gros son s’il leur en prenait la fantaisie, la question était maintenant de savoir sur quelles bases ils avaient envie de terminer leur partie.

Fidèles à l’éclectisme qui avait jusque là caractérisé leur set, les Avengers du petit-dej’ continuèrent à varier les plaisirs et les ambiances au fil de leur quatre derniers morceaux. Dans l’ordre, nous eûmes donc droit à un Trigger Dear qui confirma que toutes les ressemblances notables avec le groupe à la banane warholienne ne devaient rien au hasard, suivi d’un Lifeline rock-ska qui nous fut dédié par défaut, le fan hardcore des Cornflakes à qui le titre était habituellement adressé n’ayant pas pu se libérer cette fois-ci. In My Rags avait le riff, l’énergie et niaiserie nécessaire pour être catalogué pop, mais, comme pour Sex On Channel 4, l’ensemble sonnait plus comme un exercice de style réussi et un brin goguenard que comme une véritable profession de foi. Enfin, Let Me Be Your Tamagotchi, supplication romantico-geek aussi new wave (clavier mono-neuronal à la Da Da Da de Trio inclus dans le pack) qu’un morceau incluant de la trompette puisse l’être, vint terminer cette première partie de manière aussi surprenante que cette dernière avait commencé. Il s’agissait de creuser cette singulière affaire de Cornflakes une fois de retour de la Maroquinerie**, mais pour l’heure, il est temps de passer aux choses concrete.

*: Je crois bien que tous les cadeaux collectés dans les paquets de cornflakes que je me suis enfilé durant mon enfance ont fini à la poubelle dans des délais affreusement brefs. Enfin, c’est la première image qui m’est venue à l’esprit après avoir lu du groupe, d’où cet a priori légèrement neurasthénique.
**: Et avec six ans de carrière et déjà trois LP au compteur (Off With Your Heads en 2006, Dear Mr Painkillers en 2008 et Hum en 2011), il y a largement de quoi faire.

Setlist Cornflakes Heroes:

1)Ecstatic Peace 2)Road Sign 3)Itchy Cheeks 4)Sex On Channel 4 5)Trigger Dear 6)Lifeline 7)In My Rags 8)Let Me Be Your Tamagotchi 9)Devil (non jouée)

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Très concentrés sur leur concert à venir, les quatre mecs du groupe investissent la scène en compagnie du staff, installant et réglant leurs instruments en à peine plus de temps qu’il a fallu à Simon Raymonde pour se décider à les signer sur son label. Nicolas a manifestement résolu de ressusciter le bon goût légendaire des 80’s à lui tout seul et Adrien perdu ses chaussures en chemin: autant de signes prometteurs pour la suite du programme, où je ne m’y connais pas. De l’autre côté de la scène aussi, on s’agite : une poignée de fans plus enthousiastes que la moyenne se fraie un chemin jusqu’au premier rang, rollers en carton en main. Un coup d’œil à la setlist plus tard, les voilà rassurés: ils auront bien droit à leur morceau. Enfin, les derniers techniciens quittent l’estrade, les lumières s’éteignent, et un cri de guerre retentit depuis les coulisses, aussitôt repris et amplifié par une Maroquinerie des grands soirs, prête à lancer la tournée hexagonale des Normands (et assimilés) sur de bons rails. Qu’ils y viennent.

Et ils sont venus, et bienvenus. Comme sur Be Your Own King, tout commence avec le morceau-manifeste Bornholmer, qui caractérise si bien l’approche des CONCRETE KNIVES: une cavalcade pop exutoire et catchy, de l’euphorie pure en format 200 secondes. À peine plus sage que son prédécesseur, Happy Mondays possède ce je ne sais quoi mélancolique qui vient rappeler au public que la quintette a plus d’une corde à son arc, ou plutôt, plus d’une lame à son manche. Mais pour l’heure, il est temps de faire chauffer les cordes vocales de l’assistance, à grands renforts des chorus idéalement simples et génialement addictifs dont les CCKS ont le secret. L’enchaînement Greyhound Racing (« Nananananana ») – Wild Gun Man (« Wohoho-Woho-Wohoho ») appartient déjà à la légende, period.

Après ce début sur les chapeaux de roue, on temporise un peu. Wallpaper est là pour démontrer que même en midtempo, les Knives ne manquent pas de tranchant. Aha. Dans la même veine, Truth et ses quatre minutes chaloupées (une éternité pour un morceau du groupe) peuplés de chorus zarbis achève de libérer l’excès de pression accumulé au cours du quart d’heure précédent. Place au deuxième acte.
Interlude, premier instrumental de la soirée, effectue la jonction avec un Africanize chaudement accueilli par le public, visiblement content de récupérer un peu du soleil contenu dans ce riff de griot, avant que le très opportun Brand New Start ne vienne définitivement relancer la machine. Ralentir pour mieux accélérer, voilà une affaire qui marche, et qui roule même: Roller Boogie (enfin!) fera office de tour de chauffe avant que le collégial Youth Compass ne fasse trembler les murs. Ne reste plus qu’à soigner la sortie de piste, et comme les patins des CCKS n’ont pas de freins, la phase de décélération fut négociée tout en douceur via un Blessed lancinant à souhait. Mouchoirs. Rideau.

Mais bien évidemment, la soirée ne pouvait pas se terminer de manière aussi lacrymale. Le premier rappel fut l’occasion d’un hommage festif adressé à l’un des inspirateurs du son du groupe, en particulier au niveau des chorus neuneu: Ini Kamoze. Mais si, vous connaissez, même si vous n’avez jamais lu ce nom avant. Difficile en tout cas de ne pas faire de rapprochement entre le « Na na na na nah » du Here Comes The Hotstepperdu Jamaïcain et le refrain sensiblement identique du Greyhound Racing des Normands. Now you know.  Le Little Box qui suit voit Morgane partir à l’assaut de l’enceinte gauche de la scène, pendant que les garçons ferraillent ce rock pêchu sur le plancher des vaches. Puis tout le monde repart en coulisses, pas pour très longtemps heureusement. Comme aux Francofolies de la Rochelle en 2011, comme aux Solidays de cette année, tout se terminera par un deuxième et survolté Greyhound Racing, joué entièrement depuis la fosse par Morgane et Nicolas; Martin, Augustin, Guillaume et Alain (invité mystère de la soirée) couvrant les arrières de leurs chanteurs depuis la scène. Apothéose, nous t’attendions.

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Et c’est sur cet ultime tour de cynodrome que prit fin la soirée, laissant les deux partis présence ravis de cette heure et demie passée ensemble. Rendez-vous est déjà pris pour une nouvelle date parisienne l’année prochaine, au Trianon, rien de moins. Espérons que cette auguste salle réserve un accueil aussi chaleureux aux Concrete Knives que celui reçu au sous-sol de la rue Boyer. D’ici là, c’est une tournée hexagonale qui débute, et qui fera résonner les hymnes pop de la quintette caennaise aux quatre coins du pays. Ce Be Your Own King Tour, il faudra en être, ou regretter à jamais. No more kidding lads, no more…

Setlist Concrete Knives:

1)Bornholmer 2)Happy Mondays 3)Greyhound Racing 4)Wild Gun Man 5)Wallpaper 6)Truth 7)Interlude 8)Africanize 9)Brand New Start 10)Roller Boogie 11)Youth Compass 12)Blessed
Rappel 1:
13)Here Comes The Hotstepper (Ini Kamoze Cover) 14)Little Box
Rappel 2:
15)Greyhound Racing

BOY @ LA MAROQUINERIE (27.09.2012)

Premier concert à la Maroquinerie pour cette saison culturelle 2012-2013. Surtout, ne pas penser que la fois d’avant, il faisait au moins deux fois plus chaud et dix fois plus beau, sinon c’est la déprime assurée. Se souvenir plutôt de l’itinéraire à prendre pour rallier la salle depuis la station Gambetta sans visiter la moitié du XXème arrondissement en chemin (un jour, j’y arriverai du premier coup). Ne pas y parvenir. Arriver finalement sur place et constater qu’il y a déjà pas mal de monde. Se rendre compte que ze spot* est, malgré l’affluence, toujours disponible et se dépêcher de profiter de l’aubaine. Regarder sa montre, constater qu’il va falloir tuer la prochaine demi-heure en attendant l’ouverture des portes. Brancher son MP3, sortir son Rock First et oublier le reste du monde. Se dire que l’on va passer une bonne soirée.

*: Le « ze spot » est l’endroit stratégique où attendre l’ouverture des portes. La personne qui l’occupe parvient toujours à rentrer dans la salle dans les cinq premiers (voire en premier, si on arrive à intimider les rivaux potentiels), ce qui peut faire toute la différence entre un concert aux premières loges ou une soirée passée à contempler la tête du spectateur(rice) plus grand que vous au lieu de la scène. Toujours un peu énervant.

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Attention, malgré les apparences, on était assez loin de Cocoon (c’est pas plus mal).

Juste le temps de dire bonjour à Alan-Roi Requiem en entrant (qui tire de plus en plus la gueule, le pauvre), et il est déjà temps de s’intéresser à la scène, où parmi les instruments on peut distinguer une valise montée sur une pédale de grosse caisse, et sur laquelle s’affiche un mystérieux ÉLÉPHANT. Voilà donc le nom de la première partie de ce soir (précision importante absente du site de la Maroquinerie… comment voulez-vous que les bloggeurs musicaux s’en sortent les gars?), qui se révèle être un duo de jeunes français, un peu nerveux de présenter leurs compos à un public à l’intimidante proximité (on peut même parler de promiscuité, vu les quelques centimètres qui séparent les premiers rangs des artistes). Malgré une réception assez favorable de la pop-folk – lui à la guitare et à la valise à pédale, elle au tambourin, les deux au chant – proposé par le tandem, ce dernier devra composer avec les crépitements provoqués par la confrontation musclée entre les iPhones/Blackberries non éteints par leur propriétaire et l’électronique du lieu. Pour se faire pardonner de ce manquement aux règles du savoir-vivre, la Maroquinerie raccompagnera le pachyderme en coulisses avec force d’applaudissements. Ne partons pas fâchés…

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Vint ensuite le moment pour BOY de monter sur scène pour défendre un premier album, Mutual Friends, même pas encore sorti en France au moment du concert. Cependant, le duo suisso-allemand évoluait déjà en terrain conquis grâce au succès remporté par leur EP, comprenant entre autres le single Little Numbers, matraqué par les radios pop-rock depuis le début de l’année.

Accompagnées par quatre musiciens, dont deux batteurs/percussionnistes, Sonja (bassiste brune) et Valeska (chanteuse blonde), visiblement ravies de jouer devant une salle comble et enthousiaste, ont livré un set couvrant la totalité de leur album, et même plus, comme on a pu le constater pendant les rappels (car il y en a eu deux: c’est ça l’effet Maro) durant lesquels une nouvelle composition, Hotel Room, rehaussée par un chouilla de lapsteel du meilleur goût, a été soumise au public. Le deuxième retour sur scène du duo a leur quant à lui permis d’exhumer une « très vieille chanson » (« very old song » dixit Valeska), simplement jouée en guitare-voix pour un final improvisé mais tout à fait sympathique.

Une batterie pour deux… Même en Suisse, c’est la crise.

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Pour le reste, je tiens à souligner que les morceaux de BOY gagnent vraiment à être découverts en live, car la solide rythmique assurée par les cogneurs de fûts de l’arrière-plan et les soli décantés par le guitariste de la tournée donnent un sérieux coup de fouet à des morceaux autrement plus légers et pop dans leur version studio (merci à Spotify d’abolir les frontières et les dates de sortie différées). On peut juste regretter que le potentiellement lacrymal July ait fait les frais de cette orientation assez rock, l’autoharpe, le piano et les cuivres ayant cédé la place à davantage de guitare et de batterie: l’émotion dégagée s’en est retrouvée minorée à mon avis.

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.Au final, un bon moment passé en compagnie d’un duo à la pop intelligente et respirant la bonne humeur, et des retrouvailles réussies avec une salle mythique de la capitale. Vu comme ça, la rentrée c’est plutôt pas mal.

Setlist BOY:

1)Drive Darling 2)Waitress 3)Oh Boy 4)Army 5)Boris 6)Skin 7)Railway 8)July 9)This Is The Beginning 10)Silver Streets 11)Little Numbers 12)Waltz For Pony (Rappel 1) 13)Hotel Room (Rappel 1) 14)« Very Old Song » (Rappel 2)

THE TEMPER TRAP @ LA MAROQUINERIE (12.07.2012)

On a tous une salle de concert préférée.Chacune a ses bons côtés et ses inconvénients, sa propre histoire et des caractéristiques techniques et acoustiques particulières. La légende de l’Olympia se mesure au prestige de la salle Pleyel ou à l’extraordinaire atmosphère qui règne à la Cigale, tandis que le Point Éphémère joue la carte de la proximité entre les artistes et le public et la Flèche d’Or invite au voyage par son décor hall de gare. Mieux vaut se positionner près de la sortie au moment du rappel et ne rien laisser au vestiaire du Bataclan en cas de timing post-concert serré (le dernier train pour la banlieue -00h05- dans mon cas), et s’armer de patience pour sortir du parking du Palais Omnisport de Paris Bercy au volant de son véhicule…

Yes, you can be THIS close…

Mais pour ma part, la reine des salles parisiennes (je peux aussi parler de la Batterie de Guyancourt, du Zénith de Strasbourg, de la Caserne Fonck de Liège ou de l’église de Steinkjer, mais restons à Lutèce pour le moment) est sans conteste la Maroquinerie. Il faut pourtant parcourir un bon bout de chemin pour se rendre sur place depuis la gare Montparnasse (mon point de chute habituel), et le confort une fois sur place est des plus rudimentaires (pas de sièges, pas de vestiaire), sans parler de la déco des plus dépouillées.

Mais qu’importe toutes ces menues tracasseries, car la Maroquinerie est  la salle où l’on peut littéralement toucher la musique du bout des doigts, pour peu que l’on s’y prenne assez tôt. Pour qui a déjà regretté de ne pas avoir pris ses jumelles pour distinguer les fourmis s’agitant sur une scène située à des dizaines, voire des centaines de mètres, se retrouver assez près de l’artiste qu’on est venu applaudir pour lui allumer sa clope ou lui décapsuler sa bière en tendant à peine les bras a quelque chose de grisant. De particule insignifiante formant avec des dizaines de milliers d’autres un organisme collectif avide et plus ou moins stupide appelé « public », le spectateur devient un démiurge tout puissant, puisqu’ayant le pouvoir de stopper le concert auquel il assiste d’un simple geste de la main (débrancher ce câble jack au sol, désaccorder la guitare du frontman ou lui arracher son micro -se pose évidemment la question du pourquoi agir de la sorte, mais force est de reconnaître que rien ne vous empêche de perpétrer un tel forfait si tel est votre intention). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes qui montent le son lorsque leur chanson préférée passe à la radio pour s’y plonger au plus profond, alors vous serez d’accord avec moi pour reconnaître qu’en matière de musique live, proximité rime avec félicité.

De plus, contrairement aux scènes de festival de plein air, où le premier rang se paie souvent cash par la perte de quelques points d’audition (souvenir douloureux du passage de SKUNK ANANSIE lors du Rock en Seine 2010, où il nous a carrément fallu battre en retraite pour ne pas risquer de se faire enfoncer la cage thoracique par la grosse caisse sur-sonorisée…), la régie son de la Maroquinerie n’est pas adepte du louder is better à un niveau disproportionné. Certes, ça joue fort, mais cela reste supportable même à deux mètres en face de l’ampli, avec ou sans bouchons d’oreilles (évidemment, avec c’est mieux, mais comme j’ai la fâcheuse tendance de les oublier…).

Cerise sur le gâteau, le 23 rue Boyer accueille la crème des groupes indie rock actuels, y compris des formations habituées à jouer devant un public bien plus nombreux que les quelques centaines de chanceux qui suffisent à remplir la Maroquinerie. Derniers exemples en date, les fantastiques Anglais de THE BOXER REBELLION, et bien sûr, les Australiens de THE TEMPER TRAP, dont l’unique autre date française sera au Rock en Seine de cette année. J’ai lu une autre revue du concert livré jeudi soir par la bande de Melbourne, regrettant le caractère exigu de la Maroquinerie, peu adaptée aux hymnes de stade offerts au public par Dougy Mandagi et ses camarades. Errr, allow me to disagree with this statement, m’am. Il n’y a rien de mieux qu’une petite salle pour un concert si on se place du côté du public, nuff said. Déjà que j’ai tendance à trouver l’Olympia un peu grand maintenant que je fréquente le Point Éphémère et la Flèche d’Or, ne comptez pas sur moi pour aller au Parc des Princes applaudir un groupe, aussi connu soit il.

Arrivé sur place sur les coups de 18h15 (ce qui est certes tôt, la première partie ne devant commencer qu’à 19h30, mais est une garantie de bon placement), je passe le temps en regardant Dougy se faire prendre en photo avec les quelques autres fans présents à cette heure précoce. Comme il avait oublié le code permettant d’ouvrir la porte menant à la salle, pas d’autres choix pour lui que de s’exécuter, avec le sourire.

La fameuse porte s’ouvre enfin pour les porteurs de billets une heure plus tard, et je fonce me positionner à l’endroit idéal (deux pas à droite du centre de la scène, histoire de ne pas avoir de micro dans le champ au moment de prendre des photos). Le matériel du quatuor devenu quintette avec l’arrivée de Joseph Greer en 2008 remplit déjà les deux tiers de l’espace disponible, et l’on se demande où diable l’artiste mystère (impossible de trouver son nom avant de venir) censé assuré la première partie va pouvoir s’installer pour chauffer la salle. Un quart d’heure plus tard, CHET FAKER (merci à La Discordance pour avoir mis un nom sur la tête barbue qui m’a fait face pendant 20 minutes sans que je puisse l’identifier, malgré une tenace impression de déjà vu*) et ses musiciens investissent les lieux et commencent à se mettre en place à la hâte. Les bruits de couloirs parlant de panne sur le périf étaient peut-être fondés.

*: J’étais tombé par hasard sur sa page d’artiste il y a quelques mois, où l’on peut entre autres trouver son remix du North de PHOENIX

Après une balance rapidement expédiée, Chet s’attelle à son clavier et commence son set seul en scène par un morceau piano voix de très bonne facture. Après quelques mesures, les derniers bavards se taisent enfin pour écouter ce lointain cousin de Bon Iver (c’est la barbe) distiller sa pop-jazz envoûtante. Rejoints pour la suite du concert par un guitariste au look Tahiti Bob hyper travaillé, un bassiste et un batteur, Faker ne triche pas (c’était facile) et livre une première partie doucement groovy et plutôt très agréable à l’oreille, même si elle réchauffe plus qu’elle ne chauffe la Maroquinerie. Le gang des Australiens devra donc partir de zéro pour faire monter l’ambiance, mais jouant dans une salle sold out depuis plusieurs semaines, on ne s’inquiète pas trop pour eux.

La mise en place et la balance sont l’occasion d’admirer les impressionnants jeux de pédale que chacun des guitaristes a à sa disposition (et dont les divers effets passeront assez largement inaperçus, il faut le reconnaître) et d’étudier en détail la set liste scotchée au sol par les roadies. Pas de surprises, toutes les chansons attendues sont bien là, mais on se sent tout de même privilégié de  savoir avant le reste de la salle que Need Your Love sera joué en deuxième alors qu’il faudra attendre la fin du rappel pour entendre Sweet Disposition. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #1.

21h, les lumières s’éteignent et le public démarre au quart de tour. C’est le London’s Burning composé par

Un zoom? Pour quoi faire?

Dougy pendant qu’il était coincé dans son appartement londonien au moment des émeutes de 2011 qui ouvre le bal, suivi donc par le premier single issu de l’album éponyme défendu ce soir (morceau que je trouve un peu too much, et dont le clip déborde tellement de bons sentiments qu’il en est carrément risible, mais tout passe mieux en live). Le lancement s’étant très bien passé, Dougy profite de la jonction entre ce morceau et l’excellent Love Lost pour parfaire un peu son français (« How do you say it’s hot in French? Yeah, c’est chaud! »). Et paf, il claque un high five à deux spectateurs chanceux… dont moi. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #2.

De chaude, l’ambiance passe à brûlante au fur et à mesure que le set se déroule, les titres de The Temper Trap (The Sea Is Calling, Rabbit Hole, This Isn’t Happiness, Trembling Hands et Miracle) s’enchaînant sans temps mort, avant un final griffé Conditions (Science of Fear, Resurrection et l’iconique Drum Song, pendant laquelle Dougy rafraichira les spectateurs les plus proches en vidant une bouteille d’eau sur la peau de son tambour avant de commencer à le marteler. Avantage d’être au premier rang de la Maroquinerie #3).

Les TTT saluent et sortent de scène, mais pas pour très longtemps. Impossible en effet pour eux de s’eclipser avant d’avoir joué leur plus gros tube, le déjà classique Sweet Disposition, repris en chœur par un public qui n’attendait que ça. Sur cette ultime offrande, le concert se termine sur une promesse, celle d’être là à 19h le 25 août prochain devant la scène Cascade pour une version revue et augmentée du passage de nos Australiens préférés à Rock en Seine en 2010.

Setliste:

– London’s Burning
– Need Your Love
– Love Lost
– The Sea Is Calling
– Rabbit Hole
– Fader
– This Isn’t Happiness
– Trembling Hands
– Miracle
– Science of Fear
– Resurrection
– Drum Song
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– Soldier On
I’m Gonna Wait (non joué)
– Sweet Disposition

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