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FESTIVAL EUROPAVOX @ LA MAROQUINERIE (22.01.2013)

Alors comme ça, Cameron menacerait de mettre sur la table la question de l’appartenance de son pays à l’UE, dût son parti (j’aime bien utiliser des tournures compliquées lorsque je suis à la bourre dans l’écriture de live reports, ça permet de faire passer l’expiration de la deadline sur le dos d’un souci stylistique imaginaire) remporter les prochaines élections? David, David, are you f*cking kidding me?  L’Europe, c’est génial my lad, et même si ça te coûte plus cher que ce que tu es prêt à payer pour et que tu peux théoriquement de faire souffleter diplomatiquement par une alliance estonio-bulgaro-maltaise alors que tu possède l’arme nucléaire et une place au conseil de sécurité de l’ONU, ce n’est pas grand chose au regard de tous les inestimables avantages dont bénéficient les heureux pays membres de cette magnifique entité régionale. Tiens, parlons musique: si l’Europe n’existait pas, le festival Europavox aurait-il une raison d’être? I don’t think so dude. Et, crois-moi Dave, rien que pour ça, tu devrais y réfléchir à deux fois avant d’agiter le chiffon rouge de la sécession sous les yeux bovins et récemment nobelisés de la Commission. Toujours pas convaincu? Donne-moi cinq minutes et je te garantis que tu sortiras de cet article plus europhile que jamais. Raedhy. Steddie. Gå.

Le 22 Janvier 2013, la Maroquinerie était donc prise d’assaut par une horde d’estrangers, venus convertir la rue Boyer aux charmes du cosmopolitisme musical. Malgré une affiche très intéressante, la salle n’affichait pas complet ce soir, et c’est devant un parterre à moitié rempli que le premier acte de la soirée fut donné. Pas de quoi décourager MIKHAEL PASKALEV et ses comparses, venus défendre un premier album (What’s Life Without Losers?) même pas encore sorti*. Merci aux organisateurs d’Europavox d’avoir fait venir cette petite troupe pour la date parisienne du festival, car ce fut un sacré privilège d’assister au premier concert hexagonal de Paskalev & friends dans le cadre idéal de la Maroquinerie. Retiens bien ce nom, cette voix et cette moustache, ami lecteur, car ce type va bientôt devenir une référence de la scène indie. J’ai dit.

Mikhael Paskalev 3²Il faut dire que je ne partais pas aussi novice en paskaleverie que la majorité des sociétaires de la Maro réunis ce soir au sous-sol de la rue Boyer. Il y avait eu le Steinkjerfestival six mois auparavant, au cours duquel Mik avait déjà enflammé la Klubbscene en compagnie de toute une équipe de joyeux musicos, dont le hiératique blondinet Jonas Alaska (bien avant que ce dernier se mette à la boxe**), prestation qui m’avait convaincu du potentiel du garçon. Je ne m’attendais certes pas à le voir se produire en France de sitôt, étant donné son statut de rookie dans sa Norvège natale, mais puisqu’Europavox a accéléré les choses de manière inespérée, il aurait été grossier de ne pas saisir cette chance inespéree. Cerise sur le gâteau, l’espion en slip n’avait pas fait le déplacement seul, la quasi-totalité du groupe l’ayant accompagné sur les planches de Steinkjer étant de nouveau présent à ses côtés sur la scène de la Maroquinerie. Joe Wills (chœurs, lead guitare et producteur de l’album), Billie Van (chœurs, tambourin, pedal steel et premier album après l’été), Jørgen Svela (choeurs et basse) et Fabian Prynn (batterie), la bande du LIPA (Liverpool Institute for Performing Arts) était presque là au grand complet, excusez du peu. Les conditions étaient donc optimales pour une performance mémorable, et c’est exactement ce qui s’est passé (j’aime quand un plan se déroule sans accrocs).

Mikhael Paskalev 19²Le ton fut donné par un Hey Joseph introductif effectué seul à la guitare sèche par un Paskalev totalement maître de son sujet, et qui ne mit que deux minutes à éveiller l’intérêt d’un public certainement pas venu pour lui. Le reste du groupe entre en scène à la faveur de Jailhouse Talk conclu par un solo de trompette, et l’intérêt se change en enthousiasme. La suite du set permit de découvrir en avant-première mondiale, n’ayons pas peur de le dire, quelques uns des titres de What’s Life… (I Remember You, Come On, Sayonara Saigon) même si la chanson titre ne fut pas donnée ce soir. On se consola avec un final proprement épique, qui vit s’enchaîner les deux meilleures pièces de Paskalev: I Spy et le rollercoaster Jive Babe, véritable masterclass de breaks et de pre-chorus catchy en diable, qui fit souffler un vent de folie dans la Maroquinerie. Beau joueur, Mikhael termina les hostilités avec le plus calme Dust, histoire de ne pas fixer la barre trop haute pour ses successeurs. Gode gut.

*: Date de sortie: 8 Février 2013. Gleder meg. Gleder deg. Everyone gleder.
**: I Saw You Kid est le premier extrait de son second album, qui devrait sortir courant Mars.

Setlist Mikhael Paskalev:

1)Hey Joseph 2)Jailhouse Talk 3)I Remember You 4)Come On 5)Sayonara Saigon 6)I Spy 7)Jive Babe 8)Dust

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Funeral Suits 23²Car les successeurs en question, qui se trouvèrent être les Irlandais de FUNERAL SUITS, n’avaient vraiment pas besoin qu’on leur complique la tâche, les lads de Dublin se révélant tout à fait auto-suffisants en matière de galère. Some kind of jinx, comme aurait pu dire leur éminent et regretté compatriote Rory Gallagher. Jugez plutôt: une prune pour stationnement interdit plus tôt dans la journée, et un ampli guitare qui lâche en plein milieu du set, et ne sera remplacé/réparé qu’après dix bonnes minutes de tripatouillages désespérés, pendant lesquelles il a bien fallu jouer (résultant en un We Only Attack Ourselves interprété de manière quasi acoustique), puis meubler en attendant que tout rentre dans l’ordre. Il y aurait matière à tirer une chanson de ces péripéties à répétition, si ce n’était pas déjà le cas (Adventures Misadventures).

Funeral Suits 62²Abstraction faite de ces avanies finalement solutionnées à grand renfort d’huile de coude, le set de Funeral Suits fit la part belle à un post-rock brassant de multiples influences (shoegaze, garage, new wave, pop…), bien servi par des riffs saignants (All Those Friendly People, Stars Are Spaceships) et les harmonies vocales employées à très bon escient sur quelques titres (Colour Fade, Hands Down By Your Side). Sur scène, les rôles et les instruments s’échangèrent avec constance d’un bout à l’autre du show*, seul Greg McCarthy restant fidèle à ses futs jusqu’au clap de fin. Généreux dans l’effort, le groupe tint à allonger son passage de deux morceaux, contrepartie plus que suffisante pour faire oublier à un public de toute façon solidaire les quelques errements techniques de début de set. Une bien belle manière de terminer en beauté une prestation habitée et engagée, dont la substantifique moelle peut être retrouvée sur le premier album du quatuor, Lily Of The Valley, distribué physiquement en France depuis quelques jours. Et si vous avez le temps, jetez donc un coup d’œil aux clips du groupe, en particulier la trilogie HealthAll Those Friendly PeopleHands Down By Your Side, librement inspirée du terrible chef d’œuvre de William Golding, Sa Majesté Des Mouches.

*: À tel point que j’ai fini le set avec la guitare de Brian James autour du cou. Véridique.

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Ce fut enfin au tour des GREAT MOUNTAIN FIRE de monter sur scène, toutes chemises hawaïennes dehors, afin de terminer la soirée sur une note un peu plus légère. Pas de doute, c’est bien pour applaudir la quintette wallonne que la majorité des spectateurs s’était déplacée, ce qui permit au set de démarrer sur les chapeaux de roues. D’obédience électro-pop, mais une electro-pop agréablement mâtinée de lignes de basse funky en diable, la musique du combo belge évoque tantôt le Phoenix de It’s Never Been Like That, tantôt les Hoosiers période The Trick To Life, en tout cas sur les quatre titres auquel j’ai assisté avant de devoir partir, horaires SNCF incertains oblige. Dommage, car les groupes utilisant un ocarina/ »flûte ancestrale » sont suffisamment rares pour qu’on ait envie de rester jusqu’au bout de leur prestation. Espérons que les GMF reviendront tantôt mettre le feu à une autre salle parisienne, pas trop tard si possible.

Great Mountain Fire 7²

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Alors David, convaincu? Tu vois que l’Europe n’a pas que des mauvais côtés, en tout cas question musique, on ne craint personne. Tiens, bouge pas, je vais t’envoyer une petite playlist pan-européenne de derrière les fagots, tu m’en diras des nouvelles. Le rock progressif grec est très bon en ce moment, comme le folk suédois, l’indie-rock écossais ou l’electro portugais. Ah, et si tu pouvais faire avancer le dossier de la candidature de l’Islande auprès de tes petits camarades, ce serait vraiment sympa. Imagine Tilbury et Pétur Ben à la Maroquinerie l’année prochaine… Dément!

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Les Chansons Narratives

L‘élément déclencheur de l’écriture de cet article remonte à six ans en arrière. Toute la famille était en voiture, en route pour une soirée chez des amis, lorsque la radio diffusa, encore une fois, La Lettre de Renan Luce (c’était à l’époque où cette chanson passait à peu près une fois par heure sur les radios musicales pop-rock). Quelqu’un (moi sûrement) dut alors faire état de sa lassitude pour la ritournelle de l’homme à la guitare en plumes, entraînant la rapide instruction du procès du sieur Luce par les occupants du tacot. Mon père, d’habitude assez critique envers les nouveaux artistes, me surprit en prenant la défense de l’accusé. La raison: La Lettre était un morceau narratif, chose assez rare et appréciable à ses yeux pour ne pas vouer  son auteur aux gémonies.

Je ne sais pas pourquoi cet épisode m’a autant marqué, au point que je me décide, des années plus tard, à lui consacrer un billet. Sans doute parce que j’ai été frappé par cette manière de voir les chansons, de les diviser en plusieurs catégories selon la manière dont elles étaient écrites. Sans doute aussi parce que, comme mon père l’a fait remarquer, les morceaux narratifs, ceux qui racontent une histoire au lieu de décrire un sentiment (« ♫Oh la la, que j’aime le chocolat♫ ») ou de développer un point de vue (« ♫Liberté-é-é pour les poissons pané-é-és♫ »), sont effectivement assez peu courants. Et c’est dommage, car je trouve qu’ils sont souvent supérieurs à la moyenne, puisqu’au plaisir de la musique et du texte s’ajoute celui d’entendre une intrigue se dérouler, parfois agrémentée d’un twist final du plus bel effet. Pour reprendre l’exemple de cette fameuse Lettre reçue par le beau-fils de Renaud (et avec laquelle j’ai fini par me réconcilier), l’auditeur ne comprend le fin mot de l’histoire qu’à la toute fin de la chanson, lorsque Renan Luce lui souffle pourquoi l’auteur du courrier, cette petite blonde sexy au rouge à lèvres carmin, voulait se suicider. Tout cela est si joliment troussé qu’il est fort difficile de résister à cette ravissante bluette, dont l’intelligence d’écriture contribua à mon avis fortement au succès de l’album Repenti* (800.000 exemplaires écoulés).

Ce qui suit est donc un modeste tribut à ce genre de chansons pas comme les autres, organisé sous forme d’un top 10 recensant les morceaux narratifs que je trouve les plus réussis. Comme beaucoup d’entre eux contiennent un twist final savoureux, je resterai volontairement vague sur le propos développés dans chacun de ces titres, afin de ne pas gâcher la surprise à ceux qui voudraient entendre par eux-même de quoi il en retourne. Bonne lecture (et n’hésitez pas à me soumettre vos propres coups de cœur en la matière)!

*: Remarquons au passage que la chanson titre de cette galette est elle-même un morceau narratif (une sombre histoire de mafioso new-yorkais ayant retourné sa veste, exilé en Bourgogne et féru d’hortensias).

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10 – Hotel California (The Eagles)

En sa qualité de morceau narratif le plus connu au monde, ce tube des Eagles méritait bien d’être inclus dans ce classement. Si aux États-Unis et dans le reste du monde anglophone, le destin singulier du personnage principal de ce classique de l’americana n’est un secret pour personne, je suis persuadé que tous les Frenchies ayant un jour accompagné en yoghourt la douce voix de Don Henley n’ont pas encore réalisé ce qu’est vraiment l’Hotel California qui attend le voyageur sur les bords de cette « dark desert highway ». Si vous faîtes partie de cette catégorie de personnes qui croit que ce morceau est une chanson d’amour adressée à une femme de chambre, ou une célébration du free spirit régnant en Californie, je vous invite à écouter (et à vous les faire traduire si besoin est) soigneusement les deux derniers couplets du titre en question….

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9 – The Fountain Of Salmacis (Genesis)

À la sortie de Nursery Cryme, dont est issu The Fountain Of Salmacis, Genesis était encore ce groupe aussi bizarre que génial dont le frontmanl’inimitable Peter Gabriel (qui avait encore des cheveux à l’époque), jouait ses textes plus qu’il ne les chantait entre deux solos de flûte traversière*. Le morceau dont il est ici question est particulier en ceci qu’il s’agit de l’adaptation de la légende d’Hermaphrodite, le fils illégitime de la déesse de l’amour et du messager des dieux (qui ne se sont apparemment pas cassés la tête pour trouver un prénom au bébé: le tien accolé au mien, et hop, roulez jeunesse). Même si ce thème peut paraître assez perché pour un groupe de rock, il reste assez sage par rapport aux délires habituels de Gabriel, dont l’imagination débridée pouvait engendrer des tableaux hautement plus improbables, comme  le monologue d’un gourou révolutionnaire (The Knife), le récit d’une invasion de trifides (The Return Of The Giant Hogweed) ou la décapitation accidentelle du jeune Henry Hamilton-Smythe par sa camarade de jeu Cynthia Jane De Blaise-William lors d’une partie de croquet, ainsi que les conséquences imprévues de cet homicide malencontreux (The Musical Box). Rien d’aussi bizarre n’arrive dans The Fountain Of Salmacis, qui condense en un peu moins de huit minutes un récit mythologique dont la connaissance vous permettra de briller en société. Merci Peter.

*: Il semblerait que l’usage de cet instrument au sein d’un groupe de rock soit révélateur de la folie (créatrice, et seulement créatrice… la plupart du temps) de son utilisateur. Quiconque a déjà vu Ian Anderson sur scène avec Jethro Tull comprendra..

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8 – Brothers In Arms (Dire Straits)

Encore un morceau très connu, dont les allures de slow langoureux ne doivent pas vous abuser: on parle bien de guerre sur ce titre, comme tout fan de Dire Straits capable d’aligner deux mots en anglais vous le confirmera. Mais cette dénonciation de la futilité des conflits armés n’est pas simplement descriptive: tendez l’oreille, et vous comprendrez pourquoi le personnage auquel Mark Knopfler prête sa voix est si lyrique quand il évoque ses frères d’armes…

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7 – A Boy Named Sue (Johnny Cash)

Avant de faire chialer la planète avec sa reprise du Hurt de Trent Reznor au crépuscule de sa vie, Johnny Cash était The Man In Black, autrement dit l’incarnation de tout ce que le rock pouvait représenter de dangereux et de provocateur* pour les foyers américains des années 50 et 6o. Conscient de l’avantage d’être perçu comme le mauvais garçon de l’industrie de la musique en matière de publicité, Cash sut cultiver cette image badass avec soin, et c’est sans doute pour cette raison que les disques que la postérité a retenu de lui sont d’abord les deux concerts qu’il donna en 68 et 69 pour les prisonniers de Folsom Prison et San Quentin. S’adressant au public de détenus comme s’il était l’un des leurs, il alla presque jusqu’à déclencher une insurrection dans le second établissement pénitentiaire lorsqu’il interpréta San Quentin, morceau aux paroles explicites (San Quentin I hate every inch of you/May you rot and burn in hell) écrit spécialement pour l’occasion. Cependant, Johnny le noir savait aussi prendre ses distances avec cette image de bad boy, et, toujours à San Quentin, régala les prisonniers avec A Boy Named Sue (chanson écrite par Bob Dylan himself), l’histoire savoureuse d’un jeune homme dont le père, avant de disparaître, insista pour qu’il reçoive ce nom assez difficile à porter pour un garçon…

*: Bon, à l’époque, il suffisait d’adresser un fuck bien senti à un photographe et de se foutre de la tête de cette midinette d’Elvis pour être catalogué comme borderline… Pour l’époque c’était vraiment shocking!

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6 – Pumped Up Kicks  (Foster The People)

Le morceau le plus récent de ce classement, et celui qui m’a convaincu de laisser une chance aux Foster The People, dont l’agaçant plébiscite médiatique m’avait auparavant gardé à distance (suis-je le seul à me méfier quand tout le monde crie au génie?). Il aura fallu que Bow To Each Other reprenne ce morceau pour que je réalise que j’avais eu tort de blacklister Mark Foster et ses potes pour délit de hype. Car Pumped Up Kicks est plus qu’un des plsu gros tubes de l’année écoulée, c’est d’abord et avant tout un amalgame parfait entre une forme pop et attractive, et un message d’une terrible tristesse. Faire danser les gens sur la genèse d’une tragédie tristement banale aux États-Unis, où les embrouilles de cour de récré tournent parfois au règlement de comptes à OK Corral, il fallait oser. Et surtout, il fallait en être capable. Bravo les gars.

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5 – Tux On (Marillion)

Le destin de Marillion bascula le 15 Septembre 1988 avec le départ de Fish, charismatique frontman et principal auteur du quintet, dont les textes ciselés et les interprétations flamboyantes avaient fortement contribué à gagner la reconnaissance du public. Alors au sommet de sa gloire, après la sortie du génial Clutching At Straws et une tournée européenne des stades et des zéniths, le groupe vola en éclats, miné par les pressions extérieures et les dissensions internes. Ainsi pris fin le premier âge de Marillion (nom inspiré par le Silmarillion de Tolkien), et même si l’arrivée de Steve Hogarth permit à l’aventure de se poursuivre, le groupe ne réussit jamais par la suite à renouer avec la popularité qui fut la sienne avant le départ de l’homme poisson.
Censé figurer sur l’album avorté sur lequel le groupe travaillait au moment du split, Tux On raconte la descente aux enfers d’un musicien, dont le succès et les obligations en découlant rendent accro à toutes les drogues. Pas besoin d’être un grand devin pour comprendre que ce personnage n’est autre que Fish, qui, pour éviter d’être « retrouvé mort d’overdose dans une grande maison d’Oxford », finit par claquer la porte*. Voilà qui s’appelle soigner sa sortie.

*: Si vous êtes du genre à croire à la destinée, je ne peux pas vous laisser partir sans vous mettre sur la piste de He Knows You Know, l’un des tous premiers morceaux du groupe, dans lequel Fish s’empare déjà des thèmes (l’enfer de l’addiction, la solitude, les tendances suicidaires) que l’on retrouvera des années plus tard sur Tux On, son chant du cygne en tant que membre de Marillion. Mais si le personnage de He Knows… se réveille dans un lit d’hôpital à la fin de la chanson, celui de Tux On n’a pas cette chance…

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4 – Where The Wild Roses Grow (Nick Cave & Kylie Minogue)

Beaucoup de chansons narratives ont pour thème une histoire d’amour à l’issue tragique, et celle-ci fait définitivement partie de cette catégorie. Magnifiquement interprété par le lugubre mais tellement élégant Nick Cave épaulé par une surprenante Kylie Minogue, qui prouva ainsi au monde qu’elle était capable de faire autre chose que la pop ultra calibrée (pour ne pas dire ouvertement commerciale) qui était jusque là sa marque de fabrique, Where The Wild Roses Grow est le récit d’un amour fou, au sens premier du terme. Tout cela finit mal, mais puisque le morceau est extrait du slasher musical que constitue Murder Ballads, c’est le contraire qui eut été étonnant.

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3 – Le Bal Des Laze (Michel Polnareff)

En France aussi, on sait faire des chansons narratives! Et on n’a pas attendu Renan Luce et sa Lettre pour s’y mettre. Plus d’un demi-siècle avant que le facteur ne passe, Brassens (La Légende De La Nonne, Corne D’Auroch…), Brel (Les Bourgeois, Les Flamandes…), Piaf (L’Accordéoniste, Mon Légionnaire…) avaient déjà donné à la chanson française des morceaux de ce genre, entrés depuis dans le patrimoine national. Cependant, et n’en déplaise à ces grands anciens et à leur partisans, rien à mes yeux ne surpasse Le Bal Des Laze, écrit à quatre mains par Michel Polnareff et Pierre Delanoë. Confession d’un homme qui « sera pendu demain matin » pour un crime dont la nature ne sera révélée qu’à la toute fin de la chanson, cette dernière se déroule avec la solennité tragique d’un requiem ou d’une marche funèbre, portée par la complainte de l’orgue, les discrets contrepoints de basse et l’ambiance mystique d’un studio éclairé pour l’occasion par la lumière jaune de milliers de bougies. Plus de quarante ans après, Le Bal Des Laze est toujours auant emprunt de la majesté gothique qui fit sa réputation et celle de son interprète à sa sortie. Entrez dans la danse…

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2 – The Lady Of Shalott (Loreena McKennitt)

À l’origine était une légende, celle de la dame de Shalott, qui par amour pour Lancelot osa défier la malédiction qui pesait sur elle en sortant de la tour dans laquelle elle était cloîtrée pour voyager jusqu’à Camelot. De ce mythe arthurien, Alfred Tennyson tira un de ses plus fameux poème, The Lady Of Shalott, qui à son tour inspira plusieurs toiles au peintre John Waterhouse*, et bien plus tard, une chanson à l’artiste canadienne Loreena McKennitt. Cette dernière mit en musique les vers du premier, donnant ainsi naissance à un morceau de plus de onze minutes dont l’orchestration somptueuse transporte l’auditeur au cœur de la geste de la Table Ronde et de ses personnages déchirés entre amour et devoir. À écouter en regardant les tableaux de Waterhouse, of course.

*: Waterhouse fut tellement marqué par le poème de Tennyson qu’il peignit la dame de Shalott à trois reprises, illustrant à chaque fois un moment différent de sa légende: 1888, 1894 et 1916.

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1 – Lily, Rosemary & The Jack Of Hearts (Bob Dylan)

Ou comment faire tenir un western entier en dix petites minutes. Le mètre-étalon du genre, indépassable depuis 1975, composé par un Dylan au sommet de son art*. Qui est donc ce mystérieux étranger, ce « valet de cœur » fraîchement arrivé en ville, et pourquoi s’intéresse-t-il tellement à Lily, la jeune protégée du tout puissant Big Jim, propriétaire de la mine de diamants de la ville? La réponse à la fin du morceau.

*: Ce morceau est sorti en 1975 sur l’album Blood On The Tracks. L’année suivante, Hurricane (Desire) permettra, quasiment à lui seul, de relancer l’affaire Rubin Carter (un boxeur noir condamné pour un triple meurtre en 1967, acquitté et libéré en 1988). Il était fort à l’époque, le Zim.

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Voilà qui termine ce petit tour d’horizon thématique. Évidemment, avec seulement dix places à attribuer, il a fallu faire des choix et écarter des morceaux qui auraient pu figurer dans ce classement sans aucun problème. Pas de Galveston Bay (Bruce Springsteen), de My Lady D’Arbanville (Cat Stevens), de Powderfinger (Neil Young) ou encore de Red Army Blues (The Waterboys), pour n’en citer que quatre parmi les plus évidents. J’espère néanmoins que mes dix suggestions ne vous ont pas semblé complétement à côté de la plaque, que vous les connaissiez déjà avant de tomber sur cet article ou non. Et si ce billet vous a donné envie de fouiller votre discothèque à la recherche de cette denrée rare et délectable qu’est la chanson narrative, bonne chasse!

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Victoires De La Musique 2013

Cela fait quelques articles que je discute de l’importance de l’hiver dans l’année musicale, la mauvaise saison étant en effet celle pendant laquelle la profession récompense les meilleurs (terme à la définition ambigüe, et  parfois synonyme de « plus gros vendeur de disques », « meilleur ami du jury » ou, pire « trop important pour ne pas recevoir de prix même si son dernier album a déçu tout le monde à part ses fans hardcore ») artistes nationaux au cours de cérémonies insupportablement longues et pénibles à regarder. Même si cet exercice de remise de prix est régulièrement critiqué, tant sur le fond (« Toujours les mêmes qui sont nominés/récompensés! », « Les catégories ne sont pas/plus en phase avec la réalité! », « Le jury n’a pas de légitimité! »…) que sur la forme (« Arrête de remercier ta famille et chante ta p****n de chanson! », « Ce duo entre Enrico Macias et Mireille Mathieu était-il vraiment nécessaire? », « Noooon, pourquoi Laurent Ruquier? »…), il a au moins le mérite d’exister, et permet au plus grand nombre de se tenir au courant – avec un an de retard tout de même – de l’actualité de la scène musicale française, que le monde entier nous envie. Parfois.

Bref, comme l’une de mes résolutions pour cette année 2013 est de ne plus critiquer qu’en connaisseur (ce qui, pour le moment, m’empêche d’utiliser One Direction, Justin Bieber ou Booba comme repoussoirs dans mes billets, faute de n’avoir jamais pris le temps d’écouter les disques de ces artistes*), et que je reconnais volontiers avoir attaqué gratuitement les Victoires de la Musique dans un précédent article, je ne pouvais pas décemment refuser à cette auguste institution (28ème anniversaire cette année) une étude de cas un peu plus poussée. Peut-être même que je regarderai la cérémonie sur France 2 le mois prochain, mais comme ça me condamnerait de facto à me farcir également le retransmission de l’Eurovision (toujours pousser la logique jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte), je préfère me laisser un temps de réflexion avant de m’engager dans cette galère. En attendant, la révélation avant-hier des noms des artistes nominés m’a fourni  assez de matériel pour publier un premier papier sur le sujet. L’herbe est elle vraiment plus verte chez les voisins? Eh bien, ça dépend de ce qu’on entend par vert.

*: Comme je ne pourrais pas me passer longtemps d’inclure quelques remarques cinglantes, méchantes et perfides dans les articles de ce blog, il va donc falloir que je jette une oreille sur Take Me Home, Believe, Le Futur ou encore Sans Attendre. Ce que mon penchant pour le persiflage me pousse à faire, tout de même.

Green

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Avec seulement 12 catégories, les Victoires de la Musique sont une des remises de prix les moins prolifiques de la planète, très loin derrière les 27 trophées décernés annuellement lors des SAMA (Afrique du Sud), les 43 JUNO canadiens, et bien sûr les plus de 80 (!) gramophones dorés attribués pendant les Grammies. Il faut tout de même noter que les Français ont eu la bonne idée de séparer les récompenses du jazz et de la musique classique du reste, chacun de ces deux sous-genres bénéficiant d’une cérémonie attitrée plus tard dans l’année. Cette sobriété s’explique aussi par le caractère franco-français de cette distinction: aucune Victoire ne récompense en effet d’artiste international, contrairement à d’autres remises de prix (MTV et NRJ Awards) clairement mondialisées.

Avant toute chose, j'aimerais remercier Open Office, sans lequel rien n'aurait été possible...

Avant toute chose, j’aimerais remercier Open Office, sans lequel rien n’aurait été possible…

Ceci dit, même si l’on ne peut que se féliciter d’échapper à la Victoire des meilleures notes d’album, du meilleur livre audio ou du meilleur packaging d’édition limitée (c’est à ce genre de détail que l’on réalise que les USA sont entrés en décadence), je pense que l’on gagnerait tout de même à créer quelques  catégories surnuméraires, qui permettraient à la fois d’affiner le propos (par exemple, faire le distingo entre le rap/hip-hop et le R’N’B, pour l’instant fusionnés sous l’appellation bâtarde de « Musiques Urbaines »*) et de corriger quelques absences très regrettables, comme celle de la Victoire du meilleur producteur. Je me doute bien que je ne dois être ni le premier ni le seul à faire ces remarques, et qu’il doit y avoir de très bonnes raisons expliquant la présence des douze Victoires actuelles et l’absence ou la disparition d’autres palmes. Et puisque je n’ai pas le pouvoir de changer cet état de fait (pas immédiatement tout du moins: les choses changeront lorsque je serai devenu tyran du Vieux Monde), autant couper court aux « et si… » et passer sans plus attendre à l’étude de ces fameuses catégories.

*: Par opposition aux « Musiques Rurales »? Pas de chance, on a pas beaucoup d’artistes country en France.

Nominations

 

ARTISTE INTERPRÈTE MASCULIN DE L’ANNÉE:

Benjamin Biolay - M - Dominique A - Orelsan

Benjamin Biolay – M – Dominique A – Orelsan

Je suis assez content de la sélection effectuée par le jury dans cette catégorie. Aucun de ces quatre gaillards ne m’est particulièrement cher, et j’avoue même entretenir une certaine méfiance envers Orelsan, qui me semble manquer assez nettement de l’ironie et du recul sans lesquels le rap n’est qu’un épanchement de testostérone gratuit et bas du front. Son Suicide Social aurait pu servir d’Hexagone à une génération trop jeune pour connaître le brûlot de Renaud, s’il avait pensé, comme ce dernier, à s’inclure dans son tableau au vitriol de la société française. Car écrire un morceau aussi violent, méchant parfois, sans faire preuve du moindre second degré (ou alors, il est très bien caché), revient, à mes yeux, à dire: « vous êtes tous pourris, affreux, minables, etc… mais pas moi ». Bonjour la maturité. Ajoutez à cela les paroles toutes aussi subtiles de Sale P*te, dont la violence ferait pâlir l’intégriste religieux le plus fanatique, et  vous comprendrez pourquoi j’ai du mal à cautionner Orelsan. Cependant, sa nomination est une bonne chose, puisqu’elle permet aux « musiques urbaines » de faire leur entrée dans une catégorie jusque là réservée aux chanteurs pop-rock ou de variété. L’individu ne me plaît pas, mais le symbole, lui, me réjouit.

Benjamin Biolay et M, quant à eux, me paraissent être taillés dans le bois dont on fait les légendes. Ils ont le charisme, l’intelligence et le talent nécessaire pour traverser les décennies sans démériter, et inspirer les artistes des générations suivantes, chacun dans leur genre. Biolay le dandy ténébreux marche dans les traces de Gainsbourg et de Bashung. M la rock star solaire suit la voie de Polnareff et d’Hallyday. On remet souvent des récompenses à titre posthume (ou quasiment, comme en témoigne la moisson de Victoires d’un Bashung moribond en 2009) à des artistes qui n’ont jamais, ou si peu, été récompensés lorsqu’ils étaient au top de leur créativité; ce serait intéressant d’en remettre une à des chanteurs dont on pense qu’ils peuvent encore faire mieux dans le futur. Just saying.

Reste Dominique A, qui vient donc de fêter ses vingt ans de carrière sans que je ne me souvienne avoir jamais entendu un seul de ses morceaux. Je trouve ça plutôt fâcheux (pour moi, qui suis sensé tenir un blog musical, pas pour lui). Encore un artiste trop longtemps snobbé par la profession, et dont l’éventuel couronnement récompensera davantage l’endurance que la qualité de son dernier album. Ils ont bien fait le coup au grognard Thiéfaine l’année dernière (première Victoire après 34 ans de carrière, wouhou!), alors pourquoi pas.

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ARTISTE INTERPRÈTE FÉMININE DE L’ANNÉE:

Céline Dion - Lou Doillon - Françoise Hardy - La Grande Sophie

Céline Dion – Lou Doillon – Françoise Hardy – La Grande Sophie

Pour le coup, j’aime beaucoup moins, pour plusieurs raisons. Premièrement, puisqu’elle est ressortissante canadienne, je ne vois pas pourquoi Céline Dion ferait partie des quatre nominées à une distinction sensée récompenser une artiste française. Quitte à caser une grande star sur le retour dans sa sélection, le jury aurait pu donner un ticket à Mylène Farmer, un pur produit de nos terroirs (bon, d’accord, elle est aussi née au Québec, mais elle est rapidement retournée au bercail). Aucun artiste hexagonal n’a encore été nominé à un JUNO que je sache.

Deuxièmement, faire figurer Lou Doillon parmi les lauréates potentielles d’une Victoire sensée récompenser « une artiste confirmée » alors que l’intéressée a sorti son premier album en Septembre dernier me semble un peu présomptueux. La demoiselle peut bien être la nouvelle Joni Mitchell (l’avenir nous le dira), ça ne doit pas la dispenser de passer par la case « Révélation de l’année », qui sert justement à présenter au public les artistes les plus prometteurs de l’année écoulée. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’être la fille de Jane Birkin explique bien des choses, mais ça m’étonnerait fort que tous les commentateurs fassent preuve de la même indulgence. La pauvre Lou devrait donc prier pour ne pas gagner cette fichue Victoire, car les conséquences de ce coup d’éclat aux relents népotiques pourraient bien être dommageables à sa carrière  musicale.

Françoise Hardy? Mouais, pourquoi pas. Pas transcendante, mais élégante, et crédible aux yeux des observateurs étrangers (s’il y en a… on peut rêver), et particulièrement les anglo-saxons, surtout depuis que les néo-mods anglais se sont mis à citer Jacques Dutronc parmi leurs références (pas les premières, mais tout de même). C’est toujours bon à prendre. La Grande Sophie? Pas de problèmes pour moi. Révélation de l’année en 2005, pas trop mainstream, dernier album solide… Probablement la personne à récompenser si les Victoires de la Musique ont encore la prétention de guider le grand public vers des artistes méritants plutôt que de récompenser des stars que tout le monde connaît déjà. C’est idéologique tout ça, c’est idéologique.

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GROUPE OU ARTISTE RÉVÉLATION DU PUBLIC:

 C2C - Barbara Carlotti - Rover - Tal

C2C – Barbara Carlotti – Rover – Tal

Probablement une des palmes les plus importantes (avec sa jumelle « Révélation Public »), qui permettra à son lauréat de poursuivre sa route avec un véritable avantage par rapport à la concurrence. Les écrivains ont le Prix Goncourt, les chefs les étoiles du guide Michelin, les musicos ont la Victoire de la Révélation de l’année. Et comme à chaque fois, ça tire un peu dans tous les sens: de l’electro, de la pop, du rock indie et du R’N’B, et la France entière en juge de paix pour désigner le vainqueur. C’est gentil de faire participer le public, mais cela pose plus d’un problème.

Déjà, on peut se demander sur quels critères ont été choisi les quatre artistes/groupes nominés. La logique voudrait qu’ils aient été sélectionnés par le public, mais il n’en est rien. Nous sommes donc absolument libres de décerner une Victoire… à l’un des quatre noms obligeamment proposés par le jury. Un peu comme si les sénateurs pré-sélectionnaient les candidats à l’élection présidentielle. Tant pis donc pour Carmen Maria Vega, Claire Denamur, Barcella et Lescop, dont les noms ont été discrètement retirés du chapeau après concertation des autorités compétentes. Tiens, j’ai une idée: et si la seule condition pour pouvoir prétendre à cette Victoire était d’avoir sorti son premier album au cours de l’année écoulée? Comme à la présidentielle, on organiserait deux tours de scrutin, le premier pour sélectionner les quatre finalistes, le second pour désigner le vainqueur. Plus compliqué à mettre en place, certes, mais plus transparent et plus légitime que le système actuel.

Deuxième problème, l’inégalité des chances entre les candidats. Comme à chaque fois qu’un vote est ouvert au public, le victoire ira à celui qui a la plus grosse… fanbase. Et comme les réseaux sociaux aiment bien les chiffres, il est déjà possible de juger des chances de chacun à l’heure actuelle. Ainsi, les C2C comptent actuellement 305.222 fans sur Facebook, contre 8.293 pour Mlle Carlotti, 8.473 pour l’ami Rover, et 207.071 pour Tal. Sans vouloir paraître pessimiste, ça m’étonnerait grandement que la palme aille à Barbara ou à Timothée, à moins que leurs supporters se mobilisent de manière surhumaine. En résumé, le vote du public consacre la victoire du quantitatif sur le qualitatif, ce qui jure fortement avec l’esprit des Victoires, et qui explique sans doute pourquoi les organisateurs ont doublé cette récompense d’une autre palme estampillée « Révélation de l’année », décernée cette fois-ci par ce bon vieux jury. Non mais.

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GROUPE OU ARTISTE RÉVÉLATION SCÈNE:

Boulevard Des Airs- C2C - Barbara Carlotti - Irma

Boulevard Des Airs- C2C – Barbara Carlotti – Irma

On ne s’attardera pas sur l’intitulé assez bizarre de cette Victoire, qui semble suggérer que le public se contente d’acheter des disques et que seuls les professionnels vont voir des concerts (mais bon, je suppose que c’est plus acceptable que « Groupe Ou Artiste Choisi Par Le Jury Parce Que Faut Pas Déconner Quand Même, Le Public A Des Goûts De Chiotte »). On remarquera par contre que la moitié des nominés le sont aussi dans la catégorie concurrente de « Révélation du Public ». On en pensera ce qu’on voudra*…

Pour être franc, j’ai vaguement entendu parler de C2C et d’Irma, et pas du tout de Boulevard Des Airs et de Barbara Carlotti. Je serais donc bien incapable de me prononcer sur la question de qui mérite le plus de gagner, surtout que tout ce beau monde ne semble pas boxer dans la même catégorie. Je n’envie pas les membres du jury qui devront trouver un moyen de comparer le breakbeat des DJs nantais avec le folk de l’égérie de  My Major Company. Pour moi, ça revient à déterminer si le bleu est  une plus belle couleur que le rouge. Mais bon, c’était ça ou faire une catégorie révélation pour chaque style musical, sur le modèle des Grammys américains, une alternative beaucoup plus fastidieuse et au final à peine plus représentative. Je suppose que nous sommes donc en présence de la moins mauvaise solution.

*: Cette similitude est loin d’être exceptionnelle: depuis le dédoublement de la Victoire « Révélation » en 2001, seule l’édition 2010 a vu huit artistes différents concourir pour l’une ou l’autre des distinctions. À deux reprises (2003 et 2005), les trois mêmes artistes se sont retrouvés nominés dans les deux catégories. Cependant, seul Kyo a réussi le doublé (2004), ce qui n’a visiblement pas porté chance au groupe.

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ALBUM DE CHANSONS:

Vengeance (B. Biolay) - L'Amour Fou (F. Hardy) - La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) - Îl (M)

Vengeance (B. Biolay) – L’Amour Fou (F. Hardy) – La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) – Îl (M)

Cette Victoire est particulière en cela qu’elle couronne une exception hexagonale, la fameuse « chanson francaise ». Personnellement, je ne sais pas, je ne sais plus, ce qu’est la chanson française. Si on regarde les nominés de l’édition 2013, on se rend compte que leur seul point commun est de chanter en français. Les BB Brunes aussi chantent en français, et c’est du rock. Oxmo Puccino aussi chante en français, et c’est de la musique urbaine (décidément, j’adore ce terme). Bref, ce terme de « chanson française » me semble incroyablement vague, et je crains qu’il ne faille pas trop s’en approcher, tant le sujet est glissant, et même casse-gueule. Je laisserai donc au jury le sale boulot de décider qui peut prétendre à cette appellation controversée pour me concentrer sur les quatre heureux nominés.

Les nominations de Biolay et de M n’ont rien de vraiment surprenant, les deux compères étant des habitués de la catégorie. On peut y voir une sorte de consécration pour ces deux artistes, qui s’installent une fois pour toute dans la cour des grands, une quinzaine d’années après leurs débuts. Tous les deux jeunes quadragénaires, ils grillent la politesse à leurs aînés (Patrick Bruel et Johnny Hallyday faisaient partie des huit pré-nominés) et c’est très bien. Place aux moins vieux. Même logique pour la Grande Sophie, qui pourrait faire figure de doyenne de la promo si Françoise Hardy n’occupait pas déjà ce créneau. Il serait en effet impensable qu’un artiste de la « vieille garde » (comprendre, d’au moins soixante ans) ne fasse pas partie du plateau final. Car la chanson française, c’est d’abord une tradition, et donc une chose du passé, même si la relève est là et bien là.

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ALBUM ROCK:

Long Courrier (BB Brunes) - Places (Lou Doillon) - Super Welter (Raphaël) - Can Be Late (Skip The Use)

Long Courrier (BB Brunes) – Places (Lou Doillon) – Super Welter (Raphaël) – Can Be Late (Skip The Use)

Ah, le rock… Tout le monde sait ce que c’est, mais personne n’a jamais été capable d’en proposer une définition satisfaisante. Est-ce que les BB Brunes font du rock? Certainement. Est-ce que Lou Doillon fait du rock? Par élimination, sûrement. Est-ce que Lou Doillon est plus rock que les Stuck In The Sound, qui n’ont même pas été pré-sélectionnés par le jury, malgré un Pursuit unanimement salué par la critique? Probablement pas. On pourrait continuer ce petit jeu du « plus ou moins rock que » pendant longtemps, et se retrouver au final avec un résultat aussi contestable qu’au début de l’opération.

À mon avis, la vraie question à se poser est: quels sont les artistes rock dont la France peut être la plus fière, capables de rivaliser avec la concurrence internationale? Si un ami étranger me demandait de lui faire découvrir le rock français contemporain, quel serait mon premier choix? Il ne faut pas oublier que décerner à un disque la Victoire d’album rock de l’année, c’est de facto reconnaître que c’est que la France a fait de mieux en la matière au cours de l’année. Tout ça pour dire que je tirerais la gueule si Long Courrier ou Places décrochaient la timbale, car  je sais qu’on a fait mieux que ça en 2012. Depuis qu’un mec plus célèbre que le Christ a dit que le rock français était moisi, ce dernier se traîne une réputation peu enviable à l’étranger, et la réhabilitation passe obligatoirement par l’excellence, anglophone de préférence. À bon entendeur…

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ALBUM DE MUSIQUES URBAINES:

Extra-lucide (Disiz) - Roi Sans Carrosse (Oxmo Puccino) - L'Apogée (Sexion d'Assaut) - Le Droit De Rêver (Tal)

Extra-lucide (Disiz) – Roi Sans Carrosse (Oxmo Puccino) – L’Apogée (Sexion d’Assaut) – Le Droit De Rêver (Tal)

Et dire qu’il a fallu attendre 1999 et le sacre de Manau dans la catégorie « Album de Rap ou de Groove » pour que les musiques urbaines aient enfin droit de cité aux Victoires de la Musique! Rien que pour ça, on peut dire merci à La Tribu De Dana et à J’Entends Le Loup Le Renard Et La Belette (non, là je blague). Et par musiques urbaines, il faut comprendre: rap, ragga, hip-hop et R’N’B, dernier intitulé de la catégorie avant « l’urbanisation » de 2007.

Bien que n’écoutant que très rarement ce genre de musique, je me tiens suffisamment au courant de son évolution pour me rendre compte que le jury des Victoires pratique une politique de discrimination que j’approuve pleinement. Les albums et les artistes nominés dans cette catégorie sont en effet les dépositaires d’une certaine vision de la musique urbaine, une vision ouverte, tolérante et intelligente, très loin des postures de thug et des discours aberrants qui servent de fond de commerce à un certain nombre d’artistes appartenant également à ce milieu. J’espère que le jury continuera dans cette direction le plus longtemps possible, même si la digue apparaît de plus en plus perméable aux assauts du gangsta. Orelsan « Je vais te mettre en cloque (sale pute) et t’avorter à l’opinel » a remporté la palme l’année dernière (ok, Sale P*te ne figure pas sur Le Chant Des Sirènes, mais ce genre de morceau de bravoure ne s’oublie pas facilement). En 2013, ce sera peut-être au tour de la Sexion « Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent » d’Assaut de repartir avec le trophée. On verra bien.

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ALBUM DE MUSIQUES DU MONDE:

Folila (Amadou & Mariam) - Al (Bumcello) - Talé (Salif Keita) - C'est La Vie (Khaled)

Folila (Amadou & Mariam) – Al (Bumcello) – Talé (Salif Keita) – C’est La Vie (Khaled)

Aka « Victoire de l’artiste/groupe (africain la plupart du temps) francophone de l’année ». Parce que la France est un grand pays qui a un soft power important, la preuve. Comment ça, une persistance du temps des colonies et de la Françafrique? Allons, restons sérieux! C’est juste que les Victoires de la Musique sont une institution française, et il est donc logique que les artistes n’ayant pas la nationalité française aient leur propre catégorie… Ah, mais Céline Dion, ce n’est pas pareil voyons!

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ALBUM DE MUSIQUES ÉLECTRONIQUES OU DANCE:

By Your Side (Breakbot) - Tetra (C2C) - Franky Knight (Émilie Simon) - Dusty Rainbow From The Dark (Wax Tailor)

By Your Side (Breakbot) – Tetra (C2C) – Franky Knight (Émilie Simon) – Dusty Rainbow From The Dark (Wax Tailor)

S‘il y a un courant musical dans lequel les Frenchies ont réussi à s’imposer sur la scène internationale, c’est sans doute l’electro. Ce que j’écrivais au sujet de la Victoire de l’album rock et du souci d’excellence quelques lignes plus haut est encore plus valable ici, pour une raison un peu différente: il ne s’agit plus cette fois de prouver au monde que nous pouvons être bons, il s’agit de lui prouver que nous sommes toujours (parmi) les meilleurs, ce qui ne devrait pas poser de problème cette année encore. Il suffit de jeter un regard sur les pré-nominés malheureux (Sébastien Tellier, Air ou encore Bob Sinclar, pour ne citer que les plus connus) pour jauger de la qualité des finalistes. Sans doute une des Victoires les plus prestigieuses, et la seule qui vaille quelque chose à l’étranger.

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CHANSON ORIGINALE:

Allez Allez Allez (Camille) - Avant Qu'Elle Parte (Sexion D'Assaut) - Je Descends Du Singe (Marc Lavoine) - La Forêt (Lescop)

Allez Allez Allez (Camille) – Avant Qu’Elle Parte (Sexion D’Assaut) – Je Descends Du Singe (Marc Lavoine) – La Forêt (Lescop)

Encore un trophée décerné par le public, et qui plus est, par SMS. Je ne vois pas comment la Sexion (plus de quatre millions de fans sur Facebook) pourrait ne pas remporter cette Victoire, mais puisque Laurent Voulzy a coiffé Mika sur le poteau l’année dernière, tout reste envisageable. Ceci dit, suis-je le seul à trouver le concept ridicule?

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SPECTACLE MUSICAL/TOURNÉE/CONCERT:

Ilo Veyou (Camille) - Silence On Tourne, On Tourne En Rond (Thomas Dutronc) - La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) - The Geeks Tour (Shaka Ponk)

Ilo Veyou (Camille) – Silence On Tourne, On Tourne En Rond (Thomas Dutronc) – La Place Du Fantôme (La Grande Sophie) – The Geeks Tour (Shaka Ponk)

Une spécificité française que cette Victoire du Spectacle Musical/Tournée/Concert de l’année. Même les Américains n’ont pas franchi le pas, et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Après avoir déterminé si le bleu est plus beau que le rouge, le jury devra donc décider s’il est préférable de regarder une tomate déguisée en Batman rouler en monocycle ou un éléphant unijambiste faire de la plongée en bouteille aux Philippines. Yes they can.

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VIDÉO-CLIP:

Fuya (C2C) - Mojo (M) - My Lomo & Me (Olivia Ruiz) - Let's Bang (Shaka Ponk)

Fuya (C2C) – Mojo (M) – My Lomo & Me (Olivia Ruiz) – Let’s Bang (Shaka Ponk)

Comment juger d’un clip sans se laisser influencer par la chanson qu’il illustre? Il suffit de couper le son. Et à ce petit jeu, c’est encore la folie mi-numérique, mi-live de Let’s Bang des Shaka Ponk qui passe le mieux, talonné par le flashmob déjanté du Mojo de M. Comme le jury semble avoir un faible pour les vidéos décalées, eut égard au palmarès des années précédentes, c’est sur les deux clips sus-nommés que je placerais mes billes.

Victoires 2012

Les Victoires de la Musique sont une cérémonie que tout le monde adore critiquer. Les spectateurs s’ennuient, les journalistes musicaux refont le palmarès en poussant des hauts cris parce qu’Y n’a même pas été nominé alors que son dernier album est une tuerie, pendant que Z raflait la mise en dépit de son manque évident de talent, les artistes dénoncent le pouvoir des majors (quand ils ne sont pas nominés), l’étroitesse d’esprit du jury (quand ils ne sont pas sacrés) ou l’inanité du prix (quand ils reçoivent quelque chose). Et pourtant, année après année, on se surprend à jeter un œil curieux sur les résultats au lendemain de la remise des prix. On est souvent déçu, certes, mais il y a toujours quelques attributions que nous jugeons amplement méritées, et qui nous réconcilient presque avec l’institution sclérosée, retardée et illogique que l’on vilipendait la veille au soir. Et on finit par se rendre compte que la disparition, si un tel évènement devait un jour se produire, des Victoires nous attristerait un peu. Pas par amour, ni même par attachement, mais par habitude. Et mine de rien, c’est déjà pas mal.

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