Archives de Catégorie: K.W.A.S.S.A.

K.W.A.S.S.A.: TEN LOVE SONGS

TLSEt donc, le voici. Il était écrit dans les étoiles que le 6ème album de Susanne Sundfør, Ten Love Songs, serait celui du virage (ou du retour, selon les points de vue) pop. 3 ans après la sortie de The Silicone Veil, ce nouveau disque s’annonce d’ores et déjà comme un jalon important dans le parcours de la chanteuse de Haugesund, qui fête en 2015 ses dix ans de carrière. À quelques jours du lancement de la tournée promotionnelle européenne de Ten Love Songs (tournée qui ne passera pas, a priori par l’Hexagone, ou en tout cas pas tout de suite), premier retour sur cet album tant attendu.

Lundi 16 Février 2015. Le D-Day (ou SS-Dag, dans mon cas). J’ai reçu un mail le vendredi d’avant me prévenant que ma copie physique de Ten Love Songs avait bien été envoyée. D’après les interviews que j’ai pu lire au cours des derniers mois, l’album, enregistré et finalisé durant la première moitié de 2014, attendait dans les tiroirs de Sony depuis un petit bout de temps. Raison de plus pour ne pas rater le lancement du disque, dont la sortie nous semblait, pauvres fans que nous sommes, imminente depuis un an. Quelques photos d’une session d’enregistrement avec les Solistes de Trondheim, un extrait des paroles de nouveaux morceaux, l’annonce d’une mini-tournée norvégienne. Ectopic beatings. Et puis, enfin, la confirmation espérée depuis des lustres: ce sera donc en Février prochain que l’ère du silicone prendra fin. I love you.

Lundi 16 Février donc. Un fin colis m’accueille chez moi au retour du travail. Le pauvre ne survivra pas longtemps à mon arrivée, et de son flanc déchiré est rapidement extrait une pochette ivoire, à la couverture frappée d’une composition de Grady McFerrin. Tout est prêt pour la « découverte » (le concert de Bergen, évidemment enregistré, m’ayant permis de me familiariser avec la majorité des titres de Ten Love Songs avec un peu d’avance) de ce sixième opus. Gleder meg, comme le dit la formule consacrée.

Samedi 21 Février. J’en suis à ma sixième écoute au moment où je commence la rédaction de ce billet. Mon emploi du temps ne m’a pas permis de faire mieux, d’autant plus que je n’ai pu me résoudre à me familiariser avec ces nouveaux morceaux lors de mes trajets domicile-travail. Ce serait comme boire du champagne dans un gobelet en plastique: une faute de goût impardonnable. Avant d’exposer Ten Love Songs à la rudesse et à l’ingratitude de mon environnement sonore quotidien, et de lui demander de me servir de rempart face au monde extérieur (mission à laquelle ses prédécesseurs s’emploient depuis plusieurs années maintenant, au point que je soupçonne The Brothel d’avoir apposé une empreinte physique sur les circuits de mon MP3), je veux en avoir une connaissance, non pas totale (objectif illusoire), mais profonde et intime. Il n’en faut pas moins pour entendre until there’s nothing else to see au moment où un métro entre en station, ou identifier l’introduction de Diamonds malgré les gémissements du bus sur le chemin de la gare. Nul doute que dans les prochaines semaines, Ten Love Songs commencera à livrer ses premiers secrets. L’une des raisons pour lesquelles je tiens Sunfdør en si haute estime est la profondeur abyssale de ses compositions, et il me semble que ce nouvel album ne fait pas exception. Nothing’s ever easy.

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Sur ces six premières écoutes, je dois avouer m’être endormi quatre fois pendant le dyptique Accelerate/Fade Away (ce qui est très bien), m’être réveillé une fois à la fin de Slowly, et d’être resté conscient assez longtemps pour terminer l’album avant de rebasculer dans les bras de Morphée (ce qui est encore mieux). Rares sont en effet les disques sur lesquels je peux m’endormir, ma réaction habituelle étant en effet d’éteindre mon iPod et d’enlever mes écouteurs lorsque mon cerveau décide qu’il est temps de passer en veille. Piquer du nez en pleine écoute est donc pour moi le signe d’une qualité rare; se réveiller (qui plus est, par un morceau calme) avant la fin de la lecture de l’album en question marque ce dernier du sceau de l’excellence. Je ne saurais pas expliquer précisément pourquoi, mais j’y perçois confusément la preuve d’une affection insurpassable pour ce que j’ai écouté, comme si la musique avait atteint les strates les plus profondes de ma conscience, et en était revenue avec les félicitations du jury. Bref, deep down inside, j’aime déjà beaucoup Ten Love Songs. Reste à multiplier les écoutes « conscientes » afin de confirmer ce jugement viscéral.

Pour être honnête, j’avais peur d’être déçu par l’orientation choisie par Sundfør pour cet album. Mon attachement pour The Brothel et The Silicone Veil m’avait fait prendre les signes manifestes d’évolution de l’univers sundførien avec circonspection. On nous promettait plus de pop, plus d’accessibilité, et je n’en voyais pas vraiment l’intérêt. Le concert de Bergen avait révélé des incursions disco et dance, et il m’avait fallu un peu de temps pour digérer (et finalement apprécier) cette nouveauté. Cependant, je savais déjà que seul l’écoute de l’album dans son intégralité me permettrait de me positionner par rapport à la Susanne Sundfør de 2015. C’est donc avec une impatience matinée d’appréhension que j’ai lancé la lecture de Ten Love Songs lundi dernier.

Plutôt que de décortiquer chaque chanson dans le détail, exercice trouvant rapidement ses limites (à mes yeux), je préfère m’attarder sur les impressions suscitées par l’album dans son ensemble. Mon premier constat (que j’exprime avec soulagement) est que Ten Love Songs est au moins aussi complexe que ses deux prédécesseurs, et ce à tous les niveaux. Il dispose en effet d’un thème fort (l’amour donc, et plus précisément, la passion, influence de la première piste explorée par Susanne Sundfør au début de la conception de l’opus: la violence) et présent sur toutes les pistes du disque, sous une forme ou sous une autre. Les morceaux couvrent un spectre de styles et d’influences très vaste, apportant à l’album une diversité appréciable (et supérieure à celle des précédentes offrandes, camaïesques, de Sundfør), mais ils se répondent également les uns aux autres, que ce soit par le texte (« we have different heartbeats but all the same heartbreaks » présent à la fois sur Memorial et Slowly), l’instrumentation (l’harmonium de Darlings revient par exemple sur Trust Me) ou la production (enchainement entre Accelerate et Fade Away).

Mieux encore, j’ai trouvé qu’ils répondaient également à d’anciens morceaux, présents sur d’autres albums (Silencer – O Master, Delirious – Black WidowMemorial – Your Prelude). Certes, les textes sibyllins de Susanne Sundfør rendent possibles toutes les interprétations (et je dois reconnaitre que je ne manque pas d’imagination quand il s’agit de tirer d’échafauder des théories grandioses sur la sens caché de ses chansons), et peut-être que les indices plaidant pour un grand dessein que j’ai relevé jusqu’ici ne sont en faits que des coïncidences heureuses, mais je ne peux que remercier Susanne de m’avoir fourni un nouveau puzzle à déconstruire et à reconstruire dans tous les sens pendant les prochains mois.

Ten Love Songs fourmille en effet d’éléments dont l’auditeur ne peut qu’essayer deviner le sens, car tout est fait par ailleurs pour le convaincre que rien sur cet album n’est dû au hasard. Depuis le bruitage mystérieux précédant l’introduction de Darlings jusqu’à Insects (dans son intégralité: je n’ai pour l’heure pas trouvé le rôle joué par ce morceau dans l’album, mais je suis intimement persuadé qu’il en a un – après tout, quel titre est plus stratégique que celui qui clôt une tracklist ? -), en passant par la monumentale envolée de Memorial et l’emprunt à Bach sur Accelerate, ce nouveau disque ne manque pas de complexité.

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La richesse de cet album s’explique également par les nombreuses collaborations ayant émaillé sa réalisation. Bien que créditée comme productrice de Ten Love Songs, Susanne Sundfør s’est en effet appuyée sur les compétences de vieux (Lars Horntveth, Gard Nilssen, Morten Qvenild, Jørgen Træn et les solistes de Trondheim, tous présents depuis The Brothel) et de nouveaux (Anthony Gonzalez, Røyksopp, Jon Bates) comparses pour l’enregistrement et la finition de ses nouveaux morceaux. Malgré ces multiples influences, ce sixième opus s’affirme comme davantage qu’une simple collection de chansons, et dégage une cohérence indéniable. Je n’en attendais pas moins de Susanne Sundfør, dont les premiers pas en matière de production d’album (The Urge Drums du duo Bow To Each Other) m’avaient franchement convaincus. Et même si elle a déclaré à plusieurs reprises qu’elle passerait le relai à un tiers pour son prochain disque, je pense que l’on n’a pas fini de voir (et d’entendre) Sundfør produire de la musique, tant la sienne que celle d’autres artistes. Et c’est tant mieux.

Au final, Ten Love Songs est certes une petite révolution dans la discographie de son auteur, mais tout cela a été fait avec tant de soin, de passion et de talent qu’il serait idiot de bouder son plaisir. Il ne reste plus qu’au public français qu’à croiser les doigts pour avoir l’occasion de découvrir ces chansons d’amour sur scène, si possible dans un futur pas trop éloigné. Vivement l’automne donc.

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 Annexes: Susanne Sundfør sur S.A.U.S.O.R.O

K.W.A.S.S.A. : Susanne Sundfør

Steinkjerfestivalen 2012 (Part One)

Susanne Sundfør @ Le Point Ephémère (10/11/12)

Susanne Sundfør @ USF Verftet (15/11/14)

Ten Love Songs (Paroles et Traductions)

 

K.W.A.S.S.A.: LA NOUVELLE SCÈNE ÉCOSSAISE

De toutes les discussions que j’ai pu avoir concernant l’Écosse au cours de ma vie, je dois avouer que pratiquement aucune n’a porté sur la musique produite par les sujets de Mary Stuart (cornemuses mises à part – qui pourrait s’empêcher de parler de cornemuses dès que l’occasion se présente? – ). L’Écosse, pays du whisky, du kilt, du haggis et du lancer de troncs d’arbre, ne semblait pas  à mes yeux, ni à ceux de mes interlocuteurs, présenter de spécificités notables dans le domaine d’Euterpe. Alors que le voisin anglais (et dans une moindre mesure, irlandais) se révélait une réserve inépuisable de groupes et d’artistes fantastiques, la Calédonie me paraissait livrer ses millésimes musicaux avec une économie justifiant à elle seule la réputation de pingrerie collant au tartan de ses habitants depuis des temps immémoriaux. Avec le temps et quelques recherches (merci Wikipédia), je m’aperçus que ce constat sévère méritait d’être remis en question, beaucoup de musiciens écossais de renom ayant été soit « récupérés » par d’autres nations dans l’imaginaire populaire, soit incorrectement étiquetés comme anglais par des médias français pour qui Royaume-Uni, Grande Bretagne et Angleterre sont de parfaits synonymes (ce qui est bien pratique pour éviter de se répéter dans un papier). Alors comme ça, Mark Knopfler – le Mark Knopfler? (Dire Straits) – vient de Glasgow? Comme Bon Scot (bon, celui-là, avec un nom pareil, j’aurais du m’en douter) et la fratrie Young (AC/DC)? C’est la meilleure celle-là. Et les Beatles et les Stones, ils viennent du nord du mur d’Hadrien aussi?* Sans blague.

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Avouez que ça a plus de gueule qu’un concert de Bénabar

Un groupe de rock culte qui vole en éclats à cause de l'inimitié de deux frères, ça ne vous rappelle rien? (non je ne parle pas d'Oasis)

Un groupe de rock culte qui vole en éclats à cause de l’inimitié de deux frères, ça ne vous rappelle rien? (non je ne parle pas d’Oasis)

L‘Écosse a donc un potentiel prouvé, mais sous-estimé, en matière de musique contemporaine. Cependant, comme tout un chacun vous le dira, il est difficile d’être et d’avoir été:  ce n’est pas parce qu’on a réussi à trouver la bonne formule pour séduire le public dans les années 80 que l’on arrivera à rééditer la performance trois décennies plus tard. Certes, la mode du revival tout crin qui sévit actuellement dans le domaine de la culture au sens large du terme peut permettre à de vieux chaudrons de continuer à vendre leur confiture, mais avec l’explosion de l’offre qu’a entraîné le web 2.0 (tout comme il a permis à la demande de satisfaire ses besoins sans passer par la case paiement, ce qui a profondément transformé le business model du secteur), il ne fait pas bon se trouver à la périphérie du circuit de financement et de promotion assuré par les grandes majors musicales.
Or, force est de constater que l’Écosse ne se situe pas au cœur de la machine: à de rares exceptions près, le buzz provient soit d’Angleterre, soit d’une des deux côtes américaines. Les artistes écossais ayant réussi à faire parler d’eux à l’international n’ont pas été légion ces dernières années, et parmi eux ne figure aucune véritable superstar de rang mondial (à part peut-être Calvin Harris et Franz Ferdinand). Biffy Clyro reste dans l’ombre des groupes pour lesquels il ouvre régulièrement (Muse, Foo Fighters), Travis n’a pas suivi la trajectoire ascendante de Coldplay et de Keane, et les percées rapides de Paolo Nutini, KT Tunstall ou Amy McDonald ne se sont pas vraiment concrétisées sur la durée.

Scottish Album Of The YearAlors, les artistes écossais parviendront-ils un jour à s’imposer franchement à l’échelle mondiale? La question reste ouverte, et l’exemple islandais incite à un certain optimisme en la matière.
Toujours est-il que l’Écosse demeure un vivier incroyable de nouveaux talents musicaux, dont l’éclosion est favorisée par le dense réseau de salles de concerts dont dispose le pays, la ferme implantation d’une culture rock (que l’on retrouve d’ailleurs partout au Royaume-Uni), particulièrement à Glasgow, et la mentalité résolument pro-jeunes affichées par les acteurs du milieu, qu’il s’agisse des organisateurs de concerts (T in the Park est ainsi le seul festival du Royaume Uni mettant deux scènes à la disposition des artistes locaux), des responsables de labels (créateurs de la Scottish Music Industry Association et du Scottish Album Of The Year Award) ou encore des bloggers (dois-je encore une fois rappeler que le formidable Music Alliance Pact – qui fêtera en Octobre ses cinq ans – est une initiative écossaise?).
C’est cette alchimie qui a permis, et permet toujours, à une nation d’à peine 5 millions d’âmes de s’établir comme une grande pourvoyeuse d’artistes de qualité, alors que des pays bien plus peuplés peinent à renouveler leur contingent de musiciens.

Ce qui suit est à la fois une présentation (succincte et incomplète) et un hommage à cette « nouvelle scène écossaise » qui n’a cessé de m’impressionner par sa diversité et sa qualité depuis que j’ai eu la chance de la découvrir, il y a environ un an. La proximité géographique aidant, il y a de fortes probabilités pour qu’au moins quelques uns des noms égrenés ci-dessous se retrouvent sur une affiche française (ou au moins parisienne) dans les mois à venir, et leur notoriété balbutiante à l’international permettra à coup sûr à l’auditeur averti de les découvrir en live dans des conditions très privilégiées. Bref, il y a tout à gagner et rien à perdre à partir à la découverte de la filière écossaise,

*: Presque. Andy White (Glasgow) a remplacé Ringo Starr derrière les futs au cours de l’enregistrement du premier tube des Beatles, Love Me Do, et Ian Stewart (Fife) fonda les Rolling Stones en 1962 avec les sieurs Jagger, Richards et Jones (évincé officiellement 1963 pour raisons marketing, « Stu » continua à jouer un rôle primordial dans le groupe en tant que pianiste et road manager jusqu’à sa mort en 1985) .

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LA NOUVELLE SCÈNE ÉCOSSAISE:

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Depuis sa formation en 2007, ADMIRAL FALLOW (anciennement connu sous le nom de Brother Louis Collective) s’est taillé une solide réputation tant au niveau régional que national. Leur deuxième album, Tree Bursts In Snow, faisait partie de la short list du Scottish Album Of The Year Award (SAYAWARD) de 2012, c’est dire. Le morceau qui les a fait connaître, Squealing Pigs, possède une implacable dynamique folk évoquant les meilleurs titres de Mumford & Sons. Ah, et vous ai-je dit qu’ils ont un clarinettiste?

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Repéré par The Pop Cop dès le deuxième mois du Music Alliance Pact, BEERJACKET alias Peter Kelly continue de tracer sa route (quatre albums depuis 2006, et un cinquième à venir à la fin de l’année 2013) en solitaire, égrenant sur son passage des pépites acoustico-minimalistes. Du one man folk du meilleur tonneau.

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Autrefois dénommés Kitty The Lion, BLOOD RELATIVES est entré dans une nouvelle phase de son histoire; nouveau nom donc, et nouvel album à la fin du mois d’Octobre. Si vous êtes à la recherche d’un groupe d’indie pop frais et léger pour négocier la mauvaise saison, pas besoin d’aller plus loin.

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Les BROKEN RECORDS ont été signé par le fameux label 4AD (The National, Mark Lanegan, St. Vincent, Cocteau Twins, Beirut… je continue?). Rien que ceci devrait vous convaincre de jeter une oreille à leur production musicale, mais comme je suis un fervent partisan de l’overkill en matière de musique, j’ajouterai que l’on peut retrouver sans peine de l’Arcade Fire et de l’Editors dans les travaux du groupe d’Edimbourg, qui pourrait revenir sur le devant de la scène (après une année creuse) en 2014.

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DOTJR n’est pas homme à se laisser étiqueter sans réagir. Après des débuts acoustiques et acclamés par la critique, il choisit de tenter sa chance dans un registre electro et R’n’B radicalement différent de ses premières amours, ce qui n’alla pas sans contrarier certains fans de la première heure. Une manœuvre risquée, mais on peut tout se permettre avec ce type de voix.

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Endor n’a pas eu le temps de gagner la réputation qu’il méritait à l’international, mais a laissé une marque indélébile dans le cœur de tous les Ecossais qui ont eu la chance d’écouter la musique des quatre ewoks de Glasgow du temps de leur splendeur: tapez donc « Chapel Doors » dans la barre de recherche de YouTube pour vous en rendre compte. Endor était bien, mais Endor est mort (rime). Bouh. La bonne nouvelle est que les deux têtes pensantes du groupe ont démarré aussi sec un nouveau projet, appelé FAKE MAJOR. All is well that goes on well.

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Tous ceux qui ont écouté la musique de FATHER SCULPTOR ont immédiatement fait le rapprochement avec The Smiths. La voix du chanteur Thomas David développe en effet les mêmes intonations mi-goguenardes, mi-angoissées que celles de son illustre prédécesseur Morrissey, du temps où le quatuor de Manchester était très probablement le plus grand groupe (indie) du monde. Un tel héritage est certes difficile à porter sur la durée, mais Father Sculptor a déjà montré suffisamment de belles choses pour que n’on remette pas en doute sa capacité d’influencer à son tour les artistes des décennies à venir.

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Les membres de FRENCH WIVES sont d’une régularité impressionnante, et ce pour deux raisons. Premièrement, ils dévoilent de nouveaux morceaux selon un algorithme bien établi (Octobre-Mai-Février-Octobre-Mai…). Deuxièmement, il s’agit à chaque fois de gemmes pop folk qui se fraieront à coup sûr un chemin jusqu’à votre playlist favorite, et ce dès la première écoute. Impressionnant, c’est bien le terme qui convient.

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Il n’y a sans doute pas de meilleur moment pour se pencher sur le cas de FRIGHTENED RABBIT. Pour résumer la situation, il s’agit peut-être de la plus grosse sensation indie rock écossaise à l’heure actuelle, ce qui leur permet de tourner à guichets fermés un peu partout au Royaume-Uni, et même de partir à la conquête du vaste monde, qui, lui, ne les connaît encore qu’assez mal, voire pas du tout pour certains pays reculés (comme la France par exemple). Le résultat de l’équation est simple: un grand groupe dans une petite salle (en l’occurrence le Point Ephémère le 20 Novembre prochain). Pas très cool pour les pauvres lapins, mais méga bon plan pour les grenouilles parisiennes. Ne regardez pas la vidéo ci-dessous si vous ne pouvez pas en être, vous risqueriez de déprimer.

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Les auteurs-compositeurs-interprètes sont les super-héros de notre époque. Le jour, ils mènent la même vie que vous et moi, mais la nuit (et parfois le weekend), ils enregistrent les morceaux dont le monde a besoin. Voilà un super-pouvoir que je donnerais cher pour posséder. Avec la dissolution de ses Little Eskimos il y a deux ans, KEVIN HARPER est redevenu le chevalier noir d’Alloa, poursuivant en solitaire sa lutte contre le côté obscur de la musique (beaucoup de références en peu de lignes, mais j’ai confiance en toi lecteur). Il a de plus eu la bonté de rendre public la vidéo officielle du premier extrait de son excellent album Kingdom Of Wires juste à temps pour que je puisse l’inclure dans l’article. Quel homme.

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Certains artistes ont besoin de temps pour atteindre leur meilleur niveau, et laissent à la postérité des premiers albums d’un intérêt purement historique. Les KID CANAVERAL de Fife (et maintenant Edimbourg) ne font définitivement pas partie de cette catégorie: leur premier album, Shooting At Wildlife est une tuerie, et leur second (sorti cette année) Now That You Are A Dancer est un génocide (pour filer la métaphore). Si vous les aviez raté jusqu’ici (ce que malheureusement beaucoup de gens ont fait), il est plus que temps de vous accrocher au wagon de ce quatuor indie pop, dont la mise en orbite est maintenant imminente.

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Les six de MEURSAULT savent s’y prendre pour confectionner des morceaux qui prennent aux tripes les amateurs de folk expérimental. Aussi à l’aise dans les instrumentations baroques que dans les interprétations minimalistes, le sextuor d’Edimbourg s’est fait une spécialité de surprendre l’auditeur, toujours en bien, évidemment.

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MIKE NISBET nous vient d’Oban (le Duluth de Calédonie en quelque sorte), et a passé les dernières années à sillonner la Grande Bretagne du nord au sud dans une errance tout Kerouaciennne. Heureusement pour nous, il avait sa guitare et son harmonica à portée de main pendant tous ses voyages, et a pris le temps de s’arrêter en studio le temps d’enregistrer Vagrant, un premier album sonnant comme une invitation au voyage.

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Un bon nom de groupe peut se révéler un formidable accélérateur de carrière. Que celui qui n’a jamais considéré acheter un disque juste par ce qu’il trouvait le nom de son interprète intrigant me jette la première pierre. Partant, il est dommage que My Cousin I Bid You Farewell ait explosé en plein vol après avoir seulement livré une poignée de (bons) singles, car vous reconnaitrez avec moi que l’on confinait au génie en matière de nomenclature. C’est en solo que le leader de MCIBYF poursuit maintenant l’aventure, en tant que JONATHAN SEBASTIAN KNIGHT. Ca claque pas mal aussi, notez.

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Si, comme moi, vous avez un gros faible pour l’accent écossais, particulièrement lorsqu’il teinte une voix féminine (appelons ça le syndrome Amy McDonald), vous ne pouvez pas passer outre OLYMPIC SWIMMERS. De la pop délicate rehaussée d’une pointe de shoegaze, sublimée par une impressionnante science de l’arrangement et par la voix de Susie Smillie (votre nouvelle chanteuse préférée): voilà ce qui vous attend dans No Flags Will Fly, le premier album du groupe. Magnifique.

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Quel est le point commun entre Time To Pretend de MGMT, Midnight City de M83 et Out Of The Blue de PRIDES? Ce sont tous de méga tubes électro-rock basés sur un riff aussi simple que génial (il y a d’ailleurs de fortes chances que vous ayez l’un de ces riffs en question dans la tête en ce moment même). Comment, vous n’avez jamais entendu parler du dernier exemple de la série? Pour votre défense, Prides n’a pour le moment sorti qu’un seul morceau (Out Of The Blue donc), mais quel morceau. Guettez la suite avec impatience, brave gens.

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Les Highlands, ses landes, ses châteaux, ses légendes, ses moutons… et ses artistes! Il aurait été impensable que cet article n’inclue aucun ressortissant de cette province aussi sauvage que caractéristique de l’Écosse, même s’il faut reconnaître que les Central Lowlands sont bien plus dynamiques dans tous les domaines, y compris celui de la culture. Voici donc RACHEL SERMANNI, jeune chanteuse folk de Carrbridge (vous ne connaissez pas -moi non plus d’ailleurs-), promise à une ascension Tunstallesque dans les prochains mois selon tous les experts. Elle jouera bientôt en France, c’est dire si sa carrière est sur le point de décoller.

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RODDY HART (maintenant accompagné par les Lonesome Fire) est en quelque sorte le chouchou de l’influent blog musical écossais The Pop Cop, que je soupçonne d’avoir lancé le Music Alliance Pact rien que pour élargir sa fanbase à l’international. C’est en effet une de ses chansons (Dead Of The Night) qui représenta l’Écosse pour la première livraison du MAP, et c’est encore lui que l’on retrouve pour le symbolique cinquantième numéro de la série, avec un morceau (Queenstown) de son dernier album en date, Roddy Hart & The Lonesome Fire. Et à écouter ce dernier, on comprend sans peine les raisons de « l’acharnement » des rédacteurs de The Pop Cop.

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Cela va bientôt faire un an que l’on est sans nouvelle des SEBASTIAN DANGERFIELD, le départ de leur bassiste pour d’autres cieux ayant semble-t-il précipité le groupe dans une stase difficile à supporter pour les amoureux de power americana et de belles moustaches. En ces heures de doute, on peut toujours tirer un peu de réconfort dans l’écoute du quatre titres The Sound Of The Old Machines, et espérer que le phénix renaisse un jour de ses cendres.

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Amis français, voici qu’arrive le nom que vous avez le plus de chance de reconnaître de toute la liste, celui de SIOBHAN WILSON. En tant qu’artiste produite par My Major Company, mademoiselle Wilson s’est donc faite un nom dans l’hexagone avant de retraverser la Manche pour poursuivre sa carrière chez sa Gracieuse Majesté, après avoir enregistré son premier album à New-York. Si, comme de nombreux autres avant vous, vous tombez sous son charme, rassurez-vous, elle revient régulièrement à Paris.

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Malgré tous mes efforts d’investigation, je suis à l’heure actuelle incapable d’affirmer de manière certaine si THE KAYS LAVELLE sont encore officiellement en activité ou non. Le groupe a perdu un (ou plusieurs) membre(s) depuis la sortie de son seul album à date, Be Still This Gentle Morning, et ceux qui sont restés ont l’air de s’impliquer davantage dans de nouveaux projets que dans la finition de leur second disque. Qualifiant eux-mêmes leur musique d’électro-folk, The Kays Lavelle sont le chaînon manquant entre Fleet Foxes et Snow Patrol, ce qui est déjà pas mal.

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Le line-up de THE SEVENTEENTH CENTURY ressemble à s’y méprendre à ce qu’on obtiendrait s’il était possible de coucher sur le papier la composition du parfait groupe d’indie alternative. Pensez donc, ils ont un violoniste et un trompettiste (sur cinq membres, c’est un quota très respectable en matière d’indie alternative). Ajoutez le trio rock par excellence (guitare, basse et batterie), et contemplez la merveille.

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La dissolution d’Aereogramme en 2007 fit beaucoup de bruit en Écosse, où le quatuor était considéré comme un des fers de lance de la scène nationale. Ce fut donc avec un intérêt non feint que le public se pencha sur les débuts de THE UNWINDING HOURS, association de Craig B. et Ian Cook (que l’on retrouve également chez Chvrches, ce gars est vraiment très occupé), soit 50% des membres du cher disparu. Au programme, du bon vieux rock des familles, avec ce souci du détail et de la surprise que The Unwinding Hours partage avec son glorieux aîné. Qui s’en plaindrait?

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À regarder le nombre impressionnant de tags qualifiant la musique de THERE WILL BE FIREWORKS sur le bandcamp du groupe, on se prendrait facilement à sourire. Encore des petits jeunes qui cherchent à ratisser large en multipliant les mots-clés, quand un ou deux suffiraient largement à englober leur production. Et puis on écoute le premier album (éponyme) pour se faire une idée. Une fois. Tiens, c’est pas mal du tout. Deux fois. C’est vrai qu’ils n’ont pas eu peur de se frotter à différents styles… Trois fois. C’est un concept album en fait! Dix fois. Vivement la suite. Vingt fois…

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Dans une autre vie, Ross Clark, leader des THREE BLIND WOLVES, devait sûrement être un artiste spécialisé dans la technique du collage. Après une réincarnation réussie, le personnage s’est simplement tourné vers une autre discipline (la musique), afin de continuer ses expérimentations, avec une réussite indéniable. Ne pas savoir à l’avance comment le morceau que l’on écoute sonnera dans quinze secondes est devenu tellement rare par les temps qui courent qu’il convient de dire les choses comme elles sont: les chansons des Three Blind Wolves ne s’écoutent pas, elles se savourent.

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Les WASHINGTON IRVING se sont spécialisés dans le folk électrique, et ils ont bien fait. Il a été scientifiquement prouvé par des études renouvelées à chaque concert qu’il était physiquement impossible de résister à l’envie de danser et de faire la fête qui vous prend dès que la quintette de Glasgow commence à jouer. Si vous cherchiez une alternative à la gym suédoise ou à la zumba, vous devriez essayer la feria écossaise. Résultats garantis, et musique bien supérieure en prime.

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« Pourquoi n’ai-je encore jamais entendu parler d’eux? » sera sans doute la première chose qui vous passera par la tête quand vous découvrirez WE WERE PROMISED JETPACKS. Car ces gars là ont absolument tout pour eux: un nom génial, une classe folle, du talent à revendre, des tubes (potentiels) de gros calibre, une présence scénique indéniable et une maturité impressionnante. En attendant le coup de pouce final qui leur permettra de prendre la place qui leur revient de droit sur la scène internationale, il serait sage de se préparer à l’inéluctable en vous familiarisant avec le répertoire des Jetpacks, bombe à retardement musicale dont l’explosion ne saurait plus tarder…

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Nous voilà arrivés à la fin de cette petite visite guidée de la nouvelle scène écossaise en 2013. J’espère que vous avez trouvé de nouveaux artistes à suivre dans la liste détaillée ci-dessus, et dans le cas (assez peu probable) contraire, rassurez-vous: il en reste encore plein à découvrir. N’hésitez pas à défendre vos favoris oubliés dans la rubrique commentaires, si vous jugez important qu’ils figurent eux aussi dans cet article, amené à croître régulièrement durant les prochains mois, au fur et à mesure que d’autres pépites calédoniennes remonteront à la surface. D’ici là, révisez vos nouveaux classiques, et tenez vous prêts à venir supporter leurs auteurs quand ils passeront le Channel pour venir prendre le bon air français.

K.W.A.S.S.A. : THE MUSIC ALLIANCE PACT

La route du mélomane 2.0 est longue est semée d’embûches, et c’est pourquoi quand il tombe sur un bon plan (hahaha – vous allez comprendre) miraculeux, il ne fait pas son crevard et le partage avec les copains. Vive la mondialisation de la musique, surtout quand c’est gratuit!

Il y a des idées dont le génie semble tellement évident après coup qu’on en vient à se demander pourquoi personne n’a pensé à les mettre en application plus tôt. Celle de Jason, contributeur du blog Pop Cop, dédié à l’exposition des nouveaux talents de la scène écossaise, fut simplement de s’associer avec d’autres blogs musicaux des quatre coins du monde, afin de permettre aux artistes présentés par chaque site de gagner une reconnaissance internationale, et aux lecteurs de se familiariser avec des groupes qu’ils n’auraient très probablement jamais découverts par eux-mêmes. Imparable.

MAP 50Ainsi naquit le Music Alliance Pact, ou MAP, un jour d’automne de 2008. Et force est de constater que ce projet collaboratif, dont la totale gratuité constitue la caractéristique principale, est aujourd’hui devenue une petite institution sur le net. Les douze blogs qui débutèrent l’aventure le 15 Octobre 2008 sont aujourd’hui quarante, basés sur quatre continents différents, et ce nombre ne cesse de progresser grâce aux prospections des membres de ce petit club.
Novembre 2012 vit le MAP fêter comme il se doit son cinquantième mois d’existence, étrennant pour l’occasion un nouveau logo spécialement créé par l’antenne péruvienne du projet. Avec plus de 1.600 morceaux proposés au téléchargement depuis quatre ans, et à peu près autant de groupes ou d’artistes exposés à un public sans cesse grandissant, il y a fort à parier que le MAP sera un dénominateur commun de la plupart des stars musicales des années à venir. Certains alumni sont d’ailleurs déjà bien connus du grand public, comme The Temper Trap, Mumford & Sons (tous deux présentés lors de la 2ème édition du MAP, soit en Novembre 2008, un an avant que les deux groupes sortent leur premier album, avec le succès que l’on sait), Phoenix, James Vincent McMorrow, Anna Calvi, Ben Howard, Alabama Shakes, ou plus récemment, Alt-J.

C‘est ainsi que, tous les 15 du mois, une nouvelle playlist commune est postée par tous les blogs participants, chaque morceau étant librement téléchargeable. Si certaines livraisons, surtout les plus anciennes, ne sont plus accessibles aujourd’hui, une bonne moitié de ces dernières sont encore disponibles pour tous les Johnny-come-lately du web (dont votre serviteur). Alors, si vous vous êtes toujours demandés à quoi pouvait ressembler le post-rock colombien, le shoegaze chinois, la cold wave sud-africaine ou le punk de République Dominicaine (entre autres), vous savez désormais où aller pour obtenir des réponses à vos questions.

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ANNEXES

 

Liens utiles (en gras quand la playlist est encore disponible):

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Blogs membres:

The Pop Cop (Écosse) – Zonaindie (Argentine) – Who The Bloody Hell Are They? (Australie) – Walzerkönig (Autriche) – Meio Desligado (Brésil) – Quick Before It Melts (Canada) – Super 45 (Chili) – Woozy (Chine) – El Parlante Amarillo (Colombie) – All Scandinavian (Danemark) – La Casetera (République Dominicaine) – Plan Arteria (Équateur) – Drowned In Sound (Angleterre) – Glue (Finlande) – Yet You’re Fired (France) – Coltran (Allemagne) – Mouxlaloulouda (Grèce) – Rjóminn (Islande) – Deathrockstar (Indonésie) – Nialler9 (Irlande) – Polaroid (Italie) – Make Believe Melodies (Japon) – Stagedive Malta (Malte) – Red Bull Panamérika (Mexique) – Subbacultcha! (Pays Bas) – Side of the Blog (Pérou) – Łukasz Kuśmierz Weblog (Pologne) – Posso Ouvir Um Disco? (Portugal) – Puerto Rico Indie (Porto Rico) – Babylon Noise (Roumanie) – Big Echo (Russie) – I’m Waking Up To… (Singapour) – Musical Mover & Shaker! (Afrique du Sud) – Korean Indie (Corée du Sud) – Musikorner (Espagne) – Ja Ja Ja (Suède) – 78s (Suisse) – WEARTBEAT (Turquie) – We Listen For You (États Unis) – Música y Más (Venezuela)

Alumni notables (par ordre d’apparition):

The Temper Trap (MAP n°2 – 11/08), Mumford & Sons (MAP n°2 – 11/08), Emmy The Great (MAP n°4 – 01/09), Here We Go Magic (Map n°5 – 02/09), Hjaltalin (MAP n°5 – 02/09), Sliimy (MAP n°6 – 03/09), Fanfarlo (MAP n°9 – 06/09), Phoenix (MAP n°9 – 06/09), The xx (MAP n°11 -08/09), Beth Jeans Houghton (MAP n°12 – 09/09), Caravan Palace (MAP n°12 – 09/09), Kråkesølv (MAP n°14 – 11/09), Ibrahim Maalouf (MAP n°16 – 01/10), Get Well Soon (MAP n°16 – 01/10), Bloodgroup (MAP n°16 – 01/10), Team Me (MAP n°17 – 02/10), Avi Buffalo (MAP n°19 – 04/10), Kimbra (MAP n°22 – 07/10), Sleep Party People (MAP n°27 – 12/10), James Vincent McMorrow (MAP n°27 – 12/10), Hooded Fang (MAP n°28 – 01/11), Anna Calvi (MAP n°28 – 01/11), Jonas Alaska (MAP n°29 – 02/11), Sandra Kolstad (MAP n°30 – 03/11), Cloud Nothings (MAP n°30 – 03/11), Chet Faker (MAP n°32 – 05/11), Ben Howard (MAP n°32 – 05/11), Mikhael Paskalev (MAP n°36 – 09/11), Pendentif (MAP n°36 – 09/11), BOY (MAP n°37 – 10/11), Bendik (MAP n°38 – 11/11), Ewert & the Two Dragons (MAP n°38 – 11/11), 1995 (MAP n°38 – 11/11), Citizens! (MAP n°39 – 12/11), Billie Van (MAP n°40 – 01/12), Greymouth (MAP n°40 – 01/12), Concrete Knives (MAP n°40 – 01/12), Alabama Shakes (MAP n°43 – 04/12), Alt-J (MAP n°45 – 06/12), The Aerial (MAP n°47 – 08/12), Lescop (MAP n°51 – 12/12), The New Spring, Hyphen Hyphen (MAP n°55 – 04/12), Pale Seas (MAP n°59 – 08/13), Lanterns On The Lake (MAP n°63 – 12/13)…

K.W.A.S.S.A. : LE NORDIC MUSIC PRIZE

NMPL’hiver n’est pas uniquement la saison des rhumes, de la neige et de la dinde aux marrons. En matière culturelle, et en particulier, musicale, l’hiver est également la saison durant laquelle les prix récompensant les meilleurs artistes et albums de l’année écoulée sont remis. En attendant que soient attribués Grammy et Brit Awards, Victoires de la Musique et autres Spellemanprisen, je vous propose de vous pencher sur un prix d’un genre particulier, puisque pensé à une échelle régionale plutôt que nationale: le Nordic Music Prize.

Décerné pour la première fois en février 2011, le Nordic Music Prize (NMP) récompense le meilleur album « nordique » de l’année, et est ouvert aux artistes des cinq pays suivants: Islande, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. La sélection des nominés se fait en plusieurs étapes, la première voyant cinq comités nationaux définir chacun une liste de 25 albums, d’où sont ensuite sélectionnés 10 noms par pays par un panel comprenant entre 50 et 150 professionnels du monde de la musique. Cette liste de 50 noms est alors réduite à 12 par le comité central du NMP, qui charge un jury international de choisir le nom du vainqueur. Ce dernier reçoit son prix, accompagné d’une dotation de 20.000 euros, lors du festival By: Larm organisé à Oslo à la mi-février.

Inspiré par l’exemple du Mercury Prize récompensant le meilleur album britannique ou irlandais de l’année, le NMP poursuit un triple objectif: consolider les liens unissant l’industrie musicale des pays nordiques, attirer l’attention du reste du monde sur les artistes de la scène « scandinave », et mettre en valeur l’album comme format de création artistique (en opposition avec le single et le clip).

De par son orientation clairement internationale, le NMP constitue un excellent moyen de se tenir au courant de l’actualité de la foisonnante scène musicale nordique pour les observateurs étrangers. Pas besoin en effet de décortiquer des blogs musicaux finlandais ou de s’abonner à des newsletters islandaises pour ne pas rater les dernières révélations nationales: cet épuisant travail de prospection a déjà été effectué par des équipes compétentes et averties, qui, fierté nationale aidant, auront pris soin de ne sélectionner que la crème de la crème (avec une prédilection pour les artistes anglophones, qui, étrangement, sont ceux ayant le plus de chance de faire des tournées internationales, et donc de passer par la France un jour ou l’autre). C’est presque trop facile.

En attendant que soit révélée la liste des 12 finalistes de l’édition 2012 (le 3 décembre, soit dans quelques heures au moment où j’écris cet article), je vous invite donc à faire un tour du côté du site officiel du NMP, afin de jeter une oreille sur ce que les 50 pré-sélectionnés ont à vous proposer. Tâche de longue haleine, c’est vrai, mais on n’est jamais à l’abri d’une erreur de casting de la part du comité central, qui condamnerait un artiste prometteur à rester dans l’anonymat et vous ferait passer à côté de la découverte musicale qui illuminera votre hiver.

Comment ça, vous n’avez vraiment pas le temps de tout passer en revue? Allez quoi, c’est le week-end! Mais si votre emploi du temps est aussi chargé que vous le dîtes (qu’il s’agisse de trouver un cadeau potable au caniche de votre grand-mère, de finir de construire le bunker souterrain dans lequel vous prévoyez de passer la journée du 21 décembre ou de vous reconstruire après l’énorme désillusion qu’a été la défaite de Taïg Chris en finale de Danse Avec Les Stars), je veux bien faire un geste pour vous aider à rester à la point de la tendance de la musique de nos cousins du Nord. Voici donc ma shortlist des 12 artistes que vous devriez suivre avec la plus grande attention à partir de maintenant.

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FIRST AID KIT (Suède) – The Lion’s Roar

Un choix pas vraiment audacieux, étant donné la popularité des frangines Söderberg (dont le précédent opus, The Big Black And The Blue, faisait partie des 12 sélectionnés de 2010) à l’heure actuelle. Reste que The Lion’s Roar est incontestablement un très bon album de folk, magnifiquement servi par les harmonies vocales époustouflantes de Klara et Johanna, ainsi que par des arrangements simples et de bon goût. Un des favoris incontestables de cette édition.

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ANNA VON HAUSSWOLFF (Suède) – Ceremony

Un second album majestueux et complexe, construit autour de la puissance onirique du grand orgue d’église dont les tuyaux figurent sur le cover-art du disque. Grandeur et mysticisme, juste ce qu’il faut pour passer l’hiver.

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THE TALLEST MAN ON EARTH (Suède) – There’s No Leaving Now

Vous reprendrez bien un peu de folk suédois? Jens Kristian Mattsson n’est peut-être pas vraiment l’homme le plus grand sur cette planète, mais guitare en main, il ne craint personne. Si le nom de Bob Dylan revient souvent dès qu’il s’agit de décrire sa musique (ce qui est le lot d’à peu près tous les jeunes chanteurs de folk, soyons honnêtes), je le rapprocherai pour ma part davantage d’Angus Stone, avec lequel il partage plus qu’un look de songwriter néo-hippie.

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CHOIR OF YOUNG BELIEVERS (Danemark) – Rhine Gold

Derrière ce nom prosélytique se cache Jannis Noya Makrigiannis et sa bande de (parfois) joyeux musiciens, experts es compositions planantes et envolées lyriques. Successeur très attendu de This Is For The White Of Your Eyes (et son merveilleux Hollow Talk), Rhine Gold fait mieux que confirmer le talent du groupe: il place ce dernier parmi les figures de proue de la scène indie européenne.

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EFTERKLANG (Danemark) – Piramida

Laissez une poignée de Danois mélomanes errer dans une ville fantôme  perdue quelque part dans les hautes latitudes norvégiennes, bien au dessus du cercle polaire, et avec un peu de chance, vous obtiendrez un album du calibre de ce Piramida dans les mois qui suivront. Quatrième opus de ce groupe jamais rebuté par l’expérimentation, Piramida transporte l’auditeur au pays des aurores boréales et de la longue nuit en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire que les Efterklang passeront au Café de la Danse le 13 décembre prochain.

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JACOB BELLENS (Danemark) – The Daisy Age

Si Guy Garvey (Elbow) était né à Copenhague plutôt qu’à Bury, il se serait sans doute appelé Jacob Bellens. On retrouve en effet la même puissance teintée de douceur dans le timbre de cet viking rêvant de l’âge des marguerites. En attendant que son album soit distribué à l’international, Jacob nous invite à faire une petite balade jusqu’au cœur de l’Afrique, histoire de se réchauffer un peu. Attention louable.

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THE NEW SPRING (Danemark) – Secret Armor

Une voix, une guitare acoustique, quelques overdubs de piano et de guitare électrique pour faire joli, et voilà Bastian Kallesøe prêt à conquérir le monde, sanglé dans sa Secret Armor. L’avenir nous dira si le printemps 2013 sera celui de son sacre…

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ANTERO LINDGREN (Finlande) – Mother

Antero Lindgren vaut le détour, ne serait-ce que parce qu’il est toujours bon de pouvoir citer un artiste finlandais (autre que Nightwish ou Lordi, bien sûr) dans les réceptions mondaines pour prouver que l’on possède une culture musicale digne de ce nom. Si en plus, l’artiste en question est à peu près aussi (mé)connu à Helsinki qu’il l’est à Paris (ce qui semble être le cas), le hipster frise l’orgasme. Mais si vous ne deviez avoir qu’une seule raison de retenir le nom d’Antero Lindgren, ce serait d’abord et avant tout parce que son premier album, Mother, est un joyau nu-folk. Raison bonus: il a la même voix qu’Eddie Vedder…

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TILBURY (Islande) – Exorcise

Un peu de pop-électro éthérée? Malgré son titre démoniaque et son cover-art dégoulinant, l’album de Tilbury n’est que calme et volupté, à mi-chemin entre Grandaddy et Wheezer. À moins qu’un volcan islandais ne décide de faire des siennes, ces gars-là devraient bientôt débarquer sur le continent pour convertir les foules européennes aux joies du relaxing, alors préparez-vous.

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SIGUR ROS (Islande) – Valtari

Valtari siginifie « rouleau compresseur » en islandais, et le nouvel album de la bande à Jónsi, premier lauréat du NMP pour son album Go en 2010, risque fort d’écraser la concurrence avec autant d’aisance que la machine dont il a emprunté le nom, à moins que son statut de grandissime favori ne vienne justement jouer en sa défaveur. Quoiqu’il en soit, Valtari devrait, sauf coup de théâtre, se retrouver dans les 12 finalistes de cette année, et ça ne serait que justice.

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PÉTUR BEN (Islande) – God’s Lonely Man

Pas encore distribué sous format physique et déjà nominé! C’est peu dire que le nouvel opus de Pétur Ben a séduit les journalistes musicaux islandais, à raison. Connu comme le loup blanc sur son île, Pétur a toutes les cartes en main pour se faire un nom à l’international: une gueule d’archange viking, une voix aussi sexy que celle de feu Michael Hutchence, un excellent album et les moyens financiers d’assurer sa sortie (une des nombreuses belles histoires du net 2.0). Préparez-vous (bis).

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SUSANNE SUNDFØR (Norvège) – The Silicone Veil

Pourrais-je écrire quelque chose de plus à propos de celle qui bénéficia du K.W.A.S.S.A. inaugural de ce blog? Bien sûr que oui (on est fan ou on ne l’est pas), mais pour sauver l’impartialité de façade de cet article, je me contenterai de renvoyer les curieux vers le billet en question. The Silicone Veil réussira-t-il là où The Brothel a échoué? Bank i bordet! Rendez-vous le 3 décembre pour savoir s’il fait au moins aussi bien que son illustre prédécesseur.

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Quelle que soit la composition de la liste des finalistes, le Nordic Music Prize s’impose donc comme un must follow (mais si ça existe, la preuve) pour tous les amateurs de musique, et pas seulement scandinave. Les talents d’Europe du Nord n’attendent plus qu’un clic de votre part pour venir enchanter votre hiver, alors cap sur le septentrion, sudistes mélomanes.

EDIT

La liste des 12 nominés vient d’être révélée. Avec seulement quatre coups au but, j’ai encore du chemin à parcourir avant d’être tout à fait en phase avec les membres du comité central… et je réalise que j’ai eu raison de défricher la liste des 50 premiers noms, faute de quoi les deux tiers des merveilleuses découvertes que j’ai fait ces derniers jours me seraient passés sous le nez. Grosse surprise: Sigur Rós n’a pas accédé au dernier carré. Et double confirmation pour Susanne Sundfør et First Aid Kit, qui deviennent les premières à placer deux albums dans la shortlist du NMP. Rendez-vous le 14 février pour la remise du prix au vainqueur!

Liste des finalistes de l’édition 2012:

• Selvhenter (Danemark) Frk. B. Fricka
• Choir Of Young Believers (Danemark) Rhine Gold
• Susanne Sundfør (Norvège) The Silicone Veil
• Tønes (Norvège) Sån av salve
• Lindstrøm (Norvège) Smalhans
• Pää Kii (Finlande) Pää Kii
• Kerkko Koskinen Kollektiivi (Finlande) Kerkko Koskinen Kollektiivi
• Neneh Cherry & The Thing (Suède) The Cherry Thing
• First Aid Kit (Suède) The Lion’s Roar
• Anna von Hausswolff (Suède) Ceremony
• Ásgeir Trausti (Islande) Dýrð í dauðaþögn
• Retro Stefson (Islande) Retro Stefson

Pour ceux qui voudraient peser de tout leur poids afin de maximiser les chances de leur album favori, il est possible de voter ici, en attribuant des points suivant le même principe que celui utilisé pendant l’Eurovision: 12 pour le premier, 11 pour le deuxième… et 1 pour le douzième. Je ne sais pas de quelle manière cette participation populaire pondère le résultat du jury international, mais il s’agit en tout cas d’une occasion en or pour soutenir concrètement vos artistes préférés dans la dernière ligne droite. Go go go!

EDIT 2

Le jury a  remis son verdict et décerné le Nordic Music Prize 2012 à First Aid Kit, pour l’album The Lion’s Roar. Je l’avais dit ou pas*? Bravo donc aux sœurs Söderberg, qui n’en finissent plus de remporter des prix, et qui sont d’ores et déjà de grandes dames du folk. Dans quarante ans, on leur dédiera des morceaux, c’est moi qui vous le dit. I’ll be your Johanna, I’ll be your Klara…

*: Pour le moment, 100% des groupes suédois sur lesquels j’ai misé une couronne sont repartis avec le trophée. Une statistique bidon qui prouve amplement à quel point mes goûts musicaux sont au dessus de tous soupçons.

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ANNEXES

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Composition du Comité central du NMP:

Ralf Christensen (Danemark)
Jan Gradvall (Suède)
Ilkka Mattila (Finlande)
Audun Vinger (Norvège)
Arnar Eggert Thoroddsen (Islande)

Composition du jury international:

Andres Lokko – Président  (Journaliste, Suède)
Laurence Bell (Domino Records

, Royaume-Uni)
Jeannette Lee (Rough Trade Records, Royaume-Uni)
Mike Pickering (Columbia Records, Royaume-Uni)
Jonathan Galkin (DFA Records, États-Unis)

Précédents lauréats du NMP:

– 2010: Jónsi (Islande) pour l’album Go Do

– 2011: Goran Kafjes (Suède) pour l’album X/Y

Liste des finalistes des éditions précédentes:

2010:

• Dungen (Suède) Skit I Allt
• Paleface (Finlande) Helsinki – Shangri-La
• Susanne Sundfør (Norvège) The Brothel
• Robyn (Suède) Body Talk
• Efterklang (Danemark) Magic Chairs
• Serena Maneesh (Norvège) S-M 2: Abyss In B Minor
• The Radio Dept. (Suède) Clinging To A Scheme
• Ólöf Arnalds (Islande) Innundir Skinni
• Kvelertak (Norvège) Kvelertak
• First Aid Kit (Suède) The Big Black & The Blue
• Frisk Frugt (Danemark) Dansktoppen Møder Burkina Faso I Det Himmelblå Rum Hvor Solen Bor, Suite.

2011:

• Ane Brun (Norvège) It All Starts With One

• Lykke Li (Suède) Wounded Rhymes

• Rubik (Finlande) Solar

• Gus Gus (Islande) Arabian Horse

• Malk De Koijn (Danemark) Toback To The Fromtime

• Siinai (Finlande) Olympic Games

• Björk (Islande) Biophilia

• Iceage (Danemark) New Brigade

• Montée (Norvège) Renditions Of You

• Anna Järvinen (Suède) Anna Själv Tredje

• The Field (Suède) Looping State Of Mind

K.W.A.S.S.A. : SUSANNE SUNDFØR

À l’occasion de l’annonce de sa venue en France (10 Novembre prochain au Point Éphémère) pour un concert unique, et dans l’espoir de l’aider à élargir sa fanbase française, j’inaugure un nouveau type de rubrique dans ce blog, dédiée non pas à la revue d’un festival ou d’un concert, mais à la présentation d’un ou une artiste et de son œuvre.
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Par souci d’utilité et d’originalité, les noms couverts dans cette série que nous (moi c’est sûr, vous peut-être moins) espérons tous être longue et variée ne seront pas les plus connus de l’auditorat hexagonal. Pas que je me considère comme un détecteur de talents particulièrement intuitif – même si j’essaie comme tout un chacun de précéder la tendance au lieu de la suivre bêtement – mais quitte à exposer (une partie de) ma vie au vu et su de tous les êtres humains disposant d’une connexion internet, autant favoriser la biodiversité de cette grande jungle qu’est le web en essaimant des avis sur de jeunes pousses prometteuses et encore méconnues du plus grand nombre plutôt que de favoriser les monocultures pop-rock. Point de K.W.A.S.S.A.* consacrés aux Stones (je ne suis pas géologue), aux Beatles (je ne suis pas entomologiste), à Led Zep (je ne suis pas ingénieur aéronautique) ou encore aux Doors (je ne suis même pas ébéniste, hé!) donc.
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Commençons alors notre saga avec une des artistes les plus enthousiasmantes que j’ai eu la chance de découvrir ces dernières années. Et en tant que jeune vieil aigri musical, souffrant d’un penchant prononcé à la glorification du passé et au dénigrement du présent, laissez-moi vous dire que ce n’était pas gagné d’avance. Comme vous l’aurez deviné si vous avez au moins lu le titre de l’article, cette personne miraculeuse a pour nom Susanne Sundfør (et je me fais un devoir d’orthographier son patronyme correctement, même si je n’ai toujours pas trouvé le raccourci pour taper la lettre ø). Artiste, et non pas chanteuse ai-je écrit, car la démarche de la native de Haugesund, Norvège (mais vous l’aviez déjà deviné, malins que vous êtes… il y a des signes qui ne trømpent pas) s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large que la simple performance vocale. Interprète, mais également auteur, compositeur et designer d’univers musicaux, Susanne Sundfør couvre un spectre étendu de disciplines artistiques. En plus de cela, le terme « artiste », parce qu’il ne fait pas la différence entre les deux sexes, lui convient merveilleusement bien, comme nous le verrons plus tard.
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*: ce qui veut dire (je sais que tu te le demandes en ton fort intérieur, sans oser demander) Kind Words And Something Substantial About… Les maîtres mots de ce genre d’exercice seront donc le prosélytisme et l’abondance, tout un programme. En plus, ça évoque une chanson de Vampire Weekend, donc je suis assez content de moi.
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Son premier album, éponyme, sort en Norvège en 2007, où il reçoit un accueil critique et commercial très favorable. Porté en haut des charts par deux singles, Walls et I Resign, démontrant pleinement le talent de songwriter de Miss Sundfør, il sera consacré au cours de la cérémonie du Spellemannprisen 2007 (l’équivalent de nos Victoires de la Musique, généralement en beaucoup mieux) et permettra à Susanne de repartir avec le prix d’artiste féminin de l’année, non sans avoir indiqué lors de la remise du prix qu’elle se considérait d’abord comme une artiste, et non comme une femme (déclaration qui contribuera à la faire étiqueter comme artiste féministe engagée par les médias norvégiens).Ce premier opus est marqué par l’emploi d’instruments acoustiques, en particulier le piano, que Susanne met à contribution avec une efficacité redoutable. Forte d’une formation à la fois classique et jazz, elle se montre aussi bien capable de composer des titres à la dynamique indéniablement pop, comme l’introductif I Resign, que de s’aventurer dans des sphères plus dépouillées et contemplatives, tel le mélancolique Torn To Pieces. Deuxième instrument mis particulièrement en avant: la guitare sèche, que l’on retrouve aux commandes de trois morceaux: Gravity, The Dance et Morocco. Enfin, on remarque l’utilisation d’un ensemble de cordes sur plusieurs titres (Dear John, The Dance, Morocco), penchant classique qui se confirmera sur les deux albums studio suivants.Mais le principal atout de Susanne Sundfør reste sa voix. Encore un peu « brute » par certains aspects sur ce premier opus, elle cependant déjà la force (I Resign), l’expressivité (le diptyque Torn To Pieces/Day Of The Titan, attaqué avec une mélancolie tourmentée et conclut par une imprécation vengeresse et exutoire) et l’aisance déconcertante (The Dance) qui constituent encore aujourd’hui les marques de fabrique de la Norvégienne. Mais comme il l’a été annoncé plus haut, ce serait faire une grossière erreur de jugement que de considérer Susanne Sundfør comme une simple chanteuse à voix.

Les paroles qui accompagnent chaque morceau révèlent ainsi à l’auditeur attentif (et anglophone) des capacités littéraires certaines et une aspiration forte à traiter son sujet d’une manière novatrice. Certes, ce premier album ne parle pas de grand chose d’autre que d’amour et de ses conséquences, souvent malheureuses dans les chansons de Sundfør (qui confirmera par la suite ce penchant pessimiste avec The Brothel) et en cela ne peut guère s’élever en parangon de l’originalité. Douleur de l’absence, renoncement, regrets, déchirement, désenchantement…  Susanne Sundfør semble avoir fait sienne la formule d’Aragon: il n’y a pas d’amour heureux, et ne trouver un peu de joie de vivre qu’après s’être résignée à ne plus croire au mythe de l’idylle éternelle (I Resign, morceau OVNI de la discographie de Susanne tant par le fond, avec ses paroles  ouvertement prosélytiques, que par la forme, résolument pensée à destination des radios grand public).

On peut également regretter les formules ampoulées et éculées que l’on retrouve sur certains titres, en particulier Dear John, (« The universe is just waiting for another transformation » ou encore « I’ve seen blood on hands of an innocent nation »… c’est niet pour moi), à mettre sur le compte de la jeunesse de l’auteur au moment de la rédaction des lignes incriminées. Tout le monde n’a pas la plume de Bob Dylan quand il s’agit de jongler avec des concepts abstraits et des références métaphysiques sans se les reprendre sur la figure (écoutez le maître donner un masterclass sur cet art délicat et hautement casse-gueule pour les  songwriters en herbe: Jokerman*).

Cependant, l’interprétation magistrale de Susanne rattrape à elle seule les quelques platitudes incriminées et emporte l’adhésion du même coup. C’est tout l’art des grands interprètes de faire oublier au public la banalité ou la maladresse d’un texte par la manière qu’ils ont de le chanter (voilà sans doute pourquoi Élie Semoun ne s’est pas hasardé à reprendre Que Je T’Aime de Johnny sur sa galette perso – ce dont je lui suis infiniment reconnaissant – ). Mais on trouve aussi quelques lignes ciselées avec soin sur l’album, le genre de formules que l’on prend plaisir à reprendre en chœur à chaque fois que l’on écoute le morceau qui les contient. Que dîtes vous par exemple de l’assassin:

..I wanna be your enemy/I wanna be everything you fear/I wanna love you, I wanna lynch you, I’ll leave you there/I wanna silence you, so you can’t say you little prayer.

qui orne le pont de Day Of The Titan? Bien envoyé n’est-ce pas? Qui s’y frotte s’y pique.

S’il comporte beaucoup d’éléments que l’on retrouvera dans les disques suivants de Susanne (voix et piano mis très en évidence, emploi récurent d’une section de cordes, prédilection pour les sujets sombres, continuité entre certains morceaux qui semblent ne former qu’un seul ensemble à l’écoute, présence d’un titre instrumental), ce premier album se démarque cependant franchement de ses successeurs sur d’autres points.

Son atmosphère pop-folk, assez légère malgré les thèmes explorés, ne se retrouvera ainsi ni sur The Brothel ni sur The Silicone Veil, tous deux marqués de l’empreinte d’une electro à la beauté glaciale et crépusculaire. Cette évolution musicale se reflètera également au niveau des paroles, les textes directement basés sur des expériences personnelles laissant place à des tableaux plus imagés, voire poétiquement sibyllins. Autre transition marquée, les arrangement seront désormais pris en main par Susanne elle-même, épaulée par le producteur et multi-instrumentiste Lars Horntveth (Jaga Jazzist, The National Bank), qui deviendra ainsi pleinement maîtresse de la direction artistique et esthétique de ses productions. Exit donc les guitares omniprésentes sur certains titres du premier album, et qui se contenteront de discrètes et ponctuelles interventions par la suite. Exit aussi les chœurs « gospel » de I Resign, remplacés par un gros travail d’overdubs que Susanne assurera seule, comme on peut déjà l’entendre sur le résolument « pré-bordélique » Day Of The Titan. Cette mainmise absolue sur les parties vocales aura pour autre conséquence de faire de Morocco le seul duo (chanté avec Odd Martin Skålnes) figurant sur un album solo de Sundfør.  Exit enfin les hidden tracks (même si dans le cas présent, on peut plus parler de hidden bonus, le cadeau en question étant une version instrumentale de The Dance, démarrant sept minutes après la fin de After You Left), devenues franchement has been depuis l’avènement du MP3.

*: Paroles et traduction ici

Face au succès rencontré par ce premier effort en Norvège, Susanne Sundfør enregistre une version que l’on pourrait qualifier de live dans sa forme, si tant est qu’on puisse qualifier de tel une prestation réalisée sans public. Comme son nom l’indique, Take One (Première Prise) a donc été capté en une seule fois, Susanne livrant pour l’occasion des versions dépouillées (piano/guitare-voix) des titres de son premier opus. S’il ne réédite pas la performance commerciale de ce dernier, ce nouvel album apporte confirmation du talent de compositrice et d’interprète de la jeune Norvégienne, capable d’embarquer l’auditeur dans son monde même sans recourir aux arrangements sophistiqués de la version studio.

La setlist diffère quelque peu de celle de la première galette, et Morocco a logiquement disparu (tant mieux d’ailleurs, je trouve que c’était la chanson la plus faible du lot), mais le reste est une retranscription fidèle du contenu de cette dernière, ainsi qu’une chance pour les fans « tardifs » (comprendre qui n’ont découvert Susanne Sundfør qu’au début des années 2010) d’entendre en live, ou presque, des titres que Susanne ne joue plus guère en concert aujourd’hui.

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3 ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que le deuxième album voie enfin le jour. Enfin, le jour, façon de parler! Un seul regard à la pochette suffit à se convaincre que Susanne a changé de catégorie, et que l’époque (presque) guillerette de I Resign et autres Walls appartient au passé. Le pimpant rouge-gorge crayonné des débuts a laissé place à un vol de corbeaux, et la verte prairie au turquoise gothique d’un intérieur élégant mais anxiogène. Bienvenue dans The Brothel.

À l’origine de ce nouveau projet qui a du faire tomber de sa chaise plus d’un chroniqueur musical, persuadé que le deuxième disque de Sundfør exploiterait le même filon que son prédécesseur (pourquoi changer une recette qui marche?), une collaboration artistique et pas mal de galères. Les secondes étant d’ordre personnel, je passerai rapidement dessus (voilà, c’est fait) pour me concentrer sur la première. Entre 2007 et 2009, Susanne a en effet travaillé avec la plasticienne Kristin Austreid sur plusieurs projets fusionnant les installations de la seconde (la photo de la pochette a d’ailleurs été prise au cours d’une exposition) avec la musique de la première. On peut donc voir dans The Brothel la continuation de ce dialogue entre les deux artistes, en même temps qu’un acte de catharsis.

Car si on devait résumer l’esprit de l’album en un seul mot, « ténébreux » remplirait parfaitement la mission. Pas besoin d’aller bien loin dans l’écoute pour se retrouver plongé dans un univers onirique aussi raffiné que glacial, aussi sensuel que dangereux… un peu comme les maisons closes d’après lesquelles le disque a été nommé:

Purple pavement/Crooked fingers knocking on windows without souls/Bodies are swinging from rooftops and poles

The Brothel s’ouvre avec le morceau éponyme, déambulation de plus de six minutes à travers un paysage à la glauque splendeur, où les ombres des puissants au sourire doré croisent celles de parias n’ayant même plus la force de se désespérer sur leur sort. Évocation terrible et poignante d’un monde parallèle duquel il est vain de tenter de s’échapper, où la survie passe par un renoncement, un détachement envers sa double condition d’animal et de dieu/déesse. Gladiateurs et prostituées errent, vivent et meurent dans un microcosme crépusculaire régi par des règles iniques mais inviolables, et dans lequel Dieu n’a pas sa place (parallèle intéressant avec I Resign, morceau d’ouverture du précédent album, qui célébrait au contraire la libération « de la pauvreté et de l’enfer »). Il y a toutefois une leçon à tirer de ce premier tableau d’une noirceur consommée: la beauté peut s’épanouir même depuis le terreau le plus fangeux et ne resplendit que plus dans les ténèbres. The Brothel est en effet un morceau d’une splendeur sublime, dans lequel Susanne dévoile toute l’étendue de son talent d’interprète, appuyée par les arrangements magistraux de Lars Horntveth.

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Les neuf autres morceaux que comptent l’album sont autant de passerelles vers d’autres paysages, d’autres scènes de cet univers nocturne et impitoyable, et pourtant terriblement attirant, issu de l’union baudelairienne entre le beau et le mal. Voyez donc la poétesse déchue Lilith allumer et éteindre la lumière rouge à sa fenêtre chaque nuit, contemplez ses consœurs d’infortune, Black Widow et Selena, qui avaler le cœur de son malheureux amant, qui réduire à l’esclavage le dernier honnête homme de la ville jusqu’à ce qu’il devienne son âme damnée, son Knight Of Noir. Partagez un Turkish Delight  avec Susanne et succombez à l’ivresse sacrée provoquée par les interminables nuits de l’hiver polaire, ou bien aventurez vous hors de la cité et errez quelque temps dans les sous bois enneigés (As I Walked Out One Evening). Vous pouvez même tomber amoureux si cela vous chante (It’s All Gone Tomorrow), mais n’espérez pas vous échapper de la cage sans barreaux qui est à présent la vôtre. Le maître (O Master) veille, et mieux ne vaut pas penser au destin de ceux et celles qui ont tenté de le défier… Quand vous aurez réalisé que votre prison n’a absolument aucun échappatoire, il sera bien temps de regretter l’insouciance de l’enfance (Lullaby) et les proches que vous avez laissé derrière vous (Father Father) pour vous rendre dans la ville… dont vous ne repartirez jamais.

S’il est si facile de laisser son imagination ré-assembler les morceaux de The Brothel pour composer sa propre tragédie musicale, c’est que l’album est d’une remarquable unité. Là où Susanne Sundfør s’était dispersé dans plusieurs directions différentes et explorait plusieurs ambiances  (résultat du en grande partie à l’aspect « best of » de l’album et au fait que Susanne n’a pas eu la mainmise sur les arrangements et la production de ce dernier), son successeur est un monochrome parfaitement décliné, dans lequel aucun titre ne vient contraster violemment avec les autres. Même les chansons les plus pop de l’ensemble, tel que It’s All Gone Tomorrow ou Turkish Delight (qui ont d’ailleurs été utilisées comme singles) conservent en effet cette teinte douce-amère que l’on retrouve dans le reste des compositions. Une absence de dissonance qui résulte de  l’utilisation d’une palette limitée d’instruments, au premier rang desquels on retrouve bien sûr les claviers fétiches de Sundfør. Celui du piano qui l’avait accompagné sur son premier effort bien sûr, mais d’abord et avant tout celui du Fender-Rhodes, dont les vibratos vaporeux s’accordent merveilleusement à la voix de Susanne et contribuent fortement à l’atmosphère onirique qui se dégage de l’album. Enfin, les synthétiseurs font un retour fracassant après s’être invités sur la conclusion de Day Of The Titans, et entraînent l’auditeur dans l’autre galaxie promise dans Lullaby.

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Au chapitre des  collaborations reconduites, l’ensemble à cordes qui avait habillé quelques titres de Susanne Sundfør revient lui aussi en force, apportant une majesté tragique ici (It’s All Gone Tomorrow, débuté et conclus dans la stridence anxieuse et magnifique d’une escadrille de violons et violoncelles), une profondeur lyrique là (guettez son intervention, capitale mais « souterraine », lors de la construction du climax de The Brothel), et si les guitares ne peuvent plus prétendre jouer un rôle de premier plan, elles font également quelques interventions remarquées sur certains morceaux: rythmique apaisante à la conclusion de Lilith, overdubs discrets mais judicieux sur Knight Of Noir, on aurait tort de réduire leur participation au son de The Brothel à portion congrue. Ce dernier bénéficie également de la contribution d’instruments plus exotiques, tel que le clavecin, les timbales (timpani), la sansula ou encore le marimba. Mais c’est d’abord la tessiture chaude et profonde de la clarinette basse (instrument de prédilection de Lars Horntveth) qui se remarque dès la première écoute, puisque c’est elle qui tient la vedette sur  As I Walked Out One Evening. Comment ne pas tomber aussitôt amoureux de la douceur de ce bois injustement méconnu, et dont Berlioz disait tant de bien? Enfin, impossible de clore cette revue instrumentale sans évoquer le rôle absolument central qu’occupe la réverbération dans The Brothel: chaque note continue à hanter l’oreille et l’inconscient de l’auditeur longtemps après qu’elle ait été jouée. Ces échos lointains font plus que simplement enrichir et embellir le son de l’album, ils renforcent l’impression d’intemporalité que véhiculent les paroles de Sundfør: on ne sait plus très bien si le drame raconté par les différents morceaux appartient à un passé révolu ou se déroule sous nos yeux.

Les paroles justement, parlons-en (si je puis me permettre). Comme on pouvait s’y attendre, elles n’ont pas grand chose à voir avec celles du premier disque. Le propos est évidemment différent (concept album oblige), mais le style a également évolué, en mieux. Susanne Sundfør a répété a plusieurs reprises que la littérature constituait une de ses sources d’inspiration principales et en effet, références et clins d’œil plus ou moins évidents parsèment ses textes. Étant un fan fini de Bashung (et de ses paroliers Bergman et Fauque), j’apprécie particulièrement les artistes qui prennent le risque de coucher sur le papier leurs sentiments sans les rendre expressément intelligibles au non-initiés (c’est à dire le reste du monde): on ne comprend certes pas tout du premier coup, mais quelle satisfaction de « décoder » petit à petit leur propos, chaque écoute apportant un élément nouveau! Si vous éprouvez aussi un plaisir coupable à vous triturer les méninges sur le moindre vers un peu abscons, The Brothel constitue un bon terrain de jeu. Il y a même des chances que vous appreniez deux ou trois choses pour votre culture personnelle, si vous allez jusqu’au bout de vos tendances compulsives.

Et même si vous ne goûtez pas à ce genre de défi, vous pouvez toujours vous contenter de savourer la voix de Susanne Sundfør, sans chercher à comprendre l’entièreté de son propos. Enfin, sa voix… Je devrais plutôt parler de ses voix, tant les overdubs vocaux sont nombreux sur l’album. Plus question pour Susanne de laisser à d’autres le soin de réaliser les chœurs sur ses compositions, comme ce fut le cas sur I Resign, et si on devine que ce parti pris a du entraîner d’interminables prises  pour parvenir à un résultat final aussi complexe, abouti et magnifique, le jeu en valait très largement la chandelle. Fermez les yeux, et essayez de suivre tous les contrechants de Father Father, ou d’isoler les harmoniques de Black Widow. Si vous y arrivez, frottez vous ensuite au deuxième refrain de The Brothel, dans lequel on peut entendre un vers mystérieux. Impossible d’en saisir le sens (bienvenue au club)? L’important est ailleurs: vous avez pu vous rendre compte que l’extrême sophistication des parties chantées de morceaux de Susanne Sundfør répond à la fois à des critères esthétiques et symboliques. Lucky you.

Si The Brothel désorienta le public norvégien, qui avait laissé Susanne en 2007 sur quelques chansons remplies de fleurs et de peines de cœur, il sut également reconnaître ce nouveau disque pour ce qu’il était, c’est à dire un chef d’œuvre d’une noirceur indéniable, mais un chef d’œuvre tout de même. L’album se classera immédiatement en première position des charts nationaux au moment de sa sortie, une place qu’il conservera quatre semaines consécutives, pour trente semaines de présence d’affilée. Deuxième album le plus vendu en Norvège en 2010, The Brothel  consacre Susanne Sundfør comme l’une des artistes majeures de sa génération. L’accueil critique, également excellent, se doubla cependant d’une polémique lorsque Sundfør refusera sa nomination au Spellemannprisen 2010 dans la catégorie « artiste féminine de l’année », une décision cohérente par rapport à sa déclaration lors de la remise du même prix trois ans plus tôt, et qui ré-enclenchera le débat sur l’égalité entre les genres au sein du pays (que l’on ne peut pourtant pas qualifier de bastion du machisme). Elle ne repartira cependant pas bredouille de la cérémonie, le jury lui attribuant le prix de « compositeur de musique populaire » de l’année.

Les corbeaux étaient là. Moi aussi.

Face à une telle réception, il était somme toute assez logique que Sundfør tente enfin sa chance à l’international, une étape qu’elle avait toujours voulu franchir depuis le début de sa carrière. Une tournée européenne (qui passa par La Cigale le 28 Mai 2011) en tant que première partie de Thomas Dybdhal lui permit de partir à la rencontre de ses fans étrangers. Distribué en France à partir de Mai 2011, The Brothel ne connut pas le même succès qu’en Norvège, à cause d’une couverture médiatique inexistante, mais réussit tout de même à passer en radio, notamment dans l’émission Pop-rock Station de Francis Zegut sur RTL2, qui diffusa O Master assez de fois pour que je prenne la peine de me pencher sur le cas de cette Susanne au un nom imprononçable, mais qui faisait tout de même de la bien belle musique. Merci Tonton. La relation privilégiée entre la radio française et l’artiste norvégienne se concrétisa à deux reprises au cours de l’année, d’abord par une session acoustique enregistrée en Avril, puis en Novembre par un concert exclusif, joué dans l’immeuble de la radio et diffusé en direct pendant la seconde heure de Pop-rock Station. Ce passage sur Paris fut également l’occasion pour Susanne de donner sa première (et pour l’instant unique) représentation française en tant que tête d’affiche, le 23 Novembre à la Flèche d’Or, pendant laquelle le public eut droit à quelques extraits de son prochain album, comme le futur single White Foxes et l’hispanisant Can You Hear The Thunder (qui s’appelait encore King à l’époque). Un show très court, mais suffisant pour succomber définitivement à l’univers si particulier de miss Sundfør.

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Ce quatrième album (cinquième si l’on inclut au compte A Night At Salle Pleyel – Paris, toujours Paris! – œuvre expérimentale écrite par Sundfør uniquement pour des synthétiseurs, et qui, contrairement à ce que son titre le laisse à supposer, a été enregistré au Sentrum Scene d’Oslo), ne fut, fort heureusement pour nous, pas aussi long à enfanter que son aîné, certains de ses morceaux ayant déjà été présentés au public dès 2010. Restait toutefois à enregistrer et arranger toutes ces nouvelles compositions, afin d’obtenir un résultat aussi impressionnant que The Brothel. L’état avancé du processus de réalisation laissait certes présager une sortie en 2012, mais à quel moment exactement? Mystère.

Ce fut donc avec une excitation certaine et croissante que les  fans virent les choses se préciser, jusqu’à ce que la date du 26 mars soit enfin dévoilée comme  celle du D-Day (ou D-Dagen, pour rester en VO). Au fil d’une campagne de promotion savamment orchestrée, dévoilant d’abord le cover-art de l’album, d’une abstraction fractale assez proche du Unknown Pleasures de Joy Division, un premier single (White Foxes), puis quelques secondes de certains titres finalisés, les semaines passèrent jusqu’à ce qu’enfin le grand jour arrive.

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« Apocalypse, death, love and snow. » Voilà la description que fit l’artiste de son dernier disque auprès des médias. The Silicone Veil s’inscrivait donc logiquement dans la veine de The Brothel plus que dans celle  de Susanne Sundfør ou de Take One, mais jusqu’à quel point? Certains fans s’étaient inquiétés après que White Foxes ait été dévoilé en février,  jugeant que ce nouvel opus marchait trop dans les traces de son illustre aîné. Même propos assez sombre, même univers de beauté glacée, même mise en avant des pianos et claviers, même amour inconditionnel pour la réverbération… Les renards blancs poursuivis par Susanne Sundfør n’étaient-ils pas en train de la ramener droit dans la maison close qu’elle avait laissé derrière elle?

Après un mois d’attente, le temps que le jour tant attendu du 26 Mars arrive, la réponse tomba, sans appel: The Silicone Veil, sans constituer une progression aussi révolutionnaire  de l’approche musicale que celle qui s’était faite jour entre les deux premiers albums studios de Sundfør, était bel et bien une œuvre à part, et pas une redite d’un travail précédent. Nous voilà rassurés.

Tout commence par un (presque) silence. Et puis, la voix de Susanne retentit, a capella, pour quelques mots d’ introduction quant à ce qui va suivre:

We are in capsules/Slip away/Disloyal/To the doctors The sea is hungry/All the waves/The sea is hungry/Slip away

Ces « capsules » qui nous séparent les uns des autres, constituent un des thèmes les plus affirmés de l’album. Le « voile de silicone » du titre est d’ailleurs une métaphore de cette frontière, tantôt invisible, tantôt obsédante, qui délimite notre univers, à la fois dans notre relation avec les autres, mais également dans notre rapport avec l’environnement, l’histoire et, ultimement, notre propre mortalité. Par dessein ou par accident, on retrouve également ces concepts de frontière et de capsules dans la production de l’album, sur lequel les pistes s’enchaînent avec une certaine brutalité, donnant l’impression à l’auditeur de « tomber » d’un morceau à l’autre. Après le souci de continuité et d’unité très présent sur The Brothel, ce parti pris ne manque pas de marquer les esprits.

Autre idée-force de l’album, qui fait un retour remarqué après près de cinq années d’absence, l’amour réapparait enfin dans les textes de Susanne. Un amour toujours un peu contrarié et subtilement désespéré, proche des évocations amères qui parsemaient le premier album, mais de l’amour tout de même. Entre le très direct « I love you » de Diamonds, et le non moins explicite « You are loved » de When, on retrouve ainsi de nombreuses allusions au tendre sentiment, parfois introduites de manière assez « saignante », comme la macabre conclusion de Among Us:

He peeled off every vein I had/Till there was nothing left/But a bloodless heart/Still beating for him

Sur le plan musical, The Silicone Veil peut évoquer l’univers sombrement onirique de The Brothel à la première écoute, mais si les différences entre ces deux albums ne sont pas aussi marquées que celles, évidentes, entre Susanne Sundfør et son successeur, elles n’en existent pas moins. Première évolution, particulièrement audible sur des titres comme Diamonds ou Among Us, la prédominance des sonorités électroniques, quand The Brothel avait usé de ces dernières avec plus de retenue. Influencé par le dubstep et l’electronica , The Silicone Veil offre un son moins organique que celui de son prédécesseur, sans pour autant se départir de la grâce douloureuse qui imprégnait ce dernier. Un tour de force qui doit sans doute beaucoup à la collaboration entre l’artiste et l’ensemble des Trondheimsolistene. Signe éloquent de l’importance des cordes, l’instrumental de l’album, Meditations In AnEmergency, a été composé exclusivement à leur attention par Sundfør, qui a également fait appel à une harpiste pour l’ouverture du morceau-titre et pour la conclusion de Diamonds.

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Cet entremêlement d’influences et de sonorités modernes et classiques, électroniques et acoustiques, froides et chaudes, donne une couleur particulière à The Silicone Veil, dont l’hybridité peut confondre et étourdir de prime abord, d’autant que la tracklist de l’album semble avoir été pensée pour « choquer » l’auditeur, comme lorsque le  le lyrisme tragique de Meditations In An Emergency laisse place à l’introduction dub de Among Us (et l’expérience se répète entre When et Stop (Don’t Push The Button), vous voilà prévenus). Si vous cherchiez un album pour servir de bande son à votre assoupissement progressif, The Silicone Veil risque de vous jouer quelques tours pendables. En revanche, si vous étiez à la recherche d’un disque à la beauté à la fois évidente et complexe, vous avez soulevé le bon voile.

Cette complexité, on la retrouve également dans les paroles et dans l’interprétation de Sundfør. Pas besoin d’être un adepte convaincu de la théorie du complot pour se rendre compte que Susanne s’est amusée à relier entre eux certains morceaux, pas forcément très proches au niveau musical, pour le plus grand plaisir (coupable) de ses fans les plus imaginatifs/tordus. Un exemple? Rome se termine sur un mystérieux « Don’t let anyone enter » (d’autant plus mystérieux que cet ultime vers ne figure pas sur les paroles du livret), formule répétée quelques minutes plus tard sur le pénultième Stop (Don’t Push The Button). Simple coïncidence? Allons allons, restons sérieux. Ce ressenti de jeu de piste musical est fortement renforcé par le recours intensif de Sundfør aux hidden lyrics (à défaut de trouver une expression plus élégante), qu’elle avait déjà expérimenté sur The Brothel. Vous souvenez-vous de la phrase mystérieuse qui figurait dans le morceau-titre de ce dernier? Et bien, ce procédé proprement subliminal est de retour sur The Silicone Veil, et pas qu’un peu. Rome, décidément très riche en énigmes, bénéficie ainsi largement de ce traitement sibyllin, pratiquement indécelable à moins de consulter le livret. Si vous le faîtes, vous vous rendrez compte que l’hiver approche et que Jésus était un menteur, détails que vous aviez sans doute négligé à la première écoute. Quand au « feu ami » qui se fera également jour après un examen soigneux du morceau précité, se pourrait-il qu’il ait quelque chose à voir avec le collectionneur de cœurs de Among Us, que Susanne décrit comme « jouant avec le feu », bien évidemment à mots cachés? Libre à vous de tirer les conclusions qui s’imposent, ou non. Vous avez tout un album à votre disposition pour forger votre intime conviction.

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Les auditeurs au tempérament moins joueur pourront quant à eux se pencher sur les paroles immédiatement audibles, généreusement fournies en évocations nébuleuses et références peu évidentes. Qu’il s’agisse de faire la tournée des dômes (parfois cachés comme dans White Foxes, parfois inondés comme dans Rome), de fouler le sable du spoliarum de Pampelune (Can You Hear The Thunder), de localiser la mer morte évoquée dans Diamonds ou de découvrir l’identité de celle qui nous garde dans ses tiroirs sales, parmi les feuilles et les aiguilles de pins (Your Prelude), les sujets ouverts à interprétation ne manquent pas. Et c’est tant mieux.

Comment faire revenir les gens dans les églises? Une piste...

Comment faire revenir les gens dans les églises? Une piste…

La release party de l’album, donnée dans le cadre du prestigieux Parkteatret d’Oslo le lendemain de la sortie officielle du nouvel opus, fut l’occasion pour Susanne et ses musiciens de démarquer encore un peu plus cette nouvelle oeuvre de son prédécesseur. Adieu donc les corbeaux de bois et les toiles blanches qui constituaient le coeur de la scénographie à l’époque de The Brothel, et bienvenue dans le monde embrumé et lumineux de The Silicone Veil. Avec l’aide de l’artiste Kyrre Heldal Karlsen, le spectacle offert aux quelques centaines de chanceux présents ce soir là fut donc un authentique son et lumière, qui contribua à transformer le concert attendu en véritable expérience sensorielle, ainsi qu’à conférer aux compositions, nouvelles et anciennes, de Sundfør une aura féérique comme elles n’en avaient pas connu de telles jusqu’alors.  Fort heureusement pour les cohortes de fans n’ayant pas pu faire le déplacement, la plupart des morceaux joués ont été gracieusement mis en ligne par le journal Dagbladet. Contemplez donc ce qui risque de vous attendre dans peu de temps, et réjouissez-vous par avance (ou désespérez si vous êtes épileptiques). Bien que les Trondheimsolistene ne devraient pas accompagner Susanne dans l’Hexagone (il faut bien que les Norvégiens conservent ce privilège), je peux personnellement attester, pour avoir eu la chance d’assister à une prestation comparable lors du Steinkjerfestivalen de Juin dernier, que le résultat est tout simplement époustouflant (tant que le détecteur de fumée ne se décide pas à faire du zèle, tout du moins).

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Voilà qui termine ce premier K.W.A.S.S.A., dont j’espère qu’il vous a donné l’envie de suivre de plus près la carrière de cette fantastique artiste (mission première de cet article). Je vous donne donc rendez-vous le 10 Novembre prochain au Point Éphémère pour un concert haut en couleurs et en émotion, comme seule Susanne et ses acolytes sont capables d’en donner. D’ici là, ha det bra, comme on dit dans le grand nord norvégien.

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ANNEXES

 

En parallèle de sa carrière solo, Susanne Sundfør a collaboré avec de nombreux autres artistes, en grande majorité norvégiens. Ces rencontres ont donné naissance à des morceaux, voire à un album en bonne et due forme dans le cas d’Hypertext. Tous sont l’occasion de (re)découvrir la créatrice de The Brothel et The Silicone Veil sous un nouveau jour, parfois très éloigné de son univers musical habituel. Just enjoy!

J’en ai également profité pour joindre à la liste quelques reprises réalisées au fil des sessions d’enregistrement, interviews et plateaux-télé auxquels elle a participé ces dernières années, une poignée de remix ainsi que des liens vers les quatre mini (ou pas) concerts filmés réalisés pour le compte de ABC Studio, Kontorkonsert, le Parkteatret d’Oslo et la radio suédoise IP3. Les deux premiers, parce qu’ils incluent des versions de titres de The Silicone Veil très différentes du rendu final, sont particulièrement intéressants. Enfin, j’ai compilé toutes les paroles (traduites) de l’artiste sur un PDF, pour ceux que ça intéresse (c’est pas pour me vanter, mais vous ne trouverez nulle part ailleurs les paroles de The Dance et de Torn To Pieces sur le net 😉 ).

Collaborations:

– En 2008, Susanne participa à l’album Sorgen og Gleden (Peines et Joies), pour lequel la princesse Mette-Marit réunit une douzaine d’artistes norvégiens qui revisitèrent un répertoire très classique de manière plutôt classique également (famille royale oblige). Enregistré dans la Kulturkirken Jakob, le concert fut l’occasion pour l’auteur de l’assez religieux, au moins dans les paroles, I Resign de se frotter au plutôt pesant Ingen Vinner Frem Til Den Evige Ro (Nul ne prévaut jusqu’au repos éternel… tout un programme) dans une version ultra-dépouillée. Déconseillé aux dépressifs (mais disponible sur iTunes pour les plus courageux).

– Avec la sortie de The Brothel, peu s’attendaient à retrouver Susanne Sundfør derrière une musique aussi légère (« jamspace, polyrhymtic, electronic pop mod », d’après le groupe lui-même) que celle proposée par le collectif Hypertext dans son deuxième album, le festif Astronaut Kraut!, lancé en Novembre 2010. Clavier et chanteuse de luxe pour ses camarades de jeu, qui bénéficièrent de sa notoriété déjà bien établie pour se faire (un peu plus) connaître du grand public, Sundfør accompagna la joyeuse troupe dans le cadre de sa tournée norvégienne, avant de repartir assurer la promotion de son propre album. Rafraîchissant et original. Écoutez Astronaut Kraut! gratuitement.

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– 2011 fut l’occasion d’une belle rencontre avec le rappeur suédois (car oui, il y en a) Timbuktu sur le titre Kapitulera. Pour l’anecdote, il chante en suédois et elle en norvégien. On passera en revanche sur le look assez ostentatoire de Miss Sundfør et de ses choristes au cours de l’émission d’où est tirée la vidéo suivante:

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– La Norvège étant un petit pays (5 millions d’habitants, trolls non inclus) et la scène musicale norvégienne plus petite encore, il n’est pas étonnant de retrouver certains noms bien connus sur de nombreux projets différents. L’album I Like You de Martin Hagfors, produit par l’incontournable Lars Horntveth, compte ainsi deux morceaux (Floating From A Dream et Hanging On To Innocence) sur lesquels un auditeur attentif pourra déceler la présence de Susanne Sundfør, backing vocalist de standing. Le deuxième titre est téléchargeable gratuitement sous réserve de s’inscrire à la newsletter de Hagfors.

– Toujours en 2011, on retrouve Susanne aux côtés des Real Ones, dont le sixième album First Night On Earth, bénéficie des attentions bienveillantes de la native de Haugesund sur le titre Sister To All.

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– Plus récemment (2012), Susanne a participé au premier album de Morten Myklebust. Le duo issu de cette collaboration, Away, est plutôt gentillet (une sorte de Morocco inversé, si vous voyez ce que je veux dire), mais je vous laisse seuls juges.

– En pleine préparation de The Silicone Veil, Susanne Sundfør collabore avec le trio BOA dans le cadre de son premier album, mOOn Over tOwns. Le morceau composé pour l’occasion, Last Thoughts At The Stake, s’avère être une version expérimentale de The Silicone Veil, les austères arrangements voix/clarinette/violoncelle du groupe accouchant d’un titre pour le moins dépaysant.

– Le fruit de la collaboration entre la native d’Haugesund et les deux prodiges electro de Röyksopp a été présenté en avant première sur le plateau de l’émission de télévision norvégienne Lydverket. En plus d’une reprise du Ice Machine de Depeche Mode, le trio a joué un inédit, Running To The Sea, qui devrait sortir sous forme de single sous peu. Un troisième morceau, Save Me, figure également sur l’album The Inevitable End du duo.

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– Le morceau White Foxes a été composé pour la bande-originale du prochain film de la réalisatrice suédoise Mariken Halle, Verden Venter (Le Monde Attend), dans lequel Susanne fera une courte apparition (lors d’un mariage, apparemment). Sortie prévue en 2013 et teaser ici.

– L’année 2014 a vu la sortie du premier album (The Urge Drums) produit par Susanne Sundfør, sollicitée par le duo Bow To Each Other à cette fin comme révélé dans l’interview donnée par le groupe à l’occasion de leur participation au festival by:Larm (voir Sources). Gunhild Kristoffersen, moitié de Bow To Each Other, fait partie du backing band  de Sundfør (chœurs et claviers), et le duo a ouvert pour cette dernière sur de nombreuses dates de sa tournée norvégienne de 2012. Les singles Darling et Darkness peuvent être écoutés ici et , et l’album est à découvrir ici.

– Plus proche de nous, la sortie du film Oblivion de Joseph Kosinski en Avril 2013 permettra aux fans de M83 et de Susanne Sundfør de découvrir de nouveaux morceaux de leurs idoles respectives*. On retrouvera en effet Anthony Gonzalez aux commandes de la bande originale de cette grosse production, épaulé par le compositeur Joseph Trapanese et par la native de Haugesund, qui devrait plus précisément apporter sa contribution sur le morceau de fin du film. Restez pour le générique!

*: Collaboration qui découle sans doute des trois concerts de l’été 2012 durant lesquels Sundfør a ouvert pour le groupe d’Antibes.

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– Le doom and gloom serait elle une spécialité norvégienne? Même si l’intéressée s’en défend dans l’interview qu’elle a accordée à Noisey Vice en Octobre 2012, ce n’est pas avec Death Hanging qu’elle convaincra son monde. Fruit d’une collaboration avec Susanna Wallumrød (Susanna and the Magical Orchestra) et Siri Nilsen, ce morceau 100% nordique réussit l’union parfaite entre gravité et poésie. Éloge de l’élégie.

– Le clip du troisième single extrait de The Silicone Veil, Among Us, a fait l’objet d’un concours sur le site Genero.tv en septembre 2013. En attendant le début de la campagne de promotion officielle de cette vidéo et son téléchargement sur YouTube, il est possible de visionner le travail de couchfort (le gagnant) ainsi que celui des autres participants à ce projet sur la page Among Us de Genero.

– Septembre 2014. Dans l’attente de la sortie du successeur de The Silicone Veil, et avant de retrouver son public pour une (mini)tournée norvégienne en Novembre, Susanne Sundfør révèle sa collaboration avec Kleerup pour le compte du second (mini) album de ce dernier, As If We Have Never Won. Le titre s’appelle Let Me In (let me out!), s’inscrit dans la droite ligne de l’electro-disco remise au goût du jour par Arcade Fire sur Reflektor et ouvre officieusement l’acte IV de la saga Sundfør. Winter is coming…

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– Troisième acte de la collaboration entre M83 et Susanne Sundfør, le morceau For the Kids, figurant sur la tracklist du 7ème album du groupe d’Antibes (Junk). Après les épiques Oblivion et Memorial, cette balade d’amour ne paie pas de mine à première vue, mais pourquoi ne pas essayer d’y voir le 11ème morceau de Ten Love Songs et s’amuser à lui trouver une place dans la fresque passionnée peinte par ce concept album? Après tout, il y a un -s à la fin de Darlings

– Il semblerait que nous soyons en droit d’espérer un single de Röyksfør (pas besoin d’expliquer, non?) tous les deux ans, et c’est loin d’être une mauvaise nouvelle. Après Running to the Sea (2012) et Save Me (2014), le millésime 2016, Never Ever, a été rendu public en Septembre 2016. 

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Reprises et Inédits:

– Quelques mois après la sortie de son premier album, Sundfør interpréta le Masters Of War de Bob Dylan lors de sa venue dans le Store Studio de Bodø.

– Suite aux dramatiques évènements du 22 Juillet 2011, Susanne Sundfør, comme de nombreux autres artistes norvégiens, s’est produite au cours de cérémonies dédiées à la mémoire des victimes d’Anders Behring Breivik. On peut la voir ci-dessous reprendre Mitt Lille Land (Mon Petit Pays), composition d’Ole Paus.

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– Pour le compte de la chaîne de télévision NRKp3TV (et le bénéfice de ses spectateurs), une reprise du Try Sleeping With A Broken Heart d’Alicia Keys en compagnie du groupe Puma.

– De passage dans les studios de la radio P3 pour la promotion de The Silicone Veil, Susanne se fend d’une reprise piano-voix du We Found Love de Rihanna et Calvin Harris. Quand la chanson est bonne…

– Après une interview pour Gimmie Indie, même cadeau pour les auditeurs, cette fois avec After The Gold Rush de Neil Young, qui se termine par une petit discours militant écologiste qui fait toujours plaisir à entendre.

– J’ai souvent lu que Fleetwood Mac était une source d’inspiration pour Sundfør, sans vraiment comprendre pourquoi (ni de quel Fleetwood Mac on parlait). Merci donc à la Nett-TV NRK d’avoir levé toute ambiguïté en rendant public cette version du Wild Heart de Stevie Nicks.

– Audrey Hepburn actrice, vous devez connaître. Audrey Hepburn chanteuse, peut-être pas (bravo si oui). Quand à savoir ce qu’elle chantait… Contentez-vous de ce Moon River (Mancini/Mercer), repris par qui vous savez.

– Au chapitre des inédits, on retrouve tout d’abord ce Memorial, qui a fait hurler plus d’un fan norvégien quand la tracklist de The Silicone Veil est tombée (et qu’ils se sont aperçus que la chanson, qui apparaissait pourtant comme bien avancée, n’y figurait pas). Et puis il y a cet autre morceau, tellement mystérieux qu’il n’a même pas de nom, enregistré à la sauvette à la fin d’un concert (et donc baptisé Goodbye en attendant d’en savoir plus):

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– Tout récemment, les spectateurs de la tournée d’automne de Sundfør ont pu également découvrir une nouvelle composition de cette dernière, baptisée Trust Me.

– La cérémonie de remise des Spellemanpris 2015 a permis à Sundfør, outre de faire main basse sur 3 des précieuses statuettes (artiste pop de l’année, productrice de l’année et album de l’année pour Ten Love Songs), de présenter un nouveau morceau, The Sound of War. C’est ce qu’on appelle ajouter l’offrande au triomphe.

– En attendant la sortie d’un nouvel album studio dans les mois à venir, il est possible de ronger son frein en musique avec l’inédit Reincarnation, ballade (steel) guitare voix annonçant peut-être un changement de style sur le prochain disque de l’artiste.

Remix:

Une chanteuse avec une superbe voix avec des compositions entêtantes : pour la communauté des remixers, les  albums de Susanne Sundfør constituent un matériel de base de tout premier choix. L’occasion de redécouvrir des titres déjà accrocheurs, travaillés pour le devenir encore plus. It’s never enough

– On commence avec la version de Uphill Racer de The Brothel, qui entremêle encore un peu plus les pistes pour un résultat addictif. Heureusement, on peut télécharger cette petite merveille gratuitement ici.

– Issu du même album, Turkish Delight a apparemment fait le régal de nombreux bidouilleurs de platines. Souldrop, LidoLido et Tommy Tee s’y sont essayés, avec plus ou moins de succès.

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– Enfin, c’est MAPS qui s’y est collé pour le plus récent White Foxes. Montée (un autre groupe norvégien très sympa) avait annoncé plancher sur le même morceau il y a quelques mois, mais c’était avant que leur bassiste s’en aille en solo….

– Une fois n’est pas coutume, c’est Susanne Sundfør qui s’est penchée sur le travail d’un autre artiste (en l’occurrence MAPS – le même que ci-dessus -) et a livré sa propre version de A.M.A.

Concerts:

Avec seulement trois dates  en France à son actif jusqu’à maintenant et une notoriété internationale encore faible, il est assez probable que vous n’ayez jamais eu la chance de voir Susanne Sundfør en live. Heureusement, le net permet de rattraper cette lacune intolérable pour tout mélomane se respectant un minimum, et plusieurs shows, concerts et autres sessions sont assez facilement accessibles via YouTube. Quelque bonnes adresses:

– Le Kontorkonsert, c’est une idée tellement géniale que si elle ne s’exporte pas par chez nous dans un futur proche, je pars bosser en Norvège. Au menu de cette session jouée pour une poignée d’employés très chanceux (et une agrafeuse et un rouleau de scotch qui le sont encore plus), trois titres de The Silicone Veil, encore en projet à l’époque: Among Us (avec un dernier couplet qui sera fortement remanié dans la version finale), When et Stop (Don’t Push The Button) (lui aussi avec des paroles en WIP). On retrouve également Turkish Delight (The Brothel) et l’incunable Memorial. Un très bon cru.

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– Autre session, plus ancienne (ça se voit à la longueur des cheveux – en plus c’est vrai), réalisée pour le compte des studios ABC. Quatre morceaux cette fois, deux tiré de The Brothel (la chanson-titre et my personal favorite, O Master) et deux de ce qui allait se révéler être The Silicone Veil (la session a été enregistrée à la fin de 2010, plus de quinze mois avant la sortie de cet album). Là encore, ce sera la chanson-titre, complétée par un Among Us à l’intérêt au moins aussi grand que celui du dessus.

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Le concert donné au Parkteatret d’Oslo à l’occasion de la sortie de The Silicone Veil permet non seulement de se rendre compte à quel point le futur proche va être intéressant pour nous petits Français, mais également de retrouver quelques classiques des albums précédents agréablement « siliconés ». N’ayez crainte, le résultat est bien plus concluant que le lifting de la mère de Sylvester Stallone.

– On enchaîne avec un vrai beau et long concert joué par Susanne et toute sa bande pour le compte de la radio suédoise IP3. Bon, à moins d’être un fan de Lukas Graham, on peut tout de suite se rendre à la 34ème minute pour entrer dans le vif du sujet. Et si on ne parle pas norvégien ou suédois, l’interview donnée entre la 50ème et la 62ème minute est d’un intérêt assez relatif. Ça nous laisse tout de même près de trois quart d’heure de show, ce qui n’est pas suffisant mais déjà tout à fait correct.

– Malgré ses participations récurentes aux festivals estivaux de Scandinavie, je m’imaginais jusqu’à peu que Susanne Sundfør était une bien meilleure artiste indoor qu’outdoor. À tort (ça rime). La preuve en est cette captation de la performance de la demoiselle lors de son passage à Øya en Août 2015. Ni réservée ni intimidée, mais toujours aussi inspirée (quelle version de Trust Me!) et habitée qu’à l’accoutumée, Sundfør démontre avec ce tour de chant et de force qu’elle est autant capable de remplir des stades (ce qui est bien) que de les faire vibrer (ce qui est encore mieux).

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Paroles (et traduction):

Susanne Sundfør – Paroles et Traduction

Sources:

C’est aussi important. Voici:

– Live-chat sur la plateforme de VG Nett (norvégien) – 25/03/2010: lien
Interview pour le blog musical Drowned In Sound (anglais) – 19/10/2010: lien
– Interview du groupe Hypertext au moment de la sortie de Astronaut Kraut! pour le blog Musikknyheter.no (norvégien) – 22/11/2010: lien
– Interview pour le blog musical Inside The Pain (français) – 24/05/2011: lien
– Interview pour le blog musical IndiePopRock (français) – 12/11/2011: lien
– Interview pour le journal Dagbladet (norvégien) – 23/02/2012: lien
– Interview pour le magasine Gaffa (norvégien) – 24/02/2012: lien
– Interview pour le magasine Smug (norvégien) – 26/03/2012: lien
– Interview pour le journal H-Avis (norvégien) – 28/03/2012: lien
Interview pour Gimmie Indie (anglais) – 28/05/2012 : lien
– Interview pour Planet Notion (anglais) – 08/01/2013: lien
– Interview de Bow To Each Other pour le journal Dagbladet (norvégien) – 12/02/2013: lien
– Interview croisée Susanne Sundfør et Morgan Kibby (White Sea) pour Interview Magazine (anglais) – 07/06/2013: lien
– Interview pour Complete Music Update (anglais) – 26/03/2013: lien
– Explication au sujet du clip de The Silicone Veil de Luke Gilford (anglais) – 16/08/2012: lien
– Articles wikipedia (français, anglais et norvégien): lien, lien et lien
– Site de Kristin Austreid: lien

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