Archives de Catégorie: W.H.A.T.T. (N.O.W.)

NORDIC MUSIC PRIZE 2015

Comme tous les ans depuis 2010, le Phonofile Nordic Music Prize récompensera le, ou en tout cas l’un des, meilleur(s) album(s) proposé(s) par un artiste ou un groupe nordique (Suède, Norvège, Finlande, Danemark et Islande) au cours de l’année écoulée. En attendant la cérémonie de remise du prix, qui se tiendra le 3 Mars 2016 à Oslo dans le cadre du by : Larm Festival, voici d’ores et déjà la shortlist des 12 candidats au sacre:

Björk

La 2ème nomination sera-t-elle la bonne pour Björk?

Band of Gold: Band of Gold (NO)
Björk: Vulnicura (IS)
Frisk Frugt: Den Europæiske Spejlbue (DK)
Anna von Hausswolff: The Miraculous (SE)
Jenny Hval: Apocalypse, girl (NO)
Jaakko Eino Kalevi: Jaakko Eino Kalevi (FI)
Pekko Käppi & KHHL: Sanguis meus, mama!  (FI)
Teeter Magnússon: 27 (IS)
Myrkur: M (DK)
Ost & Kjex: Freedom Wig (NO)
Seinabo Sey: Pretend (SE)
Danni Toma: Grå (DK)

Si certains noms me sont bien connus, je dois avouer qu’une majorité ne m’évoque rien (pour le moment), ce qui augure de belles découvertes dans les jours à venir. Je compte bien, en effet, me familiariser avec ces 12 albums, et pourquoi pas y aller de mon petit pronostic sur l’identité du ou des gagnants.

Palmarès du Nordic Music Prize:

2010 – Jónsi (IS) : Go

2011 – Goran Kajfes (SE) : X/Y

2012 – First Aid Kit (SE) :  The Lion’s Roar

2013 – The Knife (SE) : Shaking The Habitual

2014 – Mirel Wagner (FI) : When The Cellar Children See The Light Of Day

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BEST OF MAP 2015

Bien que n’ayant pas eu le faste de 2014 (le nombre de blogs participants étant passé de 27 à 17 en l’espace de 24 mois), l’année 2015 du Music Alliance Pact s’est révélée être riche en découvertes et coups de cœur en tout genre. En cette saison rétrospective (voire introspective pour ceux prenant les résolutions du Nouvel An plus sérieusement que la moyenne), je vous livre donc mon compte-rendu final sur le sujet, après avoir consacré quelques – belles – heures de cette année à écouter, disséquer et apprécier les 12 derniers « numéros » (soit 216 morceaux) de cette très noble et très essentielle initiative.

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1. El Gallo Lester – La Comparsa (feat. La Montra & Yuriseibi) [République Dominicaine – MAP 81]

La ComparsaCe coquin de sort a voulu qu’il s’agisse de l’ultime (à date) contribution de la République Dominicaine au MAP, ce qui fait de La Comparsa une sorte de chant du cygne… à mettre au crédit d’un coq. El Gallo Lester est un drôle de volatile, mais on doit lui reconnaitre un talent certain pour ambiancer en soirée, que l’on comprenne l’espagnol ou non. Faisant partie de cette deuxième catégorie, je n’ai retenu de ce titre célébrant l’exubérant carnaval dominicain que « Fiesta » et « Cervesa », ce qui résume assez bien l’esprit du morceau.

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2. Few Fingers – From Pale To Red [Portugal – MAP 84]

From Pale To RedRencontre nonchalante et élégante d’une guitare sèche et d’une steel guitar, le tout relevé par la voix Ashcroft-ienne Nuno Rancho (la moitié « sèche » de Few Fingers), From Pale To Red, incipit du premier album du duo de Leiria (Burning Hands), est un titre plaisant, tout simplement.

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3. Flash Flood Darlings  – In The City [Corée du Sud – MAP 78]

In The CityJae Song, alias Flash Flood Darlings, livre avec In The City (Vorab & Tesoro) un morceau à mi-chemin entre l’intimité de l’acoustique et l’onirisme de l’electro. Et si les paroles évoquent plus l’ultra moderne solitude chère à Alain Souchon (In the city/No one knows me/I feel safe here/From my broken pulse) que la terre promise des Guns N’ Roses, le résultat diffuse une nostalgie rêveuse et justement dosée sonnant comme une invitation au voyage. Tous en ville.

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4. Hip Hatchet – Coward’s Luck [USA – MAP 78]

Coward's LuckLe nu-folk chaleureux mâtiné de country de Hip Hatchet fleure bon les grands espaces du Midwest, les heures passées à rouler à travers l’immensité de la plaine et les cieux constellés d’étoiles. Si vous aviez besoin d’une entrée dans le monde (merveilleux) de l’americana, style musical DI² (difficilement définissable – instantanément identifiable) s’il en est, Coward’s Luck est ce qu’il vous faut. Hip hip hip… Hatchet.

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5. Kingdom Of Crows – Elizabeth [Irlande – MAP 87]

ElizabethElizabeth dissimule derrière son apparente simplicité (aaah, ce riff de guitare que tout le monde sort après deux semaines de pratique…) une construction ambitieuse, faite de breaks successifs, d’une théâtralité assumée (Wake the guards!) et d’une montée en puissance finale assez savoureuse. Au vu des critiques élogieuses ayant accueilli la sortie du premier LP du groupe (The Truth Is The Trip), 2016 pourrait bien être l’année du corbeau en Irlande.

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6. Matilde Davoli – Tell Me What You See [Italie – MAP 82]

Tell Me What You SeeSi cette chanson était un vêtement, ce serait un chaud et moelleux pyjama en pilou, parfait pour tomber sans coup férir dans les bras de Morphée. Cette analogie grandiose me vaudra sans doute sous peu une élection à l’Académie Française, mais c’est là un sacrifice bien inconséquent si cette comparaison des plus racées (l’auteur de ces lignes est, quant à lui, harassé) vous a permis de comprendre où je voulais en venir, et, plus important, vous a donné envie de découvrir le Tell Me What You See de Mlle Davoli. Qualité italienne.

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7. Mieke – Sleeping Alone [Canada – MAP 84]

Sleeping AloneParmi mon top 3 des soumissions canadiennes au MAP en 2015, Mieke (a.k.a. Elissa Mielke) a émergé en pôle position grâce à la qualité toute sundførienne de son Sleeping Alone. Et de préciser (just because I can) que je situe cet extrait dans la période proto-brothelique (outch) de l’artiste norvégienne, c’est à dire pas la plus aboutie musicalement parlant, mais déjà capable de toucher un vaste public par sa qualité intrinsèque. En clair, c’est déjà très bien (et c’est pour cela que le morceau se retrouve ici), mais ça a de bonnes chances d’être encore meilleur d’ici quelques temps, si Mieke réussit à s’inscrire dans la courbe de progression logarithmique suivie par son ainée. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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8. Monogram – Anno(mute) [Ecosse – MAP 77]

Anno(mute)Année après année, l’Écosse continue de donner au monde des artistes gagnants vraiment à être connus, et 2015 ne fit certes pas exception à la règle. Avec là encore trois candidats à l’exposition (modérée) offerte par S.A.U.S.O.R.O., le choix fut difficile, mais comme dirait Connor McLeod, il ne peut en rester qu’un. L’heureux élu de ce millésime est Anno(mute) de Monogram, pépite indie (aaah, cette rime prisonner/perpendicular… c’est beau comme un titre de morceau des Smiths) pop comme seuls les artistes d’Outre-Manche sont capables de les façonner.

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9. ONBC – White Trash [Danemark – MAP 83]

White TrashAttention, instant hooking mantra incoming. Si vous êtes du genre à vous énerver quand une chanson vous tourne en boucle dans la tête, et ce même si la qualité est au rendez-vous (je vous assure, pour l’avoir vécu, que passer un après-midi à bugger sur du René la Taupe est une expérience doublement pénible), ce qui est le cas ici, sautez cette entrée du classement et ne commettez pas l’erreur de lancer la lecture de ce White Trash (You’re a little bit of everything…). Tenez, ça recommence. Trop forts ces Danois.

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10. Planes (Estudios Universales) – Fue Siempre Lo Mismo [Colombie – MAP 80]

Fue Siempre Lo MismoÇa commence avec un sifflement plein d’entrain, suivi par de la guitare et du marimba (maybe). Vient ensuite cette drôle de voix, un peu incertaine, un peu éraillée, qui vient raconter qu’il était toujours le même (merci Google Trad) pendant les quelques quatre minutes trente de garage pop empreinte d’une grâce naïve que dure le morceau. Ça aurait été dommage de passer à côté de ce sympathique quatuor colombien, avouez-le. On est toujours content de connaitre un groupe de rock colombien pour pouvoir réduire au silence cette personne qui bloque la conversation sur Shakira en soirée (ça arrive plus souvent que l’on croit). Vous me remercierez plus tard.

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11. Sajama Cut – Fatamorgana [Indonésie – MAP 83]

FatamorganaSajama Cut, mais si, vous connaissez! Le groupe de Marcel Thee (le Morten Harket de Jakarta), déjà repéré dans le MAP 46 (Juillet 2012) grâce à son entêtant Endless Heart! Non, vraiment, ça ne vous dit rien? Eh bien, vous êtes bons pour une petite séance de mise à niveau, et c’est Fatamorgana qui sera votre point d’entrée dans l’univers indie rock des Sajama Cut. C’est lent, c’est beau, c’est bon.

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12. Spookyland – Bulimic [Australie – MAP 86]

BulimicUn cœur boulimique, voilà une métaphore frappante. On peut remercier Spookyland pour cette mise en perspective efficace d’une relation amoureuse pas vraiment saine, qui a eu tout de même comme conséquence heureuse l’écriture de ce classique en puissance. Entre la voix biscornue (Billy Corgan/Asaf Avidan like) et habitée de Marcus Gordon, les arrangements de cordes artistement entrelacés dans la trame de cette ballade rock, et la conclusion épique qui vient couronner cette sublime catharsis, on tient là un morceau majeur.

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13. Zebra Tracks – Waves [Grèce – MAP 78]

WavesQuatre ans après Isabelle Creeps (que je vous recommande chaudement), les Zebra Tracks nous reviennent avec un nouveau single post punk de haute volée. Le riff initial vaut à lui seul son pesant de tsatsiki, et le reste du morceau est à l’avenant: enlevé, léché et élégant. Un régal, assurément (avec mon talent inné pour 1. réaliser des placements produits et 2. dégoter des slogans imparables, je devrais peut-être tenter  ma chance dans la publicité).

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Mentions honorables:

Australia – Who R U? [Australie – MAP 82]

BWANI – Make My Day [Écosse – MAP 79]

JR Green – Nigerian Princess [Écosse – MAP 85]

Men I Trust – Again (feat. Ghostly Kisses) [Canada – MAP 82]

Morning Show – I’m Listening [Canada – MAP 76]

Overhead, The Albatross – Big River Man [Irlande – MAP 84]

Palace Winter – Menton [Danemark – MAP 84]

Sapphira Singgih – Lost Soul [Indonésie – MAP 81]

Slaughter Beach – ClearInsight [Danemark – MAP 85]

The Ball And The Wall – Standing On My Own (feat. Ida Wenøe) [Danemark – MAP 79]

The Van T’s – Growler [Écosse – MAP 81]

These Guy – Coming Around [Australie – MAP 83]

TM Hunter – Gold [Danemark – MAP 87]

Virgin Suicide – Virgin Suicide [Danemark – MAP 78]

W.H.A.T.T. (N.O.W.): APRÈS D’ÂPRES ACTUALITÉS

On a déjà beaucoup dit, écrit et fait au sujet des terribles évènements qui ont ensanglanté Paris et sa proche banlieue en cette triste nuit du 13 Novembre 2015, et ce n’est sans doute que le début d’un long et douloureux processus cathartique, qui permettra à toutes les personnes affectées par ce drame absurde, et elles sont nombreuses, de mettre des mots sur cette tragédie.

Je prends la plume aujourd’hui alors que cette affaire continue de hanter les esprits de 66 millions de Français et d’innombrables autres habitants de cette planète, et tourne en boucle sur tous les médias à la disposition du quidam que je suis en cette ère digitale. Des réponses seront sans doute apportées aux myriades de questions que tous se posent dans les heures, les jours et les mois à venir, et justice sera peut-être rendue aux perpétrateurs de ces lâches attentats à plus ou moins long terme. Espérons.

En tant qu’être humain doué de raison, Français, Francilien, blogueur et amateur de musique ayant fréquenté plus qu’à mon tour les salles de concert parisiennes, dont le Bataclan à plusieurs occasions, et la dernière fois pas plus tard que le 17 Octobre dernier, je me sens particulièrement touché par cette nuit d’horreur, au cours de laquelle l’homme a pu démontrer ce qu’il avait de plus méprisable, mais également de meilleur, en lui.

J‘aurais pu être au 50 boulevard Voltaire hier soir, pour assister au concert d’un des nombreux artistes qui me font vibrer, sans me douter que cet évènement festif, solidaire et pacifique, tournerait au bain de sang. J’étais au show d’IAMX (chanteur autrement plus « gentil » que les Eagles of Death Metal) dimanche dernier au Cabaret Sauvage, et aurais du assister à la prestation d’Émilie Nicolas ce soir à la Boule Noire. J’aurais pu être ciblé, agressé, meurtri dans ma chair et exécuté par un illuminé armé jusqu’aux dents pour le simple motif « d’idôlatrerie »,  pour reprendre le terme du communiqué de l’État Islamique. On aurait pu me condamner à mort pour crime de mélomanie. D’autres l’ont été, et c’est avec cette idée absurde, grotesque, insensée mais néanmoins irréfutable que je vais devoir vivre à partir de maintenant.

Mes pensées vont à toutes les victimes des attaques terroristes du 13 Novembre 2015, ainsi qu’à tous leurs proches. Je m’associe à la douleur des seconds et m’engage à faire vivre le souvenir des premières, en montrant à tous les fous furieux prêts à toutes les ignominies pour imposer leur vision du monde à ce dernier, qu’il s’agit d’un combat qu’ils ne peuvent et ne pourront jamais gagner. Simplement par ce que je, parce que nous l’avons décidé.

PiP

W.H.A.T.T. (N.O.W.): LES PREMIÈRES PARTIES

Un concert est un évènement obéissant à des codes et des règles bien définis. Intégrer ce corpus implicite, souvent de manière empirique (car ce sujet n’a malheureusement guère été exploré par la littérature – à quand la sortie de J’assiste à un concert pour les nuls? – ), fait partie intégrante du parcours du gig goer, et permet généralement de profiter de l’expérience bien plus efficacement que le tout venant. Le sujet étant vaste, complexe, et laissant une grande part au ressenti de chacun (personnellement, je goûte assez peu me retrouver au milieu d’un poggo, avis qui n’est pas partagé par l’être humain – généralement fortement imbibé, passablement instable mais merveilleusement enthousiaste – m’identifiant comme une surface de rebond sur la simple longueur de mes cheveux), je ne traiterai dans ce billet qu’une portion congrue de cette vaste thématique, à savoir la fameuse « première partie ».

À titre personnel, je considère les premières parties comme des opportunités offertes au public de découvrir de nouveaux artistes, et ce dans des conditions (souvent, mais pas toujours) privilégiées. D’ailleurs, il m’est arrivé plus d’une fois d’aller applaudir une « ancienne » première partie dont la prestation m’avait convaincu lorsqu’il ou elle repassait sur Paris en tant que tête d’affiche. Je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour ces apéritifs artistiques, laissés en pâture d’un public généralement indifférent, bruyant et irrespectueux, et à qui il est demandé de se mettre totalement à nu (car il n’y a pas grand chose de plus intime que de jouer ses propres morceaux à des étrangers) en échange de quelques maigres applaudissements. Je pense que c’est dans ces moments là que s’examinent en toute objectivité la robustesse et la pertinence d’une vocation artistique, et que l’on peut décider si ce choix de carrière en vaut la peine ou non. Ayant vécu plus d’un moment d’affreuse solitude lors d’interventions en public désastreusement négociées au cours de ma prime et folle jeunesse, j’éprouve une empathie profonde pour ces artistes, et m’efforce de leur témoigner le respect qu’ils méritent, même si leur musique me laisse indifférent.

D‘autre part, étant souvent dans les premiers rangs des spectateurs, je considère qu’il est de mon devoir de m’intéresser un tant soit peu à ce qui se passe sur scène, autant par considération pour l’artiste qui s’y produit, et qui remarquera certainement plus le loustic occupé à pianoter sur son portable d’un bout à l’autre de son set si le malotru se trouve à 50 centimètres de son pied de micro que derrière la table de mixage, que par égard pour le ou les potentiels fans dudit artiste (car il y en a toujours dans la salle), qui aimerai(en)t sans doute prendre ma place afin de supporter au mieux leur idole. Bref, je considère comme normal de m’intéresser à ce que propose les premières parties, et ne descend jamais en deçà d’une démonstration d’indifférence polie (sauf en cas de DJ set, comme nous le verrons plus tard).

J‘aime préparer au maximum les concerts auxquels j’assiste. Cela inclue autant des considérations techniques (à quelle heure arriver pour être sûr d’avoir une bonne place?), logistiques (vais-je être en mesure de prendre le dernier train à temps ou faut-il que je fasse une partie du trajet en voiture?) ou encore sécuritaires (ne pas oublier les bouchons d’oreilles!) que des recherches sur le déroulé de l’évènement, comme par exemple la setlist probable du show ou la présence d’un stand merch’ dans la salle. Dans le cas des premières parties, j’essaie d’écouter quelques morceaux afin de me familiariser avec leur univers. Malheureusement, il arrive fréquemment que leur identité ne soit pas renseignée par les organisateurs du concert, ce qui joue systématiquement en la défaveur des artistes.

J‘ai ainsi le souvenir du concert d’un Alain Bashung déjà très malade à l’Olympia (en 2008 si je ne dis pas de bêtises). À l’époque novice (haha) en la matière, j’avais été surpris de voir surgir des coulisses, non pas le grand Alain et son cénacle de musiciens, mais une petite femme blonde et replète, seulement accompagnée de sa guitare acoustique. S’en suivit une prestation assez extrême, que le public endura pendant un quart d’heure, avant de signifier élégamment son désintérêt en applaudissant sans relâche pendant cinq minutes, empêchant ainsi la farouche amazone de poursuivre. Las, elle passa outre cet avertissement, et continua vaille que vaille à s’époumoner dans son micro… et finit par sortir sous les huées nourries de la foule, non sans avoir taxé ses détracteurs de sarkozystes (une insulte grave en 2008). Quelles ne furent pas la surprise et le malaise du public, lorsque, une heure et demie après ce fâcheux incident, Alain Bashung rappela « Chloé » sur scène pour un duo (To Bill)! C’est ainsi que l’Olympia réalisa qu’il avait chassé des planches la femme (Chloé Mons) de celui à qui il était venu rendre un dernier hommage. Boulette. Une simple introduction de Mme Mons au début de son set aurait, je pense, suffi à lui gagner l’inconditionnelle sympathie du public, qui aurait supporté sans faiblir ses vocalises baroques aussi longtemps que nécessaire.

Un autre sujet intéressant est la relation qu’entretient la première partie avec la tête d’affiche. Dans le meilleur cas de figure, la seconde a invité la première à se produire à ses côtés, et a communiqué ce choix au grand public. Ainsi, non seulement les spectateurs savent que l’artiste chargé de l’ouverture du concert est apprécié par la star du show (ce qui les motive généralement à faire un bon accueil à la première partie, d’une part parce qu’il est toujours délicat de conspuer quelqu’un qui a été personnellement choisi par votre idole, et d’autre part parce qu’il y a de grandes chances que les styles musicaux entre les deux actes soient relativement similaires ou complémentaires, ce qui aide à faire passer la pilule), mais il y a de bonnes chances que l’un participe au set de l’autre, expérience très sympathique s’il en est.

Toutefois, il arrive assez souvent que la première partie soit choisie par opportunisme plutôt qu’à dessein, notamment lorsque la tête d’affiche est étrangère et n’a pas les moyens de voyager avec son propre support act. Dans ce cas, c’est à l’organisateur du concert qu’il échoit de recruter un artiste afin de compléter le line-up, sans garantie de résultats. Les grandes villes ayant un stock inépuisable de chanteurs en devenir, il n’est guère difficile d’en convier un pour l’occasion. On n’est pas à l’abri de belles surprises, comme Thema Hjelmeland ouvrant pour Susanne Sundfør au Point Ephémère, pour une soirée 100% norvégienne, ou The Blackfoot Revolution chauffant le Nouveau Casino pour les Rival Sons. On n’est pas non plus à l’abri d’erreurs de casting manifestes, tel Beny le Brownies et son MC livrés en pâture aux fans de Christine & the Queens à la Cigale, ou Herr Styler rebondissant sur les amateurs de Rover (un peu) et Ben Howard (beaucoup) lors du festival Soirs d’Eté. Ce sont des choses qui arrivent, et auquel il faut faire face avec dignité et patience.

Il existe cependant une catégorie de premières parties pour laquelle votre serviteur n’arrive à éprouver qu’une répulsion froide et épidermique: les DJ sets. Fuyant ce genre de concert comme la peste, les seules occasions au cours desquelles j’ai du composer avec un désagrément de ce type furent engendrées par des premières parties « mystère », et l’expérience fut à chaque fois une longue et douloureuse traversée du désert. Le DJ set représente (à mes yeux) l’antithèse parfaite de ce que doit être une performance live: c’est à dire un moment de partage, de spontanéité et d’échange entre un artiste et son public, rendu précieux par la réalisation qu’il/elle joue sa musique en direct et qu’aucune autre prestation ne sera similaire à celle-là. Si on reprend tous les points de cette définition personnelle (et donc très subjective), on se rend compte que le DJ set ne coche absolument aucune case, ce qui est évidemment problématique.

  • Moment de partage: le DJ a le nez dans sa platine et les yeux dans le vague pendant toute la durée du set.
  • Moment de spontanéité: L’enchaînement des titres, je n’ai jamais eu l’impression qu’il pouvait être modifié d’aucune manière une fois déterminé par l’intéressé.
  • Moment d’échange: Le DJ ne décroche en général pas un mot, mis à part un « bonsoir/merci » au début et à la fin de sa prestation. Et s’il a un micro sur scène, ce qui n’est pas toujours le cas.
  • Musique jouée en direct: Au risque d’être considéré comme vieux jeu par certains lecteurs, je ne considère pas le fait de tourner des molettes et d’appuyer sur des boutons pour tirer le meilleur d’une playlist de morceaux et de samples comme une performance live.
  • Prestation unique: On pourra me rétorquer que le blend de deux morceaux sera toujours légèrement décalé d’un set à l’autre, ou que les effets divers pourront varier selon les jours, mais à partir de là, on peut également avancer que chaque Big Mac est unique car le nombre de feuilles lamelles de salade incorporé dans le sandwich n’est jamais le même… Ce n’est pas un débat que j’ai envie de lancer.

Bref, le DJ set constitue l’unique type de première partie pour laquelle je n’ai ni patience, ni bienveillance. Cependant, la suite de la soirée me semble généralement tellement supérieure en comparaison que j’y verrais presque un moyen pour un tourneur cauteleux d’assurer sans coup férir le triomphe d’un artiste. Le vieux principe du repoussoir mis en musique, en quelque sorte.

J‘aimerais enfin terminer ce billet par l’évocation d’un type de première partie assez spécifique, et au goût très particulier. Il s’agit des concerts où l’on se rend plus (voire uniquement) pour la première partie que pour l’artiste principal. Ce n’est pas très fréquent, à moins d’être un hipster militant, mais il s’agit à chaque fois d’une expérience mémorable du fait de sa brièveté et de sa densité, l’artiste concerné choisissant en général de présenter ses meilleurs titres au public dans les quelques minutes lui étant allouées. Et puis, il n’y a pas grand chose de plus délectable pour un fan que de surprendre un artiste pensant qu’il évolue en terre inconnue en lui réclamant un morceau particulier au milieu de sa performance. Essayez, vous verrez.

Lors du dernier passage d’Of Monsters and Men à Paris, dans le cadre de la tournée du deuxième album (Beneath the Skin) du groupe islandais, les excellents Highasakite furent ainsi chargés de préparer le Trianon pour Nanna, Raggi et les autres. Ne pouvant décemment pas rater leur venue dans la capitale, j’ai donc pris ma place pour ce concert, alors même qu’OMAM est le genre de groupe pour lequel j’estime avoir atteint mon quota d’expériences live (cf l’article No More Words). Ah, the irony. Au final, j’ai payé 30 euros pour 5 titres* des prodiges norvégiens (qui ont reçu un très bon accueil de la part du public parisien, à ma grande satisfaction), et suis parti à la moitié du set d’Of Monsters and Men (pile au moment où ils commençaient Little Talks, quel symbole). Ce n’est certes pas le meilleur rapport qualité/prix dont j’ai bénéficié depuis que je fais des concerts, mais je ne regrette rien et serai prêt à recommencer sans aucun état d’âme.

*: Et quels titres: Lover, Where Do You Live?, The Man On The Ferry, Hiroshima, Leaving No Trace et Since Last Wednesday.

Au final, il est toujours intéressant de laisser leur chance aux premières parties, ne serait-ce que parce que 100% des artistes que vous adorez ont commencé leur carrière en ouvrant pour quelqu’un d’autre. Même si le coup de foudre n’est pas garanti à chaque fois, il s’agit en outre à mes yeux d’une marque de savoir vivre fondamentale, qui fait partie de l’étiquette à respecter lors des évènements de ce genre. La consigne est simple: soyez le spectateur que vous aimeriez avoir en face de vous si vous deviez vous produire en première partie d’un spectacle musical, et tout se passera bien pour tout le monde. It’s easy if you try.

BEST OF MAP 2014

L‘année 2014 touchant à sa fin, il est temps pour moi de dresser un bilan de 12 mois écoulés en matière de musique, et plus précisément, des belles découvertes faites grâce au Music Alliance Pact (pour plus d’informations sur cette très belle initiative, rendez-vous ici et ).

Sur les 288 morceaux proposés cette année, une quarantaine a particulièrement retenu mon attention, à tel point que je suis à l’affût de la moindre chance de pouvoir les (re)découvrir sur scène, des fois que l’artiste ou le groupe les ayant partagés décide de passer sur Paris en 2015. Et même si je dois avouer que, pour certains, ce souhait restera de toute évidence un vœu pieux (cf l’article So Far Away From Me), vous seriez surpris de la proportion de MAP-ers étant passés par l’Hexagone au cours des dernières années (The Temper Trap, Evening Hymns, Kid Canaveral, Three Blind Wolves, Mikhael Paskalev, Mono Town, Thus OwlsLanterns On The Lake, My Heart Belongs To Cecilia Winter… et bientôt Low Roar et Simian Ghost). La notoriété limitée de ces nouveaux talents les conduisant souvent à jouer dans de petites salles, leurs concerts sont généralement l’occasion de passer de très bonnes soirées pour un coût raisonnable (voire sans bourse délier, l’International est très bien pour ça).

Même si j’encourage tous les lecteurs à partir à la découverte des nombreuses pépites qui parsèment les setlists mensuelles du MAP (et avec plus de 2300 morceaux sélectionnés à date, il y a vraiment de quoi faire), je me doute bien que tous n’auront pas le temps et/ou la motivation nécessaires pour mener à bien cette entreprise de prospection musicale. C’est à cette fin que la compilation ci-dessous a été mise sur pied: les vingt et un titres qui suivent ont pour but de servir d’introduction au MAP, en proposant aux curieux de découvrir (ce que je considère comme étant) les meilleurs morceaux de 2014. Bonne écoute!

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1. Alvvays – Archie, Marry Me [USA – MAP 71]

Tête d’affiche de cette compilation (pensez, ce sont les seuls à avoir une page Wikipédia et un article dans les Inrocks!), Alvvays distille une pop indie mais néanmoins tout à fait radio friendly, à l’image du gouleyant Archie, Marry Me et de son refrain sparadrap (Hey! Hey! Marry Me Aaaaaarchiiiiiie!). Du R.E.M. 2.0. (c’est un compliment).

 

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2. Annasaid – Collision [DANEMARK – MAP 68]

CollisionUn riff de guitare qui cueille l’auditeur dès la première seconde, une sensation de montée en puissance constante, une maîtrise complète des codes du pop-rock britannique: les danois Annasaid savent certainement comment écrire des tubes. Vous cherchiez une version lyrique de Kaiser Chiefs? Vous l’avez.

 

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3. As We Keep Searching – The Tattva [INDE – MAP 64]

As We Keep Searching est un jeune groupe de la province du Gujarat, qui a fait avec The Tattva des débuts remarqués dans le Music Alliance Pact. Amateurs des bandes originales bollywoodiennes, passez votre chemin: si The Tattva parle bien d’amour, il utilise pour cela les codes du post-rock plutôt que de la pop indienne. Tant mieux.

  

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4. Being Berber – Anthem [ESPAGNE – MAP 65]

Ces dernières semaines ont du être stressantes pour les membres du groupe espagnol Being Berber, dont le projet de crowdfunding de leur premier album a (finalement, car ce n’était pas gagné d’avance) atteint son but le 11 Décembre dernier. Les quelques 3.800 euros récoltés permettront au quatuor d’enregistrer le successeur de l’EP Anthem dans de bonnes conditions, ce qui, au vu de la qualité du morceau éponyme, promet de bien belles choses. La suite en Mars 2015!

  

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5. Bhumi Svara – Lokah Samastah Sukhino Bhavantu [INDONESIE – MAP 67]

Si je dois bien reconnaître que je n’avais été jusque là que peu sensible aux morceaux proposés par Deathrockstar (le blog représentant l’Indonésie au sein du Music Alliance Pact), Lokah Samastah Sukhino Bhavantu est l’exception venant confirmer la règle. Cabrini Asteriska et Puti Chitara, les deux moitiés de Bhumi Svara, arrivent en effet à sublimer ce mantra (dont la traduction semble être « que règne la paix et l’harmonie ») d’une manière remarquable, et qui ne manquera pas de rappeler la magnifique bande originale – Jeff van Dick – de Rome Total War aux amateurs. Et, oui, j’assume mes références.

 

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6. Bloum – Faith [FRANCE – MAP 64]

L’année 2014 n’a pas été faste en termes de contributions françaises (6 en tout et pour tout), mais fort heureusement, le Faith de Bloom vient porter haut les couleurs de l’Hexagone jusque dans les rangs très fermés de cette shortlist. Au menu, une pop electro savamment dosée, mi-dansante, mi-crépusculaire, qui viendra ravir les connoisseurs. Qualité française, messieurs dames!

  

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7. Bullet – 6830 Miles [PORTUGAL – MAP 69]

Pour ceux qui se le demandent, 6830 miles font à peu près 11.000 kilomètres. Je n’ai par contre pas la moindre idée à avancer pour expliquer outre mesure le titre de ce morceau, derrière lequel se cache Vladimir Orlov, alias Armando Teixeira, même si c’est une certaine Lili qui tient le micro sur 6830 Miles, ainsi que sur le reste de l’album dont ce dernier est tiré, Cosmic Noise Vol. 1. Tout cela est bien mystérieux, mais force est de constater que le résultat en vaut la peine.

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8. Douglas Dare – Swim [ANGLETERRE – MAP 67]

Douglas Dare est anglais, joue du piano, et a superbement digéré l’héritage de Radiohead et de Thom Yorke. Si en on juge par la copie impeccable qu’il a rendu pour Swim, single issu de son premier album (Whelm), il y a de fortes chances que la nouvelle recrue d’Erased Tapes provoque à son tour quelques vocations dans les années 2030. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

  

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9. Jun Bum Sun & The Yangbans – The Seven Year Itch [COREE DU SUD – MAP 71]

Le rock coréen est une école à part entière, qui a ses défenseurs et ses détracteurs. Impossible toutefois de le confondre avec ce qui se fait aux Etats-Unis et en Europe, tant les différences de style sont marquées. C’était toutefois sans compter sur la direction prise par Jun Bum Sun & The Yangbans, dont le The Seven Year Itch pourrait servir de passerelle entre ces deux univers parallèles. Si vous vous demandiez ce que donnerait Counting Crows adapté en coréen, c’est votre chance.

 

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10. Lists – Autumn [ECOSSE – MAP 66]

Parmi mes nombreux coups de cœur écossais de 2014, il a été bien difficile d’en choisir un pour cette compilation. C’est finalement Lists qui a décroché la timbale et représente donc la Calédonie dans ce best of. Le folk magistral d’Ali Milesi, dont la voix et le jeu de guitare évoquent immanquablement les plus belles heures de Simon & Garfunkel, sera à suivre de très près en 2015.

  

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11. MAW – Padre Nuestro [MEXIQUE – MAP 75]

Au fil des années, le MAP a accueilli un bon nombre de groupes de rock progressif, dont les titres s’étiiiiiraient en longueur et dépassaient allègrement les cinq minutes. Spécialité chinoise à l’origine (Rainbow Danger Club, Summer Fades Away, Baby Formula…), le Mexique s’avère être également un bon pourvoyeur de morceaux de bravoure psyché, j’en veux pour preuve l’imposant (7:49) Padre Nuestro de MAW. Attachez vos ceintures!

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12. Mind Blank – Cocaine [PEROU – MAP 74]

Derrière ce titre claptonien en diable se cache Mirella Bellido, Suzanne Vega péruvienne dont le talent est de créer le manque chez l’auditeur en même pas quatre minutes, grâce à une production soignée, un usage maîtrisé des cordes et une fugace envolée finale qui laisse dans la bouche un goût persistant de reviens-y. Attention, l’addiction guette.

  

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13. Munn – Aquí/Ahora [EQUATEUR – MAP 72]

Munn, retenez ce nom. C’est celui d’un groupe capable d’enregistrer une petite (5:30 tout de même) merveille de rock atmosphérique n’ayant rien à envier aux productions des cadors du genre. Voix, guitare, basse, batterie, claviers: tout sonne juste dans Aquí/Ahora, l’Untouchable Part 1/2 made in Ecuador. L’essayer, c’est l’adorer.

 

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14. Saints Of Winter – Lullaby March [FINLANDE – MAP 69]

En Finlande, on aime faire des paris osés, et les remporter. Prenez Lullaby March par exemple: difficile d’imaginer qu’un morceau ainsi nommé puisse concilier berceuse et marche martiale, comme le titre le laisse pourtant entendre. Eh bien, à l’écoute, c’est toutefois évident, la rythmique militaire formant un parfait contrepoint au carillon de boîte à musique, pour un résultat des plus réussis. Défi suivant!

  

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15. Samalot – Valle De Luz [PORTO RICO – MAP 73]

Pour ceux parmi vous qui seraient bien en peine de situer Porto Rico sur la carte (et je dois reconnaître que je faisais partie de cette catégorie jusqu’à peu, Octobre 2014 pour être précis), sachez tout de même que l’on fait des concept albums pas piqués des vers sur cette île. Valle de Luz est ainsi extrait de Luz, œuvre lumineuse (ok, c’était facile) de Fernando Samalot, ex membre de Tachdé (dont le morceau Lotus Eaters avait été présenté lors du numéro de Juin 2012 du MAP). En ces temps de grisaille permanente, un peu de luminothérapie ne peut pas faire de mal.

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16. SPIES – Moosehead [IRLANDE – MAP 74]

Moosehead cover artL’Irlande est très contente de son année musicale 2014, c’est The Irish Times qui le dit. Parmi tous les noms (et nom des moindres) cités dans cet article par le journaliste pour étayer ses dires, on ne retrouve cependant pas les SPIES, et c’est bien dommage. Moosehead est pourtant une pépite indie rock, à la fois nerveuse et léchée, qui laisse présager un premier album dantesque de la part de la quintette de Dublin.

    

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17. There Is A Fox – Sleep Well Sea Moon [JAPON – MAP 75]

Sleep Well Sea Moon est la preuve irréfutable que la J-Pop (un genre pour lequel je n’ai hélas pas la moindre affinité) ne résume pas la production musicale du pays du soleil levant à elle seule. Avec ses arpèges de guitare acoustique, ses chorus nu-folk et sa rassénérante simplicité, le morceau du collectif de Hiro Makino a la fraîcheur et la poésie d’un film du studio Ghibli perdu au milieu d’un océan de sentaï. Have a break.

  

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18. Three Stops To China – The Beach [MALTE – MAP 72]

Au cours de ses six années d’existence, le Music Alliance Pact a proposé son lot de morceaux estampillés dream pop. Pour une majorité d’entre eux, malheureusement, le minimalisme inhérent à cette école constituait plus une excuse pour présenter des compositions inabouties qu’une véritable démarche artistique. The Beach, parce qu’il appartient indubitablement à cette seconde catégorie, est donc un titre précieux, venant rejoindre Endless Hearts (Marcel Thee – MAP 46) et Gone Are The Days (Melentini – MAP 54) au panthéon onirique du MAP.

  

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19. TMPL – Voyij [CANADA – MAP 70]

Si vous aimez les groupes n’ayant pas peur de viser le grandiose et l’emphatique, TMPL (à ne pas confondre avec l’émission de Hanouna) devrait vous plaire. Le tout premier morceau de ce jeune duo canadien s’apparente en effet à l’univers musical de M83 (et particulièrement à la BO composée par le groupe et Joseph Trapanese pour le film Oblivion), ce qui augure du meilleur pour l’avenir du groupe.

 

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20. Winter Dies In June – Big Sale Saturday [ITALIE – MAP 66]

La scène pop-rock indépendante italienne se porte bien, merci pour elle. J’en veux pour preuve la classe folle de Big Sale Saturday, titre impeccable que l’auditeur distrait aurait pu attribuer à The National sans y penser à mal, c’est vous dire le niveau.

  

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21. Yon Yonson – Culver City  [AUSTRALIE – MAP 66

Le duo Yon Yonson a mis dans le mille avec Culver City, morceau aussi expérimental qu’imparable, dans la veine de l’inqualifiable génie pop d’Alt J. Le riff central du titre est ainsi aussi inoubliable qu’improbable, et sert de point de départ à un road movie halluciné dans les rues ensoleillées de Culver City. Un Magical Mystery Tour au pays des kangourous en quelque sorte.

  

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W.H.A.T.T. (N.O.W.): NO MORE WORDS – REFLEXIONS SUR LE DROIT DE RETRAIT DU BLOGGUEUR MUSICAL

Mardi dernier, je suis allé voir Triggerfinger à la Batterie, petite salle très sympathique de la banlieue ouest parisienne. Comme à mon habitude, j’avais rassemblé mon matériel de live-chroniqueur (Gopro, enregistreur, carnet de notes), afin de pouvoir préparer dans les meilleures conditions l’article que j’avais prévu de rédiger à propos de cet évènement. Cependant, au moment de partir pour la Batterie (la salle de concert en question), j’ai – volontairement – laissé tout mon attirail de reporter au bercail, me contentant d’attraper mes fidèles earplugs (on ne rigole pas avec ça, surtout quand c’est Triggerfinger, alias le plus grand groupe stoner belge de tous les temps, qui régale) avant de partir.

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour justifier ce choix, pour le moins inhabituel. Premièrement, j’étais assez fatigué ce soir là, et ne voulais pas me charger plus que nécessaire. Même si les « outils » que j’utilise pour alimenter ce blog ont été spécifiquement choisis pour leur légèreté et leur faible encombrement*, je ne me voyais pas les (sup)porter pendant les quelques deux heures que durerait la soirée.  Deuxièmement, je n’étais pas convaincu de pouvoir retirer de ce concert des enregistrements (tant vidéo qu’audio) probants: n’ayant pas pu ni voulu mettre toutes les chances de mon côté en arrivant tôt à la salle pour pouvoir me coller le plus possible à la scène (seule façon d’obtenir des images à peu près nettes avec une Gopro), et me doutant que l’overdose de décibels risquait fort de saturer les micros de mon Zoom, je me suis facilement laissé convaincre par mon organisme amoindri (voir argument n°1) de ne prendre qu’avec moi que le strict nécessaire. Troisièmement, j’imaginais (stupidement) que ma bonne connaissance – toute relative, n’ayant pas exemple pas jeté une oreille sur le dernier disque du trio belge, By Absence Of The Sun – du groupe et le fait de les avoir déjà vu en live à six reprises me permettraient de pondre un article convenable en me basant uniquement sur mes souvenirs de la soirée.

*: Faisant partie des gens considérant d’un œil mi goguenard, mi agacé les caméra(wo)men amateurs passant la moitié du concert à filmer la scène avec leur smartphone, j’ai pris bien soin de ne pas pouvoir être identifié à cette catégorie de personnes (merci Gopro).

Toutes ces raisons, développées a priori du concert, m’ont amené à assister à ce dernier « les mains dans les poches » (sauf au moment d’applaudir, évidemment). Pour recevables qu’elles étaient, j’avais cependant le sentiment désagréable de n’avoir pas été au fond du problème, et de ne pas avoir identifié la véritable cause de ce comportement réfractaire. Cette question m’a travaillé pendant toute la semaine, et après d’intenses ruminations, je pense avoir finalement touché le cœur du problème: si je n’ai pas pris mon équipement ce soir là, c’est que je n’avais pas vraiment envie d’écrire un article sur ce concert. Tu parles d’une auto-analyse! Freud aurait été fier de moi (même si je suis à peu près sûr que ce manque d’envie n’avait absolument rien à voir avec quelque guéguerre intime entre le ça, le moi et le surmoi – du moins je pense – ).

Une fois cette première étape atteinte, il fallait essayer d’aller plus loin. Pourquoi diable n’avais-je pas eu envie d’écrire un billet sur ce concert? Triggerfinger est un groupe que j’aime énormément et dont les performances scéniques sont toujours mémorables: le trio apparaissait donc de prime abord comme un candidat idéal pour ce genre d’exercice. Et pourtant, cette fois, ça n’avait pas suffi à me convaincre que le jeu en valait la chandelle. Certes, mon emploi du temps est beaucoup plus chargé qu’il ne l’était au moment de la création de ce blog**, ce qui peut expliquer en partie ma réticence à prendre la plume pour relater cette n-ième rencontre avec les pistoleros d’Anvers, d’autant plus que je devais terminer l’article consacré à la deuxième Cigale de Christine And The Queens. J’ai de plus quelques honteux précédents de concerts non-chroniqués pour cause de fainéantise crasse et de procrastination éhontée (Junip au Trabendo, Neil Young à Bercy, The Jezabels à la Maroquinerie, sans compter cette série d’articles sur l’Eurovision qui n’a jamais dépassée le stade de l’ébauche…): il n’est pas impossible que ces malheureux exemples (que je regrette mais avec lesquels j’arrive très bien à vivre) aient joué un rôle dans ma décision de passer sous silence cette soirée à la Batterie. Tous ces éléments de conjoncture apportent des justifications recevables, mais ne suffisent pas à expliquer à eux seuls cette surprenante regimbade, qui condamne de fait ce concert à un oubli plus ou moins rapide***.

**: Souvenir ému de l’été-automne 2012, où j’ai pu assister à 6 festivals et 17 concerts et faire un live-report pour chacun d’entre eux… L’inactivité professionnelle n’a pas que des mauvais côtés.

***: Ce blog a été en grande partie créé pour faire office d’aide-mémoire détaillé et illustré, votre serviteur ayant constaté avec effroi que ses souvenirs des concerts auxquels il avait assisté auparavant s’étaient changés en magma informe d’images et de sensations à plus ou moins brève échéance. 

La vérité est que je n’ai pas écrit ce live-report parce que je ne savais pas quoi raconter de nouveau par rapport aux quatre précédentes chroniques consacrées à Triggerfinger (Solidays, Vieilles Charrues, Ronquières, Nouveau Casino). J’avais l’impression d’avoir déjà abondement exprimé toutes les raisons pour lesquelles je pensais qu’il s’agissait d’un groupe exceptionnel, possédant un répertoire capable de séduire au delà des fanatiques du stoner rock, composé d’individualités fortes, incroyablement charismatiques et absolument complémentaires, et dotées d’une présence scénique hors du commun, due autant à leur talent de musiciens qu’à leur générosité et à leur tendance à la déconnade (qui n’a jamais vu Mario se coincer le nez dans son charley ou Mr Paul poser en caleçon pour une contreplongée audacieuse devrait suivre de plus près les Triggerfinger). Tout ceci, je l’avais déjà raconté à quatre reprises, en développant plus ou moins certaines parties au gré des performances, de mes souvenirs de ces dernières et de mon état d’esprit au moment de l’écriture. Et même si mon dernier live-report consacré aux Trig’ remonte à presque deux ans maintenant, je ne pensais pas avoir assez renouvelé mon approche du sujet pour pouvoir me fendre d’un article répondant aux critères d’originalité que je me suis fixé pour ce blog.

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À y réfléchir, le cas Triggerfinger n’est pas la première fois où ce problème s’est posé. Je me souviens que l’écriture du live-report du concert des Of Monsters And Men à l’Olympia en Juillet 2013 m’était apparue comme une corvée sans nom, quand bien même je n’éprouvais, et n’éprouve encore aujourd’hui, que de l’affection pour cette sympathique kyrielle d’Islandais. Résultat: un article où j’avais lourdement suggéré que le groupe tournait maintenant avec le pilote automatique, symptôme révélateur d’une trop longue tournée, sans cesse rallongée de nouvelles dates pour capitaliser sur l’engouement populaire suscité par OMAM. Avec le recul, je pense que je n’aurais pas du écrire ce billet, pour lequel j’ai du recourir à la critique à peine voilée pour me démarquer un tant soit peu du live-report rédigé à l’occasion du Trianon de Mars 2013. Le fait que le groupe ait choisi de conserver pratiquement la même setlist d’un concert à l’autre n’a évidemment pas joué en ma faveur, mais ne justifiait pas mon parti pris agressif: ce deuxième concert était d’un très bon niveau, et je n’avais pas le droit de le critiquer pour la simple raison que j’avais eu la chance de voir Of Monsters Of Men à deux reprises auparavant. S’il y a une quatrième fois, je prendrai bien soin de peser le pour et le contre avant de décider de coucher – ou non – mon expérience par écrit.

Il ne s’agit pas là de s’assurer de ne poster que des articles élogieux, ce qui réduirait l’intérêt de ce blog à néant, ou peu s’en faut. Je me réserve le droit de faire part de ma déception quand j’estime que celle-ci à des raisons valables et qu’il pourrait être intéressant de la partager avec autrui. L’objectif est de savoir quand un article de ma part n’apporterait rien de nouveau, pour cause de redite plus ou moins franche de précédents billets. Dans ces cas là, j’estime plus pertinent de faire jouer mon droit (devoir?) de retrait.

Pour la plupart des artistes auxquels j’assiste aux concerts, cela signifiera deux, voire trois couvertures maximum sur une période donnée (disons un an, soit la durée moyenne d’une tournée internationale). Le premier article traite de la découverte (sur scène ou tout court, on n’est jamais à l’abri d’une bonne première partie) d’un nouveau talent, et joue sur le registre de l’émotion et du ressenti plutôt que sur celui de « l’érudition ». Le deuxième article, celui de la confirmation, se base généralement sur une connaissance plus conséquente, et permet donc d’entrer davantage dans le détail de la performance. C’est également l’occasion de documenter sérieusement le concert, en filmant et en enregistrant le set. Le troisième article enfin, est celui de la comparaison: je reprends la logique du second billet et essaie de voir s’il y a eu des évolutions par rapport au concert précédent.

Pour Triggerfinger, la limite à ne pas dépasser était donc quatre. Pour Of Monsters And Men, elle était de deux (et a malheureusement été franchie). Pour Susanne Sundfør… j’espère honnêtement ne jamais le savoir, et encore moins l’excéder. Je pense avoir encore de la marge ceci dit…

Il n’y aura donc pas d’article sur la soirée du 7 Octobre 2014 à la Batterie sur S.A.U.S.O.R.O., et je pense que c’est beaucoup mieux ainsi. Ce concert fut malgré tout très agréable (excepté les petits problèmes de sonorisation du micro de Ruben), avec des nouveautés par rapport au Nouveau Casino mais suffisamment de classiques pour: 1) permettre au fan obsolète que je suis de ne pas être complètement paumé, mais aussi pour 2) convaincre le rédacteur que je suis également de consacrer ses soirées à autre chose qu’à l’écriture d’un compte-rendu détaillé, imagé et drolatique (on y croit) de cette sixième représentation des Triggerfinger. Je suis, que voulez-vous, sous mes abords décontractés et un brin rustiques, un être complexe. Mon seul regret dans toute cette histoire: n’avoir du coup pas la possibilité de dire tout le bien que j’ai pensé d’Astonvilla, première partie de luxe que les amateurs pourront retrouver au Trianon le 21 Octobre prochain, afin de fêter dignement les 20 ans de ce discret monument du rock français. Ah bah tiens, j’ai réussi en à parler quand même. L’honneur est sauf. 

W.H.A.T.T. (N.O.W.): AMONG US

Le 17 Août 2013, l’artiste norvégienne Susanne Sundfør annonçait sur sa page Facebook l’ouverture d’un concours portant sur la réalisation du clip du troisième single extrait de son dernier album (The Silicone Veil), Among Us. S’associant à Genero.tv, plateforme mettant en relation artistes et fans créatifs, Sundfør proposait au tout venant de tourner la vidéo officielle illustrant ce morceau, l’heureux gagnant se voyant de plus récompensé par un prix de 4000 dollars. Totalement novice en la matière mais séduit par le concept, j’avais résolu de participer à ce concours, avant de réaliser que je ne disposais tout simplement pas des capacités nécessaires pour obtenir le résultat escompté. Cruelle désillusion, renforcée par le développement avancé atteint par le projet au moment où je décidai de laisser le soin à d’autres fans de défendre l’univers si particulier de mon artiste scandinave favorite. Plutôt que d’abandonner totalement cette aventure qui m’a occupé à plein temps pendant près de trois semaine, je préfère considérer qu’elle se trouve en stand by, le temps que je développe les aptitudes nécessaires à sa bonne complétion.

En attendant, et just for the record comme disent les anglais, j’ai pensé qu’il ne coûtait rien de présenter mon projet cryogénisé au grand public (ou plutôt de l’infime fraction du grand public passant par ce blog), afin de clore (temporairement, je l’espère) ce chapitre sur une note positive. Hey, it’s something.

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CONTEXTE:

En tant que troisième single issu de The Silicone Veil, Among Us s’inscrit dans une continuité qu’il serait dommage de laisser de côté. Les clips de White Foxes et The SIlicone Veil présentent en effet des caractéristiques communes que j’ai trouvé intéressant d’inclure également dans celui de Among Us. Pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de visionner ces deux vidéos, tournées par deux réalisateurs différents (respectivement Mats Udd et Luke Gilford) avec une grande liberté d’interprétation laissée par Sundfør, voici de quoi combler ce manque:

En ce qui me concerne, plusieurs éléments se devaient d’être incorporés au projet Among Us, afin de préserver la cohérence de l’ensemble de cette « trilogie ». Premièrement, il me paraissait évident que le ton de la vidéo devait être assez grave, afin de perpétuer l’atmosphère doom & gloom des deux autres clips (dans lesquels les personnages ne respirent pas franchement la joie de vivre).
Deuxièmement, il fallait inclure un rapport homme-animal prononcé et potentiellement dérangeant au récit: White Foxes raconte l’histoire d’un homme avec un fœtus de renard dans le cerveau, The Silicone Veil traite de la transformation d’une escort girl en créature serpentine. Après le mammifère du premier opus et le reptile du second, j’ai décidé que le troisième mettrait en scène un oiseau, et plus précisément un corbeau (animal assez récurrent dans l’univers de Sundfør – on le retrouve notamment sur la pochette de The Brothel et dans les paroles de O Master).
Troisièmement, pour contraster à la fois avec les extérieurs neigeux et glacés de White Foxes et ceux très lumineux et solaires de The Silicone Veil, j’ai décidé de faire se dérouler une partie de l’histoire de Among Us dans une forêt automnale (profitant par là du timing imposé par le concours).
Quatrièmement et pour terminer, je ne pouvais pas me résoudre à ne pas faire figurer, même si de manière allégorique, Susanne Sundfør dans la vidéo, puisqu’on la retrouvait dans les deux clips précédents. Pour résumer, voici à quoi ressemblait mon cahier des charges au début du projet:

1) Atmosphère grave
2) Le personnage principal doit entretenir un rapport fusionnel avec un corbeau, ou être lui-même un corbeau
3) Le clip doit être au moins en partie être tourné dans une forêt automnale
4) Susanne Sundfør doit apparaître dans le clip (de manière figurée, évidemment)

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AMONG US:

Une fois ce premier travail effectué, j’étais prêt à passer à l’analyse du morceau. La première étape consistait évidemment à se familiariser avec les paroles de ce dernier, qui, à l’image de la plupart des textes de Sundfør, laissaient une large place à l’interprétation personnelle de l’auditeur.

There is a killer among us
Looking for kisses, looking for jaws
He is a desperate soul
He collects hearts in jars

He claims the heavens
He covets hell
He dumps his bodies
Into a wishing well

Ooh, save me from his menace

What he does is a venial sin
He is a god within

Ooh, save me from his menace

He peeled off every vein I had
‘Till there was nothing left
But a bloodless heart
Still beating for him (He plays with fire)

Pour ma part, je comprends ce texte comme le récit très imagé d’une relation amoureuse au dénouement (attendu ou déjà produit) plus ou moins fatal pour la proie du « tueur », qui, malgré la crainte qu’il/elle éprouve pour son futur assassin, continue de l’aimer. Une sorte de syndrome de Stockholm romancé en quelque sorte.

De plus,  suivant la carrière de Sundfør de près depuis trois ans, je savais qu’il existait une version allongée de ce morceau, comportant notamment une strophe entière absente sur le mix final de The Silicone Veil, comme on peut l’entendre lors de cette performance remontant à 2010.

La strophe manquante (retranscription personnelle):

I wouldn’t die for him
But I would let him kill me
I’m a stone covered with moss
A mausoleum entangled in ivory
He made my heart
He may heed (?) my heart but he will never reach my balm(?)

Je tenais là ma représentation allégorique de Susanne Sundfør: une pierre recouverte de mousse (plus simple à se procurer qu’un mausolée incrusté d’ivoire).

Après cette analyse littéraire, il fallait également tenir compte de la dimension musicale du morceau, de son rythme et de son interprétation. Contrairement à la plupart des autres titres de The Silicone Veil, Among Us est résolument up tempo et dynamique (ce qui constitue un changement notable avec les premières versions disponibles à l’écoute sur internet), ce qui devait influencer le clip. Favoriser l’enchaînement de plans courts me paraissait être un moyen pertinent de tenir compte de cette dimension dans le clip.
De même, la cassure de rythme se produisant au début de la dernière strophe me semblait être trop significative pour être mise de côté: il devrait donc nécessairement se passer quelque chose de fort dans la vidéo à ce moment précis, ce qui m’a amené à considérer la possibilité d’inclure une sorte de twist final à l’intrigue du clip. Les thèmes développés dans les paroles de la chanson étant assez sombres (la fuite, la peur, la mort), il me semblait approprié de centrer mon propos sur le jeu du chat et de la souris entre un tueur et sa victime. Révéler à la fin du clip que les rôles n’étaient pas forcement clairement distribués entre ces deux personnages pouvait très bien constituer le retournement de situation recherché. Au final, je commençais à avoir une idée assez précise de la suite des opérations.

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SYNOPSIS:

Au cours des quelques trois semaines pendant lesquelles j’ai activement travaillé sur le projet, l’intrigue de la vidéo a bien entendu évolué, les idées s’agrégeant les unes aux autres pour former un ensemble cohérent dans le fond mais fluctuant en ce qui concernait les détails. Les principales caractéristiques de l’histoire étaient les suivantes:

– Le personnage principal est affecté par un mal qui l’affaiblit petit à petit, jusqu’à le « tuer » symboliquement. La progression de ce mal est représenté par le passage du blanc au noir (un élément attaché au personnage passant graduellement du blanc au noir – son cœur -).
– En parallèle, le personnage du corbeau (le tueur) se rapproche de plus en plus de sa cible, sans que cette dernière s’en rende compte. Le corbeau est un tueur en série qui collectionne les cœurs de ses victimes (représentés symboliquement), et dont on ne sait pas trop s’il est réel ou imaginaire.
– Le personnage principal tombe par hasard sur le corbeau juste après que ce dernier ait fait une nouvelle victime (il vient de lui arracher le cœur). Il s’enfuit mais le corbeau semble toujours le devancer, où qu’il aille. Il finit par se réfugier dans sa chambre, qu’il verrouille de l’intérieur, et s’effondre au sol, terrassé par le mal qui le ronge.
– Le corbeau entre magiquement dans la chambre, se penche sur sa victime, lui prend son cœur… et le remplace par celui prélevé sur sa précédente victime. Il disparaît subitement.
– Le personnage principal se réveille brusquement, porte  la main à son cœur et s’aperçoit qu’il a changé. Un dernier plan suggère que le personnage principal et le corbeau ne sont en fait qu’une seule et même personne, le second tuant pour remplacer les cœurs que le premier corrompt les uns après les autres.

Ce scénario était l’aboutissement du travail de réflexion mené à partir des différents éléments présentés ci-dessus. Sans prétendre à une retranscription littérale de l’histoire racontée par les paroles de Among Us, il reprenait et  expliquait les aspects que je trouvais les plus forts du récit de Susanne Sundfør: le tueur en quête d’une affection qu’il n’obtiendra jamais, la collection de cœurs, le côté véniel des crimes commis (on suppose que le personnage principal n’a pas le contrôle des actions du corbeau), le cœur exsangue battant toujours pour le tueur (au sens littéral, puisqu’il remplace son ancien cœur). J’avais en outre prévu de faire référence à d’autres passages de manière plus anodine, comme la fontaine à souhaits (wishing well) et le fait que le tueur joue avec le feu (encore une fois, de manière littérale, par exemple avec un briquet).

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COSTUMES ET ACCESSOIRES:

L’aspect du projet sur lequel je me suis le plus investi, à la fois personnellement et financièrement. Ayant fait le choix (très problématique après coup) de tout faire moi même, je me suis retrouvé à devoir incarner tous les personnages de l’histoire, ce qui m’a logiquement amené à recourir à des masques pour différencier les différents protagonistes.

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Le corbeau:

Personnage énigmatique, entièrement camouflé par son costume: il peut être n’importe qui. Le noir est la seule couleur qu’il porte. Il possède une élégance macabre, se déplace avec nonchalance mais finit toujours par rattraper sa proie malgré les efforts de cette dernière (ce qui renforce sa dimension cauchemardesque, et donc son caractère intangible). Il laisse une plume noire sur ses victimes et appose également sa marque sur ces dernières. Il porte une cassette noire (plus pratique que la jarre dont il est fait question dans la chanson) dans laquelle il dépose les cœurs qu’il collectionne. Il disparaît et apparaît à volonté.

Le masque du corbeau. Les yeux ont été couverts par du tissu noir pour le déshumaniser totalement.

Le masque du corbeau. Les yeux ont été couverts par du tissu noir pour le déshumaniser totalement.

La redingote du corbeau. Les plumes et la queue de pie renforce l'identification avec l'animal. Le corbeau est entièrement vêtu de noir.

La redingote du corbeau. Les plumes et la queue de pie renforce l’identification avec l’animal. Le corbeau est entièrement vêtu de noir.

La cagoule vient compléter le masque et parfait l'anonymat du corbeau. Son côté mystique est accentué par l'arme qu'il utilise pour tuer: ses mains/serres.

La cagoule vient compléter le masque et parfait l’anonymat du corbeau. Son côté mystique est accentué par l’arme qu’il utilise pour tuer: ses mains/serres.

Pochoirs servant à apposer (à la bombe noire) la marque du corbeau. Dans le clip, il lui suffit de lancer une pincée de poudre en direction de sa victime pour que la magie opère. La plume est un autre moyen de signer ses meurtres.

Pochoirs servant à apposer (à la bombe noire) la marque du corbeau. Dans le clip, il lui suffit de lancer une pincée de poudre en direction de sa victime pour que la magie opère. La plume est un autre moyen de signer ses meurtres.

Le corbeau jette une de ces pièces dans une fontaine (wishing well) pour chacune de ses victimes. Rappel à la pochette de The Brothel.

Le corbeau jette une de ces pièces dans une fontaine (wishing well) pour chacune de ses victimes. Rappel à la pochette de The Brothel.

Coffret dans lequel le corbeau place le cœur de sa victime, en attendant la "greffe".

Coffret dans lequel le corbeau place le cœur de sa victime, en attendant la « greffe ».

Coffre dans lequel le corbeau garde les cœurs "usés" par le personnage principal. On retrouve également la "stone covered with moss" des premières versions de Among Us.

Coffre dans lequel le corbeau garde les cœurs « usés » par le personnage principal. On retrouve également la « stone covered with moss » des premières versions de Among Us.

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Le Personnage Principal:

Il souffre d’un mal qui fait progressivement noircir et rétrécir son cœur. Sa responsabilité dans les agissements du corbeau est trouble. Il semble redouter la venue de cet aspect destructeur de sa personne, mais ne fait rien pour prévenir ses méfaits. Sa relation avec son alias meurtrier tient du rapport entre  Smeagol et Gollum: il le déteste et le craint, mais n’a pas la volonté suffisante pour l’empêcher de nuire.

De gauche à droite: Personnage Principal (les bandes de couleur symbolisent le fait qu'il n'a pas d'invidualité propre: il n'est que l'agrégation de fragments de personnalité qu'il prend à ses victimes en même temps que leur cœur), Victime 1 et Victime 2

De gauche à droite: Personnage Principal (les bandes de couleur symbolisent le fait qu’il n’a pas d’invidualité propre: il n’est que l’agrégation de fragments de personnalité qu’il prend à ses victimes en même temps que leur cœur), Victime 1 et Victime 2

Représentations symboliques des cœurs des personnages (collés sur la poitrine). Celui du personnage principal commence par noircir, puis rétrécit. Le corbeau intervient alors en remplaçant l'organe corrompu par un cœur sain (qui connaîtra rapidement la même déchéance).

Représentations symboliques des cœurs des personnages (collés sur la poitrine). Celui du personnage principal commence par noircir, puis rétrécit. Le corbeau intervient alors en remplaçant l’organe corrompu par un cœur sain (qui connaîtra rapidement la même déchéance).

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Sweat shirt porté par l'ue des victimes. Triples lacérations parallèles (les corbeaux ont quatre doigts, dont un opposable).

Sweat shirt porté par l’ue des victimes. Triples lacérations parallèles (les corbeaux ont quatre doigts, dont un opposable).

Autres:

Le clip devait également comporter de nombreuses références à l’univers de Susanne Sundfør, que je considère (peut-être à tort) comme formant un tout cohérent. Cette croyance est notamment nourrie par les nombreuses correspondances entre les morceaux de The Brothel (qui est en outre un concept album) et The Silicone Veil, et le fait qu’une partie des titres du second aient été écrit sur la même période que ceux issus du premier. Susanne Sundfør elle-même incorporant souvent des références plus ou moins évidentes aux textes de ses chansons (James Joyce, C.S. Lewis, Sylvia Plath, Frank O’hara…), il m’a semblé tout à fait approprié d’en faire de même. Les objets suivant devaient donc se retrouver fortuitement dans le champ de la caméra au cours du tournage.

La boîte de loukoums (turkish delight) fait référence à la chanson éponyme figurant sur The Brothel. Les figurines de renard et de serpent sont des clins d'œil aux clips de White Foxes et The Silicone Veil.

La boîte de loukoums (turkish delight) fait référence à la chanson éponyme figurant sur The Brothel. Les figurines de renard et de serpent sont des clins d’œil aux clips de White Foxes et The Silicone Veil.

Meditations In An Emergency (Frank O'Hara), livre de chevet du personnage principal et morceau instrumental de The Silicone Veil. Le badge Knight Of Noir (titre issu de The Brothel) devait être cousu sur la redingote du corbeau, à moitié dissimulé sous les plumes.

Meditations In An Emergency (Frank O’Hara), livre de chevet du personnage principal et morceau instrumental de The Silicone Veil. Le badge Knight Of Noir (titre issu de The Brothel) devait être cousu sur la redingote du corbeau, à moitié dissimulé sous les plumes.

Le parfum Joy de la maison Jean Patou est évoqué dans la chanson Father Father de The Brothel

Le parfum Joy de la maison Jean Patou est évoqué dans la chanson Father Father de The Brothel

Le corbeau devait laisser tomber l'image de droite lors de sa poursuite du personnage principal. L'image de gauche est l'art worjk du premier album de Susanne Sundfør.

Le corbeau devait laisser tomber l’image de droite lors de sa poursuite du personnage principal. L’image de gauche est l’art worjk du premier album de Susanne Sundfør.

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PREMIER MONTAGE:

J’ai mis à profit les rushs disponibles pour réaliser un « brouillon » très rudimentaire du clip.

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Voici donc où en est le projet à l’heure actuelle. J’espère pouvoir le terminer dans un futur plus ou moins proche, lorsque je disposerai du matériel et des capacités nécessaires pour obtenir un résultat conforme à l’idée que je m’en fais. Je suis un peu déçu de ne pas avoir abouti à une vidéo digne d’être soumise au concours de Genero.tv, mais heureusement, d’autres fans plus doués que moi en la matière ont travaillé dur sur le sujet, et ont posté des clips très réussis, dont l’un d’entre eux deviendra bientôt la vidéo officielle d’Among Us. Je ne peux que vous inciter à jeter un coup d’œil à leurs travaux respectifs, tant qu’ils sont encore librement visionnables.

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Anti Tune

L‘industrie musicale a toujours eu un penchant prononcé pour l’esthétique. Bien avant que les pontes du marketing n’édictent les principes cardinaux de la consommation de masse, ce critère était déjà considéré, de manière instinctive, comme primordial par les promoteurs et les producteurs de tout crin. Prenez un individu séduisant, donnez lui une jolie chanson qu’il/elle chantera de sa plus belle voix, et avec un peu de chance, votre investissement se verra récompensé par une substantielle plus value. Le monde de la musique a connu bien des évolutions et des révolutions depuis que le capitalisme s’est installé aux manettes, mais cette vieille formule n’est jamais passée de mode. Bien au contraire, elle a profité de la professionnalisation du milieu, de la rationalisation des procédés et de la progression technologique pour proposer au public des produits de plus en plus « parfaits », tout du moins dans l’acceptation esthétique du terme. Aujourd’hui, les poulains de l’industrie entrent en scène avec une image soigneusement construite pour correspondre aux attentes et aux canons de beauté d’un segment précis du marché, et un catalogue de morceaux à l’avenant. Même la performance artistique, qui semblait pourtant la seule partie du job pour laquelle un minimum de talent intrinsèque était requis pour faire illusion, peut aujourd’hui être totalement prise en charge par l’encadrement de notre nouvelle star lambda, qui s’appliquera à gommer les imperfections jusqu’à obtenir un rendu irréprochable. La technique est aujourd’hui tellement au point qu’il n’est même plus nécessaire de savoir chanter pour pouvoir prétendre à une belle (si courte, la plupart du temps) carrière, si tant est que l’on bénéficie de la confiance et du soutien d’une grosse major.

CherL’utilisation par Cher d’un logiciel développé par Antares Audio Technologies sur le tube Believe en 1998 est communément considéré comme le début de l’ère Auto-Tune. Quinze ans plus tard, la trouvaille d’Andy Hildebrand est devenue incontournable, et on ne compte plus les hits pop, R’n’B, hip hop et même rock ayant eu recours à ses bons services pour se tailler un chemin jusqu’au sommet des charts. Cette hégémonie a suscité bien des critiques et quelques controverses, comme lorsque le fameux télé crochet britannique X Factor dut admettre, à la grande consternation des fans, que certaines performances de ses participants avaient été retoquées en post-production. Si la tendance générale est à la condamnation de ce « stratagème », accusé de tirer le niveau général vers le bas, Auto-Tune n’est sans doute rien de plus qu’un bouc émissaire facile pour l’industrie musicale et l’ensemble de ses acteurs, ou encore la partie émergée d’un iceberg de retouches minutieuses et calibrages assumés.

Car s’il serait facile de se passer d’Auto-Tune (et de ses multiples dérivés et concurrents), l’impact sur la musique mainstream resterait limité. Certes, les performances seraient, dans un premier temps, un peu moins « parfaites », mais l’ajustement ne se ferait pas attendre. Les artistes les plus limités passeraient vite à la trappe, et les majors prendraient soin de ne favoriser l’ascension que des chanteurs ayant prouvé qu’ils étaient capables de suivre une mélodie sans la massacrer. Les éventuelles imperfections seraient éliminées directement à la source, au lieu d’être effacées après prise, comme c’est actuellement le cas. Le résultat final resterait donc sensiblement semblable, avec les mêmes jolis interprètes chantant les mêmes jolies chansons, pour un résultat aussi sucré et insipide qu’un Sundae Mc Donald’s. Pourquoi prendre des risques quand on sait que respecter la bonne vieille formule du tout miel suffit à emporter le pactole?

Heureusement, en marge de ce système bien huilé, existent et subsistent encore des artistes qui, non contents de refuser qu’on améliore leur travail par ce biais, revendiquent même leurs couacs, fausses notes et autres déraillements et dérapages plus ou moins contrôlés. Et comme il s’agit des artistes que je préfère, malgré leurs récurrentes imperfections et interprétations « sous-optimales » par rapport aux canons inhumains de l’industrie, j’ai décidé de rendre hommage à tous ces intégristes (pour une fois que c’est une bonne chose d’en être un), en consacrant un petit top à cette catégorie de plus en plus marginalisée. Voici donc un florilège des chanteurs à la voix la plus « différente », ce qui ne m’empêche pas de les aimer, bien au contraire.

10 – Shane McGowan

Shane MacGowanCe n’est pas par hasard que les Pogues ont décidé de célébrer leur 30 ans de carrière par un double concert à l’Olympia, les 11 et 12 Septembre 2012. Entre la bande de Shane McGowan, poète destroy et alcoolisé, Verlaine white trash au sourire de plus en plus ravagé (plutôt que ravageur), et le public français, le courant est toujours bien passé. Le boit sans soif de Pembury n’avait pourtant pas grand chose pour percer dans l’Hexagone: visage ingrat, souvent hagard, physique banal, addictions multiples… les textes ont beau être ciselés comme un Laguiole à la sortie de l’atelier, l’argument peine à porter dans une contrée aussi peu portée sur les langues étrangères que notre beau pays. Reste l’organe, si particulier, de McGowan, habité d’une gouaille aussi expressive que savoureuse, et qui se charge de traduire la substantifique moelle des propos de la grande goule des Pogues. Recréer en un couplet toute l’Irlande populaire, celle des banlieues mornes, des nuits passées au pub et du nihilisme joyeux de tous ceux qui savent qu’ils ne connaîtront jamais rien d’autre, voilà le don de Shane McGowan, et la raison pour laquelle lui et son groupe ont été plébiscité par un public se reconnaissant parfaitement dans leurs chansons, mêmes s’il ne les comprend pas (toujours).

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9 – Alain Bashung

Alain BashungS’il y a un chanteur français que j’idolâtre, c’est bien lui. Une adoration assez paradoxale dans la mesure où d’habitude, je juge défavorablement les artistes qui n’écrivent pas leurs paroles, et il est de notoriété publique que le grand Alain a fait un usage soutenu d’auteurs au cours de sa carrière: Bergman, Fauque, Gainsbourg, Roussel ont ainsi mis leur plume au service du baby von dem hasard, avec les résultats plus que probants que l’on sait. En toute logique, j’aurais du ranger Bashung dans le même sac que tous les autres interprètes de la chanson française, les Hallyday, Sardou, Clerc et consorts. Au lieu de ça, je l’ai placé tout en haut de ma liste de préférence, devant les auteurs-compositeurs trustant les premières places de mon classement personnel. J’ai eu la chance de commencer à l’écouter assez tôt pour pouvoir le suivre dans les dernières années de sa carrière et assister à deux de ses concerts, alors qu’il était déjà devenu le spectre au chapeau noir, des crabes plein les éponges, qui fit pleurer les Victoires de la Musique en 2009. Et ce fut sa disparition qui me permit de comprendre, enfin, pourquoi je m’étais tant attaché au personnage et à son œuvre, malgré le fait qu’il en partageait la paternité, et pas qu’un peu, avec un aéropage de scribouillards plutôt doués. Au cours de la soirée de lancement de l’album 13 Aurores, Jean Fauque reprit La Nuit Je Mens (qu’il a écrit) en guise d’hommage au récent disparu. Intention louable, mais résultat quelconque, malgré une interprétation assez proche des dernières prestations du maître, condamné au spoken word par ses poumons ravagés. Bashung n’avait certes pas la voix la plus extraordinaire qui soit, mais il a su en tirer le maximum jusqu’au bout, avec cette retenue habitée qui lui permit de pratiquement mourir sur scène sans sombrer dans le pathos. Chapeau l’artiste.

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8 – Patti Smith

Patti Smith« Mais elle chante bien, Patti Smith, pourtant! ». Ca se défend. Ceci dit, au regard des performances des chanteurs de R’n’B actuels, on peut aussi considérer que Patti n’a pas la voix la plus mélodieuse de l’histoire de la musique. Tant pis, mais la question n’est pas là, tout comme le fil conducteur de cet article. Le cas de Mme Smith est intéressant, en ceci qu’il permet d’aborder la dimension artistique de la musique, même quand cette dernière est devenue un business (presque) comme un autre. Car avant d’être un divertissement, un code ou une mode, la musique est bien un art, et l’art n’a pas forcément à être beau pour intéresser. Il suffit de survoler la bio de l’intéressée pour se rendre compte que l’on a bel et bien affaire à une artiste (dessin, poésie, photographie) plus qu’à une chanteuse, même si la musique lui a permis de se faire connaître du grand public. Son image d’écorchée vive, qui lui vaudra le titre de marraine du punk, transparaît fortement dans ses albums, où elle met son énergie brute et bouillonnante au service des causes qu’elle choisit de faire sienne. Horses (75) et Easter (78) sont deux parpaings balancés dans la mare des canons du chant féminin, qui venait tout juste de se remettre de la météorite Joplin: Patti Smith au micro, ce n’est pas mignon, maîtrisé, suave, ou suggestivement sexy, c’est même tout le contraire, et c’est pour ça que ça plaît.

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7 – Joe Strummer

Joe StrummerQui dit Joe Strummer dit The Clash, qui dit The Clash dit punk, et qui dit punk dit technique vocale approximative. Cet enchaînement peut être contesté à chaque étape de sa progression (Strummer a fait des trucs en dehors de The Clash, qui eux-mêmes ont rapidement élargi leur style, et Johnny Rotten est un bon chanteur… à sa manière), mais il n’en reste pas moins que le gars Strummer a tout à fait sa place dans ce classement. Essayez de l’imaginer faire un duo avec Justin Bieber, ou One Direction reprendre Rock The Casbah (le pire est qu’ils en seraient capables), et vous comprendrez ce que je veux dire. La voix de Strummer est un vieux truck tout terrain, impérial au dessus des 3000 tours/minute mais ayant tendance à s’encrasser à plus basse fréquence, ce qui paradoxalement lui confère une certaine grâce (Straight To Hell). Le génie de The Clash fut de tourner avec trois chanteurs, chacun avec son style propre: le dandyisme mod de Mick Jones (Should I Stay Or Should I Go), le flegme ragga de Paul Simonon (The Guns Of Brixton) et le bulldozer punk Strummer. Et quand Joe Strummer chante This Is England, bah, tout est dit.

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6 – Peter Garrett

Peter GarrettAvant de se lancer dans une carrière politique aussi médiatique que mouvementée, le Géant Vert australien s’est fait connaître comme le leader du groupe Midnight Oil, combo rock qui, à la suite de son charismatique chanteur, s’engagea fortement dans les luttes environnementales et sociétales du pays des kangourous. Leur morceau le plus connu à ce jour reste d’ailleurs le très direct Beds Are Burning, méga tube de l’année 1987 et fer de lance d’un album (Diesel And Dust) s’attaquant frontalement à tous les dossiers sensibles du Land Down Under. Le succès du disque à l’échelle internationale est un tour de force magistral, quand on sait à quel point les chansons engagées sont des exercices casse-gueules (j’ai toujours du mal à accepter qu’une star qui gagne cinquante fois plus que moi se permette de me faire la morale sur tel ou tel sujet, et vienne me demander de donner mon argent durement gagné pour une noble cause lambda). Les dégoulinants We Are The World et SOS Ethiopie sont sortis deux ans plus tôt, et ont tout emporté en surfant sur une vague de pathos pop? Midnight Oil opte au contraire pour une approche dure et nerveuse, plus à même d’attiser la colère et l’indignation que la compassion et l’empathie. Rauque, sinueuse, torturée, la voix de Garrett insuffle aux morceaux du groupe une énergie, une urgence et une justesse miraculeuse, et leur a permis de traverser les décennies sans devenir des scies inaudibles. Tous les tubes engagés (Another Day In Paradise…) ne peuvent pas en dire autant.

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5 – Neil Young

Neil YoungDurant les premières années de sa riche et longue carrière, le Loner possédait un timbre pour le moins particulier, aigu, souvent plaintif et frôlant parfois l’insupportable. Avec l’âge et le mode de vie de toute rock star se respectant, le farouche Canadien a facilement perdu une octave, ce qui sied au son garage qui est le sien depuis quelques albums. N’ayant jamais fait de blocage sur le timbre de l’ex Buffalo Springfield, il m’a fallu la confession d’une amie à ce sujet (quoi, il y a des gens qui n’aiment pas Neil Young!) pour me rendre compte que sa voix n’était pas aussi évidente que je le pensais, particulièrement sa voix de tête, à laquelle il manque la chaleur et la profondeur de sa tessiture classique. Je n’ai jamais plus écouté After The Goldrush de la même manière depuis.

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4 – J.J. Cale

JJ CaleLe dicton veut que l’on ne tire pas sur l’ambulance (ni, à plus forte raison, sur le corbillard), mais dans le cas de Mr Cale, propulsé au panthéon par son décès malencontreux, le reproche n’en est pas vraiment un. Bien au contraire, le mince filet de voix du natif de l’Oklahoma a en grande partie contribué à son image de précurseur de l’americana cool et groovie, au même titre que son jeu de guitare décontracté et son utilisation précoce des boîtes à rythme. Clapton (le Dieu des vieilles chaussettes tout de même) trouva le résultat génial, reprit After Midnight et Cocaine et fit ainsi la réputation et la fortune (relative, mais assez pour que l’intéressé puisse vivre de ses royalties) de l’autre John Cale – après celui du Velvet Underground – du monde de la musique. Les grands méchants sudistes de Lynyrd Skynyrd montèrent un moteur de Harley sur la chétive Call Me The Breeze avec un résultat tout aussi probant. Comme le bonhomme n’était pas vraiment intéressé par les feux de la rampe, Mark Knopfler se chargea de devenir le guitar hero cool que Cale aurait pu, aurait du devenir, s’il avait voulu. Pendant que Dire Straits cartonnait aux quatre coins de la planète, JJ continuait à aller pêcher le poisson-chat dans un semi anonymat savamment entretenu. Pas besoin de couvrir quatre octaves pour devenir une star de la musique.

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3 – Serge Gainsbourg

Serge GainsbourgBien avant l’avènement de  Gainsbarre, personnage destroy, nihiliste et provocateur dont les médias se régalèrent jusqu’à la disparition de l’homme à tête de chou, Gainsbourg avait réussi à devenir un personnage incontournable de la nouvelle scène française, une sorte d’éminence grise troussant des chansons scandaleuses (Les Sucettes, Je T’Aime Moi Non Plus) pour ses confrères et sœurs artistes, séducteur invétéré compensant son physique ingrat par une élégance certaine et un esprit aiguisé. Le plus impressionnant des hauts faits du personnage reste toutefois sa réussite en tant qu’interprète, lui que Dame Nature et l’essor de la télévision comme média de masse avaient pourtant génétiquement programmés pour rester un homme de l’ombre (appelons ça un délit de sale gueule), car en plus de ne pouvoir rivaliser avec le charme lisse des chanteurs à minette, l’individu leur cédait encore au niveau des performances vocales.

Un tel cumul de handicaps aurait logiquement du accoucher d’une non carrière, mais c’est précisément l’inverse qui se produisit, et encore aujourd’hui, Saint Serge demeure une figure tutélaire de la chanson française. Tout à fait conscient de ses (nombreuses) limites comme performer, Gainsbourg sut se faire une place sous le soleil (exactement) en perfectionnant une technique de chant aussi minimaliste qu’expressive, dans laquelle chaque intonation, chaque pause, chaque souffle avait une importance capitale. Cette maîtrise du spoken word lui permit d’interpréter ses textes ciselés mieux qu’aucun(e) autre, et de donner à la pop française quelques unes de ses plus belles lettres de noblesse (Histoire de Melody Nelson). Plus tard, il usera de ce talent rare pour placer des chansons de plus en plus crues dans les charts hexagonaux, hypnotisant l’auditeur par sa science du phrasé et de la prosodie tout en lui susurrant au creux de l’oreille « les mots les plus abominables ».

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2 – Bob Dylan

Bob DYlanLa voix de Dylan déchaîne passions et critiques depuis plus d’un demi-siècle, depuis le tout début de sa carrière musicale en fait. En 1971, David Bowie la comparait à du sable et de la colle (« voice like sand and glue ») sur l’album Hunky Dory, célébrissime « hommage » qui ne fit que reprendre poétiquement l’avis général, selon lequel Dylan n’était pas le chanteur le plus remarquable qui soit. Le timbre nasillard des premiers albums s’atténua avec les années et la pratique, le Zim développant une technique particulière de chant, tenant plus de la harangue que de la vocalise, mais loin d’être désagréable pour l’auditeur averti.

Avec l’âge, la fatigue et les excès, le timbre rocailleux de Dylan devint carrément minéral, jusqu’à devenir ce souffle rauque et guttural, incompréhensible pour les oreilles néophytes, que l’on retrouve sur les derniers disques du vieux maître (et accessoirement, durant les concerts qu’il continue de donner autour de la planète dans le cadre de son Never Ending Tour). Je dois avouer que même le fan révérencieux et ouvert d’esprit de Dylan qui sommeille en moi n’a pas pu supporter sa prestation aux Vieilles Charrues en 2012, et ai en conséquence décidé de faire l’impasse sur sa discographie récente (rien depuis Things Have Changed en 2000).

Il ne fait cependant aucun doute que Bob Dylan possède une des voix les plus mémorables qu’il m’a été donné d’entendre, et que la musique populaire de ces cinquante dernières années lui doit, directement et indirectement beaucoup. Sa rudesse caractéristique, en « forçant » l’auditeur à se concentrer sur le fond et non sur la forme, a permis aux textes du barde de Duluth d’imprégner durablement la société et d’en accompagner les mutations, à la manière des protest singers américains dont il se voulait l’héritier et le continuateur aux prémisses de sa carrière. Il serait cependant dommage de passer sous silence les quelques performances exceptionnelles de Dylan en tant que chanteur, comme One More Cup Of Coffee (Desire – 1976) ou encore le bouleversant Blind Willie McTell (Infidels – 1983).

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1 – Greg Dulli

Greg DulliMême si je dois avouer que ma connaissance de la discographie du leader de The Afghan Whigs, The Twilight Singers et de la moitié des Gutter Twins se limite à deux albums, je savais dès le début de l’écriture de cet article que la première place du classement ne pouvait qu’échoir à Mr Dulli. La révélation m’est venue à la première écoute du dernier disque studio des Twilight Singers, Dynamite Steps (2011), œuvre entêtante, enivrante, obsédante et hautement addictive dans laquelle la voix si particulière de Dulli domine les débats avec une grâce éraillée et une majesté déraillante.

L’album s’ouvre avec l’ouverture-manifeste Last Night In Town, un piano-voix montant progressivement en puissance et en gamme avec l’ajout progressif d’instruments. La tonalité n’est pas évidente pour Dulli, qui ne cherche pas à cacher ses faiblesses techniques et semble même prendre un malin plaisir à monter dans les aigus, à l’extrême limite de la justesse et du bon goût. J’aime à penser qu’il s’agit d’un morceau témoin, un avant-goût de la suite d’un disque qu’il est impossible d’aimer si on adhère pas au chant torturé de la tête pensante des Twilight Singers. Si ce premier test est passé avec succès, en revanche, ce sont trois quart d’heure de plongée dans l’univers fascinant de Dynamite Steps qui s’ouvrent pour l’auditeur conquis. Regorgeant de mélodies imparables (On The Corner, Get Lucky, Gunshots, She Was Stolen, The Beginning Of The End, Dynamite Steps…) servant d’écrin aux éructations et susurrations d’un Dulli  impeccable dans son rôle de derviche chanteur, la dernière livraison en date des chanteurs du crépuscule est une réussite totale, et ce en grande partie grâce, ou à cause, du timbre si particulier de leur chanteur et parolier.

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Bonus – Gentle Giant (Proclamation)

Gentle GiantImpossible pour moi de terminer ce classement sans faire référence à ce qui reste ma chanson référence en matière d’extrémisme vocal: Proclamation de Gentle Giant (en version live). Favorablement intrigué par l’artwork de la pochette du premier album du groupe des frères Shulman (une plongée audacieuse sur le visage souriant d’une sorte de léprechaun fortement dégarni… j’ai instinctivement fait le lien avec les premières galettes de Genesis, elles aussi dotées d’illustrations médievalo-folklorique), je me suis décidé pour le très bien nommé Experience (lui aussi doté d’une pochette remarquable, cette fois dans le genre « vis ma vie de musicien accro à la meth »)  lors d’une virée chez un disquaire d’occasion. Moi qui m’attendais à tomber sur de longues pérégrinations à la 12 cordes et au mellotron, dans le plus pur style du rock psyché anglais du début des années 70, j’en fus pour mes frais. Magnifiées par les conditions du live, les compos tarabiscotées du combo écossais m’ont sauté aux oreilles avec la hargne d’un pitbull sous extasy, au point que je dus déclarer forfait après deux titres, dont le fameux Proclamation dont il est question ici.

Tout ceux qui ont eu l’occasion d’entendre Derek Shulman hurler Haaaaa-aaaaail to power and to glory’s way! à la fin du long pont de clavier qui sépare la chanson en deux savent qu’il s’agit d’une expérience traumatisante pour le néophyte, tant le cadet de la fratrie Shulman semble s’affranchir de toutes les règles d’harmonie et de justesse en vigueur dans le monde de la musique. Et pourtant, avec le temps, je me suis découvert une franche affection pour cet OVNI musical totalement assumé par ses créateurs, dont le grand dessein était de « repousser les limites de la musique populaire contemporaine, au risque d’être impopulaires ». Vu sous cet angle, Proclamation est indubitablement un chef d’œuvre, et aujourd’hui encore, il possède le pouvoir de m’arracher un sourire à chaque nouvelle écoute. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à tenir ce morceau en haute estime, tous les membres de mon entourage auxquels j’ai fait découvrir cette pépite insoupçonnée en gardent un souvenir ému. Hail!

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Ainsi se termine ce classement anti tune, qui vous aura peut-être permis de découvrir de nouveaux talents discordants (même si ce top comporte une grande majorité de noms connus), et pourquoi pas, d’en aimer quelques uns. À bientôt pour de nouvelles péripéties musicales, et pour le grand retour des comptes rendus de concerts après un été trop studieux pour les festivals. La rentrée s’approcher et elle s’annonce prometteuse…

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Les 10 Choses À Avoir Sur Son MP3

Le développement technologique de ces trente dernières années a permis à tout un chacun d’emporter sa musique où qu’il/elle aille. Des capacités de stockage de plus en plus grandes pour un encombrement de plus en plus minime, voilà la formule qui a permis aux lecteurs, quel que soit le support utilisé, de trouver leur chemin dans les poches d’un public de plus en plus large, au point que certains observateurs se sont mis à parler d’une headphone culture, souvent en termes assez dépréciatifs*.

Cependant, si le MP3 (je fais ici le pari téméraire de considérer que le walkman, baladeur et autre lecteur de cassettes n’est plus usité activement que par une minorité – nostalgiques, technophobes, hipsters… – d’usagers, ce qui m’autoriserait à centrer mon propos sur leurs équivalents numériques) s’est très largement banalisé dans le monde occidental**, le contenu de ces boîtes à musique du troisième millénaire varie énormément d’un individu à l’autre. De gustibus non disputandum. Pourtant, je suis convaincu qu’il est des éléments que l’on devrait retrouver dans chaque MP3, indifféremment des inclinaisons de son possesseur. Des choses utiles, intéressantes, ou simplement amusantes, grâce auxquelles la bête donnera le meilleur d’elle-même, pour la plus grande satisfaction de son propriétaire. Au terme d’une intense séance de brain-storming, j’ai réussi à lister 10 de ces must have, que j’ai naturellement décidé de présenter sous forme d’un top 10 du meilleur aloi.

Nota Bene: N’ayant ni les moyens financiers, ni les relations professionnelles, nécessaires pour me targuer d’une connaissance encyclopédique de tous les appareils sur le marché, je n’évoquerai dans ce dernier que mon expérience personnelle, une relation exclusive et heureuse (disons-le) avec les produits de la gamme Apple. Il se pourrait donc que certains des éléments du top ci-dessus ne soit pas compatible avec certains types de MP3.

*: Je me demande si ceux qui se désolent de voir les passagers des transports en commun s’isoler dans leur bulle musicale pensent vraiment que la disparition des MP3 transformerait la rame de métro bondée de 8h26 en café philo.

**: Selon l’étude du Professeur Michael Bull, la moitié de la population urbaine occidentale utilisait un MP3 en 2007.

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1. UNE COQUE

Un début littéral donc, et absolument essentiel. Quand on connait le prix moyen de ces petits gadgets, inversement proportionnel à leur résistance aux chocs, on comprend aisément pourquoi il n’est pas idiot d’allonger quelques euros supplémentaires pour protéger sa nouvelle acquisition. Sauf à considérer qu’un écran tactile aussi fendillé qu’une tablette mésopotamienne est le top du swag, ou qu’un boîtier plus cabossé et rayé qu’un tank israélien à la fin de la deuxième Intifada permet de sortir du lot, bien sûr. À moins de manipuler son MP3 avec la précaution et la révérence habituellement réservée au suaire de Turin, aux minutes du procès de Jeanne d’Arc et à la vaisselle de belle-maman, je vous incite fortement à sortir couvert en toutes circonstances.

Thank you for your selfless sacrifice...

Thank you for your selfless sacrifice…

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2. UNE IDENTITE

Même le Père Noël n'est pas à l'abri d'une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde...

Même le Père Noël n’est pas à l’abri d’une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde…

Et pas n’importe quelle identité: la vôtre. Un nom, une adresse mail, un numéro de téléphone, un thème astral, un pseudo Meetic…, bref quelque chose qui permettrait à la personne qui ramasserait votre bien dans le métro (correspondance négociée au forceps),  un bar (coordination musculaire hasardeuse après le cinquième litre de bière), ou sur le glacier de la Meije (si si, ça peut arriver, demandez à Nicolas Hulot) de rentrer en contact avec son propriétaire légitime. Vous êtes certainement en train de vous dire que je suis un doux rêveur en m’imaginant que cette précaution permettrait de réunir objets et sujets, mais après tout, vous n’avez rien à perdre à croire en la bonté intrinsèque de la nature humaine (team Rousseau) plutôt que dans son caractère rapace et mesquin (team Hobbes). Ce serait dommage de tomber sur un bon samaritain providentiel, et de réduire à néant sa volonté d’aider son prochain à cause d’une bête absence de données*. Pensez à motiver son sens de la justice en promettant une récompense contre le retour de la marchandise, si vous pensez que cela pourrait faire la différence.

*: D’accord, il y a de fortes chances que votre MP3 soit constellé d’empreintes digitales, fragments de peau et autres échantillons génétiques, mais à moins d’avoir égaré le bestiau dans le quartier d’Horatio Caine pendant les RTT du bonhomme, ces indices resteront malheureusement inexploités.

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3. LA PLAYLIST « DU MATIN »

Qui dit MP3 dit forcément playlist(s). Pour les plus jeunes des lecteurs, je rappelle que cette pratique consistant à regrouper des morceaux dans un même fichier selon une logique pertinente (plus ou moins – des goûts et des couleurs… -) doit son origine à un banal manque d’espace de stockage, les premiers baladeurs numériques ne pouvant guère ingurgiter plus d’une cinquantaine de morceaux. Et encore, des courts*. Mainteannt que la moyenne basse de mémoire se situe plutôt aux alentours du terra octet, l’ère des choix cornéliens en matière de musique fait définitivement figure de préhistoire, mais l’intérêt populaire pour les playlists en tous genres n’a pas faibli, loin de là. À l’heure de la culture de masse, il s’agit d’un des derniers moyens de se singulariser par rapport au reste du troupeau, et je ne suis pas le dernier à penser qu’on en apprend plus sur un individu en jetant un œil à la composition de sa playlist favorite plutôt qu’en épluchant son CV ou en espionnant son activité sur les réseaux sociaux**.

Pour en revenir à notre point, la playlist dite « du matin » est un must have pour attaquer la journée du bon pied. S’il est bien connu que la musique adoucit les mœurs, je suis persuadé qu’elle peut également agir comme une puissante source de motivation et de conditionnement « énergétique », pour peu que l’on utilise les bons morceaux au bon moment. Quoi de mieux qu’un shot d’AC/DC au réveil pour regonfler ses batteries et booster sa confiance en soi? Ajoutez un peu de Bonney M et de Stevie Wonder pour les bonnes ondes et une pointe de sarcasme (souverain lorsqu’on arrive pas à décider qui est le plus bondé entre le quai de métro sur lequel on attend depuis dix minutes et la rame qui vient juste d’entrer en station) typiquement british avec quelques titres des Smiths, et vous obtiendrez un puissant euphorisant qui vous permettra d’arriver sur votre lieu de travail sans arrières pensées homicides, ou si peu.

Le matin...

Le matin…

*: C’était l’époque où l’on devait choisir entre Shine On You Crazy Diamond ou un double live des Ramones. Dur.

**: Si j’étais le boss de la NSA, je mettrais le paquet sur Spotify, Deezer et Soundcloud plutôt que sur Facebook, Twitter et Tumblr. Just saying.

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4. LA PLAYLIST « DU SOIR »

Si la playlist du matin peut s’apparenter à une pinte (neuronale) de redbull coupée au Tabasco et aromatisée à la juvamine, la playlist du soir ressemble plutôt à une infusion de spleen relevée aux anxiolytiques et agrémentée d’une rondelle de mélancolie jemenfoutiste (pour la déco). Le cocktail parfait pour vous faire oublier que votre vie est misérable et que vous seriez tellement mieux ailleurs, loin de cette trop supportable routine dans laquelle vous vous engluez chaque jour un peu plus. Bref, la playlist du soir ne respire pas franchement la joie de vivre et la positive attitude*, mais la bonne humeur, c’est bon pour les débiles, pas vrai? Tristesse et beauté, voilà les maîtres mots de cette compilation, où se croisent solennellement le corbeau de Poe et l’albatros de Baudelaire, adaptés réciproquement par Alan Parson et Léo Ferré, tandis que Nick Cave trucide Kylie Minogue sur le bord d’une rivière, que les Arcade Fire chroniquent la dernière guerre des banlieues et que Cat Stevens enterre sa Lady d’Arbanville. Entre (beaucoup d’) autres.

...et le soir

…et le soir

*: Vous pouvez tout de même mettre des chansons de Lorie si vous le souhaitez, mais privilégiez les plus récentes, comme celles des albums Regarde Moi et Danse, bides monumentaux illustrant à merveille la difficulté qu’ont les artistes pour ados à survivre sur le long terme. Ah, je suis vraiment immonde. Et j’aime ça.

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5. LA PLAYLIST « LISTEN TO ME PLEASE »

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what's good for you.

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what’s good for you.

Il est tellement facile et rapide de télécharger de la musique que l’on a vite fait de se retrouver avec des dizaines, voire des centaines, de titres en attente d’une première écoute sur son MP3. Ajoutez à cette réalité technologique la tendance très humaine de rester ad vitam eternam dans sa zone de confort plutôt que d’aller se frotter à l’inconnu, et vous comprendrez pourquoi il est de toute première instance de disposer d’une playlist regroupant tous les « petits nouveaux » du lecteur, afin de pouvoir immédiatement exploiter les (trop) rares bouffées de « tiens-et-si-je-donnais-sa-chance-à-cet-album-que-j-ai-téléchargé-il-y-a-déjà-trois-mois ». Grâce à la folie statisticienne d’iTunes, il suffit d’un clic pour trier l’ensemble de sa bibliothèque par ordre (dé)croissant de lectures, ce qui permet de créer et d’actualiser très facilement ce genre de playlist.  Les plus disciplinés s’astreindront des règles supplémentaires, comme par exemple l’interdiction formelle d’ajouter de nouveaux morceaux à son MP3 avant que le niveau des « inouïs » ne soit repassé sous un certain seuil (je respecte au plus haut point les gens qui se tiennent à ce genre de régime, car j’en suis moi-même incapable).

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6. LES PLAYLISTS THEMATIQUES

Il y a des moments où on n’a pas envie de lancer le mode shuffle, ni d’écouter un album en particulier, et encore moins de construire son programme morceau par morceau. Dans ce genre de situation, où paresse intellectuelle et envie de musique se font face dans des proportions sensiblement semblables, il est utile de disposer de quelques playlists thématiques pour dénouer avec élégance et nonchalance ce nœud gordien*. Citons par exemple les ensembles décennaux, (60’s, 70’s, 80’s…) toujours pratiques en cas de nostalgite chronique, le regroupement live en cas d’envie pressante de chaleur humaine, ou encore les divisions linguistiques (tout français/anglais/espagnol/islandais…).

*: Enchevêtrement tellement indépêtrable qu’il en devint légendaire, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne vienne y mettre un coup de canif. Donnez suffisamment de temps à une paire d’écouteurs lambda, et elle se transformera à son tour en nœud gordien. C’est la fatalité.

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7. UN STARTER

Starter personnel: "Reprise" de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de "Yeaaaaah" par Freddie Mercury himself. Who else?

Starter personnel: « Reprise » de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de « Yeaaaaah » par Freddie Mercury. Just perfect.

Imaginez: vous savez précisément laquelle de vos playlists soigneusement conçues vous avez envie d’écouter, vous avez réglé votre lecteur en mode shuffle pour varier les plaisirs, vous êtes sur le point de lancer la machine… mais vous n’arrivez pas à décider avec quel morceau vous voulez commencer la séance. First World Problem. Le mode shuffle, malgré toutes ses qualités, ne se déclenche en effet qu’à n+1 (à moins d’être lancé pour l’ensemble de la bibliothèque – alias « le grand bain » -), ce qui oblige à choisir la première cartouche soi-même. Mine de rien, cette petite complication peut prendre des proportions déraisonnables, surtout si, comme moi, vous avez une playlist préférée dont vous connaissez tellement bien les morceaux que certains se sont transformés en scies quasiment inécoutables (comme dit l’adage, de l’habitude naît l’ennui), et qu’en conséquence, vous devez scroller jusqu’au dernier tiers de la liste pour lancer l’écoute avec un titre un peu plus « frais » que les autres (que vous écouterez tout de même avec plaisir quand ils seront joués, car vous êtes quelqu’un de compliqué). La solution à ce problème tient en deux mots et moins de cinq secondes: le starter.

L’idée est de placer en tête de vos playlists un morceau très court, ou mieux, un jingle ou une plage sonore, afin de pouvoir goûter aux joies d’un mode shuffle totalement aléatoire. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, et pourtant je peux vous assurer que cette micro astuce améliore nettement le plaisir d’écoute. Ne plus avoir à se prendre la tête au moment de lancer une playlist est un luxe dont on ne peut rapidement plus se passer. L’essayer, c’est l’adopter.

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8. UN JEU POTABLE

Un des petits à côté sympathique des MP3 d’Apple est l’inclusion automatique de mini jeux, qui, s’ils ne vous colleront pas à l’écran des heures d’affilée, permettent néanmoins de passer le temps de manière agréable le cas échéant. Plus d’un trajet en train ou une file d’attente de concert ont ainsi été écourtés par une session sauvage de Klondike ou d’iPod Quizz (malgré son insupportable cruche en robe violette), même si ce dernier tend à vider la batterie à vitesse grand V*. À ne pas tenter au premier jour d’un trek de deux semaines dans le Sahara occidental (à moins d’avoir fait vœu d’abstinence musicale avant de partir), mais salvateur en cas de retardement de TGV, si tant est que l’on a pensé à prendre le câble d’alimentation et l’adaptateur du bestiau avant de prendre le rail, bien sûr (autrement, pas sûr que l’on tienne les 10h réglementaires du Paris-Bordeaux).

*: Les lecteurs attentifs et bien informés se demanderont peut-être pourquoi il n’est pas fait mention de Vortex dans la liste des exemples, puisque ce dernier constituait le dernier membre du trio de jeu inclus de base sur tous les iPod Classic (au moment où j’ai acheté le mien, tout du moins). La raison en est simple: Vortex n’est pas un jeu potable, c’est une application rage quit grossièrement dissimulée par un skin vaguement attrayant, ainsi que le plus sûr moyen d’user prématurément la molette de contrôle du MP3. Connaissant la politique du SAV de la marque à la pomme (dite du « pourquoi remplacer une pièce quand on peut racheter un nouveau lecteur? »), je soupçonne cette dernière d’avoir voulu subtilement troller ses clients en offrant ce jeu à l’achat.

Bienvenue dans le niveau "Eparcyl - la fosse tranquille" de Vortex.

Bienvenue dans le niveau « Eparcyl – la fosse tranquille » de Vortex.

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9. LES COVER ARTS

Avant, j'oubliais toujours d'où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c'était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

Avant, j’oubliais toujours d’où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c’était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

La fin du top approche, et avec elle les points les plus contestables de ce classement (essayez de faire un top 10, et vous verrez que c’est diablement dur de maintenir le niveau jusqu’au bout). Il est vrai que la présence ou l’absence de cover arts ne joue pas un grand rôle dans la qualité d’écoute d’un morceau, mais faire outre de ce qui me semble être une part essentielle de l’œuvre d’un artiste ou d’un groupe que vous appréciez au point de vouloir posséder sa musique me semble être au minimum non intuitif, et au pire carrément scandaleux (si le cover art est vraiment excellent).

On accuse souvent le MP3 d’avoir réduit la musique à des séquences codées et compressées, quand d’autres formats de stockage sont au contraire loués pour leur côté organique et chaleureux, et je ne peux m’empêcher de penser que ces attaques persistantes visent autant l’objet que les utilisateurs de ce dernier, à qui on reprocherait sous le manteau leur consommation « industrielle » et « dénaturée ». Chacun est libre de penser ce qu’il souhaite à ce sujet, du moment qu’il accepte le fait que d’autres ont le droit de ne pas partager ses vues, et pour ma part, en ma qualité de grand utilisateur de MP3, je considère qu’un des moyens à ma disposition pour donner tort aux ayatollahs de la platine vinyle (pour ne pas les citer) est de pouvoir associer chaque morceau de mon lecteur à son cover art, quitte à devoir parfois mettre les mains dans le cambouis et les pieds dans la section images de Google quand GraceNote fait chou blanc… ce qui arrive relativement souvent.

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10. LES PAROLES

Si vous êtes familier avec le logiciel iTunes, vous savez sans doute que le menu « obtenir des informations » (sélectionnable en cliquant avec le bouton droit de la souris sur le titre d’un morceau) se décompose en plusieurs onglets, dont un « paroles ». En revanche, vous ne savez peut-être pas qu’il est possible de faire apparaître ces dernières (sous réserve que vous les ayez ajoutées – manuellement, cela va sans dire – ) sur l’écran de votre MP3 en cliquant 5 fois de suite sur le bouton central. Depuis que j’ai fait cette découverte, complétement par hasard, je dois avouer que je me suis piqué au jeu, et ai passé de longues heures (en cumulé) à copier/coller les paroles des morceaux de mon iPod. Certes, il s’agit d’une tâche fastidieuse et sans gloire, mais elle vous permettra de devenir une sommité reconnue en matière de lyrics au sein de votre cercle d’amis (« quoi, tu ne connais pas le 9ème couplet de A Hard Rain’s A-Gonna Fall? C’est la baaaase man!), de pouvoir réviser dans la file d’attente des concerts (à vous les regards complices échangés avec votre artiste préféré quand -si…- il/elle remarquera que vous connaissez les paroles de toutes ses chansons… Priceless), et accessoirement de comprendre enfin de quoi parle ce morceau que vous fredonniez en yaourt depuis toutes ces années. Bref, ce dixième point n’est certes pas le plus essentiel du top, mais il remporte haut la main le trophée du « détail qui tue », et tout le monde sait que le diable se cache dans les détails. Fans de Burzum, à vos claviers.

Ce n'est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n'importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d'un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

Ce n’est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n’importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d’un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

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Voilà qui termine notre checklist des incontournables (certains plus que d’autres) du MP3. J’espère que cette dernière vous permettra de considérer votre lecteur sous un nouvel angle, et d’explorer toutes les possibilités qu’il vous offre, et elles sont nombreuses. Bonne écoute!

W.H.A.T.T. (N.O.W.): SO FAR AWAY FROM ME

Nouveau volet consacré à l’errance de l’auteur de ce blog dans les profondeurs des mondes virtuels, à la recherche des musiques les plus rares et les plus exquises. Chapitre où le lecteur sera dûment chapitré sur l’éventuelle frustration engendrée par cette perpétuelle prospection, et apprendra à évaluer les chances avant de s’engager.

Internet a rendu la chasse aux nouveaux talents musicaux tellement simple et facile qu’il n’est pas rare de se retrouver entiché d’artistes vivant à des milliers de kilomètres de chez soi. L’effervescence perpétuelle de la blogosphère, la mise en place de plateformes d’écoute et de téléchargement à l’offre aussi variée que complète (Deezer, Spotify, Gogoyoko, Lastfm…), le volontarisme des groupes dans la promotion de leur musique (via MSN, Soundclound ou encore Bandcamp, sans oublier les classiques Facebook et Twitter), ainsi que les coups de chance et autres errances heureuses qui sont le lot de tout un chacun sur la toile*, tous ces facteurs concourent à la découverte de talents sans que le facteur de l’éloignement rentre le moins du monde en compte. Il s’agit évidemment d’un privilège très appréciable, et que nos ancêtres mélomanes auraient sans doute rêvé de posséder, mais qui se double parfois de frustration.

Richey Edwards, guitariste des manic Street Preachers. Porté disparu depuis février 1995.

Richey Edwards, guitariste des Manic Street Preachers. Porté disparu depuis février 1995.

En effet, si la musique se dématérialise très bien, n’en déplaise à tous les rigoristes du vinyle, qui préféreraient sans doute se crever les tympans avec le diamant de leur platine plutôt que de subir l’horrible son compressé des MP3, les artistes restent toujours, eux, soumis aux contingences de l’espace et du temps. Cela ne pose pas de problème si l’auditeur se satisfait des performances « surgelées » à sa disposition sur le web, mais si au contraire il éprouve le désir d’entendre de quoi il en retourne en live, l’équation se complique méchamment. On commence à parler de concerts, voire de tournées (peut-être même de tournées internationales, dans le pire des cas), entreprises bien plus coûteuses et compliquées à mettre sur pied qu’un simple enregistrement en studio. Au bout du compte, il faudra se rendre à l’évidence: il y a certains artistes que l’on ne verra probablement jamais sur scène, à moins d’y mettre les moyens** ou de prier quotidiennement pour un miracle (qui sait, peut-être que Richey Edwards donnera  signe de vie un de ces jours?).
Et même s’il existe des exceptions, on constate empiriquement que plus la distance entre un fan et son idole est élevée, plus les chances du premier d’assister à un concert de la seconde sont faibles. D’autres facteurs doivent cependant être considérés afin d’établir la prévision la plus précise possible. C’est l’objet de cet article, qui recense quelques  uns des paramètres les plus importants à prendre en considération au moment où se pose l’impérieuse question du: « verrais-je un jour X chanter Y sur scène? ». Ce qui suit est donc un barème de probabilité, encore assez grossier, mais que j’espère raffiner et compléter au fil du temps. Toute aide ou suggestion de critère(s) omis est la bienvenue. Bonne lecture.

*: Aussi connu sous le nom du syndrome « hé mais c’est pas mal du tout ce truc ».

**: Doctrine Lagardère: « si l’artiste ne vient pas à moi, c’est moi qui irait à l’artiste ». Ça peut revenir très cher si l’artiste en question est un joueur d’Ocarina domicilié dans l’état brésilien de l’Amazonas.

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Le premier critère à prendre en compte est aussi trivial que déterminant: l’artiste/le groupe en question est-il toujours vivant/d’actualité? Je ne veux pas jouer les rabats-joie, mais les nouveaux fans de Jimi Hendrix, Etta James ou Jeff Buckley ne devraient pas nourrir trop d’espoir quant à la possibilité d’assister à un show de ces derniers. Fallait se réveiller avant les gars. Côté groupe, une reformation d’Oasis, The Smiths ou Téléphone semble également improbable, même si tout reste possible du moment qu’aucun des membres du combo en question n’a encore passé l’arme à gauche. Pour les Beatles, Cream ou Pink Floyd, en revanche, ça risque d’être compliqué…

En bref: Il n’y a rien de plus rédhibitoire  que la mort ou un conflit d’ego en ce qui concerne la tenue d’un concert. Et si les hologrammes peuvent ressusciter nos chers disparus, je ne suis pas sûr que de telles pratiques « nécrommerciales » doivent être cautionnées.

Esprit, es-tu là? Ramène-toi, il y a du fric à se faire

Esprit, es-tu là? Ramène-toi, il y a du fric à se faire

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Stones 50Si la cible n’est pas morte/dissoute, la prochaine étape est de se renseigner sur son activité musicale. Si vous avez de la chance, cette dernière justifiera une tournée prochaine, qu’il s’agisse de défendre un nouvel album, ou (dans le cas des vieilles gloires sur le déclin) de célébrer l’anniversaire d’un disque particulièrement marquant (35 ans pour Rumours? Tournée mondiale!) ou tout simplement la longévité d’une carrière (50 pour les Stones? Tournée mondiale!). Si rien n’est prévu pour le moment, ne désespérez pas: un album est peut-être en préparation, ou une date significative s’approche sûrement.

En bref: Les artistes sont des gens normaux, qui ont besoin de gagner leur croute. Seule une minorité d’entre eux peut se permettre de vivre de ses rentes, les autres devant travailler pour subvenir à leurs besoins. Cela signifie enregistrer des disques et en faire la promotion, ce qui passe normalement par des concerts. Si vous avez raté la dernière tournée, attendez la prochaine.

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Une fois résolues ces questions générales, il est temps de se pencher sur le parcours de la cible. Même si le passé ne conditionne pas totalement l’avenir, et qu’il y a des débuts à tout, une rapide recherche sur quelques points ciblés permet généralement d’affiner le tableau, et de dégager des facteurs encourageants ou rédhibitoires quant à vos chances d’assister à un concert. Par exemple, il est intéressant de savoir combien d’albums a sorti la cible, car un artiste n’ayant qu’un EP de trois reprises à son actif n’aura simplement pas assez de matériel pour se produire sur scène, tandis qu’un autre avec cinq disques au compteur n’aura évidemment pas ce genre de problèmes.

Le nombre de tournées précédentes est également une information précieuse, particulièrement s’il est possible de connaître l’amplitude de ces dernières (locales, régionales, nationales, continentales, internationales). Plus un artiste a tourné, plus il a voyagé loin de sa base par le passé, et plus les chances sont grandes pour qu’il passe pas loin de chez vous la prochaine fois*.

Dernier point à éclaircir: la cible est-elle déjà venue dans votre pays (ici, la France) par le passé? Si oui, cela veut dire qu’elle ou son management est entré en relation avec des salles et des tourneurs, contacts qui faciliteront son éventuel retour. Vérifiez tout de même que rien de fâcheux ne lui soit arrivé la dernière fois qu’elle est venue par chez vous, certains artistes ayant la rancune tenace envers les publics les ayant mécontentés.

En bref: Les artistes expérimentés et baroudeurs sont ceux qui ont le plus de probabilité de venir jouer pas loin de chez vous. Les jeunes pousses préfèrent généralement (et c’est compréhensible), faire leurs premières armes près de chez eux. Si vous habitez près de chez eux, c’est le jackpot, sinon… attendez qu’ils grandissent.

*: Pas mal de groupes ou d’artistes américains ont la sale manie de se contenter de tournées nord-américaines, quand bien même ils disposent d’une notoriété suffisante pour sillonner l’Europe.

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Elle a monté une tournée toute seule... (air connu)

Elle a monté une tournée toute seule… (air connu)

Autre critère déterminant: le soutien dont la cible bénéficie, ou pas, de la part de professionnels du monde de la musique. Planifier une tournée tout seul dans son coin est une entreprise ingrate, longue et harassante, et c’est bien pour ça qu’il existe des professionnels rémunérés pour s’occuper de cette corvée. Un artiste ou un groupe signé par un label bénéficiera généralement d’une aide de ce dernier pour organiser ses concerts, ce qui est évidemment bénéfique pour vous. Les indépendants devront faire sans, et les résultats en terme de tournée risquent de s’en ressentir.

En bref: Avoir un label, et mieux, un manager attitré, permet de tourner plus facilement. Certains artistes ont le courage et la patience de monter une tournée de manière indépendante (Austra, par exemple), mais le résultat sera presque toujours plus modeste que celui permis par l’aide d’un pro.

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En matière de tournée, il n’y a pas de détails insignifiants ni de petits profits, en particulier pour les artistes débutants, pour qui partir sur les routes constitue toujours une aventure humaine et un pari financier. Cela nous force à nous pencher sur des points que l’on pourrait considérer comme triviaux, mais qui ne le sont pas du tout.

Autre paramètre à considérer, la taille des instruments. La guimbarde a ses avantages...

Autre paramètre à considérer, la taille des instruments. La guimbarde a ses avantages…

Par exemple: combien de personnes sont nécessaires à la bonne tenue d’un concert? On parle ici aussi bien des musiciens qui seront sur scène que des techniciens qui leur permettront de jouer, du chauffeur qui les amènera sur place, du manager qui règlera les questions pratiques inhérentes à ce genre d’évènement et fera l’interface avec les organisateurs, du cuisinier qui préparera le repas… et on peut continuer encore longtemps.

La règle ici est la suivante: moins ce chiffre est important, mieux c’est, car les coûts en seront réduits d’autant. Le must absolu en la matière étant le one-man band voyageant seul avec sa guitare et sa valise, et qui pourra donc partir en tournée internationale pendant huit mois pour le coût d’un seul concert de Lady Gaga. À l’inverse, n’espérez pas trop que ce prometteur (comprendre, quasi-inconnu) septuor repéré sur le net il y a quelques temps traverse l’océan qui vous sépare à très court terme. Ça leur reviendrait sans doute trop cher, pour des retombées financières et médiatiques plus qu’incertaines.

En bref: Voyager coûte cher. Voyager en groupe et avec des instruments coûte très cher. Prenez ça en compte.

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On ne peut pas clore le chapitre du voyage sans prendre compte le facteur de la distance. La règle générale est bien sûr celle du « plus c’est loin, plus c’est cher », mais il est possible de raffiner un peu plus cet axiome. Le moyen de transport utilisé a ainsi une forte incidence, l’avion coûtant beaucoup plus cher que le train ou le bon vieux van, et cela explique pourquoi les tournées mondiales sont l’apanage des artistes les plus établis et/ou les plus à l’aise financièrement parlant.

Le van est l'avenir de l'homme en tournée, c'est bien connu.

Le van est l’avenir de l’homme en tournée, c’est bien connu.

Fort heureusement pour nous autres Européens, la qualité et la densité des infrastructures de transports du continent permettent de limiter les coûts de déplacement, ce qui autorise même de « petits » groupes ou artistes à s’embarquer dans des tournées continentales sans devoir braquer une banque au préalable. C’est déjà plus compliqué pour les musiciens nord-américains de se produire dans le Vieux Monde, même si beaucoup d’entre eux franchissent néanmoins le pas dès qu’ils en ont les moyens. Les Sud-Africains, Australiens et Néo-Zélandais sont confrontés au même problème (et ça leur coûte encore plus cher de venir), et prennent souvent la décision de se relocaliser aux USA ou en Europe dès qu’ils en ont les moyens pour réduire leurs frais. Restent l’Amérique du Sud, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, dont les artistes tournent généralement au niveau national, régional s’ils sont assez connus, mais ne viennent pratiquement jamais par chez nous. Un jour, peut-être…

En bref: Qui veut voyager loin doit en avoir les moyens. Et les musiciens ne roulent généralement pas sur l’or…

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Ou pourquoi Vincent Delerm ne se produira jamais en Hongrie.

Ou pourquoi Vincent Delerm ne se produira jamais en Hongrie.

Après avoir évoqué la question de la distance, passons à celle de la langue. On a beau vivre dans un monde de plus en plus mondialisé, la plupart des gens ont des goûts très locaux en matière de musique. Est-ce une question de sonorité, d’habitude, ou bien le besoin de comprendre (même partiellement) de quoi l’artiste parle dans ses textes? Toujours est-il que nous préférons en général écouter des chansons écrites dans la langue que nous parlons tous les jours, l’anglais, de part son statut particulier, étant également toléré. En clair, cela veut dire que les groupes francophones ne jouent (généralement) que dans des pays francophones, les hispanophones dans les pays hispanophones, les germanophones en Allemagne, Autriche et Suisse, etc… Il n’y a que les artistes anglophones qui s’exportent réellement partout, ou au moins dans l’aire d’influence du monde occidental. N’espérez donc pas trop que le combo finlandais chantant en langue Sami que vous avez découvert à la suite d’un trek en Scandinavie vienne un jour tourner en France, sauf invitation expresse de la salle Pleyel (on peut ranger cette possibilité dans la catégorie des miracles). Déjà que Kaizers Orchestra boude l’Hexagone*…

En bref: À part quelques rares exceptions (Ramstein, Sigur Rós, et c’est à peu près tout), les artistes qui font des tournées en France chantent en français (et toutes les langues régionales pratiquées dans notre beau pays) ou en anglais.

*: Les textes de Janove Ottesen, le chanteur du groupe, sont écrits en dialecte Jæren (une variante régionale du norvégien), ce qui ne les a pas empêché de réaliser plusieurs tournées européennes et de jouer devant des publics qui n’ont sans doute pas compris un traître mot de la soirée. Le fait que les Kaizers aient donné des concerts en Allemagne, Autriche, Suisse et Belgique au cours des dernières semaines, sans rien prévoir pour la France, en dit long sur la réputation de snobisme que nous devons avoir à l’étranger.

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Dernier critère à prendre en compte, mais non des moindres: la renommée de la cible dans le pays que vous espérez qu’elle visite. Certains artistes sont connus aux quatre coins de la planète, d’autres n’ont jamais joué en dehors de leur chambre, et entre la gloire internationale et l’anonymat le plus complet on dénombre une infinité de statuts, depuis la gloire locale jusqu’à l’idole des maisons de retraite, en passant par le vedettariat national ou encore la reconnaissance du « milieu ».

La tournée étant, comme on l’a dit plus haut, une opération coûteuse, il n’est guère surprenant que les musiciens cherchent à minimiser les risques en jouant en priorité dans les zones où ils s’attendent à être bien reçus, autrement dit, celles où ils ont vendu le plus d’albums ou rempli le plus de salles lors de tournées précédentes. Bien souvent, il s’agit de leur région/pays d’origine, mais pas toujours*. Concurrence exacerbée et crise économique obligent, l’époque où les artistes pouvaient se permettre de partir en tournée afin de conquérir de nouveaux publics, jusque là restés insensibles à leurs charmes, est aujourd’hui révolue.

I wonder... pourquoi ça n'a pas marché à la maison.

I wonder… pourquoi ça n’a pas marché à la maison.

En clair, si vous pensez que vous êtes la seule personne à avoir reconnu l’immense talent de X à l’échelle de votre pays, vous devrez sans doute prendre votre mal de live en patience, et attendre que les médias locaux réalisent à quel point X est génial. Avec un peu de chance, le management de X aura vent de la nouvelle célébrité de son poulain, et l’enverra faire quelques concerts pour consolider sa réputation. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

En bref: Les artistes ne se déplacent que rarement en terrain inconnu (c’est moins vrai pour les artistes débutants, que personne ne connaît de toute façon).

*: Sixto Rodriguez est la preuve vivante (bien que plus très vaillante) que l’on peut rater misérablement sa carrière nationale et triompher à l’étranger. Dommage qu’il n’ait eu vent de son statut d’icône absolue en Afrique du Sud qu’une fois atteint l’âge de la retraite.

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Comme le disent si bien les Directioners et Beliebers entre deux crises d’hystérie, tout le monde devrait avoir la chance de voir ses idoles sur scène.  Malheureusement, les choses sont rarement aussi simples, et la patience des fans n’est pas toujours récompensée. Avec l’aide des critères listés ci-dessus, il est toutefois possible de déterminer avec une précision quasi-scientifique* les chances pour qu’un artiste donné passe à un endroit donné. Faîtes en bon usage, et souvenez-vous que les chances pour qu’une chorale de gamins des rues de Kampala se produise un jour dans la banlieue d’Angoulême sont pratiquement égales à celles de voir débarquer une troupe de mime Inuit dans la salle des fêtes d’Oulan-Bator. C’est dit.

*: les qualificatifs mensongers présents dans cet article n’engagent que les lecteurs assez crédules pour les prendre pour argent comptant.

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