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W.H.A.T.T. (I.F.): Le Lundi au soleil…

On conclut la saga des Vieilles Charrues 2012 avec un petit article écrit en attendant le train pour Guingamp. Le calme après la tempête. Putain, ça fait du bien.

Assis sur un banc du petit parc ouvert aux quatre vents jouxtant la gare de Carhaix, je savoure les bonheurs simples de la vie. Car si le festival est l’occasion de contenter quelques uns des besoins que des millénaires d’évolution nous ont permis de développer (pas sûr que nos ancêtres aient considéré que la musique et la fête constituaient des raisons suffisantes pour faire converger quelques 60.000 personnes en un lieu donné – et étriqué – pour quatre jours d’affilée), cette satiété se paie au prix du sacrifice d’autres impératifs, grièvement bafoués le temps d’un long week-end.

Mais les Vieilles Charrues ont tracé leur sillon pour cette année, d’où commence déjà à éclore une brassée sauvage de souvenirs. Croissance explosive, mais durée de vie limitée, cette espèce doit être cueillie le plus tôt possible, et ses fleurs impitoyablement écrasées sous le poids des mots, couchées sur le papier, pour  espérer garder leurs couleurs vibrantes le plus longtemps possible. Les teintes pâlissent au fil des jours, c’est inévitable, mais faisons ce que nous pouvons pour conserver la fraîcheur de l’instant présent, ou du moins l’idée que l’on s’en fait. Le temps est un kleptomane dont on s’efforce de suspendre les vols…

Par petits groupes calmes et silencieux, mes confrères et sœurs ex-festivaliers en attente de leur bus ou de leur train viennent coloniser l’espace disponible. Adossés au mur de la gare et aux barrières volantes, assis sur le goudron qui infuse à petit feu ou sur des bancs, allongés sur l’herbe ou sur les marches du parvis de la place, chacun s’efforce de régler l’objectif de son mind’s eye pour que les clichés pris durant le festival soient les plus nets possibles dans l’album de la mémoire. Une immense séance de Photoshop en plein air, en quelque sorte.

Je reviens tout juste d’une virée au Leclerc local, casse-croûte en poche. C’est fou comme déambuler dans les allées immaculées et ordonnées d’un temple de la consommation peut s’avérer reposant et ressourçant après une centaine d’heures de joyeux et crasseux chaos. Retour en douceur à la civilisation, je regarde en curieux les titres de la presse locale, consacrés comme de juste à l’évènement dont j’ai été l’un des nombreux témoins directs la veille. Pas envie de se reconnecter avec le reste du monde tout de suite, le petit monde du Poher suffisant encore à mon bonheur pour le moment.

Cède 50cm², bruyant mais très bien situé, contre n’importe quoi de plus grand et plus calme…

Bonheurs simples, tous: bonheur d’attendre assis sur un banc avec assez de place pour étendre ses jambes, après des journées passées debout sur une plateforme imaginaire de 50×50 cm.
Bonheur de se nourrir de choses abominablement grasses et sucrées (sandwich américain poulet et Schweppes), et à des horaires normales qui plus est, après 3 jours de quasi ramadan, interrompu seulement par de la fougasse insipide et des pommes.
Bonheur d’avoir trois bons mètres entre moi et mon congénère le plus proche, après des journées de proximité entêtante, de jour comme de nuit.
Bonheur d’être libre de ne penser à rien de particulier, après une demi-semaine de plannings chargés et d’organisation stricte.
Bonheur du presque silence après les clameurs des concerts, le brouhaha du village et les beuglements du camping.
Bonheur enfin de se redécouvrir des penchants humanistes, après avoir inconsciemment considéré le reste du monde comme des rivaux prêts au pires bassesses pour vous piquer la place que vous avez eu tant de mal à dégotter.

12h20 à Carhaix, ce lundi 23 Juillet ne figurera nulle part dans le futur musée dédié aux Vieilles Charrues, mais il se pourrait bien qu’il s’agisse du meilleur moment du festival. Selon le sens du vent, on peut même sentir la mer.

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VIEILLES CHARRUES – JOUR 4 (DIMANCHE)

Quatrième jour. À cette époque, Dieu avait déjà créé la lumière, le ciel, les continents, les mers, le soleil et la lune (et considérait la possibilité de déposer un RTT dans un futur proche). Le festivalier aurait quant à lui bien du mal à inventer le fil à couper l’eau chaude à ce stade des réjouissances, les trop rares et trop mauvaises heures de sommeil glanées depuis jeudi ne cachant plus guère la misère. Heureusement que les organisateurs, dans leur infinie mansuétude, ont pensé à bloquer la température des douches du camping à 19°C : coup de fouet garanti pour tous les zombies titubant hors de leurs tentes dès potron-minet (ou équivalent) pour un brin de toilette.

Les idées à peu près claires, on se souvient enfin pourquoi la journée du dimanche a été soulignée en rouge dans l’agenda des concerts de la saison (petit outil fort pratique que j’invite chacun de vous à avoir – ça peut éviter d’acheter des places pour deux shows programmés le même jour dans des salles différentes… – ): BOB DYLAN devrait venir say hello à Carhaix pour une représentation que l’on peut d’ores et déjà qualifier d’historique. Et même si l’ex juif errant le plus célèbre de la galaxie et de l’au delà n’est pas attendu avant 20h50 (avançant du même coup le show de la bande de Shirley Manson à 18h), mieux vaut ne pas trop traîner sur le chemin des grilles d’entrée. Trois générations de fans bretons seront en effet au départ pour approcher le mythe rongé aux mites au plus près. On a beau être le jour du Seigneur, ce Dieu jaloux qui interdit l’adoration des idoles, le Zim est attendu comme le messie pour la grand-messe folk rock espérée par tout un peuple d’aficionados. Amen(ez Dylan)!

Après un nouveau 400 mètres qui me qualifie directement pour la finale Carhaisienne (je crois bien que j’ai amélioré mon temps par rapport au samedi), je retrouve avec délectation mon renfoncement gauche. Côté retrouvailles, je renoue aussi avec mes voisins d’hier du côté droit, revenu comme la veille avec un Gwenn ha Du qui sera reconverti en pare-soleil quelques heures plus tard. Car ce dimanche s’annonce insupportablement radieux, ce qui n’est pas forcément une super nouvelle quand on est coincé en pleine lumière, sans échappatoire possible aux assauts de Phoebus.
Côté gauche, en revanche, c’est le renouvellement total. Exit les addicts de Thiéfaine et de Sting, et bonjour aux fans de Dylan. Un jeune de 20 ans avec T-shirt assorti et foi ardente en bandoulière, et un vieux de 60 balais venu voir l’interprète de Blowin’ In The Windjouer de l’harmonica. Comme ce dernier le dit lui-même, Bob est un Nikkon (ou peut-être une icône…), alors que son jeune voisin préfère parler de légende. Intéressante divergence lexicale, mais forte attente partagée.

Derrière, Kerouac accueille les JESUS CHRIST FASHION BARBE, que l’heure précoce a condamnée  à prêcher dans le désert. Ayant remporté le tremplin des Jeunes Charrues l’année dernière, les trois apôtres reviennent convertir les hordes païennes du Finistère à leur « lo-folk ‘n roll », comme Saint Maclou (non non, je n’ai pas fumé la moquette, la preuve) avant eux, avec un succès assez modéré, il faut bien le dire. Il manque encore à ce power trio l’inspiration divine pour écrire le riff, le solo, la chanson qui leur permettra de rallier à eux les brebis vagabondes par leurs milliers, car pour l’instant, c’est plus barbant que miraculeux.
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En Bretagne, quoi qu’il arrive, il pleut au moins une fois par jour

Cette première homélie expédiée, il est temps d’entrer dans le vif du sujet à Glenmor. En hors d’œuvre aujourd’hui, une spécialité bretonne relevée d’un zeste de Scandinavie, en la présence de l’ENSEMBLE MATHEUS, renforcé pour l’occasion de la cantatrice Suédoise MALENA ERMAN. Vieux fan gauche bougonne que ce n’est pas l’endroit pour du classique et prévient d’un air fataliste que « ça va siffler ». Jeune fan gauche ne répond rien, à demi assommé par le cagnard breton qui tape dur en ce début d’après-midi, malgré son chapeau (noir il faut dire). Pour résister un peu mieux que son jeune comparse, vieux fan est cependant contraint de mouiller sa casquette toutes les dix minutes pour éviter l’insolation. Parade personnelle à cette fournaise, un triple rempart capuche/casquette/lunettes de soleil, qui si elle donne des résultats esthétiques assez discutables, permet de garder la tête relativement froide en attendant le retour de températures plus supportables.

L’ensemble Matheus entre en scène sur les coups de 15h30, emmené par le jeune chef et premier violon Jean-Christophe Spinosi dont le look, à mi-chemin entre Keith Richards et Daniel Herrero, détonne radicalement avec l’uniforme habituel des formations classiques. Le dress-code du reste de la troupe est à l’avenant, les T-shirts délavés répondant aux vestes en jean, minijupes et paires de vieilles baskets. Il n’y a guère que Malena pour venir défendre l’idée de l’élégance figée que le grand public attache généralement l’opéra, la mezzo-soprano d’Uppsala choisissant de se produire en robes de soirée (une blanche puis une noire, le minimum pour une diva).

Contrairement aux prévisions pessimistes de vieux fan, le courant passe tout de suite avec le public, visiblement heureux d’échapper à la cérémonie de haute culture codifiée et exigeante, délivrée en costard trois pièces par une cohorte de musiciens mutiques, qu’il redoutait de devoir se coltiner. Les clichés sur l’opéra ont la peau dure. Pour avoir assisté au concert d’Archive à Rock en Seine l’année passée, pendant lequel le combo de Londinium avait été rejoint par un orchestre symphonique, je peux assurer à tous les râleurs que les musiciens classiques sont au contraire extrêmement démonstratifs lorsqu’ils se produisent sur une scène de festival, et que leur plaisir de jouer dans un cadre très différent de l’ambiance feutrée des auditoriums est tellement visible qu’il en devient communicatif.

Les morceaux proposés sont à l’avenant de cette volonté très prononcée de briser la glace avec un public pas forcément connaisseur du répertoire baroque (habituel terrain de chasse de l’ensemble Matheus).
Au menu, Vivaldi, Puccini et Haydn certes, mais aussi Van Halen et Jimmy Cliff, allégrement « samplés » par Spinosi et ses comparses, ce dernier n’hésitant pas à s’aventurer sur l’avancée de la scène pour délivrer ses soli, en véritable violin hero.
De son côté, Malena roucoule avec délectation, mais ne dédaigne pas non plus s’aventurer sur les terres du jazz et de la pop le temps de quelques morceaux tranchant agréablement avec d’autres œuvres plus académiques. On n’attendait pas moins d’éclectisme de la part de la candidate Suédoise à l’Eurovision 2009, où elle interpréta La Voix, morceau de pop-symphonique à la confluence entre l’efficacité disco d’ABBA (la Suède, toujours la Suède…) et les envolées lyriques de Nightwish. Comme le titre le suggère, les paroles de la chanson sont (en partie seulement, pas fous les Suédois) en français, et Malena est d’ailleurs parfaitement bilingue, comme elle le prouva au public de Glenmor en déclarant que « la Suède, c’est froid, c’est terrible ».
Bon, ce serait mentir de dire que j’ai réagi au quart de tour lorsque la belle a commencé à chanter son « tube » (la Suède a fini 21ème sur 25 en 2009), mais après vérification, elle a bien offert ce morceau aux Vieilles Charrues, et plutôt deux fois qu’une, le rappel étant l’occasion pour elle de resservir la même rengaine. Pour l’originalité, on repassera.

Car si on peut reprocher une seule chose aux Matheus, c’est le caractère franchement brouillon de leur prestation. Pas au niveau de l’interprétation, bien sûr (au contraire, on comprend vite pourquoi ces gars là sont considérés comme des cadors dans ce qu’ils font), mais plutôt au niveau du déroulé du show en lui-même: dissensions sur l’ordre des morceaux de la setliste, moments de flottement entre les titres, micros oubliés, rappel plus ou moins improvisé… On se serait cru au concert de fin de l’année de l’école de musique de Carhaix, et pas à une représentation sur la grande scène du plus gros festival français. Même si cette candeur spontanée et un tantinet bordélique tend plus à émouvoir qu’à irriter le chaland, comme ce final où l’un des enfants de Spinosi s’est carrément faufilé sur scène pour faire un câlin à son pôpa, on ne peut souhaiter au Matheus que de se rôder un peu sur tous ces détails qui permettent de « faire pro ». Comme ils ont promis de revenir, ça pourrait leur être utile pour la suite de leurs aventures carhaisiennes.
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17h, ou pas loin de. Le toujours impitoyable soleil finistérien darde ses rayons sur la foule massée sur le Kamperhuil. En contrebas, AMADOU & MARIAM entrent en piste, resplendissants dans leurs boubous orange et or. De ce que j’ai pu lire après coup, ils ne hasardent leurs précieux atours que lorsque la météo est au beau fixe, la délicate étoffe ne supportant pas la pluie. On comprend mieux pourquoi le show des Solidays était si terne. L’heure de concert que le tandem Malien donne à Kerouac permet de confirmer mon hypothèse, selon laquelle les noceurs de Bamako seraient des animaux à sang froid: revigorés par la canicule bretonne, les deux tourtereaux envoient nettement plus le bois que lors du dimanche pluvieux de Longchamp. Même Mariam a eu l’air contente d’être là, ça change des shows passés à tirer une tête de six pieds de long. On ne s’attardera toujours pas sur la musique servie, je n’ai pas changé d’avis en la matière (voir le report du dimanche de Solidays pour ceux que ça intéresse), mais en bande-son d’une fin d’après-midi ensoleillée, ça passe tout seul.

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Une certaine idée de la classe (2)…

Le deuxième acte de Glenmor de la journée se joue avec les GARBAGE, victimes de la volonté du bon Dylan de passer plus tard dans la soirée. Qu’à cela ne tienne, la soirée de clôture résolument rock programmée par l’organisation commencera donc à 18h au lieu de 21h.
Ayant du quitter le quatuor de Madison bien avant de leur set boueux des Solidays, c’est avec plaisir que je retrouve Shirley, Butch, Duke et Steve pour une séance de rattrapage nettement moins humide. La setliste n’a pas beaucoup évolué depuis Longchamp, la première partie s’articulant toujours autour de la sainte trilogie I Think I’m Paranoid, Queer et Stupid Girl, Mme Manson étant toujours accoutrée de la même inqualifiable culotte rouge et noire, et ses acolytes jouant toujours aussi fort que dans mes souvenirs. Mais à la différence du show parisien, la volcanique chanteuse n’a cette fois pas hésité à descendre de son piédestal pour passer les troupes en revue avec un professionnalisme et une maîtrise consommés. De quoi offrir un souvenir impérissable à Marc-Antoine, 13 ans, qui n’oubliera pas de si tôt son premier concert de Garbage.
Pour le reste, hormis un bref mais sincère remerciement à tous leurs fans pour leur soutien sans faille en dépit de la période d’hibernation connu par le groupe entre Bleed Like Me (2005) et Not Your Kind Of People (2012), les quatre ordures déroulent leur show avec un imperturbable et, oserons nous le terme, mécanique, savoir-faire. Sur un ultime Only Happy When It Rains, assez cocasse étant donné les conditions météorologiques de la journée, Garbage termine le 50ème concert de sa tournée 2012 (si on peut faire confiance au français approximatif de Shirley, j’avoue que j’ai un doute) avec le sentiment du devoir accompli. Pas sûr que Dylan soit sorti gagnant de l’échange, lui qui héritera d’un public bien échauffé par la performance énergique des rockeurs du Wisconsin.


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Sur la scène Kerouac, une pluie de pétales d’or déversés par deux accortes demoiselles en mini shorts et grosses lunettes noires ouvre le chemin à Santi White, alias SANTIGOLD (ex Santogold). Pendant que ses musiciens, une phalange d’éphèbes surmontés de drôles de perruques blondes en plastique, dans le plus pur style des postiches cheap équipant les ersatzs du King dans les Wal Mart du fin fond de l’Arkansas, s’affairent derrière leurs outils de travail, l’amazone des studios de la côte Est crucifie le bon goût en déclinant ses compositions affublées d’une tunique à sa propre gloire. Toujours classe.

Trop occupé à observer l’installation des instruments du backing band de Dylan, dont certains roadies ont l’air de dater de l’époque Highway 61 Revisited, voire plus loin dans le temps, je rate la plus grande partie du show de la grande prêtresse du hipe outre Atlantique, qui n’a cependant reculée devant aucun procédé pour intéresser le public à ses morceaux. Chorégraphies réglées comme du papier à musique, cheval dansant sur scène (ok, pas un vrai cheval, mais il était bien là, je vous le jure) et invitation de certains fans à monter sur les planches, tous les ingrédients étaient réunis pour une heure de show total à l’américaine. Mouais, bon. Next.

Never too old to rock’n’roll

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Si si, c’est bien le fond de scène de Bob Dylan. Ça doit être son « I Am The Walrus » à lui.

Dès la fin du concert de Santigold, un climat de tension palpable s’abat d’un coup sur les Vieilles Charrues. Car on a eu beau se répéter pendant toute la journée qu’il allait venir jouer ici, dans le Finistère profond, à 10 minutes du coup d’envoi du show, on a encore du mal à croire que Dylan, possiblement l’artiste le plus important et le plus respecté de l’histoire de la musique contemporaine, va se produire sur la scène de Glenmor.
Dans la catégorie des gros poissons du rock, Bob occupe en effet une catégorie à part, surclassant même les monuments Springsteen et Lou Reed précédemment ferrés par les intrépides pêcheurs au gros du Poher. Cauteleux et insaisissable comme nul autre, le Zim est un serpent de mer qui glisse sans répit d’un endroit à l’autre depuis 24 ans*. Impossible de le prendre au filet, comme de juste pour l’inventeur du NET (Never Ending Tour): glissant comme une aiguille des grands fonds, il faut se résoudre à sortir la nasse pour espérer mettre la main sur cet unique spécimen.
Au fond du casier, on murmure qu’un appât de 400.000 euros aurait été déposé par les organisateurs du festival. Une coquette somme, mais n’oublions pas que Carhaix est une ville de terre et non de mer, et que le pêcheur du dimanche compense souvent l’inexpérience par la profusion. Reste à voir si l’animal, capricieux et fantasque, se laissera remonter sur le pont. Il faudra le rejeter à l’océan après, bien entendu.

*: « Qui dira la chanson du feu de brousse de Bob Dylan?…Il est ici et là…Il ne tient pas en place. Il dévore les solitudes, en un instant. » (René Maran – Pages Africaines)

21h55. Dylan a déjà 5 minutes de retard, et la foule l’appelle avec insistance. Par un détournement de slogan prévisible et savoureux, le public ne réclame plus la libération de Bob l’Éponge mais celle de son homonyme de Duluth. Même les lads  de KASABIAN sont venus faire un tour en backstage en attendant leur passage sur Kerouac.  En vain, car il faudra attendre 5 autres minutes pour qu’enfin, le canotier blanc crème de la légende fasse son apparition, précédé de ses musiciens. Ovation terrible de Kamperhuil, pour qui la moitié du travail est déjà fait. 60.000 personnes pourront raconter à leur descendance qu’ils ont été à un concert de Bob Dylan, et ça, c’est déjà quelque chose. Ne reste plus qu’à constater si papy Zimmy, 71 ans cette année, est encore capable de livrer un show correct malgré son grand âge.

Ah… Sergio et son style capillaire si particulier…

Et la réponse de tomber, sans appel, au bout de trois chansons. Malheureusement pour les fans non transis de Dylan, qui eux arriveront encore à lui trouver des excuses quand il reprendra Big Bisous au kazoo, vidé de son mythe et pris de manière objective, le concert joué par Bob et ses acolytes ce soir du 22 juillet 2012 était indigent. Plusieurs facteurs ont concouru pour aboutir à cette bérézina, le premier et non le moindre étant le peu de voix qui reste au barde des 60’s en ce début de XXIème siècle. Jamais richement doté de ce point de ,même à ses débuts, l’homme « with a voice like sand and glue » auquel Bowie avait dédié un des titres de Hunky Dory avait pourtant réussi à se forger une identité vocale, certes rude et nasillarde, mais loin d’être désagréable.
Guère améliorée par le passage des ans, la voix de Dylan restait pourtant capable d’émouvoir l’auditeur, comme sur des morceaux tel que le bouleversant Blind Willie Mctell. Impossible cependant de ressentir une quelconque émotion à l’écoute des croassements rauques de Dylan aux Vieilles Charrues. Sans déconner, si on balance des tomates à Renaud parce qu’il chante maintenant comme une casserole ébréchée, il faudrait penser à acheter un cageot en rab’ pour Bob.

Ah oui, il faut que je joue de ce truc aussi…

Le deuxième facteur, prévisible celui-là, fut l’application avec laquelle Dylan déconstruisit ses magnifiques chansons pendant toute la durée du concert, revisitant les arrangements jusqu’à aboutir à des hybrides que sa voix ravagée achevèrent de transformer en monstres. Le terme est fort, mais il faut avoir été témoin du massacre de Tangled Up In Blue, un de ses chefs d’œuvre absolus, joué sur un tempo totalement incompatible avec la longueur des vers, pour se rendre vraiment compte de l’étendue des dégâts.
Pour qui lit un peu la presse musicale, ce genre de bidouillage n’a pas été une grosse surprise, mais le passage de la théorie à la pratique a néanmoins constitué une grosse claque. Je confirme qu’à moins de connaître les paroles, on ne peut pas reconnaître 90% des chansons jouées par Dylan sur scène aujourd’hui, ce qui est embêtant pour un artiste dont la majeure partie des fans viennent pour entendre les titres qui ont accompagnés leur enfance et leur adolescence.

Troisième facteur, beaucoup moins excusable, les nombreux problèmes techniques qui ont émaillés le show du début à la fin. Entre le micro de Bob qui tombe en panne en plein milieu de Like A Rolling Stone, un des ceux de la batterie qui se met à crachoter quelques minutes plus tard et enfin des bruits parasites qui se sont invités sur la fin, l’ingénieur du son a eu de quoi se tenir occupé pendant le concert. On ne m’ôtera pas de l’esprit que ce genre d’incidents aurait pu être évité, surtout de la part d’une équipe qui taille la route depuis aussi longtemps. Dernier détail horripilant, un son phagocyté par la basse, et dans lequel les deux guitares avaient bien du mal à se faire entendre. Vraiment pas pro.

Quatrième et dernier facteur, et sans conteste le plus détestable, la suffisance affichée par Bob d’un bout à l’autre de sa prestation.
Faire décaler l’heure de son passage deux jours avant, tout ça pour arriver avec 10 minutes de retard sur scène, c’est déjà limite, interdire aux journalistes de prendre des photos, passe encore, n’autoriser qu’un seul plan de coupe lointain pour les caméras, c’est franchement salaud pour les spectateurs au delà des 5 premiers rangs. Mais ne pas dire un seul mot au public, qui s’est pourtant très bien comporté (de mon point de vue de spectateur du premier rang, car il paraît que derrière, ça a sifflé) en dépit de la piètre qualité du show délivré, ça tient du foutage de gueule pur et simple.
Mais le pire pour moi furent les petits sourires/rictus entendus dont Bob a abreuvé la foule, d’un air de dire: « C’est nul? Un peu que c’est nul, vous le savez et je le sais. Mais, oh, je suis Bob Dylan, on ne peut rien me dire ». Bien abrité derrière l’armure de sa légende, Dylan sait pertinemment qu’il ne risque rien. La dernière fois qu’un public a osé lui faire part de son mécontentement, c’était en 1966, lorsque le poète folk a choisi d’électrifier sa guitare. Depuis, son imprévisibilité a été assimilée par le public, et au nom de cette dernière, toutes ses frasques lui sont pardonnées. On a même écrit que son album de chant de Noël, Christmas In The Heart, était génial, alors que le pauvre Billy Idol s’est retrouvé cloué au pilori et bombardé de figues molles lorsqu’il eu l’outrecuidance de sortir son Happy Holidays. Stop.

Détail révélateur de ce jeu de dupes, l’air catastrophé des musiciens du backing band, qui ont passé la totalité du set à se demander s’ils allaient sortir de ce traquenard en un seul morceau. Mention spéciale au lead guitariste, que la belle gueule et le placement sur scène auraient du ériger en frontman naturel, Dylan n’ayant ni l’énergie ni l’envie d’endosser la défroque du leader qu’on était pourtant en droit de lui affubler d’office. Les yeux fuyants et visiblement stressé, notre gratteux a passé un très mauvais moment, et n’a semblé se détendre un peu que lorsque Bob a consenti empoigner sa guitare pour un Simple Twist Of Fate, à la limite du potable (le reste du concert étant joué au piano… chocking). D’ailleurs, aucun de ses comparses n’a eu l’air très à l’aise sur scène, chacun se protégeant de l’ire grondante des spectateurs comme il a pu, le plus souvent en fixant Dylan, d’un air de dire « c’est lui le responsable de la boucherie, je ne fais que suivre les instructions ».

Attention, moment rare: Bob à la guitare. Vous êtes chanceux d’avoir l’image et pas le son.

Après une heure et demie de concert, Zim sort de scène sur un Blowin’ In The Wind vite et mal torché, comme le reste du show. On devine qu’aucun rappel ne sera accordé, ce qui tombe bien car aucun rappel n’a été demandé. On peut légitimement parler de hold up, et d’ailleurs la presse locale ne se gênera pas pour dénoncer l’escroquerie dont ont été victimes les Vieilles Charrues. Mais bon, de quoi se plaint-on, nous qui avons eu la chance de voir l’icône en concert? À l’avenir, il faudra simplement se souvenir que si Bob semble si grand, il n’est en fait qu’un nain assis sur les épaules du géant Dylan, rien de plus qu’un petit homme projetant une ombre immense. Telle est la force du mythe.
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Heureusement, on peut toujours compter sur la jeune génération pour se remettre des désillusions que nous apportent leurs pas si glorieux aînés. Sur la scène Kerouac, les Kasabian brûlent les planches avec un set court (1h10) mais bourré d’énergie et de tubes. Malheureusement pour moi qui ne connaît que Shoot The Runner et qui ai décidé de rester sur place pour GOSSIP, cette déferlante de bon gros rock qui tâche sera constatée plus que vécue. Qu’importe les critiques grognons qui ont écharpé Velociraptor! avec délectation, il faut définitivement que je me rancarde sur la musique des petits gars de Leicester. Après tout, on ne peut pas se contenter de pleurer sur le passé glorieux, il faut savoir vivre avec son époque (pas vrai Bob?)..
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Minuit approche à grand pas lorsque le tout dernier tableau de cette 21ème édition des Vieilles Charrues débute enfin. Telle une citrouille devenue princesse, Beth Ditto arrive sur scène d’un pas sautillant, moulée dans une petite robe noire que n’aurait pas reniée Coco Chanel (même si elle aurait bien flotté dedans), et qui finira jetée dans la foule à la fin du traditionnel rituel d’effeuillage que l’égérie pop trash accomplit à la fin de chaque performance.
Un peu anxieux au début du set par le virage mainstream pris par le trio de Portland depuis deux albums (surtout le dernier A Joyful Noise, descendu en flammes par la presse musicale dans son ensemble pour son approche résolument commerciale), je suis vite rassuré par la forte teneur en punk rock énervé de la prestation du combo, qui jouera pour l’occasion de nombreux titres de son excellent Standing In The Way Of Controle (le titre éponyme bien sûr, mais aussi les explosifs Yr Mangled Heart et Listen Up!) et les meilleurs morceaux de Music For Men (l’inévitable Heavy Cross, en rappel, ainsi que For Keepset Love Long Distance en coup d’envoi).
Et puis, quand bien même ils auraient choisi de se cantonner à leurs nouveaux morceaux, il faudrait avoir une âme bien sèche pour tenir rigueur de quoi que ce soit à Beth Ditto, tellement cette fille est épatante. Débordant de fougue, d’humour et de gentillesse, l’ex freak de Searcy réussit même l’exploit de réconcilier le public avec Dylan (« respect for Bob Dylan! The next song is for him »), entre une blague tellement pas drôle que l’on ne peut s’empêcher d’en rire et une revendication de son homosexualité (« Je suis un lesbien! » – c’est presque ça Beth -).
Et puis surtout, Ditto est une chanteuse comme on en fait peu, capable d’enflammer 60.000 personnes sur le refrain de Heavy Cross comme de les faire pleurer quand elle reprend Smells Like Teen Spirit a capella. Au rayon des reprises justement, les amateurs en auront eu pour leur argent, les Gossip convoquant en masse Garbage (Only Happy When It Rains), Queen (Another One Bites The Dust), Tina Turner (What’s Love Has To Do With It) ou encore Fleetwood Mac (The Chain) pour le plus grand plaisir des mélomanes connaissant leurs classiques.
Visiblement émue par l’accueil unanime que lui a réservé Kamperhuil, Beth fait durer le plaisir pendant de longues minutes après l’expiration du délai imparti, invitant Hannah la batteuse et Chris le bassiste à la rejoindre pour un rappel improvisé (Nathan le guitariste ne reviendra en revanche pas, refus qui ajoute de l’eau au moulin à ceux prédisant une explosion prochaine possible du groupe), quittant enfin la scène sans cesser de chanter dans son micro, revenant avec sa fiancée, re-quittant la scène une nouvelle fois, et continuant de chanter en coulisse jusqu’à ce que la régie lui coupe le son à la demande des organisateurs, qui aimeraient qu’on les laisse avoir le mot de la fin.


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C’est donc à Jean-Luc Martin et Jean-Philippe Quignon qu’est revenu l’honneur de clôturer ces 21èmes Vieilles Charrues, qui, si elle n’ont pas connu la même affluence que l’édition de 2011, resteront tout de même un très bon cru: météo idéale, programmation bétonnée et éclectique, organisation rodée et efficace*… Difficile de trouver à redire à ce festival plus que jamais ancré dans le paysage estival et musical français (mon seul reproche concernant la difficulté à circuler sur le site en soirée: la sur-capacité n’est pas loin, et tout mouvement de foule malheureux pourrait avoir des conséquences dramatiques). Je reviendrai avec plaisir user mes semelles et ma Quechua sur le Kamperhuil l’année prochaine si j’en ai l’occasion! En plus de ça, il paraîtrait que les chasseurs de têtes Carhaisiens ont d’ores et déjà NEIL YOUNG dans leur viseur. Hey hey, my my…

*: Jean-Luc Martin a tenu a remercier les festivaliers de la part des bénévoles. Sans doute la fatigue, mais j’ai ri. S’il avait été faire un tour du côté de l’immense déchetterie à ciel ouvert qu’était devenu le camping à ce moment, il aurait sans doute été moins emphatique. Ce sont les festivaliers qui doivent remercier les bénévoles pour leur extraordinaire travail d’encadrement, toujours effectué avec le sourire malgré le caractère peu gratifiant et parfois franchement pénible de certaines tâches nécessaires à la tenue d’un évènement de cette taille. À toutes et tous les 5.500 grandes âmes qui nous ont permis de vivre ces 4 jours de folie, je dis un immense MERCI.
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Merci à toutes les personnes passionnées de musique avec lesquelles j’ai eu la chance de discuter et/ou d’interagir d’une manière ou d’une autre durant le festival. Keep on rocking, all of you.
Un merci tout particulier au magazine Rock First, grâce auquel j’ai pu participer au deux premiers jours du festival pour pas un rond. J’ai essayé dans cette chronique de faire vivre un peu de la formidable passion qu’ils réussissent toujours à insuffler dans leurs papiers. Règle #1: la musique, c’est un truc sentimental. Ne jamais l’oublier et ne jamais perdre « that loving feeling ».

VIEILLES CHARRUES – JOUR 3 (SAMEDI)

Changement de stratégie. Après deux jours passés à butiner de ci de là sur tel un bourdon breton (les seuls qui aient des rayures bleues et blanches au lieu de jaunes et noires), je décide de jouer la carte du sérieux en me cantonnant volontairement à une seule scène (la grande, tant qu’à faire) pour la durée de la journée de samedi. Pas forcément la solution la plus avantageuse sur le plan du nombre de concerts, mais optimale au niveau du placement, pour peu qu’on veuille bien se donner la peine de se lever suffisamment tôt (aka se donner les moyens de ses ambitions).

Tel ses lointains ancêtres riders de mammouths décidant de troquer leur existence chacha (chasseurs champêtres) bohème pour s’établir une fois pour toutes et cultiver des choux-fleurs (Bretagne oblige), le festivalier change d’ère et se sédentarise, non mais.

Après une ultime transhumance effectuée au grand galop sur la plaine carhaisienne (voir le W.H.A.T.T. (I.F.) idoine), il est donc temps de prendre ses quartiers d’été sur les bords de Glenmor, avec vue imprenable sur la faune bigarrée qui, dit-on, se plaît à pavoiser sur cette estrade. Hot spot. Corollaire inévitable de ce parti pris de l’immobilisme, je passe du même coup à l’heure des très, les concerts auquel j’ai assisté tombant invariablement soit dans la catégorie du très près (Glenmor) ou dans celle du très loin (Kerouac). Les organisateurs ayant toutefois eu la riche idée de retransmettre les seconds sur les écrans géants de la grande scène, les « campeurs » les plus motivés eurent la possibilité de meubler les périodes d’attente en assistant aux shows de la deuxième main stage des Vieilles Charrues dans des conditions ma foi pas pires que celles d’un fond de stade de Muse ou de Johnny (même si l’éloignement a permis de vérifier le bien-fondé des cours de physique du lycée: oui, la lumière va plus vite que le son – d’où un léger décalage – ). Si loin, si proche….
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L’honneur de la première salve revint à l’un des phénomènes actuels de la scène hexagonale, la pimpante IRMA et sa pop-folk intimisto-numérique (se dit de la musique enregistrée en solo dans sa chambre mais vue des trillions de fois sur le web… ah, la magie du buzz). Plébiscitée et soutenue par les zentils internautes de My Major Company qui lui ont permis d’enregistrer son premier album, Letter To The Lord, la mignonne Camerounaise tourne maintenant comme une bête pour défendre son bébé devant un public toujours avide de success stories dignes des dernières nunucheries waltdysneysques. Voix de velours et guitare en bandoulière, la nouvelle égérie du « yes I can » (et de la pub Google Chrome aussi, accessoirement) berce gentiment un public que le soleil radieux ne prédisposait de toute façon pas à faire montre de trésors d’énergie, surtout si tôt après le déjeuner (15h à peine ma bonne dame). Il acceptera pourtant de taper des mains sans rechigner à la demande de la belle, qui fit preuve d’une belle assurance en dépit de sa jeunesse et du cadre inhabituel. On regrettera juste l’absence de la mer et d’un transat pour parfaire ce début d’après-midi résolument caliente. Souhaitons à Irma de ne pas tomber dans les mêmes écueils que ceux rencontrés par son prédécesseur My Major Company, l’horripilant Grégoire (qui fait lui aussi des festivals, mais beaucoup, beaucoup, beaucoup plus petits que les Vieilles Charrues*).

*: Tête d’affiche des Clayescibels 2009, yeah! (j’y étais)

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Comme le Port Salut, c’est écrit dessus

Après cette balle d’engagement gentillette, c’est au tour de Glenmor de riposter, avec une des curiosités de la programmation 2012, en la personne de l’énigmatique KIRIL DJAIKOVSKI, que le programme présente comme le fer de lance de l’électro des Balkans (parce qu’ils sont nombreux que le marché à faire ce type de musique, peut-être?), mélangeant les gros beats de rigueur avec les cuivres d’Europe de l’Est chers à Emir Kusturica. Pour l’occasion, trois guests accompagnent notre homme sur scène: TK WONDER, MC WASP et même le vétéran GHETTO PRIEST, ancien d’ASIAN DUB FONDATION (ne te laisse pas abuser par cette formulation pleine d’assurance, lecteur, je n’en savais pas plus que toi sur ces trois loustics avant le début du set).
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À l’heure dite, Kiril et sa section rythmique se mettent en place, rapidement suivis par TK Wonder, qui investit la scène de sa démarche féline et commence à balancer son flow, imperméable aux regards pour le moins surpris que lui décoche les 30.000 festivaliers déjà présents sur le pré. Car, soyons honnêtes, même si la demoiselle (première précision importante, je suppose que ça n’allait pas de soi pour tout le monde) a un physique plutôt très avantageux (une Emma Watson version Caraïbes serait ma meilleure tentative de brosser un portrait rapide de la miss), rapper avec le futal de Johnny Clegg période acides et champignons et la coiffure de la grande mère barge (Barge Simpsons, vu la couleur) d’Amy Winehouse a de quoi surprendre même le spectateur breton, pourtant renommé pour son flegme à tout épreuve. Après quelques minutes, la 8ème merveille est rejointe par ses deux acolytes, d’abord MC Wasp (un Sébastien Tellier en version gangsta rap, si on poursuit notre petit jeu des comparaisons foireuses), puis Ghetto Priest himself, une sorte de vieux sage rasta à l’air franchement peu amène, un étrange accessoire mi-crucifix, mi-battoir à tapis à la main.
Pendant 1h15, cours de théologie reggae accéléré (la ligne entre le bien et le mal, je suis toi et tu es moi, la musique est universelle et nous venons juste de sortir de la tanière du lion avec des pierres noires dans les poches + Hakuna Matata, pour faire vite). On en oublie totalement Kiril, tapi derrière ses platines, bien que ce dernier connaisse apparemment par cœur le laïus de tous ses acolytes (intense séance de lipsinging de la part de notre Macédonien). On oublie aussi ses musiciens (section cuivre et violon), tellement douillettement incrustés dans le flow qu’ils ne s’en démarquent plus.
Au premier rang, c’est dur d’ignorer les invites des MC et autres TK à une participation plus active, et c’est facile d’oublier les dizaines de milliers de dubitatifs derrière, d’où une plongée tête la première dans la mer rasta rap. Plaisant je dois dire, car elle était très chaude (l’eau, bande de pervers)..
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De la Macédoine à la Belgique, il n’y a que quelques dizaines de mètres (grande magie bretonne, Merlin a bossé dur), on enchaîne donc avec la sémillante (je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais je pense que ça lui va bien) SELAH SUE. Toujours surmontée de son improbable choucroute capillaire, la brindille de Louvain a savouré avec gourmandise l’accueil de la foule compacte qui lui faisait face.

Selah loose pour bien voir, tout de même

J’écris souvent que certains artistes faisant la tournée des festivals enclenchent le mode pilote automatique, mais ce n’a pas été le cas de l’interprète de Raggamuffin, qui a joué son « tube » et une poignée d’autres morceaux avec conviction et spontanéité. Reste que que je n’accroche pas vraiment à sa musique et que je me suis trop facilement laissé distraire par les conversations de mes voisins pour faire une revue plus étoffée de son concert. Les voisins de festival, ces personnes avec lesquelles on finit par devenir vachement proches ,à poireauter ensemble pendant des heures, on en reparle juste au dessous.

Car j’ai eu la chance d’avoir à ma gauche la fan #2 de HUBERT-FÉLIX THIÉFAINE (seulement #2 parce que la #1, c’est toujours la maman), qui de son propre aveu « a déjà fait 150 concerts (dont une dizaine rien que pour l’Homo Plebis Ultimae Tour), connaît toutes les paroles par cœur et ne peut s’empêcher de les chanter à tue-tête. »
Bref, le genre de personnes qu’on aime avoir sous le coude pour connaître la set liste à l’avance (et oui) et noter le titre que l’on souhaiterait redécouvrir sur CD (surtout qu’avec HFT, les chansons ont rarement des intitulés intuitifs* – que les Psychopompes / Métempsychose & sportswear et autres Série de 7 rêves en crash position m’en soit témoins – ), ou encore connaître le nom des musiciens, leur plat préféré et leur pointure de chaussures (j’ai pas demandé, mais je suis sûre qu’elle aurait su).

*: Vu le patronyme de campeur (car le campeur couche dehors, huhuhu) que ses parents lui ont décerné, cet amour du tarabiscoté est peut-être génétique.

Comble du comble, elle nous annonce avec une fierté légitime que HFT lui fait toujours un signe quand il l’aperçoit dans le public. Vu le budget conséquent consacré à l’amour, à l’art et au cochon par cette brave dame, c’est la moindre des choses que peut faire l’immarcescible Jurassien pour sa fan (car il vient de Dole, comme l’a rappelé à plusieurs reprises un autre de mes voisins, Jurassien lui aussi).
Précision supplémentaire et définitive: c’est aujourd’hui son anniversaire (64 ans, âge pop depuis la bluette de Paul McCartney), comme l’ont également relayé les écrans géants de Glenmor avant que le concert ne commence.

Profitant du phénomène de concentration, Jean-Luc Martin (co-président du festival) débarque sur scène avec une équipe photographe et caméra, afin de collecter quelques images de foule en délire pour le future musée des Vieilles Charrues (qui s’appellera Le Sillon, if my memory serves me well). On saute, on crie, on fait la hola à 60.000 en espérant finir sur la photo et entrer dans la postérité. Qui vivra verra, et qui se verra se taggera sur Facebook (ouah, mon pixel de gloire!).

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Accompagné de quatre musiciens, dont un lead guitare au nom rock’n’roll (Alice Botté – c’est bien un guitariste -), Thiéfaine entre en scène avec la lente majesté de celui qui sait qu’il n’a plus rien à prouver. Il faut dire qu’il siège sans partage en haut de la chaîne alimentaire de la chanson française, Hubert: plus de 40 ans de carrière, la reconnaissance (tardive) de la profession, obtenue en même temps que ses deux Victoires de la Musique 2011, et surtout un public incroyablement fidèle et trans-générationnel (et international, la bande de joyeux Liégeois me servant de voisins sur le camping étant des fans finis, et ne s’exprimaient d’ailleurs plus qu’à base de « Bipède à station verticale » et « Soleil! Soleil! N’est-ce pas merveilleux… » à partir de 2h du mat’), transformant chaque concert en grand-messe évangélique, les paroles poétiquement absconses du Dole-man étant scandées en cœur par des milliers de voix. Écoutez n’importe quelle piste du Paris Zénith 1995 pour obtenir le mètre étalon d’une relation scénique fusionnelle entre un artiste et son public.

Le set commence en douceur avec quelques Mathématiques Souterrainesprolongées par Ad orgasmum æternum. Arrive le premier gros hit du concert, Loreleï Sebasto Cha… et là, HFT quitte l’estrade, se dirige droit vers nous et tend le micro juste mon nez à sa plus fidèle supportrice pour un cameo express. Pour un signe, c’est un signe (on peut même parler de chant du signe, mouahaha).

All the girls (and the boys) love Alice

Passés ces premiers émois, le concert est une succession de « tubes », avec en point d’orgue le diptyque Les Dingues et les Paumés, à la conclusion duquel Alice nous embarque aux pays des merveilles dans un solo final très inspiré, et Sweet Amanite Phalloïde Queen, qui ne prend son envol que lorsque tout le monde y met du sien. À entendre mes Liégeois, arrivés trop tard pour être bien placés (c’est ça de faire la fête jusqu’à plus d’heure, on se réveille tard et on se rendort sur le champ), les rangs de derrière sont restés plus ou moins de marbre au charme (vénéneux, forcément) de la reine champignon, mais je peux vous assurer que l’avant-garde a donné de la voix.

Après avoir discouru d’alcool, de drogue, de sexe, de Dieu et de la mort pendant beaucoup plus longtemps que les 4 minutes 22 qu’aurait pu durer son show s’il avait voulu la jouer clean, Thiéfaine tire sa révérence à dos d’Alligator 427. Mais du fond du backstage, il…nous…entend réclamer expressément un petit tour sur la charrette  de sa bonne amie La Fille du Coupeur de Joints, qui viendra nous dire « coucou les gins » en rappel. Woohoo… wohohoho… Le meilleur concert de la journée.

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À 21h, un regret: être obligé d’assister à la prestation de RODRIGO & GABRIELA, accompagnés sur scène par les musiciens de C.U.B.A. (comme quoi, je ne suis pas le seul à aimer faire des acronymes) de très, de trop loin.
Évidemment, il y a des écrans géants, mais la tendance des opérateurs caméras à cadrer les visages, ou pire, à nous abreuver de plans de coupe lointains pour faire voir comment tout le monde il est content de jouer ensemble (ce qui était semble-t-il le cas) est franchement horripilante. Bordel, ce sont les mains que l’on veut voir! Pour une fois que les deux guitar heroes de Mexico viennent donner un master class dans le pays Poher, on nous impose les traditionnelles plongées caméra dans la foule au lieu de rester collé à l’infernal doigté de Rodrigo Sánchez.
Autant filmer en gros plan les genoux d’un danseur de claquettes ou la manucure de Rihanna: certes, c’est joli, mais l’intérêt du show est ailleurs. En plus de cela, les images retransmises étaient en noir et blanc (première fois en trois jours de festival) ce qui, combiné au décalage son du à la distance, donnait l’impression d’assister à la retransmission d’un précédent concert du duo.
Bref, un bon spectacle vendangé par l’éloignement et la régie. À charge de revanche, compañeros!

Plan utile/Plan inutile

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Le crépuscule est bien avancé lorsque le show de l’alliance mexico-cubaine se termine, et la foule accourt en masse vers Glenmor pour assister à la venue de la tête d’affiche de la journée, le toujours flegmatique STING, rayé des cadres de la Police depuis bientôt trente ans, mais toujours aussi gaillard qu’à ses débuts.  En embuscade derrière la barrière, les fans du natif de l’ex instituteur punk, qui font le pied de grue depuis bientôt sept heures, se chauffent la voix et se décrassent les muscles avant l’arrivée de Gordon Sumner, 60 ans et toutes ses dents (on ne dira rien pour les cheveux par contre). Yeah baby, school is cool.Ça commence fort avec un Next To You en première cartouche, suivi pas loin derrière du classieux Englishman In New-York. Le rythme est donné.
Assisté d’une poignée de musiciens aux allures de session (wo)men débauchés pour l’occasion (mentions spéciales au guitariste « orzabalesque » qui tint le flanc gauche avec application, et au jeune prodige du violon qui se fendit de quelques soli magistraux en lieu et place de son comparse à la six cordes), le dard se marre et pioche dans son immense besace de tubes pour en livrer quelques uns, parfois légèrement retravaillés pour l’occasion (De Do Do Do De Da Da Da et l’immanquable Roxanne, lourdement remaquillée jazz-fusion, en tête de peloton), au public extatique de Carhaix.

Pruneau sur le far, il ne s’exprimera que dans un impeccable français entre les chansons, avec cette pointe d’humour pince sans rire so british qui achèvera d’emporter les suffrages. Pas moins de trois rappels lui seront nécessaires pour pouvoir prendre congé de Kamperhuil, noir de monde et de nuit, et qui aurait volontiers rempilé pour une autre heure et demie de show.
Dernières offrandes de Sting à ses fans, un Desert Rose synthétique et synthétisé (et sans Cheb Mami, donc forcément moins bien que l’original) et surtout un Fragile pour lequel il délaisse sa basse pour une guitare classique.
Sur un dernier « au revoir » tout en retenue britannique, le vieux beau blond le plus célèbre de la planète tire sa révérence et ne reviendra pas (et ne reviendra sans doute plus, il fallait être là ce soir du 21 Juillet pour assister un concert de Sting dans le Finistère).

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Après une journée passée à tenir la barrière debout sous le cagnard, la fatigue se fait sentir, surtout que l’entrevue au poste avec l’ex commissaire de police Sumner a achevé de mettre les batteries à plat. La JUSTICE attendra donc encore quelques mois ou années avant d’être rendue sous mes yeux (on est en France après tout, ces délais n’ont rien d’anormaux, sauf comparution immédiate).
Je laisse volontiers ma place aux hooligans des prétoires avides de se faire signifier leur droit de danser jusqu’au bout de la nuit par leurs excellences Gaspard Augé et Xavier de Rosnay. Moulu comme je l’étais, assister à cette ultime séance aurait pu être qualifié de non assistance à organisme surmené. Acquittement par contumace requis et déferrement  à la Quechua, if you please.

W.H.A.T.T. (I.F.): Waiting for Saturday night

2ème article de la série, rédigé sur un coin de parpaing en attendant l’ouverture des grilles pendant la matinée du samedi. Ceux qui n’ont pas saisi la (subtile) référence du titre sont invités à se présenter ici.

3ème parpaing en partant de la gauche…

11h06. Après une aube morne et frisquette, le soleil a réussi à balayer les traînées grises qui lui masquaient la vue, et chauffe à présent avec vigueur la prairie Carahaisienne. Pour l’heure, nous sommes trois à nous être déclarés officiellement candidats à la barrière, et je suis le seul à porter un bracelet (étrange comme une simple bande de tissu nouée autour du poignet  favorise le relâchement des mœurs. Better stay sharp guys). Rien que de logique à cette affluence tempérée, les grilles ne s’ouvriront que dans 3h30, le premier concert débutera à 15h et les têtes d’affiche ne sont attendues que plus tard encore.

Thiéfaine et Sting méritent pourtant qu’on les attende pendant quelques tours de cadran de plus que la rationalité pure ne l’imposerait, car les Charrues pâtissent de leur gigantisme: une fois engloutie ses 60.000+ festivaliers quotidiens, le transit d’une scène à l’autre deviendra une épreuve olympique, une épuisante session de steeple chase, où les les obstacles devront être négociés avec soin. Impossible de renverser un festivalier sur son passage comme on pourrait le faire avec une haie sur un 110 mètres, ça ne se fait pas, voilà tout.

J’ai bien pu rire d’eux hier alors que je me dirigeais en marchant du pas du juste vers les autres vies de Kerouac, mais les Cureurs de demi-fond ont eu en définitive bien raison de ne pas rater le départ du 400m de leur été. Cette fois-ci, je m’alignerai parmi les impatients et les anxieux, confiant en ma capacité d’en laisser suffisamment derrière moi pour pouvoir toucher au but avant épuisement des places.

Un coup d’œil à ma gauche achève de me rassurer: mes deux compagnons de (future) échappée sont:
– un couple* (handicap #1: ils devront passer par des files différentes pour être fouillées -> ralentissement),
– de quarantenaires (handicap #2: articulations plus aussi souples que pendant leur jeunesse + probable carcan psychologique quant à l’idée de courir vite en direction de la scène pour sécuriser des places – ils suivront la ruée mais ne l’initieront pas -> ralentissement),
– bedonnants (handicap #3: ça va être l’apoplexie aux 200 mètres, en supposant qu’ils tiennent le rythme jusque là -> ralentissement),
– avec un sac à dos ventru chacun (handicap #4: temps de fouille x2, d’autant plus que les gars de la sécurité sont toujours plus zélés durant leurs premiers contrôles – le boss regarde après tout -> ralentissement).

*: « Il savait que dans la vie il faut faire la part des frottements, et comme les frottements retardent, il ne se frottait à personne ». (Le Tour du Monde en 80 Jours, ch. 2) Ou pourquoi Phileas Fogg arrive toujours à être au premier rang quand il fait un festival.

L’homme a beau scruter tous les côtés d’un oeil que l’on devine inquiet derrière ses lunettes noires, à la recherche de potentiels rivaux à même de venir lui contester sa place (le fan est un être paranoïaque, c’est connu), il a commis une ultime erreur: celle de venir en sandales dans l’arène. Demande-t-on à Christophe Lemaître de courir ses meetings en tongs?
Regarde-moi autant que tu veux mon pote, il faudra me casser les deux jambes pour m’empêcher de me tailler la part du lion.

Quant à moi, assis sur mon bloc d’arrimage, le dos calé à la barrière tordue qui condamne l’entrée du site, je regarde le camping dégorger ses cohortes de fourmis qui deviendront cigales avec la tombée de la nuit. 11h32. La batterie d’un groupe inconnu tonne dans le lointain, et de trois, nous sommes passés à cinq, puis sept, puis neuf. Comment naissent les mouvements de foule?

Congratulations! You won.

ADDENDUM: Pour les âmes sensibles se demandant quel fut le destin de notre couple de quarantenaires, je confirme qu’ils ont réussi à s’en sortir. L’homme est arrivé à Glenmor deux bonnes minutes après moi, soufflant comme un bœuf et rouge comme une vache qui rit, mais indemne à part ça. Ça lui a fait du bien de courir un peu je pense. Sa tendre de moitié a suivi peu après et les tourtereaux (à rapprocher de la tourte plutôt que de la tourterelle if I may say, mais on va dire que je suis mauvais) ont pu assisté aux concerts accoudés à la barrière, les yeux dans les yeux avec (Flash) Gordon Sumner. Il y a une justice.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 2 (VENDREDI)

Aube grise sur Kamperhuil ce matin du vendredi 20 Juillet. Dans la clarté verte de la 2 secondes Quechua, le festivalier ragaillardi par quelques heures de sommeil à peine entrecoupées d’épisodes plus bruyants que la limite du supportable (agréable surprise s’il en fut) se prépare pour une journée riche en émotions. C’est que ce vendredi sont programmés pas mal de groupes dont la côte ne cesse de grimper, encore trop confidentiels pour se voir confier les clés de Glenmor, mais plus que capables de faire passer au spectateur averti un grand moment. Ready, steady, go!

Aujourd’hui, je prends l’option français

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Après quelques heures passées à rêvasser sur un parpaing fissuré, le dos accolé aux barrières volantes barrant l’accès du festival (période d’inactivité mise à utile contribution pour décrire et commenter deux trois bricoles marrantes sur ce qu’est la vie en festival: ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) et le premier de la série peut être consulté là), le coup d’envoi fictif de cette seconde journée est enfin donné, et c’est avec surprise que je suis témoin de la course effrénée des premiers arrivés en direction de la grande scène, sans doute à la recherche de la CURE de jouvence promise par le bon docteur Smith et ses assistants à 22h05 ce soir.
J’ai ri, et marché tranquillement jusqu’à Kerouac, où j’ai pu me positionner là où tout festivalier de bon goût se devait d’être en ce début d’après-midi, ensoleillé finalement: au pied de la scène où les doux rêveurs de OTHER LIVES étaient attendus à 16h pour une virée dans les plaines de l’Oklahoma, à la recherche de l’insaisissable Scissor Tailed Flycatcher (Tyran à Longue Queue en français et oiseau emblème de l’État dans toutes les langues – c’est fou comme on apprend des choses en allant aux concerts de SAMANTHA CRAIN).

Choose your seat…

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe distillant un folk aérien et délicat et souhaiteraient un cours de rattrapage accéléré, je ne peux que conseiller l’écoute des morceaux Tamer Animals et For 12, tous deux extraits de l’album Tamer Animals (disponible depuis Août 2011). Ce second opus étant excellent dans son ensemble, rien ne vous empêche de creuser plus profond le sillon en attendant que la quintette retourne en Europe (ils ont annoncé à la fin de leur concert qu’ils repartaient aux États-Unis après avoir écumé le vieux continent depuis le début de l’année).

À 16h tapantes, le commandant de bord Jesse Tabish largue le câble reliant son planeur à l’avion tracteur et nous voilà partis pour une heure de vol au dessus des magnifiques paysages des Grandes Plaines américaines. Je parle de planeur, car les sets soignés délivrés par les Other Lives ne montent pas en puissance pour vaincre l’inertie du public à la manière de ceux d’autres groupes. Non, pas besoin de faire d’efforts violents pour la bande de Stillwater pour tutoyer les sommets, mais simplement de se laisser porter par les courants chauds ascendants. Il y en qui peuvent trouver l’approche barbante, mais en ce qui me concerne, je suis devenu un adepte de ces moments de sereine quiétude, bien éloignés des tornades de décibels frappant un peu partout ailleurs dans le paysage pop rock. Comme un clin d’œil de la météo, le vent se lève juste à temps pour accompagner l’incommensurable Dust Bowl III, charriant un peu de la poussière soulevée par les semelles des festivaliers. Le septième ciel n’est plus très loin.

Mais le temps nous est compté et il faut déjà songer à redescendre. Cachée derrière ses lunettes noires à verres ronds, la charmante Jenny Hsu se charge de remercier les voyageurs au nom de tout l’équipage, et donne rendez-vous aux passagers intéressés par un nouveau vol au pied de la scène pour une séance de merchandising improvisée (m’en fout, je l’ai déjà l’album, et dédicacé par tout le monde qui plus est). Le commandant Jesse reprend alors le micro pour poursuivre les annonces: on finira la descente avec une superbe reprise de Leonard Cohen, The Partisan, amputée de toute sa partie française il est vrai, mais ça n’a guère d’importance. Il est d’usage d’applaudir le pilote après un atterrissage réussi, et c’est avec joie que nous nous sommes pliés à ce rituel, conquis par ce plane movie maîtrisé de bout en bout. Revenez-nous vite..
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Direction ensuite la scène Grall, qui avant de résonner des furieux assauts de mon groupe belge préféré de tous les temps, les indispensables TRIGGERFINGER, doit accueillir un certain RICH AUCOIN, dont les penchants électros ne m’inspirent qu’à moitié, mais que ne serais-je pas prêt à faire pour tenir la barrière lors d’un concert du power trio d’Anvers?
Assis contre le rempart de métal, je m’écoute tranquillement penser jusqu’à ce que la petite bande de fans absolus du natif de Halifax qui a investi les lieux en même temps que moi ne se mette à trépigner sur place en poussant des hauts cris. Juste le temps de me lever pour voir de quoi il en retourne que Rich en personne arrive à ma hauteur pour me serrer la main (bon, pas qu’à moi, il sert toutes les mains qu’on lui tend Rich, mais tout de même) et me remercier d’être venu le voir. C’est vrai qu’on n’était pas nombreux au lancement du set, et je n’ai pas eu le courage ni l’envie de lui avouer les vraies raisons de ma présence devant la scène, aussi me suis-je contenté de sourire bêtement et de lui laisser sa chance. Grand bien m’en a pris.

Car le gars Aucoin a le don fabuleux d’enjamber toutes les barrières sur son chemin. Barrière de la langue en premier lieu, habilement négociée à l’aide d’un franglais bien suffisant pour se faire comprendre par un public intrigué, puis enthousiaste. Barrière le séparant dudit public en second lieu, qu’il franchira à tous ses morceaux (les gars de la sécurité ont passé une heure riche en émotion) pour venir prêcher sa pop electro festive au plus près, parmi, les spectateurs qui d’enthousiasmés sont devenus complètement fou lorsqu’il s’est mis à les arroser de confettis et de cotillons à l’aide des « mortiers » disposés devant la scène. Autant dire que la valeur ajoutée d’être au premier rang lors de ce genre de prestation se trouve décuplée par rapport au concert moyen. Final particulièrement barré pour un personnage haut en couleur, Rich déploie sur la foule une toile de parachute qui servira d’écrin à une séance de (base) jumping particulièrement jubilatoire, même si la température est vite devenue insupportable en dessous.

Après un crowd surfing bien mérité et vite expédié, le Canadien frappadingue quitte la scène, en promettant à tous ceux qui lui enverront un texto de leur expédier toute sa musique gratuitement… Et de balancer son numéro de portable sur l’écran géant derrière lui (c’est bien la seule chose qui a marché correctement côté régie, les échec systématiques et répétés de Rich et de Sam, son ingénieur backstage, de synchroniser la lumière et le son du show ajoutant encore à la folie du set… C’est pas à PORTISHEAD que ce genre de mésaventure arriverait, mais si ça pouvait décrisper Beth Gibbons, c’est tout ce que je leur souhaite). Enfin, quand je dis quitter la scène… Il est resté une bonne demi-heure après la fin de son concert à parler et à se faire prendre en photo avec qui voulait (dont votre serviteur, mais le résultat est classé secret défense), pendant que derrière lui, imperturbables, Ruben, Mario et Mr. Paul investissaient les lieux pour la balance. Sans doute la « première partie » la plus généreuse et enthousiasmante à laquelle j’ai eu la chance d’assister, et un petit gars que je suivrai avec attention dans le futur (petit avant-goût de très bon goût, son morceau It).


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L’entrée ayant été débarrassée, il était temps de passer aux choses sérieuses. Et sérieux, les trois de Triggerfinger le sont toujours dès lors que le rideau se soulève, même si pendant les réglages, l’ambiance était à la franche rigolade, Mario testant son micro en roucoulant des sonates pendant l’impayable Mr. Paul hésitait semble-t-il entre parler dedans ou l’avaler tout rond. Hé, c’est les vacances pour tout le monde mon pote.

À la faveur d’un set scandaleusement court (50 minutes! Que fait la police?) mais contenant tous les diamants stoners  habituels (First Taste, Is It, All This Dancin’ Around, le solo de batterie de Mario…), parfaitement taillés et soigneusement polis après des semaines passées sur les routes à défendre le dernier album, les Trigg’ ont encore un peu plus élargi leur fan base française, et confirmé au besoin leur statut de très grand groupe live. À voir Ruben se mettre le public dans la poche en un aller retour de médiator sur sa Gretsch, on est tenté de croire que ce type là est né sur une scène, avec un message pour le monde: the louder, the better. Pas grand chose de plus à rajouter sur ces quelques minutes passées en compagnie d’une des valeurs sûres du rock, le vrai, européen, à part qu’ils étaient bien partants pour remettre le couvert à Carhaix as soon as possible. À bon entendeur, afscheid.

Don’t give me that creepy look, Paul

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Les heures suivantes ne furent malheureusement pas aussi passionnantes. Pris au piège d’une programmation un peu piquée des vers (THOMAS DUTRONC, ça va cinq minutes, littéralement), j’erre de scène en scène, grappillant des petits bouts de concert de ci de là (le fils de cité plus haut, qui s’embarque dans un plaidoyer pro-frite à la logique absconse aux deux tiers de son show, mais également la fin du set des petits jeunes PURPLE MOUNTAIN, duo guitare batterie n’ayant rien de très neuf à proposer – par contre le frontman est un crack du Rubik’s cube – et la performance en demi teinte des éternels revenants BLOC PARTY, toujours incapable de retrouver la recette de leur miraculeux Banquet). Victime de son succès, et malgré les 4.000 m² d’espace supplémentaire par rapport à l’année dernière, les Vieilles Charrues s’engorgent lentement mais sûrement, au point que je préfère me poser devant Glenmor pour attendre la venue des Cure.

Purple Mountain: « On est bons hein? » « Ouais, on est bons. »

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Rester assis le plus longtemps possible pour ménager ses jambes, c’est dangereux pour les mains, mais ça permet de prendre des photos chelou. Il n’est cependant pas question de passer l’intégralité des 2h30 de concert (record annuel) de l’empereur des gothiques et de sa bande de joyeux drilles à contempler les godasses des autres festivaliers. À 22h05, tout le monde sur le pont pour voir débarquer Robert Smith et friends, prêts à offrir au public la dose de millésimes eighties pour laquelle ce dernier s’est déplacé en masse (60.000 fans tout de même). Le thème de l’édition 2012 étant les super héros, on a plaisir à constater que le petit Robert a joué le jeu et s’est déguisé en Joker pour l’occasion. Ah, pardon, on me signale dans l’oreillette que cette tignasse arachnéenne et cette tartine de rouge à lèvres sont en fait son look habituel, autant pour moi.

Plus tout à fait aussi svelte qu’à l’époque où les Inconnus reprenaient la Zoubida en son honneur, Smith a toutefois conservé le même grain de voix qu’à ses débuts, ainsi que son assurance tranquille de guitar hero minimaliste mais toujours inspiré. Il n’y a qu’à fermer les yeux pour se retrouver trois décennies plus tôt, debout sur la falaise de Just Like Heaven, courant comme un dératé entre les arbres de A Forest ou piégé dans la toile du Spiderman de Lullaby. Priceless.

À ses côtés, les musiciens, vieux et jeunes, déroulent les morceaux de la setliste avec une perfection de studio d’enregistrement. Mention spéciale à Jason Cooper, qui prouve avec brio qu’un bon batteur n’est pas forcément un batteur bruyant: sa vitesse et sa capacité à tenir, orner et développer les rythmiques exigeantes des compositions de Robert Smith sans pour autant voler la vedette aux délicats entrelacs de guitare, basse et claviers caractéristiques du son de The Cure m’ont vraiment impressionnées.

Je serais bien resté juste au bout du set (qui paraît-il à déborder d’une demi-heure par rapport à l’horaire convenue, c’est MARTIN SOLVEIG qui a du être content), mais dans une galaxie très lointaine nommée M83, Anthony Gonzalez et ses potes se préparaient à se téléporter sur la scène Grall, et je ne pouvais pas décemment rater une rencontre de ce (3ème?) type.

Mais d’abord, il a fallu se frayer un chemin jusqu’au point de chute de l’Antibois que les States nous envient et s’arrachent. Hurry up, they’re coming. Plus facile à dire qu’à faire cependant, aucune allée d’évacuation n’ayant été dégagée à cette fin et les gens étant en général peu enclins à s’écarter pour laisser passer les déserteurs (ce qui est tout à fait compréhensible, mais à moins de se faire hélitreuiller, impossible d’y couper). Pour être parti au tout début de Pictures of You depuis une distance relativement éloignée de la scène (voir photos), je sais qu’il m’a fallu les sept minutes et des poussières que dure la chanson en live pour me dégager de la foule, ce qui n’a pas vraiment été une partie de plaisir. Sans hésiter, le plus gros point noir de tout le festival..
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À l’arrivée, il s’avère que je ne suis pas le seul à être parti en quête du Grall, et je trouve la place déjà copieusement garnie de spectateurs impatients de goûter au calice. Problème principal, l’immense majorité des impétrants au tour de soucoupe proposé par Anthony a déjà beaucoup bu avant de se présenter sur le paddock, et la disposition particulière de la scène par rapport au reste du site incite les plus motivés à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusque dans les premiers rangs. Où qu’on se place, impossible de profiter de l’electro rock épique servi par les M83 sans être bousculé toutes les 30 secondes par une nouvelle colonne infernale de festivaliers plus très concernés par les règles du vivre ensemble. Tu parles d’une joyeuse Reunion. Comble de l’impolitesse, la moitié du public part en masse après avoir entendu Midnight City, laissant Anthony finir son concert devant une foule bien moins nombreuse qu’au coup d’envoi du set. Ok, le papillonnage de scène en scène fait partie de la logique festival, mais ce genre d’attitude consumériste à deux balles « je reste juste pour ta chanson buzz, après tu peux te brosser » m’a foutu et me fout encore en rogne. Je n’ose même pas imaginer ce qui ce serait passé si Anthony avait choisi d’ouvrir avec ce titre.

Toujours est-il que j’ai découvert M83 et que malgré les conditions assez extrêmes des 40 premières minutes, j’ai bien accroché. Beaucoup de titres lorgnent certes très ouvertement vers le dancefloor, mais l’emphase développée dans les compos et les arrangements implacables de ces dernières (aaah, ce saxophone jubilatoire dans le final de Midnight City… C’est beau comme du Tears For Fears période The Working Hour), couplées à l’énergie incroyable du groupe sur scène (il fallait rester jusqu’au bout pour voir le bassiste se jeter dans la fosse comme on se jette dans les vagues à 13°C des plages du Finistère – si tu réfléchis trop, tu meurs -) me font penser que le succès grandissant de cette bande d’allumés plutôt très doués dans ce qu’ils font est très loin d’être immérité, et c’est avec plaisir que j’irai les revoir sur scène (mais pas en festival si je peux l’éviter) si l’occasion se présente..
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1h du matin et une décision à prendre: aller voir la fin de METRONOMY à Kerouac ou rentrer à la tente? Pas cornélien le dilemme dis donc. Bonne nuit tout le monde.

W.H.A.T.T. (I.F.): Le camping des Vieilles Charrues

Les smartphones sont vraiment la plaie du XXIème siècle. Sous couvert de permettre à leur possesseur de rester connecter en permanence avec le reste du monde (ce qui pourrait apparaître à première vue comme le rêve de tout individu des générations Y et suivantes), j’ai la sinistre impression que le privilège de réactivité qu’ils procurent aliène plus qu’il ne libère l’utilisateur. Tenez, je viens juste d’apprendre qu’un spectateur s’était fait lourder du concert du hip hop auquel il assistait parce qu’il avait eu le malheur de critiquer l’artiste de la première partie sur Twitter. Il aurait eu un portable basique le gars, il aurait du attendre d’être de retour chez lui pour déverser son fiel, et pu assister au reste du show peinard. Et je ne parle même pas de tous ces jeunes cadres dynamiques qui ne peuvent s’empêcher de sacrifier (inconsciemment de surcroît) leur vie sociale et affective sur le minuscule autel de leur Blackberry symbiote.

Bref, le rattachement perpétuel à la Matrix peut bien faire hurler toutes ses sirènes, très peu pour moi. Je compte profiter du luxe de pouvoir être injoignable à volonté le plus longtemps possible. Mais parce qu’il faut bien s’occuper même quand on se coupe volontairement du monde, et que la vie de festivalier « interne » (comprendre: en camping) comporte son lot de moments à meubler en attendant le début du concert, j’ai profité de ces sessions d’inactivisme militant pour coucher sur le papier (oui! et avec un crayon!) quelques petites réflexions et observations sur ce qu’est la vie dans ce drôle d’univers que constitue un festival. Ça s’appelle W.H.A.T.T. (I.F.) ou What Happened At The Time (Instantané Festivalier) en version longue (oui, j’aime aussi les acronymes débiles, ça commence à faire beaucoup pour un seul homme), et ça n’a pas vocation à changer la face du monde, mais j’espère que toutes les personnes ayant déjà fait l’expérience d’un festival de musique se reconnaîtront d’une manière ou d’une autre dans ces élucubrations pseudos socio-psychologico-métaphysiques of mine.
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W.H.A.T.T. (I.F): Le camping des Vieilles Charrues.
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Le camping du festival est une ville de toile qui s’autodétruit un peu plus chaque jour. Vivre ici, c’est faire l’expérience de la nature décadente de l’homme, surtout quand il est jeune et que l’alcool est peu cher. Chaque jour, ce sont des hectolitres de bière qui sont transportés à dos d’homme, par trolleys brinquebalants, brouettes défoncées, ou tout autre moyen de locomotion sorti de l’imagination fébrile et du sens pratique à toute épreuve des festivaliers, depuis le Leclerc local (c’est ce qui s’appelle bénéficier d’une externalité positive en langage économique – je n’ai pas tout oublié finalement -) jusqu’aux plaines noircissantes de Carhaix. Les breuvages plus forts doivent être transvasés dans des bouteilles plastiques avant le check point d’entrée, aucun récipient de verre n’étant autorisé sur le site (même les pots à cornichons, au grand dam d’un de mes voisins).

Les travées impeccables, autrefois délimitées par une ligne blanche tracée à même l’herbe fleurissent de déchets plastiques et organiques avec une profusion toute anthropique que les malheureux Sysiphes et Danaïdes de l’équipe bénévole chargés de la propreté du camp seront bien incapables d’endiguer de manière durable avant que la horde des nouveaux vandales se soit dispersée aux quatre vents. Là où nous passons, l’herbe met un an à repousser.

Le sol lui-même se fait spongieux et élastique là où les organisateurs ont choisi de faire converger des centaines milliers de pas en l’espace d’une centaine d’heure. Les quelques caillebotis de plastique jetés au dessus du carrefour pour limiter son affaissement n’y feront rien: à la moindre goutte d’eau, le praticable se transformera en marais, au grand dam des campeurs venus sans leur bottes (la majorité). Raison de plus pour sacrifier de généreuses libations au dieu responsable du fameux micro-climat breton pour qu’il retienne ses ondées le temps du week end. Encouragé par cette forme festive de prière païenne, le sentiment religieux atteint des sommets inégalés dans le pays Poher. Ivresse sacrée…

Vu comme ça, le camping en festival, c’est sympa non?

C’est samedi matin, il est 7h34. Parmi les tentes alourdies de la rosée probablement issue des suées de la veille, quelques uns des habitants les plus tardifs ou les plus précoces de la nouvelle Carhaix se croisent d’un air hagard. Les uns errent à la recherche de l’abri qui leur permettra de s’écrouler pendant quelques heures, les autres se dirigent vers les douches, guère sollicitées à cette heure monacale.  L’eau n’en sera pas plus chaude pour autant, mais pas de quoi effrayer un Breton motivé, pour qui les 19°C annoncés apparaissent tièdes en comparaison de la caresse des eaux atlantiques même en plein cœur de l’été.

Le temps de revenir à la tente, et l’animation est déjà de retour dans le plus vaste camp de déplacés de l’Europe de l’Ouest. À défaut de ne pouvoir se vider la tête sous les décibels vrombissants d’une chaîne (pas d’alimentation électrique proposée, Dieu merci), on en est réduit à émerger en parlant (fort) de sa nuit passée. Pour certains, les souvenirs mettront plus de temps à remonter, s’ils remontent tout court. Les soirées les plus mémorables sont celles qui laissent le moins de traces mnésiques, intéressant paradoxe.

Déjà, les revendeurs de places sont à leur poste, leur petit panneau de carton à la main. À les entendre demander d’un ton confidentiel aux passants s’ils ont des entrées à leur céder, on pourrait croire que le deal porte sur une toute autre marchandise, qui circule pourtant au grand jour dans le camp sans que personne ne s’en émeuve (on peut en même en trouver à la sortie de sa tente, oublié sur place par un errant aux poches crevées et au paletot idéal – vécu -). Bonne chance à eux, la journée affichant complet depuis plusieurs semaines, à la différence des autres.

Le jour se lève sur les Vieilles Charrues.

VIEILLES CHARRUES – JOUR 1 (JEUDI)

Les Vieilles Charrues, c’est l’histoire d’une vengeance, du rat des champs qui snobbe son cousin des villes, du pot de terre qui fracasse la tronche du pot de fer. À la genèse du plus grand festival français en terme d’affluence (244.000 personnes cette année sur 4 jours) et en têtes d’affiche programmées, on retrouve en effet l’ennui d’une poignée de potes du pays Poher, désespérés par le manque d’animations de leur bled à une saison où même le reste de la Bretagne trouve de quoi s’occuper (organiser un fest noz pour que les touristes puissent s’estropier les petits doigts dans une orgie d’an dro exécutés sans finesse mais avec une évidente bonne volonté, ça occupe sa bigouden).

Car la bonne ville de Carhaix, enclavée sans espoir dans les marches intérieures du Finistère (la plage est loin, laissez moi vous le dire), à un jeté de menhir des Côtes d’Armor et du Morbihan, constitue le cauchemar de toute personne souhaitant occuper son temps libre autrement qu’en célébrant la mémoire de La Tour d’Auvergne (« premier grenadier de France » sous Napoléon et Carhaisien illustre, mais qui préféra malgré tout se prétendre auvergnat, ça en dit long).
21 ans après ses débuts folkloriques, les Vieilles Charrues ont cependant creusé leur sillon, au point de faire l’envie du reste de la France mélomane, Paris en tête, pendant les quatre jours que dure le festival. Car qu’importe la manière dont ils s’y prennent pour vendre leur affaire, les organisateurs des Charrues savent y faire pour attirer les plus énormes stars de la galaxie pop rock, dont le passage sur le pré de Kerampuilh constitue souvent l’unique date métropolitaine de l’été, voire de l’année.

M’étant décidé trop tard pour participer à l’édition 2011, qui accueillait pourtant un de mes groupes fétiches, les inoxydables SUPERTRAMP, j’ai profité d’un heureux concours de circonstances m’ayant attiré en terres morbihanaises en début de semaine pour prolonger mon séjour au royaume du chouchen par une petite virée à Carhaix. Alors ce report des 21èmes Vieilles Charrues, on s’y attelle ou bien?

Do you speak Breton?

Le Palais – Quiberon, Quiberon – Auray, Auray – Rosporden, Rosporden – Carhaix. Pfiou, elle se mérite la visite à la grange.
Effectué sous un soleil radieux, le pèlerinage jusqu’à la capitale du Poher se passe toutefois dans la joie et la bonne humeur, en particulier la dernière partie effectuée en autocar, où je sympathise avec un futur bénévole très sympa même si encore bien fatigué de sa nuit précédente.
Profitant d’un arrêt du bus, un mystérieux moustachu harangue les voyageurs sur les mérites du spectacle proposé par les FIVE FOOT FINGERS, dont il fait lui même partie, et qui se produiront au festival trois jours de suite. Évidemment, quitte à voyager avec un des artistes programmés, on aurait préféré tomber avec STING ou SHIRLEY MANSON, mais on arrive sur site déjà dans l’ambiance, c’est appréciable.

Les impondérables de la route ayant toutefois ralentis notre fringant véhicule, la gare routière étant située à un bon kilomètre du camping et les candidats à ce dernier devant être dûment fouillés avant de pouvoir y pénétré, je me retrouve en retard pour le coup d’envoi du festival, malgré un planning prudent de ma part.
Tant pis donc pour ROVER, premier à s’élancer sur la pré pour cette édition, et dont les cinq premiers morceaux (dont mes deux préférés, Late Night Love et Aqualast, hélas) me serviront de bande son pendant l’installation ma tente dans une parcelle assez éloignée de l’entrée du camp (zone 10 pour ceux qui voient), puis pendant l’acheminement jusqu’à la scène Kerouac où notre arpenteur des planches a fait escale avec ses musiciens. Vu toute la route qu’il s’est déjà enfilé cette année et s’enfilera encore jusqu’à la fin de sa tournée marathon, on se dit que les organisateurs ont bien fait de le programmer sur l’estrade nommée d’après l’auteur de On The Road.

7ème concert de Rover pour votre serviteur en l’espace d’un an, avec un dernier mois particulièrement chargé (Solidays, Soirs d’Été et Vieilles Charrues donc), je commence donc à connaître son show. Et c’est bien ça que je lui reproche: aucune différence de setliste entre Domino et Kerouac, d’où un certain ennui au bout de seulement quelques minutes de concert. Une vieille impression d’assister un show réchauffé et déjà servi une cinquantaine de fois, le sentiment que le mode pilote automatique a été enclenché comme à Solidays, malgré le déni catégorique de l’intéressé, qui jure être très content de revenir en Bretagne, « là où le projet (et sa mère aussi, accessoirement) est né ». Pour autant, je ne l’ai pas senti particulièrement ému le père Rover, à moins qu’il ne cache très bien son jeu.
Preuve en est l’ultime morceau du set, le fameux Full of Grace extended (voir report Soirs d’Été) qui démarre bien, s’élève dans le ciel de Kerampuilh… et retombe comme un soufflé au bout de quelques minutes. Et pourtant, Flipotar n’était pas là cette fois. Cerise sur le gâteau, le grand homme quitte la scène en balançant un « Merci aux musiciens » qui m’a beaucoup surpris: à l’entendre, on aurait pu croire qu’il venait de jouer avec des requins de studio qu’il n’avait jamais croisé auparavant, et pas avec trois types qui le suivent sur la route depuis le début de l’aventure (dont un est carrément le producteur de son album).

Bref, mon avis est peut-être un peu biaisé du fait de l’expérience (ah, je me sens chenu tout d’un coup), et sans doute que les spectateurs ayant découvert Rover aux Vieilles Charrues ont été enchantés par sa prestation (j’ai bien discuté un gars à Soirs d’Été qui était devenu fan après le très moyen – à mes yeux – concert des Solidays, c’est dire si l’animal peut fasciner), mais pour ma part, je suis resté sur ma faim.
Autant je sais pourquoi il faut aller voir Rover en concert, autant je ne vois pas de raison objective à aller le revoir sur scène… pour le moment. Pas de prime à l’ancienneté, c’est vraiment dommage. Espérons que les concerts de la tournée d’automne ne seront pas des copies conformes des performances estivales, et que le wanderer tourmenté de la chanson française remaniera un peu sa setliste avant la fin de l’année. Comme il n’a que des bonnes chansons pour le moment (l’introspectif Wedding Bells mis à part), ça ne devrait pas être trop compliqué.


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On enchaîne pour le premier concert sur la (vraiment très) grande scène du festival, qui accueille pour l’occasion le quatuor britannique DJANGO DJANGO, que tout le monde semble connaître et adorer, sauf moi.
Un regard au programme annonce: « un véritable puits sans fond d’influences musicales (comprendre que le rédacteur ne sait pas à quoi les rattacher) entre harmonies vocales (ok, il y aura des chœurs…) et électro-pop cosmique (ça sent les bidouillages sur synthé…). Ces Beach Boys du XXIème siècle (quand tu lis les critiques de That’s Why God Made The Radio, tu espères que ce n’est pas vrai), fervents adeptes de la chanson dérangée et des mélodies échevelées (blablabla…), sont à découvrir sans hésiter! »
Bref, un premier album encensé par la critique, et déjà la main stage pour nos quatre rosbeefs, j’appelle ça griller les étapes, mais on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Reste que cet emballement médiatico-hype typiquement « Metronomien » a plus tendance à me braquer d’entrée contre l’artiste en bénéficiant qu’à m’inciter à la clémence. Ça allait saigner.

Arrivés sur scène en T-shirts (moches) assortis, les Django se mettent à pied d’oeuvre et déroulent leur set avec une bonne humeur un peu crispée. J’apprends après coup qu’il s’agissait de leur plus grande scène à ce jour, et que même si le festival était loin d’avoir fait le plein pour cette première journée, affronter quelques 30.000 personnes encore à peu près sobres (et donc dotées d’un sens critique non faussé par l’effet euphorisant de l’alcool) donne des raisons de nervosité. Impossible de décrire de manière constructive la musique jouée par le combo, vu que je n’en garde absolument aucun souvenir. On comprend mieux pourquoi le rédacteur du programme a classé les quatre Londoniens dans la catégorie fourre-tout de l’electro pop, car effectivement, il est très difficile de mettre des mots sur les morceaux délivrés par la quartette, peu aidée il faut le reconnaître par la qualité proprement dégueulasse du son craché par les tours d’amplis de Glenmor. Encore un concert où la balance se fait en live, franchement pas top.

Django Django, splendeur et déchéance d’un groupe pop

Les timides tentatives du chanteur-guitariste Vincent Neff de communiquer avec un public pas vraiment emballé dans son ensemble (le spectateur breton est méfiant, c’est connu) ne s’avérant pas franchement concluantes (la foule préférant largement consacrer son énergie à faire libérer tous les Bob l’Éponge injustement emprisonnés de Kerampuilh – clin d’oeil à ceux qui savent – 😉 ), les quatre sujets de sa Gracieuse Majesté finiront par révéler leur véritable nature: un p….n de groupe claviers-batterie*.

Autant pour les instruments rigolos exhibés plus tôt dans le set, vous voilà percés à jour mes gaillards! Adieu perfide Albion, je taille ma route vers Kerouac, où les Parisiens énervés de STUCK IN THE SOUND se préparent à dégoupiller..
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*: Théorie personnelle sur la musique pop actuelle: si tu as plus de talent que d’amis, achète toi un Jam Man et essaie d’égaler KT Tunstall, Bernhoft et Loney, Dear; si tu as plus d’amis que de talent, dégotte-toi un clavier et une batterie et marche dans les traces de tous ces nouveaux groupes pour qui trois notes de Bontempi couchées sur un groove binaire constituent une chanson (ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire de la bonne musique avec cette combinaison d’instruments, hein).
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Bon, avant de passer à la revue du concert à proprement parler, une petite confidence honteuse: je confonds tout le temps Stuck in the Sound et Skip the Use. Pas la musique (je suis totalement novice pour les deux), mais les noms. Avouez que ça se ressemble quand même un peu.
Arrivé sur place, j’ai la joie de découvrir une barrière encore pas totalement garnie, ce qui, étant donné la forte tendance de José Reis Fontao à encourager la formation de pogos toutes les 3 minutes environ, est forcément une bonne nouvelle. La place étant sécurisée, je meuble l’attente avant le coup d’envoi en me demandant pourquoi diable la moitié de la production annuelle de St Alix a été disposée au pied de la rambarde. Du mauvais côté, qui plus est (la réponse à cette question un peu plus loin).

À 18h50, les quatre titis s’avancent sur la piste, José et son fameux sweat noir à capuche en tête (so 2000’s!). Ils envoient la sauce pendant l’heure réglementaire, et l’expérience est plaisante pour le néophyte que je suis. Rien qui ne m’accroche spécialement l’oreille, mais l’attitude énervée et sans compromis des parisiens, jouant devant un public bien plus enthousiaste que celui des Django Django, offre l’occasion d’une première chevauchée infernale dans les grands espaces du rock.
À la longue, les fanfaronnades de José (« Carhaix, dès que le micro du batteur sera réparé, on va tout faire péteeeeeeeer! » aux deux tiers du set, pas franchement pertinent sachant que tout le monde était à fond dès la troisième seconde du show) se révèlent être un peu usantes, mais pas autant que la houle humaine qui pousse dans le dos et vous écrase sur la barrière avec une régularité effrayante. Heureusement qu’il y avait la rambarde pour se tenir debout, je n’ose même pas imaginer ce que ça a du être pour les gens de derrière.
Une demoiselle en détresse quelque part sur ma gauche a bien essayé d’intéresser les gars de la sécurité à son cas avant de finir stuck in the fence, mais peine perdue, les gros bras ne pouvant manifestement pas passer des bouteilles d’eau aux festivaliers assoiffés et essayer de calmer les individus les plus démonstratifs avant qu’ils n’aient piétinés plus fluets qu’eux. Bref, à consommer avec modération, d’autant plus que la journée est encore longue.


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Merci les écrans géants!

20h, retour vers Glenmor pour le concert d’un autre parisien (enfin, ex-parisien), le sympathique KEZIAH JONES, dont le plus grand drame reste de n’avoir rien sorti de comparable à son excellent Rhythm Is Love depuis bientôt 20 ans.
C’est triste de déjà être obligé de vivre sur sa légende à même pas 45 ans, mais force est de reconnaître que Keziah est un one hit poney aux yeux du grand public, malgré d’indéniables talents de guitariste et de showman, et une plastique toujours rutilante, qu’il se fera un plaisir d’exploiter en jouant l’intégralité du set torse nu.

Secondé par un bassiste au sourire plus ravagé que ravageur, le jumeau caché de Christian Rauth (mais si, le maire de la série « Père et Maire ») à la batterie et un joueur de djembé en boubou plus présent pour l’image que pour son talent de musicien (saleté de balance pourrie, snif), Mr Jones enchaîne les morceaux de blufunk, « style musical qu’il a créé, [et] dont il est le numéro un mondial (c’est aussi le seul à le pratiquer) »* avec professionnalisme, sans vraiment réussir à chauffer le public, mis à part les ménagères de moins de 50 ans des 10 premiers rangs qui accueilleront avec enthousiasme la chorégraphie merveilleusement gigolesque exotique que l’enfant de Lagos exécutera juste avant de s’éclipser en coulisses.
Mais de mon point de vue, le meilleur moment du concert restera la version enlevée de All Along The Watchtower qui fut jouée en rappel, plus proche dans l’esprit de Jimy que de Zimy. Savait-il que Dylan investirait cette même scène le dimanche soir, ou s’agissait-il d’un morceau habituellement joué en clôture, je ne pourrai dire, mais Keziah et moi nous sommes quittés bons amis grâce à cet hommage magnifiquement exécuté.

*: Wikipédia, je t’aime.

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21h, la fatigue et la faim commencent à se faire sentir. Ça tombe bien, c’est au tour de ZEBDA de prendre le relai sur la scène Kerouac, et, comment dire…
Bref, profitons-en pour se dégourdir les jambes et faire le tour des stands de bouffe à la recherche d’un encas consistant, en attendant de pouvoir passer au supermarché demain matin. Contrairement aux tarifs exorbitants pratiqués à Solidays, la nourriture proposée sur le site l’est à un prix tout à fait correct (4,5 euros le sandwich frites, et je peux te dire que tu es calé après), même si on ne trouvera point de salut en dehors de la patate rissolée et de la saucisse bien grasse. Roots roots roots. Même Zebda se met au diapason et invite les spectateurs à faire la couscoussière avec ses bras (à moins qu’il ne s’agisse d’une parabole).
Ambiance bon enfant sur les Vieilles Charrues, les jeunes quadras avec enfants se remémorant avec nostalgie leur décennie 90 au son des succès du groupe toulousain, le sympathique Tomber la Chemise et l’insupportable Motivés venant terminer la playliste avec le crépuscule tombant. Timing parfait pour accueillir les énigmatiques PORTISHEAD sur la grande scène, pour ze concert of the day, ou quelque chose comme ça..
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Pour moi, la bande à Gibbons c’est un Glory Box lancinant, la bande son parfaite pour un suicide au Prozac par une soirée de Novembre pluvieuse à Bristol. Un groupe qui respire la joie de vivre et l’humour grivois, à mi-chemin entre Patrick Sébastien et les Musclés. Autant dire que passer juste derrière les dépressifs de Zebda allait être une partie de plaisir pour le trio de Dummy.

Beth Gibbons est heureuse de jouer aux Vieilles Charrues (si si)

Franchement excentré sur le côté droit, je vois le groupe se mettre en place sur scène sans un mot ni un signe pour le public qui lui réserve pourtant une franche ovation. Bon, ça doit faire partie de leur image de marque (difficile de les imaginer sautant partout, c’est vrai).
Le premier morceau commence, rengaine trip hop atmosphérique aux loops menaçants, Beth empoigne son micro et chante sa partie pendant que sur les écrans géants passent des plans pseudo artistiques du groupe en train de jouer (comprendre que c’est aussi facile à décrypter que les passages de REC filmés en infrarouge). Ceci fait, la chanteuse se retourne carrément vers ses acolytes (et donc tourne le dos au public…) le temps que ces derniers achèvent le morceau. Suivent 30 secondes de battements pendant laquelle Miss Gibbons descend un quart de la bouteille d’eau mise à disposition par la régie, toujours dos à la foule, réfugiée près de la batterie de Clive Deamer, avant d’enchaîner sur le titre suivant.
Le rituel « j’ai fini, je me retourne, je me gorge d’eau » étant répété à la fin de chaque chanson, et aucun des membres du groupe ne semblant être très concerné par le public lui faisant face (pas un signe et pas un mot, à part un « good evening » chevrotant à la fin du deuxième morceau), la bienveillance laisse place à l’incompréhension, puis à la déception.
Très honnêtement, c’est la première fois que j’ai l’impression qu’un groupe se fout totalement de jouer devant 40.000 personnes ou le mur du studio de répétition, et ça fait bizarre. Franchement dépité par la prestation globale des « papes du trip hop » (ils détestent être appelés comme ça, donc je ne vais pas me gêner tiens!), je pars noyer mon chagrin dans le Breizh Cola après un Glory Box où Kerampuilh s’incruste dans le chorus plus qu’il n’est invité à participer par une Beth Gibbons toujours aussi hiératique. Seul point positif, le très beau « dessin animé », onirique et angoissé, qui illustre The Rip, dans la droite ligne du The Trial de Pink Floyd. Pour le reste, autant écouter le best of au calme chez soi avant de s’ouvrir les veines, on économisera de l’argent.


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Une certaine idée de la classe…

À 23h, je fais l’expérience concrète de ce que participer à un festival de la taille des Vieilles Charrues veut dire pour le badaud. Du monde, du monde partout. Du monde passablement bourré qui plus est, ce qui suffit à me convaincre de regarder le show des LMFAO depuis l’écran géant le plus éloigné de la scène Kerouac.
Au programme, de l’entertainment à l’américaine, avec DJ aux platines, breakdancers et bombasses de rigueur, chorégraphies réglées au poil et sens du spectacle affuté.
Je ne sais pas s’il faut être admiratif devant l’efficacité implacable du « party rock » craché par les enceintes ou atterré par le caractère totalement artificiel des tubes scandés par le crew de Sky Blu (pas de traces de l’oncle Redfoo en revanche, peut-être trop vieux pour ces conneries). Dans la gigantesque fosse de Kerampuilh, on est bien loin de se poser la question: les (très) jeunes présents kiffent violemment leur race, et c’est bien l’essentiel. Malheur aux vieillards qui n’arrivent pas à tenir le rythme effréné imposé par les californiens: dans le pogo général comme dans l’espace intersidéral, personne ne vous entend crier..
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Passée la traditionnelle champagne shower (ou peut-être était-ce du cidre? Pas vu, trop loin), je lève le camp en direction de ma fidèle Quechua 2 secondes, que je retrouve sans trop de mal malgré le manque d’originalité du modèle. S’endormir avec DON RIMINI et son « DJ set terriblement efficace » en guise de berceuse, n’est-ce pas ça être rock en 2012?

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