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W.H.A.T.T. (N.O.W.): Les 10 Choses À Avoir Sur Son MP3

Le développement technologique de ces trente dernières années a permis à tout un chacun d’emporter sa musique où qu’il/elle aille. Des capacités de stockage de plus en plus grandes pour un encombrement de plus en plus minime, voilà la formule qui a permis aux lecteurs, quel que soit le support utilisé, de trouver leur chemin dans les poches d’un public de plus en plus large, au point que certains observateurs se sont mis à parler d’une headphone culture, souvent en termes assez dépréciatifs*.

Cependant, si le MP3 (je fais ici le pari téméraire de considérer que le walkman, baladeur et autre lecteur de cassettes n’est plus usité activement que par une minorité – nostalgiques, technophobes, hipsters… – d’usagers, ce qui m’autoriserait à centrer mon propos sur leurs équivalents numériques) s’est très largement banalisé dans le monde occidental**, le contenu de ces boîtes à musique du troisième millénaire varie énormément d’un individu à l’autre. De gustibus non disputandum. Pourtant, je suis convaincu qu’il est des éléments que l’on devrait retrouver dans chaque MP3, indifféremment des inclinaisons de son possesseur. Des choses utiles, intéressantes, ou simplement amusantes, grâce auxquelles la bête donnera le meilleur d’elle-même, pour la plus grande satisfaction de son propriétaire. Au terme d’une intense séance de brain-storming, j’ai réussi à lister 10 de ces must have, que j’ai naturellement décidé de présenter sous forme d’un top 10 du meilleur aloi.

Nota Bene: N’ayant ni les moyens financiers, ni les relations professionnelles, nécessaires pour me targuer d’une connaissance encyclopédique de tous les appareils sur le marché, je n’évoquerai dans ce dernier que mon expérience personnelle, une relation exclusive et heureuse (disons-le) avec les produits de la gamme Apple. Il se pourrait donc que certains des éléments du top ci-dessus ne soit pas compatible avec certains types de MP3.

*: Je me demande si ceux qui se désolent de voir les passagers des transports en commun s’isoler dans leur bulle musicale pensent vraiment que la disparition des MP3 transformerait la rame de métro bondée de 8h26 en café philo.

**: Selon l’étude du Professeur Michael Bull, la moitié de la population urbaine occidentale utilisait un MP3 en 2007.

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1. UNE COQUE

Un début littéral donc, et absolument essentiel. Quand on connait le prix moyen de ces petits gadgets, inversement proportionnel à leur résistance aux chocs, on comprend aisément pourquoi il n’est pas idiot d’allonger quelques euros supplémentaires pour protéger sa nouvelle acquisition. Sauf à considérer qu’un écran tactile aussi fendillé qu’une tablette mésopotamienne est le top du swag, ou qu’un boîtier plus cabossé et rayé qu’un tank israélien à la fin de la deuxième Intifada permet de sortir du lot, bien sûr. À moins de manipuler son MP3 avec la précaution et la révérence habituellement réservée au suaire de Turin, aux minutes du procès de Jeanne d’Arc et à la vaisselle de belle-maman, je vous incite fortement à sortir couvert en toutes circonstances.

Thank you for your selfless sacrifice...

Thank you for your selfless sacrifice…

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2. UNE IDENTITE

Même le Père Noël n'est pas à l'abri d'une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde...

Même le Père Noël n’est pas à l’abri d’une mésaventure de ce type. Un faux mouvement est si vite arrivé quand on distribue plus de 6000 cadeaux par seconde…

Et pas n’importe quelle identité: la vôtre. Un nom, une adresse mail, un numéro de téléphone, un thème astral, un pseudo Meetic…, bref quelque chose qui permettrait à la personne qui ramasserait votre bien dans le métro (correspondance négociée au forceps),  un bar (coordination musculaire hasardeuse après le cinquième litre de bière), ou sur le glacier de la Meije (si si, ça peut arriver, demandez à Nicolas Hulot) de rentrer en contact avec son propriétaire légitime. Vous êtes certainement en train de vous dire que je suis un doux rêveur en m’imaginant que cette précaution permettrait de réunir objets et sujets, mais après tout, vous n’avez rien à perdre à croire en la bonté intrinsèque de la nature humaine (team Rousseau) plutôt que dans son caractère rapace et mesquin (team Hobbes). Ce serait dommage de tomber sur un bon samaritain providentiel, et de réduire à néant sa volonté d’aider son prochain à cause d’une bête absence de données*. Pensez à motiver son sens de la justice en promettant une récompense contre le retour de la marchandise, si vous pensez que cela pourrait faire la différence.

*: D’accord, il y a de fortes chances que votre MP3 soit constellé d’empreintes digitales, fragments de peau et autres échantillons génétiques, mais à moins d’avoir égaré le bestiau dans le quartier d’Horatio Caine pendant les RTT du bonhomme, ces indices resteront malheureusement inexploités.

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3. LA PLAYLIST « DU MATIN »

Qui dit MP3 dit forcément playlist(s). Pour les plus jeunes des lecteurs, je rappelle que cette pratique consistant à regrouper des morceaux dans un même fichier selon une logique pertinente (plus ou moins – des goûts et des couleurs… -) doit son origine à un banal manque d’espace de stockage, les premiers baladeurs numériques ne pouvant guère ingurgiter plus d’une cinquantaine de morceaux. Et encore, des courts*. Mainteannt que la moyenne basse de mémoire se situe plutôt aux alentours du terra octet, l’ère des choix cornéliens en matière de musique fait définitivement figure de préhistoire, mais l’intérêt populaire pour les playlists en tous genres n’a pas faibli, loin de là. À l’heure de la culture de masse, il s’agit d’un des derniers moyens de se singulariser par rapport au reste du troupeau, et je ne suis pas le dernier à penser qu’on en apprend plus sur un individu en jetant un œil à la composition de sa playlist favorite plutôt qu’en épluchant son CV ou en espionnant son activité sur les réseaux sociaux**.

Pour en revenir à notre point, la playlist dite « du matin » est un must have pour attaquer la journée du bon pied. S’il est bien connu que la musique adoucit les mœurs, je suis persuadé qu’elle peut également agir comme une puissante source de motivation et de conditionnement « énergétique », pour peu que l’on utilise les bons morceaux au bon moment. Quoi de mieux qu’un shot d’AC/DC au réveil pour regonfler ses batteries et booster sa confiance en soi? Ajoutez un peu de Bonney M et de Stevie Wonder pour les bonnes ondes et une pointe de sarcasme (souverain lorsqu’on arrive pas à décider qui est le plus bondé entre le quai de métro sur lequel on attend depuis dix minutes et la rame qui vient juste d’entrer en station) typiquement british avec quelques titres des Smiths, et vous obtiendrez un puissant euphorisant qui vous permettra d’arriver sur votre lieu de travail sans arrières pensées homicides, ou si peu.

Le matin...

Le matin…

*: C’était l’époque où l’on devait choisir entre Shine On You Crazy Diamond ou un double live des Ramones. Dur.

**: Si j’étais le boss de la NSA, je mettrais le paquet sur Spotify, Deezer et Soundcloud plutôt que sur Facebook, Twitter et Tumblr. Just saying.

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4. LA PLAYLIST « DU SOIR »

Si la playlist du matin peut s’apparenter à une pinte (neuronale) de redbull coupée au Tabasco et aromatisée à la juvamine, la playlist du soir ressemble plutôt à une infusion de spleen relevée aux anxiolytiques et agrémentée d’une rondelle de mélancolie jemenfoutiste (pour la déco). Le cocktail parfait pour vous faire oublier que votre vie est misérable et que vous seriez tellement mieux ailleurs, loin de cette trop supportable routine dans laquelle vous vous engluez chaque jour un peu plus. Bref, la playlist du soir ne respire pas franchement la joie de vivre et la positive attitude*, mais la bonne humeur, c’est bon pour les débiles, pas vrai? Tristesse et beauté, voilà les maîtres mots de cette compilation, où se croisent solennellement le corbeau de Poe et l’albatros de Baudelaire, adaptés réciproquement par Alan Parson et Léo Ferré, tandis que Nick Cave trucide Kylie Minogue sur le bord d’une rivière, que les Arcade Fire chroniquent la dernière guerre des banlieues et que Cat Stevens enterre sa Lady d’Arbanville. Entre (beaucoup d’) autres.

...et le soir

…et le soir

*: Vous pouvez tout de même mettre des chansons de Lorie si vous le souhaitez, mais privilégiez les plus récentes, comme celles des albums Regarde Moi et Danse, bides monumentaux illustrant à merveille la difficulté qu’ont les artistes pour ados à survivre sur le long terme. Ah, je suis vraiment immonde. Et j’aime ça.

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5. LA PLAYLIST « LISTEN TO ME PLEASE »

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what's good for you.

La chanson derrière le titre de la playlist. Listen to Rick, he knows what’s good for you.

Il est tellement facile et rapide de télécharger de la musique que l’on a vite fait de se retrouver avec des dizaines, voire des centaines, de titres en attente d’une première écoute sur son MP3. Ajoutez à cette réalité technologique la tendance très humaine de rester ad vitam eternam dans sa zone de confort plutôt que d’aller se frotter à l’inconnu, et vous comprendrez pourquoi il est de toute première instance de disposer d’une playlist regroupant tous les « petits nouveaux » du lecteur, afin de pouvoir immédiatement exploiter les (trop) rares bouffées de « tiens-et-si-je-donnais-sa-chance-à-cet-album-que-j-ai-téléchargé-il-y-a-déjà-trois-mois ». Grâce à la folie statisticienne d’iTunes, il suffit d’un clic pour trier l’ensemble de sa bibliothèque par ordre (dé)croissant de lectures, ce qui permet de créer et d’actualiser très facilement ce genre de playlist.  Les plus disciplinés s’astreindront des règles supplémentaires, comme par exemple l’interdiction formelle d’ajouter de nouveaux morceaux à son MP3 avant que le niveau des « inouïs » ne soit repassé sous un certain seuil (je respecte au plus haut point les gens qui se tiennent à ce genre de régime, car j’en suis moi-même incapable).

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6. LES PLAYLISTS THEMATIQUES

Il y a des moments où on n’a pas envie de lancer le mode shuffle, ni d’écouter un album en particulier, et encore moins de construire son programme morceau par morceau. Dans ce genre de situation, où paresse intellectuelle et envie de musique se font face dans des proportions sensiblement semblables, il est utile de disposer de quelques playlists thématiques pour dénouer avec élégance et nonchalance ce nœud gordien*. Citons par exemple les ensembles décennaux, (60’s, 70’s, 80’s…) toujours pratiques en cas de nostalgite chronique, le regroupement live en cas d’envie pressante de chaleur humaine, ou encore les divisions linguistiques (tout français/anglais/espagnol/islandais…).

*: Enchevêtrement tellement indépêtrable qu’il en devint légendaire, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne vienne y mettre un coup de canif. Donnez suffisamment de temps à une paire d’écouteurs lambda, et elle se transformera à son tour en nœud gordien. C’est la fatalité.

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7. UN STARTER

Starter personnel: "Reprise" de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de "Yeaaaaah" par Freddie Mercury himself. Who else?

Starter personnel: « Reprise » de Queen (Made in Heaven). Quatre secondes de « Yeaaaaah » par Freddie Mercury. Just perfect.

Imaginez: vous savez précisément laquelle de vos playlists soigneusement conçues vous avez envie d’écouter, vous avez réglé votre lecteur en mode shuffle pour varier les plaisirs, vous êtes sur le point de lancer la machine… mais vous n’arrivez pas à décider avec quel morceau vous voulez commencer la séance. First World Problem. Le mode shuffle, malgré toutes ses qualités, ne se déclenche en effet qu’à n+1 (à moins d’être lancé pour l’ensemble de la bibliothèque – alias « le grand bain » -), ce qui oblige à choisir la première cartouche soi-même. Mine de rien, cette petite complication peut prendre des proportions déraisonnables, surtout si, comme moi, vous avez une playlist préférée dont vous connaissez tellement bien les morceaux que certains se sont transformés en scies quasiment inécoutables (comme dit l’adage, de l’habitude naît l’ennui), et qu’en conséquence, vous devez scroller jusqu’au dernier tiers de la liste pour lancer l’écoute avec un titre un peu plus « frais » que les autres (que vous écouterez tout de même avec plaisir quand ils seront joués, car vous êtes quelqu’un de compliqué). La solution à ce problème tient en deux mots et moins de cinq secondes: le starter.

L’idée est de placer en tête de vos playlists un morceau très court, ou mieux, un jingle ou une plage sonore, afin de pouvoir goûter aux joies d’un mode shuffle totalement aléatoire. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, et pourtant je peux vous assurer que cette micro astuce améliore nettement le plaisir d’écoute. Ne plus avoir à se prendre la tête au moment de lancer une playlist est un luxe dont on ne peut rapidement plus se passer. L’essayer, c’est l’adopter.

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8. UN JEU POTABLE

Un des petits à côté sympathique des MP3 d’Apple est l’inclusion automatique de mini jeux, qui, s’ils ne vous colleront pas à l’écran des heures d’affilée, permettent néanmoins de passer le temps de manière agréable le cas échéant. Plus d’un trajet en train ou une file d’attente de concert ont ainsi été écourtés par une session sauvage de Klondike ou d’iPod Quizz (malgré son insupportable cruche en robe violette), même si ce dernier tend à vider la batterie à vitesse grand V*. À ne pas tenter au premier jour d’un trek de deux semaines dans le Sahara occidental (à moins d’avoir fait vœu d’abstinence musicale avant de partir), mais salvateur en cas de retardement de TGV, si tant est que l’on a pensé à prendre le câble d’alimentation et l’adaptateur du bestiau avant de prendre le rail, bien sûr (autrement, pas sûr que l’on tienne les 10h réglementaires du Paris-Bordeaux).

*: Les lecteurs attentifs et bien informés se demanderont peut-être pourquoi il n’est pas fait mention de Vortex dans la liste des exemples, puisque ce dernier constituait le dernier membre du trio de jeu inclus de base sur tous les iPod Classic (au moment où j’ai acheté le mien, tout du moins). La raison en est simple: Vortex n’est pas un jeu potable, c’est une application rage quit grossièrement dissimulée par un skin vaguement attrayant, ainsi que le plus sûr moyen d’user prématurément la molette de contrôle du MP3. Connaissant la politique du SAV de la marque à la pomme (dite du « pourquoi remplacer une pièce quand on peut racheter un nouveau lecteur? »), je soupçonne cette dernière d’avoir voulu subtilement troller ses clients en offrant ce jeu à l’achat.

Bienvenue dans le niveau "Eparcyl - la fosse tranquille" de Vortex.

Bienvenue dans le niveau « Eparcyl – la fosse tranquille » de Vortex.

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9. LES COVER ARTS

Avant, j'oubliais toujours d'où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c'était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

Avant, j’oubliais toujours d’où venaient les artistes que je découvrais via le Music Alliance Pact, mais ça, c’était avant (que je colle des petits drapeaux sur les cover arts).

La fin du top approche, et avec elle les points les plus contestables de ce classement (essayez de faire un top 10, et vous verrez que c’est diablement dur de maintenir le niveau jusqu’au bout). Il est vrai que la présence ou l’absence de cover arts ne joue pas un grand rôle dans la qualité d’écoute d’un morceau, mais faire outre de ce qui me semble être une part essentielle de l’œuvre d’un artiste ou d’un groupe que vous appréciez au point de vouloir posséder sa musique me semble être au minimum non intuitif, et au pire carrément scandaleux (si le cover art est vraiment excellent).

On accuse souvent le MP3 d’avoir réduit la musique à des séquences codées et compressées, quand d’autres formats de stockage sont au contraire loués pour leur côté organique et chaleureux, et je ne peux m’empêcher de penser que ces attaques persistantes visent autant l’objet que les utilisateurs de ce dernier, à qui on reprocherait sous le manteau leur consommation « industrielle » et « dénaturée ». Chacun est libre de penser ce qu’il souhaite à ce sujet, du moment qu’il accepte le fait que d’autres ont le droit de ne pas partager ses vues, et pour ma part, en ma qualité de grand utilisateur de MP3, je considère qu’un des moyens à ma disposition pour donner tort aux ayatollahs de la platine vinyle (pour ne pas les citer) est de pouvoir associer chaque morceau de mon lecteur à son cover art, quitte à devoir parfois mettre les mains dans le cambouis et les pieds dans la section images de Google quand GraceNote fait chou blanc… ce qui arrive relativement souvent.

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10. LES PAROLES

Si vous êtes familier avec le logiciel iTunes, vous savez sans doute que le menu « obtenir des informations » (sélectionnable en cliquant avec le bouton droit de la souris sur le titre d’un morceau) se décompose en plusieurs onglets, dont un « paroles ». En revanche, vous ne savez peut-être pas qu’il est possible de faire apparaître ces dernières (sous réserve que vous les ayez ajoutées – manuellement, cela va sans dire – ) sur l’écran de votre MP3 en cliquant 5 fois de suite sur le bouton central. Depuis que j’ai fait cette découverte, complétement par hasard, je dois avouer que je me suis piqué au jeu, et ai passé de longues heures (en cumulé) à copier/coller les paroles des morceaux de mon iPod. Certes, il s’agit d’une tâche fastidieuse et sans gloire, mais elle vous permettra de devenir une sommité reconnue en matière de lyrics au sein de votre cercle d’amis (« quoi, tu ne connais pas le 9ème couplet de A Hard Rain’s A-Gonna Fall? C’est la baaaase man!), de pouvoir réviser dans la file d’attente des concerts (à vous les regards complices échangés avec votre artiste préféré quand -si…- il/elle remarquera que vous connaissez les paroles de toutes ses chansons… Priceless), et accessoirement de comprendre enfin de quoi parle ce morceau que vous fredonniez en yaourt depuis toutes ces années. Bref, ce dixième point n’est certes pas le plus essentiel du top, mais il remporte haut la main le trophée du « détail qui tue », et tout le monde sait que le diable se cache dans les détails. Fans de Burzum, à vos claviers.

Ce n'est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n'importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d'un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

Ce n’est pas aussi rigolo que de changer le titre des morceaux pour faire dire n’importe quoi au logiciel VoiceOver (les possesseurs d’un iPod nano comprendront), mais avec un peu de pratique et un bon site de paroles, le rendement est impressionnant.

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Voilà qui termine notre checklist des incontournables (certains plus que d’autres) du MP3. J’espère que cette dernière vous permettra de considérer votre lecteur sous un nouvel angle, et d’explorer toutes les possibilités qu’il vous offre, et elles sont nombreuses. Bonne écoute!

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Réquisitoire Contre Les Vinyles

La saison des festivals étant (temporairement) terminée, W.H.A.T.T. (I.F.) devient W.H.A.T.T. (N.O.W.) pour des raisons évidentes. Ou pas. Quoi qu’il en soit, le principe de la rubrique reste le même malgré ce changement de nom: parler de méta-musique lorsqu’il ne reste plus de concerts à chroniquer ou d’artistes à présenter. Pour inaugurer cette nouvelle dénomination, une petite charge contre un support que je considère avec un mélange de respect et de dédain: le vinyle.

Il paraîtrait que la mode ne serait qu’une affaire de cycles.Gainsbourg l’avait déjà compris, lui qui en 1966, fredonnait d’un air entendu Qui Est In Qui Est Out. Ce qui s’arrache aujourd’hui sera piétiné dans la boue demain, mais reviendra en force le jour d’après: la boucle étant bouclée, il ne reste plus qu’à faire un tour de plus, en espérant que ce tour de passe-passe intemporel continue à fonctionner pour les générations actuelles aussi bien que celles qui les ont engendrées.

Il existe cependant des exceptions à cette logique ouroborosienne, l’une d’entre elle étant le progrès technique. Fort heureusement pour nous, nos ancêtres ont (quasiment) tous résisté à l’appel du « tout-tartare » après qu’ils aient enfin réussi à maîtriser le feu, jugeant avec sagesse que la nostalgie pour l’entrecôte de gazelle crue ne justifiait pas qu’on renonce au phacochère rôti, ni au ragoût d’éléphant, bien plus digestes. Pareillement, les revivalistes du silex, après s’être fait copieusement maravés par leurs congénères passés au bronze, puis au fer, ont finalement laissé tomber leurs bifaces chéris pour s’équiper avec du matos plus avancé.

Aujourd’hui, la même logique « progressiste » justifie que les possesseurs d’iPhone X* s’endettent jusqu’au trognon pour remplacer leur précieux gadget  (puisqu’on ne peut plus vraiment appeler ce truc un téléphone) par une version upgradée avec une régularité presque suspecte par un fabriquant jurant ses grands dieux que le nouveau modèle est incomparablement supérieur à son aîné. Ainsi en est-il dans le monde impitoyable des technologies, la petite dernière enterrant impitoyablement ses grandes sœurs sans l’ombre d’un remord, avant de se faire à son tour déclassée en un clin d’œil quelques temps plus tard. Schumpeter (le Gainsbourg du début du XXème siècle) parlait de destruction créatrice. Il parlait aussi de cycles économiques, tenez. Il serait né cinquante plus tard, il serait le designer/styliste le plus hype de la planète, au lieu d’avoir été un économiste cavalier avec un nom rigolo. Destin cruel.

Seulement, il arrive que certains produits, pourtant irrémédiablement à la ramasse, parviennent à survivre à la concurrence des jeunes loups aux dents plus longues et aux performances plus mieux. (le Terminator modèle T-800 par exemple). Généralement, la cause cette survivance contre-naturelle tient à l’image « cool » que lesdits produits ont réussi à s’attacher, raison suffisante pour qu’une part non-négligeable et assez virulente des consommateurs/utilisateurs modifie son comportement, et s’érige en défenseur farouche des vieilleries en question. Parmi tous les reliquats d’un passé archaïque amoureusement conservés par ces aficionados du vintage, on trouve naturellement des choses en lien avec la musique, dont l’objet contre lequel sera dressé le suivant réquisitoire: le vinyle.

Car le vinyle ne s’est pas contenté de subsister dans son petit marché de niche, comme il aurait dû. Non, le vinyle s’est payé le luxe de redevenir à la mode, au point de venir concurrencer les autres supports musicaux, voire pire, de les remplacer. L’idée de cette article est d’ailleurs venue à votre serviteur après que ce dernier ce soit rendu compte avec émoi qu’Indians(artiste en première partie de Perfume Genius) n’avait apporté avec lui que des EP 7 » sur le stand de merchandising. Résultat, un Schattra à la fois perplexe et dépité, qui est reparti du Café de la Danse sans la galette qu ‘il convoitait. Pas glop.

Bref, prenant à contre-pied les nombreux et influents défenseurs de ces rondelles noires, j’ai décidé de revêtir la robe de l’avocat général dans le procès en réhabilitation du vinyle. Une plaidoirie en cinq arguments, à la fin de laquelle j’espère avoir convaincu tous mes excellents lecteurs/jurés de la droiture et de la justesse de ma cause.

*: Insérez ici le numéro adéquat. Je n’ai pas envie de revenir tous les ans actualiser cette page.

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JE N’AIME PAS LES VINYLES PARCE QUE:

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I. C’est lourd et encombrant

Ce à quoi on me répondra: « Qu’est-ce que tu en sais? Tu as fait des mesures peut-être? ». Il est vrai que de prime abord, vinyles et CDs semblent se valoir plus ou moins en terme de poids et de volume. Les premiers sont certes beaucoup plus grands que les seconds, ils ont pour eux leur taille de guêpe et un « emballage » en carton, a priori plus léger que le boîtier en plastique de leurs rivaux. C’est en tout cas la réflexion que je me suis fait au début de mon enquête, et devant cette conclusion préliminaire trop normande à mon goût (p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non), j’ai décidé de pousser les investigations à un stade scientifique. Eh oui.

Bref, prenons un échantillon de vinyles et de CDs, et comparons leurs caractéristiques physiques pour déterminer quel format est le plus avantageux en matière d’encombrement.

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Le Poids:

Verdict sans appel délivré par mon fidèle pèse-bagages: les vinyles sont trois fois plus lourds que leur équivalent en CDs (1,5 kilogramme contre 500 grammes).

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Le Volume:

Ces tables de conversion de cm en cm³ avaient bien un usage pratique, finalement. Après mesure, la pile de six CDs de l’échantillon occupe un volume d’environ 1100cm³ (12,4 x 14,2 x 6,2), tandis que celle de vinyles, avec un peu moins de 3000cm³ (31,4 x 31,4 x 3), s’avère prendre presque trois fois plus d’espace.

Conclusion: le vinyle c’est bien à condition d’avoir des lombaires de déménageur et un emplacement premium chez Une Place En Plus. Étudiant(e) ou jeune actif(ve), toi qui peut compter tes mètres carrés d’espace disponible sur les doigts de la main, tu sais quel support choisir pour enrichir ta discothèque.

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II. C’est peu pratique

Pour cette nouvelle démonstration, je pars du principe que mon lectorat est majoritairement composé de gens nomades et pressés, et non pas de moines/nonnes trappistes résidant dans un prieuré vide sur les îles Lofoten. Je pose également l’hypothèse que les personnes lisant ce billet sont familières des contraintes de la vie urbaine contemporaine, faite de trajets incessants d’un point A à un point Autre, trajets pendant lesquels et le temps et l’espace disponibles à l’écoute de musique sont limités et/ou fluctuants. Enfin, je suppose qu’à la fin de sa journée, mon lecteur type, vidé après une journée à courir à droite et à gauche, succombe à un accès de flemme aussi compréhensible qu’irrésistible.

Mais bon, les irréductibles du vinyles peuvent tout de même emporter leur musique partout, la preuve.

Si ces trois conditions sont remplies, vous comprendrez que l’individu dont il est question dans le paragraphe introductif ci-dessus n’en ai pas grand chose à carrer des soi-disantes performances supérieures du vinyle en terme de qualité d’écoute, son plus chaleureux, bonification avec le temps et autres goûts de sous-bois dont on lui rabâche les oreilles. Car ce que notre homme/femme/être recherche, c’est avant tout de pouvoir évacuer les petites tracasseries du quotidien l’espace d’un instant, en déversant dans ses cages à miel une grande rasade de décibels euphorisants, et ce, le plus facilement possible. Et quand il suffit de presser un bouton pour s’injecter un shot avec un MP3 classique, prendre son pied via un vinyle nécessite au contraire tout une cérémonie, fondamentalement incompatible avec toutes les contraintes précédemment énoncées. Jusqu’à preuve du contraire, prendre le bus/métro/RER/tram avec sa platine n’est pas une idée des plus brillantes, alors que les baladeurs numériques actuels se glissent sans problème dans toutes les poches. Bien sûr, le son compressé est une triste petite chose, mais on ne demande pas un aspirine d’avoir un goût de praline, seulement de remettre un semblant d’ordre dans l’unité centrale. De toute façon, même la restitution la plus fidèle ne pèse pas lourd face au brouhahas constant du quotidien, alors pourquoi sortir le grand jeu dans cet environnement hostile?

De retour au bercail, l’homo transitus dispose certes de conditions plus favorables au recours au bon vieux vinyle, mais encore faut-il qu’il accepte de se plier au rituel du changement-de-face-au-milieu-de-l’album, étape qui n’a rien d’une partie de plaisir quand on souhaiterait simplement profiter de la musique jouée sans bouger le petit doigt. Le vinyle est un virtuose un peu simplet, qui a besoin qu’on se penche sur son cas toutes les vingt minutes, au lieu d’enquiller les morceaux comme toute playlist se respectant.

Enfin, même en supposant que cette distinction entre écoutes « publiques » et « privées » ait été intégrée par notre individu, qui a choisi d’utiliser le MP3 pour la première et le vinyle pour la seconde, reste le problème épineux de la numérisation des morceaux. Si cette opération tient de la formalité pour la musique gravée sur CD, elle relève du parcours du combattant pour celle piégée dans les sillons d’un vinyle. Des solutions existent, certes. Toutes horriblement galères à mettre en place, et sans garantie de résultat. Mais elles existent. Joie.

Présenté comme ça, ça a l’air presque raisonnablement simple. Presque. (© http://www.jean-christian-michel.com)

Au final, le vinyle est un support bien trop contraignant pour répondre aux attentes des auditeurs du troisième millénaire, qui veulent être accompagnés par leur musique où qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent. Prisonnier de sa platine et marginalement compatible avec les technologies de partage et de duplication de fichiers actuelles, papi vinyle n’est plus du tout en phase avec son époque. Aux orties, le vioque.

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III. C’est cher

D‘accord, le vinyle a un cachet et une classe auquel le banal CD ne peut pas prétendre. Il faudrait être de sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que cette fameuse galette noire est un bel objet, dont la simple manipulation met déjà en joie le mélomane. Rien d’aussi sexy avec le CD, que l’on trimballe sans beaucoup de considération de son boîtier jusqu’à la chaîne hi-fi ou l’ordinateur. À en juger par l’état déplorable de certains spécimens bazardés à vil prix en brocante, certains utilisateurs peu scrupuleux n’hésitent pas à détourner ces innocentes rondelles de leur usage premier, en les utilisant comme shurikens, planche à découper ou ustensile à tartiner. C’est moche.

Pour déplorables que soient ces pratiques, elles peuvent en partie s’expliquer par le fait que le CD coûte beaucoup moins cher que le vinyle, la « crise » actuellement traversée par l’industrie musicale ne faisant que renforcer cet état de fait, au point qu’il n’est plus rare de trouver des albums plus chers en version MP3 (donc totalement dématérialisés) qu’en version CD. Cherchez l’erreur.

À l’inverse, le vinyle, catalogué « produit de luxe » depuis son récent retour en grâce, affiche des tarifs bien plus élevés, ce qui convainc généralement ses acquéreurs à le traiter avec un soin particulier. À titre d’exemple, l’album le plus vendu au cours de l’année écoulée (21 d’Adele) coûte 22 euros en version vinyle, 14 euros en version CD, et 10 euros en version MP3. Autrement dit, privilégier la version téléchargeable permet d’obtenir en sus l’album précédent de la James Bond girl et son live à l’iTunes festival, pour le prix du 21 vinyle. Jeu, set et match.

Et comme si cela ne suffisait pas, le vinyle est non seulement plus cher à l’achat, mais il nécessite également un investissement bien plus conséquent que ses rivaux pour délivrer sa musique. Ainsi, selon le dossier Idée Reçue :Le Vinyle Est Meilleur Que Le MP3, là où une bonne platine CD se négocie à environ 500 euros, une installation vinyle digne de ce nom (cellule de lecture + platine + préampli) se chiffre plutôt entre 1.250 et 1.750 euros. Gloups.

Verdict: le vinyle fera certes les beaux jours de vos oreilles, mais pas avant que vous ne vous soyez délestés de tous vos organes redondants (ainsi que de ceux de vos proches). Le comble du mélomane: casquer autant.

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IV. C’est un business qui nous prend pour des vaches à lait

J‘ai pu lire à de multiples reprises que le vinyle était considéré comme les disquaires indépendants comme une de leurs rares voies de salut, de part sa profitabilité plus importante et la concurrence encore assez limitée des grandes chaînes de distribution sur ce secteur. Soit.

Je n’ai rien contre ces disquaires, que je considère au contraire comme des individus héroïques, livrant une bataille franchement mal barrée contre des géants financiers qui voudraient faire de la musique un simple générateur de profits. Ces Don Quichottes contemporains ont donc toute ma sympathie et ma considération, même si je dois avouer que les tarifs pratiqués dans leurs échoppes me laissent souvent rêveurs. Mais il est vrai que quitte à payer un album plus cher, parce que distribué par un indépendant, autant prendre la version la plus haut de gamme, histoire de ne pas faire les choses à moitié.

Seulement, l’équation n’est pas aussi simple que ça, car s’il est certain que le vinyle est plus cher, est-on vraiment sûr que le son qu’il produit est de meilleure facture que ces concurrents? Cette question, qui fera hurler les puristes de la cire, mérite toutefois d’être posée, car si la fréquence d’échantillonnage plus limité des CDs et la compression des fichiers MP3 ont en effet conduit à un son de qualité inférieure, les technologies actuelles permettent (ou plutôt, permettraient) de passer outre ces limitations. Jamais à court de bonnes idées, l’infatigable Neil Young est d’ailleurs en train de finaliser son projet PONO, aka le toblerone qui te permettra d’avoir la même qualité d’écoute que les artistes en studio. Pas de quoi effrayer iTunes, mais espérons que cette initiative donne à la marque à la pomme des idées dans le futur (Neil s’est d’ailleurs lancé dans le projet après qu’Apple l’ait envoyé balader sur le sujet). Quant aux supports tangibles, on sait déjà faire aussi bien, voire mieux que le vinyle en douze centimètres de diamètre: Super Audio CD et DVD Audio se tirent la bourre pour déterminer qui sera la galette du futur, qui aura l’honneur de remplacer le vénérable CD le temps venu. Bref, l’argument du « vinyle = son de meilleure qualité » ne tient pas.

Seulement, et c’est là que ça devient problématique, ce raccourci un peu facile constitue aujourd’hui l’argument de vente principal du vinyle, et justifie du même coup des campagnes de réédition d’albums plus ou moins innocentes de la part des maisons de disques, persuadées de pouvoir faire du neuf (et donc du fric) avec du vieux. Le vinyle se fait collector, ce qui ne contribue pas vraiment à faire baisser son prix. Le message (implicite) envoyé aux fans – qui sont des êtres à la rationalité profondément altérée, comme chacun sait – est donc le suivant: « si tu aimes tellement cet artiste, alors tu dois écouter sa musique dans les meilleures conditions possibles, donc tu dois acheter ce magnifique vinyle au tirage soigneusement limité. Il n’y en aura pas pour tout le monde, alors dépêche-toi de passer commande de ton exemplaire ». Le génie de la manœuvre consiste à faire un distingo informel, mais bien présent, entre le/a « groupie », animal décérébré qui achète tout et n’importe quoi (dont les coffrets méga deluxe avec posters, autocollants et porte-clés) et l’authentique fan, qui lui/elle se concentre uniquement, et à juste titre, sur la musique. Pris au piège de son hubris, le consommateur accepte donc de claquer son pognon chèrement gagné dans du vinyle, rien que pour prouver au monde que lui/elle, c’est un(e) vrai(e), un(e) pur(e), un(e) authentique. Machiavélique.

Et le fan de hurler cette phrase bien connue: « ILMELEFOOOOOOO!!!! »

Bref, messieurs et mesdames les distributeurs de musique, il ne faudrait pas nous prendre pour des jambons non plus. Exploiter le filon de la nostalgie pour faire votre beurre (et nous le vendre), d’accord, mais essayer de nous convaincre que le vinyle est le support des « vrais » mélomanes, avec tous les sous-entendus que cela implique pour nous autres fans pas forcément assez cyniques pour détecter les fils blancs qui cousent la manœuvre, franchement, ça craint.

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V. Ce n’est pas aussi durable que ce qu’on voudrait nous faire croire:

Finissons ce brûlot avec un argument des pro-vinyles que je trouve assez spécieux, la soi-disante plus grande résistante aux outrages du temps et de l’usage répété de leurs précieuses galettes noires. J’ai ainsi pu lire qu’un heureux possesseur d’une très vieilles pièce se vantait que sa précieuse relique sonnait comme au premier jour, malgré ses soixante ans bien tassés (sous-entendu: « ce n’est pas un CD qui tiendrait aussi bien la route, ha! »). Mouais. Bof.

Notez le design soigneusement étudié pour faciliter la transition du vinyle au CD.

Premièrement, précisons qu’à l’heure actuelle, des CDs de soixante ans, ça n’existe pas encore, les plus vieux spécimens de ces rondelles irisées (soit Une Symphonie Alpestre de Richard Strauss et The Visitors de ABBA) venant tout juste de fêter leurs trente ans. Rendez-vous en 2042 pour voir si une comparaison peut être établie entre les deux supports. D’ici là, vous attendrez avant de tirer des conclusions définitives.

Deuxièmement, s’il est tout à fait vrai que les CDs s’usent à force d’être lus par des machineries beaucoup plus traumatisantes que ce que l’on voudrait nous le faire croire (mention spéciale au lecteur DVD de mon portable, dont les numérisations atteignent parfois la barre des 90 décibels… séances d’interrogatoires musclées qui laissent des traces), et laissent les disques avec des séquelles assez pénibles, les vinyles sont également concernés par les ravages de la senescence. Seulement, si les défaillances du CD sont vertement critiquées, celles du vinyle sont au contraire excusées, voire revendiquées, en un bel exemple de discrimination pas tellement positive. Et les aficionados des 33 tours de vanter le son riche de leurs poulains, considérant que les « clicks » et les « crackles » qui parsèment la lecture de l’œuvre apportent une réelle plus-value à cette dernière… Ça, c’est un album qui a vécu, môssieur, et qui porte fièrement les marques de toutes ses années de service! Curieusement, on est bien moins conciliant et compréhensif envers un CD qui déraille, et c’est bien dommage.

En plus de cela, le mode de lecture des vinyles, « organique » pour les uns, « archaïque » pour les autres, vient mettre à mal le statut d’invulnérabilité de ces derniers. Doublement même, puisque à chaque écoute, on abîme à la fois le disque (qui perd peu à peu ses fréquences aiguës, mais comme l’oreille humaine suit le même chemin vers la surdité, ça ne gêne pas les vieux de la vieille) et le diamant de la platine. Le CD est (théoriquement) à l’abri de ces sévices, même si les occasions ne manquent pas d’endommager ses micro-sillons dans la vie quotidienne.

À quand les crèmes anti-rides pour vinyles?

Troisièmement, le vinyle souffre (ou peut souffrir) de problèmes contre lesquels le CD est partiellement ou totalement immunisé. A-t-on jamais entendu parler d’un CD voilé à cause de la chaleur? Moi non. Ah, et cette fâcheuse tendance qu’à le vinyle à attirer à lui toutes les particules de poussière de la pièce… Saleté d’électricité statique.

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.Au final, le mythe de la meilleure durabilité du vinyle se révèle être bâti sur des observations franchement biaisées plutôt que sur des mesures purement scientifiques, qui auraient au contraire toutes les raisons de tourner au désavantage du grand ancien. Ce n’est pas pour rien que le CD s’est imposé comme le support de référence en l’espace de quelques années, tout de même.

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CONCLUSION

 

Le revival actuel du vinyle me semble plus tenir de l’effet de mode que d’un véritable engouement retrouvé pour un support qui a fait son temps et clairement affiché ses limites. On est certes tout à fait en droit de préférer recourir aux services de ces galettes grand format, auxquelles sont attachés les meilleurs souvenirs de l’épopée de la musique « populaire ». À l’époque, on en vendait des millions, chaque semaine ou presque voyait la sortie d’un nouveau chef d’œuvre, et on pensait encore qu’un bon solo ou quelques lignes bien senties pouvaient changer le monde… Mais ça, c’était avant. D’ailleurs, l’idylle-vinyle ne serait-elle pas autre chose que l’expression instinctive et indistincte d’une nostalgie certaine pour un passé glorieux et glorifié? Ça se débat.

Lors, pour tout mal barré qu’il apparaisse, gageons que le futur nous réserve encore quelques bons moments auditifs, et cessons de nous lamenter sur la médiocrité (supposée) des temps qui courent. Il ne tient qu’à nous de nous botter le cul pour essayer de les rattraper. Adieu donc vinyle, reliquat d’un âge d’or qui n’a plus besoin de toi pour se prolonger. Je ne t’ai jamais vraiment connu (tant mieux, tant pis), et je n’ai pas envie de commencer maintenant. You were good in your time.

Illustration © Bénédicte

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