ANNA VON HAUSSWOLFF @ LE PETIT BAIN (13.12.15)

Même si ce n’a pas été fait à dessein, assister à un concert à Paris le 13 Décembre 2015, un mois jour pour jour après les attentats ayant endeuillé la capitale et frappé au cœur l’industrie du spectacle parisienne, ne pouvait pas être un acte anodin. La venue d’Anna von Hausswolff au Petit Bain apparaissait à ce titre comme l’occasion de clore l’année musicale, et de refermer du même coup la drôle de parenthèse ouverte trente jours plus tôt. Plus qu’un évènement musical, cette soirée était également la manifestation d’un retour à la normalité, certes plus sombre qu’auparavant, mais à la normalité tout de même.

Lancé en première position, VENDÈGE, projet solo de Thibault Marchal, se révélait être une jolie trouvaille, le charpentier de l’Arche de Nora, accompagné pour l’occasion d’une violoncelliste (mais pas que), d’un trognon de pomme et de la console la moins stable du monde, surprenant son monde avec son electronica upcyclée et intimiste.

Vendege 2.

L‘heure de show proposée ensuite par l’aptement nommé THE GROUP (on me signale dans l’oreillette que « The Band » était déjà pris) se révéla bien plus déroutante. Agrégation d’artistes berlinois partageant une passion commune pour l’expérimentation musicale, cet ensemble à la composition fluctuante prend en effet chaque concert comme une feuille blanche, sur laquelle ils improvisent à loisir et sans filet. Pour cette soirée au Petit Bain, Casper Clausen (Efterklang) lança ainsi les hostilités en position de chef d’orchestre, intimant par deux fois à ses comparses (Greg Haines, Francesco Donadello, Tatu Rönkkö et Massimo Pupillo) « d’envoyer la sauce »  – comme on dit dans les milieux autorisés -, ce qui, compte tenu du line-up déployé par la troupe (2 batteries, une basse et ce que nous appellerons pudiquement des machines), se révéla être une expérience aussi physique qu’acoustique. Il faut dire que votre serviteur avait eu l’heureuse idée de se positionner devant une enceinte retour public…

The Group 2.

Difficile de donner au lecteur un aperçu fidèle de cette prestation protéiforme et hypnotique, construite seconde après seconde par une quintette complice et volage, pour qui l’échange d’instruments en cours de show est une pratique normale. L’expérience en vaut définitivement la peine, même si la philosophie radicale de The Group est susceptible de provoquer des adhésions totales aussi bien que des rejets absolus, sans guère de compromis entre ces deux extrêmes. Tel est le lot de ceux qui se plaisent à redéfinir les contours de ce que l’on appelle, peut-être un peu trop simplement, musique.

The Group 3.

Venue présenter son nouvel album, The Miraculous au cours d’une tournée européenne dont Paris était la dernière étape, ANNA VON HAUSSWOLFF se présenta enfin sur scène, accompagnée de son cénacle de musiciens. Pour ceux n’ayant pas l’heur de connaître la demoiselle, Mlle Von Hausswolff n’est autre que la papesse du funeral pop, un genre musical oscillant entre le drone et l’alternative, certes pointu mais jamais pesant, et d’une approche somme toute assez facile (ce qui explique sans doute pourquoi le Petit Bain était comble en cette soirée du 13 Décembre). Autre caractéristique notable du style de notre Valkyrie de poche, la grande part laissée aux passages instrumentaux, même dans les morceaux avec paroles. Ajoutez à cela un souci du détail confinant à la recherche de la perfection et une interaction avec le public entre deux chansons nulle et non avenue la majeure partie du temps, et vous obtiendrez une image assez fidèle de ce à quoi ressemble un concert d’Anna von Hausswolff, soit une succession de moments de grâce entrecoupés de silences dégrisants et de demandes de corrections des retours adressées au fidèle Justin, artisan ingénieur son. Une véritable Ceremony, en quelque sorte.

Anna von Hausswolff 1.

Faisant logiquement la part belle aux compositions issues du dernier album en date de la demoiselle, le concert du Petit Bain se révéla être une performance empreinte de passion contrôlée et de fougue savamment dosée, Anna offrant une visite guidée en Hauswolffie à son public pendant une heure et demie, impeccablement servie par la partition sans faute de ses quatre scaldes. Le point d’orgue de cette prestation, logiquement miraculeuse, fut sans aucun doute l’interprétation de Stranger, qui vit le Little Black Riding Hood délaisser le clavier de son orgue électronique pour venir se planter sur le devant de la scène. Jeu de contraste entre l’elfe sautillante à la voix de stentor, chantant derrière une cascade de cheveux blonds dans un micro trop grand pour sa main, et son immense et placide guitariste, oscillant d’un temps fort à l’autre comme un bouleau pris dans la tourmente. Image marquante s’il en est.

Anna von Hausswolff 3.

Au sortir de l’ultime concert de 2015, année à jamais marquée d’une pierre noire pour les mélomanes Français, deux phrases tournaient en boucle dans l’ordinateur neurophile qui me sert de cerveau, pour reprendre l’expression de Ferré. La première, de Lampedusa: « Il faut que tout change pour que rien ne change », décrivait à mes yeux assez bien l’état d’esprit général de l’amateur de musique live Parisien, qui ne passera désormais plus la porte d’une salle de concert sans repenser à la tragédie du 13 Novembre. Derrière l’apparente normalité de cette plaisante soirée du 13 Décembre, de puissants mouvements étaient à l’œuvre, qu’ils soient manifestes, comme la fouille systématique des sacs à l’entrée du site (mesure déjà instaurée avant les attentats, mais sans doute conduite avec un peu plus de zèle depuis ces derniers), ou intériorisés. La deuxième de Farrokh Bulsara, philosophe Indien du 20ème siècle : « The show must go on ». And it will, Freddie.

Pour aller plus loin:

L’Internet ne croule pas sous les vidéos de Vendège, ce qui fait de son Bandcamp le meilleur endroit pour se familiariser avec l’univers musical de Thibault Marchal. Pour les impatients, voici néanmoins un extrait assez représentatif de l’œuvre de notre homme, soit un morceau parlant de licornes et de petites grenouilles.

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La tâche est encore plus ardue pour The Group, puisque le leitmotiv de ces Berlinois est de tout improviser au fur et à mesure de leur performance. Partant, je pense que cette vidéo de Casper Clausen expliquant en deux minutes la démarche créative de l’ensemble tout en prenant sa douche est une introduction tout à fait adéquate à cet OVNI musical.

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En toute honnêteté, je connais beaucoup mieux Ceremony que The Miraculous, et aurais en conséquence beaucoup plus de facilité à vous « vendre » Anna von Hausswolff avec un morceau issu de ce premier album (Mountains Crave, Funeral For My Future Children, Sova, Liturgy of Light, Sun Rise…), mais pourquoi vivre dans le passé? Le dernier opus en date de la Suédoise ne manquant pas non plus de pépites sonores, je vous laisse avec Stranger, joli guitare(s)-voix n’en finissant plus de monter en puissance.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le décembre 26, 2015, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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