Archives Mensuelles: mars 2014

THUS OWLS @ LA LOGE (08.03.2014)

En matière de cadre intimiste, la Loge constitue l’un des fleurons de la capitale. Nichée au fond d’une cour de la rue de Charonne, cette salle de concerts et de théâtre a clairement fait le choix du qualitatif sur le quantitatif. Mini (mais vraiment mini) bar dans un coin de l’entrée/billetterie, bancs d’écoliers sur les gradins, abondance de coussins pour éviter les courbatures après un début de soirée assis sur ces derniers: si le moelleux des fauteuils de l’Olympia et les cocktails du Trianon constituent votre ordinaire de spectateur, il y a de fortes chances que vous ne trouviez un tantinet roots le mobilier et la carte de la Loge. Vous auriez pourtant tort de bouder l’endroit à cause de ce genre de détails, car ce dernier peut se flatter d’accueillir, de recueillir même, des artistes qu’aucune autre scène parisienne ne propose. Démonstration en fut faite ce soir du 8 Mars 2013, avec la venue d’un parlement d’oiseaux rares en nos contrées: THUS OWLS.

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Rencontre des marches nordiques orientales (Suède) et occidentales (Canada), Thus Owls poursuit son impeccable, si discrète, carrière depuis cinq ans maintenant. Mené par les époux Angell, ce projet littéralement international brasse de multiples influences, tant rock que pop, classique ou jazz, déclinées en trois albums dont le dernier, Turning Rocks, n’était pas encore sorti lorsque nos cinq hiboux atterrirent sur les planches de la Loge, en conclusion d’un mini tour d’Europe (une date à Londres le 4 Mars, et une à Amsterdam le jour suivant). Fortement influencé par l’enfance d’Erika dans la maison familiale située sur l’île d’Orust, sur la côte Ouest de la Suède, ce troisième opus s’annonce d’une profondeur narrative et artistique comparable à ses prédécesseurs, tous deux habités d’un sincère et constant souci de cohérence.

2Engagé par la chanson titre de l’album à venir, le set d’une bonne heure offert par Thus Owls à ses fidèles Parisiens se déroula dans une ambiance amicale et détendue* qui permit à tous les participants de profiter pleinement de leur soirée. Entre les morceaux, Simon se fit un plaisir de traduire les interventions de sa moitié, les assortissant souvent d’une petite saillie drolatique dans le plus pur style du one man show, que l’on aurait pu pour l’occasion qualifier de one couple show. Cette atmosphère bon enfant ne vint cependant pas polluer l’exécution des morceaux de la quintette, dont chaque membre joua sa partition avec une justesse impeccable et un appréciable sens du groove.

Parfois proche de l’univers d’Anna Calvi (How In My Bones, I Weed The Garden), parfois totalement incomparable, la musique de Thus Owls est une invitation au voyage permanente, aussi bien au niveau des compositions que des paroles posées par Erika sur ces dernières, et jusqu’aux amples atours orientaux arborés avec une grâce naturelle par l’aède scandinave pour ce tour de chant parisien. Ce fut avec une reluctance non feinte que les occupants de la Loge laissèrent finalement partir leurs hôtes, non sans avoir obtenus d’eux une paire de morceaux supplémentaires en guise de rappel, dont le délicat Could I But Dream That Dream Once More, inspiré par les vers écrits par une princesse japonaise de l’époque Heian, quelques mille ans plus tôt, et interprété par les seuls époux Angell. À la croisée des mondes et des époques, se pouvait-il conclusion plus appropriée pour un concert de Thus Owls?

*: Familiale même, puisque l’ingénieur son n’était autre que le frère du clavier de Thus Owls, Parker Shper.

Setlist Thus Owls:

1)Turning Rocks 2)How, In My Bones 3)A Windful Of Screams 4)White Flags Down 5)I Weed The Garden 6)Smoke Like Birds 7)Bloody War 8)Ropes 9)As Long As We Try A Little

Rappel:

10)Could I But Dream That Dream Once More 11)The Tree

SATELLITE STORIES @ LA FLECHE D’OR (17.02.2014)

Malgré sa reconversion en salle de concerts, l’ancienne gare qu’est la Flèche d’Or n’en a  pas fini avec les grands voyageurs, particulièrement ceux venus du Nord de l’Europe. La saison 2013/2014 semble faire la part belle à la Finlande, pourvoyeuse des deux tiers du contingent musical de cette soirée du 17 Février, quelques semaines à peine après la tenue de la deuxième édition de Helsinki Mon Amour, où étaient venus en visite Black Lizard, Phantom et Siinai. Ce discret pays nordique ayant jusqu’ici exporté ses artistes avec une parcimonie tatillonne, on ne pouvait que se réjouir de l’aubaine de découvrir sur scène ces nouveaux représentants de l’école finnoise.

À 20h tapantes, le longiligne JAAKKO EINO KELAVI surgit des coulisses, accompagné d’un comparse affublé d’une magnifique paire de lunettes de soleil. Pendant que son acolyte prenait place derrière les pads de sa batterie électronique (pour pratique que soit ce genre d’engin, je trouve tout de même qu’il manque de superbe par rapport à son homologue classique), le grand Jaakko, présenté sur le site de la Flèche d’Or comme une sorte de Ty Segall finlandais – comprendre, une figure mythique de la scène indie de Helsinki – mit en marche son Moog et tourna quelques boutons sur l’imposante console reliée à ce dernier, sans doute afin de réveiller en douceur l’esprit de la machine. D’un élégant minimalisme (batterie + synthétiseur), le set de l’imposant chauffeur de tram, dont la stature et la coiffure de viking contrastaient fortement avec la retenue rêveuse dont il ne se départit pas un instant d’un bout à l’autre de sa prestation, panacha groove, new wave et alternative pour un résultat ma foi fort plaisant. Avec ses lignes de basse que l’on eut dit toutes droites sorties des sessions studio de Thriller, sa filiation évidente et assumée avec la proto-electro des années 80 (Flexible Heart sonne terriblement comme de l’Orchestral Manœuvres In The Dark sous LSD) et ses récurrentes fulgurances au clavier, parfois entachées d’un fugace sentiment de ratage rattrapé in extremis – mais difficile de se prononcer de manière catégorique quand votre sujet d’étude joue d’un instrument aussi baroque que le Moog consolé -, l’univers de Jaakko Eino Kelavi a des contours bien indistincts, ce qui devrait permettre à tout un chacun de venir y trouver son bonheur. Et quand bien même on peinerait à se satisfaire de la musique produite par l’individu, son faux air de Jake Gillenhal/Matthew Lewis et sa prestance toute Jeff Buckley-enne suffisent amplement à rattraper ce manque, n’est-ce pas mesdames*?

*: Dédicace spéciale à la spectatrice qui décocha un magnifique « Jaakko, à poil! » au milieu du set, assez fort pour que l’intéressé gratifie le public parisien d’un sourire timide et se fende d’un « Thank You », dont on ne saura jamais s’il était approprié ou pas. La légende est en marche.

Jaakko 1

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Divine Paiste 3Vint ensuite le tour de l’interlude français de la soirée, délivré de grand cœur par les quatre de DIVINE PAISTE, fiers et dignes représentants de l’école hexagonale en matière de rock pêchu, catchy et ambitieux. Et s’il fallait décrire le travail du quatuor (le terme de musique semblant par trop réducteur*) d’un seul mot, ambitieux serait sans doute celui que je retiendrais. L’ambition de remporter l’adhésion générale à chaque morceau proposé. L’ambition de tout donner à son public d’un bout à l’autre du set, voire de continuer en heures supplémentaires après la conclusion de ce dernier (c’est à quoi servent les bars, non?). L’ambition de s’imposer comme l’un des tous meilleurs groupes du moment, sûrement en France, sans doute au delà. Ambitions élevées il est vrai, mais tout à fait légitimes en fin de compte, les Divine Paiste étant le genre de gaillards à prouver tout ce qu’ils avancent et à entraîner dans leur sillage aussi bien le fan averti que le curieux se trouvant, une fois n’est pas coutume, au bon endroit au mon moment. Alignés sur l’étroite bande de scène leur ayant été dévolue par l’organisation (le backstage étant occupé par le matériel de leurs successeurs finlandais), les quatre Paistes s’offrirent le luxe de faire oublier ces derniers pendant trois quarts d’heure, même s’ils prirent soin de leur adresser un salut confraternel à la fin de leur performance. En récompense de ces bons et loyaux services, le public parisien, réputé si timoré de l’avis général, s’échauffa si bien le sang qu’il permit au chanteur Pierre Yves d’aller claquer une bise à l’ingé son sans poser le pied par terre. Oui oui, vous avez bien compris: un slam aller-retour à la Dionysos, d’autant plus remarquable qu’il ne s’appuya (au propre comme au figuré) que sur les trois cents personnes présentes à la Flèche d’Or, quand le bon Mr Malzieux put compter sur le support de vingt mille fans pour effectuer semblable trajet. Si je devais décrire le concert donné par les Divine Paiste ce soir du 17 Février 2014 d’un seul mot, triomphe est sans doute celui que je retiendrais.

*: Nous parlons ici d’un groupe qui s’est arrangé pour tourner un clip pour tous les 12 morceaux de son premier album, Crystal Waves On A Frozen Lake, chacun se révélant un épisode de la mini série formée par l’ensemble. Qui dit mieux?

Divine Paiste 1

Setlist Divine Paiste:

1)Native Echoes 2)Strobe Love 3)Carnival 4)Boreal 5)Cold City 6)Dust In The Wild 7)Savage Moon Venom 8)Vandal 9)Nasty Hornets

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Têtes d’affiche au succès encore confidentiel dans notre beau pays, les SATELLITE STORIES montèrent sur scène animés d’une volonté farouche, celle de démontrer à leurs 300 spectateurs (dont à peu près 12.000 Finlandais, à en juger par le flot continu d’apostrophes incompréhensibles à votre serviteur que le – fraîchement – moustachu Esa Mankinen essuya sans broncher pendant l’heure qu’il passa avec ses camarades sous les spots de la Flèche d’Or) que la flatteuse réputation leur ayant été faite par la blogosphère musicale n’était en rien usurpée. Poulains de la major BMG (les Stones, Bruno Mars ou encore les Kings Of Leon, tout de même!) depuis quelques mois, habitués des festivals européens et venus défendre un second album, Pine Trails, qui, n’eut été le statut d’outsiders de ses auteurs (la mondialisation a eu beau transformer la planète en village, la Finlande reste malgré tout à bonne distance de la grand place de ce bourg global), se serait sans doute frayé un chemin dans les charts pop-rock les plus influents, nos quatre têtes blondes débarquèrent avec des moyens sans commune mesure avec leur niveau de reconnaissance dans l’Hexagone. Bannière de fond de scène, merchandising développé, racks de guitares bien garnis et trio de roadies à leur solde*: les gamins d’Oulu disposaient de moyens conséquents pour cette tournée européenne, dont l’unique date française constitua sans doute l’un des creux. Pensez: jouer devant 2000 fans déchaînés à Madrid, faire salle comble à Berlin… et ne pas remplir la Flèche d’Or! On ne fait décidément rien comme les autres.

*: Heureusement qu’Esa Mankinen eut la gentillesse de péter sa sangle de guitare au début du set, sans quoi le préposé scène aurait vraiment eu l’impression d’être la cinquième roue du carrosse.

Satellite Stories 1

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Malgré l’affluence modérée, les Satellite Stories n’épargnèrent aucun effort pour contenter leur comité de réception parisien. Appuyé par la prestation sobre et sans défaut de ses trois partenaires, le flamboyant Mankinen se fendit de quelques mots en français dès l’entame du set (rien de plus logique pour le frontman d’un groupe dont le premier effort s’intitulait Phrase To Break The Ice) et prit bien soin de conserver l’élan insufflé en début de set (Blame The Fireworks + Mexico + Lights Go Low, excusez du peu) tout au long de l’heure que les Satellite Stories passèrent sur scène. Le répertoire explosif dont le quatuor finlandais peut s’enorgueillir, collection de morceaux d’obédience pop rock tous plus entraînants et attachants les uns que les autres, permit à ce dernier de quitter la Flèche d’Or sous des ovations sincères et prolongées, à défaut d’être assourdissantes. Charge aux 300 présents ce soir de faire passer le mot, afin que la prochaine date parisienne des kids d’Oulu se déroule devant une assistance plus fournie. Ce ne serait que justice, Satellite Stories faisant indubitablement partie des tous meilleurs groupes européens du genre. Fine Finn Music.

Setlist Satellite Stories:

1)Blame The Fireworks 2)Mexico 3)Lights Go Low 4)Australia (Don’t Ever Let Her Go) 5)Pinewood Parktrails 6)Campfire 7)The Tune Of Letting Go 8)Sirens 9)Kids Aren’t Safe In The Metro 10)Season Of B-Sides 11)Family

Rappel:

12)New Song 13)Helsinki Art Scene

Satellite Stories 2

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Si vous n’étiez pas convaincus au début de la lecture de ce billet de l’énorme potentiel de la scène musicale finlandaise, j’espère que c’est à présent chose faite. Après une soirée un peu décevante en Octobre 2013, la piqure de rappel du 17 Février 2014 dissipa définitivement les quelques doutes que j’avais pu nourrir quand à la qualité des artistes du plus méconnu des pays nordiques. En attendant que les sirènes parisiennes attirent de nouveaux noms de ma to attend liste dans une des salles de la ville lumière, je tâcherai de tromper mon attente en creusant le sujet par blogs interposés. Et quand on sait que même le groupe qui représentera le pays à l’Eurovision en Mai prochain semble tout à fait digne d’intérêt (en témoigne ce Something Better que le quintet Softengine jouera sûrement sur la scène du B&W Hallerne de Copenhague dans deux mois), on ne peut décemment plus douter de la richesse du filon finlandais…

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