SOLIDAYS 2012 – JOUR 3 (Dimanche)

DIMANCHE

À la différence des deux jours précédents, je reviens à Longchamp le dimanche accompagné. Si si, ça change des trucs, ne serait-ce que parce qu’il (Bon Dieu que c’est moche comme tournure de phrase) est plus difficile de trouver un compromis valable entre les goûts musicaux de 4 personnes que d’une seule (et même ça parfois, c’est dur).
Autre changement majeur, la météo, qui accuse franchement le coup après deux jours estivaux. C’est un ciel plombé et menaçant qui accueille donc notre petit groupe à la sortie de la navette, mais avec l’insurpassable K-Way au chaud au fond du sac à dos, pas de raison de s’inquiéter outre mesure. Qui sait, peut-être que le vent chassera tous ces nuages d’orage avant GARBAGE (assonance en « age », 18 points)?

Côté programmation, c’est pas l’emballement non plus. Je connais vaguement la plupart des artistes, mais aucun  ne me tente particulièrement, mis à part le singulier BERNHOFT, dont la coupe de cheveux brosse à dents et la maîtrise du Jam Man ont emballé le jury du Spellemann Prisen (l’équivalent Norvégien de nos Victoires de la Musique) au point que ce dernier a couronné le fringant Jarle Meilleur Artiste Masculin 2011. Contrairement à nos latitudes, la compétition entre les artistes de l’excellente scène norvégienne (voir la revue du Steinkjerfestival 2012) est féroce, et se voir décerner une telle récompense est forcément révélateur d’indéniables qualités. Le créneau de 19h étant donc booké, ne restait plus qu’à s’occuper avant et après notre balade programmée en terre viking.

L’appel de l’élastique se révélant trop fort pour la moitié du groupe (malgré une queue toujours aussi impressionnante en dépit de la fine bruine qui avait commencé à tomber dès nos premiers pas dans l’enceinte du festival), nous fîmes ce que tout groupe digne de ce nom fait dès lors que ses membres démontrent de trop fortes divergences artistiques : nous splitâmes (it’s passé simple time!).
Pas assez tôt pour arriver à l’heure au show des LOUD CLOUD, sympathique duo guitare-batterie en chemise à fleurs (on reste assez loin des Black Keys tout de même) sous le chapiteau Circus, mais à l’heure pour le lancement du concert des A FREAK IN SPACE à Domino.

Si j’étais mauvaise langue, je dirais que la foule considérable réunie sous la toile étoilée était plus là pour se mettre à l’abri de la pluie que par pure conviction musicale, mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je suis content que les quator orienté « alien pop et psychogroove » (merci au site du guitariste Eric Löhrer, j’aurais eu du mal à sortir ce descriptif moi-même) ait pu faire le plein grâce/à cause de la météo.
Je dis quator et non pas trio, car aux trois musiciens du groupe est venue se greffer par intermittence (une chanson sur deux) une danseuse-mascotte répondant au doux nom de Rosie, compensant largement par son énorme… charisme le peu de présence scénique de ses acolytes.
Serrés comme des sardines dans une étable (si si), on se sèche un peu à la chaleur humaine dégagée et on esquisse même quelques pas de danse, mais l’ambiance ne décollera pas vraiment avant notre départ pour Bagatelle où l’express Bamako-Paris de 16h demande la permission d’atterrir.

A son bord, le couple d’Africains le plus bankable du moment, AMADOU & MARIAM. Musicalement parlant, j’ai du mal à concevoir comment on peut mettre le monde à ses pieds avec une bluette comme Dimanche à Bamako, chanson certes sympathique, mais franchement quelconque. J’ai ma petite théorie sur la success-story de nos amis les Maliens, qui tiendrait plus (selon moi) de la politique de discrimination positive mise en place par les ayatollahs de la critique musicale que du caractère novateur des morceaux proposés par le tandem. Moi, cynique et désabusé? Mais tout à fait!
Mais il ne s’agissait pas pour autant de juger l’affaire avant d’avoir entendu  le plaidoyer de la défense. Et en embuscade au premier rang, on n’en a pas raté une miette.

Précédé de leurs musiciens et choristes, le couple star arrive sur scène à l’heure dite sous un fin crachin évoquant plus une fin d’automne à Plougastel qu’un début d’été à Gao, mais l’accueil du public de Bagatelle est tout de même chaleureux.
La première demi-heure du set s’écoule à un rythme tranquille, même si Amadou commence sérieusement à me taper sur les nerfs en demandant « est-ce que ça va? » à la fin de chaque morceau. Man, il pleut, il fait (assez) froid et le sol est en train de se transformer en champ de boue, mais à part ça, tout baigne.
Il paraît qu’Alice Cooper s’est renversé un seau d’eau sur la tête lors de son passage au Hellfest cette année pour se mettre sur un pied d’égalité avec son public. On n’attend pas la même chose de Mr et Mme Bagayoko que du Prince of Darkness, œuf corse, mais coupés du vent et de la pluie par la structure de la scène et réchauffés par les spots, on ne peut pas dire qu’Amadou et Mariam sont en osmose avec leur dévoué public.

Heureusement, le temps décide de s’en mêler, et les quelques gouttes du début du concert se transforment en hallebardes, et cette fois, tout le monde en profite.
Nos invités réalisent vite que le dimanche à Longchamp, c’est le jour de l’essorage, et sont prestement rapatriés par leur staff vers l’intérieur de la scène. Je crains pendant un moment que la saucée vienne mettre fin au concert avec un peu d’avance, mais le Doc Watson de Bamako nous laisse le choix : « vous voulez que l’on continue ou pas? ». Question rhétorique et réponse évidente, mais qui le fait remonter dans mon estime.
Les 20 dernières minutes sont également l’occasion pour lui de faire étalage de son talent de guitariste (même s’il faudrait que quelqu’un se dévoue pour lui dire que les grattes plaqués or, même Prince n’ose plus en sortir), et malgré les éléments, le show finit bien mieux qu’il n’a commencé, avec l’inévitable Dimanche à Bamako en clôture. Pas de quoi dynamiter un mausolée à Tombouctou non plus.

La grille de programmation étant curieusement vide à 17h (sans doute afin de faire converger le public vers la scène Paris pour la cérémonie du Patchwork) et la pluie ne faisant pas signe de faiblir, l’heure est propice à une pause casse-croûte à l’un des nombreux stands de nourriture du village du festival. Quoi de mieux qu’une collation éthiopienne, haïtienne ou vietnamienne pour oublier que cet été 2012 est vraiment pourri? Détrempé et piétiné par des dizaines de milliers de pieds, le sol est devenu une mare de boue digne des tranchées de la Somme à l’automne 1916, et bien peu nombreux sont les festivaliers assez altruistes pour aller écouter les témoignages de diverses associations invitées à s’exprimer sur leurs actions contre le VIH. Qu’on se le dise, la solidarité est un concept qui marche surtout quand il fait beau.

Mis à part les fans acharnés  de TIKEN JAH FAKOLI qui rêvent du soleil du soleil d’Odienné et des plages de la Jamaïque en attendant l’arrivée du rasta ivoirien à 18h, le reste du public essaie tant bien que mal de se trouver une place sous l’un des trois chapiteaux en attendant que le temps s’améliore, sans se montrer trop difficile sur les artistes devant s’y produire. Je peux me porter garant qu’ARTHUR H a fait tente comble lors de son passage, reléguant les retardataires, dont notre petit groupe, sous la toile du Dôme, où Bernhoft est attendu une heure et demie plus tard. Qu’importe la tente/l’attente, ici le sol est sec, et même s’il fait trop humide pour pouvoir espérer sécher convenablement, personne ne sentait prêt à braver l’averse pour aller voir si c’était mieux ailleurs.

Quand arrive enfin 19h, Jarle est accueilli par un public compact d’une neutralité bienveillante : il y avait fort à parier que seule une minorité était vraiment familière du répertoire du soulman d’Oslo, mais tout le monde était prêt à lui donner sa chance.
Seul en scène avec ses guitares, son clavier et son fidèle Jam Man, Bernhoft livre un concert époustouflant de maîtrise et gorgé de good vibes. C’est toujours fascinant de voir un morceau, une ambiance, se construire progressivement depuis un simple rythme frappé sur la caisse d’une guitare jusqu’à une symphonie étourdissante de boucles instrumentales et vocales. Il faut le voir pour le croire (et surtout pour réaliser que oui, il fait vraiment tout tout seul, ce qu’on a tendance à oublier quand on écoute l’album), filez donc jusqu’aux bureaux de MIC à Oslo, où Jarle vous attend pour un showcase privé.
Le show se termine avec une reprise du Shout de Tears for Fears scandée en chœur par le public (enfin, surtout le « Shout Shout » du refrain, le reste des paroles de Roland Orzabal étant réduit en pulpe – ça doit être pour ça que l’on dit « chanter en yaourt »-) à la sauce Bernhoft, c’est-à-dire bien plus groovy que la version originale de l’hymne new wave.
Visiblement content de lui et ravi de l’accueil que lui a réservé le Dôme, Bernhoft s’en va avec un grand sourire, laissant sa machine infernale finir le spectacle seule dans une dernière série de loops. La classe.

À la sortie, miracle, il ne pleut (presque) plus. Bon, pour la boue, on ne pourra pas faire grand-chose à part se rouler de dedans (et certains l’ont fait), mais au moins le concert de CHARLIE WINSTON peut se dérouler dans des conditions à peu près correctes. On est dimanche soir et c’est mon premier concert sur la grande scène, comme quoi, les têtes d’affiche, on peut très bien s’en passer. Grâce à l’écran géant qui flanque l’estrade surélevée, pas besoin de s’aventurer dans le marigot des premiers rangs pour éviter de jouer à Où est Charlie à Solidays, ce qui est toujours appréciable.
D’un point de vue personnel, j’ai suivi d’un œil et d’une oreille distraite le lancement du dernier album de Charlie, alors que j’ai exploré de fond en comble son Hobo. Résultat, je découvre les nouvelles compositions autant que je retrouve les « anciennes », avec une préférence marquée pour ces dernières. Honnêtement, on ne peut pas dire que Where Can I Buy Happiness ou Hello Alone  tiennent la comparaison face à des chansons du calibre de Like A Hobo, In Your Hands ou Generation Spent, qui servira de dernière cartouche (effet dum-dum) pour le bref rappel de Charlie et sa bande. Un bon concert, qui aurait été encore meilleur si la météo avait joué le jeu.

Pas le temps de souffler que déjà retentissent dans le lointain les rugissements courroucés du jaguarr de St Denis. Du calme Didier, on s’en vient. Adepte de la Bagatelle, l’ancien NTM est déjà à pied d’œuvre lorsque nous arrivons, haranguant ses nombreux fidèles dans son style bien particulier de sa voix bien particulière.
Guère amateur de rap en temps normal, je dois tout de même reconnaître que Joey a une énergie peu commune et que son show n’est pas réservé aux seuls initiés : il suffit de savoir osciller la tête de bas en haut, hurler et lever le poing quand  il le demande –souvent- pour être intégré dans la Starrmy. Impossible cependant de comprendre ce que lui et son acolyte racontent dans leurs morceaux, ce qui est un peu embêtant pour un chanteur à textes comme lui (oui, ça fait drôle de l’écrire mais JOEY STARR est bien un chanteur à textes, comme Bob Dylan), tant les beats balancés par Eaque, Minos et Rhadamante, les trois DJs infernaux tapis au fond de la scène, remplissent les tympans.
La seule accalmie viendra du featuring express d’Oxmo Puccino sur un titre dont j’ai oublié le nom. À côté de la hargne et des kilomètres avalés par Joey lors de ses allers-retours incessants d’un bout à l’autre de la scène, Oxmo fait figure de vieux sage posé débitant son flow avec une économie de mouvements plus proche du slam que du rap. On en aurait presque peur pour lui, Starr semblant capable de virer berserk à tout moment, mais le Black Jacques Brel repartira indemne de son cameo.

À 22h, retour à la grande scène pour le dernier acte de ce week end festif. Le temps s’est remis au beau et il est l’heure de sortir les ordures.
Emmené par sa passionaria rousse, très curieusement vêtue (doudoune sans manches, collants noirs et short-culotte rouge) pour l’occasion, le quator de Madison joue très fort ses chansons: même positionné au niveau de la régie, les bouchons d’oreilles sont les très bienvenus. N’étant pas un expert du groupe, je suis content qu’ils choisissent de jouer les deux seules chansons que je connais, I Think I’m Paranoid et Stupid Girl avant 22h45, heure à laquelle il nous a fallu quitter Longchamp, considérablement lestés de boue, à moitié trempés, fourbus mais ravis. Car comme les bénévoles nous l’ont chanté à la sortie, en guise d’ultime concert avant de retrouver la navette, ce n’est qu’un au revoir.

VERDICT

Ce weekend passé à l’hippodrome restera un très bon souvenir, malgré le déluge enduré dimanche. Même si je connaissais une bonne partie des artistes programmés cette année (et c’est ça qui m’a fait venir) et n’ai fait qu’une seule découverte vraiment emballante durant ces trois jours, je crois que je n’hésiterai pas à être un peu plus aventureux l’année prochaine et à retenter le coup même si je ne connais personne. Pour 39 euros les trois jours (je serai plus réactif la prochaine fois!), on peut se permettre d’y aller sans gros coup de cœur préalable.
Seuls petits bémols (en plus du programme à acheter sur place), la pseudo interdiction d’apporter des appareils photos, totalement ignorée par la moitié des festivaliers au bas mot, mais qui m’a quand même incité à ne pas prendre le mien (d’où la qualité médiocre des images, je m’en excuse), et les prix assez salés pratiqués sur les stands de nourriture (rien de bien consistant en dessous de 8 euros, ça fait cher).
Pour le reste, un grand bravo et merci à l’organisation, aux bénévoles et aux artistes qui ont offerts aux quelques 162.000 festivaliers + moi un festival d’excellente facture.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 13, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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