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KID CANAVERAL & COSINES @ L’INTERNATIONAL (16.02.2013)

Résumons: douchés dès le début du tournoi par des Italiens qui pourraient bien sous peu faire concurrence à l’Argentine dans la catégorie des « bêtes noires latines du XV de France »,  puis fracassés à domicile par quinze dragons-poireaux (vachement rare comme espèce, et pas commode) qui n’avaient plus rien gagné depuis leur sacre européen de 2012, voilà nos « petits » Bleus qui pointent en queue de peloton des VI Nations, situation aussi inconfortable qu’inhabituelle pour la cinquième nation du classement IRB.
Certes, il reste encore trois matchs pour (tenter de) laver l’honneur bafoué et éviter de terminer l’exercice 2013 avec la cuillère de bois, mais avec deux déplacements périlleux à négocier à Twickenham et à l’Aviva Stadium, le futur s’annonce bien incertain pour les hommes du goret. C’est dans ce contexte européen tourmenté que prit place la 14ème Another Sunny Night , qui, par hasard ou par dessein, collait parfaitement à l’actualité rugby de cette mi-février*, avec la réception de deux groupes venus tout droit de la perfide Albion, venus défendre respectivement les couleurs de l’Angleterre et de l’Écosse face un public français déterminé à recevoir ces visiteurs comme ils le méritaient. Pas de quartier. No mercy.

*: Ami lecteur, si tu croyais honnêtement que je m’étais tapé tout cette digression introductive par simple amour de l’ovalie, ta confiance en l’humanité me sidère..

Cosines 10²Cosines 15²En cette époque troublée, il est bon d’avoir des traditions auxquelles se raccrocher. En l’occurrence, ce fut celle voulant que les Anglais aient le privilège de faire feu avant tout le monde qui fut scrupuleusement respectée, les COSINES* prenant d’assaut la (toute petite) scène de l’International à 21h précises. Bâti sur les cendres fumantes de feu The Loves et sur un évier bouché (d’après la légende), le combo britton était venu défendre ses premières compositions en terre étrangère avec ce mélange de retenue et d’excentricité que l’on ne retrouve qu’outre Manche. Jugez plutôt: pendant qu’au premier rang ces demoiselles, en robes de velours verte et rouge rehaussées de dentelles pianotaient studieusement leurs claviers avec un flegme admirable, leurs homologues masculins, tapis à l’arrière plan, se montraient volontiers plus démonstratifs, tant sur le plan vestimentaire (le bassiste était visiblement un padawan du capitaine Haddock) que chorégraphique (si tant est que l’on considère le headbanging comme une chorégraphie). Mais qu’importent les oppositions de style, les Cosines s’accordant parfaitement les uns aux autres et délivrant leur « pop mathématique » avec la fraîcheur et la rigueur nécessaires pour honorer leurs deux valeurs cardinales.

Cosines 23²

Ami lecteur, trois ninjas figurent sur cette image. Sauras-tu les trouver? (PS: Si tu trouves le ninja batteur, respect)

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De la pop donc, mais pas n’importe quelle pop. Comme peut le laisser envisager le qualificatif de mathématique, la musique des Cosines est porteuse d’une certaine exigence, tant au niveau des mélodies (l’étonnant Commuter Love et sa structure rythmique syncopée semblable au Howlin’ For You des Black Keys) que des paroles. Même si la disposition des lieux et les aléas du live m’empêchèrent de comprendre l’intégralité des textes du groupe, on ne me fera pas croire que l’on écrit des chansons intitulées Lookout Mountain Drive ou Disclosed Stories pour raconter les mêmes platitudes que Mr ‘Baby³²’ Bieber. Quant à Hey Sailor Boy, récit des amours contrariées d’une pirate possessive (il en faut), il flottait sur ce morceau un petit air de 10.000 Maniacs des plus appréciables (ou bien fut-ce seulement le timbre d’Alice Hubley qui m’évoqua celui de Nathalie Merchant, allez savoir), que je fus peut-être le seul à percevoir mais qui suffit amplement à faire mon bonheur.

35 minutes après avoir ouvert les hostilités et sur une dernière nappe de Korg, les Cosines prirent congé du public parisien avec la tranquille assurance du devoir accompli**. Mi-temps.

*: Cosinus dans la langue de Molière. Un nom tout à fait approprié pour un groupe venant d’Angleterre. Relisez lentement les deux phrases précédentes si vous n’avez pas compris où je voulais en venir.
**: À propos de devoir, je ne peux vous laisser partir sans vous donner l’adresse du bandcamp de Cosines, où l’on peut télécharger gratuitement un titre du groupe. De rien.

Setlist Cosines:

1)Out Of The Fire 2)Lookout Mountain Drive 3)Commuter Love 4)Runaway 5)Walking Away 6)Disclosed Stories 7)Hey Sailor Boy 8)Misguide Me 9)The Answer

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Kid Canaveral 1²À la sortie des vestiaires/au retour du bar après le quart d’heure de pause réglementaire, ce fut au tour de KID CANAVERAL, quatuor écossais originaire de St Andrews, de dégoupiller. En venant présenter en avant-première leur second album, Now That You Are A Dancer, successeur très attendu du célébré Shouting At Wildlife, les kids firent au public de l’International un cadeau dont ce dernier ne réalisa peut-être pas la valeur, mise à part la petite bande de fans convaincus du premier rang. On en reparlera dans deux ans, quand il faudra payer trente euros pour venir les voir à la Cigale ou au Trianon.

Mais ne précipitons pas l’histoire. En ce samedi soir de Février, ce fut donc dans le sous-sol d’un bar du XIème arrondissement, sur une scène de quatre m² sonorisée à l’apache et dangereusement colonisée par les manteaux des spectateurs que les jeunes vassaux de King Creosote se produisirent, des conditions pas vraiment idéales pour qui n’a pas prévu de donner dans le punk ou le pub-rock. Cet environnement particulier donna au set de Kid Canaveral une coloration garage et lo-fi que l’on était en droit de trouver ou rafraîchissante ou horripilante, au choix. Les avis convergeront cependant sur le fait qu’il y avait un monde, voire deux, entre le rendu live des titres joués à l’International et leurs versions studio. Et si la basse de Rose McConnachie (imperturbable malgré le recouvrement progressif de son ampli retour par les effets personnels du public) et la batterie de Scott McMaster réussirent sans mal à tirer leur épingle d’une sonorisation brute de décoffrage, les guitares et samples de David McGregor et Kate Lazda ne purent pas en dire autant. Quand au micro de cette dernière, son réglage malheureux fit tout simplement passer Left And Right et Without A Backing Track pour des plages instrumentales, à quelques pré-chorus près.

Kid Canaveral 9²

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Ces quelques désagréments mis à part, le rock indie délivré par Kid Canaveral confirma amplement tout ce qui avait été écrit de bien sur eux depuis leurs débuts. Mélodies accrocheuses, jeu à deux guitares ultra efficace, section rythmique bondissante, chant maîtrisé (mais chœurs bousillés par les problèmes de micro évoqués au dessus)… ce groupe a vraiment tout pour lui, à commencer par un répertoire solide  comme le mur d’Hadrien (Good MorningYou Only Went Out To Get Drunk Last Night, And Another Thing!!, Smash HitsLow Winter Sun, Without A Backing Track, The Wrench…) et un nouvel album surpassant de loin son pourtant fort honorable prédécesseur*. Ajoutez à cela un line-up sexy en diable (My Bloody Valentine-like, le côté emo dépressif en moins) et si vous n’obtenez pas une rapide reconnaissance internationale, au moins dans les milieux initiés, vous pourrez légitimement crier à l’injustice. Bref, le futur de ces kids semble s’annoncer sous des auspices très favorables, et on ne peut que remercier l’équipe d’Another Sunny Night de les avoir fait venir à Paris à ce moment clé de leur carrière. Les absents souhaitant s’amender pour leur faute se réjouiront d’apprendre qu’ils prévoient de revenir par chez nous à l’automne, possiblement en Septembre. Soyez là.

*: Et je parle en connaissance de cause, puisqu’il était possible d’acheter Now That You Are A Dancer après le concert, soit plus de deux semaines avant sa sortie officielle le 4 Mars prochain. J’aime ma vie.

Setlist Kid Canaveral:

1)Breaking Up Is The New Getting Married 2)Who Would Want To Be Loved? 3)Good Morning 4)Left And Right 5)Who’s Looking At You, Anyway? 6)Her Hair Hangs Down (non joué) 7)Without A Backing Track 8)Couldn’t Dance 9)The Wrench (rayé de la setlist) 10)You Only Went Out To Get Drunk Last Night 11)What We Don’t Talk About (rayé de la setlist) 12)And Another Thing!! 13)Low Winter Sun 14)A Compromise (non joué)

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À la fin du temps réglementaire, le constat était sans appel: la fin de la domination anglo-saxonne sur le pop-rock n’est pas encore pour tout de suite. Oh, nous autres petits français avons bien quelques atouts à abattre, quelques artistes prometteurs à faire valoir, mais la concurrence est simplement trop rude et trop nombreuse pour espérer équilibrer le rapport des forces. Nous continuerons donc, année après année à être envahis par des hordes de bons groupes venus d’outre Manche, et, au fond, on ne va pas s’en plaindre.

INDIANS @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (13.02.2013)

F comme Février. F comme Festival. F comme Fireworks. F comme FMR. Et F comme Froid. Le canal Saint Martin s’était paré d’une certaine mystique (glaciale, la mystique) lors de la soirée d’inauguration de la seconde édition du Fireworks! Festival (du 13 au 24 Février). Un évènement bien sympathique, et déjà incontournable malgré son jeune âge, tant il est vrai que le besoin de bons concerts en hiver est inversement proportionnel à l’ensoleillement durant cette période de l’année (autrement dit, plutôt élevé). Bon, c’est pas encore by:Larm* cette affaire, et ce ne le sera sans doute jamais, mais on ne peut que se féliciter des efforts de l’agence Super! pour attirer à Paname « l’avant-garde musicale internationale », avec d’ores et déjà quelques jolies prises. Et comme la tête d’affiche du soir était inscrite dans le double cursus (accéléré, voir plus bas) Paris/Oslo, il aurait été malvenu de passer à côté de cette heureuse concordance. En piste.

*: Tu vois le MIDEM de Cannes (si tu ne vois pas, c’est une sorte de festival où se rassemble l’industrie musicale pour faire son marché)? By:Larm fonctionne sur le même principe, mais dure plus longtemps et invite plus d’artistes. Bref, c’est mieux.

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ZoomPas grand monde à la porte du Point Éphémère pour l’ouverture à 20h. Il faut dire que la programmation du jour était réservée aux initiés et aux curieux, deux catégories de spectateurs guère réputées pour leurs effectifs pléthoriques. L’absence des uns faisant le bonheur des autres, il fut en conséquence ridiculement facile pour votre serviteur de se placer au premier rang, prêt à dégainer son vénérable appareil photo numérique pour immortaliser grossièrement les meilleurs moments de la soirée, et surtout, pour tester dans des conditions optimales du nouveau matos, en l’occurrence le fameux Zoom H2N, enregistreur de poche à la réputation flatteuse (et au prix assez raisonnable, ce qui ne gâche rien).
Malgré une interface et une ergonomie visiblement pensée pour permettre sa bonne utilisation même par un bonobo alcoolisé et mentalement déficient (comprendre que la bête a peu de boutons et qu’ils sont tous d’assez bonne taille), j’étais assez pessimiste quant à mes chances  de revenir au bercail avec un résultat satisfaisant, mon processus d’apprentissage pour tout bidule électronique un tant soit peu avancé relevant en général de l’empirisme le plus laborieux (comprendre que je me dois de faire toutes les erreurs de manipulation imaginables au moins une fois pour être sûr de ne pas les réitérer dans le futur). Bref, malgré une étude studieuse du manuel d’utilisation et des tests préalables concluants,  j’avais peu d’espoir de repartir du Point Éphémère avec un souvenir impérissable de la soirée. En cela, j’avais tort. Enfin, seulement à moitié tort..

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Glass Animals 12²Sur scène, les instruments de GLASS ANIMALS, quatuor anglais, possiblement londonien (les informations sur le groupe sont rares), attendaient patiemment que leurs propriétaires donnent le coup d’envoi du festival. Les patchworks aux motifs orientaux qui recouvraient les deux synthétiseurs disposés sur l’estrade laissaient planer sur la salle une ambiance mystérieuse, à l’image de l’artwork de Leaflings, objet musical intrigant et premier EP (et seul à date) du combo. Amateurs de gros son, passez votre chemin, car c’est sur les terres brumeuses du trip hop que ces animaux de verre ont choisi de s’ébattre. Vous êtes prévenus.

Menés par un chanteur guitariste à la dégaine franchement bonoesque (bonoïenne? whatever) et à la voix de velours, le groupe déroula un set proprement habité, au point que les spectateurs du Point Éphémère n’osèrent applaudir qu’après qu’ils aient été explicitement encouragé à le faire par le dit frontman. D’un minimalisme étudié et élégant, les compositions de Glass Animals sont le genre de morceaux que l’on aime entendre dans le taxi qui vous ramène d’une soirée mémorable aux petites heures de la nuit (c’est précis comme description, hein?). Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’elles sont ce que les XX auraient voulu réussir à faire s’ils en avaient eu les capacités. Ah bah tiens, je l’ai dit*. Bref, la classe au dessus, quelque part à la confluence de Portishead, Tricky et du Nightcall de Kavinsky. D’ailleurs, si le Driver de Nicolas Winding Refn a survécu à ses blessures, ça ne m’étonnerait pas qu’il écoute Leaflings dans sa tire en rentrant du turbin.

Glass Animals 13²

Notez le magnifique coing (factice) en bas à gauche. Pas utilisé une seule fois durant le concert. Sans doute un porte bonheur.

Très concentrés sur leur affaire, les quatre compères s’attachèrent à rendre le plus fidèlement possible la presque intégralité de leur première galette (soit trois titres sur quatre) dans les conditions du live, chose qu’ils réussirent plutôt bien, même si le trip hop n’est pas vraiment le genre le plus « gig-friendly » du spectre musical, surtout lorsque le public bavarde. Difficile en effet de s’immerger totalement dans les ambiances diaphanes et complexes distillées au quart de décibel près par le groupe sur scène lorsque vos voisin(e)s discutent de leur projet de Saint Valentin avec une discrétion toute relative. En plus des Golden Antlers, Dust In Your Pocket et Cocoa Hooves déjà bien connus du public (nan je déconne), nous eûmes de plus droit à une visite guidée du futur catalogue de Glass Animals, et  je peux d’ores et déjà vous affirmer que leur prochain single répondra au doux nom de Black Mambo. Ça c’est de l’exclu mon petit père. Par contre, en ce qui concerne les quatre autre morceaux du set, les titres donnés dans la setlist ci-dessous sont à prendre avec des pincettes, puisqu’il s’agit à chaque fois d’une savante supputation de ma part (les titres incriminés sont suivis d’un (?) du plus bel effet). Remerciez d’abord mon (désormais) indispensable et (je l’espère) fidèle H2N, qui, s’il n’a pas enregistré un bootleg d’une qualité légendaire pour son galop initial (et la faute m’en revient entièrement), m’a au moins permis de réécouter le concert dans des conditions suffisamment bonnes pour que je puisse hasarder quelques propositions. Cheers.

*: Et je le pense.

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Setlist Glass Animals:

1)Golden Antlers 2)Dust In Your Pocket 3)I Follow Soon (?) 4)I Smile Because I Want To (?) 5)Hatchet (?) 6)Cocoa Hooves 7)Black Mambo 8) (You Can’t Run So) You Must Die (?)

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La deuxième partie de la soirée revint à l’un des artistes les plus intraçables de notre époque, un certain Søren Løkke Juul, plus connu (encore que) sous le nom de scène d’INDIANS. Un pseudonyme des plus fun dès lors qu’on en vient à la question du « comment je trouve ce type sur internet », vous en conviendrez. Pour avoir sué sang et eau pour parvenir jusqu’à son site officiel*, après avoir découvert le bonhomme en première partie de Perfume Genius il y a quelques mois, j’espère que vous apprécierez à sa juste valeur le cadeau que je vous en fait en vous déposant le lien approprié tout cuit dans le bec. En plus, il marche (je suis trop bon).

"Indians is looking forward to meeting you" (site officiel).  Oui, il en meurt d'envie, ça saute aux yeux

« Indians is looking forward to meeting you » (site officiel). Oui, il en meurt d’envie, ça saute aux yeux

Mais que voulez vous, une fois que l’on a goûté à la musique d’Indians, impossible de lui tenir rigueur d’être si dur à trouver sur le wide wild web. Cocktail heureux de nu-folk et d’electro, petite merveille mélancolique placée sous l’étoile du DIY, l’œuvre de Mr Juul provoque à l’écoute une poussée de spleen positif immédiate et prolongée. Bien sûr, il faut aimer ces épisodes contemplatifs pendant lesquels l’âme semble aller faire un tour dans un monde plus romantique (au sens littéraire du terme hein) que le nôtre le temps d’un morceau, d’un album ou d’un concert, et qui laisseront septiques plus d’un adepte de punk ou de rap, mais pour les amateurs de ces petits  voyages immobiles, les morceaux d’Indians sont de la came de premier choix,. Il suffit d’ailleurs d’un simple coup d’oeil à la tracklist de son premier album, Somewhere Else**, pour se convaincre de la forte teneur en onirisme et restlessness (indeed n’est-ce pas) de l’objet: I’m Haunted, Magic Kids, Reality Sublime… sans oublier la chanson titre, bien sûr.

Indians 6²Venu seul à Paris (son groupe étant resté à Oslo dans l’attente de sa participation à by:Larm le lendemain du concert au Point Éphémère), ce fut donc seul en scène qu’Indians accomplit son office, accompagné d’un attirail de synthétiseurs et de pédales loops qui aurait fait la fierté de Bernhoft (autre talentueux homme-orchestre venu du Nord), et d’une guitare empruntée pour l’occasion à une connaissance parisienne. Parfaitement à l’aise dans cet exercice solitaire, peaufiné au cours d’une longue tournée américaine effectuée en compagnie des excellents Other Lives, Indians entraîna en un tour de main son public dans une déambulation au pays de l’aube éternelle/du crépuscule suspendu (selon l’humeur).
Débuté par un brelan de claviers (New, Bird, Magic Kids), le set se poursuivit ensuite par une paire de guitare (I’m Haunted, Cakelakers), pour se terminer comme il avait commencé, dans de l’electro rêveuse grand cru (Reality SublimeLips Lips Lips). Et c’en fut fini (enfin, presque). Déjà? Et oui.

Car s’il fallait mettre un bémol à la performance de notre Danois évanescent, ce dernier soulignerait sans doute l’absolue brièveté de sa prestation, qui ne comprit en tout et pour tout que huit morceaux, étalés sur quarante minutes. Certes, il s’agissait là du concert solo d’un artiste au catalogue encore limité, mais un petit supplément (au hasard, La Femme ou Somewhere Else. Ou les deux, soyons fous) n’aurait pas fait de mal. Mon impression à la sortie fut celle d’un show tronqué afin de permettre à son interprète d’attraper un avion pour Oslo à temps pour participer à by:Larm lendemain. Une bonne opération pour tout le monde sauf pour le public, qui était en droit d’espérer une soirée un peu plus longue vu le prix des places (entre 13 et 15 euros). Un constat d’autant plus rageant que tout aurait pu rentrer dans l’ordre avec des horaires de passage légèrement avancés. Pouce rouge.

Indians 19²Mais cette conclusion précipitée fut rendue plus douce par un « rappel » (« il me reste une chanson, je peux sortir de scène, attendre un peu et revenir vous la jouer, ou faire ça tout de suite… Ok on fait ça ») au cours duquel Indians joua un nouveau morceau, This Moment, bien plus énergique (toute proportion gardée, le headbanging frénétique étant encore à des années lumières) que ceux présents sur Somewhere Else. Une bien belle manière de clôturer les festivités, même si je ne considérerai l’ardoise de Mr Juul comme définitivement effacée que le jour où il donnera un concert d’au moins une heure dans une salle parisienne de son choix. Et sache mon petit Søren que j’ai la mémoire longue et la rancune tenace. À bon entendeur…

*: Site officiel dont l’url joviale et subtilement narquoise (www.heyimindians.com) me laisse à penser que notre gaillard a volontairement choisi son alias pour ses évidentes qualités anti moteurs de recherche. Une démarche aussi intéressante artistiquement parlant que casse-gueule sur le plan commercial.

**: Album dont il informa le public de sa récente parution (fin Janvier 2013)… mais ne donna pas le nom. Avouez que ça aurait été trop facile de remonter jusque lui s’il l’avait fait.

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Setlist Indians:

1)New 2)Bird 3)Magic Kids 4)I’m Haunted 5)Cakelakers 6)Reality Sublime 7)Lips Lips Lips 8)This Moment

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Ce fut donc ainsi que se termina le premier acte du Fireworks! Festival 2013, à l’heure fort civile de 22h20. Pas très rock’n’roll ça. Restait la satisfaction d’avoir passé une fort belle soirée en compagnie d’artistes prometteurs, et la certitude d’arriver à temps à Montparnasse pour attraper un train pour la banlieue. Et, cerise sur le gâteau, je me suis aperçu après coup que mon enregistrement de la prestation d’Indians était tout à fait honorable, comme en témoigne le petit montage vidéo réalisé pour illustrer ‘This Moment’. Mes critères de satisfaction baissent peut-être avec le temps, mais j’avoue que sur le coup, ça a suffi à faire mon bonheur. Cheers.

W.H.A.T.T. (N.O.W.): Le Palmarès Des Victoires De La Musique 2013

Ça y est, c’est fait. Nous sommes officiellement débarrassés des Victoires de la Musique pour cette année. Actualité internationale chargée*, j’ai l’impression que les résultats dévoilés lors de l’interminable soirée de remise des palmes d’avant-hier soir sont un peu passés à la trappe. Et je trouve ça assez dommage, car pour une fois, je trouve que nous, Français, n’avons pas à avoir (trop) honte des choix du jury. Certes, le palmarès final n’est pas à se rouler par terre, mais oh, n’oublions pas qui nous sommes non plus. On parle bien de l’industrie musicale française ici, nation plus réputée à l’étranger pour ses fromages et son pinard que pour la qualité de ses chanteurs. Bon, il fort est probable que la qualité de l’œuvre de la Grande Sophie et  de Dominique A ne soit pas immédiatement reconnue et célébrée à sa juste valeur de l’autre côté de l’Atlantique, et que seuls les doctorants en musicologie anthropologique aient été enthousiasmés par la victoire de Camille dans la catégorie de chanson originale de l’année. Mais au vu du champ des possibles que nous réservait la grille des nominés, je crois que l’on a échappé au pire. Cocorico.

*: Merde, Findus nous a fait manger de la viande de cheval dans ses lasagnes au bœuf. C’est grave. En fait, pas tellement, mais ça révolte les Anglais, peuple aussi résolument jellyphage (surtout si la gelée en question est à l’orange et à la menthe [Monstres! ]) que non-hippophage. Allez comprendre, c’est pourtant pas mal le cheval. Rien que pour ça, ça mérite que l’on en parle.

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Trophée

Mmm… Une tête de rasoir à 6 lames enveloppée dans une feuille d’alu?

Les Victoires de la Musique 2013, ce furent donc 12 trophées lourds, brillants et (soyons honnêtes) assez disgracieux remis aux artistes français/francophones/francophiles jugés les plus méritants par un jury composé de quelques 550 professionnels du monde de la musique pour 10 d’entre eux, et par le grand public, pour peu qu’il ait pris la peine de voter par réseaux sociaux ou SMS interposés avant l’expiration du délai imparti, pour les deux derniers. Ce fut également une cérémonie présentée par un duo d’animateurs sympathiques mais pas transcendants (Virginie Guilhaume et Laurent Ruquier), peu aidés il faut dire par une organisation brouillonne, des problèmes de son récurrents durant les performances live et de vieux artistes incroyablement bavards et tellement ravis que l’on se soit enfin souvenu de leur existence qu’ils ont tout fait pour prolonger leur passage sur scène. Les ingrats.

Comme chaque année, beaucoup des commentateurs de la grand-messe musicale hexagonale ont basé leur revue de l’évènement sur les inévitables omissions « scandaleuses » du palmarès, déclinables à l’infini selon les goûts et les affinités de chacun. Cet angle d’attaque, qui permet au critique d’exhiber sa culture et son bon goût tout en titillant agréablement la corde sensible du râleur qui se cache en chaque Français, pêche à mes yeux par un manque de vision globale. Car oui, mes amis, n’ayons pas peur de le dire, les Victoires de la Musique sont avant tout politiques! En récompensant X à la place de Y (même si tout le monde sait que X est un fils à papa monté sur pistons, alors que Y n’a que son immense talent pour elle*) , le jury fait passer un message au reste du monde (mais ce dernier écoute-t-il?). Il n’y a guère que le grand public, cette brave bête décérébrée par la seule force du nombre, pour décerner ses palmes sans arrières-pensées. On y reviendra. Avant d’aller plus loin, il me semble donc utile de rappeler les résultats d’hier soir, afin que chacun les ait bien en tête pour la suite:

PALMARÈS:

Artiste Interprète Masculin (Jury): Dominique A
Artiste Interprète Féminine (J): Lou Doillon
Groupe ou Artiste Révélation du Public (Public): C2C
Groupe ou Artiste Révélation Scène (J): C2C
Album de Chansons (J): La Grande Sophie (La Place du Fantôme)
Album Rock (J): Skip The Use (Can Be Late)
Album de Musiques Urbaines (J): Oxmo Puccino (Roi Sans Carrosse)
Album de Musiques du Monde (J): Amadou & Mariam (Folila)
Album de Musiques Électroniques ou Dance (J): C2C (Tetra)
Chanson Originale (P): Camille (Allez Allez Allez)
Spectacle Musical/Tournée/Concert (J): Shaka Ponk (The Geek Tour)
Vidéo-Clip (J): C2C (Fuya)

Victoires d’Honneur (J): Véronique Sanson, Sheila, Enrico Macias

*: Toute similitude avec un palmarès plus ou moins récent serait purement fortuite, ou pas. À vous de voir si vous avez envie d’éplucher 28 ans de Victoires à la recherche de la concordance ultime. Un indice pour les motivés: X a une tache de naissance sur la fesse gauche, et Y collectionne les dés à coudre.

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LE TRIOMPHE C2C

S‘il y a une chose à retenir de cette 28ème cérémonie, c’est bien sûr l’incroyable moisson réalisée par le quatuor nantais. Avec quatre Victoires dans leur escarcelle, les turn-tablers sont repartis du Zénith avec un tiers des palmes décernées lors de la cérémonie. Il faut remonter à 2005, l’année M (quatre trophées pour le fiston Chédid), pour trouver semblable plébiscite. Cependant, les quatre DJs ont fait mieux que l’ex Mister Mystère en son temps (qui au passage, est revenu bredouille au bercail), puisqu’ils se sont tout simplement imposés dans 100% des catégories dans lesquels ils étaient alignés. Trois de ces dernières étaient placées sous l’arbitrage du jury, dont l’obsession pour les C2C envoie un message fort: il faut suivre ces gars.

Il ne faut pas oublier que les Victoires de la Musique sont, entre autres, une vitrine pour les artistes nationaux. Et même si les observateurs étrangers ne doivent pas être très nombreux à suivre les résultats de cette vénérable institution, il n’en demeure pas moins que cette dernière est incontestablement l’une des principales portes d’entrées dont le tout venant international dispose pour découvrir ce que nous, petits Frenchies, sommes capables de faire avec nos doigts boudinés. Et quand un groupe remporte autant de trophées en une seule fois, forcément ça intrigue. On a envie d’en savoir plus, de comprendre ce que ces petits gars ont de si extraordinaire pour mériter une telle consécration. Avec un peu de chance, on est soi-même convaincu après écoute, et on fait passer l’info dans son propre pays. Le fait est que la reconnaissance nationale est dans l’écrasante majorité des cas la condition sine qua non à une éventuelle reconnaissance internationale (les exceptions sont tellement rares que les réalisateurs suédois en font des films*). Et remporter une Victoire de la Musique (ou son équivalent: Grammy, Brit Award, Grammi, Spellemannpris, Aria, Sama…), ou à plus forte raison, quatre, c’est accéder à une reconnaissance nationale. La machine semble donc bel et bien lancée pour les C2C, qui pourront en outre bénéficier de la flatteuse réputation de l’electro française au niveau mondial (c’est bien le seul courant musical dans lequel nous sommes indiscutablement dans le peloton de tête) pour partir à la conquête du globe. Alors, merci qui? Merci le jury des Victoires de la Musique.

*: Si vous avez besoin de lire cette astérisque, c’est sans doute par ce que vous n’avez pas immédiatement compris où la subtile indication de l’auteur de ces lignes menait. La réponse est: au Searching For Surgar Man de Malik Bendjelloul. Allez-le voir. Maintenant.

C2C

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LES PETITS, LES OBSCURS, LES SANS GRADES…

Autre tendance forte de cette édition, le souci du jury de récompenser des artistes peu connus du grand public, malgré une carrière déjà conséquente. Cette année, ce furent Dominique A (20 ans de bons et loyaux services, autant de passages en radio sur la période) et la Grande Sophie (15 ans d’activité et un seul « tube » au compteur) qui eurent droit à la médaille du mérite. En cela, on peut déceler une perpétuation d’une tendance « commémorative » déjà à l’œuvre depuis deux ans, et dont les bénéficiaires furent quelques uns des grands oubliés, plutôt célèbres ceux-là, de longue date des Victoires de la Musique: Bernard Lavilliers (première palme à 65 ans, pour son vingtième album studio, Causes Perdues Et Musiques Tropicales, en 2011), Thiéfaine (coup double en 2012, quarante ans après ses débuts) ou encore Catherine Ringer (qui reçut sa troisième Victoire l’année dernière, 25 ans après les deux premières). Aux vétérans de la musique, l’industrie reconnaissante…

Toutefois, en choisissant de distinguer des chanteurs aussi « confidentiels » que Dominique A et la Grande Sophie, qui étaient sans aucun doute possible les nominés les plus obscurs de leurs catégories respectives, le jury a fait plus que récompenser l’ancienneté, critère déterminant lors des années précédentes: il s’est donné une vocation de guide du grand public, en attirant l’attention de ce dernier sur des noms qu’il n’aurait jamais remarqué sinon. Attitude que l’on peut trouver admirable ou pédante, selon son humeur, mais qui a au moins le mérite de battre en brèche l’idée reçue selon laquelle les Victoires de la Musique ne seraient remises qu’à des gros vendeurs d’albums. À chacun de décider si le palmarès 2013 se base ou non uniquement sur des critères qualitatifs, mais force est de constater que le critère quantitatif n’a quant à lui pas prévalu dans (toutes) les délibérations. Et ça, c’est plutôt pas mal.

GSDA

Ces gens sont des stars de la chanson française maintenant. Essayez de retenir leur visage (au cas où).

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LE RETOUR DU ROCK

Mais était-il seulement parti? À voir les nominés pour la Victoire d’album rock de l’année, le doute était permis. Sans vouloir présumer de la qualité artistique de Lou Doillon, Raphael et des BB Brunes, je n’aurais pas instinctivement tendance à qualifier leur musique de rock, ou alors un rock pris au sens très large, incluant la pop, le folk, le blues, l’indie et l’alternative. Il faut dire qu’avec seulement cinq genres reconnus par le jury des Victoires, il n’est guère étonnant de retrouver une forte hétérogénéité de style entre les nominés d’une même catégorie.

À mes yeux, il n’y avait donc que les Skip The Use qui pouvaient incontestablement prétendre à la palme de meilleur album rock pour leur nerveux Can Be Late. Et au vu des prestations offertes par chacun des quatre concurrents lors de la cérémonie, il aurait été assez grotesque que le prix échappe à la quintette de Ronchin, qui fut la seule à livrer une performance digne d’être qualifiée de rock. Face à des BB Brunes gentillets et plus pop que jamais pendant Coups Et Blessures, une Lou Doillon impeccable mais hors sujet sur ICU et un Raphael en mode full synthé expérimental (Peut-Être), la bande de Mat Bastard a déroulé un Cup Of Coffee du feu de Dieu qui a enterré avec autorité les maigres arguments de la concurrence.  Bref, tout est bien qui finit bien, mais on est passé tout près de (re)devenir la risée du monde en couronnant un album non rock. J’espère sincèrement que le jury sélectionnera ses nominés avec plus de soin en 2014.

Deuxième preuve de la bonne santé du rock, la victoire de Shaka Ponk dans la catégorie de Spectacle Musical/Tournée/Concert. La concurrence n’était pas vraiment féroce non plus, mais on n’était pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Une preuve supplémentaire de la reconnaissance de l’industrie du nouveau rock français, débridé, séduisant, souvent mâtiné d’electro, et, surtout, chanté en anglais. Tant pis pour les défenseurs acharnés de la francophonie, mais depuis la mort de Bashung et la dissolution de Noir Désir, on cherche encore ceux ou celles qui seraient capables de plier la langue française aux exigences du rock. En attendant la relève, let’s do it in English, right?

STUSP

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LA FRACTURE URBAINE

Le rock rit, le rap pleure. Oxmo Puccino s’en est reparti avec la Victoire d’album de musiques urbaines, dans l’indifférence quasi générale des amateurs de ce(s) genre(s). Il faut dire que le Black Jack Brel n’est pas vraiment l’artiste le plus écouté par les aficionados de rap, hip-hop ou R’N’B. Mais les véritables stars de ces courants musicaux ne sont pas assez politiquement correctes pour pouvoir prétendre à un trophée qu’elles regardent de toute façon avec une goguenardise non déguisée. C’est sûr que gagner la reconnaissance de l’industrie musicale quand on est résolument anti-système, du moins en apparence, ce n’est pas vraiment une priorité. De toute façon, il paraît peu probable que Booba, La Fouine, Rohff ou Kery James gagnent jamais quelque chose tant qu’Abd Al Malik, Oxmo Puccino, Grand Corps Malade ou MC Solaar continueront à sortir des albums. Je suis le premier à me féliciter de ce parti pris, consistant à sevrer les thugs du rap game de récompenses, au profit de plumes plus complexes et plus intellectuelles (et, oserai-je le dire, plus intelligentes), même si ces dernières ne touchent qu’une audience bien plus limitée, mais comme je n’écoute pratiquement jamais de « musiques urbaines », mon avis est fortement biaisé.

En boudant systématiquement les stars françaises du genre, le jury des Victoires de la Musique s’est durablement décrédibilisé aux yeux des amateurs de musiques urbaines, et ce n’est pas le palmarès de cette année qui précipitera une éventuelle réconciliation: Tal est repartie bredouille, tout comme la Sexion d’Assaut et Orelsan. Aucun des artistes « urbains » (décidément, j’adore cette formule) un tant soit peu populaires nominés cette année n’a gagné quelque chose, enterrant ainsi le mouvement d’ouverture esquissé l’année dernière avec le deux trophées d’Orelsan. D’ailleurs, la victoire de Camille dans la catégorie de chanson originale de l’année, dont le vainqueur est choisi par vote du public pendant la cérémonie, prouve bien que les jeunes « urbains » ne s’intéressent pas/plus aux Victoires de la Musique. Comment expliquer autrement le camouflet infligé à la Sexion d’Assaut (plus de quatre millions de fans sur les réseaux sociaux) par une artiste au public bien plus restreint (75.000 likes sur Facebook)? Les Victoires de la Musique, une institution qui se « ruralise » d’année en année.

TOSDA

Comme quoi, il ne suffit pas (toujours) d’avoir une jolie robe, un peignoir en soie ou de savoir compter sur ses doigts être récompensé.

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LE CAS DOILLON

Lou Doillon

Victoire de l’artiste interprète féminine qu’on soupçonnera toujours d’avoir été pistonnée! Si je m’attendais… (en fait, oui)

En s’imposant dans la catégorie artiste interprète féminine de l’année face à des concurrentes bien plus aguerries qu’elle, Lou Doillon a indubitablement fait un gros coup médiatique. Mais a-t-elle vraiment fait une bonne opération? En attribuant à une chanteuse de cinq mois la récompense suprême de son genre, le jury a obligeamment collé une étiquette « fille de … au triomphe népotique » sur la tête de Lou, qui n’en demandait certainement pas tant. L’album est sans doute bon, mais la trajectoire est trop parfaite, l’ascension trop rapide, la reconnaissance trop fulgurante pour qu’on puisse la contempler sans aucune suspicion. Et même si Mlle Doillon est malgré tout une self-made singer, chose dont on peut raisonnablement douter au vu de son pedigree et de son réseau (bizarrement, quand je chante dans ma cuisine, Étienne Daho n’est pas là pour m’encourager à persévérer), pourquoi diantre l’avoir dispensée de participation dans les catégories révélations (scène et/ou public), dans lesquelles elle aurait été bien plus légitime? Les voies du jury sont décidément impénétrables. Bref, la victoire de Lou me semble être la seule fausse note d’un palmarès autrement plutôt défendable et consistant. Difficile de ne pas y voir l’illustration concrète d’une industrie à deux vitesses, où il vaut mieux avoir des relations que du talent (même si rien n’interdit d’avoir les deux, of course).

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APPELEZ LE PLOMBIER, ÇA DÉGOULINE

Une cérémonie des Victoires de la Musique sans séquence(s) émotion, ça n’est pas audiovisuellement concevable. Quoi de mieux en effet que quelques larmes pour faire passer l’envie aux téléspectateurs (de moins en moins nombreux d’année en année) d’utiliser la zapette? Mais moi qui suis un être cynique au cœur froid, ces intermèdes mielleux et dégoulinants de bons sentiments me gonflent plus qu’autre chose, surtout lorsqu’ils s’étirent en longueur. Cette année, on a donc eu droit à dix bonnes minutes de « soyons solidaires avec nos amis Maliens », expédiées à grand renfort d’enfant des cités ondulant (même pas en rythme en plus) devant Amadou et Mariam lors de leur prestation, de drapeau malien géant représenté par un public bien brave de se plier à cette mascarade, et de discours tellement politiquement correct qu’on se serait cru à l’élection de Miss Prestige National.

Un peu plus tard, ce fut au tour de Véronique Sanson de se transformer en mamie gâteau sur scène, pendant que ses amis chanteurs et chanteuses lui rendaient un hommage préthume insupportable. Et était-ce nécessaire de faire monter le fiston Stills sur scène pour lui remettre sa Victoire d’Honneur? À la fin de ce numéro très pathétique, j’ai soudainement réalisé que la dernière fois qu’on avait assisté à une telle débauche de « je t’aime moi aussi », c’était en 2009, pour la dernière sortie médiatique d’Alain Bashung. Du coup, je me suis mis à flipper pour Véronique, que j’aime bien tout de même, et espère sincèrement qu’elle ne connaîtra pas le même funeste destin que son défunt collègue.

Enfin, et un peu plus supportable car légèrement plus court, la remise des Victoires d’Honneur à Sheila (plus siliconée que sa marionnette des Guignols) et Enrico Macias fut l’occasion d’un autre tsunami de bons sentiments. La musique est une grande famille où tout le monde se réconcilie une fois par an. Malheureusement pour nous, c’est diffusé en prime time chaque année. Ça aurait été tellement plus fun de demander à Johnny de remettre une Victoire d’Honneur à Michel Sardou. L’année prochaine peut-être.

Ils sont venus, ils sont tous là...

Ils sont venus, ils sont tous là…

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Que retenir de cette 28ème édition? Sur le long terme, il y a fort à parier que seule la moisson miraculeuse de C2C subsistera dans les mémoires. Espérons que les quatre DJs sauront capitaliser sur ce coup d’éclat pour devenir encore plus énormes qu’ils le sont déjà. Pour le reste, tout aura été oublié dans les trois mois, comme c’est à chaque fois le cas. À dans un an, et d’ici là, très bonne année musicale 2013.

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