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FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 2 (DIMANCHE)

Si vous vous demandiez si les dindons de Ronquières glougloutaient dès l’aube pour saluer la venue du jour nouveau, la réponse est non. Sad but true. Reste que dans un camping déjà un peu moins propret que la veille au soir, il faut tout de même songer à se mettre en marche suffisamment tôt pour être fin prêt pour l’ouverture des portes, programmée à midi ce dimanche. Chance, confort et volupté, toute l’infrastructure nécessaire à ces préparatifs (toilettes, douches, supérette) se trouvent dans le périmètre immédiat des tentes. Pas d’excuses donc pour ne pas partir placés à l’heure dite, même si nous prîmes soin de nous lester de l’incontournable K-Way pour cette fin de festival, eu égard à un ciel franchement gris dès la matinée. Précaution qui n’aura pas été vaine, comme le lecteur impatient ne tardera pas à le découvrir.

À l’entrée, l’inexpérience se fait clairement sentir lorsque deux personnes plus impatientes que les autres décident simplement d’escalader les barrières et de pénétrer sur le site sans que personne ne s’en émeuve particulièrement (exception faite des fans de M POKORA, tous remontés comme des coucous suisses et prêts à se ruer vers la scène Tribord au moindre signe de faiblesse des organisateurs). Par manque de bénévoles, les quatre check-points indiqués sur le portique sont réduits à deux, et forcément, on râle un peu quand c’est sa file qui est sacrifiée sur l’autel de la sécurité. Heureusement, le destin se décide à filer un coup de pouce aux porteurs de pass deux jours, qui disposeront d’un accès réservé. Ça en devient même trop facile lorsque aucun des trois préposés au contrôle des festivaliers ne se décide à fouiller notre sac à dos, qui s’était montré diablement difficile à vider, puis à remplir de nouveau, la veille. 12h02, nous voilà déjà installés aux premières loges de la scène Bâbord, prêts à une demi-journée de standing musical. Assemble the musicians!

Avant que le premier groupe ne fasse son apparition, un drôle de type sappé comme un mac’ de GTA se présente sur scène, et annonce au public dans un français hésitant que le groupe ACTA va maintenant jouer (texto). Je comprendrais plus tard que ce gugusse fera office d’annonceur/chauffeur de salle pour tous les shows de Bâbord. Soyons juste avec lui: autant il n’a pas cassé pas des barreaux de chaise niveau relation avec la foule et présentation de ses « poulains », autant il a toujours soigné son look, enchaînant les tenues les plus excentriques et foulant le bon goût des deux pieds à chaque apparition. La blague (belge? impossible d’identifier son accent) du week-end.

Sur la dernière photo, il a osé le cross over ultime entre Freddy Mercury et la reine d’Angleterre. C’est plus chocking, c’est chocqueen!

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Il est enfin temps pour les ACTA de fouler les planches pour le premier concert de la journée. Il n’est jamais facile d’ouvrir le dimanche pour un groupe lors d’un festival, tâche encore rendue plus ardue par le relatif anonymat de la formation de La Louvière et la jeunesse de la manifestation, qui ont concourus pour accoucher d’un public des plus clairsemés. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le chanteur-guitariste du quatuor (vague lookalike du Tristan Nihouarn de Matmatah, bien que le grain de voix fasse plutôt penser à du Charlélie Couture en moins éraillé) a réussi à force d’efforts à faire battre des mains et chanter les spectateurs, ce qui ne constituait pas un mince exploit en pleine heure du déjeuner. Comme ils le disent eux-mêmes: On S’Habitue À Tout.
Seul groupe du week-end à chanter en français (et sans tomber dans le double écueil de la niaiserie sentimentale ou de l’enfilage de jeu de mots typés « Grosses Têtes », chapeau), les Acta ont fait ce qu’ils ont pu avec application et philosophie. Si Kaolin a réussi à percer (peu de temps, il faut bien le dire) en France, je ne vois pas pourquoi ces derniers n’arriveraient pas non plus à se faire une place au soleil, surtout que le combo comporte dans ses rangs deux frangins très bons guitaristes, tout à fait capable de sortir un solo aussi inattendu vis à vis de la direction « pop electro-acoustique à textes » suivie par le groupe que bienvenu pour regagner l’attention d’un public forcément volage à ce moment de la journée. Continuez comme ça les gars.

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That’s the place, babe

Comme nous nous étions piqué de sédentarité ce dimanche, NOA MOON restera à 300.000 millimètres de notre bord. Dommage, mais il s’agissait de ne pas offenser les ROMANO NERVOSO, autre formation issue du décidément très riche vivier de La Louvière (panneau indicateur – collecté comment, mystère… – faisant foi ). Mais là où leurs prédécesseurs cherchaient le consensus et les bons sentiments, les Romano se démarquent par une attitude résolument sans compromis. On ne plaisante pas plus avec l’esprit rock qu’avec les spaghettis de la Mama, motherfuckers! Pour nous deux petits Frenchies en visite à Ronquières pour le week-end, et encore légèrement traumatisés par le show incandescent livré à la Caserne Fonck en première partie de TRIGGERFINGER (si la Belgique n’est pas grande, le monde est décidément tout petit), il s’agissait de retrouvailles, à célébrer pieusement en ce jour du Seigneur par une communion avec le saint esprit rauque.

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Dès les balances, le ton est donné, l’impayable Giacomo Panarisi, frontman de son état, testant son micro sanglé dans un T-Shirt au message brutalement direct: « I hate Bono and I hate his fucking face ». On rappellera au lecteur distrait du troisième rang que l’individu susnommé s’était également commis lors du concert du samedi des BIKINIANS, où il a tenu les fûts avec, je suppose, une énergie indiscutable.

On a retrouvé Romano Ramone

Une fois entré dans le vif du sujet, les Romano proposent un curieux mélange de préciosité glam-rock (en témoigne l’entrée flamboyante du sieur Panarisi, rutilant dans son manteau de fausse fourrure blanche rehaussé d’une bonne couche de bleu à paupière chastement dissimulée derrière une paire de verres fumées jusqu’à la moitié du show) et de rugosité punk, éructée à fond les amplis à base de riffs salaces et saturés, de batterie frénétique et de paroles délivrées sur le fil séparant le chant du hurlement. Même si l’héritage des Ramones est clairement revendiqué et approprié, et se retrouve aussi bien dans le quasi monosyllabique, mais tellement jubilatoire refrain de Mangia Spaghetti, à rapprocher d’un Blitzkrieg Bop, que dans le look du guitariste, le quatuor infernal de La Louvière est bien trop mal élevé pour suivre sagement la route tracée par leurs (grands) parents New-Yorkais (un autre exemple? Cette annonce d’une reprise de M Pokora, la méconnue Fous toi ma bière dans le cul).

Les Italian Stallions Belges (nom de leur premier opus et référence au « porno » soft au casting duquel figure un autre fils d’immigrés italiens, l’obscur Sylvester Stallone) lorgnent également sans gène aucune du côté de rythmes un peu plus dansant que le sacro-saint pogo, initié au besoin par le très remuant Giacomo jamais trop timide dès qu’il s’agit de balancer des trucs dans le public, lui inclus (la remontée sera par contre plus laborieuse). Cette veine presque pop – oulala, l’insulte – se retrouve dans le plus léger Party Time, qui a au moins le mérite de proposer une autre vision du party-rocking que celle matraquée par LMFAO depuis des mois. Quarante minutes plus tard, le message est passé, et bien passé: le rock n’est pas mort, merci pour lui, et basta.

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Après la salutaire claque assénée par Romano Nervoso, les organisateurs ont prudemment décidés de faire retomber la pression en programmant la nettement plus calme HOLLIE COOK, engagée comme tant de jeunes artistes anglais avant elle dans un tour d’Europe (f)estival (elle était également présente aux Vieilles Charrues). Si l’enthousiasme n’était pas délirant au moment de prendre la scène, Hollie et ses musiciens se sont toutefois attelés à la tâche avec professionnalisme. N’empêche que trois quarts d’heure de reggae soul sous le soleil de 15h, ça a tendance à vous assommer votre spectateur plus sûrement qu’un pétard de ganja aux épices.
Pour sûr, miss Cook est un joli brin de fille avec un joli brin de voix, et la regarder onduler sur scène, les yeux perdus dans le vague a un effet hypnotique indéniable. Mais tel Ulysse confronté aux sirènes, dès la chanson terminée, le charme se rompt brutalement. En cause, la voix « parlée » de Hollie, qui allie la gouaille vulgaire d’une marchande de poissons de Barbès et la stridence pénible d’une collégienne à un concert de Justin Bieber. Mah bon, ça m’a empêché de m’endormir pendant le set, ce qui n’aurait pas été très polie envers la fille du batteur des Sex Pistols et son backing band.
Parmi eux, l’immense bassiste rasta jusqu’au bout des dreads occupait visiblement un statut à part dans le groupe, puisqu’il fut le seul à être nommément présenté au public par sa chanteuse, et assura des parties vocales en solo sur la moitié des titres. En embuscade entre la batterie, où officiait un cousin de Mel Gaynor (Simple Minds), et la section cuivre, l’Ike Turner rasta a mené son petit monde à la baguette le temps d’une croisière expresse sur le canal de Ronquières. Emballé, c’est pesé (et vite oublié).

Une heure après avoir quitté les îles Cook, la léthargie menace de submerger l’équipage. Il fait (encore) beau, il fait (toujours) chaud, et comme le reggae n’est pas le style le plus énergisant qui soit, l’étreinte chloroforme de Morphée menace de faire sombrer corps et biens le navire de la conscience. Garçon, vite, mettez-nous quelque chose de plus fort.

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Dans ces conditions, je n’ai rien contre les femmes voilées, vraiment.

Et ce fut chose faite avec l’arrivée sur scène de la bouillonnante IZIA, guère encline à laisser le public comater derrière les barrières pendant qu’elle fait son show. Tout le monde à l’abordage, comme a pu le chanter son paternel. Même pas fatiguée par une tournée dont Ronquières constituait la dernière étape avant un mois de vacances bien méritées, la petite dernière de la tribu Higelin, pourvoyeuse de baladins et de saltimbanques de la langue française depuis quarante ans  s’est montrée à la hauteur de ce que j’avais pu lire sur elle auparavant: boule de nerfs sexy et déterminée, Izia est une nymphe tout droit échappée des Métamorphoses (rock)d’Ovide. Comme il est loin le 24-9-90 où la petite gonzesse a vu le jour dans la nuit! « Iziou » a bien poussé depuis les héroïques 90’s, c’est un fait (c’était écrit).
Si elle a suivi le même chemin que ses père et (demi) frère, Izia a toutefois pris le soin de s’écarter des sentiers musicaux foulés par ses aînés, aussi bien dans le fond (rock brut de décoffrage en lieu et place de la chanson française élégante de Jacques et d’Arthur) que dans la forme (anglais de rigueur). La radicalité de l’approche a bien entendu les défauts de ses qualités: à force de se la jouer provoc’ et effrontée, les interventions de la demoiselle accusent parfois une certaine lourdeur (« on va enchaîner avec cette bonne vieille pute de Lola* », « tout le monde a des nibards! » – certes- ), mais il n’y a que les femmelettes qui ne cassent pas d’œufs, pas vrai?
Ceci dit, il faut tout de même noter que la carapace de la grande méchante rockeuse dominante à la Joan Jet s’est fendue vers la fin du set, lorsqu’Izia s’est saisi d’une guitare pour un morceau en solo. Exit le bruit et la fureur, et bonjour aux arpèges tricotés avec l’application d’une élève de première année à l’école de musique sur le manche de la gratte. Un titre qui ne restera pas dans les annales, mais il faut savoir varier les plaisirs (et donner quelques de minutes de répit à un public qui commençait à montrer des signes de fatigue). Mais au final, c’est bien en passionaria déchaînée et échevelée que l’on préfère Izia, avec les deux mains libres de soulever la foule à bout de bras (d’autant que ses musiciens sont tous excellents et suffisent amplement au bonheur des oreilles des spectateurs).

À la fin des cinquante minutes de son set, Izia, visiblement émue par l’accueil enthousiaste reçue en terre wallone, fond en larmes devant la foule. Bon, ok, l’émotion a certainement été davantage causée par le départ programmé de sa manageur-tourneuse, dont c’était la dernière date avec le reste de l’équipe, mais ça ne fait pas de mal de s’attribuer quelques responsabilités dans cette fin de prestation lacrymale. C’est la légende du festival de Ronquières qui commence à s’écrire, petit à petit. Plus important, Iziou a promis qu’elle ferait son possible pour revenir jouer en Belgique lors de sa tournée d’automne (décidément, elle ne s’arrête jamais). Avis aux amateurs.

*: au moins, ça change de la « salope » des Solidays, pas vrai dumdum girl?

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Bien réveillés et d’attaque pour la suite des réjouissances, c’est avec une excitation non dissimulée que nous nous sommes armés de patience dans l’attente de la venue de Triggerfinger. Un groupe que j’aurais vu, revu et re-revu pendant l’été, mais que voulez vous que je vous dise, sinon que ces gars là en valent la peine? Motivation supplémentaire, ils joueront ce dimanche (presque) à domicile, ce qui constitue toujours un puissant incitatif à mettre les tripes sur la table pour tout groupe de scène digne de ce nom. Résolus à défendre la réputation d’excellence qu’ils se sont forgés dans leur pays d’origine, le power-trio d’Anvers a en effet décidé de mettre les petits plats dans les grands, et a sorti la vaisselle des grands jours pour l’occasion.
Si la vue de ce verre et de cette tasse laissés pour compte dans un coin de la scène ne vous évoque rien d’autre que le désir de reprendre un café, il est grand temps de faire un tour par les studios de la radio Giel, où une des pages de l’histoire du groupe s’est écrite en janvier dernier. Autre signe avant coureur du caractère spécial de la prestation à venir, plus visible celui-là, les six « grilles » de projecteurs disposés à l’arrière de la scène. En plus d’en avoir plein les oreilles, on en allait en sus en avoir plein les yeux (même si l’effet aurait été plus marqué en salle qu’en plein air, surtout pendant la journée).

Mais bon, est-ce très judicieux de risquer de blesser cet homme?

Pendant que Ruben, Mario, Mr Paul et leur crew mettent la dernière main à la balance, une petite armée de journalistes et de caméramen enregistrent les moindres faits et gestes du trio. Aucun des autres artistes n’ayant eu droit à tant d’attention médiatique, peut-être les fans des Trigg’ seraient-ils bien inspirés de guetter la sortie d’un documentaire en partie ou totalement consacrés à leurs idoles dans un futur pas trop lointain. Enfin, je dis ça, je dis rien hein…
Quand 18h30 arrive enfin, c’est devant un public déjà conquis que les trois pisoleros font leur entrée, après que l’inénarrable présentateur ait fait son office avec la maladresse abrupte et pataude qui a caractérisé toutes ses interventions dominicales (petit regret: il s’était déguisé pour l’occasion en Homer Simpson, alors qu’il aurait pu faire un Mr Paul assez convaincant).

Malheureusement, la performance exceptionnelle qu’on était en droit d’espérer n’a pas eu lieu au pied du plan incliné de Ronquières. En cause, un réglage son défaillant, à cause duquel la voix de Ruben ne s’est guère détachée des parties instrumentales, manquement particulièrement patent sur des titres tels que First Taste ou Is It, dont l’alchimie repose en grande partie sur des refrains accrocheurs que le public peut s’approprier. Marginalement, on peut aussi souligner que Mr Block n’a pas été verni avec ses grattes pendant le show: corde cassée sur My Baby’s Got A Gun, désaccordée au début de First Taste. Les aléas de la scène.

Dernier reproche (à la limite de la mauvaise foi, mais quand les artistes sont bons, il ne reste plus que ça aux chroniqueurs), l’inclusion un peu poussive de l’incontournable (sept semaines en tête des charts belges, excusez du peu) I Follow Rivers à la fin du set. J’avais trouvé la formule testée au 114  – setliste habituelle, avec la reprise de Lykke Li en rappel, quand la pression a naturellement un peu retombée – beaucoup plus convaincante que le rapiéçage effectué à Ronquières. Voir Mario passer de son solo de batterie proprement bonhamesque (à ce propos, j’invite toute personne n’en ayant pas encore par dessus la tête de Triggerfinger à jeter une oreille sur leur version du Mandown de Rihanna: l’intro vous confirmera au besoin les liens de filiation évidentes entre le jeu du batteur de Led Zep et celui d’Antwerp) à son bidouillage vaisselier tearsforfearsien (toi aussi, créé des adjectifs qui n’entreront pas dans le Petit Robert avant trois siècles) en l’espace de cinq minutes est une expérience assez contre-intuitive.

Mario Goossens, batteur tout terrain

Mais bon, je suis quand même content qu’ils aient joué ce morceau, plutôt rare en festival si je me base sur mon expérience personnelle (absent de la setliste de Solidays comme celle des Vieilles Charrues) et leur dit à bientôt pour le concert du 24 octobre au Nouveau Casino, qui devrait méchamment envoyer, faîtes moi confiance.

Long Live Rock, ça se dit comment en néerlandais?

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Le soir venu, le ciel se couvre salement au dessus de Ronquières. On a eu beau espérer que lourd couvercle baudelairien tienne bon encore quelques heures avant de lâcher la sauce, ce fut sous la pluie que JULIEN DORÉ a sorti son Bichon, et sous la drache que les BRIGITTE ont fait leur tour en Benz Benz Benz. Stoïques, les fans d’IAMX des premiers rangs (dont l’intégrité leur interdisaient même de sortir un parapluie, sans parler du K-Way – qu’est-ce que Chris aurait pensé de cette atteinte au bon goût goth, hein? – ) ont enduré les ondées successives avec résignation. Après tout, y avait-il un meilleur présage pour annoncer la venue du leader des Sneaker Pimps (lui même fervent adepte du singing in the rain) que le temps volatil de cette soirée?

Ils ne s’attendaient par contre sans doute pas aux piques que leur a expédié un MILOW très taquin, et tout à fait conscient que les pâles cohortes aux yeux cernés de rimmel qui fixaient la scène d’un air absent n’étaient pas venus pour l’entendre chanter You & Me. Pas sûr que l’approche humoristique lui ait gagné beaucoup de nouveaux fans dans l’IArMyX, mais ça fait toujours du bien de voir des artistes qui ne se prennent pas pour le nombril du monde (même si le crew du petit gars de Bogerhout a été le seul affublé de T-shirts à sa gloire durant tout le week-end).

Et puis, quand Milow fait des blagues, c’est toujours très gentil, un peu à l’image de sa musique. Comme quoi, on peut être grand, chauve, jouer de la guitare et vivre de sa musique sans être aussi méchant (ni aussi bon d’ailleurs) que Billy Corgan. Difficile, à moins d’être un intégriste d’IAMX, de rejeter en bloc les jolies ritournelles aux paroles un peu simplettes (voire carrément neuneu) qui constituent l’essentiel des compos de Mimi, surtout que le gaillard a su s’entourer de très bon musiciens, comme l’impressionnant guitariste qui a littéralement scotché le public lors d’un judicieux interlude flamenco.
Comme il parlait dans une de ses chansons de partir en Amérique pour booster sa carrière, jouons le jeu jusque dans les comparaisons, et rapprochons sa pop à guitare de groupes comme les Crash Test Dummies ou Counting Crows, même si tout cela est décidément trop lisse et propret pour marquer durablement les esprits.
Même la reprise qu’il fait du sulfureux Ayo Technology de 50 Cent sonne plus sous sa patte comme le coup de gueule du gendre idéal qui préfèrerait avoir sa chère et tendre en face de lui plutôt que de lui parler via skype, que comme les invites graveleuses de l’amateur de porno envers son hôtesse webcam favorite, c’est dire.
Donc, quand il nous a annoncé qu’il avait taillé la bavette avec Chris Corner avant d’entrer en piste (introduction à nouvelle blague de sa part qui n’a pas décrispé les IAMX, je peux vous le dire), on n’y a pas cru une seconde. Est-ce que vous voyez Captain America (ou Capitaine Belgique, dans le cas présent) discuter avec le Joker entre deux comics, vous? Alors.

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Car l’histoire d’IAMX, autrefois connu sous le nom de Chris Corner, est des plus singulières, jugez plutôt. Ayant très tôt démontré d’évidentes qualités musicales (le bonhomme est leader des Sneaker Pimps depuis ses 15 ans), Chris aurait pu devenir le super héros ultime du rock, une fusion parfaite entre le lyrisme de Matthew Bellamy et le charisme trouble de Brian Molko. Mais par une soirée pluvieuse de 2004, l’éclat de l’étoile montante fut irrémédiablement terni. Traumatisé par sa rencontre avec le super vilain Marylin Manson, Chris bascula du côté obscur de la musique et renaquit sous les traits blafards d’IAMX, personnage à la psyché torturé et aux centres d’intérêts douteux (je cite wikipédia: «les différentes pratiques du sexe, la mort, l’intoxication de stupéfiants, la bisexualité, la décadence, l’obsession, l’aliénation et quelques vagues allusions à la politique »).

Vous excuserez le côté grandiloquent de cette introduction, mais Mister Corner joue tellement à fond de son image de dandy macabre et ténébreux que ça aurait été lui manquer de respect que de le traiter comme tout un chacun. Le spectacle a en effet commencé bien avant l’arrivée sur scène des musiciens, avec l’installation de panneaux blanc utilisés comme support de projection vidéo au cours du set. Quelques images furent affichées pendant la balance, toutes respirant la joie de vivre et l’amour de son prochain, comme on pouvait s’y attendre. Dans la fosse, les mutiques membres de l’IArMYx se transforment progressivement en groupies hystériques, et la clameur qui a accueilli l’arrivée de Chris et de sa bande aurait fait la fierté des tous les Beliebers, Directionners et autres fanbases fanatiques du moment. Ambiance.

Hommage à toutes les présentations PowerPoint interrompues par ce fameux écran…

Inutile de dire qu’il s’agit de ma meilleure photo de Chris

Ombre élégante et longiligne se découpant à contrejour sur la scène, IAMX empoigne un mégaphone pour le morceau d’ouverture, tandis que derrière lui, les images de mort, désolation, aliénation, désespoir et autres choses très gaies défilent… quand elles ont le temps. Car qui dit super vilain dit super pouvoir, et Mr Corner ne fait pas exception à la règle. Le sien est très particulier: pourrir la vie de son équipe backstage. Car entre le Mac qui relance la synchronisation avec le vidéo projecteur toutes les cinq secondes, les fils micro qui s’emmêlent dans les pieds et les câbles jack qui entravent les mouvements des musiciens, les avanies techniques se sont succédées avec une effrayante régularité. Ces menus problèmes n’émousseront cependant en rien l’énergie folle déployée par la bande d’énergumènes qui a pris d’assaut le côté Bâbord du plan incliné. Si les machines se sont montrées rétives, les humains étaient par contre au top (avec une Janine survoltée, parfaite en Harley Quinn gothique):

Ne connaissant pas encore à fond le répertoire du groupe, je serai bien incapable de détailler longuement la setliste du concert. Je suis certain d’avoir entendu Ghosts of Utopia et Cold Red Light, mais pour le reste… Volatile Times et My Secret Friend, malgré leur statut de « tubes », ne seront pas joués, même pendant un rappel chaotique qui se terminera par un lancer de fût et de cymbale dans la travée de la presse, fort heureusement évacuée depuis fort longtemps. Une heure de spectacle total, magnifique et décadent, hypnotique et dérangeant, et sans conteste le point d’orgue de cette première édition, de notre point de vue en tout cas. Bravo aux organisateurs d’avoir fait venir ces drôles d’oiseaux à Ronquières, qui se font rares sur les scènes européennes ces derniers temps (seulement quatre concerts de prévus pour le reste de l’année so far). J’espère de tout coeur que Chris et ses séides passeront par la France pour défendre leur prochain album, actuellement en cours de réalisation dans un squat-studio délabré de Gotham Berlin.

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Ouais, je préfère encore mettre une photo floue de IAMX. C’est mieux.

23h30. C’est au tour de M Pokora de s’élancer pour clôturer le festival, mais par respect pour ce dernier, on se gardera bien d’assister à cette ultime représentation. Mieux vaut quitter le plan incliné la tête pleine d’IAMX que de R’n’B dévoyé (parce qu’à la base, le R’n’B’, c’est tout autre chose que la soupe actuelle). Allez, pour rigoler – et parce qu’il fallait bien passer devant Tribord pour regagner le camping – on s’arrête Juste Un Instant pour constater l’étendue des dégâts. Sur l’écran géant qui occupe le fond de la scène, Matt apparaît, torse nu et les yeux dans le vague. Zoom sur sa poitrine sur laquelle s’incruste un cœur pixelisé à la Tron (et à la truelle aussi, accessoirement). Et les projecteurs de se braquer sur une silhouette solitaire, perchée en haut de l’escalier rajoutée à la scène. Et les fans de crier, car oui, c’est bien lui, ecce poko. Fuyez, pauvres gnous.

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En conclusion de ce week-end festif passé à Ronquières, beaucoup plus de choses positives que négatives. Pour commencer par les points qui fâchent, on peut citer les quelques cafouillages organisationnels, tels que le camping étriqué, avec des commodités situées un chouilla trop près des tentes, ou encore le système de navettes à perfectionner. Erreurs et approximations de jeunesse, qui seront corrigées dans les années qui viennent à n’en pas douter. Du côté des plus, j’ai été agréablement surpris par la qualité générale et l’éclectisme de la programmation, qui a en outre largement mis à l’honneur l’excellente scène belge actuelle, à la fois francophone et néerlandophone. Les stands de nourriture étaient variés et pratiquaient des tarifs raisonnables, ce qui a permis de ne pas se cantonner uniquement aux produits de la mini-supérette locale. Pour finir, le prix du pass était plutôt abordable (65 euros pour les deux jours et le camping), ce qui, combiné à la facilité d’accès du lieu, devrait inciter pas mal de Français du Nord et de l’Ile de France à faire le déplacement l’année prochaine. Adieu donc Ronquières, ses dindons et son plan incliné pour cette année, en espérant revenir faire un tour de bac en 2013.

FESTIVAL DE RONQUIÈRES – JOUR 1 (SAMEDI)

Si on vous demande un jour quelle est la spécialité de Ronquières, paisible communauté rurale sise en plein cœur de la province du Hainaut, deux réponses s’offrent à vous. En fin connaisseur de l’histoire de l’élevage des gallinacées et autres oiseaux de basse-cour en Europe de l’Ouest, vous pouvez opter pour les iconiques races de dindons qui font la fierté du bourg depuis le 17ème siècle (j’avoue avoir une tendresse particulière pour le Ronquières à épaules jaunes, même si le Ronquières fauve n’est pas mal non plus). Soit.
Mais vous pouvez également choisir de discourir du fameux plan incliné de Ronquières, ouvrage monumental et plutôt laid, dont la fonction principale est de servir d’ascenseur pour les péniches navigant sur l’axe Bruxelles-Charleroi. De là, il n’y a qu’une écluse à franchir pour embrayer sur le tout nouveau festival musical qui est venu égayer le gris béton du lieu le temps d’un week end, les 28 et 29 Juillet derniers. Suivez le guide.

Welcome to the barnyard

Sans vouloir manquer de respect à nos amis Belges et mettre en cause l’indépendance de leur beau pays, la Wallonie peut vraiment être incluse dans la grande banlieue parisienne, grâce/à cause de la qualité de l’infrastructure ferroviaire développée dans la région depuis ces dernières décennies. Pensez: même pas une heure pour rallier Lille depuis la capitale, puis à peine le double de temps pour se rendre sur place, en empruntant les nombreux TER « capillaires » qui irriguent généreusement l’intérieur du plat pays. Rallier Mantes la Jolie depuis Provins prend parfois plus de temps les jours de grève SNCF.

Tu vois pas bien? Clique clique sur l’image, bande de crevettes! (car j’ai des références underground, moâ)

Question transport donc, l’unique couac du périple sera de se faire déposer par la navette, spécialement affrétée par les organisateurs entre Braine le Comte et Ronquières, à un bon kilomètre du site du festival à proprement, alors que rien n’empêchait notre fringuant véhicule de nous laisser au pied de l’accueil du camping. Pas de quoi fouetter le Chat de Gelluck, mais je peux témoigner qu’après une dernière longueur interminable, on n’a qu’une hâte, c’est de déposer la tente Quechua (pratique en tous points sauf au chapitre du transport).

Agrandissement sauvage de la surface colonisable

Fort heureusement pour nos épaules endolories, l’effervescence régnant dans le camping (dont le succès a manifestement pris de court les organisateurs, qui avaient dédié à cette commodité un espace bien insuffisant pour faire face à la demande, d’où une extension réalisée en catastrophe au moment de notre arrivée) nous a permis de glisser, bien inconsciemment, entre les mailles du filet des contrôles de billets, et de nous installer sur le pré sans passer précédemment par la case « pose de bracelet ». Ce n’a été que partie remise, bien évidemment, mais cette légère entorse de procédure a été la très bienvenue pour souffler un peu après dune demi-journée de portage soutenu.
À notre départ pour le village du festival, la Quechua trônait fièrement au bord dans l’unique allée du nouveau camping de Ronquières, bien encadrée des deux côtés par des voisins que l’organisation avait fortement incité à l’agglutination (la place risquant de manquer malgré l’agrandissement de la surface disponible décrété en haut lieu*), et derrière par la route, non fermée à la circulation durant le week end comme on s’en apercevrait plus tard (c’est là qu’on est content d’avoir posé quelques sardines, car le passage des véhicules à quelques centimètres de la tente – il y avait une barrière volante entre la route et le camping tout de même, on n’est pas dans une légende urbaine belge – n’a pas manqué de soulever l’abri de toile). Dans le lointain, HIPPOCAMPE FOU, son set terminé, rendossait sa camisole avant de repartir vers les grands fonds.

*: impossible de me sortir de la tête l’idée – stupide – que les organisateurs avaient pris leurs quartiers tout en haut de la tour du plan incliné, et veillaient au bon déroulement de leur festival du haut de leur inexpugnable bastion.

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Premiers à s’élancer sur l’une des deux scènes du lieu (judicieusement nommées Bâbord et Tribord), les anglais de METRONOMY, que j’avais pourtant pris soin d’éviter à Solidays et aux Vieilles Charrues. La grille horaire de Ronquières ne mettant aucun artiste en compétition, pas d’excuse cette fois pour ne pas assister à la prestation des quatre de Totnes. L’introduction à la Riviera britannique se fera toutefois en douceur, la bande de Joseph ne devant jouer que quarante minutes, un autre festival requérant leur présence en Angleterre plus tard dans la soirée (si on peut en croire le présentateur venu nous annoncer quelle bande de petits chanceux nous étions de pouvoir voir un show de Metronomy à 15h20).

Certains pourront demander la cause d’une telle antipathie manifeste envers le quatuor british que l’Europe s’arrache depuis un an. À ceux là, je n’avais jusque là aucun argument valable à présenter, mis à part ma profonde méfiance vis à vis des artistes portés aux nues par les apparatchiks du microcosme journalistique en charge de la musique, qui nous ont, il faut bien le reconnaître, souvent pris pour des truffes (remember l’épiphénomène Lana del Rey?). I hate hype, un point c’est tout. Mah bon, un tel acharnement négatif sur un groupe dont je n’avais pour tout dire jamais entendu la musique – mis à part un bout de clip à l’esthétique tellement arty-modernisante qu’il vieillira sans doute horriblement mal – n’étant pas une attitude des plus constructives, et n’ayant nulle part où errer de toute façon, il ne me coûtait pas grand chose d’assister à la performance du combo briton.

Ponctuels, les quatre lads prennent possession des lieux dès le retrait du présentateur, d’abord Joseph, suivi de Gbenga, Oscar et enfin Anna (dont Mr Loyal avait vanté l’habileté baguettes en main). S’en suivront 40 minutes pendant lesquelles j’ai vainement attendu qu’ils commencent enfin à jouer la musique excitante pour laquelle ils ont été bombardés tête d’affiche par tous les festivals les ayant booké cet été. Mais rien, absolument rien ne méritant ne serait-ce qu’une écoute distraite dans un ascenseur de supermarché n’est sorti des amplis de la scène Tribord pendant l’entière durée du set, mis à part un ultime morceau vaguement dansant, et qui se voulait sans doute le point d’orgue d’une prestation « enlevée » et « tubesque ». Une des rares phrases du leader barbu des nouveaux gourous de l’electro pop donnera un début d’explication à la réception assez mitigée du public de Ronquières: Jo avait compté sur une foule un peu plus imbibée, cliché sur la fameuse descente belge oblige. Manque de pot, à part les deux soûlons et les trois fans finis (qui se scieront les cordes vocales à hurler le nom des performers entre les morceaux, pour de biens maigres résultats), le reste de la fosse restera assez tiède, à l’image de la bière servie dans les pubs de sa Gracieuse Majesté.

Y a pas de quoi rire, gars

Seul bon point, Anna me rappelle furieusement une autre artiste que j’espère voir bientôt en concert…

On pourrait développer longtemps les raisons de ce presque camouflet infligé à ce que la tendance actuelle voudrait nous faire considérer comme zeveribest, comme par exemple le fait que les Metronomy: 1) sont un groupe à claviers dans l’acceptation Django Djangesque du terme, 2) avaient pour les ¾ d’entre eux un style vestimentaire BCBG moche, 3) sont des instrumentistes très quelconques (mis à part Gbenga, qui surnage à peu près), 4) sont des chanteurs très quelconques aussi; mais tout le monde n’est pas Bob Dylan. Contentons nous de laisser le mot de la fin à Mr Paul de Triggerfinger, qui, interrogé sur le caractère du public belge lors de son passage aux Vieilles Charrues, s’est contenté de souligner son exigence: « si ça passe en Belgique, ça passera partout ailleurs en Europe. » Messieurs les Anglais, tirez (les conclusions qui s’imposent) les premiers.

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À 16h, changement de quart. Direction la scène Bâbord, où les STEREO GRAND n’ont pas attendu longtemps après le départ de Metronomy pour assurer une relève nettement plus rock. Ah, ça fait plaisir de voir un groupe où la guitare n’est pas seulement un ornement scénique que l’on grattouille au passage à l’heure d’hiver pour en tirer un triste fond sonore!

Entourés de leurs amplis et enceintes blancs, les représentants de l’école de Bruxelles ressemblent à des vendeurs de chez Darty profitant de la pause syndicale pour jammer en douce entre les rangées de frigidaires, mais l’essentiel est ailleurs. À peine dérangés par une rotation de bacs sur le plan incliné (une des vraies valeurs ajoutées du festival de Ronquières par rapport à la concurrence: ce n’est pas tous les jours que l’on voit des spectacles de ce genre), les Stereo Grand enchaînent tranquillement les morceaux et en profitent pour se faire un peu d’auto-promotion de bonne guerre au passage (l’album sort en Septembre).

Dommage que les caractéristiques les plus notables du groupe soient pour le moment la vague ressemblance que leur frontman entretient avec Elton John (Elton Jeune, je précise, ça doit venir de l’immense paire de lunettes noires qui lui mangeaient la moitié du visage) et leur clavier avec David Guetta, car, musicalement parlant, tout est en place. Il ne faudra plus attendre longtemps pour qu’ils accouchent d’un tube pop-rock digne de ce nom (leur compo la plus efficace pour le moment étant le très – trop – gentillet Yeah Yeah, qui, à l’image de leur musique, est plein de promesses encore non réalisées… One step beyond, guys!), qui leur permettra de se faire un nom sur la scène européenne. Bref, même si on ne s’attardera pas longtemps sur le premier album à venir, on serait bien inspiré de garder les Stereo Grand dans un coin de sa mémoire et de se réveiller quand l’heure du deuxième opus aura sonné.

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Retour sur la scène Tribord pour une virée en Uruguay avec le groupe MONTEVIDEO. Tel les Pokémons de mon enfance (et de la votre aussi, soyez honnêtes), on a l’impression de se retrouver avec la version évoluée de la bestiole précédente, plus méchante, plus inventive et plus mature. Certes, tous les morceaux joués par la quintette de Bruxelles (encore) à Ronquières n’entreront pas dans la postérité, mais un bon tiers du set était constitué de matériel vraiment solide, qui m’ont donné envie de retenter l’expérience live quand ils passeront au Café de la Danse le 5 Octobre prochain.

Bien servi par un chanteur à l’aise avec son statut de frontman, un guitariste au look Krieger, capable de se fendre de soli incisifs et de s’aventurer en terres funk le temps d’un morceau, histoire de varier les plaisirs, d’une section rythmique carrée (malgré un batteur en béquilles, on salue la performance) et d’un clavier plus typé piano bar que nappes de synthé, ce qui est toujours agréable par les temps qui courent, je classe définitivement Montevideo dans la catégorie des petits  groupes presque arrivés à maturation. Dépêchez-vous de vous accrocher au wagon, et vous pourrez dire que vous les souteniez quand ils étaient encore jeunes et méconnus.

Prêts à tous les sacrifices pour être sûr d’avoir une bonne place lors de la venue d’OZARK HENRY, tête d’affiche personnelle de notre binôme pour ce samedi, nous décidons d’un commun accord de faire une croix sur les BIKINIANS et sur 1995. Une brève escapade à la buvette permettra toutefois de confirmer une folle rumeur: oui, Giacomo Panarasi tient bien les fûts pour le premier des groupes susnommés. Cet homme (déjà frontman des Romano Nervoso, programmés le lendemain) aurait-il tous les talents?

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Heureusement pour nous, la longue attente du show du Joe Dassin de Courtrai (son Indian Summer, loin d’être aussi rococo que l’Été Indien du Français, faisant foi) sera entrecoupée par le concert des invités de dernière minute du festival, le couple de SOLD OUT, qui remplacent sur le pouce les Lillois de SKIP THE USE, excusés pour raisons personnelles.

Un nom aussi bravache combiné à une absence d’instruments autres que le terrible combo claviers+boîte à rythmes n’avait a priori rien pour inciter votre serviteur à la clémence envers le tandem electro convoqué par les organisateurs, et pourtant… Et pourtant, il m’a bien fallu reconnaître l’élégance minimaliste et le savoir-faire évident des hymnes dance, certes pas très originaux, mais rigoureusement efficaces, servis par le duo. Il aurait fallu être de très mauvaise foi, ou sanglé dans une minerve, pour ne pas ne serait-ce que secouer la tête en cadence sur les cascades de beats savamment déversés par la moitié masculine de l’ensemble, responsable de tout ou partie de l’habillage sonore des morceaux, tandis que sa partenaire, mi-Amy Winehouse, mi-Simone de Beauvoir, s’évertuait à sortir de sa torpeur. L’organe de la demoiselle avait beau ne pas être sensationnel (ce qui n’a d’ailleurs rien de bien handicapant dans ce style de musique, où la diction et l’énergie pèsent beaucoup plus lourds que la tessiture et la sensibilité d’une voix), la conviction avec laquelle elle en a fait usage a achevé de me convaincre du potentiel des Sold Out, qui pourraient bientôt rejoindre les rangs des autres groupes/couples (peut on parler de « grouples »?) ayant réussi à se faire une place au soleil ces dernières années, tels The Dø, The Tings Tings ou The Kills. On peut d’ores et déjà leur prédire un grand succès parmi le segment pro-abstinence du grand public, grâce aux titres I Don’t Want To Have Sex With You et You’re Too Drunk To Fuck.

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Looking at the sailor, not the sea

20h. Le jour décline sur le plan incliné, et le présentateur revient affronter la foule pour annoncer l’arrivée imminente d’Ozark Henry, dont il nous prie expressément de respecter l’élégance. Comme si on avait fait le voyage depuis les Yvelines pour lui balancer des chicons, man. Un coup d’oeil au premier rang du public lui aurait en outre permis de distinguer le fan ultime du magicien Oz’, le genre de type qu’on devine prêt à assurer le service d’ordre avec zèle en cas de velléités hooliganesques trop prononcées de la part de spectateurs indifférents à l’élégance du grand Henry.

Car grand, il l’est le bougre. Sapé comme un Man In Black en week-end, l’agent O promène sa carcasse filiforme entre son clavier et le devant de la scène, reléguant son backing band à l’arrière plan, de manière littérale et figurée. Sans être vraiment un showman extraordinaire, Ozark dégage en effet un magnétisme qui rend difficile de le quitter des yeux. Et puis, bien sûr, il y a cette voix particulière, ni très puissante ni très facile dans les aigus (impression encore renforcée par le live, où j’ai eu plusieurs fois l’impression qu’il allait se péter un tendon du cou dès qu’il montait chercher une note un peu haute), mais qui a le truc qui permet de l’identifier à coup sûr dès les premières secondes d’un morceau (d’ailleurs, vous connaissez peut-être Ozark Henry sans le savoir: il a participé à l’un des morceaux les plus connus de Novastar, Never Back Down et son clip ambiance classe piscine).

Petite déception, le géant de Courtrai ne semblait pas au mieux de sa forme vocale ce soir là, faiblesse qu’une performance en plein air ne fait évidemment que renforcer. Au chapitre de la communication avec le public en revanche, sans se montrer très expansif, barrière de la langue oblige, on a senti Ozark visiblement content de se produire à Ronquières, confirmant du même coup « l’attachement de l’artiste à la Wallonie » que le présentateur nous avait fait miroiter avant de lâcher les fauves. Il faut dire que, même très majoritairement francophone, le public présent connaissait ses classiques, comme l’a prouvé sa participation lors du diptyque At Sea et This One’s For You qui ont clôturé le show. On nous avait promis de l’élégance, nous avons été servi. À revoir absolument dans une (petite) salle parisienne dès que possible, pour une balade plus immersive encore dans les montagnes de l’Arkansas.

Quand je vous disais qu’il était immense…

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Revenu de sa cure de désintoxication thaïlandaise (ou viré de cette dernière, comme certains spectateurs n’ont pas hésité à l’insinuer) à temps pour honorer ses engagements belges, après quelques jours de flottements pendant lesquels les organisateurs ne savaient pas trop s’il viendrait ou pas, PETER DOHERTY est déjà à pied d’œuvre sur la scène Bâbord quand nous arrivons enfin à décoller de la barrière Tribord.
Autant l’avouer tout de suite, j’ai longtemps détesté le c0-leader des Libertines, trop admiré et érigé en nouvelle incarnation du songwriter décadent ultime pour être honnête. Il y avait eu ce concert des Babyshambles à la fête de l’Humanité en 2008, subi avec résignation dans l’attente de l’arrivée de Roger Hodgson, où j’avais eu tout le temps de me demander ce qui pouvait pousser autant de personnes à un tel niveau de vénération, pogos frénétiques et évacuations manu militari par le service d’ordre faisant foi de leur foi. Il y avait aussi l’écoute dubitative de Grace/Wastelands, premier opus solo immédiatement catalogué culte par la critique, la même qui devait quatre ans plus tard faire une fixette sur Metronomy (j’en suis sûr). Merde, on se met une pelletée de glaçons dans le slip tout le monde, il n’y a qu’un seul Dylan.

Mais ça, c’était avant de voir Bob aux Vieilles Charrues. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de l’anti-performance de l’icône, c’est qu’il ne sert à rien de vivre dans le passé. Plutôt que de se braquer sur les gloires d’antan, dont certaines auraient mieux fait de mourir jeunes et au top, plutôt que de s’étioler dans les affres de la sénescence et du souvenir de ce qu’elles furent quelques décennies plus tôt, mieux vaut essayer de garder contact avec la scène actuelle, afin d’identifier les mythes de demain avant qu’il ne faille vendre un rein de son premier né pour assister à un de leurs concerts.
Bref, Dylan n’est pas encore mort – certes -, mais cela ne doit pas nous empêcher de lui chercher un successeur valable. Cette hypothèse posée, le cas Doherty méritait d’être sérieusement réexaminé.

Car à y regarder de plus près, le toxico de Hexham et le poète de Duluth ont beaucoup en commun.
Premièrement, une intelligence et une inventivité scénique ayant vite fait de surprendre et de dérouter le spectateur lambda. Dylan réarrange ses chansons sur scène jusqu’à les rendre méconnaissables, Doherty convoque lui une paire de danseuse en déshabillé faire des entrechats en brandissant l‘Union Jack pendant qu’il continue à jouer ses morceaux comme si de rien n’était.
Deuxièmement, nos deux sujets partagent un indubitable sens mélodique, les rendant aptes à trousser des chansons mémorables, ou au moins très au dessus de ce que peut proposer la concurrence, sur une simple guitare sèche. Si j’osais, je dirais même que Pete surclasse largement Zim sur ce point (dont la chance a été d’écrire ses chansons à trois accords ouverts à une époque où c’était encore possible de le faire sans se faire aussitôt poursuivre en plagiat).
Troisièmement, on peut rapprocher les textes, volontiers vagabonds et sujets à interprétation pour nos deux gaillards, que ces derniers brodent à longueur de morceaux. J’entends déjà les pierres des puristes de Dylan me siffler aux oreilles, mais entendons-nous bien: il s’agit là plus d’une similarité dans la démarche que d’une confrontation d’égal à égal, Bob restant à des années-lumières de ses rivaux et de ses padawans.
Quatrièmement, et pour finir, l’attitude franchement désinvolte des deux hommes sur scène, jamais trop regardant quant à la réaction de leur public (même s’il y a plus de jemenfoutisme dans un seul sourire en coin de Dylan que dans toutes les pitreries de Doherty).
Bref, ce parallèle vaut ce qu’il vaut, et on verra si Peter passera lui aussi en tête d’affiche aux Vieilles Charrues le soir du dimanche du 21 Juillet 2052 (vous pouvez vérifier).

En attendant l’expiration du délai, toxic Pete s’est contenté de faire son boulot à Ronquières, tenant l’auditoire en haleine durant l’intégralité d’un set livré seul à la guitare acoustique et à l’harmonica (encore un point  commun des plus évidents), généreusement arrosé de bière (belge, on espère) et terminé sur un Arcady aux contours incertains, à l’image du reste des morceaux, fondus les uns aux autres dans une progression foutraque mais plaisante à suivre, même pour le néophyte. Note personnelle: penser à garder un œil sur le bonhomme dans le futur.

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Le temps d’acheter quelques menues collations pour tenir jusqu’au bout de la nuit, et il a fallu se résoudre à regarder les CARAVAN PALACE de loin. Dommage, mais d’un autre côté, pas sûr que l’assiette de couscous royal poulet aurait résisté aux mouvements de foule déclenchés à loisir par Sonia et ses six acolytes. Je n’aime (toujours) pas le jazz, mais ça, ça décoiffe. En salle, ça doit permettre d’éliminer plus de kilo calories qu’une séance de Gym Tonic avec Véronique et Davina.

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Au petit jeu de quel côté gueulera le plus fort, JOEY STARR apporte la victoire à Bâbord sans discussion possible. On se rend sur place en curieux plutôt qu’en adepte, juste pour voir comment le félin de St Denis arrivera à se dépatouiller du public d’un festival où la tête d’affiche est l’antithèse du 92ème rugissant, M POKORA himself. Matois comme pas deux, Joey évitera le clash direct avec le chouchou de ces dames pour se contenter de taper sur son punching ball habituel, le toujours pratique Doc Gynéco, qui n’a pas fini de payer ses prises de position droitière.

Côté show, on a assisté à une redite du set des Solidays, en moins riche (pas de Mamy Blue ni d’Oxmo Puccino cette fois) et en moins débridé (pas de jeté de masques dans la foule). Pour le reste, c’est tout le monde la main en l’heure pendant l’heure réglementaire, et malheur à ceux qui ne jouent pas le jeu dans la ligne de mire du Jaguarr. Malgré son énergie habituelle, il aura pourtant bien du mal à garder sa troupe à bloc dans la dernière longueur, les légions d’Outre-Meuse n’hésitant pas longtemps avant de déserter en direction du dernier show de la soirée. Tout finira par un Carnival à la chorégraphie bien facilitée par les gros trous dans le public dans ces ultimes moments. Pressentant la fin, l’ex NTM s’éclipse avant que son crew ne surpasse en nombre les derniers fidèles accrochés aux barrières. Pour la postérité, on retiendra que la punition du jour, un sample de la Compagnie Créole, a suscité l’adhésion plutôt que le rejet dans la foule, au grand désarroi de Joey, qui a du se résoudre à utiliser l’arme fatale (le générique de Chapi Chapo, effet garanti) pour obtenir la réaction désirée. Le jaguar ne fait pas la loi dans la basse-cour de Ronquières, qu’on se le dise.

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Allez, on essaie de s’achever avec le flow d’un minot de Marseille rejeté par les flots (moi aussi, je peux rapper) bien loin de la Canebière: SOPRANO, venu avec un pote DJ et une platine dans le Hainault. T’as raison coco, les musiciens, ça coûte cher pour ce que ça sert. Bon déjà, il aurait fallu lui dire que c’était « Ronquières » et non pas « La Ronquière », mais comme il faisait le ramadan et qu’il était fatigué, on lui pardonne. Moi, je ne faisais pas le ramadan, mais j’étais fatigué aussi, alors on a du m’excuser aussi.  Vu de loin (et par un type qui n’a écouté qu’un seul disque de hip hop dans sa vie*), il m’a semblé que le duel Intercités Nord-Sud tournait en faveur du pastaga à l’applaudimètre, mais il faudrait vérifier auprès de quelqu’un ayant eu le courage de rester jusqu’au bout.

*: et c’était du hip hop breton en plus, le Panique Celtique de Manau… La Tribu de Dana, toute mon année de CM2…

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Retour à la tente après une première journée plus placée sous le signe de la (re)découverte que de l’emballement pur et simple. Disons qu’on commence en douceur avant un dimanche à l’affiche beaucoup plus lourde, jugez plutôt: ROMANO NERVOSO (il faut les avoir vu pour comprendre), TRIGGERFINGER et IAMX, rien que ça. Pour l’heure, nous découvrons avec émerveillement le potentiel de la Belgique au « 200 mètres (à) poil » (qui compense heureusement la nullité des athlètes du roi Albert II  au camping ballon – dont le but est, on le rappelle, de ne pas envoyer la balle sur les tentes). Ah, quel beau pays.

PS: Cette chronique est dédiée à un festivalier campeur répondant au nom de Martin. Martin, si tu me lis, j’espère que tu me pardonneras de t’appeler par ton prénom, toi qui a failli fracasser une bouteille sur le crâne du malheureux béjaune qui avait osé faire la même chose cette nuit là. Bref, Martin, arrête de boire si tu as l’alcool aussi violent.

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