VIEILLES CHARRUES – JOUR 4 (DIMANCHE)

Quatrième jour. À cette époque, Dieu avait déjà créé la lumière, le ciel, les continents, les mers, le soleil et la lune (et considérait la possibilité de déposer un RTT dans un futur proche). Le festivalier aurait quant à lui bien du mal à inventer le fil à couper l’eau chaude à ce stade des réjouissances, les trop rares et trop mauvaises heures de sommeil glanées depuis jeudi ne cachant plus guère la misère. Heureusement que les organisateurs, dans leur infinie mansuétude, ont pensé à bloquer la température des douches du camping à 19°C : coup de fouet garanti pour tous les zombies titubant hors de leurs tentes dès potron-minet (ou équivalent) pour un brin de toilette.

Les idées à peu près claires, on se souvient enfin pourquoi la journée du dimanche a été soulignée en rouge dans l’agenda des concerts de la saison (petit outil fort pratique que j’invite chacun de vous à avoir – ça peut éviter d’acheter des places pour deux shows programmés le même jour dans des salles différentes… – ): BOB DYLAN devrait venir say hello à Carhaix pour une représentation que l’on peut d’ores et déjà qualifier d’historique. Et même si l’ex juif errant le plus célèbre de la galaxie et de l’au delà n’est pas attendu avant 20h50 (avançant du même coup le show de la bande de Shirley Manson à 18h), mieux vaut ne pas trop traîner sur le chemin des grilles d’entrée. Trois générations de fans bretons seront en effet au départ pour approcher le mythe rongé aux mites au plus près. On a beau être le jour du Seigneur, ce Dieu jaloux qui interdit l’adoration des idoles, le Zim est attendu comme le messie pour la grand-messe folk rock espérée par tout un peuple d’aficionados. Amen(ez Dylan)!

Après un nouveau 400 mètres qui me qualifie directement pour la finale Carhaisienne (je crois bien que j’ai amélioré mon temps par rapport au samedi), je retrouve avec délectation mon renfoncement gauche. Côté retrouvailles, je renoue aussi avec mes voisins d’hier du côté droit, revenu comme la veille avec un Gwenn ha Du qui sera reconverti en pare-soleil quelques heures plus tard. Car ce dimanche s’annonce insupportablement radieux, ce qui n’est pas forcément une super nouvelle quand on est coincé en pleine lumière, sans échappatoire possible aux assauts de Phoebus.
Côté gauche, en revanche, c’est le renouvellement total. Exit les addicts de Thiéfaine et de Sting, et bonjour aux fans de Dylan. Un jeune de 20 ans avec T-shirt assorti et foi ardente en bandoulière, et un vieux de 60 balais venu voir l’interprète de Blowin’ In The Windjouer de l’harmonica. Comme ce dernier le dit lui-même, Bob est un Nikkon (ou peut-être une icône…), alors que son jeune voisin préfère parler de légende. Intéressante divergence lexicale, mais forte attente partagée.

Derrière, Kerouac accueille les JESUS CHRIST FASHION BARBE, que l’heure précoce a condamnée  à prêcher dans le désert. Ayant remporté le tremplin des Jeunes Charrues l’année dernière, les trois apôtres reviennent convertir les hordes païennes du Finistère à leur « lo-folk ‘n roll », comme Saint Maclou (non non, je n’ai pas fumé la moquette, la preuve) avant eux, avec un succès assez modéré, il faut bien le dire. Il manque encore à ce power trio l’inspiration divine pour écrire le riff, le solo, la chanson qui leur permettra de rallier à eux les brebis vagabondes par leurs milliers, car pour l’instant, c’est plus barbant que miraculeux.
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En Bretagne, quoi qu’il arrive, il pleut au moins une fois par jour

Cette première homélie expédiée, il est temps d’entrer dans le vif du sujet à Glenmor. En hors d’œuvre aujourd’hui, une spécialité bretonne relevée d’un zeste de Scandinavie, en la présence de l’ENSEMBLE MATHEUS, renforcé pour l’occasion de la cantatrice Suédoise MALENA ERMAN. Vieux fan gauche bougonne que ce n’est pas l’endroit pour du classique et prévient d’un air fataliste que « ça va siffler ». Jeune fan gauche ne répond rien, à demi assommé par le cagnard breton qui tape dur en ce début d’après-midi, malgré son chapeau (noir il faut dire). Pour résister un peu mieux que son jeune comparse, vieux fan est cependant contraint de mouiller sa casquette toutes les dix minutes pour éviter l’insolation. Parade personnelle à cette fournaise, un triple rempart capuche/casquette/lunettes de soleil, qui si elle donne des résultats esthétiques assez discutables, permet de garder la tête relativement froide en attendant le retour de températures plus supportables.

L’ensemble Matheus entre en scène sur les coups de 15h30, emmené par le jeune chef et premier violon Jean-Christophe Spinosi dont le look, à mi-chemin entre Keith Richards et Daniel Herrero, détonne radicalement avec l’uniforme habituel des formations classiques. Le dress-code du reste de la troupe est à l’avenant, les T-shirts délavés répondant aux vestes en jean, minijupes et paires de vieilles baskets. Il n’y a guère que Malena pour venir défendre l’idée de l’élégance figée que le grand public attache généralement l’opéra, la mezzo-soprano d’Uppsala choisissant de se produire en robes de soirée (une blanche puis une noire, le minimum pour une diva).

Contrairement aux prévisions pessimistes de vieux fan, le courant passe tout de suite avec le public, visiblement heureux d’échapper à la cérémonie de haute culture codifiée et exigeante, délivrée en costard trois pièces par une cohorte de musiciens mutiques, qu’il redoutait de devoir se coltiner. Les clichés sur l’opéra ont la peau dure. Pour avoir assisté au concert d’Archive à Rock en Seine l’année passée, pendant lequel le combo de Londinium avait été rejoint par un orchestre symphonique, je peux assurer à tous les râleurs que les musiciens classiques sont au contraire extrêmement démonstratifs lorsqu’ils se produisent sur une scène de festival, et que leur plaisir de jouer dans un cadre très différent de l’ambiance feutrée des auditoriums est tellement visible qu’il en devient communicatif.

Les morceaux proposés sont à l’avenant de cette volonté très prononcée de briser la glace avec un public pas forcément connaisseur du répertoire baroque (habituel terrain de chasse de l’ensemble Matheus).
Au menu, Vivaldi, Puccini et Haydn certes, mais aussi Van Halen et Jimmy Cliff, allégrement « samplés » par Spinosi et ses comparses, ce dernier n’hésitant pas à s’aventurer sur l’avancée de la scène pour délivrer ses soli, en véritable violin hero.
De son côté, Malena roucoule avec délectation, mais ne dédaigne pas non plus s’aventurer sur les terres du jazz et de la pop le temps de quelques morceaux tranchant agréablement avec d’autres œuvres plus académiques. On n’attendait pas moins d’éclectisme de la part de la candidate Suédoise à l’Eurovision 2009, où elle interpréta La Voix, morceau de pop-symphonique à la confluence entre l’efficacité disco d’ABBA (la Suède, toujours la Suède…) et les envolées lyriques de Nightwish. Comme le titre le suggère, les paroles de la chanson sont (en partie seulement, pas fous les Suédois) en français, et Malena est d’ailleurs parfaitement bilingue, comme elle le prouva au public de Glenmor en déclarant que « la Suède, c’est froid, c’est terrible ».
Bon, ce serait mentir de dire que j’ai réagi au quart de tour lorsque la belle a commencé à chanter son « tube » (la Suède a fini 21ème sur 25 en 2009), mais après vérification, elle a bien offert ce morceau aux Vieilles Charrues, et plutôt deux fois qu’une, le rappel étant l’occasion pour elle de resservir la même rengaine. Pour l’originalité, on repassera.

Car si on peut reprocher une seule chose aux Matheus, c’est le caractère franchement brouillon de leur prestation. Pas au niveau de l’interprétation, bien sûr (au contraire, on comprend vite pourquoi ces gars là sont considérés comme des cadors dans ce qu’ils font), mais plutôt au niveau du déroulé du show en lui-même: dissensions sur l’ordre des morceaux de la setliste, moments de flottement entre les titres, micros oubliés, rappel plus ou moins improvisé… On se serait cru au concert de fin de l’année de l’école de musique de Carhaix, et pas à une représentation sur la grande scène du plus gros festival français. Même si cette candeur spontanée et un tantinet bordélique tend plus à émouvoir qu’à irriter le chaland, comme ce final où l’un des enfants de Spinosi s’est carrément faufilé sur scène pour faire un câlin à son pôpa, on ne peut souhaiter au Matheus que de se rôder un peu sur tous ces détails qui permettent de « faire pro ». Comme ils ont promis de revenir, ça pourrait leur être utile pour la suite de leurs aventures carhaisiennes.
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17h, ou pas loin de. Le toujours impitoyable soleil finistérien darde ses rayons sur la foule massée sur le Kamperhuil. En contrebas, AMADOU & MARIAM entrent en piste, resplendissants dans leurs boubous orange et or. De ce que j’ai pu lire après coup, ils ne hasardent leurs précieux atours que lorsque la météo est au beau fixe, la délicate étoffe ne supportant pas la pluie. On comprend mieux pourquoi le show des Solidays était si terne. L’heure de concert que le tandem Malien donne à Kerouac permet de confirmer mon hypothèse, selon laquelle les noceurs de Bamako seraient des animaux à sang froid: revigorés par la canicule bretonne, les deux tourtereaux envoient nettement plus le bois que lors du dimanche pluvieux de Longchamp. Même Mariam a eu l’air contente d’être là, ça change des shows passés à tirer une tête de six pieds de long. On ne s’attardera toujours pas sur la musique servie, je n’ai pas changé d’avis en la matière (voir le report du dimanche de Solidays pour ceux que ça intéresse), mais en bande-son d’une fin d’après-midi ensoleillée, ça passe tout seul.

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Une certaine idée de la classe (2)…

Le deuxième acte de Glenmor de la journée se joue avec les GARBAGE, victimes de la volonté du bon Dylan de passer plus tard dans la soirée. Qu’à cela ne tienne, la soirée de clôture résolument rock programmée par l’organisation commencera donc à 18h au lieu de 21h.
Ayant du quitter le quatuor de Madison bien avant de leur set boueux des Solidays, c’est avec plaisir que je retrouve Shirley, Butch, Duke et Steve pour une séance de rattrapage nettement moins humide. La setliste n’a pas beaucoup évolué depuis Longchamp, la première partie s’articulant toujours autour de la sainte trilogie I Think I’m Paranoid, Queer et Stupid Girl, Mme Manson étant toujours accoutrée de la même inqualifiable culotte rouge et noire, et ses acolytes jouant toujours aussi fort que dans mes souvenirs. Mais à la différence du show parisien, la volcanique chanteuse n’a cette fois pas hésité à descendre de son piédestal pour passer les troupes en revue avec un professionnalisme et une maîtrise consommés. De quoi offrir un souvenir impérissable à Marc-Antoine, 13 ans, qui n’oubliera pas de si tôt son premier concert de Garbage.
Pour le reste, hormis un bref mais sincère remerciement à tous leurs fans pour leur soutien sans faille en dépit de la période d’hibernation connu par le groupe entre Bleed Like Me (2005) et Not Your Kind Of People (2012), les quatre ordures déroulent leur show avec un imperturbable et, oserons nous le terme, mécanique, savoir-faire. Sur un ultime Only Happy When It Rains, assez cocasse étant donné les conditions météorologiques de la journée, Garbage termine le 50ème concert de sa tournée 2012 (si on peut faire confiance au français approximatif de Shirley, j’avoue que j’ai un doute) avec le sentiment du devoir accompli. Pas sûr que Dylan soit sorti gagnant de l’échange, lui qui héritera d’un public bien échauffé par la performance énergique des rockeurs du Wisconsin.


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Sur la scène Kerouac, une pluie de pétales d’or déversés par deux accortes demoiselles en mini shorts et grosses lunettes noires ouvre le chemin à Santi White, alias SANTIGOLD (ex Santogold). Pendant que ses musiciens, une phalange d’éphèbes surmontés de drôles de perruques blondes en plastique, dans le plus pur style des postiches cheap équipant les ersatzs du King dans les Wal Mart du fin fond de l’Arkansas, s’affairent derrière leurs outils de travail, l’amazone des studios de la côte Est crucifie le bon goût en déclinant ses compositions affublées d’une tunique à sa propre gloire. Toujours classe.

Trop occupé à observer l’installation des instruments du backing band de Dylan, dont certains roadies ont l’air de dater de l’époque Highway 61 Revisited, voire plus loin dans le temps, je rate la plus grande partie du show de la grande prêtresse du hipe outre Atlantique, qui n’a cependant reculée devant aucun procédé pour intéresser le public à ses morceaux. Chorégraphies réglées comme du papier à musique, cheval dansant sur scène (ok, pas un vrai cheval, mais il était bien là, je vous le jure) et invitation de certains fans à monter sur les planches, tous les ingrédients étaient réunis pour une heure de show total à l’américaine. Mouais, bon. Next.

Never too old to rock’n’roll

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Si si, c’est bien le fond de scène de Bob Dylan. Ça doit être son « I Am The Walrus » à lui.

Dès la fin du concert de Santigold, un climat de tension palpable s’abat d’un coup sur les Vieilles Charrues. Car on a eu beau se répéter pendant toute la journée qu’il allait venir jouer ici, dans le Finistère profond, à 10 minutes du coup d’envoi du show, on a encore du mal à croire que Dylan, possiblement l’artiste le plus important et le plus respecté de l’histoire de la musique contemporaine, va se produire sur la scène de Glenmor.
Dans la catégorie des gros poissons du rock, Bob occupe en effet une catégorie à part, surclassant même les monuments Springsteen et Lou Reed précédemment ferrés par les intrépides pêcheurs au gros du Poher. Cauteleux et insaisissable comme nul autre, le Zim est un serpent de mer qui glisse sans répit d’un endroit à l’autre depuis 24 ans*. Impossible de le prendre au filet, comme de juste pour l’inventeur du NET (Never Ending Tour): glissant comme une aiguille des grands fonds, il faut se résoudre à sortir la nasse pour espérer mettre la main sur cet unique spécimen.
Au fond du casier, on murmure qu’un appât de 400.000 euros aurait été déposé par les organisateurs du festival. Une coquette somme, mais n’oublions pas que Carhaix est une ville de terre et non de mer, et que le pêcheur du dimanche compense souvent l’inexpérience par la profusion. Reste à voir si l’animal, capricieux et fantasque, se laissera remonter sur le pont. Il faudra le rejeter à l’océan après, bien entendu.

*: « Qui dira la chanson du feu de brousse de Bob Dylan?…Il est ici et là…Il ne tient pas en place. Il dévore les solitudes, en un instant. » (René Maran – Pages Africaines)

21h55. Dylan a déjà 5 minutes de retard, et la foule l’appelle avec insistance. Par un détournement de slogan prévisible et savoureux, le public ne réclame plus la libération de Bob l’Éponge mais celle de son homonyme de Duluth. Même les lads  de KASABIAN sont venus faire un tour en backstage en attendant leur passage sur Kerouac.  En vain, car il faudra attendre 5 autres minutes pour qu’enfin, le canotier blanc crème de la légende fasse son apparition, précédé de ses musiciens. Ovation terrible de Kamperhuil, pour qui la moitié du travail est déjà fait. 60.000 personnes pourront raconter à leur descendance qu’ils ont été à un concert de Bob Dylan, et ça, c’est déjà quelque chose. Ne reste plus qu’à constater si papy Zimmy, 71 ans cette année, est encore capable de livrer un show correct malgré son grand âge.

Ah… Sergio et son style capillaire si particulier…

Et la réponse de tomber, sans appel, au bout de trois chansons. Malheureusement pour les fans non transis de Dylan, qui eux arriveront encore à lui trouver des excuses quand il reprendra Big Bisous au kazoo, vidé de son mythe et pris de manière objective, le concert joué par Bob et ses acolytes ce soir du 22 juillet 2012 était indigent. Plusieurs facteurs ont concouru pour aboutir à cette bérézina, le premier et non le moindre étant le peu de voix qui reste au barde des 60’s en ce début de XXIème siècle. Jamais richement doté de ce point de ,même à ses débuts, l’homme « with a voice like sand and glue » auquel Bowie avait dédié un des titres de Hunky Dory avait pourtant réussi à se forger une identité vocale, certes rude et nasillarde, mais loin d’être désagréable.
Guère améliorée par le passage des ans, la voix de Dylan restait pourtant capable d’émouvoir l’auditeur, comme sur des morceaux tel que le bouleversant Blind Willie Mctell. Impossible cependant de ressentir une quelconque émotion à l’écoute des croassements rauques de Dylan aux Vieilles Charrues. Sans déconner, si on balance des tomates à Renaud parce qu’il chante maintenant comme une casserole ébréchée, il faudrait penser à acheter un cageot en rab’ pour Bob.

Ah oui, il faut que je joue de ce truc aussi…

Le deuxième facteur, prévisible celui-là, fut l’application avec laquelle Dylan déconstruisit ses magnifiques chansons pendant toute la durée du concert, revisitant les arrangements jusqu’à aboutir à des hybrides que sa voix ravagée achevèrent de transformer en monstres. Le terme est fort, mais il faut avoir été témoin du massacre de Tangled Up In Blue, un de ses chefs d’œuvre absolus, joué sur un tempo totalement incompatible avec la longueur des vers, pour se rendre vraiment compte de l’étendue des dégâts.
Pour qui lit un peu la presse musicale, ce genre de bidouillage n’a pas été une grosse surprise, mais le passage de la théorie à la pratique a néanmoins constitué une grosse claque. Je confirme qu’à moins de connaître les paroles, on ne peut pas reconnaître 90% des chansons jouées par Dylan sur scène aujourd’hui, ce qui est embêtant pour un artiste dont la majeure partie des fans viennent pour entendre les titres qui ont accompagnés leur enfance et leur adolescence.

Troisième facteur, beaucoup moins excusable, les nombreux problèmes techniques qui ont émaillés le show du début à la fin. Entre le micro de Bob qui tombe en panne en plein milieu de Like A Rolling Stone, un des ceux de la batterie qui se met à crachoter quelques minutes plus tard et enfin des bruits parasites qui se sont invités sur la fin, l’ingénieur du son a eu de quoi se tenir occupé pendant le concert. On ne m’ôtera pas de l’esprit que ce genre d’incidents aurait pu être évité, surtout de la part d’une équipe qui taille la route depuis aussi longtemps. Dernier détail horripilant, un son phagocyté par la basse, et dans lequel les deux guitares avaient bien du mal à se faire entendre. Vraiment pas pro.

Quatrième et dernier facteur, et sans conteste le plus détestable, la suffisance affichée par Bob d’un bout à l’autre de sa prestation.
Faire décaler l’heure de son passage deux jours avant, tout ça pour arriver avec 10 minutes de retard sur scène, c’est déjà limite, interdire aux journalistes de prendre des photos, passe encore, n’autoriser qu’un seul plan de coupe lointain pour les caméras, c’est franchement salaud pour les spectateurs au delà des 5 premiers rangs. Mais ne pas dire un seul mot au public, qui s’est pourtant très bien comporté (de mon point de vue de spectateur du premier rang, car il paraît que derrière, ça a sifflé) en dépit de la piètre qualité du show délivré, ça tient du foutage de gueule pur et simple.
Mais le pire pour moi furent les petits sourires/rictus entendus dont Bob a abreuvé la foule, d’un air de dire: « C’est nul? Un peu que c’est nul, vous le savez et je le sais. Mais, oh, je suis Bob Dylan, on ne peut rien me dire ». Bien abrité derrière l’armure de sa légende, Dylan sait pertinemment qu’il ne risque rien. La dernière fois qu’un public a osé lui faire part de son mécontentement, c’était en 1966, lorsque le poète folk a choisi d’électrifier sa guitare. Depuis, son imprévisibilité a été assimilée par le public, et au nom de cette dernière, toutes ses frasques lui sont pardonnées. On a même écrit que son album de chant de Noël, Christmas In The Heart, était génial, alors que le pauvre Billy Idol s’est retrouvé cloué au pilori et bombardé de figues molles lorsqu’il eu l’outrecuidance de sortir son Happy Holidays. Stop.

Détail révélateur de ce jeu de dupes, l’air catastrophé des musiciens du backing band, qui ont passé la totalité du set à se demander s’ils allaient sortir de ce traquenard en un seul morceau. Mention spéciale au lead guitariste, que la belle gueule et le placement sur scène auraient du ériger en frontman naturel, Dylan n’ayant ni l’énergie ni l’envie d’endosser la défroque du leader qu’on était pourtant en droit de lui affubler d’office. Les yeux fuyants et visiblement stressé, notre gratteux a passé un très mauvais moment, et n’a semblé se détendre un peu que lorsque Bob a consenti empoigner sa guitare pour un Simple Twist Of Fate, à la limite du potable (le reste du concert étant joué au piano… chocking). D’ailleurs, aucun de ses comparses n’a eu l’air très à l’aise sur scène, chacun se protégeant de l’ire grondante des spectateurs comme il a pu, le plus souvent en fixant Dylan, d’un air de dire « c’est lui le responsable de la boucherie, je ne fais que suivre les instructions ».

Attention, moment rare: Bob à la guitare. Vous êtes chanceux d’avoir l’image et pas le son.

Après une heure et demie de concert, Zim sort de scène sur un Blowin’ In The Wind vite et mal torché, comme le reste du show. On devine qu’aucun rappel ne sera accordé, ce qui tombe bien car aucun rappel n’a été demandé. On peut légitimement parler de hold up, et d’ailleurs la presse locale ne se gênera pas pour dénoncer l’escroquerie dont ont été victimes les Vieilles Charrues. Mais bon, de quoi se plaint-on, nous qui avons eu la chance de voir l’icône en concert? À l’avenir, il faudra simplement se souvenir que si Bob semble si grand, il n’est en fait qu’un nain assis sur les épaules du géant Dylan, rien de plus qu’un petit homme projetant une ombre immense. Telle est la force du mythe.
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Heureusement, on peut toujours compter sur la jeune génération pour se remettre des désillusions que nous apportent leurs pas si glorieux aînés. Sur la scène Kerouac, les Kasabian brûlent les planches avec un set court (1h10) mais bourré d’énergie et de tubes. Malheureusement pour moi qui ne connaît que Shoot The Runner et qui ai décidé de rester sur place pour GOSSIP, cette déferlante de bon gros rock qui tâche sera constatée plus que vécue. Qu’importe les critiques grognons qui ont écharpé Velociraptor! avec délectation, il faut définitivement que je me rancarde sur la musique des petits gars de Leicester. Après tout, on ne peut pas se contenter de pleurer sur le passé glorieux, il faut savoir vivre avec son époque (pas vrai Bob?)..
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Minuit approche à grand pas lorsque le tout dernier tableau de cette 21ème édition des Vieilles Charrues débute enfin. Telle une citrouille devenue princesse, Beth Ditto arrive sur scène d’un pas sautillant, moulée dans une petite robe noire que n’aurait pas reniée Coco Chanel (même si elle aurait bien flotté dedans), et qui finira jetée dans la foule à la fin du traditionnel rituel d’effeuillage que l’égérie pop trash accomplit à la fin de chaque performance.
Un peu anxieux au début du set par le virage mainstream pris par le trio de Portland depuis deux albums (surtout le dernier A Joyful Noise, descendu en flammes par la presse musicale dans son ensemble pour son approche résolument commerciale), je suis vite rassuré par la forte teneur en punk rock énervé de la prestation du combo, qui jouera pour l’occasion de nombreux titres de son excellent Standing In The Way Of Controle (le titre éponyme bien sûr, mais aussi les explosifs Yr Mangled Heart et Listen Up!) et les meilleurs morceaux de Music For Men (l’inévitable Heavy Cross, en rappel, ainsi que For Keepset Love Long Distance en coup d’envoi).
Et puis, quand bien même ils auraient choisi de se cantonner à leurs nouveaux morceaux, il faudrait avoir une âme bien sèche pour tenir rigueur de quoi que ce soit à Beth Ditto, tellement cette fille est épatante. Débordant de fougue, d’humour et de gentillesse, l’ex freak de Searcy réussit même l’exploit de réconcilier le public avec Dylan (« respect for Bob Dylan! The next song is for him »), entre une blague tellement pas drôle que l’on ne peut s’empêcher d’en rire et une revendication de son homosexualité (« Je suis un lesbien! » – c’est presque ça Beth -).
Et puis surtout, Ditto est une chanteuse comme on en fait peu, capable d’enflammer 60.000 personnes sur le refrain de Heavy Cross comme de les faire pleurer quand elle reprend Smells Like Teen Spirit a capella. Au rayon des reprises justement, les amateurs en auront eu pour leur argent, les Gossip convoquant en masse Garbage (Only Happy When It Rains), Queen (Another One Bites The Dust), Tina Turner (What’s Love Has To Do With It) ou encore Fleetwood Mac (The Chain) pour le plus grand plaisir des mélomanes connaissant leurs classiques.
Visiblement émue par l’accueil unanime que lui a réservé Kamperhuil, Beth fait durer le plaisir pendant de longues minutes après l’expiration du délai imparti, invitant Hannah la batteuse et Chris le bassiste à la rejoindre pour un rappel improvisé (Nathan le guitariste ne reviendra en revanche pas, refus qui ajoute de l’eau au moulin à ceux prédisant une explosion prochaine possible du groupe), quittant enfin la scène sans cesser de chanter dans son micro, revenant avec sa fiancée, re-quittant la scène une nouvelle fois, et continuant de chanter en coulisse jusqu’à ce que la régie lui coupe le son à la demande des organisateurs, qui aimeraient qu’on les laisse avoir le mot de la fin.


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C’est donc à Jean-Luc Martin et Jean-Philippe Quignon qu’est revenu l’honneur de clôturer ces 21èmes Vieilles Charrues, qui, si elle n’ont pas connu la même affluence que l’édition de 2011, resteront tout de même un très bon cru: météo idéale, programmation bétonnée et éclectique, organisation rodée et efficace*… Difficile de trouver à redire à ce festival plus que jamais ancré dans le paysage estival et musical français (mon seul reproche concernant la difficulté à circuler sur le site en soirée: la sur-capacité n’est pas loin, et tout mouvement de foule malheureux pourrait avoir des conséquences dramatiques). Je reviendrai avec plaisir user mes semelles et ma Quechua sur le Kamperhuil l’année prochaine si j’en ai l’occasion! En plus de ça, il paraîtrait que les chasseurs de têtes Carhaisiens ont d’ores et déjà NEIL YOUNG dans leur viseur. Hey hey, my my…

*: Jean-Luc Martin a tenu a remercier les festivaliers de la part des bénévoles. Sans doute la fatigue, mais j’ai ri. S’il avait été faire un tour du côté de l’immense déchetterie à ciel ouvert qu’était devenu le camping à ce moment, il aurait sans doute été moins emphatique. Ce sont les festivaliers qui doivent remercier les bénévoles pour leur extraordinaire travail d’encadrement, toujours effectué avec le sourire malgré le caractère peu gratifiant et parfois franchement pénible de certaines tâches nécessaires à la tenue d’un évènement de cette taille. À toutes et tous les 5.500 grandes âmes qui nous ont permis de vivre ces 4 jours de folie, je dis un immense MERCI.
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Merci à toutes les personnes passionnées de musique avec lesquelles j’ai eu la chance de discuter et/ou d’interagir d’une manière ou d’une autre durant le festival. Keep on rocking, all of you.
Un merci tout particulier au magazine Rock First, grâce auquel j’ai pu participer au deux premiers jours du festival pour pas un rond. J’ai essayé dans cette chronique de faire vivre un peu de la formidable passion qu’ils réussissent toujours à insuffler dans leurs papiers. Règle #1: la musique, c’est un truc sentimental. Ne jamais l’oublier et ne jamais perdre « that loving feeling ».

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le août 2, 2012, dans Revue Festival, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. J’avais pas trop suivi « l’affaire Dylan ». Regrettable comme comportement.
    Je ne saurais trop te recommander de te pencher sur la discographie kasabianesque. Tout comme toi au départ je connaissais une seule et unique chanson de ce groupe (en l’occurrence « Empire »), mon 1er concert d’eux à Solidays il y a 2 ans ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, puis il y a eu le Main Square l’an dernier, puis le Zenith puis re-Main Square et j’adore, surtout en live.
    Gossip a joué « For Keeps » ? Bouh je n’avais pas eu cette chance à la Cigale au mois de mai. Beth Ditto me fait un peu penser à une Betty Boop version XXL ^^ Très gentille certes, mais parfois j’aimerais qu’elle se taise un peu !

    • D’une certaine manière, Dylan m’a conforté dans ma volonté de suivre les tendances et les groupes actuels plutôt que de me replier sur un passé certes glorieux, mais parfois piqué des vers (#ThisAwkwardMomentWhen tu te rends comptes que 75% des artistes de ta playliste sont morts, plus bons à rien ou partis à la retraite…). Pour un peu, je pourrai même lui dire merci. Sacré Bob, il est trop fort.

      Kasabian, j’ai acheté leur West Ryder Pauper Lunatic Asylum (tu parles d’un nom), et je découvre petit à petit. Get loose, get loose.

      Et Gossip, je suis content de les avoir revus avant qu’ils ne splittent pour divergences artistiques (j’espère que ça n’arrivera pas, mais le dernier album est tellement commercial – mon frère préfère dire que c’est efficace… il a raison – que Nathan risque de claquer la porte à un moment).

      Ps: merci des coms!😉

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