K.W.A.S.S.A.: TEN LOVE SONGS

TLSEt donc, le voici. Il était écrit dans les étoiles que le 6ème album de Susanne Sundfør, Ten Love Songs, serait celui du virage (ou du retour, selon les points de vue) pop. 3 ans après la sortie de The Silicone Veil, ce nouveau disque s’annonce d’ores et déjà comme un jalon important dans le parcours de la chanteuse de Haugesund, qui fête en 2015 ses dix ans de carrière. À quelques jours du lancement de la tournée promotionnelle européenne de Ten Love Songs (tournée qui ne passera pas, a priori par l’Hexagone, ou en tout cas pas tout de suite), premier retour sur cet album tant attendu.

Lundi 16 Février 2015. Le D-Day (ou SS-Dag, dans mon cas). J’ai reçu un mail le vendredi d’avant me prévenant que ma copie physique de Ten Love Songs avait bien été envoyée. D’après les interviews que j’ai pu lire au cours des derniers mois, l’album, enregistré et finalisé durant la première moitié de 2014, attendait dans les tiroirs de Sony depuis un petit bout de temps. Raison de plus pour ne pas rater le lancement du disque, dont la sortie nous semblait, pauvres fans que nous sommes, imminente depuis un an. Quelques photos d’une session d’enregistrement avec les Solistes de Trondheim, un extrait des paroles de nouveaux morceaux, l’annonce d’une mini-tournée norvégienne. Ectopic beatings. Et puis, enfin, la confirmation espérée depuis des lustres: ce sera donc en Février prochain que l’ère du silicone prendra fin. I love you.

Lundi 16 Février donc. Un fin colis m’accueille chez moi au retour du travail. Le pauvre ne survivra pas longtemps à mon arrivée, et de son flanc déchiré est rapidement extrait une pochette ivoire, à la couverture frappée d’une composition de Grady McFerrin. Tout est prêt pour la « découverte » (le concert de Bergen, évidemment enregistré, m’ayant permis de me familiariser avec la majorité des titres de Ten Love Songs avec un peu d’avance) de ce sixième opus. Gleder meg, comme le dit la formule consacrée.

Samedi 21 Février. J’en suis à ma sixième écoute au moment où je commence la rédaction de ce billet. Mon emploi du temps ne m’a pas permis de faire mieux, d’autant plus que je n’ai pu me résoudre à me familiariser avec ces nouveaux morceaux lors de mes trajets domicile-travail. Ce serait comme boire du champagne dans un gobelet en plastique: une faute de goût impardonnable. Avant d’exposer Ten Love Songs à la rudesse et à l’ingratitude de mon environnement sonore quotidien, et de lui demander de me servir de rempart face au monde extérieur (mission à laquelle ses prédécesseurs s’emploient depuis plusieurs années maintenant, au point que je soupçonne The Brothel d’avoir apposé une empreinte physique sur les circuits de mon MP3), je veux en avoir une connaissance, non pas totale (objectif illusoire), mais profonde et intime. Il n’en faut pas moins pour entendre until there’s nothing else to see au moment où un métro entre en station, ou identifier l’introduction de Diamonds malgré les gémissements du bus sur le chemin de la gare. Nul doute que dans les prochaines semaines, Ten Love Songs commencera à livrer ses premiers secrets. L’une des raisons pour lesquelles je tiens Sunfdør en si haute estime est la profondeur abyssale de ses compositions, et il me semble que ce nouvel album ne fait pas exception. Nothing’s ever easy.

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Sur ces six premières écoutes, je dois avouer m’être endormi quatre fois pendant le dyptique Accelerate/Fade Away (ce qui est très bien), m’être réveillé une fois à la fin de Slowly, et d’être resté conscient assez longtemps pour terminer l’album avant de rebasculer dans les bras de Morphée (ce qui est encore mieux). Rares sont en effet les disques sur lesquels je peux m’endormir, ma réaction habituelle étant en effet d’éteindre mon iPod et d’enlever mes écouteurs lorsque mon cerveau décide qu’il est temps de passer en veille. Piquer du nez en pleine écoute est donc pour moi le signe d’une qualité rare; se réveiller (qui plus est, par un morceau calme) avant la fin de la lecture de l’album en question marque ce dernier du sceau de l’excellence. Je ne saurais pas expliquer précisément pourquoi, mais j’y perçois confusément la preuve d’une affection insurpassable pour ce que j’ai écouté, comme si la musique avait atteint les strates les plus profondes de ma conscience, et en était revenue avec les félicitations du jury. Bref, deep down inside, j’aime déjà beaucoup Ten Love Songs. Reste à multiplier les écoutes « conscientes » afin de confirmer ce jugement viscéral.

Pour être honnête, j’avais peur d’être déçu par l’orientation choisie par Sundfør pour cet album. Mon attachement pour The Brothel et The Silicone Veil m’avait fait prendre les signes manifestes d’évolution de l’univers sundførien avec circonspection. On nous promettait plus de pop, plus d’accessibilité, et je n’en voyais pas vraiment l’intérêt. Le concert de Bergen avait révélé des incursions disco et dance, et il m’avait fallu un peu de temps pour digérer (et finalement apprécier) cette nouveauté. Cependant, je savais déjà que seul l’écoute de l’album dans son intégralité me permettrait de me positionner par rapport à la Susanne Sundfør de 2015. C’est donc avec une impatience matinée d’appréhension que j’ai lancé la lecture de Ten Love Songs lundi dernier.

Plutôt que de décortiquer chaque chanson dans le détail, exercice trouvant rapidement ses limites (à mes yeux), je préfère m’attarder sur les impressions suscitées par l’album dans son ensemble. Mon premier constat (que j’exprime avec soulagement) est que Ten Love Songs est au moins aussi complexe que ses deux prédécesseurs, et ce à tous les niveaux. Il dispose en effet d’un thème fort (l’amour donc, et plus précisément, la passion, influence de la première piste explorée par Susanne Sundfør au début de la conception de l’opus: la violence) et présent sur toutes les pistes du disque, sous une forme ou sous une autre. Les morceaux couvrent un spectre de styles et d’influences très vaste, apportant à l’album une diversité appréciable (et supérieure à celle des précédentes offrandes, camaïesques, de Sundfør), mais ils se répondent également les uns aux autres, que ce soit par le texte (« we have different heartbeats but all the same heartbreaks » présent à la fois sur Memorial et Slowly), l’instrumentation (l’harmonium de Darlings revient par exemple sur Trust Me) ou la production (enchainement entre Accelerate et Fade Away).

Mieux encore, j’ai trouvé qu’ils répondaient également à d’anciens morceaux, présents sur d’autres albums (Silencer – O Master, Delirious – Black WidowMemorial – Your Prelude). Certes, les textes sibyllins de Susanne Sundfør rendent possibles toutes les interprétations (et je dois reconnaitre que je ne manque pas d’imagination quand il s’agit de tirer d’échafauder des théories grandioses sur la sens caché de ses chansons), et peut-être que les indices plaidant pour un grand dessein que j’ai relevé jusqu’ici ne sont en faits que des coïncidences heureuses, mais je ne peux que remercier Susanne de m’avoir fourni un nouveau puzzle à déconstruire et à reconstruire dans tous les sens pendant les prochains mois.

Ten Love Songs fourmille en effet d’éléments dont l’auditeur ne peut qu’essayer deviner le sens, car tout est fait par ailleurs pour le convaincre que rien sur cet album n’est dû au hasard. Depuis le bruitage mystérieux précédant l’introduction de Darlings jusqu’à Insects (dans son intégralité: je n’ai pour l’heure pas trouvé le rôle joué par ce morceau dans l’album, mais je suis intimement persuadé qu’il en a un – après tout, quel titre est plus stratégique que celui qui clôt une tracklist ? -), en passant par la monumentale envolée de Memorial et l’emprunt à Bach sur Accelerate, ce nouveau disque ne manque pas de complexité.

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La richesse de cet album s’explique également par les nombreuses collaborations ayant émaillé sa réalisation. Bien que créditée comme productrice de Ten Love Songs, Susanne Sundfør s’est en effet appuyée sur les compétences de vieux (Lars Horntveth, Gard Nilssen, Morten Qvenild, Jørgen Træn et les solistes de Trondheim, tous présents depuis The Brothel) et de nouveaux (Anthony Gonzalez, Røyksopp, Jon Bates) comparses pour l’enregistrement et la finition de ses nouveaux morceaux. Malgré ces multiples influences, ce sixième opus s’affirme comme davantage qu’une simple collection de chansons, et dégage une cohérence indéniable. Je n’en attendais pas moins de Susanne Sundfør, dont les premiers pas en matière de production d’album (The Urge Drums du duo Bow To Each Other) m’avaient franchement convaincus. Et même si elle a déclaré à plusieurs reprises qu’elle passerait le relai à un tiers pour son prochain disque, je pense que l’on n’a pas fini de voir (et d’entendre) Sundfør produire de la musique, tant la sienne que celle d’autres artistes. Et c’est tant mieux.

Au final, Ten Love Songs est certes une petite révolution dans la discographie de son auteur, mais tout cela a été fait avec tant de soin, de passion et de talent qu’il serait idiot de bouder son plaisir. Il ne reste plus qu’au public français qu’à croiser les doigts pour avoir l’occasion de découvrir ces chansons d’amour sur scène, si possible dans un futur pas trop éloigné. Vivement l’automne donc.

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 Annexes: Susanne Sundfør sur S.A.U.S.O.R.O

K.W.A.S.S.A. : Susanne Sundfør

Steinkjerfestivalen 2012 (Part One)

Susanne Sundfør @ Le Point Ephémère (10/11/12)

Susanne Sundfør @ USF Verftet (15/11/14)

Ten Love Songs (Paroles et Traductions)

 

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le février 22, 2015, dans K.W.A.S.S.A., et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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