CHRISTINE AND THE QUEENS @ LA CIGALE (01.10.2014)

La Cigale: c’était donc là que tout se passait. Il flottait un parfum d’été sur Pigalle en cette fin d’après-midi, la première du mois d’Octobre 2014. Deux ans plus tôt, presque jour pour jour, l’occupante du 122, boulevard Rochechouart ouvrait pour les Naive New Beaters dans une petite salle d’Aulnay sous Bois. Seule en scène avec son mac, elle avait réussi à embarquer dans son univers so freaky la trentaine de personnes s’étant déplacée pour  la pop electro festive et débraillée du trio de L.A. Une performance remarquable, révélatrice d’un potentiel immense et encore sous-exploité. Six mois plus tard, un Nouveau Casino plein comme un œuf accueillait le premier concert en tant que tête d’affiche de CATQ. Puis vint le 3ème EP, la nomination aux Victoires de la Musique, le premier album, les Olympias et les festivals. Une montée en puissance régulière et irrésistible, dont les deux soirées à la Cigale constituent une étape logique et attendue par les nombreux fans franciliens des Queens. Narcissus is back in town, darlings.

Resté sur la capitale après sa participation à la finale Inrocks Lab 2014, l’annecien BENY LE BROWNIES, pépite délaissée de l’ETG dans son jeune temps, eut la lourde tâche de chauffer une salle assez indifférente, seulement armé de son micro et de sa demi-casquette blanche. Difficile en effet de s’attirer les faveurs du public de la reine Christine quand tu donnes dans le rap naturaliste français, et à plus forte raison quand une sonorisation imparfaite rend inintelligible la moitié de ton flow. D’une humeur magnanime, le parterre de la Cigale se prêta toutefois au jeu des gimmicks avec juste assez d’énergie pour éviter le flop complet à Beny (merci pour lui). Une flopée de Mollares* fut donc mollement échangée en conclusion de la demi-heure de concert du Brownies, qui revisita également et le J’ai Mal Au Mic d’Oxmo Puccino (référence évidente et assumée, à défaut d’être égalée), et le style chorégraphique de Christine sur Don’t Stop ‘Til You Get Enough avant de repartir en coulisse sous les applaudissements du public. C’est ce qu’on appelle réussir sa sortie.

*: N’a pas l’élégance de Kiss My Crass qui veut.

Beny le Brownies 1

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Débarrassée des platines du DJ de Beny le Brownies, la scène de la Cigale apparaissait curieusement vide pendant l’entracte, seules deux petites estrades placées en retrait de la cour et du jardin indiquant la prochaine arrivée de CHRISTINE AND THE QUEENS (ou plutôt de ses musiciens). Seuls indices laissés par l’équipe technique pendant l’entracte: une poignée de paillettes dorées et une lampe dotée d’une ampoule évoquant plus la boule de cristal de Madame Soleil que la composante de ton plafonnier Ikea GÅSGRUND de base, ami lecteur; toutes deux abandonnées sous le nez du premier rang d’une fosse entrant tranquillement en ébullition à mesure que se rapprochait l’heure fatidique.

Pourquoi tant d’espace me demanderez-vous? Eh bien, mais pour danser pardi! La démonstration en fut faite dès le premier morceau du set, un Starshipper à mi-chemin entre performance « à l’américaine » et danse contemporaine. Encadrée par ses deux danseurs, Christine plaça ce début de concert sous le signe de l’intensité scénique (magnifique Half Ladies à la chorégraphie synchronisée avec la projection sur le fond de la scène). En choisissant de commencer son tour de chant par trois de ses morceaux les plus forts (Starshipper, Half Ladies et IT traitent tous trois du rapport à son corps et à son sexe), elle donna également à cette introduction des allures de manifeste, en rappelant l’importance et l’influence des Queens dans et sur son projet.

CATQ 3

.

Passé ce triptyque inaugural, qui ne fut en rien aussi pesant que ce que le dernier paragraphe peut laisser à penser – je n’ai pas le talent de Christine pour concilier profondeur du message et excellence de la présentation -, débuta la partie « reprises » du show. On commença donc par les Paradis Perdus de Christophe*, premier morceau « statique » du concert, mais dont le plébiscite n’en fut en rien amoindri. Puis vint la séquence R’N’B, comprendre les Photos Souvenirs de William Sheller, pendant l’interprétation desquelles on put vérifier que le public était toujours totalement largué à partir de Passy (laisse-nous encore un peu de temps Christine…). Christine (que j’inclus dans cette séquence reprise, car je la considère être celle de Cripple) nous permit de faire la connaissance Léonii-iii-ii-iie, Xavie-e-er et Johaa-aaan. Enfin, un Amazoniac (Yves Simon) un peu bâclé vint clore ces vingt minutes d’hommages aux glorieux aînés.

La vitesse de croisière atteinte et la glace brisée depuis longtemps (note: Christine chante bien, danse bien et sait faire rire son public), la setlist se mit à alterner les tempos et les époques, en commençant par l’incontournable Narcissus Is Back de l’EP Mac Abbey. Suivit Ugly-Pretty, où le balcon se leva effectivement, puis l’inédit Intranquillité/Dessassossego (futur grand classique). Saint Claude fit retomber la pression pour quelques minutes de quasi-recueillement quasi-lacrymal, avant que The Loving Cup ne fasse remonter en flèche l’attitudomètre de la Cigale. Enfin, Here – et son superbe clip vidéo – vint, comme sur l’album, conclure une prestation impressionnante de maîtrise, de générosité et d’émotion. Enfin, quand je dis conclure…

CATQ 6Car vous vous doutez bien que le public ne laissa pas partir CATQ aussi facilement. Nous eûmes ainsi droit à deux rappels: le premier constitué d’une version piano voix de Safe & Holy où Christine, sain(t)e et sauve dans son halo de lumière, démontra avec brio que la reine des arrangements électroniques maîtrisait également les arcanes de la performance acoustique. Nuit 17 À 52, dans un second temps, permit (enfin) à la Cigale d’accompagner son idole de manière audible, tout en dégainant pour l’occasion qui son iPhone X (pour les plus riches), qui son briquet (pour les fumeurs), qui son gadget lumineux (pour tout le reste). Et n’en déplaise à la principale intéressée, il y avait plus que quelques étoiles.

Le deuxième rappel ne tint qu’en un seul morceau, dont le titre résumait à lui seul la soirée presque écoulée. Assise sur le piano, son fameux bouquet de fleurs à la main, Christine nous initia tous à la Chaleur Humaine. Le tonnerre d’applaudissements qui accueillit cette ultime chanson permit de prolonger le plaisir de quelques mesures a cappella de The Way You Make Me Feel. Un concert de Christine And The Queens sans Michael Jackson? Impensable voyons.

*: En lequel Christine s’était déguisé lors du morceau précédent, Science Fiction, à l’aide d’une paire de lunettes rondes. En tout cas, c’est comme ça que je le vois. 

CATQ 7Setlist Christine And The Queens:

1)Starshipper 2)Half Ladies 3)IT 4)Science Fiction 5)Paradis Perdu (Christophe Cover) 6)Photos Souvenirs (William Sheller Cover) 7)Christine 8)Amazoniac (Yves Simon Cover) 9)Narcissus Is Back 10)Ugly-Pretty 11)Intranquillité/Dessassossego 12)Saint Claude 13)The Loving Cup 14)Here

Rappel 1:

15)Safe And Holy 16)Nuit 17 À 52

Rappel 2:

17)Chaleur Humaine

Que retenir de cette soirée à la Cigale? D’abord que CATQ n’en finit plus de confirmer son potentiel, et qu’elle est désormais une des jeunes chanteuses les plus accomplies et les plus enthousiasmantes de la scène française. Ensuite que sa « très longue première partie se passant extrêmement bien » (sic) risque fort de se poursuivre longtemps, juste et logique reconnaissance venant couronner un parcours sans faute. Enfin qu’il faut aller voir (et revoir) Christine, ses danseurs et ses musiciens sur scène, qui constitue leur milieu naturel et dans lequel ils font véritablement vivre les magnifiques morceaux de la première. Profitez-en, la tournée se poursuit. 2014 restera freaky jusqu’au bout, baby.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 11, 2014, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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