FRIGHTENED RABBIT @ LE POINT ÉPHÉMÈRE (20.11.2013)

Winter is coming. Rien de tel qu’une soirée pluvieuse de Novembre sur les bords du canal St Martin pour s’en convaincre. Sur les pavés luisants d’humidité, à peine protégée par l’auvent de la terrasse-bar, une petite queue de mélomanes attendait avec résignation que sonnent vingt heures pour pouvoir enfin échapper au glauque ambiant. À l’intérieur, lumière, chaleur et musique live, soit le cocktail idéal pour repousser la bouffée de sinistrose menaçant d’engloutir ce dernier jour de Brumaire*, étaient proposées en généreuses quantités. Juste ce qu’il fallait pour prolonger d’une nuit l’euphorie collective consécutive à l’obtention d’un permis d’aller se faire humilier au Brésil en Juin prochain. Un bonheur par jour, ça c’est du régime.

*: À un mois près, j’aurais pu me fendre d’une belle assonnace républicaine en -ose (Nivôse débutant, comme chacun sait, le 21 Décembre). Ah, destin cruel…

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TBJ 9

Touch My Soul/Taste My Solo

En guise d’apéritif, THE BURNIN’ JACKS prouvèrent à nouveau que l’on pouvait compter sur eux pour mettre une salle en condition en première partie d’un groupe écossais (série en cours). Après une prestation sauvage à l’International en Septembre en ouverture des Three Blind Wolves, la quintette hard/glam/blues rock parisienne revenait faire résonner ses hymnes païens dans les chastes oreilles de Marie-Adélaïde et ses coreligionnaires ayant fait le mur. La disposition des lieux conduisit la joyeuse bande à livrer un set moins brut que celui asséné rue Moret quelques semaines plus tôt, le longiligne frontman Syd Alexander Polania ne quittant cette fois pas l’estrade pour plonger dans la foule en délire comme il l’avait fait en sa folle jeunesse d’il y a deux mois (il faut le comprendre: risquer un faceplant sur un sol en béton depuis une hauteur de trois mètres cinquante suite à une tentative de slam mal négociée, ça inciterait n’importe qui à la prudence*). Cette légère retenue fut toutefois amplement compensée par un son bien meilleur que celui de l’International (comprendre: les choeurs étaient audibles), ce qui permit de vérifier de manière irréfutable que les gars en avaient dans les doigts et sous le capot. Capables de composer aussi bien des chevauchées stoners (Touch My Soul, Cheap Blonde) que des pépites pub rock (Bad Reputation, Molly) ou du R’n’B sixties que n’auraient pas renié les Stones – comparaison d’autant plus évidente qu’Alexandre  Richter, guitariste rythmique de son état, avait décidé de se la jouer comme Richards tout le long du set – quand ils roulaient encore correctement (My Baby’s Straight et surtout The Reason Why). Pour un peu, ils seraient capables de faire de la country, et de reprendre le Folsom Prison Blues de Johnny Cash. Oh wait.

*: Sauf peut-être Ozzie. Mais tout le monde sait qu’Ozzie est un toon déguisé (comme le juge de Qui Veut La Peau De Roger Rabbit – spoiler! -), et qu’il ne peut pas vraiment se faire mal.

TBJ 6

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En une demi-heure énergique pour huits titres envoyés en salle (on peut saluer la cadence d’abattage), les Burnin’ Jacks confortèrent avec brio leur statut de futures figures de proue de la scène rock hexagonale. Laissons encore quelques semaines aux médias spécialisés pour prendre la mesure de ces gaillards, dont vous entendrez forcément parler ailleurs que sur ce modeste blog dans un futur proche. Il n’y a plus qu’à espérer que le groupe négocie ce passage programmé et mérité sous les feux de la rampe de manière plus probante que la majorité de leurs confrères et soeurs de la nouvelle scène française. De grâce, épargnez-nous la mauvaise ironie que constituerait, avec un nom comme le vôtre, une trajectoire de chandelle romaine. Ne pas faire long feu quand on s’appelle The Burnin’ Jacks, voilà qui serait pour le moins fâcheux.

TBJ 10

Setlist The Burnin’ Jacks:

1)Touch My Soul 2)Don’t Stop Till You Go Insane 3)Can’t Find My Way 4)My Baby’s Straight 5)The Reason Why 6)Molly 7)Bad Reputation 8)Cheap Blonde 

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Si tant est que l’on croyait aux coïncidences, alors il n’y avait pas à chercher bien loin pour marquer la suite de la soirée du sceau des évènements spéciaux. Qu’on en juge: non seulement l’intégralité des goodies proposés aux curieux sur le petit stand monté à droite de la scène étaient estampillés FR (sans doute un signe de l’amour porté par le groupe à ses fans français – dont c’était la seule occasion d’assister à un concert de leurs idoles dans l’Hexagone dans le cadre de cette tournée – plutôt qu’une simple évocation des initiales de ce dernier, comme les esprits chagrins ne manqueront pas de le faire remarquer), mais en plus la date du concert coïncidait avec l’anniversaire du leader de FRIGHTENED RABBIT, Scott Hutchison. Son pantalon s’en souvient encore*.

FR 5

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On pouvait certes regretter le manque de reconnaissance du groupe de Mr Hutchison dans notre beau pays, désintérêt général contrastant fortement avec la belle notoriété indie de la quintette de l’autre côté de la Manche, et particulièrement dans leur Ecosse natale (le dernier album en date de la formation, Pedestrian Verse, vient juste d’être élu album de l’année par l’influent blog The Pop Cop – comme quoi, il y a des avantages à publier des live reports un moins après le concert qu’ils chroniquent – ), mais le plaisir égoïste d’assister à la prestation intimiste d’un groupe désormais plus habitué à tourner dans des grandes salles (juste avant de remplir péniblement le Point Ephémère – 300 personnes -, Frightened Rabbit avait joué deux soirs de suite dans l’O2 Arena de Glasgow – 2500 personnes, soit l’équivalent de notre Grand Rex – ) compensa largement cette triste injustice.

FR 1

Question existentielle: pourquoi Grant Hutchison s’est-il fait tatouer la formule du dichlorométhane sur le bras gauche? Ahaaaa…

Après une interminable balance, qui vit les roadies vérifier chaque micro avec un zèle admirable, même si fortement chronophage, les cinq Calédoniens prirent possession de la scène pour  un show de une heure et demi parfaitement rôdé, passant en revue en une vingtaine de morceaux la discographie du groupe. On put heureusement compter sur un Scott Hutchison enjoué et volubile** pour donner du relief à une prestation autrement assez impersonnelle (il faudra que j’arrête d’aller sur setlist.fm avant chaque concert, je me fais du mal), mais du reste tout à fait satisfaisante, en particulier pour une première expérience live (mon cas, précisément). Efficaces mais guère bavards, les quatre acolytes du frontman de Frightened Rabbit contribuèrent sensiblement à cette impression de pilotage automatique, peu aidés il faut le dire par l’étroitesse de la scène du Pont Ephémère, qui contraignit le pauvre Andy Monaghan à accomplir son office caché derrière une colonne de béton pendant les trois quart du show. Big rabbit, small stage.

*: Ou pourquoi il faut faire attention à ne pas se tacher n’importe où quand on mange son gâteau d’anniversaire, surtout si les traces laissées par ce dernier sont blanchâtres.

**: Difficile de croire que ce grand bonhomme au charisme tranquille et à la blague facile était il y a quelques années le timide quasi-pathologique d’après lequel le groupe gagna son nom (Mme Hutchinson qualifiant son rejeton de « Lapin Effrayé »). C’était l’indispensable minute anecdote de notre chronique.

Setlist Frightened Rabbit:

1)Holy 2)Modern Leper 3)Nothing Like You 4)Dead Now 5)Old Old Fashioned 6)December’s Traditions 7)Music Now 8)The Wrestle 9)Fast Blood 10)State Hospital 11)Head Rolls Off 12)Nitrous Gas 13)Poke 14)My Backwards Walk 15)The Oil Slick 16)Acts Of Man

Rappel:

17)The Woodpile 18)Keep Yourself Warm 19)The Loneliness And The Scream

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Voilà qui termine (pour ma part) cette année 2013 en matière de concerts. Je m’excuse d’avoir mis si longtemps à terminer cette chronique (le froid ralentit l’organisme, c’est bien connu), et espère que chacun a trouvé son compte d’artistes à suivre et de morceaux à écouter en boucle au cours de ces douze derniers mois. Rendez-vous en 2014 pour de nouvelles aventures soniques, et d’ici là, bonnes fêtes à tous!

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le décembre 22, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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