HIGHASAKITE @ AU PETIT MOULIN (17.10.2013)

Cet article aurait pu s’intituler « application concrète du mouvement brownien dans le domaine de la musique ». Derrière ce titre barbare se cache une réalisation honteuse, celle de mon incapacité à prévoir les mouvements, non pas d’une particule dans un fluide (ce qui est tout bonnement impossible, comme tout professeur de physique titulaire pourra vous le confirmer) mais d’un groupe à la surface de la planète. Et pourtant, je pensais que mon ébauche de modèle prévisionnel était assez solide pour permettre d’avancer quelques prédictions défendables quant aux chances de voir un artiste donné se produire en France, selon une batterie de critères savants (géographique, logistique, linguistique, historique, culturel…). En vain, car le 17 Octobre 2013, au sous-sol du Petit Moulin, bar de Montmartre situé au 37 de la rue Pierre Fontaine, la théorie explosa en vol aux alentours de 19h10. Ce qui se passa dans cette cave n’était tout simplement pas logique, ce qui est très grave. Beau, oui, captivant, certes, addictif, sans doute, mais logique, absolument pas. Fuck logic, then.

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MaMADans la famille des festivals français se déroulant en indoor, le MaMA occupe une place à part. Là où la plupart des évènements de ce type se « contentent » de proposer une série de concerts, le MaMA festival organise en parallèle tout un panel de conférences, séminaires, tables rondes et autres ateliers dédiés aux professionnels du milieu ainsi qu’aux amateurs curieux de découvrir le fonctionnement de ce monde mystérieux et fascinant. Un modèle similaire à celui de SXSW ou By:larm, deux festivals s’étant imposés au fil des ans comme des rendez-vous incontournables pour les acteurs de l’industrie musicale.
L’intérêt de la manifestation repose également sur les nombreux show cases gratuits organisés dans les bars, galeries et théâtres de Pigalle, en complément des concerts prévus dans les multiples salles que compte le quartier (la Cigale, la Boule Noire, le Divan du Monde, les Trois Baudets, le Bus Palladium…): en calculant sa feuille de route avec soin et en évitant de se perdre dans l’arrière pays Montmartrois, il était tout à fait possible de se concocter un before substantiel avant de passer la soirée avec les têtes d’affiche du festival. Si beaucoup des artistes se produisant dans le cadre de ces side events provenaient de la foisonnante scène française, quelques étrangers s’étaient également laisser convaincre de jouer quarante minutes devant une poignée de Parisiens curieux. Et il faut croire que les organisateurs avaient des sacrés bons arguments, car le line up recelait quelques surprises de taille, à commencer par un contingent africain tout à fait respectable (Faada Freddy, Sibot & Toyota, Cape Town Effects, Jeremy Loops, Just A Band), à côté duquel les artistes de la Vieille Europe faisaient figure de voisins paliers.

Highasakite 2Ceci dit, voir les Norvégiens de HIGHASAKITE investir le sous-sol du bar Au Petit Moulin constituait également un évènement hautement improbable, au point qu’il aurait été malvenu de rater la première date hexagonale de la quintette. Après un premier album en 2012 (All That Floats Will Rain) bien accueilli par la critique, la participation du groupe à de nombreux festivals étrangers, agrémentée de mini-tournées anglaises, allemandes, danoises et américaines, place la bande d’Ingrid Helene Håvik en position idéale de devenir une révélation indie pop internationale, et ce à quelques semaines de la sortie de son deuxième disque.
Fidèle à sa réputation d’inexpugnable bastion de la « French chanson » (il y avait même une conférence de prévue durant le festival pour expliquer au reste du monde ce genre si particulier), la France n’avait jusque là reçu aucune visite de la part des Highasakite, qui n’auraient pas du, selon toute logique, s’aventurer de longtemps au pays des fromages*. Il était donc tentant de considérer le concert au Petit Moulin comme un coup de semonce destiné d’abord à tous les tourneurs français s’étant donné la peine d’assister à ce show case plutôt que le début d’une véritable campagne tricolore pour le groupe. Raison de plus pour ne pas passer à côté donc.

Highasakite 4

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Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Kristoffer Lo, flugaboniste émérite

Précédé par une petite heure de « pot de l’amitié » franco-norvégien, sorte de speed dating pour professionnels agrémenté d’un buffet froid, le concert se déroula dans la cave du café, plus adaptée à la prestation d’artistes solos qu’à celle d’un quintet comportant deux claviéristes et un batteur (qui dut se contenter d’un pad par manque de place). Entassé sur trois mètres carré, Highasakite réussit néanmoins à reproduire la pop rêveuse et léchée constituant sa marque de fabrique, même si le manque de place engendra quelques imperfections bien compréhensibles. Guitare et cithare, steel-drum et flugabone (le chaînon manquant entre la trompette et tuba) se mêlèrent pour former un tout aussi harmonieux qu’indéfinissable, complété par la voix assurée d’Ingrid Helene Håvik, capable à l’occasion de se muer en instrument aussi exotique que ceux dont elle jouait (j’ai hâte d’entendre la version studio de Common Sense).
Avec six titres (dont trois devraient sauf surprise figurer sur le prochain album du groupe) joués en un peu plus d’une demi-heure, le groupe fournit une prestation minimale mais impeccable, conclu de la plus belle des manières par l’enchaînement Indian Summer et Since Last Wednesday. J’espère sincèrement que parmi les quelques dizaines de personnes qui eurent la chance d’assister à ce show case s’en trouvait au moins une en mesure de faire revenir les Highasakite pour un concert digne de ce nom dans un futur proche. Le deuxième album étant prévu pour Février 2014, cela laisse un peu de temps pour booker une ou plusieurs dates françaises lors de la tournée qui devrait suivre. Et dans l’intervalle, Ingrid Helene Håvik sort un disque solo le 1er Novembre… Just saying…

*: lire à ce sujet le bon papier (en norvégien, mais Google Traduction est votre ami) de Music Norway sur les stratégies mises en place par les artistes norvégiens pour percer envers et contre tout par chez nous. Le succès de Bernhoft nous démontre que c’est possible, à condition d’avoir un peu de chance et beaucoup de volonté.

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Setlist Highasakite:
1)Leaving No Traces 2)My Soldier 3)God Is A Banquet 4)Iran 5)Indian Summer 6)Since Last Wednesday

S‘il faut retirer quelque chose de toute cette histoire, c’est bien qu’il est inutile de tirer des plans sur la comète en matière de musique. Au petit jeu du « viendra, viendra pas », rien n’est jamais joué d’avance, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. L’essentiel est de se tenir prêt à saisir toutes les occasions qui se présentent, y compris et surtout les plus improbables, pour ne rien avoir à regretter a posteriori. Amis mélomanes, soyez vigilants: on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 26, 2013, dans Revue Concert, Revue Festival, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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