SIINAI @ LA FLECHE D’OR (03.10.2013)

Si vous avez pris le métro parisien ces dernières semaines, il y a fort à parier pour que vous les ayez vues sur les quais en attendant votre rame. Grandes, blanches, zens et natures: elles ne passent pas inaperçues. Elles, ce sont les affiches visitfinland.com, vantant les vertus de ce petit bout d’Europe assez mal connu par chez nous, coincé qu’il est entre la péninsule scandinave à l’Ouest et la Russie à l’Est. Et à creuser le sujet, il faut bien reconnaître que la Finlande n’est pas rattachée à grand chose dans l’inconscient collectif français, mis à part le fait qu’on y trouve un paquet de rennes et une des résidences secondaires du Père Noël. Musicalement parlant, les artistes finlandais n’ont que rarement fait parler d’eux à l’international, quelques coups d’éclats ponctuels exceptés (Nightwish, Children of Bodom,The Rasmus, Lordi…). Alors, fallait-il voir dans la concordance temporelle entre cette campagne publicitaire et la tenue de la deuxième soirée Helsinki, Mon Amour à la Flèche d’Or une simple mais heureuse coïncidence, ou quelque chose de plus? Je vous laisse seuls juges.

Black Lizard 4Conséquence logique mais malheureuse de la grande confidentialité entourant la nouvelle scène helsinkienne, au moins dans l’Hexagone, il n’y avait pas grand monde pour assister au lancement de la soirée par le quatuor BLACK LIZARD. Emmené par un imposant chanteur-guitariste évoquant autant Gaz Coombes dans le look que Iggy Pop dans la voix, le sombre saurien a eu le mérite de faire abstraction de cet accueil famélique pour offrir à la vingtaine de spectateurs présents une prestation tout à fait respectable. Héritiers sans doute un peu trop dogmatiques des glorieux ancêtres psyché et post punk des années 80 et 90 (The Jesus And Mary Chain est un nom qui revient souvent quand on évoque le premier album -éponyme- du groupe, produit par Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre), les Black Lizard ont toutefois démontré qu’ils avaient l’ouverture d’esprit et la science du riff nécessaires pour tracer leur propre route, respectivement par une reprise inattendue (Well… All Right de Buddy Holly) et une composition originale plus marquante que les autres, Love Is A Lie.

. .

Phantom 4Ce fut ensuite au duo PHANTOM de monter sur les planches, après avoir installé quelques instruments forts ésotériques sur scène, dont une sorte de soucoupe volante blanche parsemée de boutons lumineux. Il s’avérera que l’OVNI en question était un instrument de musique, nommé à juste titre « The UFO Controller* » par son créateur et moitié masculine du groupe, Tommi Koskinen. Comment en joue-t-on, vous entend-je murmurer derrière votre écran? Simplement en approchant ou écartant un objet (ou plus prosaïquement, une main) des capteurs disséminés sur la coque de l’appareil, entraînant en conséquence une variation de la fréquence émise par la bête. En conséquence, Tommi passa le plus clair du set à mouliner théâtralement l’air au dessus de son bébé comme un maître sith atteint de la danse de St Guy, pour le plus grand plaisir des photographes présents. Dans la catégorie des instruments bizarroïdes, je crois que même le Misintrumenti de Mugison doit le céder, au moins en terme de coolitude, au UFO Controller.

Basé sur la symbiose naturelle existant entre une jolie voix féminine (celle de Hanna Toivonen en l’occurrence) d’une part et des loops electro d’autre part, Phantom livra une démonstration fort convaincante de ce qu’il est possible de réaliser à partir de cette combinaison éprouvée. Visiblement très à l’aise pour son premier concert parisien, Hanna mit un point d’honneur à s’adresser le public entre chaque morceau, et alla même jusqu’à descendre de scène pour une séance de free hugs (« because it’s a hugging song ») lors du dernier morceau du set. La scénographie soignée, magnifiée par une intéressante projection « désintégrée » des contours du duo au fond de la scène contribua également beaucoup au franc succès remporté par ce dernier, salué à la fin de sa prestation par des applaudissements nourris. Il est clair que Phantom a toutes les cartes en main pour s’imposer comme une référence psychélectro dans un futur proche, même si l’uniformité des compositions proposée par les deux acolytes spectraux pourrait se révéler handicapante à terme.

*: Cette formidable machine possède même sa propre page Facebook, pour ceux qui voudraient voir à quoi elle ressemble dans des conditions d’éclairage normales.

. .

Lorsque les quatre de SIINAI prirent possession de la scène après une rapide balance, j’étais avant tout curieux de découvrir la setlist choisie par le groupe pour cette première date française en solo (le quatuor ayant en effet servi de backing band à Spencer Krug, alias Moonface, le temps d’un album, Heartbreaking Bravery, et de la tournée internationale qui s’en est suivi en 2012). Même si leur ancien partenaire de jeu n’avait pas pu se libérer pour prendre le micro, tournée américaine simultanée oblige, aurait-on tout de même droit à quelques extraits de ce projet commun de fort belle facture, où le groupe déciderait-il de se concentrer sur ses propres morceaux, et donc sur son seul album à ce jour, le (presque) totalement instrumental Olympic Games? Ayant découvert Siinai via cet opus, sélectionné dans la shortlist du Nordic Music Prize en 2011 (une performance remarquable pour une première galette), cette dernière possibilité me convenait tout à fait. Partant du principe que si le quatuor choisissait de faire l’impasse sur Heartbreaking Bravery, il suivrait certainement la tracklist d’Olympic Games (un concept album en bonne et due forme), et ayant décidé d’immortaliser mon passage préféré de ce dernier, Anthem 1&2 (surtout le 2 en fait), j’avais donc dégainé la GoPro dès l’arrivée des musiciens sur scène. Cinq minutes plus tard et un début de crampe dans le bras droit, je me rendis compte que je m’étais fourvoyé dans mes savantes supputations, et que le groupe avait opté pour un grand mix plutôt que pour une reproduction scrupuleuse de leur disque. Autant pour moi.

Siinai 3

Et la Finlande remporte la médaille d’or de headbanging en équipe.

. .

Rassurez-vous, j’ai bien pu obtenir ce que je voulais (la vidéo est juste en dessous), mais je ne m’explique toujours pas pourquoi les Siinai n’ont pas simplement choisi de jouer Olympic Games dans le « bon » ordre, démarche aussi naturelle à mes yeux de profanes que celle consistant à écouter The Wall sans enclencher le mode lecture aléatoire. L’album en version studio durant un peu plus de trois quarts d’heure, et le groupe ayant joué cinquante minutes en tout, je persiste à penser que cette solution aurait permis d’obtenir un résultat final plus cohérent et appréciable que celui dont la Flèche d’Or a hérité au final. Car le set de Siinai se trouva en fait être un mélange d’anciens (Anthem 1&2, Marathon) et de nouveaux morceaux, ces derniers s’intégrant assez mal (à mon goût) dans la trame globale d’Olympic Games (je n’aurais peut-être pas du écouter l’album en boucle durant la journée qui a précédé le concert aussi). Pour ne rien arranger, aucun des membres du quatuor ne se montra particulièrement expansif envers un public pourtant acquis. Mis à part les chœurs sur Marathon, le seul usage qui fut fait des micros disposés sur scène tint en deux phrases et six mots: « We’re Siinai » et « One More Song ». Ce mutisme apparent, combiné à l’intensité impressionnante avec laquelle les Siinai interprétèrent leurs morceaux (mention spéciale au bassiste, pour qui le terme shoegaze aurait du être inventé si ça n’avait pas déjà été le cas), dressa petit à petit une barrière entre un groupe en semi-transe et un public qui à force de se sentir exclu des débats, se montra de plus en bavard et dissipé, au point de laisser partir ses hôtes finlandais sans trop de regret. Dommage.

. .

Au final, cette soirée découverte de la nouvelle scène finlandaise se révéla être plutôt décevante, avec un seul groupe vraiment convaincant sur les trois à l’affiche. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le peu de fréquentation constaté à la Flèche d’Or pour cette seconde édition de cette soirée à thème risque peut-être de mettre un coup d’arrêt à cette excellente initiative. Il est pourtant absolument impératif que l’histoire continue et que le vieux proverbe voulant que jamais deux sans trois se vérifie une fois de plus. La raison? Il s’agit sans doute de ma meilleure chance de voir se produire Magenta Skycode, Antero Lindgren,Rubik, Mirel Wagner, Indian Trails, Greymouth, Skip Zone ou encore Satellite Stories à Paris dans un délai raisonnable. Kiitos d’avance.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le octobre 8, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :