W.H.A.T.T. (N.O.W.): AMONG US

Le 17 Août 2013, l’artiste norvégienne Susanne Sundfør annonçait sur sa page Facebook l’ouverture d’un concours portant sur la réalisation du clip du troisième single extrait de son dernier album (The Silicone Veil), Among Us. S’associant à Genero.tv, plateforme mettant en relation artistes et fans créatifs, Sundfør proposait au tout venant de tourner la vidéo officielle illustrant ce morceau, l’heureux gagnant se voyant de plus récompensé par un prix de 4000 dollars. Totalement novice en la matière mais séduit par le concept, j’avais résolu de participer à ce concours, avant de réaliser que je ne disposais tout simplement pas des capacités nécessaires pour obtenir le résultat escompté. Cruelle désillusion, renforcée par le développement avancé atteint par le projet au moment où je décidai de laisser le soin à d’autres fans de défendre l’univers si particulier de mon artiste scandinave favorite. Plutôt que d’abandonner totalement cette aventure qui m’a occupé à plein temps pendant près de trois semaine, je préfère considérer qu’elle se trouve en stand by, le temps que je développe les aptitudes nécessaires à sa bonne complétion.

En attendant, et just for the record comme disent les anglais, j’ai pensé qu’il ne coûtait rien de présenter mon projet cryogénisé au grand public (ou plutôt de l’infime fraction du grand public passant par ce blog), afin de clore (temporairement, je l’espère) ce chapitre sur une note positive. Hey, it’s something.

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CONTEXTE:

En tant que troisième single issu de The Silicone Veil, Among Us s’inscrit dans une continuité qu’il serait dommage de laisser de côté. Les clips de White Foxes et The SIlicone Veil présentent en effet des caractéristiques communes que j’ai trouvé intéressant d’inclure également dans celui de Among Us. Pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de visionner ces deux vidéos, tournées par deux réalisateurs différents (respectivement Mats Udd et Luke Gilford) avec une grande liberté d’interprétation laissée par Sundfør, voici de quoi combler ce manque:

En ce qui me concerne, plusieurs éléments se devaient d’être incorporés au projet Among Us, afin de préserver la cohérence de l’ensemble de cette « trilogie ». Premièrement, il me paraissait évident que le ton de la vidéo devait être assez grave, afin de perpétuer l’atmosphère doom & gloom des deux autres clips (dans lesquels les personnages ne respirent pas franchement la joie de vivre).
Deuxièmement, il fallait inclure un rapport homme-animal prononcé et potentiellement dérangeant au récit: White Foxes raconte l’histoire d’un homme avec un fœtus de renard dans le cerveau, The Silicone Veil traite de la transformation d’une escort girl en créature serpentine. Après le mammifère du premier opus et le reptile du second, j’ai décidé que le troisième mettrait en scène un oiseau, et plus précisément un corbeau (animal assez récurrent dans l’univers de Sundfør – on le retrouve notamment sur la pochette de The Brothel et dans les paroles de O Master).
Troisièmement, pour contraster à la fois avec les extérieurs neigeux et glacés de White Foxes et ceux très lumineux et solaires de The Silicone Veil, j’ai décidé de faire se dérouler une partie de l’histoire de Among Us dans une forêt automnale (profitant par là du timing imposé par le concours).
Quatrièmement et pour terminer, je ne pouvais pas me résoudre à ne pas faire figurer, même si de manière allégorique, Susanne Sundfør dans la vidéo, puisqu’on la retrouvait dans les deux clips précédents. Pour résumer, voici à quoi ressemblait mon cahier des charges au début du projet:

1) Atmosphère grave
2) Le personnage principal doit entretenir un rapport fusionnel avec un corbeau, ou être lui-même un corbeau
3) Le clip doit être au moins en partie être tourné dans une forêt automnale
4) Susanne Sundfør doit apparaître dans le clip (de manière figurée, évidemment)

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AMONG US:

Une fois ce premier travail effectué, j’étais prêt à passer à l’analyse du morceau. La première étape consistait évidemment à se familiariser avec les paroles de ce dernier, qui, à l’image de la plupart des textes de Sundfør, laissaient une large place à l’interprétation personnelle de l’auditeur.

There is a killer among us
Looking for kisses, looking for jaws
He is a desperate soul
He collects hearts in jars

He claims the heavens
He covets hell
He dumps his bodies
Into a wishing well

Ooh, save me from his menace

What he does is a venial sin
He is a god within

Ooh, save me from his menace

He peeled off every vein I had
‘Till there was nothing left
But a bloodless heart
Still beating for him (He plays with fire)

Pour ma part, je comprends ce texte comme le récit très imagé d’une relation amoureuse au dénouement (attendu ou déjà produit) plus ou moins fatal pour la proie du « tueur », qui, malgré la crainte qu’il/elle éprouve pour son futur assassin, continue de l’aimer. Une sorte de syndrome de Stockholm romancé en quelque sorte.

De plus,  suivant la carrière de Sundfør de près depuis trois ans, je savais qu’il existait une version allongée de ce morceau, comportant notamment une strophe entière absente sur le mix final de The Silicone Veil, comme on peut l’entendre lors de cette performance remontant à 2010.

La strophe manquante (retranscription personnelle):

I wouldn’t die for him
But I would let him kill me
I’m a stone covered with moss
A mausoleum entangled in ivory
He made my heart
He may heed (?) my heart but he will never reach my balm(?)

Je tenais là ma représentation allégorique de Susanne Sundfør: une pierre recouverte de mousse (plus simple à se procurer qu’un mausolée incrusté d’ivoire).

Après cette analyse littéraire, il fallait également tenir compte de la dimension musicale du morceau, de son rythme et de son interprétation. Contrairement à la plupart des autres titres de The Silicone Veil, Among Us est résolument up tempo et dynamique (ce qui constitue un changement notable avec les premières versions disponibles à l’écoute sur internet), ce qui devait influencer le clip. Favoriser l’enchaînement de plans courts me paraissait être un moyen pertinent de tenir compte de cette dimension dans le clip.
De même, la cassure de rythme se produisant au début de la dernière strophe me semblait être trop significative pour être mise de côté: il devrait donc nécessairement se passer quelque chose de fort dans la vidéo à ce moment précis, ce qui m’a amené à considérer la possibilité d’inclure une sorte de twist final à l’intrigue du clip. Les thèmes développés dans les paroles de la chanson étant assez sombres (la fuite, la peur, la mort), il me semblait approprié de centrer mon propos sur le jeu du chat et de la souris entre un tueur et sa victime. Révéler à la fin du clip que les rôles n’étaient pas forcement clairement distribués entre ces deux personnages pouvait très bien constituer le retournement de situation recherché. Au final, je commençais à avoir une idée assez précise de la suite des opérations.

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SYNOPSIS:

Au cours des quelques trois semaines pendant lesquelles j’ai activement travaillé sur le projet, l’intrigue de la vidéo a bien entendu évolué, les idées s’agrégeant les unes aux autres pour former un ensemble cohérent dans le fond mais fluctuant en ce qui concernait les détails. Les principales caractéristiques de l’histoire étaient les suivantes:

– Le personnage principal est affecté par un mal qui l’affaiblit petit à petit, jusqu’à le « tuer » symboliquement. La progression de ce mal est représenté par le passage du blanc au noir (un élément attaché au personnage passant graduellement du blanc au noir – son cœur -).
– En parallèle, le personnage du corbeau (le tueur) se rapproche de plus en plus de sa cible, sans que cette dernière s’en rende compte. Le corbeau est un tueur en série qui collectionne les cœurs de ses victimes (représentés symboliquement), et dont on ne sait pas trop s’il est réel ou imaginaire.
– Le personnage principal tombe par hasard sur le corbeau juste après que ce dernier ait fait une nouvelle victime (il vient de lui arracher le cœur). Il s’enfuit mais le corbeau semble toujours le devancer, où qu’il aille. Il finit par se réfugier dans sa chambre, qu’il verrouille de l’intérieur, et s’effondre au sol, terrassé par le mal qui le ronge.
– Le corbeau entre magiquement dans la chambre, se penche sur sa victime, lui prend son cœur… et le remplace par celui prélevé sur sa précédente victime. Il disparaît subitement.
– Le personnage principal se réveille brusquement, porte  la main à son cœur et s’aperçoit qu’il a changé. Un dernier plan suggère que le personnage principal et le corbeau ne sont en fait qu’une seule et même personne, le second tuant pour remplacer les cœurs que le premier corrompt les uns après les autres.

Ce scénario était l’aboutissement du travail de réflexion mené à partir des différents éléments présentés ci-dessus. Sans prétendre à une retranscription littérale de l’histoire racontée par les paroles de Among Us, il reprenait et  expliquait les aspects que je trouvais les plus forts du récit de Susanne Sundfør: le tueur en quête d’une affection qu’il n’obtiendra jamais, la collection de cœurs, le côté véniel des crimes commis (on suppose que le personnage principal n’a pas le contrôle des actions du corbeau), le cœur exsangue battant toujours pour le tueur (au sens littéral, puisqu’il remplace son ancien cœur). J’avais en outre prévu de faire référence à d’autres passages de manière plus anodine, comme la fontaine à souhaits (wishing well) et le fait que le tueur joue avec le feu (encore une fois, de manière littérale, par exemple avec un briquet).

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COSTUMES ET ACCESSOIRES:

L’aspect du projet sur lequel je me suis le plus investi, à la fois personnellement et financièrement. Ayant fait le choix (très problématique après coup) de tout faire moi même, je me suis retrouvé à devoir incarner tous les personnages de l’histoire, ce qui m’a logiquement amené à recourir à des masques pour différencier les différents protagonistes.

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Le corbeau:

Personnage énigmatique, entièrement camouflé par son costume: il peut être n’importe qui. Le noir est la seule couleur qu’il porte. Il possède une élégance macabre, se déplace avec nonchalance mais finit toujours par rattraper sa proie malgré les efforts de cette dernière (ce qui renforce sa dimension cauchemardesque, et donc son caractère intangible). Il laisse une plume noire sur ses victimes et appose également sa marque sur ces dernières. Il porte une cassette noire (plus pratique que la jarre dont il est fait question dans la chanson) dans laquelle il dépose les cœurs qu’il collectionne. Il disparaît et apparaît à volonté.

Le masque du corbeau. Les yeux ont été couverts par du tissu noir pour le déshumaniser totalement.

Le masque du corbeau. Les yeux ont été couverts par du tissu noir pour le déshumaniser totalement.

La redingote du corbeau. Les plumes et la queue de pie renforce l'identification avec l'animal. Le corbeau est entièrement vêtu de noir.

La redingote du corbeau. Les plumes et la queue de pie renforce l’identification avec l’animal. Le corbeau est entièrement vêtu de noir.

La cagoule vient compléter le masque et parfait l'anonymat du corbeau. Son côté mystique est accentué par l'arme qu'il utilise pour tuer: ses mains/serres.

La cagoule vient compléter le masque et parfait l’anonymat du corbeau. Son côté mystique est accentué par l’arme qu’il utilise pour tuer: ses mains/serres.

Pochoirs servant à apposer (à la bombe noire) la marque du corbeau. Dans le clip, il lui suffit de lancer une pincée de poudre en direction de sa victime pour que la magie opère. La plume est un autre moyen de signer ses meurtres.

Pochoirs servant à apposer (à la bombe noire) la marque du corbeau. Dans le clip, il lui suffit de lancer une pincée de poudre en direction de sa victime pour que la magie opère. La plume est un autre moyen de signer ses meurtres.

Le corbeau jette une de ces pièces dans une fontaine (wishing well) pour chacune de ses victimes. Rappel à la pochette de The Brothel.

Le corbeau jette une de ces pièces dans une fontaine (wishing well) pour chacune de ses victimes. Rappel à la pochette de The Brothel.

Coffret dans lequel le corbeau place le cœur de sa victime, en attendant la "greffe".

Coffret dans lequel le corbeau place le cœur de sa victime, en attendant la « greffe ».

Coffre dans lequel le corbeau garde les cœurs "usés" par le personnage principal. On retrouve également la "stone covered with moss" des premières versions de Among Us.

Coffre dans lequel le corbeau garde les cœurs « usés » par le personnage principal. On retrouve également la « stone covered with moss » des premières versions de Among Us.

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Le Personnage Principal:

Il souffre d’un mal qui fait progressivement noircir et rétrécir son cœur. Sa responsabilité dans les agissements du corbeau est trouble. Il semble redouter la venue de cet aspect destructeur de sa personne, mais ne fait rien pour prévenir ses méfaits. Sa relation avec son alias meurtrier tient du rapport entre  Smeagol et Gollum: il le déteste et le craint, mais n’a pas la volonté suffisante pour l’empêcher de nuire.

De gauche à droite: Personnage Principal (les bandes de couleur symbolisent le fait qu'il n'a pas d'invidualité propre: il n'est que l'agrégation de fragments de personnalité qu'il prend à ses victimes en même temps que leur cœur), Victime 1 et Victime 2

De gauche à droite: Personnage Principal (les bandes de couleur symbolisent le fait qu’il n’a pas d’invidualité propre: il n’est que l’agrégation de fragments de personnalité qu’il prend à ses victimes en même temps que leur cœur), Victime 1 et Victime 2

Représentations symboliques des cœurs des personnages (collés sur la poitrine). Celui du personnage principal commence par noircir, puis rétrécit. Le corbeau intervient alors en remplaçant l'organe corrompu par un cœur sain (qui connaîtra rapidement la même déchéance).

Représentations symboliques des cœurs des personnages (collés sur la poitrine). Celui du personnage principal commence par noircir, puis rétrécit. Le corbeau intervient alors en remplaçant l’organe corrompu par un cœur sain (qui connaîtra rapidement la même déchéance).

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Sweat shirt porté par l'ue des victimes. Triples lacérations parallèles (les corbeaux ont quatre doigts, dont un opposable).

Sweat shirt porté par l’ue des victimes. Triples lacérations parallèles (les corbeaux ont quatre doigts, dont un opposable).

Autres:

Le clip devait également comporter de nombreuses références à l’univers de Susanne Sundfør, que je considère (peut-être à tort) comme formant un tout cohérent. Cette croyance est notamment nourrie par les nombreuses correspondances entre les morceaux de The Brothel (qui est en outre un concept album) et The Silicone Veil, et le fait qu’une partie des titres du second aient été écrit sur la même période que ceux issus du premier. Susanne Sundfør elle-même incorporant souvent des références plus ou moins évidentes aux textes de ses chansons (James Joyce, C.S. Lewis, Sylvia Plath, Frank O’hara…), il m’a semblé tout à fait approprié d’en faire de même. Les objets suivant devaient donc se retrouver fortuitement dans le champ de la caméra au cours du tournage.

La boîte de loukoums (turkish delight) fait référence à la chanson éponyme figurant sur The Brothel. Les figurines de renard et de serpent sont des clins d'œil aux clips de White Foxes et The Silicone Veil.

La boîte de loukoums (turkish delight) fait référence à la chanson éponyme figurant sur The Brothel. Les figurines de renard et de serpent sont des clins d’œil aux clips de White Foxes et The Silicone Veil.

Meditations In An Emergency (Frank O'Hara), livre de chevet du personnage principal et morceau instrumental de The Silicone Veil. Le badge Knight Of Noir (titre issu de The Brothel) devait être cousu sur la redingote du corbeau, à moitié dissimulé sous les plumes.

Meditations In An Emergency (Frank O’Hara), livre de chevet du personnage principal et morceau instrumental de The Silicone Veil. Le badge Knight Of Noir (titre issu de The Brothel) devait être cousu sur la redingote du corbeau, à moitié dissimulé sous les plumes.

Le parfum Joy de la maison Jean Patou est évoqué dans la chanson Father Father de The Brothel

Le parfum Joy de la maison Jean Patou est évoqué dans la chanson Father Father de The Brothel

Le corbeau devait laisser tomber l'image de droite lors de sa poursuite du personnage principal. L'image de gauche est l'art worjk du premier album de Susanne Sundfør.

Le corbeau devait laisser tomber l’image de droite lors de sa poursuite du personnage principal. L’image de gauche est l’art worjk du premier album de Susanne Sundfør.

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PREMIER MONTAGE:

J’ai mis à profit les rushs disponibles pour réaliser un « brouillon » très rudimentaire du clip.

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Voici donc où en est le projet à l’heure actuelle. J’espère pouvoir le terminer dans un futur plus ou moins proche, lorsque je disposerai du matériel et des capacités nécessaires pour obtenir un résultat conforme à l’idée que je m’en fais. Je suis un peu déçu de ne pas avoir abouti à une vidéo digne d’être soumise au concours de Genero.tv, mais heureusement, d’autres fans plus doués que moi en la matière ont travaillé dur sur le sujet, et ont posté des clips très réussis, dont l’un d’entre eux deviendra bientôt la vidéo officielle d’Among Us. Je ne peux que vous inciter à jeter un coup d’œil à leurs travaux respectifs, tant qu’ils sont encore librement visionnables.

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le septembre 17, 2013, dans W.H.A.T.T. (N.O.W.), et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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