W.H.A.T.T. (N.O.W.): Anti Tune

L‘industrie musicale a toujours eu un penchant prononcé pour l’esthétique. Bien avant que les pontes du marketing n’édictent les principes cardinaux de la consommation de masse, ce critère était déjà considéré, de manière instinctive, comme primordial par les promoteurs et les producteurs de tout crin. Prenez un individu séduisant, donnez lui une jolie chanson qu’il/elle chantera de sa plus belle voix, et avec un peu de chance, votre investissement se verra récompensé par une substantielle plus value. Le monde de la musique a connu bien des évolutions et des révolutions depuis que le capitalisme s’est installé aux manettes, mais cette vieille formule n’est jamais passée de mode. Bien au contraire, elle a profité de la professionnalisation du milieu, de la rationalisation des procédés et de la progression technologique pour proposer au public des produits de plus en plus « parfaits », tout du moins dans l’acceptation esthétique du terme. Aujourd’hui, les poulains de l’industrie entrent en scène avec une image soigneusement construite pour correspondre aux attentes et aux canons de beauté d’un segment précis du marché, et un catalogue de morceaux à l’avenant. Même la performance artistique, qui semblait pourtant la seule partie du job pour laquelle un minimum de talent intrinsèque était requis pour faire illusion, peut aujourd’hui être totalement prise en charge par l’encadrement de notre nouvelle star lambda, qui s’appliquera à gommer les imperfections jusqu’à obtenir un rendu irréprochable. La technique est aujourd’hui tellement au point qu’il n’est même plus nécessaire de savoir chanter pour pouvoir prétendre à une belle (si courte, la plupart du temps) carrière, si tant est que l’on bénéficie de la confiance et du soutien d’une grosse major.

CherL’utilisation par Cher d’un logiciel développé par Antares Audio Technologies sur le tube Believe en 1998 est communément considéré comme le début de l’ère Auto-Tune. Quinze ans plus tard, la trouvaille d’Andy Hildebrand est devenue incontournable, et on ne compte plus les hits pop, R’n’B, hip hop et même rock ayant eu recours à ses bons services pour se tailler un chemin jusqu’au sommet des charts. Cette hégémonie a suscité bien des critiques et quelques controverses, comme lorsque le fameux télé crochet britannique X Factor dut admettre, à la grande consternation des fans, que certaines performances de ses participants avaient été retoquées en post-production. Si la tendance générale est à la condamnation de ce « stratagème », accusé de tirer le niveau général vers le bas, Auto-Tune n’est sans doute rien de plus qu’un bouc émissaire facile pour l’industrie musicale et l’ensemble de ses acteurs, ou encore la partie émergée d’un iceberg de retouches minutieuses et calibrages assumés.

Car s’il serait facile de se passer d’Auto-Tune (et de ses multiples dérivés et concurrents), l’impact sur la musique mainstream resterait limité. Certes, les performances seraient, dans un premier temps, un peu moins « parfaites », mais l’ajustement ne se ferait pas attendre. Les artistes les plus limités passeraient vite à la trappe, et les majors prendraient soin de ne favoriser l’ascension que des chanteurs ayant prouvé qu’ils étaient capables de suivre une mélodie sans la massacrer. Les éventuelles imperfections seraient éliminées directement à la source, au lieu d’être effacées après prise, comme c’est actuellement le cas. Le résultat final resterait donc sensiblement semblable, avec les mêmes jolis interprètes chantant les mêmes jolies chansons, pour un résultat aussi sucré et insipide qu’un Sundae Mc Donald’s. Pourquoi prendre des risques quand on sait que respecter la bonne vieille formule du tout miel suffit à emporter le pactole?

Heureusement, en marge de ce système bien huilé, existent et subsistent encore des artistes qui, non contents de refuser qu’on améliore leur travail par ce biais, revendiquent même leurs couacs, fausses notes et autres déraillements et dérapages plus ou moins contrôlés. Et comme il s’agit des artistes que je préfère, malgré leurs récurrentes imperfections et interprétations « sous-optimales » par rapport aux canons inhumains de l’industrie, j’ai décidé de rendre hommage à tous ces intégristes (pour une fois que c’est une bonne chose d’en être un), en consacrant un petit top à cette catégorie de plus en plus marginalisée. Voici donc un florilège des chanteurs à la voix la plus « différente », ce qui ne m’empêche pas de les aimer, bien au contraire.

10 – Shane McGowan

Shane MacGowanCe n’est pas par hasard que les Pogues ont décidé de célébrer leur 30 ans de carrière par un double concert à l’Olympia, les 11 et 12 Septembre 2012. Entre la bande de Shane McGowan, poète destroy et alcoolisé, Verlaine white trash au sourire de plus en plus ravagé (plutôt que ravageur), et le public français, le courant est toujours bien passé. Le boit sans soif de Pembury n’avait pourtant pas grand chose pour percer dans l’Hexagone: visage ingrat, souvent hagard, physique banal, addictions multiples… les textes ont beau être ciselés comme un Laguiole à la sortie de l’atelier, l’argument peine à porter dans une contrée aussi peu portée sur les langues étrangères que notre beau pays. Reste l’organe, si particulier, de McGowan, habité d’une gouaille aussi expressive que savoureuse, et qui se charge de traduire la substantifique moelle des propos de la grande goule des Pogues. Recréer en un couplet toute l’Irlande populaire, celle des banlieues mornes, des nuits passées au pub et du nihilisme joyeux de tous ceux qui savent qu’ils ne connaîtront jamais rien d’autre, voilà le don de Shane McGowan, et la raison pour laquelle lui et son groupe ont été plébiscité par un public se reconnaissant parfaitement dans leurs chansons, mêmes s’il ne les comprend pas (toujours).

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9 – Alain Bashung

Alain BashungS’il y a un chanteur français que j’idolâtre, c’est bien lui. Une adoration assez paradoxale dans la mesure où d’habitude, je juge défavorablement les artistes qui n’écrivent pas leurs paroles, et il est de notoriété publique que le grand Alain a fait un usage soutenu d’auteurs au cours de sa carrière: Bergman, Fauque, Gainsbourg, Roussel ont ainsi mis leur plume au service du baby von dem hasard, avec les résultats plus que probants que l’on sait. En toute logique, j’aurais du ranger Bashung dans le même sac que tous les autres interprètes de la chanson française, les Hallyday, Sardou, Clerc et consorts. Au lieu de ça, je l’ai placé tout en haut de ma liste de préférence, devant les auteurs-compositeurs trustant les premières places de mon classement personnel. J’ai eu la chance de commencer à l’écouter assez tôt pour pouvoir le suivre dans les dernières années de sa carrière et assister à deux de ses concerts, alors qu’il était déjà devenu le spectre au chapeau noir, des crabes plein les éponges, qui fit pleurer les Victoires de la Musique en 2009. Et ce fut sa disparition qui me permit de comprendre, enfin, pourquoi je m’étais tant attaché au personnage et à son œuvre, malgré le fait qu’il en partageait la paternité, et pas qu’un peu, avec un aéropage de scribouillards plutôt doués. Au cours de la soirée de lancement de l’album 13 Aurores, Jean Fauque reprit La Nuit Je Mens (qu’il a écrit) en guise d’hommage au récent disparu. Intention louable, mais résultat quelconque, malgré une interprétation assez proche des dernières prestations du maître, condamné au spoken word par ses poumons ravagés. Bashung n’avait certes pas la voix la plus extraordinaire qui soit, mais il a su en tirer le maximum jusqu’au bout, avec cette retenue habitée qui lui permit de pratiquement mourir sur scène sans sombrer dans le pathos. Chapeau l’artiste.

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8 – Patti Smith

Patti Smith« Mais elle chante bien, Patti Smith, pourtant! ». Ca se défend. Ceci dit, au regard des performances des chanteurs de R’n’B actuels, on peut aussi considérer que Patti n’a pas la voix la plus mélodieuse de l’histoire de la musique. Tant pis, mais la question n’est pas là, tout comme le fil conducteur de cet article. Le cas de Mme Smith est intéressant, en ceci qu’il permet d’aborder la dimension artistique de la musique, même quand cette dernière est devenue un business (presque) comme un autre. Car avant d’être un divertissement, un code ou une mode, la musique est bien un art, et l’art n’a pas forcément à être beau pour intéresser. Il suffit de survoler la bio de l’intéressée pour se rendre compte que l’on a bel et bien affaire à une artiste (dessin, poésie, photographie) plus qu’à une chanteuse, même si la musique lui a permis de se faire connaître du grand public. Son image d’écorchée vive, qui lui vaudra le titre de marraine du punk, transparaît fortement dans ses albums, où elle met son énergie brute et bouillonnante au service des causes qu’elle choisit de faire sienne. Horses (75) et Easter (78) sont deux parpaings balancés dans la mare des canons du chant féminin, qui venait tout juste de se remettre de la météorite Joplin: Patti Smith au micro, ce n’est pas mignon, maîtrisé, suave, ou suggestivement sexy, c’est même tout le contraire, et c’est pour ça que ça plaît.

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7 – Joe Strummer

Joe StrummerQui dit Joe Strummer dit The Clash, qui dit The Clash dit punk, et qui dit punk dit technique vocale approximative. Cet enchaînement peut être contesté à chaque étape de sa progression (Strummer a fait des trucs en dehors de The Clash, qui eux-mêmes ont rapidement élargi leur style, et Johnny Rotten est un bon chanteur… à sa manière), mais il n’en reste pas moins que le gars Strummer a tout à fait sa place dans ce classement. Essayez de l’imaginer faire un duo avec Justin Bieber, ou One Direction reprendre Rock The Casbah (le pire est qu’ils en seraient capables), et vous comprendrez ce que je veux dire. La voix de Strummer est un vieux truck tout terrain, impérial au dessus des 3000 tours/minute mais ayant tendance à s’encrasser à plus basse fréquence, ce qui paradoxalement lui confère une certaine grâce (Straight To Hell). Le génie de The Clash fut de tourner avec trois chanteurs, chacun avec son style propre: le dandyisme mod de Mick Jones (Should I Stay Or Should I Go), le flegme ragga de Paul Simonon (The Guns Of Brixton) et le bulldozer punk Strummer. Et quand Joe Strummer chante This Is England, bah, tout est dit.

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6 – Peter Garrett

Peter GarrettAvant de se lancer dans une carrière politique aussi médiatique que mouvementée, le Géant Vert australien s’est fait connaître comme le leader du groupe Midnight Oil, combo rock qui, à la suite de son charismatique chanteur, s’engagea fortement dans les luttes environnementales et sociétales du pays des kangourous. Leur morceau le plus connu à ce jour reste d’ailleurs le très direct Beds Are Burning, méga tube de l’année 1987 et fer de lance d’un album (Diesel And Dust) s’attaquant frontalement à tous les dossiers sensibles du Land Down Under. Le succès du disque à l’échelle internationale est un tour de force magistral, quand on sait à quel point les chansons engagées sont des exercices casse-gueules (j’ai toujours du mal à accepter qu’une star qui gagne cinquante fois plus que moi se permette de me faire la morale sur tel ou tel sujet, et vienne me demander de donner mon argent durement gagné pour une noble cause lambda). Les dégoulinants We Are The World et SOS Ethiopie sont sortis deux ans plus tôt, et ont tout emporté en surfant sur une vague de pathos pop? Midnight Oil opte au contraire pour une approche dure et nerveuse, plus à même d’attiser la colère et l’indignation que la compassion et l’empathie. Rauque, sinueuse, torturée, la voix de Garrett insuffle aux morceaux du groupe une énergie, une urgence et une justesse miraculeuse, et leur a permis de traverser les décennies sans devenir des scies inaudibles. Tous les tubes engagés (Another Day In Paradise…) ne peuvent pas en dire autant.

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5 – Neil Young

Neil YoungDurant les premières années de sa riche et longue carrière, le Loner possédait un timbre pour le moins particulier, aigu, souvent plaintif et frôlant parfois l’insupportable. Avec l’âge et le mode de vie de toute rock star se respectant, le farouche Canadien a facilement perdu une octave, ce qui sied au son garage qui est le sien depuis quelques albums. N’ayant jamais fait de blocage sur le timbre de l’ex Buffalo Springfield, il m’a fallu la confession d’une amie à ce sujet (quoi, il y a des gens qui n’aiment pas Neil Young!) pour me rendre compte que sa voix n’était pas aussi évidente que je le pensais, particulièrement sa voix de tête, à laquelle il manque la chaleur et la profondeur de sa tessiture classique. Je n’ai jamais plus écouté After The Goldrush de la même manière depuis.

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4 – J.J. Cale

JJ CaleLe dicton veut que l’on ne tire pas sur l’ambulance (ni, à plus forte raison, sur le corbillard), mais dans le cas de Mr Cale, propulsé au panthéon par son décès malencontreux, le reproche n’en est pas vraiment un. Bien au contraire, le mince filet de voix du natif de l’Oklahoma a en grande partie contribué à son image de précurseur de l’americana cool et groovie, au même titre que son jeu de guitare décontracté et son utilisation précoce des boîtes à rythme. Clapton (le Dieu des vieilles chaussettes tout de même) trouva le résultat génial, reprit After Midnight et Cocaine et fit ainsi la réputation et la fortune (relative, mais assez pour que l’intéressé puisse vivre de ses royalties) de l’autre John Cale – après celui du Velvet Underground – du monde de la musique. Les grands méchants sudistes de Lynyrd Skynyrd montèrent un moteur de Harley sur la chétive Call Me The Breeze avec un résultat tout aussi probant. Comme le bonhomme n’était pas vraiment intéressé par les feux de la rampe, Mark Knopfler se chargea de devenir le guitar hero cool que Cale aurait pu, aurait du devenir, s’il avait voulu. Pendant que Dire Straits cartonnait aux quatre coins de la planète, JJ continuait à aller pêcher le poisson-chat dans un semi anonymat savamment entretenu. Pas besoin de couvrir quatre octaves pour devenir une star de la musique.

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3 – Serge Gainsbourg

Serge GainsbourgBien avant l’avènement de  Gainsbarre, personnage destroy, nihiliste et provocateur dont les médias se régalèrent jusqu’à la disparition de l’homme à tête de chou, Gainsbourg avait réussi à devenir un personnage incontournable de la nouvelle scène française, une sorte d’éminence grise troussant des chansons scandaleuses (Les Sucettes, Je T’Aime Moi Non Plus) pour ses confrères et sœurs artistes, séducteur invétéré compensant son physique ingrat par une élégance certaine et un esprit aiguisé. Le plus impressionnant des hauts faits du personnage reste toutefois sa réussite en tant qu’interprète, lui que Dame Nature et l’essor de la télévision comme média de masse avaient pourtant génétiquement programmés pour rester un homme de l’ombre (appelons ça un délit de sale gueule), car en plus de ne pouvoir rivaliser avec le charme lisse des chanteurs à minette, l’individu leur cédait encore au niveau des performances vocales.

Un tel cumul de handicaps aurait logiquement du accoucher d’une non carrière, mais c’est précisément l’inverse qui se produisit, et encore aujourd’hui, Saint Serge demeure une figure tutélaire de la chanson française. Tout à fait conscient de ses (nombreuses) limites comme performer, Gainsbourg sut se faire une place sous le soleil (exactement) en perfectionnant une technique de chant aussi minimaliste qu’expressive, dans laquelle chaque intonation, chaque pause, chaque souffle avait une importance capitale. Cette maîtrise du spoken word lui permit d’interpréter ses textes ciselés mieux qu’aucun(e) autre, et de donner à la pop française quelques unes de ses plus belles lettres de noblesse (Histoire de Melody Nelson). Plus tard, il usera de ce talent rare pour placer des chansons de plus en plus crues dans les charts hexagonaux, hypnotisant l’auditeur par sa science du phrasé et de la prosodie tout en lui susurrant au creux de l’oreille « les mots les plus abominables ».

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2 – Bob Dylan

Bob DYlanLa voix de Dylan déchaîne passions et critiques depuis plus d’un demi-siècle, depuis le tout début de sa carrière musicale en fait. En 1971, David Bowie la comparait à du sable et de la colle (« voice like sand and glue ») sur l’album Hunky Dory, célébrissime « hommage » qui ne fit que reprendre poétiquement l’avis général, selon lequel Dylan n’était pas le chanteur le plus remarquable qui soit. Le timbre nasillard des premiers albums s’atténua avec les années et la pratique, le Zim développant une technique particulière de chant, tenant plus de la harangue que de la vocalise, mais loin d’être désagréable pour l’auditeur averti.

Avec l’âge, la fatigue et les excès, le timbre rocailleux de Dylan devint carrément minéral, jusqu’à devenir ce souffle rauque et guttural, incompréhensible pour les oreilles néophytes, que l’on retrouve sur les derniers disques du vieux maître (et accessoirement, durant les concerts qu’il continue de donner autour de la planète dans le cadre de son Never Ending Tour). Je dois avouer que même le fan révérencieux et ouvert d’esprit de Dylan qui sommeille en moi n’a pas pu supporter sa prestation aux Vieilles Charrues en 2012, et ai en conséquence décidé de faire l’impasse sur sa discographie récente (rien depuis Things Have Changed en 2000).

Il ne fait cependant aucun doute que Bob Dylan possède une des voix les plus mémorables qu’il m’a été donné d’entendre, et que la musique populaire de ces cinquante dernières années lui doit, directement et indirectement beaucoup. Sa rudesse caractéristique, en « forçant » l’auditeur à se concentrer sur le fond et non sur la forme, a permis aux textes du barde de Duluth d’imprégner durablement la société et d’en accompagner les mutations, à la manière des protest singers américains dont il se voulait l’héritier et le continuateur aux prémisses de sa carrière. Il serait cependant dommage de passer sous silence les quelques performances exceptionnelles de Dylan en tant que chanteur, comme One More Cup Of Coffee (Desire – 1976) ou encore le bouleversant Blind Willie McTell (Infidels – 1983).

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1 – Greg Dulli

Greg DulliMême si je dois avouer que ma connaissance de la discographie du leader de The Afghan Whigs, The Twilight Singers et de la moitié des Gutter Twins se limite à deux albums, je savais dès le début de l’écriture de cet article que la première place du classement ne pouvait qu’échoir à Mr Dulli. La révélation m’est venue à la première écoute du dernier disque studio des Twilight Singers, Dynamite Steps (2011), œuvre entêtante, enivrante, obsédante et hautement addictive dans laquelle la voix si particulière de Dulli domine les débats avec une grâce éraillée et une majesté déraillante.

L’album s’ouvre avec l’ouverture-manifeste Last Night In Town, un piano-voix montant progressivement en puissance et en gamme avec l’ajout progressif d’instruments. La tonalité n’est pas évidente pour Dulli, qui ne cherche pas à cacher ses faiblesses techniques et semble même prendre un malin plaisir à monter dans les aigus, à l’extrême limite de la justesse et du bon goût. J’aime à penser qu’il s’agit d’un morceau témoin, un avant-goût de la suite d’un disque qu’il est impossible d’aimer si on adhère pas au chant torturé de la tête pensante des Twilight Singers. Si ce premier test est passé avec succès, en revanche, ce sont trois quart d’heure de plongée dans l’univers fascinant de Dynamite Steps qui s’ouvrent pour l’auditeur conquis. Regorgeant de mélodies imparables (On The Corner, Get Lucky, Gunshots, She Was Stolen, The Beginning Of The End, Dynamite Steps…) servant d’écrin aux éructations et susurrations d’un Dulli  impeccable dans son rôle de derviche chanteur, la dernière livraison en date des chanteurs du crépuscule est une réussite totale, et ce en grande partie grâce, ou à cause, du timbre si particulier de leur chanteur et parolier.

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Bonus – Gentle Giant (Proclamation)

Gentle GiantImpossible pour moi de terminer ce classement sans faire référence à ce qui reste ma chanson référence en matière d’extrémisme vocal: Proclamation de Gentle Giant (en version live). Favorablement intrigué par l’artwork de la pochette du premier album du groupe des frères Shulman (une plongée audacieuse sur le visage souriant d’une sorte de léprechaun fortement dégarni… j’ai instinctivement fait le lien avec les premières galettes de Genesis, elles aussi dotées d’illustrations médievalo-folklorique), je me suis décidé pour le très bien nommé Experience (lui aussi doté d’une pochette remarquable, cette fois dans le genre « vis ma vie de musicien accro à la meth »)  lors d’une virée chez un disquaire d’occasion. Moi qui m’attendais à tomber sur de longues pérégrinations à la 12 cordes et au mellotron, dans le plus pur style du rock psyché anglais du début des années 70, j’en fus pour mes frais. Magnifiées par les conditions du live, les compos tarabiscotées du combo écossais m’ont sauté aux oreilles avec la hargne d’un pitbull sous extasy, au point que je dus déclarer forfait après deux titres, dont le fameux Proclamation dont il est question ici.

Tout ceux qui ont eu l’occasion d’entendre Derek Shulman hurler Haaaaa-aaaaail to power and to glory’s way! à la fin du long pont de clavier qui sépare la chanson en deux savent qu’il s’agit d’une expérience traumatisante pour le néophyte, tant le cadet de la fratrie Shulman semble s’affranchir de toutes les règles d’harmonie et de justesse en vigueur dans le monde de la musique. Et pourtant, avec le temps, je me suis découvert une franche affection pour cet OVNI musical totalement assumé par ses créateurs, dont le grand dessein était de « repousser les limites de la musique populaire contemporaine, au risque d’être impopulaires ». Vu sous cet angle, Proclamation est indubitablement un chef d’œuvre, et aujourd’hui encore, il possède le pouvoir de m’arracher un sourire à chaque nouvelle écoute. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à tenir ce morceau en haute estime, tous les membres de mon entourage auxquels j’ai fait découvrir cette pépite insoupçonnée en gardent un souvenir ému. Hail!

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Ainsi se termine ce classement anti tune, qui vous aura peut-être permis de découvrir de nouveaux talents discordants (même si ce top comporte une grande majorité de noms connus), et pourquoi pas, d’en aimer quelques uns. À bientôt pour de nouvelles péripéties musicales, et pour le grand retour des comptes rendus de concerts après un été trop studieux pour les festivals. La rentrée s’approcher et elle s’annonce prometteuse…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le août 30, 2013, dans W.H.A.T.T. (N.O.W.), et tagué , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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