BAND OF HORSES @ LA CITE DE LA MUSIQUE (01.07.2013)

Groundhog Day Musical, deuxième. Moins d’une semaine après avoir été témoin du (re)retour des Of Monsters And Men à Paris, l’auteur de ce blog continua à revisiter ses classiques en se rendant à la Cité de la Musique pour l’ouverture des Days Off, festival curieux de tout et jamais avare en moments de grâce. En cause, un esprit d’innovation permanent, poussant les artistes participant à l’évènement à sortir de leur routine de tournée pour proposer, le temps d’un concert, quelque chose de différent au public. La bande de Ben Bridwell ayant pioché la carte « acoustique » dans le chapeau de l’organisateur, le résultat ne pouvait manquer d’être intéressant. L’unplugged c’est bon, mangez en.

Le Festival Day Off présente plusieurs particularités qui le distinguent nettement de la concurrence estivale, le premier et non le moindre étant qu’il se déroule en indoor, caractéristique qui aurait fait sourire au siècle dernier (quand il y avait encore des saisons et qu’il ne pleuvait qu’exceptionnellement à partir de mi-juin), mais qui n’a plus grand chose d’anecdotique par les temps qui courent. Même si la météo fut très clémente ce soir là, attirant de nombreux futurs spectateurs dans la cour intérieure de la Cité de la Musique pour siroter une bière avant l’ouverture des portes, la certitude de passer la soirée au sec quel que soit l’état du ciel est un luxe que le festivalier français vétéran estime à sa juste valeur.

Deuxième différence notable, l’absence de première partie, ou plutôt son remplacement par le concept de l’avant-scène, qui permet à un jeune groupe français de se produire pendant une demi-heure avant l’ouverture de la salle des concerts, sur une scène annexe de la Cité de la Musique. Mais devoir choisir entre un apéritif sonore ou une bonne place dans la file d’attente ne favorise pas vraiment la découverte de nouveaux talents, en l’occurrence le trio GARCIAPHONE, entendu de loin plutôt qu’écouté de près. J’aurais été au courant de la taille spacieuse de la salle principale de la Cité de la Musique, plus proche d’un Bataclan que d’une Maroquinerie, j’aurais sûrement été plus enclin à laisser sa chance au groupe d’Olivier Perez, victime collatérale de l’astucieuse mise en espace de Christian de Portzamparc.

Après vingt minutes d’attente dans les confortables fauteuils du lieu, à parcourir d’un œil distrait le programme de la saison 2013-2014 (Charlotte Rampling lit Sylvia Plath… à voir), les lumières s’éteignent en même temps qu’un sympathique jingle nous rappelle qu’il est strictement interdit d’envisager de prendre ne serait-ce qu’une photo des concerts qui vont suivre, sous peine de se faire méchamment lourder par les vigiles en cas de flagrant délit. Une déclaration bien vaine à l’âge du smartphone, et assez surprenante de la part d’une organisation qui s’était jusque là montrée vraiment très cool -laxe- en matière de contrôles (billets non scannés à l’entrée, bouteilles d’eau avec bouchons tolérées). Inutile de dire que cette entrée en matière un peu brutale n’a en rien découragé les photographes et vidéastes amateurs, qui ne m’ont pas semblé prendre plus de précautions qu’à l’accoutumée pour commettre leur odieux méfaits. Vilains.

Comme prévu, ce fut LAMBCHOP, sextuor de Nashville, Tennessee, qui débuta le concert. Regroupant pas moins de quatre chemises à carreaux sur la même scène, le groupe de Kurt Wagner (un nom qui le prédestinait à venir jouer à la Cité de la Musique) livra son inimitable country alternative avec une sérénité rassérénante et une délicatesse définitivement jazzy. Sous son apparence de patriarche white trash (la casquette, ça doit être la casquette), Mr Wagner est un poète sensible et mélancolique, le chaînon manquant entre JJ Cale et Jason Lytle. Tellement sensible et mélancolique d’ailleurs que son acolyte Tony Crow (piano) dut envoyer une blague salace au deux tiers du set pour réveiller un peu le public qui commençait à piquer doucement du nez (moi le premier). Après une bonne heure de prestation, les sudistes plièrent les gaules afin de laisser l’équipe technique préparer la scène pour leurs confrères de la côte Ouest. Entracte.

Setlist Lambchop:

1)If Not I’ll Just Die 2) The Good Life (Is Wasted) 3)Mr. Met 4)Gone Tomorrow 5)About My Lighter 6)What Else Could It Be? 7)Nice Without Mercy 8)Betty’s Overture 9)Grumpus 10)Your Fucking Sunny Day 11)Up With People 12)Interrupted

Lambchop 1

Après la journée de la jupe, la soirée de la casquette: Acte I…

.

Les premières minutes d’un concert sont toujours délicates à négocier, à plus forte raison quand on est un groupe de rock sevré d’électricité pour la totalité du show. Comme Ben Bridwell le souligna dès la fin du premier morceau, Neighbor, il s’agissait pour les BAND OF HORSES d’un « fun challenge… in a good way! », une excursion assez poussée hors de la zone de confort des musiciens de Seattle. Ne pouvant compter sur une déferlante sonique pour élever les débats d’entrée de jeu, recette couramment employée par les rockers de tout crin pour briser la glace avec le public, le groupe décida à la place de jouer à fond la carte de l’émotion dès le début des hostilité. Le Neighbor en question fut donc exécuté par les seuls Ben, Tyler et Ryan, uniquement accompagnés par le piano de ce dernier. Sur la mélodie réduite à sa plus simple expression, les voix du trio s’entremêlèrent avec une synergie magnifique, encore sublimée par un passage a cappella sur le deuxième couplet. Au nom du Crosby, du Stills et du Nash, saints patrons du folk, jouez en paix.

Ce premier tour du piste constitua l’incipit d’une revue en bonne et due forme de la discographie du groupe, au cours de laquelle Cease To Begin et Infinite Arms furent particulièrement mis en avant (5 morceaux chacun). Souvent joués en petits comités, à deux, quatre ou six mains sur les dix que compte le groupe, les titres de la setlist se dévoilèrent sous un autre jour, la « clarté » de l’acoustique permettant de saisir toutes les nuances des instrumentations et des arrangements, autrement perdus sous le feu roulant de la distorsion. Si les ballades (St. Augustine, No One’s Gonna Love You, Marry Song) gagnèrent un niveau d’intensité grâce à ce traitement minimaliste, ce furent les compositions up tempo qui, à mes yeux, bénéficièrent le plus de cette relecture, et en particulier Weed Party, qui permit à Ryan Monroe de démontrer sa technique à la guitare, et à Bill Reynolds de gratifier la salle d’un court mais réjouissant solo de contrebasse. Ce fut cette même contrebasse, qui servit de trame à un émouvant Detlef Schrempf, secondée dans son effort par l’omniprésent piano de Ryan, qui se paya même le luxe de remplacer la guitare sur les arpèges introductifs de The Funeral. Si vous vous demandez si cette chanson « marche » en acoustique, voici de quoi vous faire votre propre opinion:

Sortis de scène après un The General Specific sur lequel le public de la Cité de la Musique participa presque (sans doute la légendaire retenue des spectateurs de musique classique), les chevaux de Seattle revinrent sur l’estrade pour un court rappel de deux titres, dont un ultime Is There A Ghost, qui ne réussit malheureusement pas tout à fait à décoller il le devait, ce qui aurait constitué un exploit retentissant au vu de la nature foncièrement electric friendly de cette composition. Pas de quoi noircir significativement un tableau autrement dégagé, les Band Of Horses ayant pu prouver au cours de leur heure de prestation, déclinée en pas moins de 17 tableaux, une bluffante maîtrise du format acoustique. Pour avoir assisté au cours des trois dernières années à quatre performances du groupe, autant en plein air (Rock en Seine) qu’en salle (La Cigale, Le Trianon), je dois dire que le concert des Days Off se démarque clairement du lot, autant par sa qualité que par son côté innovant, même si la communion avec la foule a légèrement et logiquement pâti du cadre et de la disposition des lieux. Difficile de faire du slam dans une salle sans fosse, quant au pogo des familles, inutile de commencer à envisager la possibilité d’en initier un, ne serait-ce que pour le fun. On ne peut pas tout avoir.

Band Of Horses 1

… et Acte II. Mais on vous aime quand même les gars.

Setlist Band Of Horses:

1)Neighbor 2)Factory 3)Marry Song 4)Wicked Gil 5)St. Augustine 6)Evening Kitchen 7)No One’s Gonna Love You 8)Everything’s Gonna Be Undone 9)Slow Cruel Hands Of Time 10)Weed Party 11)Older 12)Long Vows 13)Detlef Schrempf 14)The Funeral 15)The General Specific

Rappel:
16)For Annabelle 17)Is There A Ghost

.

Et c’est ainsi que se termine la parenthèse « approfondissement » de ces dernières semaines (sauf si j’arrive à assister à quelques soirées du festival Fnac Live pendant la semaine, bien sûr). Bilan mitigé pour cet exercice particulier en ce qui me concerne, avec du bon et du moins bon (mais pas de mauvais, heureusement), qui a eu pour conséquence logique de relancer mon intérêt pour la nouveauté, ce qui tombe à pic puisque le MAP de Juillet 2013 vient de sortir, comme tous les 15 du mois. C’est gratuit, c’est varié, et ça vous permettra de briller en soirée (« ouais en ce moment j’écoute pas mal de grunge indonésien tu vois… c’est frais, j’aime bien »), alors pourquoi hésiter? Je profite également de cette conclusion pour remercier tous les visiteurs de S.A.U.S.O.R.O. pour cette première année de présence sur la toile. Je suis le premier étonné de constater l’état de forme de ce blog, qui, pour la petite histoire, doit son existence à un tweet mêlant à part égale l’aéroport de Trondheim et Brand New Start des Concrete Knives. À quoi ça tient la vie parfois…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juillet 16, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Garciaphone, c’était très bien, mais le revers de la médaille c’est que par la suite, je n’ai pas eu le placement escompté dans la grande salle, car ça s’est fini assez tard.
    Lambchop, désolée pour ma grossièreté mais je me suis fait chier, mais d’une force ! Et pour Band of Horses, pour les avoir vus 3 jours avant à Evreux, j’étais un peu inquiète, car ça chantait assez faux mais là on a eu un Ben Bridwell juste du début à la fin🙂 j’ai particulièrement apprécié cette façon qu’ils ont eu de rendre intimiste un lieu relativement impressionnant. On se serait presque cru au bar du coin, l’acoustique parfaite en plus. Définitivement, j’adore ces mecs !

    • C’est vrai que Lambchop n’était pas la première partie la plus appropriée pour Band Of Horses, concert acoustique ou pas. Ca m’a rappelé le passage de Grandaddy l’année dernière à Rock en Seine.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :