REBEKKA KARIJORD @ LE DIVAN DU MONDE (13.05.2013)

Petit à petit, ce blog musical, pensé à la base comme une antenne de propagande tout ce qu’il y a de plus généraliste, se transforme en tribune à la gloire de la musique Scandinave. Un simple regard à l’historique des articles (ou au nuage de tags si tu n’es qu’un simple lecteur ne bénéficiant pas de l’omniscience dont je dispose – merde, je suis chez moi après tout -) suffit à s’en convaincre: je me spécialise de plus en plus dans les mélodies venues du grand Nord de l’Europe, vaste contrée regorgeant de plus de fjords, geysers, bancs de morue et hardes de trolls que le reste du monde. Histoire d’ajouter une nouvelle pierre à ce cairn en pleine croissance, je ne pouvais faire autrement que me rendre ce lundi 13 Mai au Divan du Monde, afin d’assister au concert de deux représentantes de mon courant de prédilection, afin d’épingler ces deux nouveaux noms à mon tableau de chasse. Dit comme ça, l’approche fait un peu chasseur de Pokémons sur le retour (à mon âge en plus, ce n’est vraiment pas sérieux), mais le cœur à ses raisons que la raison ignore et que le porte-monnaie déteste. 

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Image à la Une

Rrrrrr…

Niché rue des Martyrs, surplombant l’espace où le boulevard de Rochechouart de jette dans celui de Clichy (ou l’inverse), le Divan du Monde mérite amplement son surnom de « plus petite des grandes salles ». Imaginez vous le Bataclan ou le Trianon reproduit à l’échelle du Nouveau Casino, et vous aurez une assez bonne idée de la configuration des lieux. Avec ses rideaux en imitation panthère et ses bustes de nègres typés XVIIIème siècle (peau noir charbon, lèvres rouge sang, air béahuri – sympa la contraction -, et corbeille de fruits sur la tête), l’endroit a une coloration un peu plus fantaisiste que la moyenne des salles parisiennes. Après tout, Pigalle n’est pas loin. En tout cas, il n’y avait sur place ni masse de divan, ni beaucoup de monde lorsque je suis arrivé (avec une avance confortable certes, mais je n’ai pas la taille ni l’appareil photo requis pour me permettre de débarquer à la dernière minute), juste trois spectateurs précoces essayant de tuer le temps accoudés au bar, où les deux barmen faisaient de leur mieux pour paraître occupés. La salle allait se remplir tranquillement pendant l’heure et demie suivante, sans jamais approcher le stade de remplissage maximal, et ce d’assez loin.

NoemiLa première partie échut à NOEMI (sans -e à la fin), accorte chanteuse accompagnée d’une clavier/choriste souriante, d’un batteur blanchi sous le harnais et d’une guirlande lumineuse allumée à mi-set. Une ouverture en français, placée sous le signe du légèrement grivois (après tout, Pigalle n’est pas loin, deuxième), à l’image du Je Ne Pense Qu’À Ca assez explicite délivré avec une fraîcheur mutine à un public poli mais peu concerné. Oscillant entre Lio et Emilie Simon, dont elle emprunta le chant maniéré sur quelques morceaux à la thématique un peu moins terre à terre, Noemi fit son temps avec un bonheur manifeste, qu’elle ne réussit malheureusement pas à transmettre à la salle. Première partie, ce sacerdoce.

Linnea Olsson 7'La seconde première partie (et oui) rencontra plus de succès auprès du public, sans doute parce qu’elle était beaucoup plus proche du thème de la soirée que l’acte précédent. Avouez qu’une violoncelliste suédoise, c’est assez proche d’une harpiste norvégienne tout de même. La violoncelliste en question répondait au nom de LINNEA OLSSON, et se présenta seule sur scène, accompagnée tout de même de son imposant instrument, dont la pointe vint se caler dans le trou de la ceinture attachée au pied de la chaise de notre soliste (ce genre de détail me marque, je n’y peux rien). Au programme, un masterclass de cordes de quarante minutes, qui vint apporter la preuve éclatante que le violoncelle est vraiment un p****n d’instrument rock indie, sans doute le meilleur de sa famille dans cet emploi (désolé Steve Wickham), de par sa capacité à produire aussi bien des basses moelleuses que des aigus cristallins. Pour ne rien gâcher, mademoiselle Olson, presque parfaitement francophone, se révéla posséder une voix à l’avenant, un goût musical irréprochable (Unfinished Sympathy au violoncelle, c’est tout de même vachement bien) et la pédale loop qui semble faire partie du kit remis à chaque musicien scandinave se piquant de tourner en solo (Jarle Bernhoft, Bjørn Berge…). Moments de grâce au Divan du Monde, et véritable coup de cœur pour dame Olson, ses What, ses Ah! et son Dinosaur. En attendant une nouvelle date parisienne, il est toujours possible de s’acclimater à cet univers musical si particulier par le biais d’un premier album (Ah!) disponible depuis quelques mois.

Setlist Linnea Olsson:

1)Ocean 2)Ah! 3)Giddy Up! 4)What 5)Summer 6)Unfinished Sympathy (Massive Attack Cover) 7)I Am Younger 8)Dinosaur

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Rebekka Karijord 19'Dès son arrivée sur scène, REBEKKA KARIJORD fit passer le Divan du Monde dans une autre atmosphère. Robe-tunique bleutée diaphane, mocassins pailletés, natte indienne et attrape-rêves carillon en guise de boucles d’oreilles, on était bien loin du bunad norvégien traditionnel (le 17 Mai approchait pourtant à grands pas au moment du concert). Du côté gauche de la scène, la harpe celtique qui attendait son heure sous la lumière tamisée des spots venait compléter un tableau proprement féérique. Rebekka Karijord est-elle une elfe? Le doute était permis, et la question n’a toujours pas pu être définitivement tranchée.

Accompagnée par trois musiciens, chargés de la (parfois trop) délicate mission de rendre sur scène les multiples chœurs (dont ceux d’une chorale de garçons – Jean Baptiste Monnier, sort de ces corps – ) parsemant l’album We Become Ourselves, Miss Karijord revenait à Paris après un passage à la Maroquinerie fin 2012 pour (re)présenter ce dernier sur scène, qui se tailla sans surprise la part du lion dans la setlist de la soirée. Débuté dans la douceur entêtante de Prayer et son mantra de percussions, le concert gagna doucement intensité dans le quart d’heure qui suivit, Rebekka et ses hommes présentant un inédit, Giant, dans la foulée de Save Yourself et Wear It Like A Crown. Linnea Olsson revint brièvement sur scène pour un Paperboy forcément exceptionnel, enchaîné sur la (seule) chanson garantie melancholy-free à 100% de la soirée*, Multicolored Hummingbird.

Rebekka Karijord 16'

Mais comme il ne faut pas abuser des choses heureuses, sous peine de sombrer dans le niais, cette brève éclaircie optimiste fut immédiatement balayée par un nouvel arrivage de spleen extraordinaire. You Make Me Real et son canon final, auquel le Divan du Monde fut sommé de participer, pour commencer, suivi de l’à peine plus léger Your Love, sans violons mais avec un généreux nappage de percussions (que voulez vous, c’est la mode), avant que l’insurpassable Ode To What Was Lost, qui aurait pu tout aussi bien s’appeler « Orage Soudain À Bodø le 23 Juin », d’après les confidences de making of de Rebekka, ne vienne clôturer les débats sous sa chape de plomb et de notes diablement cinématographique. Avec un certain sens de l’à propos, le rappel qui vint conclure pour de bon le concert fit honneur à la chanson titre de The Noble Art Of Letting Go, livrée comme il se doit dans sa version épurée piano-voix. Nous pouvions mourir heureux (une des interprétation possibles du morceau), ou en d’autres termes, quitter la salle sur un petit nuage. Aux dernières nouvelles, les macchabées ne font pas de concert.

*: Si l’Angleterre a un avantage comparatif dans le drap et le Portugal dans le vin, la Norvège semble quant à elle s’être spécialisée dans le doom and gloom. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.

Setlist Rebekka Karijord:

1)Prayer 2)Save Yourself 3)Giant 4)Wear It Like A Crown 5)Oh Brother 6)Paperboy (avec Linnea Olsson) 7)Multicolored Hummingbird  8)You Make Me Real 9)Your Love 10)Ode To What Was Lost

Rappel:
11)
The Noble Art Of Letting Go

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Le lendemain de cette soirée fantastique (dans tous les sens du terme), Rebekka Karijord partait poursuivre sa tournée française à Strasbourg, avant de tomber en rade en plein arrière pays alsacien sur la route de Brighton et son Great Escape Festival. Un obscur problème de carburateur, ou peut-être une rupture de la courroie de suspension, à moins que ce n’est été le joint de culasse qui ait (encore) fait des siennes. Espérons que cette petite péripétie ne lui fera pas passer le goût de jouer en France dans le futur.
En sympathie avec les déboires de Rebekka, mon ancien laptop décida de se mettre en état de mort cérébral, ce qui me poussa finalement à exercer the noble art of letting go sur sa personne. Pas de sentiments. C’est donc depuis le clavier de ma nouvelle machine que je mets un point final à ce compte rendu, avec un léger retard d’un peu plus d’un mois. Entre temps, Junip a mis le feu au Trabendo, et j’ai pu tester pour vous Neil Young & Crazy Horse à Bercy pour 20 euros, mais ceci est une autre histoire…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le juin 19, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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