CHRISTINE AND THE QUEENS @ LE NOUVEAU CASINO (22.04.2013)

La vie d’un bloggeur musical connaît son lot de hauts et de bas. Il est parfois des moments où la flamme vacille, l’envie périclite et la remise en question guette. Qui suis-je après tout pour donner mon avis sur ce que j’écoute (ou pas), et pourquoi consacrer des heures à écrire des articles que seule une infime minorité d’internautes prendra la peine de parcourir en diagonale? Dans ce genre de situation de flottement métaphysique (qui suis-je? où vais-je? dans quel état erre-je?*), il est toujours bon de posséder en réserve un contre-exemple fracassant à ce constat amer, démontrant avec autorité que, oui madame, les blogs musicaux servent bien à quelque chose. Dans mon cas, cette preuve inattaquable d’utilité publique remonte au 13 août 2012, lorsqu’au détour d’un lien, j’ai fait la rencontre d’une drôle de coterie electro, une bande interlope et haute en couleurs incarnée par un seul corps et une seule voix. J’ai accroché. J’ai acheté le seul EP disponible. J’ai fait un premier concert où cet improbable sextuor fantasmé à 80% officiait en première partie. Et finalement, je me suis rendu au Nouveau Casino le lundi 22 Avril, pour assister à l’adoubement en bonne et due forme de cet épiphénomène qui s’imposera bientôt (en tout cas je l’espère) comme une des références de la scène musicale française de ce début de siècle. Tout ça grâce à un blog musical (Rocknfool pour ne pas le nommer). Alors franchement, honni soit qui mal pense de ce noble média.

*: Se poser des questions en respectant la règle de l’inversion sujet-verbe est une source inépuisable de fous rires, preuve que la langue française n’est pas aussi rébarbative que ce que tes profs de collège t’en ont laissé croire.

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Le concert affichant complet depuis plusieurs jours, sages furent ceux qui décidèrent de se rendre sur place avec une bonne marge pour s’assurer d’une place correcte. Une demi-heure avant l’ouverture des portes, nous étions ainsi une bonne cinquantaine à encombrer le trottoir de la rue Oberkampf, suscitant quelques regards interrogatifs de la part des passants. Qu’importe, nous avions rendez-vous avec l’histoire, précédée (l’histoire… tu suis un peu?) pour l’occasion d’un DJ set. Sérieux? Un DJ set en première partie? Bien que n’étant absolument pas familier de ce genre de gaudriole, que j’évite comme la peste, le choléra et la variole réunis, je m’étais toujours imaginé que les DJ sets avaient plutôt pour vocation de terminer une soirée, à l’heure où le public, en grande majorité saoul comme un cochon, n’aspire qu’à disposer d’un fond sonore pas trop dégueulasse afin de pouvoir hurler dans les oreilles de ses voisins, voire esquisser quelques patauds pas de danse pour les plus désinhibés des imbibés, sans passer pour le relou de service. Vision assez péjorative du noble métier de DJ, j’en ai bien conscience, mais j’assume totalement mon côté vieux réac’ musical, surtout lorsque je paie pour écouter de la musique live.

Arthur King IBref, ayant réussi à sécuriser un demi mètre carré en bord de scène, c’est avec une certaine angoisse que j’ai vu s’installer ARTHUR KING aux platines (on est toujours nerveux la première fois). Mon premier DJ set! Inutile de dire que je comptais vraiment sur le reste de l’assistance pour me guider dans mes réactions, et éviter le faux pas qui guette toujours le noob au cours de son initiation. En l’occurrence, le reste de l’assistance joua parfaitement son rôle, et c’est donc avec une certaine satisfaction perverse que j’eus la confirmation de ce que j’avais toujours pensé de la réaction du public pendant un DJ set, c’est à dire qu’il est tout à fait admis d’ignorer totalement le DJ d’un bout à l’autre de sa prestation. Le mieux est tout de même d’avoir quelqu’un avec qui parler, car autrement on s’ennuie rapidement à voir le jockey tourner des boutons. Le fondu d’un morceau à l’autre dispense d’applaudir la performance, sauf peut-être à la fin, et le DJ est généralement trop concentré pour dire quoi que ce soit au public (quand bien même il aurait un micro). Ah, et le tout dure généralement très longtemps (c’est toujours le cas lorsqu’on s’ennuie), ce qui donne tout loisir de repenser à sa journée, voire à sa vie dans les cas les plus extrêmes, ce qui constitue l’exact opposé de l’idée que je me fais d’un concert, qui devrait au contraire permettre de se vider la tête pendant quelques heures. Un quart d’heure de plus en j’entrais en dépression.

Say hi to Lancelot

Say hi to Lancelot

Heureusement pour moi, j’étais suffisamment proche de la scène pour pouvoir m’accouder (légèrement d’abord, puis sans aucune retenue durant la dernière demi-heure) à un ampli retour, et regarder frémir le confetti Lancelot – restons dans le thème de la table ronde – au rythme des lignes de basse crachées par les enceintes du Nouveau Casino. Oui, j’ai passé quarante-cinq minutes à fixer un bout de papier vibrer sur la scène, c’est dire à quel point j’ai adoré ce moment du concert. Le pire est que je n’ai pas été fichu de reconnaître un seul des morceaux samplés par le roi Arthur pendant son set, mis à part un bout d’Eyes Without A Face de Billy Idol, qui ne fut malheureusement utilisé que pour faire la jonction entre deux titres « electrip-hop », genre star de cette première partie psychotrope. Quand tout fut fini, je me sentais aussi énergique qu’un koala sous ecstasy, et doutais donc sérieusement de ma capacité d’apprécier et d’accueillir comme il se devait le plat de résistance de la soirée. Heureusement, j’avais tort.

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Christine II

Black and blue/And who knows which is which?/And who is who?

Acclamée dès sa sortie des coulisses, CHRISTINE se présenta comme à son habitude en smoking, complété d’une paire de sandales à semelles compensées blanche (c’est le genre de détail que l’on remarque lorsqu’on est au premier rang d’une scène qui vous arrive à mi-torse). Pas de serre-tête à andouillers cette fois-ci, ce regalia animal ayant été perdu corps et bien au cours d’une précédente tournée*. En revanche, Christine irradiait toujours cette confiance tranquille qui m’avait frappé lors de notre première « rencontre ». Elle assurait alors la première partie des Naive New Beaters au Cap d’Aulnay sous Bois devant une  poignée de spectateurs plutôt circonspect de prime abord (il faut dire que l’univers déjanté du trio de Wallace s’éloignait franchement de l’élégance provocatrice et théâtrale distillé dans les EPs Misericorde et Mac Abbey), mission peu engageante et d’autant plus intimidante pour une artiste uniquement secondée par les pistes de son Mac. J’appris ce soir là qu’il en fallait bien plus déstabiliser les Queens et leur protégée, qui brisèrent la glace avec le farouche public  du 93 en un claquement de doigts. C’est beau la chaleur humaine, tout de même.

Christine IDans une ambiance nettement plus chaude et devant un Nouveau Casino rôdé aux frasques du personnage et tout acquis à sa cause, Christine donna donc le coup d’envoi de son set avec un titre inédit (Starshipper) reprenant la plupart des thèmes explorés dans ses EPs: la recherche de l’identité, l’affirmation de sa différence, le va et vient entre le français et l’anglais, l’alliance magistrale entre la retenue des loops electro et la chaleur du R’N’B. Envolée la lassitude débilitante qui était venue plomber le début de la soirée! Alors que le voile de tulle noir qui servait de corolle à Christine glissait lentement vers le sol, le groove termina de s’installer dans la salle, pour ne plus repartir avant la fin du concert. Tout ce qu’on aime quoi.

Conçu comme un show à l’américaine, le set des Queens se révéla être « plein de surprises » (sic), le budget supplémentaire mis à disposition pour cette date parisienne ayant été investi en tournage de clips permettant pour la première fois à la troupe de se produire sur scène au grand complet, ainsi que dans le recrutement de deux athlétiques danseurs et d’un guitariste/claviériste, qui vinrent  rejoindre la maîtresse de cérémonie sur scène pour quelques morceaux. La setlist révéla elle aussi son lot de fantaisie et de découvertes, une bonne partie des titres du troisième EP, Nuit 17 à 52 (sortie prévue le 3 Juin prochain), figurant au programme des festivités.
Une reprise très inspirée du Photos Souvenirs de William Sheller (un des rares artistes rattachés à la « chanson française » que j’admire sans retenue, à égalité avec Alain Bashung, dont l’emblématique – et donc absolument casse gueule – Osez Joséphine avait également été revisité par Christine il y a quelques mois) constitua le clou personnel d’un concert à la fois maîtrisé (les chansons) et spontané (entre les chansons**), qui fut évidemment rythmé par les « tubes » de Misericorde (Be Freaky, Kiss My Crass et ses paillettes de non-propreté dorées), Mac Abbey (Cripple, Narcissus Is Back) ainsi que d’autres crowd favorites encore non disponibles sur CD (Chaleur Humaine, Loving Cup).

Christine IV

La team au grand complet (j’ai même réussi à chopper le Mac – fier- )

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Avec son nouveau statut de tête d’affiche, Christine ne pouvait refuser au Nouveau Casino le rappel qui lui fut chaudement demandé dès sa sortie de scène. Le concert se conclut ainsi avec la douceur acoustique de Nuit 17 à 52, chanson titre d’un EP attendu de pied ferme par tous les éclopés fiers de leurs fêlures, les narcisses catoptrophobes et tous leurs échos, les intranquilles contemplatifs et les malpropres assumés. En Mai, fait ce qu’il te plaît, mais n’oublie pas d’être freaky. Si si, c’est important, j’insiste.

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De retour sur le trottoir de la rue Oberkampf, on ne sait toujours pas bien qui sont Christine et ses anges-gardien(ne)s, ni ce qu’elles veulent être aux yeux du monde, mais qu’importe. Le mouvement abolit le sexe et le nombre lutte contre l’oubli, ce qui n’est pas évident à comprendre (d’ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir compris) mais se ressent en revanche très clairement. Accepter la différence et tolérer l’excentricité, en voilà un beau message, qu’il convient de transmettre autour de soi en cette période où ni l’une ni l’autre ne semblent aller de soi pour une partie, que l’on espère limitée mais que l’on sait maintenant virulente, de la population. Long live the queens!

*: On me souffle dans l’oreillette que le duo suédois Krog aurait été vu arborant l’accessoire en question au cours de leurs derniers concerts… Interpol est sur l’affaire.

**: Bam, la bouteille de flotte qui se renverse sur scène. Paf, le fil du micro qui « assomme » une spectatrice au premier rang. Pour un concert de fin de carrière (ou pas), ce fut franchement rock’n’roll.

Christine III

J’espère que tu tolères aussi mon boîtier bas de gamme et les photos freaky qu’il prend parfois, du coup

Setlist Christine & the Queens:

1)Starshipper 2)Ugly Pretty 3)Medley Drifter/Be Freaky 4)Cripple 5)Here 6)Photos Souvenirs (William Sheller Cover) 7)Narcissus Is Back 8)Intranquillité 9)Jonathan 10)Chaleur Humaine 11)Wandering Lovers 12)Loving Cup 13)Kiss My Crass
Rappel:
14)Nuit 17 À 52

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le avril 30, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Cynthia Perinat

    Bonjour,

    Je souhaiterais vous joindre au sujet de Christine And The Queens.
    Je vous laisse mon adresse email.

    Merci !
    Bonne journée,
    Cynthia

  1. Pingback: christinequeenofpop

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