EVENING HYMNS @ LES 3 BAUDETS (10.04.2013)

« Cette salle a un nom d’auberge de MMORPG ». C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai entendu parler des Trois Baudets pour la première fois. Bien qu’ayant laissé tomber les mondes virtuels massivement multijoueurs depuis quelques années (sans doute mon côté misanthrope: je voulais monter des guildes avec seulement des PNJ), j’ai suffisamment usé les semelles de feu mes avatars dans tous les mondes héroïco-fantastiques développés par Blizzard et compagnie pour me souvenir que les tavernes de ces contrées fabuleuses avaient toujours des noms subtilement non-sensiques, mettant généralement en scène un ou plusieurs animaux dans des situation hautement incongrues. « Le Chat qui Fume », « La Vache qui Danse », « La Pieuvre Volante », « La Poule Philosophe »… Toi aussi, ami lecteur, créée un nom funky pour ton futur établissement louche (au fond d’une rue borgne, mouahaha), en suivant cette recette certifiée! Mais pour le moment, retour donc aux Trois Baudets, estaminet au blaze certes moins ronflant que la moyenne de ceux d’Azeroth (j’ai des beaux restes, pas vrai?), mais présentant l’immense avantage d’inviter de vrais artistes à jouer dans ses vrais murs. Les plaisirs simples du IIème millénaire…

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I.S.L.A.Arrivés sur place un poil après le début de la soirée, nous ne pûmes assister qu’à la fin de la prestation d’I.S.L.A. Seule en scène avec sa guitare, la jeune nantaise nous offrit quelques chansons dans la langue de Molière (un baille que je n’avais pas assisté à un concert en français… le dernier en date devait être Thiéfaine aux Vieilles Charrues). Sans vraiment accrocher à l’univers proposé*, cette première partie rapidement conclue n’avait rien de désagréable, et nous permis de nous immerger dans l’ambiance des Trois Baudets, salle conçue davantage comme un théâtre que comme un club de musique live.

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Evening Hymns IAprès la balance réglementaire, ce fut au tour d’EVENING HYMNS de prendre le relai, pour quarante-cinq minutes de folk rock de haute volée (si un doute subsistait encore, je précise à mes bien aimés lecteurs que c’était bien pour applaudir Jonas Bonnetta et ses camarades de jeu que nous avions fait le déplacement).  Ayant visiblement décidé de ne pas laisser à Angus Stone et Ray Lamontagne le titre de folkeux le plus roots de la planète sans combattre, le Jonas en question se présenta sur scène avec une barbe (et un chapeau) digne d’un fermier amish. Empoignant sa guitare sèche, notre homme décocha la première flèche du set (en l’occurrence, Arrows  – hin hin hin – ) dans un silence respectueux, religieux même.

Venus re-présenter (une première tournée était passée par la France en Septembre 2012) leur dernier album, Spectral Dusk, les Evening Hymns consacrèrent une grande partie de leur concert aux chansons de ce second opus, toutes empruntes d’une magnifique mélancolie s’expliquant par les conditions particulières de la genèse du disque. Comme Jonas prit en effet le temps de l’expliquer, il s’agissait pour lui de décrire en mots et en notes les sentiments causés par la disparition de son père, décédé des suites d’une maladie rare en 2009. Ayant eu la « chance » de l’accompagner au cours de ses derniers mois de convalescence, Jonas a semble-t-il utilisé Spectral Dusk comme un moyen de se reconstruire et de continuer à avancer après cette expérience douce-amère, selon ses termes. Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de Family Tree, You And Jake (dédié par Jonas à sa mère, venu spécialement depuis l’Ontario pour le voir jouer à Paris)  ou Cabin In The Burn, tous les morceaux du « crépuscule spectral » présentés aux Trois Baudets possédaient cette grâce douloureuse faisant la magie du folk. Dans une salle aussi petite et confortable que celle-ci, l’expérience d’auditeur frôla plus d’une fois le sublime, bien loin des shows « punk » délivrés par le groupe dans des clubs allemands plus tôt au cours de sa tournée. C’est ce qu’ils nous ont dit, en tout cas.

Public I

N‘allez cependant pas croire qu’une ambiance délétère plana sur la prestation du trio d’un bout à l’autre du set. Bien au contraire, Jonas s’employa à détendre l’atmosphère entre les morceaux, d’abord en interprétant les deux chansons qu’il connaissait en français (ses souvenirs des œuvres en question étant assez fragmentaires, et ces dernières rivalisant sans problème avec London Bridge Is Falling Down ou Hallo Aus Berlin en ce qui concerne l’intérêt des paroles, l’épisode fut aussi court que rigolo), puis en mettant au défi les inévitables cameramen amateurs de trouver le titre exact de l’un des deux inédits joués pendant le concert** (le premier s’intitulant avec certitude Evil Forces). Si le futur fut donc mis à l’honneur au cours du set, le passé ne resta pas en reste, le groupe flattant les oreilles de ses vieux fans avec Dead Deer et une version de Mtn. Song admirablement fusionnée avec les premières mesures du Be My Baby des Ronettes.

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Au bout des trois quart d’heure réglementaires, les Evening Hymns replièrent les gaules en même temps qu’à l’extérieur, la soirée laissait place à la nuit. Je ne peux que conseiller aux autres résidents du vieux continent de s’enquérir des prochaines salle visitées par le trio au cours de son Spring Tour européen, et de sauter sur l’occasion de passer quelques minutes en leur compagnie. C’est que c’est loin, tout de même, l’Ontario.

Setlist Evening Hymns:

1)Arrows 2)Family Tree 3)Dead Deer 4)Evil Forces 5)Be My Baby/Mtn. Song 6)You And Jake 7)‘Smells Like Teen Spirit’ (probablement ‘I Wish I Were A Portal’) 8)Cabin In The Burn

*: Autant je suis susceptible d’adhérer à du « baby baby I love you so » pour autant que l’ensemble soit délivré avec une intensité compensant l’affreuse banalité des textes, autant j’exige des artistes chantant en français un niveau d’excellence littéraire sans commune mesure avec celui attendu de la part de leurs collègues anglophones .

**: Le jeu consistait à donner un titre différent à chaque date de la tournée afin de retrouver une soixantaine de versions différentes du même morceau une fois de retour au Canada. Les Trois Baudets eurent donc l’honneur de se voir dédicacer un « Smells Like Teen Spirit » radicalement différent de celui de la bande à Cobain.

Mais naaaaan, c'est pas flou. C'est le filtre "Spectral Dusk" d'Instagram, c'tout.

Mais naaaaan, c’est pas flou. C’est le filtre « Spectral Dusk » d’Instagram, c’tout.

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Le dernier acte de la soirée revint à ANOUK AIATA, appellation regroupant à la fois un projet musical et le nom de la chanteuse de ce dernier. Placardée sur tous les murs du métro parisien (un privilège rare pour un artiste débutant), l’affiche promouvant la série de concert donnée par l’ensemble aux Trois Baudets entre le 3 et le 23 Avril évoquait un premier album, La Femme Mangeuse Des Nuages Du Ciel, titre improbable que n’aurait pas renié un Alain Souchon qui aurait un peu trop tiré sur le calumet de la paix. D’ailleurs, la photo de l’artwork était très clairement d’inspiration amérindienne, avec plume d’aigle, bijoux en perle de roche et pendentifs rehaussés de dents d’ours. À l’arrivée, le trip apache passa complétement à la trappe, Anouk et ses trois hommes préférant nous la jouer plus à la cow-boy qu’à l’indienne. J’en veux pour preuve le feutre noir qui passa de tête en tête au cours du concert, et sur lequel n’aurait pas craché John Wayne. Ouep.

Anouk Aiata II

Ouais, et là c’est le filtre nuage. On ressent bien l’évanescence, nan?

Pour être tout à fait honnête, je n’attendais pas grand chose de cet ultime concert, étant venu exclusivement pour la deuxième partie de la soirée. Assister à un récital de variété, comme l’indiquait le programme, ne m’enchantait guère, tant les artistes pratiquant ce genre avaient pu m’en dégoûter au fil du temps. Pour moi, la variété c’est Gérard Lenorman entonnant Le Gentil Dauphin, une chanson que, comme le malheureux cétacé qu’elle met en scène, je n’ai jamais comprise. Inutile de préciser que j’étais moyennement chaud à l’idée de passer une heure et quart avec la petite cousine de l’illustre Bénouvillais, mais comme il pleuvait à moitié dehors, que rester ne nous coûterait pas plus cher et que nous sommes des gens bien élevés, nous ne profitâmes (si si) pas de la pause pour filer à l’anglaise. Et nous fîmes bien.

Anouk Aiata ICar, pour commencer, les textes d’Anouk Aiata se révélèrent, heureuse surprise, de grande qualité. Assez en tout cas pour que je ne maugrée pas dans ma barbe à chaque rime (je tire à vue sur les artistes faisant rimer aime avec poème ou amour avec toujours), ce qui a tendance à arriver assez souvent. Même sur des sujets aussi minés par le conformisme que la lune, les étoiles, les larmes ou les arbres à plumes (j’insiste, c’est très commun les arbres à plumes), le duo Aiata-Mâh réussit à éviter de tomber dans la banalité la plus crasse, performance qui mérite d’être soulignée et applaudie.
Puisqu’on parle de Mr Mâh (Amos de son prénom), je me dois de dire un mot sur la qualité des musiciens accompagnant le tour de chant d’Anouk Aiata. Tous trois virtuoses de leur instrument (violoncelle pour Amos Mâh, guitare acoustique pour Jean-Louis Solans et batterie pour Patrick – désolé, j’ai oublié le nom de famille – ), les joyeux compères justifiaient à eux seuls le prix de la place. Leur chanteuse n’était pas en reste, posant parfaitement sa voix sur les notes de son trio d’anges gardiens avec une légère gouaille évoquant le bon souvenir de la Môme Piaf.
Tout à fait à l’aise dans l’exercice, parfois mal négocié, du meublage d’entre morceaux, elle emporta avec elle un public de toute façon acquis (il n’y a pas de mal à distribuer quelques invitations pour lancer sa carrière) entre l’Espagne, la Californie, la Lune et l’Allemagne (achhh, drei Baudets!). J’ai été tellement plaisamment surpris par ce cocktail détonnant que j’en ai ressorti mon appareil photo pour faire quelques photos floues. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi (qui sait combien de temps et d’efforts il faut pour allumer la bête) ça veut dire beaucoup.

Avec une confirmation et une belle découverte au menu de la soirée, le tout pour moins de 12 euros et dans une salle intimiste et confortable, cette première sortie aux Trois Baudets a amplement satisfait à nos attentes. Certes, il pleuvait un peu à la sortie (scandaleux!), mais comme 15 centimètre de neige était prévu à Toronto d’après notre source barbue très bien informée, nous eûmes (je persiste et je signe) tôt fait de relativiser ces quelques gouttes. Auf Wiedersehen tout le monde, et sans doute à bientôt. Si le tenancier venait à trouver ma pierre de foyer en passant le balais, dîtes lui de ne pas chercher à me la renvoyer. C’est fait exprès…

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le avril 22, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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