OF MONSTERS AND MEN @ LE TRIANON (12.03.2013)

Qu’est-ce qui est blanc, qui tombe du ciel, et qui peut causer une pagaille sans nom: A. De la neige B. De la cendre volcanique C. Des ours polaires zombies D. Le Pape? Si vous étiez dans les alentours de Paris ce mardi 12 Mars 2013, c’était sans doute la question à un million d’emmerdes. L’impitoyable zèle du général hiver  a plongé le Nord-Ouest de la France dans la consternation en même temps qu’il recouvrait l’ensemble d’une épaisse couche de puff. Sortez les peaux de phoque. Victimes collatérales de cette brève ère glaciaire, usagers du RER, chauffeurs de poids lourds et possesseurs de billets pour le concert des Killers au Zénith de Paris se retrouvèrent comme deux ronds de flan (à la noix de coco le flan, question de dress code). Bref, ce fut sans doute le plus blanc des mardis noirs qui nous fut infligé cette semaine, et par solidarité, je m’abstiendrai de faire la moindre blague quant à la frilosité du quatuor de Las Vegas, apparamment plus Battle Born que weatherproof *.
J’en rigole aujourd’hui, mais sache ami lecteur que je n’en menais pas large le jour même, en grande partie passé à actualiser les pages d’accueil du Trianon et du Transilien, en croisant les doigts pour que les nouvelles tant redoutées ne tombent pas. À quoi ça tient d’assister à un concert dans des moments pareils, hein? Et bien, à pas grand chose, mais ça a tout de même tenu, et je peux donc vous narrer par le menu le récit de la soirée islandaise qui se déroula boulevard de Rochechouart ce fameux mardi. Þriðjudagur en VO.

*: Une seule, c’est pas la mort tout de même.

Tout commence par une bonne heure d’attente devant le Trianon, coincé avec une poignée d’early-comers entre l’énorme bus de tournée des monstres de Reykjavík et les portes vitrées de la salle, fièrement ornées d’un programme trimestriel aussi généreux en têtes d’affiche qu’en fautes d’orthographe. Ce fut donc avec une gratitude non feinte que notre petite bande accueillit l’ouverture avancée des lieux, qui permit à tout le monde de patienter au chaud et au sec l’arrivée des artistes. Entre le mini-drapeau islandais surmontant la grosse caisse tricolore d’Arnar et la paire dragon-panda montant la garde sur l’ampli retour de Brynjar, la scène comportait son lot de décorum exotique et impénétrable à nous pauvres profanes, mais la palme du bizarre revint sans l’ombre d’un doute à l’étrange machine déployée aux avants-postes de l’estrade: depuis la fosse, ça ressemblait fort à une minuscule table de mixage surmontée de deux pupitres à iPad. Une bien piètre description de ce qui se révéla être, mais oui, l’infamous Muginstrument, ou, pour donner à la bête son nom savant, le Mirstumenti.

Mugison 7

Mugimama, is this the Muginstrument? Yes it is, you silly monkey.

Quand MUGISON (barbe jauressienne et costume chocolat) entra en scène, on ne sut trop bien d’abord s’il s’agissait d’un roadie très bien habillé ou de la première partie du concert. Il fallut que le staff consente à baisser l’éclairage jusqu’au point où le public devient attentif pour que la foule penche définitivement pour la seconde proposition. Il faut dire qu’Örn Elías Guðmundsson (il a bien fait de raccourcir je trouve) n’est pas encore très connu hors d’Islande (où il ne peut pas apparemment pas accorder sa guitare dans son garage sans recevoir dans la foulée le trophée du meilleur album de l’année), ce qui constitue une des innombrables injustices de l’existence. Avec dix ans de carrière, cinq albums, trois bandes-originales et un festival* au compteur, Mugison est l’un de ces OVNIs musicaux que l’on pourrait rater pendant toute sa vie, faute d’une exposition médiatique suffisante, mais que l’on ne peut facilement oublier une fois rencontré.

Son set débuta par un petit masterclass de Mirstumenti, affectueusement surnommé « art school shit » par son co-créateur. Malgré un design encore un peu brut de décoffrage, la bête se montra capable d’étonnantes prouesses soniques, évoquant par moments les mannes d’un orchestre d’harmonie (Poke A Pal), et par d’autres  l’esprit baroque d’un ost de synthétiseurs (Jesus Is A Good Name To Moan, The Deer). Une excentricité tout à fait fonctionnelle  (et c’est déjà pas mal), qui fut pourtant abandonnée après trois morceaux, Mugison cédant alors aux attraits rustiques d’une bonne vieille guitare sèche afin de mieux hurler le blues qui encrassait déjà sa voix lors son ouverture artistico-conceptuelle. Beuaaaargh.

Mugison 31

S(w)inging the bluuuuuuuues

Peut-être rassuré par cette approche plus terre à terre, le jusque là très poli public du Trianon décida rapidement de seconder l’intrépide islandais dans son numéro de blues shouter. Cela commença par quelques timides claquements de mains sur I Want You, histoire de marquer la cadence, et se transforma en furieux « singing/swinging » hurlés à pleins poumons par un bon millier de Frenchies remontés comme des coucous. Mugison tint alors à nous décerner le titre de meilleur public de la planète, ce qui est toujours agréable. Un morceau de heavy metal acoustique (si si, avec du grunt et tout) et un furieux Murr Murr plus tard, et il fut déjà temps pour le fils Muggi de prendre congé. Une vraie belle découverte, et un artiste à ne pas rater la prochaine fois qu’il posera le trépied du Mistrumenti par chez nous.

*: Et pas n’importe quel festival: le festival le plus inaccessible d’Islande (ce qui le place en bonne position dans la catégorie des festivals les plus inaccessibles au monde). Comptez 7-9 heures de route depuis Reykjavík pour arriver sur place. Pas de balance ni de soundcheck une fois sur place: tu te branches et tu joues 25 minutes. Et comme il n’y a pas d’hôtel, il faut connaître quelqu’un sur place pour  passer la nuit. Une pure merveille. Ça s’appelle l’Aldrei Music Festival, et cette année, ça tombe les 29 et 30 Mars.

Setlist Mugison:

1)Poke A Pal 2)Jesus Is A Good Name To Moan 3)The Deer 4)I Want You 5)The Pathetic Anthem 6)Sweetest Melody 7)Two Thumb Suck’n Son Of A Boyo 8)Murr Murr

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Of Monsters And Men 2²Ce fut sur les chœurs de l’armée rouge, ou quelque chose dans le style, que les OF MONSTERS AND MEN firent leur entrée sur scène. Sept jeunes gens aux patronymes interminables, engagés dans une tournée mondiale pour défendre leur premier opus, My Head Is An Animal, et de retour en France après un passage au Nouveau Casino et à Rock en Seine l’année dernière. Quelques mois qui auront suffi à faire évoluer le statut du groupe de révélation indie à tête d’affiche internationale, grâce à une poignée de singles irrésistibles et une image de band next door judicieusement utilisée. L’ovation réservée par la foule à la troupe de Reykjavík confirma d’entrée de jeu à cette dernière qu’elle allait évoluer en terrain conquis, et ce fut donc en toute confiance que les guitares de Nanna et Raggi donnèrent le coup d’envoi du show, qui débuta comme l’album par la fable naïve Dirty Paws. Premiers « hey! », premiers « lalala »  de la soirée, et premières communions avec le public, bien moins timide que lors du set de Mugison. Un bon début.

From Finner donna ensuite une première occasion à Arnar, frangé comme spin-off de Roger Daltrey, de s’illustre derrière ses fûts. Le Slow And Steady qui suivit permit à Nanna de vérifier la grande docilité des spectateurs, qui ne se firent pas prier pour soutenir la rythmique du morceau, et à mains levées s’il vous plaît. Après cela, la participation massive et enthousiaste de la foule au refrain de Mountain Sound était une affaire entendue, d’autant plus que le Trianon avait semble-t-il potassé les paroles avant de venir. Good guys. Première accélération à laquelle succéda  un morceau plus posé, le mélancolique Your Bones. Vous ai-je déjà dit que Raggi a une des plus belles voix du monde? Si ce n’était pas le cas, c’est maintenant fait, dommage que son micro ait éprouvé quelques difficultés à couvrir l’accompagnement fourni par le reste du groupe. Arrivés à la moitié de leur set, les Monsters s’autorisèrent une petite digression, la seule de la soirée, en reprenant le Skeletons de Yeah Yeah Yeahs, autre ensemble peu avare en chorus aussi simples qu’entraînants.

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Of Monsters And Men 12²Le morceau qui suivit fut précédé d’un petit exercice de traduction à la simplicité trompeuse. Car s’il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour établir que « love » se dit « amour » en français, il est en revanche assez compliqué de corriger la prononciation légèrement défaillante d’une étrangère quand vos huit cents voisins essaient de faire de même au même moment. Mais tout finit par rentrer dans l’ordre, et Nanna put donc annoncer dans un français impeccable qu’elle s’apprêtait à interpréter la chanson Amour Amour Amour. Pour les lecteurs non familiers avec le répertoire d’OMAM, je précise qu’il s’agit du morceau le plus dépouillé de l’album, une ballade guitare-voix à peine rehaussée de quelques nappes d’accordéon et phrases de piano. L’ambiance aurait donc du être au recueillement et à l’introspection pendant les quelques minutes nécessaire à l’exécution de la pièce. Malheureusement, le dieu des télécoms (connu pour son douteux sens de l’humour) en décida autrement*. Dommage.

Of Monsters And Men 5²Passé ce moment de grâce acoustique mort-né, le set donna de plus belle dans les hymnes fédérateurs, domaine dans lequel Of Monsters And Men bénéficie d’une expertise certaine. King And Lionheart d’abord, puis une version allongée Lakehouse (sponsorisée par Guy Hoquet Immobilier), avant que ne retentissent sans crier gare les premiers accords de Little Talks, qui amenèrent naturellement la salle au point d’ébullition en cinq dixièmes de seconde. La trompette de Ragnhildur eut enfin l’occasion de briller, après trois quart d’heure de travail de fond, et son solo enjoué constitua sans doute l’apogée festive de la soirée. Il échut ensuite à Six Weeks, adaptation islandaise du Wake Up d’Arcade Fire, de refermer le concert proprement dit. La petite troupe quitta la scène sous les ovations du public, pour mieux revenir une minute plus tard afin de tirer ses deux dernières cartouches.

*: Il y a des jours où je me demande pourquoi on a pris la peine d’inventer le mode vibreur et le répondeur.

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Ce fut Sloom, élégie pleine d’amour familiale (« mon père, ma mère, mes frèreszémésoeurs, woho… ») qui ouvrit ce bal des terminantes. Puis, comme pour faire de nouveau écho à la tracklist de My Head Is An Animal, vint le tour de Yellow Light, conclusion d’un album et d’une soirée tous deux forts réussis. Derniers « lalalalalala » repris en chœur, derniers motifs de trompette, dernière communion avec le public… et c’en fut cette fois bien fini. Brynjar s’extirpa de la fosse après un ultime bain de foule et rejoignit le reste de la troupe pour saluer un Trianon tout simplement heureux. Sjáumst seinna!

De retour à l’air libre, chacun se débrouilla comme il put pour rentrer chez lui malgré la neige. Pour un peu, on aurait remercié la météo d’avoir joué la carte islandaise jusqu’au bout. Avant d’arriver à la gare, au moins. Hasard du calendrier, le prochain concert parisien des OMAM (à l’Olympia, le 25 Juin prochain) tombera encore un mardi. Faut-il y voir un signe, et se préparer à aller Boulevard des Capucines en traîneau à chiens, malgré la date estivale de l’évènement? Qui peut dire? Je serais vous, je garderai une petite laine en réserve, juste au cas où…

Of Monsters And Men 27

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Setlist Of Monsters And Men:

1)Dirty Paws 2)From Finner 3)Slow And Steady 4)Mountain Sound 5)Your Bones 6)Skeletons (Yeah Yeah Yeahs’ cover) 7)Love Love Love 8)King And Lionheart 9)Lakehouse 10) Little Talks 11)Six Weeks
Rappel:
12)Sloom 13)Yellow Light

À propos de Schattra

Égoïstement optimiste, çapourraitêtrebienpirologiste assumé. Selfishly optimistic, proud itcouldbemuchworsologist

Publié le mars 15, 2013, dans Revue Concert, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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